Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2022-5. La fidélité à Dieu est un don de Sa grâce.

14 janvier,
Fête de Saint Hilaire de Poitiers, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise (cf. > ici).

Nous continuons d’approfondir notre connaissance des Docteurs de l’Eglise au moyen des catéchèses que Sa Sainteté le Pape Benoît XVI leur a consacrées. A l’occasion de sa fête liturgique, apprenons donc à mieux connaître et aimer le grand évêque de Poitiers qui fut un des champions de la lutte contre l’arianisme : Saint Hilaire.

St Hilaire  église Saint-Loup de Saint-Hilaire (actuel diocèse de Moulins)

Vitrail de l’église Saint-Loup
du village de Saint-Hilaire (dans l’actuel diocèse de Moulins)

Catéchèse de
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
donnée à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 10 octobre 2007

 * * * * *

Saint Hilaire de Poitiers :
La fidélité à Dieu est un don de Sa grâce.

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, je voudrais parler d’un grand Père de l’Eglise d’Occident, saint Hilaire de Poitiers, l’une des grandes figures d’évêques qui ont marqué le IVème siècle.
Au cours de la confrontation avec les ariens, qui considéraient le Fils de Dieu, Jésus, comme une créature, certes éminente, mais toutefois uniquement comme une créature, Hilaire a consacré toute sa vie à la défense de la foi dans la divinité de Jésus-Christ, Fils de Dieu et Dieu comme le Père, qui L’a engendré de toute éternité.

Nous ne disposons pas d’informations certaines sur la plus grande partie de la vie d’Hilaire.
Les sources antiques disent qu’il naquit à Poitiers, probablement vers l’année 310. Issu d’une famille aisée, il reçut une solide formation littéraire, bien évidente dans ses écrits.
Il ne semble pas qu’il ait grandi dans un milieu chrétien. Lui-même nous parle d’un chemin de recherche de la vérité, qui le conduisit peu à peu à la reconnaissance de Dieu créateur et du Dieu incarné, mort pour nous donner la vie éternelle.
Baptisé vers 345, il fut élu évêque de sa ville natale autour de 353-354. Au cours des années suivantes, Hilaire écrivit sa première œuvre, le Commentaire à l’Evangile de Matthieu. Il s’agit du plus ancien commentaire en langue latine qui nous soit parvenu de cet Evangile. En 356, Hilaire assiste comme évêque au synode de Béziers, dans le sud de la France, le « synode des faux Apôtres », comme il l’appelle lui-même, car la réunion fut dominée par des évêques philo-ariens, qui niaient la divinité de Jésus-Christ. Ces « faux apôtres » demandèrent à l’empereur Constance la condamnation à l’exil de l’évêque de Poitiers. Hilaire fut ainsi obligé de quitter la Gaule au cours de l’été 356.

Exilé en Phrygie, dans l’actuelle Turquie, Hilaire se trouva au contact d’un milieu religieux totalement dominé par l’arianisme. Là aussi, sa sollicitude de pasteur le poussa à travailler sans relâche pour le rétablissement de l’unité de l’Eglise, sur la base de la juste foi, formulée par le concile de Nicée. C’est dans ce but qu’il commença la rédaction de son œuvre dogmatique la plus importante et la plus connue : le De Trinitate (Sur la Trinité). Dans celle-ci, Hilaire expose son chemin personnel vers la connaissance de Dieu, et se préoccupe de montrer que l’Ecriture atteste clairement la divinité du Fils et Son égalité avec le Père, non seulement dans le Nouveau Testament, mais également dans un grand nombre de pages de l’Ancien Testament, dans lequel apparaît déjà le mystère du Christ. Face aux ariens, il insiste sur la vérité des noms de Père et de Fils et développe toute sa théologie trinitaire à partir de la formule du baptême qui nous a été donnée par le Seigneur lui-même : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

Le Père et le Fils sont une même nature. Et si certains passages du Nouveau Testament pourraient faire penser que le Fils est inférieur au Père, Hilaire offre des règles précises pour éviter des interprétations erronées : certains textes de l’Ecriture parlent de Jésus comme de Dieu, d’autres mettent, en revanche, en évidence Son humanité. Certains se réfèrent à Lui dans Sa préexistence auprès du Père ; d’autres prennent en considération l’état d’abaissement (kenosi), Sa descente jusqu’à la mort ; d’autres, enfin, Le contemplent dans la gloire de la résurrection.

Au cours des années de son exil, il écrivit également le Livre des Synodes, dans lequel il reproduit et commente pour ses confrères évêques de Gaule les confessions de foi et d’autres documents des synodes réunis en Orient autour de la moitié du IVème siècle. Toujours ferme dans son opposition aux ariens radicaux, saint Hilaire montre un esprit conciliant à l’égard de ceux qui acceptaient de confesser que le Fils était ressemblant au Père dans Son essence, naturellement en cherchant à les conduire vers la plénitude de la foi de Nicée, selon laquelle il n’y a pas seulement une ressemblance, mais une véritable égalité du Père et du Fils dans la divinité. Cela aussi me semble caractéristique : l’esprit de conciliation qui cherche à comprendre ceux qui n’y sont pas encore arrivés et qui les aide, avec une grande intelligence théologique, à parvenir à la plénitude de la foi, dans la divinité véritable du Seigneur Jésus-Christ.

En 360 ou en 361, Hilaire put finalement revenir dans sa patrie après son exil, et il reprit immédiatement l’activité pastorale dans son Eglise, mais l’influence de son magistère s’étendit de fait bien au-delà des frontières de celle-ci. Un synode tenu à Paris en 360 ou en 361 reprend le langage du concile de Nicée. Certains auteurs antiques pensent que ce tournant anti-arien de l’épiscopat de la Gaule a été en grande partie dû à la fermeté et à la mansuétude de l’évêque de Poitiers. Tel était précisément son don : conjuguer la fermeté dans la foi et la douceur dans les relations interpersonnelles.

Au cours des dernières années de sa vie, il rédigea encore les Traités sur les Psaumes, un commentaire de cinquante-huit psaumes, interprétés selon le principe souligné dans l’introduction de l’œuvre : « Il ne fait aucun doute que toutes les choses qui se disent dans les Psaumes doivent être comprises selon l’annonce évangélique, de façon à ce que, quelle que soit la voix avec laquelle l’esprit prophétique a parlé, tout soit cependant rattaché à la connaissance de la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Incarnation, Passion et Royaume, et à la gloire et puissance de notre résurrection » (Instructio Psalmorum 5). Il voit dans  tous  les  psaumes  cette compréhension du mystère du Christ et de Son Corps, qui est l’Eglise.

En diverses occasions, Hilaire rencontra saint Martin : précisément près de Poitiers, le futur Evêque de Tours fonda un monastère, qui existe encore aujourd’hui.
Hilaire mourut en 367. Sa mémoire liturgique est célébrée le 13 janvier [note : cette date est celle de sa fête dans le calendrier réformé ; il est fêté le 14 dans le calendrier traditionnel]. En 1851, le bienheureux Pie IX le proclama Docteur de l’Eglise.

Pour résumer l’essentiel de sa doctrine, je voudrais dire qu’Hilaire trouve le point de départ de sa réflexion théologique dans la foi baptismale. Dans le De Trinitate, Hilaire écrit : Jésus « a commandé de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit (cf. Matth. XXVIII, 19), c’est-à-dire dans la confession de l’Auteur, du Fils unique et du Don. Il n’y a qu’un seul Auteur de toutes les choses, car Dieu le Père est un seul, dont tout procède. Et Notre-Seigneur Jésus-Christ est un seul, à travers Lequel tout fut fait (1 Cor. VIII, 6), et l’Esprit est un seul (Eph. IV, 4), don en tous… En rien on ne pourra trouver qu’il manque quelque chose à une plénitude aussi grande, dans laquelle convergent dans le Père, dans le Fils et dans le Saint-Esprit l’immensité de l’Eternel, la révélation dans l’Image, la joie dans le Don » (De Trinitate 2, 1). Dieu le Père, étant entièrement amour, est capable de communiquer en plénitude Sa divinité au Fils.
Je trouve particulièrement belle la formule suivante de saint Hilaire : « Dieu ne sait rien être d’autre qu’amour, Il ne sait rien être d’autre que le Père. Et celui qui L’aime n’est pas envieux, et Celui qui est le Père L’est dans Sa totalité. Ce nom n’admet pas de compromis, comme si Dieu pouvait être le Père sur certains aspects, mais ne L’était pas sur d’autres » (ibid. 9, 61).

C’est pourquoi, le Fils est pleinement Dieu sans aucun manque ni diminution : « Celui qui vient de la perfection est parfait, car Celui qui a tout, Lui a tout donné » (ibid. 2, 8). Ce n’est que dans le Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme, que l’humanité trouve son salut. En assumant la nature humaine, Il a uni chaque homme à Lui, « Il S’est fait notre chair à tous » (Tractatus in Psalmos 54, 9) ; « Il a assumé en Lui la nature de toute chair, et au moyen de celle-ci Il est devenu la vraie vie, Il possède en Lui les racines de chaque sarment » (ibid. 51, 16). C’est précisément pour cette raison que le chemin vers le Christ est ouvert à tous, – car Il a attiré chacun dans sa nature d’homme – même si la conversion personnelle est toujours demandée : « A travers la relation avec sa chair, l’accès au Christ est ouvert à tous, à condition qu’ils se dépouillent du vieil homme (cf. Eph. IV, 22) et qu’ils le clouent sur Sa croix (cf. Col II, 14) ; à condition qu’ils abandonnent les oeuvres de jadis et qu’ils se convertissent, pour être ensevelis avec lui dans son baptême, en vue de la vie (cf. Col. I, 12 ; Rom. VI, 4) » (ibid. 91, 9).

La fidélité à Dieu est un don de Sa grâce.
C’est pourquoi saint Hilaire demande, à la fin de son Traité sur la Trinité, de pouvoir rester toujours fidèle à la foi du baptême. C’est une caractéristique  de ce livre : la réflexion se transforme en prière et la prière redevient réflexion. Tout le livre est un dialogue avec Dieu.
Je voudrais conclure la catéchèse d’aujourd’hui par l’une de ces prières, qui devient ainsi également notre prière : « Faites, ô Seigneur – récite saint Hilaire de manière inspirée – que je reste toujours fidèle à ce que j’ai professé dans le symbole de ma régénération, lorsque j’ai été baptisé dans le Père, dans le Fils et dans l’Esprit Saint. Faites que je Vous adore, notre Père, et en même temps que Vous, que j’adore Votre Fils ; faites que je mérite Votre Esprit Saint, qui procède de Vous à travers Votre Fils unique… Amen » (De Trinitate 12, 57).

St Hilaire - église de Montilliers (diocèse d'Angers)

Vitrail de Saint Hilaire
dans l’église de Montilliers (diocèse d’Angers)

2022.4. Admirable mystère de la puissance divine !

Octave de l’Epiphanie,
où est lu l’Evangile du baptême de Notre-Seigneur dans le Jourdain.

Le sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin qui porte le n°45 est intitulé « Pour l’octave de l’Epiphanie » et porte sur la péricope évangélique de Saint Matthieu rapportant le baptême de Notre-Seigneur par Jean-Baptiste. Ce sermon atteste donc qu’à la fin du IVème siècle la liturgie était conforme sur ce point à ce que nous continuons de célébrer dans le missel traditionnel et qui a été chamboulé par la réforme liturgique postérieure au second concile du Vatican… 

Baptême de Notre-Seigneur vitrail de l'église Saint-Gommaire à Lierre (Anvers)

Vitrail du baptême de Notre-Seigneur
dans l’église Saint-Gommaire de Lierre (province d’Anvers)

§ 1. Le Christ S’est fait baptiser du baptême de pénitence afin de nous amener à la pénitence :

Que Dieu Se soit fait voir parmi nous ; que Notre-Seigneur Jésus-Christ ait été, en même temps, Dieu et homme, et qu’en Lui aient manifestement paru les prérogatives de l’un et de l’autre, c’est un fait annoncé en bien des manières par les Prophètes, et affirmé par le saint Evangile d’aujourd’hui : de là nous devons conclure que, si Dieu a daigné Se faire homme, c’était afin que l’homme, perdu par son péché, pût devenir Dieu.
Après avoir accompli le mystère de l’Incarnation et pris sur Lui les faiblesses de notre humaine mortalité, l’Homme-Dieu nous a appris la manière d’effacer nos fautes ; car Il est venu demander à Jean-Baptiste le baptême de la pénitence, afin de nous procurer le salut par Son propre baptême. Imitez donc et recevez le sacrement justificateur qu’a établi le Fils de Dieu. Il a fait pénitence, et, pourtant, aucune raison ne L’obligeait à la pénitence ; pleurez, vous, car vous avez tout motif de verser des larmes de douleur. Il a effacé les péchés de la chair ; c’est à vous de les déplorer. Il a purifié dans l’eau matérielle ce qui était sans taches ; pour vous, dont la conscience est souillée, purifiez-la dans le torrent de vos larmes.

§ 2. Humilité du Baptiste :

En voyant Dieu s’approcher du baptême de pénitence pour le recevoir, le vénérable Prophète fut saisi de stupeur ; le trouble et l’épouvante se répandirent dans tout son être en la présence du Rédempteur. « Seigneur », s’écria-t-il, « soyez-moi propice ! Ces eaux où se purifient les corps sont la piscine réservée aux pécheurs. Je baptise les serviteurs, mais je ne dois point baptiser le Maître. Je le sais, Vous venez de la source des eaux célestes ; pourquoi donc entacher les choses divines au contact des choses de la terre ? En Vous se trouvent des sources toutes pures, dont les eaux abondantes rafraîchissent les terres desséchées et communiquent la fécondité à celles qui sont stériles. O saint, si, seulement, Vous m’ordonniez de m’approcher de ces eaux salutaires ! si, seulement, Vous daigniez en verser sur moi de Vos propres mains ! Purifié de mes souillures charnelles, je pourrais marcher dans le sentier du ciel, j’ignorerais les faiblesses coupables de la chair !». Néanmoins le Sauveur persiste dans Son dessein ; puis, voilant pour un instant Sa divinité, il dit à Jean : « Fais maintenant ce que Je dis, car il nous faut accomplir toute justice » (Matth. III, 15). Voyez, quelle céleste réponse ! Le Christ ne nie pas qu’il soit Dieu, mais parce qu’il est devenu homme, il veut accomplir tout ce qu’exigent les prescriptions de la loi. Car c’est justice qu’Il reçoive ce qu’Il doit donner, et qu’Il imprime le sceau de la perfection à ce qu’Il doit léguer à l’Eglise. Alors Jean Le laissa : il ne se sépara point de Lui, mais il L’abandonna à Sa propre volonté, pour Lui laisser faire ce qu’Il désirait. Il voyait dès lors, en effet, que le baptême du Sauveur sanctifierait les eaux, et que ce bain serait, non plus celui de la pénitence, mais celui de la grâce.

§ 3. Il voit les cieux s’ouvrir et le Saint-Esprit en descendre : comment ?

« Aussitôt qu’Il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau, et les cieux s’ouvrirent » (Ibid. 16).
Emblème de la promptitude avec laquelle devait s’opérer l’oeuvre de notre régénération, et de la facilité avec laquelle le vieil homme se changerait en homme nouveau. Jésus est baptisé, et tous les secrets mystères de l’homme se dévoilent. Les cieux s’ouvrent en présence de Jean, non pour rendre profanes les mystères célestes ; mais pour rendre accessible à l’homme l’entrée du paradis, fermée par nos fautes. Les cieux s’ouvrent, sans qu’il y ait scission dans les éléments, sans qu’on aperçoive la moindre déchirure, la plus petite anfractuosité dans les airs, ou que Dieu ait besoin d’en soutenir les parois… Cependant l’œil spirituel peut apercevoir ce que l’œil charnel ne saurait découvrir. Rempli de l’Esprit-Saint, Ezéchiel assure que les cieux se sont ouverts devant lui, et qu’il y a lu la mystérieuse signification des quatre animaux. De même en a-t-il été de saint Etienne, au moment où il a rendu un si beau témoignage à Jésus-Christ. Plein de l’Esprit-Saint, et portant ses regards vers le ciel, il a vu la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu, et il a dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Act. VII, 38). Il a donc vu les cieux ouverts, celui qui prophétisait en l’Esprit ; il a vu les cieux ouverts, celui qui confessait si ouvertement le Christ : « Et j’ai vu », dit le Précurseur, « l’Esprit de Dieu descendant du ciel comme une colombe et venant sur lui » (Matth. III, 16), c’est-à-dire sur Notre-Seigneur Jésus-Christ. Rien d’étonnant à ce que Jean ait vu venir le Saint-Esprit, puisque, avant de naître, il a tressailli dans le sein d’Elisabeth, en présence de la mère du Sauveur, et que, dans le désert, il a ainsi annoncé le Christ : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (ibid. 3). Mais, dira peut-être quelqu’un, comment a-t-on pu voir l’Esprit de Dieu, puisqu’Il est invisible, incompréhensible et répandu dans tous les éléments, un Esprit qui est évidemment Dieu ? Le Sauveur ne dit-il pas dans l’Evangile que « Dieu est esprit » ? (Jean II, 24). Ce qui voit l’Esprit de Dieu, c’est le cœur pur, c’est toute intelligence dont l’Esprit-Saint daigne S’approcher. Par la toute-puissance de Sa divinité, et selon Son bon plaisir, Il pénètre dans ce cœur, dans cette intelligence ; Il S’y rend visible. « L’Esprit de Dieu souffle où Il veut » (ibid. III) : Il gouverne toutes choses, sans être gouverné par aucune ; le monde entier reçoit la vie de cette âme éternelle, qui donne la connaissance du ciel et la refuse, qui a développé l’étendue des mers, qui couvre toute la terre et qui, pénétrant dans le vaste corps du monde, communique libéralement la vie à toutes les semences. Car telle est la nature de la Divinité, que, partout où tu remarques le mouvement et la vie, tu dois y voir l’action de l’Esprit de Dieu.

§ 4. Le mystère de la Sainte Trinité se dévoile dans son entier :

Dans le baptême du Sauveur se manifestent, d’une part, le dessein secret et difficile à saisir du Saint-Esprit, et, d’autre part, le mystère tout entier de la Trinité. L’Esprit de Dieu connaissait le Verbe, et Il L’avait vu Se revêtir de notre humanité. Pour montrer aux hommes que Sa puissance est égale à celle du Fils de Dieu, Il prend donc la forme d’une colombe, bien qu’Il soit d’une nature subtile et simple, que la sainteté Lui appartienne en propre, et qu’Il Se trouve à l’abri de toute investigation. Et, pour que la Trinité apparaisse dans Son entier, le Père, que personne n’a jamais vu, si ce n’est le Fils unique (Jean I, 18), Se fait entendre et fait connaître, par Son propre témoignage, le Christ que l’Esprit-Saint désigne déjà. Voici Ses paroles : « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui J’ai mis Mes complaisances » (Matth. III, 17).
Admirable mystère de la puissance divine ! Que les voies de l’Esprit de Dieu sont impénétrables ! Il S’est revêtu des dehors d’un oiseau inoffensif ; puis Il est descendu du haut des cieux sur Jésus-Christ, immédiatement après Son baptême ; ainsi nous a-t-Il montré que l’infusion du Saint-Esprit se fait dans l’âme au moment du baptême ; ainsi encore a-t-Il réfuté d’avance l’erreur méchante qui consisterait à dire que les paroles de Dieu le Père s’adressaient à Jean, et non à Dieu le Fils.

§ 5. Exhortation au saint baptême :

Ici, mes frères, il convient de tourner toute notre indignation contre les impies, et d’en finir avec la mauvaise foi des Juifs, qui ne croient point à la venue du Messie, quand le ciel lui-même Lui rend témoignage, qui refusent de reconnaître comme Dieu Celui que le Père déclare être Son Fils.
Aussi, mes très-chers frères, réunissons-nous dans un même sentiment de foi, et soyons tous assez fermes pour confesser Dieu le Père, et Son Fils Jésus, et le Saint-Esprit, et reconnaître, en même temps, qu’Ils ne forment à eux Trois qu’une seule et même Substance.
Quant à vous, frères bien-aimés, à qui nous procurons le bonheur d’entendre les leçons de l’Apôtre, hâtez-vous de recevoir aussi le baptême. Que rien, en lui, ne vous paraisse abject ; que rien, en lui, ne vous semble méprisable. Le Sauveur du monde a daigné entrer dans cette piscine ; hâtez-vous donc, « du temps qu’il fait jour, dans la crainte d’être surpris par les ténèbres » (Matth. XII, 35). Si nombreuses que soient les blessures faites à vos cœurs par le péché, si hideuses que soient les taches imprimées à votre âme par vos fautes, nous les cicatriserons, nous les ferons disparaître avec l’eau vive du baptême : votre conscience y sera purifiée de toutes vos anciennes iniquités, une lumière toute spirituelle y sera répandue en vous ; c’est ainsi que, par mon ministère, s’accomplira parfaitement en votre personne le grand mystère de ce jour ; c’est ainsi que le ciel s’ouvrira pour vous, et que je vous ferai voir le Christ, Notre-Seigneur, à qui l’honneur, la puissance et la gloire appartiennent pendant les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Symbole de la Sainte Trinité

2022-2. Vœux de SMTC le Roi Louis XX.

1er janvier 2022.

Vœux du Roi

En ce premier jour de l’année, faisons le vœu d’une France qui retrouve l’esprit de la volonté collective. La volonté qui fait gagner, et ouvre des voies nouvelles.
Pour se faire la France doit reprendre en mains ses destinées et retrouver l’amour de son histoire, de ses traditions et de ses grands hommes.
Louis de Bourbon, duc d’Anjou.

Armes de France & Navarre

2021-79. De contritionis actu.

- De l’acte de contrition -

homme en prière - examen de conscience

L’achèvement de toute action humaine, que ce soit la fin d’une journée, la fin d’une période particulière de nos étapes terrestres, la fin d’un travail, ou la fin d’une année, doit toujours porter le catholique qui prend au sérieux sa vie spirituelle et sa progression dans la pratique des vertus, à un examen de conscience – général ou particulier – par lequel, honnêtement, devant Dieu et la cour céleste, il vérifie les dispositions qu’il a apportées à ce qu’il a fait et la manière dont il l’a accompli.

Sans scrupule mais sans superficialité, et surtout sans indulgence envers soi-même (chose à laquelle nous sommes si spontanément enclins !), cet examen – qui n’a rien à voir avec l’introspection ni avec le nombrilisme – nous conduit à affuter notre conscience morale ; à nous comporter de manière plus délicate, plus fidèle et plus aimante envers Dieu ; à être plus exacts dans l’observance de ses saintes lois ; à faire des progrès dans la pratique des vertus… etc.
Ce pourquoi la Sainte Eglise, dans sa sagesse, nous demande de faire tous les soirs un examen de conscience portant sur les actions, pensées, paroles et omissions coupables de notre journée, avant de nous endormir ; ce pourquoi de très grands spirituels tout au long des siècles ont voulu aider leurs disciples, parfois à leur demande, en rédigeant des directoires ou formulaires pour l’examen de conscience quotidien, hebdomadaire et mensuel ; ce pourquoi encore, à l’occasion de retraites spirituelles, on enseigne souvent la pratique de « l’examen particulier ».

L’examen de conscience régulier nous porte à nous purifier plus rapidement des souillures de nos fautes quotidiennes, et à nous corriger de nos défauts et imperfections : il ne doit pas entretenir dans l’âme les tourments du remords (celui-ci est une manifestation de l’orgueil et de la complaisance de soi, dépités à la vue de nos imperfections), mais la libération, la joie et la paix qu’engendre un regret sincère, humble et aimant.
Voilà pourquoi, comme au confessional, la récitation de l’acte de contrition vient parachever l’examen de conscience.
Ajoutons et rappelons que, pour les fautes vénielles, cette récitation fervente (et non pas machinale et routinière) de l’acte de contrition, nous obtient déjà le pardon et la rémission.

En outre, dans le cas d’un danger mortel et en l’absence de la possibilité de recevoir la sainte absolution, la récitation sincère et fervente de l’acte de contrition, dont les termes expriment ce que l’on appelle en théologie une « contrition parfaite » (la contrition est dite parfaite lorsque le motif de notre regret est le mal que le péché fait à Dieu : offense à Sa majesté, à Sa sainteté, révolte contre Son autorité sou­veraine, mépris de Son amour, souffrances que le péché a occasionnées à Notre-Seigneur ; autrement dit, la contrition parfaite consiste à regretter le péché par un motif d’amour), peut être suffisante pour nous valoir le pardon des péchés mortels eux-mêmes.
Voilà pourquoi, en plus du sacrement de pénitence (où, normalement, le confesseur doit demander au pénitent de réciter l’acte de contrition), il est de la plus grande importance de bien connaître son acte de contrition.

A ce sujet, lors d’une conversation entre amis, j’ai incidemment mentionné le fait que je récite mon acte de contrition en langue latine. Mes auditeurs l’ont immédiatement remarqué et m’ont demandé de le leur apprendre.
Je leur ai promis d’en faire l’objet d’une publication, d’autant que la formule française ordinaire (« Mon Dieu, j’ai un très grand regret de Vous avoir offensé, parce que Vous êtes infiniment bon, infiniment aimable, et que le péché Vous déplait : je prends la ferme résolution, avec le secours de Votre sainte grâce, de ne plus Vous offenser et de faire pénitence »), qui est néanmoins « suffisante », m’apparaît cependant moins précise et complète que la formule latine que j’utilise (car il existe plusieurs versions), que j’ai recopiée il y a une trentaine d’années dans un vieux livre de prières latines oublié au fond d’une bibliothèque de religieux qui ne lisaient plus le latin, et dont j’ai su depuis que c’est la formule qui a été reprise dans l’Ordo pænitentiæ publié en 1974.

En voici le texte :
« Deus meus, ex toto corde me pǽnitet ac dóleo de ómnibus quæ male egi et de bono quod omísi, quia peccándo offéndi te, summe bonum ac dignum qui super ómnia diligáris.
Fírmiter propóno, adiuvánte grátia tua, me pæniténtiam ágere, de cétero non peccatúrum peccatíque occasiónes fugitúrum.
Per mérita passiónis Salvatóris nostri Iesu Christi, Dómine, miserére ».

La traduction peut être la suivante :
« Mon Dieu, de tout mon cœur je me repens et j’éprouve de la douleur pour tout le mal que j’ai commis et pour le bien que j’ai omis, parce qu’en péchant je Vous ai offensé, Vous qui êtes souverainement bon et digne d’être aimé par-dessus toutes choses.
Je prends le ferme propos, avec l’aide de Votre grâce, de faire pénitence, de ne plus pécher à l’avenir, et de fuir les occasions du péché.
Par les mérites de la Passion de notre Sauveur Jésus-Christ, Seigneur, ayez pitié (de moi) !
 ».

Pour ce qui me concerne, je préfère cette formule parce qu’elle exprime non seulement le regret du mal commis mais aussi celui du bien qui a été omis, parce que l’expression de la contrition parfaite est plus précise et parce que le ferme propos y est plus explicite : faire pénitence, ne plus recommencer et fuir les occasions de péché, chose des plus importantes dans la lutte contre le péché mais qui est si souvent oubliée par les pénitents…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

homme en prière - contrition

2021-78. « Notre Église est l’Église des saints ! »

Dimanche 26 décembre 2021,
Fête de Saint Etienne, protomartyr (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Voici le texte du prône que nous avons eu le bonheur d’entendre, hier, lors de la Messe solennelle du saint jour de Noël, dans notre Chapitre de Saint Remi – dont vous savez que je suis chanoine d’honneur -, et j’ai pensé qu’il vous serait agréable d’en bénéficier vous aussi.
Sainte et fervente octave de la Nativité !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur 

François Perrin 1634 - Saint Augustin offrant son cœur à l'Enfant Jésus - Saint-Denis musée d'art et d'histoire

Saint Augustin offrant son cœur à l’Enfant Jésus
(François Perrin [1590-1650], 1634 – Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis)

Etoiles

Prône pour la fête de la Nativité de Notre-Seigneur
- 25 décembre 2021 -
prononcé par Monsieur le Prévôt du Chapitre de Saint Remi
à la Messe solennelle du saint jour de Noël

Alors que cette fête demeure l’une des plus fréquentées en France-même, relevons que, si notre Chapitre ne travaille pas à proprement parler pour une paroisse, nous ne nous désintéressons aucunement du salut des âmes ; bien au contraire, en prenant nos distances, et presque de l’élan, nous les embrassons toutes. Car si travailler à sauver une âme est déjà une grande œuvre, qu’en sera-t-il de la conversion de toute un royaume ?

Mais au milieu des persécutions contre la liturgie traditionnelle et du délitement de notre Patrie, l’on nous reproche de ne pas nous affairer. Et comment mieux travailler et coopérer à la résistance et au redressement de l’Église catholique comme de l’État chrétien, sinon en étant bien fidèle à son devoir d’état ? Et celui d’un chanoine est d’être bien à sa place au chœur, portant la prière d’un peuple qui ne prie plus publiquement qu’à moins de 2% selon les sondages, de soigner la liturgie et de s’unir de cœur comme d’esprit aux paroles prononcées, tenant lieu ici-bas de Cour du Roi des rois, « car l’on ne se moque pas de Dieu » (Ga VI, 7). De son temps, la patronne des missions n’eut rien ne plus à cœur que de s’enfermer dans son couvent de Lisieux, d’y supporter ses sœurs et consœurs, d’y être malade et d’y mourir à 24 ans. Sa châsse est aujourd’hui portée en triomphe dans toutes les parties du monde. La petite Bernadette, après avoir eu l’insigne honneur de recevoir les apparitions de la Vierge Immaculée, se voit non pas chargée de mission pour prêcher des conférences comme le voudrait tout Catholique connecté du XXIe siècle, mais exfiltrer en Nivernais pour apprendre à obéir et à pâtir, car « beaucoup d’humiliations font un peu d’humilité ». Plus facile à dire qu’à appliquer, et surtout qu’à aimer : car nous en sommes encore bien loin, mais là était finalement la seconde mission de Sœur Marie-Bernarde, la première étant non pas de convaincre mais d’avertir M. son curé, Mgr Peyremale.

En ce jour de naissance de la France, en lequel la Sacrée Pénitencerie Apostolique accorde aux membres et fidèles de l’Ordre de saint Remi l’indulgence plénière, nous nous glorifions de contribuer à la fidélité du royaume très-chrétien à sa vocation. Et tandis que beaucoup de nos amis combattent activement, nous devons, tels les chapelains de sainte Jeanne d’Arc à deux pas du champ de bataille, chanter solennellement Office divin et Messe : le soin du Service divin est de bien plus grande importance que le maniement des armes, ferrées ou électroniques. Nous devons remplir autour du Christ Roi et de Son lieutenant le rôle que son frère le grand-prêtre Aaron et son beau-frère ou neveu Hour  jouèrent auprès de Moïse : en lui soutenant les bras tout le temps de la bataille contre les Amalécites. Grâce à nous en quelque sorte, osons-le, la France ne peut pas baisser les bras !

Et alors que l’eau salutaire coulait sur la peau du front de Clovis le Grand, s’accomplissaient pour les Francs les paroles de saint Paul entendues mardi en la fête de saint Thomas : « Désormais vous n’êtes donc plus des étrangers et des gens du dehors ; mais vous êtes concitoyens des Saints, et membres de la famille de Dieu, puisque vous avez été édifiés sur le fondement des Apôtres et des Prophètes, le Christ Jésus étant Lui-même la pierre angulaire. En Lui, tout l’édifice, bien coordonné, grandit pour être un temple saint dans le Seigneur. En Lui, vous aussi, vous entrez dans sa structure, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit-Saint » (Eph. II, 19-22).

En cette fête de la Nativité du Seigneur fait pour nous petit Enfant, citons encore, puisqu’il repose à quelques kilomètres d’ici, Georges Bernanos dans son Jeanne relapse et sainte (1934), comme le cher Père Thomas nous le conseille en ces jours d’épreuve :

« Notre Église est l’Église des saints. Pour être un saint, quel évêque ne donnerait son anneau, sa mitre, sa crosse, quel cardinal sa pourpre, quel pontife sa robe blanche, ses camériers, ses suisses et tout son temporel ? Qui ne voudrait avoir la force de courir cette admirable aventure ? Car la sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. Qui l’a une fois compris est entré au cœur de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chair mortelle une autre terreur que celle de la mort, une espérance surhumaine.

Notre Église est l’Église des saints. Mais qui se met en peine des saints ? On voudrait qu’ils fussent des vieillards pleins d’expérience et de politique, et la plupart sont des enfants. Or l’enfance est seule contre tous. Les malins haussent les épaules, sourient : quel saint eut beaucoup à se louer des gens d’Église ? Hé! Que font ici les gens d’Église ! Pourquoi veut-on qu’ait accès aux plus héroïques des hommes tel ou tel qui s’assure que le royaume du ciel s’emporte comme un siège à l’Académie, en ménageant tout le monde ? Dieu n’a pas fait l’Église pour la prospérité des saints, mais pour qu’elle transmît leur mémoire, pour que ne fût pas perdu, avec le divin miracle, un torrent d’honneur et de poésie. Qu’une autre Église montre ses saints ! La nôtre est l’Église des saints. A qui donneriez-vous à garder ce troupeau d’anges ? La seule histoire, avec sa méthode sommaire, son réalisme étroit et dur, les eût brisés. Notre tradition catholique les emporte, sans les blesser, dans son rythme universel. […] Souhaiterait-on qu[e les Saints] eussent tous été, de leur vivant, mis en châsse ? assaillis d’épithètes ampoulées, salués à genoux, encensés ? De telles gentillesses sont bonnes pour les chanoines. [dixit]

Ils vécurent – les Saints –, ils souffrirent comme nous. Ils furent tentés comme nous. Ils eurent leur pleine charge et plus d’un, sans la lâcher, se coucha dessous pour mourir, [nous donnant] la leçon de l’héroïsme et de l’honneur. Mais qui ne rougirait de s’arrêter si tôt, de les laisser poursuivre seuls leur route immense ? Qui voudrait perdre sa vie à ruminer le problème du mal, plutôt que de se jeter en avant ? Qui refusera de libérer la terre ?

Notre Église est l’Église des saints. Tout ce grand appareil de sagesse, de force, de souple discipline, de magnificence et de majesté n’est rien de lui-même, si la charité ne l’anime. Mais la médiocrité n’y cherche qu’une assurance solide contre les risques du divin. Qu’importe ! Le moindre petit garçon de nos catéchismes sait que la bénédiction de tous les homme d’Église ensemble n’apportera jamais la paix qu’aux âmes déjà prêtes à la recevoir, aux âmes de bonne volonté. Aucun rite ne dispense d’aimer.

Notre Église est l’Église des saints. Nulle part ailleurs on ne voudrait imaginer seulement telle aventure, et si humaine, d’une petite héroïne qui passe un jour tranquillement du bûcher de l’inquisiteur en Paradis, au nez de cent cinquante théologiens. ‘Si nous sommes arrivés à ce point, écrivaient au pape les juges de Jeanne, que les devineresses vaticinant faussement au nom de Dieu, comme certaine femelle prise dans les limites du diocèse de Beauvais, soient mieux accueillies par la légèreté populaire que les pasteurs et les docteurs, c’en est fait, la religion va périr, la foi s’écroule, l’Église est foulée aux pieds, l’iniquité de Satan dominera le monde !’ [l’on croirait entendre Caïphe et son Sanhédrin !], et voilà qu’un peu moins de cinq cents ans plus tard l’effigie de la devineresse est exposée à Saint-Pierre de Rome, il est vrai peinte en guerrière, sans tabard ni robe fendue !, et à cent pieds au-dessous d’elle, Jeanne aura pu voir un minuscule homme blanc, prosterné, qui était le pape lui-même.

Notre Église est l’Église des saints. Du Pontife au gentil clergeon qui boit le vin des burettes, chacun sait qu’on ne trouve au calendrier qu’un très petit nombre d’abbés oratoires et de prélats diplomates. Seul peut en douter tel ou tel bonhomme bien pensant, à gros ventre et à chaîne d’or, qui trouve que les saints courent trop vite, et souhaiterait d’entrer au paradis à petits pas, comme au banc d’œuvre, avec le curé son compère.

Notre Église est l’Église des saints. Nous respectons les services d’intendance, la prévôté, les majors et les cartographes, mais notre cœur est avec les gens de l’avant, notre cœur est avec ceux qui se font tuer. […] Que d’autres prennent soin du spirituel, argumentent, légifèrent – dit le laïque Bernanos – : nous tenons le temporel à pleines mains, nous tenons à pleines mains le royaume temporel de Dieu. Nous tenons l’héritage des saints ».

L’Ordre de saint Remi n’a pas d’autre but que d’inciter chacun à être pleinement et seulement à sa place, à son tour de guet ou d’hebdomadier, d’avant-garde de l’armée ou de sacrificateur.

« Car […] depuis que Dieu lui-même nous visita, est-il rien en ce monde que nos saints n’aient dû reprendre, est-il rien qu’ils ne puissent donner ? ».

Alors, Monsieur Bernanos, à nonante-sept ans de distance, lesdits chanoines et leurs petits clergeons vous pardonnent bien volontiers, car – ironie du sort – ce sont aujourd’hui ces mêmes chanoines séculiers ressuscités qui, espérant contre tout espérance, audacieux comme des enfants, avec la fraîcheur du zèle des amoureux, traités de fous tel Notre-Seigneur par Hérode Antipas, veulent être vos âmes privilégiées et jeunes humanités de surcroît. Ces paroles du saint Évangile résonnent de manière toute particulière et adaptée : « Les grands prêtres et les scribes L’accusaient avec force. Hérode Le traita avec mépris ainsi que ses hommes d’armes, se moqua de Lui et, après L’avoir revêtu d’un vêtement de couleur éclatante, il Le renvoya à Pilate. En ce jour-même, Hérode et Pilate devinrent amis, eux qui auparavant étaient en inimitié entre eux » (Luc. XXIII, 10-12).

La ressemblance des faits doit nous assurer que, tel le bienheureux Noël Pinot, le chemin que nous empruntons est surnaturellement le bon – j’ai couru sur la voie de Vos Commandements ! (Ps. CXVIII) – et qu’il nous mène, comme Jehanne, à une victoire inespérée au sens propre, mais dont les retombées temporelles seront immenses, centuplées par les grâces surnaturelles.

Soyons donc les imitateurs tant des pâtres que des mages, venons en jeunes chanoines adorer, dans les bras de la Sainte Famille, le plus grand trésor de l’univers, puisque nous avons là dans la Crèche les deux Rois et la Reine de notre Ordre. Et au cours de cette Messe, unissons-nous à la Messe célébrée il y a 1525 ans en l’église cathédrale Notre-Dame de Reims : c’était là aussi le début d’une magnifique aventure, que nous nous faisons forts, avec la divine grâce, de poursuivre ad multos annos.

« Une seule chose est nécessaire ». Avec la Magdeleine et tous les fils de saint Augustin, nous avons « choisi la meilleure part : elle ne nous sera pas enlevée » (Luc. X, 42). Ainsi soit-il.

Saint Augustin offrant son cœur à l'Enfant Jésus - détail

Saint Augustin offrant son cœur à l’Enfant Jésus – détail

2021-76. « Venez, Lumière véritable ! »

Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent.

Voici un court texte extrait des écrits spirituels de Saint Syméon le Nouveau Théologien (949-1022), higoumène du monastère de Saint-Mamas à Constantinople.
Il se présente comme une litanie de noms amoureusement attribués au Christ qui vient, exprime la ferveur de notre attente, et peut ainsi stimuler en nos âmes un désir plus ardent de l’avènement de notre divin Rédempteur.  

Mère de Dieu entre Justinien et Constantin - mosaïque de Sainte Sophie Constantinople

Mosaïque de la Très Sainte Mère de Dieu entre les empereurs Justinien 1er et Saint Constantin 1er le Grand
(mosaïque de la basilique Sainte Sophie – Constantinople)

Etoiles

Venez, Lumière véritable…

Venez, Lumière véritable ; venez, Vie éternelle ; venez, Mystère caché, Trésor ineffable, Action indicible !
Venez, Visage qu’on ne peut représenter, Charme inexprimable, Lumière qui ne connaît point de soir !
Venez, Espoir véritable des âmes qui cherchent le salut ; venez, Sauveur de ceux qui sont abattus ; venez, Résurrection des morts ; venez, Puissance qui crée, rénove et change tout par Sa propre volonté ; venez, Invisible, Insaisissable, Intouchable !
Venez, notre Vie éternelle ; venez, Couronne impérissable, Pourpre du grand Dieu, notre Dieu, Ceinture de cristal et de diamant !

Venez, Vous après qui ma pauvre âme soupire et languit ; venez, Solitaire, pour un solitaire ; venez à moi, Vous qui m’avez affranchi de ce monde et qui m’avez rendu solitaire ; venez, Vous qui êtes devenu mon désir et qui avez fait que j’aspire après Vous, l’Inaccessible !
Venez, mon souffle et ma vie ; venez, Consolation de mon âme pécheresse ; venez, ma joie, ma gloire, mon ravissement !

Mère de Dieu entre Justinien et Constantin - détail

La Très Saint Mère de Dieu
(détail de la mosaïque ci-dessus)

Etoiles

2021-75. Vraie et fausse obéissance dans l’Eglise.

Mercredi 15 décembre 2021,
Octave de l’Immaculée Conception (cf. > ici) ;
Mercredi des Quatre-Temps d’hiver (cf. > ici).

Après le temps d’une paix relative qu’avait occasionnée le pontificat de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, l’arrivée de François au Vatican, vous vous en souvenez, mes bien chers Amis, avait aussitôt suscité les plus vives inquiétudes…
Et effectivement, très rapidement (il n’est que de relire ce qui a été publié dans ce blogue depuis 2013), la Sainte Eglise Romaine est entrée par sa faute dans une période encore plus violente de troubles et d’effrayantes ténèbres.
Une nouvelle étape a été franchie, dans cette escalade de méchancetés et de haine contre tout ce qui est véritablement catholique, par la publication du « motu sordido » Traditionis custodes (comprenez : « les geôliers de la Tradition ») et, vraisemblablement dans les tout prochains jours, des décrets d’application vont être publiés par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements et la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, pour dévoiler de manière encore plus précise les plans destructeurs de l’actuel occupant du siège pontifical.

C’est une véritable persécution que François a décidée, et qu’il veut mener jusqu’au bout pour l’extinction totale de la célébration de la Sainte Messe selon les rites multiséculaires antérieurs aux réformes qui ont suivi le concile vaticandeux

Cette éradication programmée, nous ne le répèterons jamais assez, est – si on veut bien se donner la peine de comprendre les explications données par François lui-même dans son « motu sordido » ainsi que dans la lettre aux évêques qui l’accompagne – liée à la volonté d’enterrer la doctrine catholique traditionnelle, la doctrine catholique reçue des Apôtres, dont la liturgie dite, par simplification, tridentine est l’expression la plus sûre, contrairement au rite réformé – ce rite bâtard – voulu et imposé par Paul VI.

Il n’est plus temps de « prendre des gants » et d’user de circonvolutions diplomatiques polies avec ceux qui veulent notre mort spirituelle et notre anéantissement !
Il est illusoire et vain de tenter de faire appel à son « cœur paternel » et à sa « miséricorde » !
Il faut regarder les choses avec lucidité et, sans céder aux émotions superficielles, il convient de réagir à ces événements avec l’esprit authentique de l’Eglise dans sa Tradition multiséculaire pour agir en conséquence : lorsque quelqu’un vous déclare la guerre, il n’est pas indiqué de lui fourbir des armes et de se livrer à sa merci !
Nous n’avons pas à nous soumettre et à nous aplatir devant des personnes, mues par la haine de la foi catholique authentique qu’elles veulent changer et faire évoluer en conformité avec les doctrines du monde, et qui n’ont pour nous que des paroles traîtresses et des desseins pervers !

Il y a 45 ans – alors qu’au cours de « l’été chaud » 1976 il avait été déclaré « suspens a divinis » par Paul VI -, Son Excellence Révérendissime Monseigneur Marcel Lefebvre, prononçait à Ecône un sermon, au cours de la Sainte Messe de la fête de l’Immaculée Conception (Messe au cours de laquelle les membres de la Fraternité Saint Pie X s’engagent, ou renouvellent leurs engagements), dans lequel il rappelait les principes catholiques de l’obéissance.
Puisque l’on ne se privera pas de nous accuser de désobéissance dans notre combat pour la liturgie latine traditionnelle, qui est un combat pour la foi catholique authentique, il m’a semblé bon et utile de publier ici la retranscription de ce sermon du 8 décembre 1976 qui n’a rien perdu de sa solidité doctrinale, de son actualité et de sa pertinence.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Nota bene :
La retranscription en caractères gras de certains passages est de notre initiative, afin de bien mettre en valeur les phrases les plus importantes de ce beau texte.

Annonciation -détail d'un vitrail de l'église Saint-Aignan à Chartres

L’Annonciation
(détail d’un vitrail de l’église Saint-Aignan, à Chartres)

Mes bien chers frères,

Cette fête de l’Immaculée Conception, dont le dogme a été proclamé solennellement par le pape Pie IX en 1854, était confirmée ensuite, par la Sainte Vierge elle-même, à Bernadette, à Lourdes, en 1858.
Sans doute cette fête de l’Immaculée Conception est beaucoup plus ancienne que sa définition et précisément, la définition de ces dogmes, intervient toujours par les Souverains Pontifes, après que l’Église, dans sa tradition et sa foi, a montré d’une manière permanente, qu’elle croyait à cette Vérité que Notre Seigneur Jésus-Christ a révélée par ses apôtres.
Ainsi la vérité que nous fêtons aujourd’hui concernant l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie est une vérité contenue dans la Révélation, affirmée par conséquent par Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même.
Cette fête nous donne une grande leçon et particulièrement à vous, mes chers amis, qui dans quelques instants allez prononcer votre engagement pour la première fois, ou le renouveler, je pense que je dois attirer votre attention sur le fait que cet engagement vous demande de pratiquer d’une manière toute particulière et véritablement avec tout votre cœur, avec toute votre adhésion, la sainte vertu d’obéissance.

Et s’il est une vertu qui ressort de cette fête de l’Immaculée Conception, c’est précisément la vertu d’obéissance.
Pourquoi ?
Parce que ce qui nous fait perdre la grâce sanctifiante, ce qui nous fait perdre l’amitié de Dieu, c’est le péché d’Ève, de la mère de l’humanité.

Par son péché, par sa désobéissance, elle a entraîné après elle, toutes les âmes qui l’ont suivie. Depuis que ce péché de nos premiers parents est intervenu dans l’histoire de l’humanité, tous ceux qui naissent désormais, naissent avec le péché originel.
Sauf la Très Sainte Vierge Marie, exceptée la Très Sainte Vierge Marie.
Ainsi donc Notre Seigneur Jésus-Christ a voulu. Dieu a voulu, que dans cette histoire de l’humanité, qui a été flétrie en quelque sorte par le péché de la désobéissance de la mère de l’humanité, que ce soit par une créature semblable, par notre Mère du Ciel, la Très Sainte Vierge Marie, que cette faute soit réparée.
Et si donc, c’est par une désobéissance qu’a commencé le péché dans l’humanité, c’est par l’obéissance de la Très Sainte Vierge Marie, que ce péché a été réparé.
Il y a donc là une antithèse admirable et qui a été voulue ou du moins permise par le Bon Dieu. Certes le Bon Dieu n’a pas voulu le péché, mais il a permis cette faute de l’humanité, comme le dit la liturgie du Samedi saint : felix culpa : heureuse faute, d’une certaine manière, dans un certain sens qui nous a mérité tant de grâces ; qui nous a mérité d’avoir au milieu de nous, le Fils de Dieu et qui nous a mérité d’avoir la Très Sainte Vierge Marie.

Et encore faudrait-il que nous profitions de cette leçon et de la grâce que nous offre la Très Sainte Vierge Marie. Leçon d’obéissance, grâce sanctifiante, elle qui est dite pleine de grâces.
Pourquoi est-elle pleine de grâces ?
Parce qu’elle a obéi, parce qu’elle s’est soumise à Dieu.
Et c’est cela précisément ce que nous devons avoir comme premier désir de nos existences.
La vertu d’obéissance est au cœur même de notre sanctification. Elle est au cœur de toute notre vie, de notre vie naturelle, de notre vie surnaturelle.
Il ne peut pas y avoir de véritable vie naturelle sans obéissance ; il ne peut y avoir de vraie vie surnaturelle sans l’obéissance.

Qu’est-ce donc que l’obéissance ? En quoi consiste-t-elle ?
Il me semble que l’on pourrait la définir comme la vertu de Dieu. Virtus Dei omnipotentis : La vertu de Dieu Tout-Puissant, s’infusant dans nos âmes, dans nos existences, dans notre volonté, dans notre intelligence, dans notre corps, cette vertu du Dieu Tout-Puissant.
Vertu qui est la force du Dieu Tout-Puissant s’inscrivant dans nos vies, dans notre vie quotidienne, dans nos existences. Parce que nous ne sommes rien, sans cette vertu du Dieu Tout-Puissant. Et cette vertu du Dieu Tout-Puissant, s’inscrit par les lois, par les commandements de Dieu, par les commandements de vie.
Aime ton Dieu ; aime ton prochain. Voilà ce que nous devons faire. Et c’est à cette condition que nous vivrons, que nous vivrons dans l’ordre naturel comme dans l’ordre surnaturel.
Nous devons donc, avant tout, avoir le désir de voir cette vertu de Dieu, cette vertu naturelle et surnaturelle de Dieu s’infuser dans nos âmes et nous prendre tout entier ; tout ce que nous sommes. Ne rien faire échapper à cette toute-puissance de Dieu en nous ; nous soumettre entièrement à la grâce du Bon Dieu, à sa force, à sa vie. Voilà ce qu’est l’obéissance et voilà le fruit de l’obéissance.
La vie naturelle, la vie surnaturelle et par le fait même, la vie de la vision béatifique, la vie éternelle, tout est inscrit dans cette vertu d’obéissance.

Ceci doit être, mes chers amis, pour vous, pendant que vous prononcerez votre engagement, une disposition profonde de vos âmes : Je veux être obéissant toute ma vie, obéissant à Dieu ; me soumettre à ce désir de Dieu, de me voir vivre, de me communiquer sa vie en me communiquant sa Vérité, sa Vérité dans nos intelligences, par la lumière naturelle de notre raison, de notre intelligence, mais nous aussi et surtout par la lumière de la foi. Car ce n’est pas autre chose que la foi. C’est l’obéissance de nos intelligences à la Révélation de Notre Seigneur Jésus-Christ qui nous donne sa Vérité, qui nous transmet sa Vérité.
Et cette Vérité est une source de vie. Elle sera pour vous une source de vie, une source de grâces. Alors soumettez pleinement vos intelligences et vos volontés à Notre Seigneur Jésus-Christ. Demandez-le par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie. Demandez-lui qu’elle vous donne cette grâce ; qu’elle vous donne cette humilité, de vous soumettre entièrement à la Sainte volonté de Notre Seigneur. Elle vous en a montré l’exemple par son Fiat, par son humilité.
Quia respexit humilitatem meam ; quia respexit humilitatem ancillæ suæ. Nous le chantons dans le Magnificat. C’est encore sa cousine Élisabeth qui lui dit : Et beata, quæ credidisti (Lc 1,45) : « Bienheureuse, parce que tu as eu la foi ».

La foi !
Et la foi n’est pas autre chose que l’obéissance de notre intelligence, que la soumission de nos intelligences à la Vérité révélée par l’autorité de Dieu.
Voilà ce que doit être votre obéissance.
Et par cette grâce d’obéissance, vous transformerez votre vie. Vos vies seront pleinement conformes à la volonté de Dieu.

Mais alors, évidemment, dans les circonstances dans lesquelles nous vivons, dans la confusion dans laquelle l’Église se trouve aujourd’hui, nous pouvons nous demander : Mais où est cette obéissance aujourd’hui ?
Comment se réalise, dans la Sainte Église, l’obéissance aujourd’hui ?

Eh bien, nous ne devons pas oublier, que la première de nos obéissances, notre obéissance fondamentale, notre obéissance radicale, notre obéissance doit être totale à Notre Seigneur Jésus-Christ, à Dieu. Car c’est Lui qui nous demande notre obéissance ; c’est Lui qui nous demande notre soumission. Et le Bon Dieu a tout fait, pour que nous soyons éclairés dans notre obéissance.
Pendant deux mille ans d’existence de l’Église, la lumière a été donnée, donnée par la Révélation, par les apôtres, par les successeurs des apôtres, par Pierre, par les successeurs de Pierre. Et s’il est arrivé d’aventure, que quelque erreur se soit glissée ou quelques transmissions de la Vérité n’aient pas été faites exactement, l’Église l’a redressé. L’Église a eu le soin de nous transmettre la Vérité conforme à la Vérité de Dieu.

Et voici que par un mystère insondable de la Providence – la Providence permet que notre temps soit peut-être un temps unique dans l’Histoire de l’Église -, que ces vérités ne sont plus transmises avec la fidélité avec laquelle l’Église les a transmises pendant deux mille ans.
Ne recherchons même pas la cause : d’une certaine manière, ne recherchons pas la responsabilité de ces faits.
Mais ces faits sont là devant nous.
La Vérité qui était enseignée aux enfants, aux pauvres : Pauperes evangelizantur (Mt 11,5) : « Les pauvres sont évangélisés », disait Notre Seigneur aux envoyés de saint Jean Baptiste.
Eh bien, aujourd’hui, les pauvres ne sont plus évangélisés. On ne leur donne plus le pain, le pain que les enfants réclament, le vrai pain : le pain de vie.

On a transformé nos Sacrifices, nos sacrements, nos catéchismes et alors nous sommes stupéfaits ; nous sommes douloureusement surpris.
Que faire devant cette réalité angoissante, déchirante, écrasante ?
Garder la foi !
Obéir à Notre Seigneur Jésus-Christ.
Obéir à ce que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a donné pendant deux mille ans.
Dans un moment de terreur, dans un moment de confusion, dans un moment de désagrégation de l’Église, que devons-nous faire, sinon nous en tenir à ce que Jésus a enseigné et à ce que son Église nous a donné comme la Vérité pour toujours, définie pour toujours ?
On ne peut plus changer ce qui a été défini une fois pour toutes par les Souverains Pontifes, avec leur infaillibilité. Ce n’est plus changeable. Nous n’avons pas le droit de changer la Vérité qui est inscrite pour toujours dans nos livres saints. Car cette immutabilité de la Vérité correspond à l’immutabilité de Dieu. C’est une communication de l’immutabilité de Dieu à l’immutabilité de nos vérités.
Changer nos vérités, cela voudrait dire changer l’immutabilité de Dieu. Or nous le récitons tous les matins à Prime : Immotus in se permaneus : Dieu demeurant immuable en Lui-même comme tout le temps, demeurant jusqu’à la fin.
Alors nous devons donc nous attacher à cette vérité qui nous est enseignée d’une manière permanente et ne pas nous laisser troubler par le désordre que nous constatons aujourd’hui.
Et par conséquent, savoir à certains moments, ne pas obéir pour obéir.
Car c’est cela en définitive. Car cette vertu dont je vous parlais tout à l’heure du Dieu Tout-Puissant, le Bon Dieu a voulu qu’elle nous soit transmise d’une certaine manière, par les hommes qui participent à son autorité.

Mais dans la mesure où ses créatures ne sont pas fidèles à la transmission de cette vie, de cette vertu de Dieu, dans cette mesure là aussi, nous ne pouvons plus accepter leurs ordres et les obligations qu’ils nous imposent. Parce qu’obéir à des hommes qui transmettent d’une manière infidèle le message qui leur est donné, ce serait désobéir à Dieu. Ce serait désobéir au message de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors quand nous avons le choix : obéir au message de Notre Seigneur Jésus-Christ, ou obéir au message des hommes, qui nous sont transmis par les hommes, dans la mesure où le message qui nous est transmis par les hommes correspond au message de Notre Seigneur Jésus-Christ, nous n’avons aucun droit de ne pas leur obéir, jusqu’au dernier iota.
Mais dans la mesure où ces ordres, ou ces obligations qui nous sont donnés ne correspondent pas à ceux que Notre Seigneur Jésus-Christ nous donne, nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
A ce moment-là, ces hommes ne remplissent pas la fonction pour laquelle ils ont reçu l’autorité que le Bon Dieu leur a donnée.
C’est pourquoi saint Paul disait lui-même : « Si un ange du Ciel ou nous-même dit-il – par conséquent si moi, Paul, disait saint Paul : Si un ange du Ciel ou moi-même Paul, je vous enseigne une vérité contraire à celles qui vous ont été enseignées primitivement, ne nous écoutez pas ».
C’est cela. Nous sommes devant cette réalité. Et je dirai moi-même bien volontiers, s’il m’arrivait à moi, de vous enseigner quelque chose qui soit contraire à ce que toute la Tradition de l’Église nous a enseigné, ne m’écoutez pas. À ce moment-là, vous avez le droit de ne pas m’obéir. Et vous avez le devoir de ne pas m’obéir, parce que je ne serais pas fidèle à la mission que le Bon Dieu m’a donnée.

Voilà ce que doit être notre obéissance : avant tout, obéir à Dieu !
C’est le seul moyen pour nous d’arriver à la vie éternelle. Car c’est cette obéissance qui commande la voie qui mène à la vie éternelle.
Et en cela nous suivons l’exemple de la Très Sainte Vierge Marie. Elle a été l’obéissance même. Elle est l’exemple le plus parfait, le plus beau, le plus sublime de l’obéissance, contrairement à la désobéissance de la mère de l’humanité.

Alors demandons aujourd’hui, mes bien chers amis, à la Très Sainte Vierge Marie de nous enseigner cette obéissance, de nous la faire garder jusqu’à notre mort. Et de faire en sorte que les promesses que vous allez faire dans quelques instants, soient vraiment l’expression de ce que vous avez au plus profond de votre âme. Et si, dans ces prières, il m’a semblé souhaitable de mettre la belle prière que nous enseigne le Missel Romain, peu avant la consécration de l’Eucharistie : « Hanc igitur oblationem servitutis nostræ - Recevez, ô mon Dieu, l’oblation de notre obéissance, de notre esclavage - Hanc oblationem servitutis nostræ », c’est ce que vous allez réciter. Eh bien que tous les jours, si le Bon Dieu vous fait la grâce d’être prêtre, quand vous réciterez cette prière – et dès à présent quand vous la récitez avec le prêtre – renouvelez votre profession d’obéissance et d’esclavage envers Dieu et envers la très Sainte Vierge Marie.
Que ce soit là, aujourd’hui, la grâce que le Bon Dieu vous accorde.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

La Sainte Messe catholique dans sa liturgie classique

2021-74. Les apparitions de Notre-Dame de Miséricorde à Pellevoisin, en 1876.

Paroles de ND de Pellevoisin concernant la France

Au cours de l’année 1876, du 14 février au 8 décembre, la Très Sainte Mère de Dieu est apparue à quinze reprises à une pieuse femme : Estelle Faguette (1843-1929), dans sa chambre au rez-de-chaussée d’une maison située au chevet de l’église du village de Pellevoisin, en Berry, (dans l’actuel département de l’Indre).
Outre les éléments personnels qui jalonnent ces apparitions, le message qu’elles véhiculent a essentiellement trait à la prière et à la demande d’une plus insistante dévotion au Sacré-Cœur, en particulier par le port d’un scapulaire du Sacré-Cœur dont la Mère de Dieu va montrer le modèle.

Son Excellence Monseigneur Charles-Amable de La Tour d’Auvergne-Lauraguais (1826-1879), archevêque de Bourges, autorisa dès cette année-là que la chambre d’Estelle fût transformée en oratoire où l’on puisse célébrer la Sainte Messe et que l’on y plaçât une statue de la Très Sainte Vierge conforme à l’une des apparitions.
Le prélat autorisa aussi l’invocation « Notre-Dame de Pellevoisin, priez pour l’Eglise, priez pour la France » ; toutefois, et bien que cela consistât dans les faits à une reconnaissance des apparitions, il n’y eût pas de décret officiel de l’archevêché de Bourges pour les déclarer authentiques avec toute la solennité qu’y avaient mise les évêques de Grenoble pour La Salette, et de Tarbes pour Lourdes.

En outre, au printemps 1877, le Bienheureux pape Pie IX (1846–1878) approuva le projet d’une confrérie en l’honneur de Notre-Dame de Pellevoisin.
En 1893, les dominicaines construisirent un couvent attenant à la maison des apparitions pour animer le sanctuaire.
Le 4 avril 1900, la Sacrée Congrégation des Rites publia un décret approuvant le scapulaire du Sacré-Cœur ; puis le 22 décembre 1922, elle autorisa la célébration d’une messe votive de Notre-Dame de Miséricorde chaque 9 septembre dans l’église du village et à la chapelle des apparitions.
Tous ces faits, montrent que, malgré l’absence de décret épiscopal reconnaissant l’authenticité des apparitions, la Sainte Eglise catholique, au plus haut niveau, croit que c’est véritablement la Sainte Mère de Dieu qui s’est manifestée à Pellevoisin et qu’il faut accorder de l’importance au message qu’elle est venue y délivrer.

En 1983, Mgr Paul Vignancour, archevêque de Bourges, reconnut le caractère miraculeux de la guérison d’Estelle, à la suite d’une enquête médicale et théologique.
En 1998, les dominicaines ont quitté le sanctuaire qui est confié depuis aux sœurs contemplatives de la Communauté Saint-Jean.

Pellevoisin - Maison des apparitions en 1876

Pellevoisin : la maison où eurent lieu les apparitions telle qu’elle se présentait en 1876,
et ci-dessous avec le couvent des dominicaines qui y fut adjoint en 1893.

Pellevoisin - maison des apparitions et couvent

Estelle Faguette est née le 12 septembre 1843 à Saint-Memmie, en Champagne (dans l’actuel département de la Marne) dans une famille extrêmement pauvre.
Très attirée par le service des pauvres et des malades, elle entre à 17 ans (en 1860) au noviciat des Augustines hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Paris.
Mais en 1863, une grave chute dans un escalier lui laisse des séquelles physiques qui ne lui permettent plus d’assurer normalement cette vocation d’hospitalière et la contraignent à renoncer à la vie religieuse. En 1865, elle entre au service de la comtesse Arthur de La Rochefoucauld. Dès lors, elle suit les allées et venues de sa maîtresse, entre Paris et le château de Poiriers (appelé aussi château de Montbel), à moins d’une lieue du village de Pellevoisin.

Pellevoisin - château de Poiriers

Le château de Poiriers, ou château de Montbel
(ce 8 décembre 2021)

En 1875, Estelle Faguette, qui a 32 ans, est atteinte d’une péritonite chronique devenue tuberculeuse qui a atteint l’estomac et les poumons.
Le 29 août 1875, le professeur Bucquoy, de la faculté de médecine de Paris, la déclare irrémédiablement perdue.
Quelques jours plus tard, Estelle écrit à la Très Sainte Vierge pour lui demander sa guérison, en invoquant surtout l’état d’extrême dénuement dans lequel se trouveront ses parents si elle vient à mourir ; puis elle demande à une amie de déposer cette lettre à l’intérieur de la petite réplique de la grotte de Notre-Dame de Lourdes que la famille de La Rochefoucauld a fait construire dans le parc du château de Montbel.
L’état de santé d’Estelle devenant extrême, elle est transportée auprès de ses parents, dans une maison construite au chevet de l’église de Pellevoisin.
Dans la journée du 14 février 1876, le médecin déclare qu’Estelle n’en a plus que pour quelques heures.

Estelle Faguette à l'époque des apparitions

Estelle Faguette après sa guérison
vers l’époque des apparitions

Première apparition :
Le lundi 14 février 1876
, Estelle est dans un état proche de la mort.
A une heure avancée de la soirée, alors qu’elle ne dort pas, elle aperçoit tout à coup au pied de son lit la face grimaçante du diable, mais immédiatement la Très Sainte Vierge Marie apparaît de l’autre côté du lit et dit au diable : « Que fais-tu là ? Ne vois-tu pas qu’elle porte ma livrée et celle de mon Fils ? »
Le diable disparaît et la Vierge se tourne vers Estelle en disant : « Ne crains rien, tu sais bien que tu es ma fille. Courage, prends patience, mon Fils va se laisser toucher. Tu souffriras encore cinq jours en l’honneur des cinq plaies de mon Fils. Samedi, tu seras morte ou guérie. Si mon Fils te rend la vie, je veux que tu publies ma gloire ».

Estelle demande comment faire et aussitôt, une plaque de marbre, comme un ex-voto, se dresse entre la Très Sainte Vierge et elle.
Estelle interroge à nouveau : « Mais ma bonne Mère, où faudra-t-il le faire poser ? Est-ce à Notre-Dame des Victoires, à Paris ou à Pellevoi.. ? » La Madone ne lui laisse même pas le temps d’achever le mot Pellevoisin : « A Notre-Dame des Victoires, ils ont bien assez de marques de ma puissance, alors qu’à Pellevoisin, il n’y a rien. Ils ont besoin de stimulant ».
Estelle promet de faire ce qu’elle peut pour la gloire de la Vierge Marie, qui dit encore : « Courage, mais je veux que tu tiennes ta promesse »

Deuxième apparition :
Le mardi 15 février,
 toujours de nuit, le diable se manifeste à nouveau, mais la Sainte Mère de Dieu apparaît presque en même temps que lui et dit à Estelle : « N’aie donc pas peur, je suis là. Cette fois, mon Fils s’est laissé attendrir, Il te laisse la vie. Tu seras guérie samedi ».
Estelle répond : « Mais ma Bonne Mère, si j’avais le choix, j’aimerais mieux mourir pendant que je suis bien préparée ».
Alors la Sainte Vierge dit en souriant : « Ingrate, si mon Fils te rend la vie, c’est que tu en as besoin. Qu’a-t-il donné à l’homme sur la terre de plus précieux que la vie ? En te rendant la vie, ne crois pas que tu seras exempte de souffrances ; non, tu souffriras et tu ne seras pas exempte de peines. C’est ce qui fait le mérite de la vie. Si mon fils s’est laissé toucher, c’est par ta grande résignation et ta patience. N’en perds pas le fruit par ton choix. Ne t’ai-je pas dit : S’il te rend la vie, tu publieras ma gloire ? Maintenant regardons le passé ».
En disant cela son visage devient un peu plus triste, mais toujours doux, puis elle disparaît sans rien ajouter.

Grotte de Lourdes du château de Montbel

Le site de la petite « grotte de Lourdes » du parc du château de Poiriers
dans laquelle Estelle avait fait déposer sa lettre de septembre 1875 à l’adresse de la Madone
(photo prise le 8 décembre 2021)

Troisième apparition :
Le mercredi matin 16 février
, Estelle toujours malade, raconte à l’abbé Salmon, curé de Pellevoisin, qu’elle a reçu la visite de la Vierge et affirme qu’elle sera guérie le samedi suivant. Le curé ne la croit et pense que c’est la fièvre qui la trouble.
Nouvelle visite de la Sainte Vierge pendant la nuit suivante : « Allons, du courage mon enfant. Tout ceci est passé ; tu as, par ta résignation, racheté ces fautes ». Et elle ajoute : « Je suis toute miséricordieuse et maîtresse de mon Fils. Ces quelques bonnes actions et quelques prières ferventes que tu m’as adressées ont touché mon cœur de mère, entre autres, cette petite lettre que tu m’as écrite, au mois de septembre. Ce qui m’a le plus touchée, c’est cette phrase : ‘Voyez la douleur de mes parents, si je venais à leur manquer. Ils sont à la veille de mendier leur pain. Rappelez vous donc ce que vous avez souffert, quand Jésus votre fils fut étendu sur la Croix’. J’ai montré cette lettre à mon Fils ; tes parents ont besoin de toi. A l’avenir, tâche d’être fidèle. Ne perds pas les grâces qui te sont données, et publie ma gloire ».

Grotte de Lourdes dans le parc du château de Poiriers

La « grotte de Lourdes » du parc du château de Montbel
(photo prise le 8 décembre 2021)

Quatrième apparition :
Le vendredi 18 février 1876
, l’apparition reste silencieuse, Estelle se remémore les visions antérieures.
C’est seulement avant de disparaître que la Vierge Marie lui dit : « Tu publieras ma gloire. Fais tous tes efforts ».

Ex-voto d'Estelle dans l'église de Pellevoisin

L’ex-voto d’Estelle dans l’église de Pellevoisin
réalisé selon ce que la Très Sainte Vierge lui a montré

Cinquième apparition :
Le samedi 19 février
, la Vierge ne reste pas au pied du lit mais s’approche jusqu’au milieu de ses rideaux. La plaque de marbre est là, mais elle n’est plus tout blanche ; aux quatre coins se trouvent des boutons de roses d’or et en haut, un cœur d’or enflammé, avec une couronne de roses, transpercé d’un glaive, selon la représentation classique du Cœur immaculé de Marie avec les mots : « J’ai invoqué Marie au plus fort de ma misère. Elle m’a obtenu de son Fils ma guérison entière ».
Estelle réaffirme sa volonté de publier la gloire de la Très Sainte Vierge qui lui répond : « Si tu veux me servir, sois simple et que tes actions répondent à tes paroles ». Estelle demande si elle doit changer de position (c’est-à-dire d’état de vie, pour retourner à la vie religieuse) pour la servir.
La Madone lui répond : « On peut se sauver dans toutes les conditions. Où tu es, tu peux faire beaucoup de bien et tu peux publier ma gloire ».
Jusqu’alors les apparitions étaient en lien avec la guérison d’Estelle et sa vie personnelle, mais cette nuit-là s’opère un tournant : la Sainte Mère de Dieu va commencer à évoquer d’autres réalités en lien avec l’état de l’Eglise, puisque avec un visage triste elle déclare : « Ce qui m’afflige le plus, c’est le manque de respect qu’on a pour mon Fils dans la sainte communion, et l’attitude de prière que l’on prend, quand l’esprit est occupé d’autres choses. Je dis ceci pour les personnes qui prétendent être pieuses », puis reprenant son sourire : « Publie ma gloire. Mais avant d’en parler, tu attendras l’avis de ton confesseur et directeur. Tu auras des embûches. On te traitera de visionnaire, d’exaltée, de folle. Ne fais pas attention à tout cela. Sois moi fidèle, je t’aiderai ».
Dès que la vision est parti, Estelle souffre terriblement en particulier au cœur et au ventre, puis après un moment, tout se termine et se sent guérie, sauf du bras droit qui reste paralysé.
Le lendemain matin, dimanche 20 février, le curé arrive dès l’aube craignant de la trouver morte… Mais Estelle est vivante et guérie !
Sur son ordre, elle fait le signe de croix avec l’ancien bras paralysé. Elle annonce sa guérison aux religieuses qui entrent dans sa chambre, puis elle demande à manger.

Pellevoisin - chambre d'Estelle au temps des apparitions

Dessin représentant la disposition de la chambre d’Estelle
au moment des apparitions 

Sixième apparition :
Le samedi 
1er juillet, Estelle est en prière dans sa chambre mais, contrairement aux précédentes visions, elle n’est pas dans son lit et, de ce fait, elle peut voir la Vierge en entier, de la tête aux pieds.
L’apparition est habillée de blanc avec la robe serrée à la taille par un cordon, elle a les bras tendus vers le bas et de ses mains tombe comme de la pluie. Elle reste un moment silencieuse en souriant avant de dire : « Du calme, mon enfant, patience, tu auras des peines, mais je suis là », puis après un autre moment : « Courage, je reviendrai », avant de disparaître.

Septième apparition :
Le dimanche 
2 juilletEstelle est à genoux dans sa chambre et commence à réciter le Je vous salue Marie, elle n’a pas le temps d’achever sa prière que la Sainte Vierge est devant elle. Comme la veille, elle a une sorte de pluie qui tombe des mains, mais dans le fond qui l’environne se trouve une guirlande de roses qui forme comme une mandorle. Elle reste un moment comme cela puis croise les mains sur sa poitrine : « Tu as déjà publié ma gloire. Continue. Mon fils a aussi quelques âmes plus attachées. Son Cœur a tant d’amour pour le mien qu’Il ne peut refuser mes demandes. Par moi Il touchera les cœurs les plus endurcis ».
Estelle se rappelle alors que, dans la vision du 16 février, elle avait aperçu du papier et elle demande ce qu’il faut en faire.
Elle reçoit comme réponse qu’ « il servira à publier ces récits comme l’ont jugé plusieurs de mes serviteurs. Il y aura bien des contradictions, ne crains rien, sois calme ». Ensuite la voyante veut lui demander une marque de sa puissance et celle-ci répond : « Est-ce que ta guérison n’est pas une des plus grandes preuves de ma puissance ? Je suis venue particulièrement pour la conversion des pécheurs ».
Pendant que la Vierge parlait, Estelle réfléchissait à différentes manières de faire éclater sa puissance et l’apparition répondit : « On verra plus tard ». Elle reste encore un moment puis disparaît, la guirlande de roses reste après elle, et la clarté s’éteint doucement.

Huitième apparition :
Le lundi 
3 juillet, la nuit tombée, Estelle revoit la Sainte Mère de Dieu qui lui dit : « Je voudrais que tu sois encore plus calme. Je ne t’ai pas fixé l’heure à laquelle je devais revenir, ni le jour. Tu as besoin de te reposer, je ne resterai que quelques minutes. Je suis venue pour terminer la fête ».
Estelle ne comprend pas de quelle fête il s’agit. Le lendemain elle demande au curé qui lui répond que, ce 3 juillet, à Lourdes, a eu lieu le couronnement de la statue de Notre-Dame de Lourdes.

Pellevoisin - chambre des apparitions transformée en chapelle état ancien

La chambre des apparitions transformée en chapelle
ci-dessus état antérieur à la révolution liturgique du XXe siècle
ci-dessous dans son état actuel (photo prise le 8 décembre 2021)

Chapelle des apparitions

Après le 8 juillet, Estelle cesse d’habiter dans la chambre des apparitions et reprend son service de domestique au château de Poiriers.
Elle revient régulièrement prier dans la chambre où elle a eu les visites de la Madone.

Révélation du scapulaire du Sacré-Cœur

« J’aime cette dévotion » : 
Notre-Dame dévoile le scapulaire du Sacré-Cœur le 9 septembre 1876
(détail d’un vitrail de l’église paroissiale de Pellevoisin)

Neuvième apparition :
Le samedi 
9 septembre, Estelle finit de réciter son chapelet dans la chambre quand la Vierge apparaît et lui dit : « Tu t’es privée de ma visite le 15 août ; tu n’avais pas assez de calmeTu as bien le caractère du Français. Il veut tout savoir avant d’apprendre, et tout comprendre avant de savoir. Hier encore je serais venue ; tu en as été privée. J’attendais de toi cet acte de soumission et d’obéissance ».
Elle s’arrête de parler puis reprend : « Depuis longtemps les trésors de mon Fils sont ouverts. Qu’ils prient ».
En disant ces mots, elle soulève une petite pièce de laine qu’elle porte sur la poitrine : Estelle aperçoit le Sacré-Cœur représenté dessus et elle comprend qu’il s’agit d’un scapulaire.
En le soulevant la Mère de Dieu dit : « J’aime cette dévotion ».
Elle marque une pause puis reprend : « C’est ici que je serai honorée ».
A compter de ce moment, la Vierge portera toujours ce scapulaire lors de ses apparitions.

Dixième apparition :
Le lendemain est le dimanche 10 septembre, fête du Saint Nom de Marie, qui, à cette époque, est fixée au dimanche pendant l’octave de la Nativité de Marie. L’apparition ne dure que quelques instants. Dès qu’elle se montre, la Mère de Dieu dit en joignant les mains : « Qu’ils prient, je leur en montre l’exemple », puis elle disparaît. 

statue de la chapelle des apparitions

Onzième apparition :
Le vendredi 
15 septembre, Notre-Dame se montre à nouveau avec les bras tendus vers le bas et les gouttes de pluie qui ruissellent de ses mains. Elle reste longtemps sans rien dire. Enfin, elle tourne les yeux de tout les côtés puis s’adresse à la voyante : « Je te tiendrai compte des efforts que tu as faits pour avoir le calme. Ce n’est pas seulement pour toi que je le demande, mais aussi pour l’Église et pour la France. Dans l’Église, il n’y a pas ce calme que je désire ».
Elle soupire et remue la tête, en disant : « Il y a quelque chose ». Elle s’arrête sans dire ce qu’est ce « quelque chose », mais Estelle eut tout de suite l’intuition intérieure qu’il s’agissait de quelque discorde.
Puis la Madone reprit lentement : « Qu’ils prient et qu’ils aient confiance en moi ».
Ensuite la Vierge dit tristement : « Et la France ! Que n’ai-je pas fait pour elle ! Que d’avertissements, et pourtant, encore, elle refuse d’entendre ! Je ne peux plus retenir mon fils. La France souffrira ».
Elle s’arrête un instant et reprend : « Courage et confiance », puis comme Estelle pense intérieurement qu’on ne la croira pas, l’apparition répond : « J’ai payé d’avance ; tant pis pour ceux qui ne voudront pas te croire, ils reconnaîtront plus tard la vérité de mes paroles »

Mains de ND de Pellevoisin - gouttes d'eau

Douzième apparition :
Le mercredi 
1er novembre, fête de la Toussaint, pour la première fois l’apparition reste totalement silencieuse, regarde de tous côtés puis fixe la voyante avec beaucoup de bonté et s’en va.
Le curé se demande si c’est un signe de la fin des apparitions.

Treizième apparition :
Le dimanche 
5 novembre, Estelle se rend dans la chambre vers deux heures et demie de l’après-midi pour dire son chapelet, lorsqu’elle a fini, la Vierge Marie apparaît ; et comme Estelle pense qu’elle est indigne et que d’autres mériteraient davantage qu’elle de telles faveurs, l’Apparition la regarde et sourit en disant : « Je t’ai choisie ».
Elle s’arrête un moment et reprend : « Je choisis les petits et les faibles pour ma gloire ». Puis, après un nouveau temps d’arrêt : « Courage, le temps de tes épreuves va commencer ».
Après ses mots, elle croise les mains sur sa poitrine et disparaît.

Quatorzième apparition :
Le samedi 
11 novembre, Estelle est dans la chapelle vers quatre heures de l’après-midi, elle récite son chapelet puis finit par un Souvenez-vous.
La Très Sainte Vierge apparaît alors.
Elle demeure un long moment silencieuse, puis dit : « Tu n’as pas perdu ton temps aujourd’hui. Tu as travaillé pour moi », car Estelle avait confectionné un scapulaire. La Vierge sourit et ajoute : « Il faut en faire beaucoup d’autres ».
Elle s’arrête, reste assez longtemps silencieuse, puis devient un peu triste en disant : « Courage », et elle disparaît après avoir croisé les mains sur sa poitrine.

La Vierge au scapulaire

Quinzième apparition :
Le vendredi 
8 décembre, Estelle se rend à la chapelle après la messe de la fête de l’Immaculée Conception.
La Vierge apparaît avec sa guirlande de roses, comme au mois de juillet, et reste d’abord un moment sans rien dire. Lorsqu’elle prend la parole elle prononce ces mots : « Ma fille, rappelle toi mes paroles ».
Estelle repasse dans son esprit tout ce qu’elle a entendu depuis février, et l’Apparition continue : « Répète les souvent ; qu’elles te fortifient et te consolent dans tes épreuves. Tu ne me reverras plus ».

Estelle est attristée en entendant ces derniers mots, et demande : « Qu’est ce que je vais devenir sans vous, ma bonne mère ? ».
Elle reçoit alors comme réponse : « Je serai invisiblement près de toi ».
Estelle a alors une vision où des gens la menacent. En souriant la Vierge dit : « Tu n’as rien à craindre de ceux-ci. Je t’ai choisie pour publier ma gloire et répandre cette dévotion ». En disant cela, elle tient son scapulaire des deux mains.
Estelle lui demande alors : « Ma bonne Mère, si vous vouliez me donner ce scapulaire ? » L’apparition lui dit en souriant : « Lève toi et baise-le », ce que la voyante s’empresse de faire. La Vierge parle ensuite du scapulaire : « Tu iras toi-même trouver le prélat, et lui présenteras le modèle que tu as fait. Dis-lui qu’il t’aide de tout son pouvoir, et que rien ne me sera plus agréable que de voir cette livrée sur chacun de mes enfants, et qu’ils s’appliqueront tous à réparer les outrages que mon fils reçoit dans le sacrement de son amour. Vois les grâces que je répands sur ceux qui le porteront avec confiance et qui t’aideront à le propager ».
En disant cela, la Vierge étend les mains d’où il tombe une pluie abondante et, dans chaque goutte, Estelle semble voir des mots comme piété, salut, confiance, conversion, santé. La vierge ajoute : « Ces grâces sont de mon Fils. Je les prends dans son Cœur. Il ne peut me refuser ». Alors Estelle lui dit : « Ma bonne Mère, que faudra-t-il mettre de l’autre côté de ce scapulaire ? » La sainte Vierge répond : « Je le réserve pour moi ; tu soumettras ma pensée, et l’Église décidera »,  et elle ajoute : « CourageSi le prélat ne pouvait t’accorder tes demandes et qu’il s’offre des difficultés, tu irais plus loin. Ne crains rien, je t’aiderai ». Puis la Madone disparaît.

Invocation à ND de Pellevoisin

2021-73. Saint Ambroise dont la vie et l’exemple apprirent à Saint Augustin à croire et à prêcher.

7 décembre,
Fête de Saint Ambroise de Milan, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

Saint Ambroise par Matthias Stomer - Musée des Beaux-Arts de Bâle

Saint Ambroise
Tableau de Matthias Stomer (vers 1600 – vers 1650) au Musée des Beaux-Arts de Bâle

A l’occasion de la fête de Saint Ambroise, lisons ou relisons l’enseignement dispensé par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI qui, dans le cadre de ses catéchèses consacrées aux Pères et Docteurs de l’Eglise, a montré combien restait pérenne l’exemple du saint évêque de Milan qui nous enseigne à mettre notre vie en pleine cohérence avec les Saintes Ecritures.

Pour les augustiniens, Saint Ambroise occupe une place de choix en raison de l’importance qu’il eut dans l’itinéraire spirituel du jeune professeur de rhétorique africain qui vint à Milan écouter ses prédications et qui fut frappé par la cohérence de sa vie : c’est lui, enfin, qui lui administra le saint baptême dans la nuit du 24 au 25 avril 387.

Saint Augustin et Saint Ambroise - fra Filippo Lippi 1437 - accademia Albertina di Belle Arti Turin

Saint Augustin et Saint Ambroise
par Fra Filippo Lippi, vers 1437
(Académie Albertine des Beaux-Arts – Turin)

St-Esprit & Ste Bible

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion
de l’audience pontificale générale
du
mercredi 24 octobre 2007 :

Saint Ambroise

Chers frères et sœurs,

Le saint évêque Ambroise – dont je vous parlerai aujourd’hui – mourut à Milan dans la nuit du 3 au 4 avril 397. C’était l’aube du Samedi Saint. La veille, vers cinq heures de l’après-midi, il s’était mis à prier, étendu sur son lit, les bras ouverts en forme de croix. Il participait ainsi, au cours du solennel triduum pascal, à la mort et à la résurrection du Seigneur.
« Nous voyions ses lèvres bouger », atteste Paulin, le diacre fidèle qui, à l’invitation d’Augustin, écrivit sa Vie, « mais nous n’entendions pas sa voix ». Tout d’un coup, la situation parut se précipiter. Honoré, Evêque de Verceil, qui assistait Ambroise et qui se trouvait à l’étage supérieur, fut réveillé par une voix qui lui disait :  « Lève-toi, vite ! Ambroise va mourir… ». Honoré descendit en hâte – poursuit Paulin – « et présenta le Corps du Seigneur au saint. A peine l’eut-il pris et avalé, Ambroise rendit l’âme, emportant avec lui ce bon viatique. Ainsi, son âme, restaurée par la vertu de cette nourriture, jouit à présent de la compagnie des anges » (Vie 47).
En ce Vendredi Saint de l’an 397, les bras ouverts d’Ambroise mourant exprimaient sa participation mystique à la mort et à la résurrection du Seigneur. C’était sa dernière catéchèse :  dans le silence des mots, il parlait encore à travers le témoignage de sa vie.

Ambroise n’était pas vieux lorsqu’il mourut. Il n’avait même pas soixante ans, étant né vers 340 à Trèves, où son père était préfet des Gaules. Sa famille était chrétienne. A la mort de son père, sa mère le conduisit à Rome alors qu’il était encore jeune homme, et le prépara à la carrière civile, lui assurant une solide instruction rhétorique et juridique.
Vers 370, il fut envoyé gouverner les provinces de l’Emilie et de la Ligurie, son siège étant à Milan. C’est précisément en ce lieu que faisait rage la lutte entre les orthodoxes et les ariens, en particulier après la mort de l’évêque arien Auxence. Ambroise intervint pour pacifier les âmes des deux factions adverses, et son autorité fut telle que, bien que n’étant qu’un simple catéchumène, il fut acclamé évêque de Milan par le peuple.

Jusqu’à ce moment, Ambroise était le plus haut magistrat de l’Empire dans l’Italie du Nord.
Culturellement très préparé, mais tout aussi démuni en ce qui concerne l’approche des Ecritures, le nouvel évêque se mit à étudier avec ferveur. Il apprit à connaître et à commenter la Bible à partir des œuvres d’Origène, le maître incontesté de l’« école alexandrine ». De cette manière, Ambroise transféra dans le milieu latin la méditation des Ecritures commencée par Origène, en introduisant en Occident la pratique de la lectio divina.
La méthode de la lectio finit par guider toute la prédication et les écrits d’Ambroise, qui naissent précisément de l’écoute orante de la Parole de Dieu. Un célèbre préambule d’une catéchèse ambrosienne montre de façon remarquable comment le saint évêque appliquait l’Ancien Testament à la vie chrétienne :  « Lorsque nous lisions les histoires des Patriarches et les maximes des Proverbes, nous parlions chaque jour de morale – dit l’Evêque de Milan à ses catéchumènes et à ses néophytes – afin que, formés et instruits par ceux-ci, vous vous habituiez à entrer dans la vie des Pères et à suivre le chemin de l’obéissance aux préceptes divins » (Les mystères, 1, 1).
En d’autres termes, les néophytes et les catéchumènes, selon l’évêque, après avoir appris l’art de bien vivre, pouvaient désormais se considérer préparés aux grands mystères du Christ. Ainsi, la prédication d’Ambroise – qui représente le noyau fondamental de son immense œuvre littéraire – part de la lecture des Livres saints (« les Patriarches », c’est-à-dire les Livres historiques, et « les Proverbes », c’est-à-dire les Livres sapientiels), pour vivre conformément à la Révélation divine.

Il est évident que le témoignage personnel du prédicateur et le niveau d’exemplarité de la communauté chrétienne conditionnent l’efficacité de la prédication.
De ce point de vue, un passage des Confessions de saint Augustin est significatif. Il était venu à Milan comme professeur de rhétorique ; il était sceptique, non chrétien. Il cherchait, mais il n’était pas en mesure de trouver réellement la vérité chrétienne. Ce qui transforma le cœur du jeune rhéteur africain, sceptique et désespéré, et le poussa définitivement à la conversion, ne furent pas en premier lieu les belles homélies (bien qu’il les appréciât) d’Ambroise. Ce fut plutôt le témoignage de l’évêque et de son Eglise milanaise, qui priait et chantait, unie comme un seul corps. Une Eglise capable de résister aux violences de l’empereur et de sa mère, qui aux premiers jours de l’année 386, avaient recommencé à prétendre la réquisition d’un édifice de culte pour les cérémonies des ariens. Dans l’édifice qui devait être réquisitionné – raconte Augustin – « le peuple pieux priait, prêt à mourir avec son Evêque ». Ce témoignage des Confessions est précieux, car il signale que quelque chose se transformait dans le cœur d’Augustin, qui poursuit :  « Nous aussi, bien que spirituellement encore tièdes, nous participions à l’excitation du peuple tout entier » (Confessions 9, 7).

Augustin apprit à croire et à prêcher à partir de la vie et de l’exemple de l’évêque Ambroise.
Nous pouvons nous référer à un célèbre sermon de l’Africain, qui mérita d’être cité de nombreux siècles plus tard dans la constitution conciliaire Dei Verbum « C’est pourquoi – avertit en effet Dei Verbum au n. 25 – tous les clercs, en premier lieu les prêtres du Christ, et tous ceux qui vaquent normalement, comme diacres ou comme catéchistes, au ministère de la Parole, doivent, par une lecture spirituelle assidue et par une étude approfondie, s’attacher aux Ecritures, de peur que l’un d’eux ne devienne « un vain prédicateur de la Parole de Dieu au-dehors, lui qui ne l’écouterait pas au-dedans de lui »".
Il avait appris précisément d’Ambroise cette « écoute au-dedans », cette assiduité dans la lecture des Saintes Ecritures, dans une attitude priante, de façon à accueillir réellement dans son cœur la Parole de Dieu et à l’assimiler.

Chers frères et sœurs, je voudrais vous proposer encore une sorte d’ »icône patristique », qui, interprétée à la lumière de ce que nous avons dit, représente efficacement « le cœur » de la doctrine ambrosienne.
Dans son sixième livre des Confessions, Augustin raconte sa rencontre avec Ambroise, une rencontre sans aucun doute d’une grande importance dans l’histoire de l’Eglise. Il écrit textuellement que, lorsqu’il se rendait chez l’évêque de Milan, il le trouvait régulièrement occupé par des multitudes de personnes chargées de problèmes, pour les nécessités desquelles il se prodiguait ; il y avait toujours une longue file qui attendait de pouvoir parler avec Ambroise, pour chercher auprès de lui le réconfort et l’espérance.
Lorsqu’Ambroise n’était pas avec eux, avec les personnes, (et cela ne se produisait que très rarement), il restaurait son corps avec la nourriture nécessaire, ou nourrissait son esprit avec des lectures.
Ici, Augustin s’émerveille, car Ambroise lisait l’Ecriture en gardant la bouche close, uniquement avec les yeux (cf. Confess. 6, 3). De fait, au cours des premiers siècles chrétiens la lecture était strictement conçue dans le but de la proclamation, et lire à haute voix facilitait également la compréhension de celui qui lisait. Le fait qu’Ambroise puisse parcourir les pages uniquement avec les yeux, révèle à un Augustin admiratif une capacité singulière de lecture et de familiarité avec les Ecritures. Et bien, dans cette « lecture du bout des lèvres », où le cœur s’applique à parvenir à la compréhension de la Parole de Dieu – voici « l’icône » dont nous parlons -, on peut entrevoir la méthode de la catéchèse ambrosienne :  c’est l’Ecriture elle-même, intimement assimilée, qui suggère les contenus à annoncer pour conduire à la conversion des cœurs.

Ainsi, selon le magistère d’Ambroise et d’Augustin, la catéchèse est inséparable du témoignage de la vie.
Ce que j’ai écrit dans l’Introduction au christianisme, à propos du théologien, peut aussi servir pour le catéchiste. Celui qui éduque à la foi ne peut pas risquer d’apparaître comme une sorte de clown, qui récite un rôle « par profession ». Il doit plutôt être – pour reprendre une image chère à Origène, écrivain particulièrement apprécié par Ambroise – comme le disciple bien-aimé, qui a posé sa tête sur le Cœur du Maître, et qui a appris là la façon de penser, de parler, d’agir.
Pour finir, le véritable disciple est celui qui annonce l’Evangile de la manière la plus crédible et efficace.

Comme l’Apôtre Jean, l’évêque Ambroise – qui ne se lassait jamais de répéter :  « Omnia Christus est nobis !; le Christ est tout pour nous ! » – demeure un authentique témoin du Seigneur. Avec ses paroles, pleines d’amour pour Jésus, nous concluons ainsi notre catéchèse :  « Omnia Christus est nobis ! Si tu veux guérir une blessure, il est le médecin ; si la fièvre te brûle, il est la source ; si tu es opprimé par l’iniquité, il est la justice ; si tu as besoin d’aide, il est la force ; si tu crains la mort, il est la vie ; si tu désires le ciel, il est le chemin ; si tu es dans les ténèbres, il est la lumière… Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon :  bienheureux l’homme qui espère en lui ! » (De virginitate, 16, 99).

Plaçons nous aussi notre espérance dans le Christ. Nous serons ainsi bienheureux et nous vivrons en paix.

Saint Ambroise convertissant Théodose -Pierre Subleyras 1745

Saint Ambroise donnant l’absolution à Théodose le Grand
Tableau de Pierre-Hubert Subleyras (1699-1749)

1...56789...57

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi