Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2013-53. L’Evangéliste ne dit pas que le côté du Sauveur a été blessé, mais qu’il a été ouvert.

du cent-vingtième traité
de
notre glorieux Père Saint Augustin

sur
l’Evangile de Saint Jean

à propos du côté ouvert de Notre-Seigneur Jésus-Christ
(Johan. XIX, 31-37) 

2013-53. L'Evangéliste ne dit pas que le côté du Sauveur a été blessé, mais qu'il a été ouvert. dans Chronique de Lully creation-deve-mosaique-palerme

La création d’Eve – mosaïque de Palerme

* * *

Résumé :
Saint Augustin commente les versets de l’Evangile selon Saint Jean racontant de quelle manière le côté du Sauveur a été transpercé : il attire notre attention sur le verbe précis choisi par l’Evangéliste, et montre – à partir de là – que l’arche de Noé et le récit de la création d’Eve étaient des prophéties en acte annonçant ce qui s’est passé à la mort du Sauveur ainsi que les fruits spirituels de cette mort.  Notre foi se trouve confortée par l’accomplissement des Ecritures en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

sacre-coeur-gif arche de Noé dans De liturgia

   § 1. Tout ce que le Sauveur prévoyait comme devant avoir lieu avant Sa mort, ayant été accompli, Il rendit l’esprit au moment choisi par Lui. L’Evangéliste nous raconte ce qui arriva ensuite ; voici son récit : « Les Juifs, parce que c’était la veille du sabbat, afin que les corps ne demeurassent point sur la croix le jour du sabbat (car le sabbat était un jour très-solennel), prièrent Pilate de faire rompre les jambes aux criminels et de les enlever ». D’enlever non pas les jambes, mais les criminels, à qui l’on brisait les jambes pour les faire mourir et les détacher de la croix : on agissait ainsi, afin de ne point prolonger le supplice des crucifiés, et de ne point attrister par le spectacle de leurs tourments un grand jour de fête.

   § 2. « Les soldats vinrent donc et rompirent les jambes de ceux qu’on avait crucifiés avec Lui ; et, s’approchant de Jésus, quand ils virent qu’Il était déjà mort, ils ne Lui rompirent pas les jambes, mais un des soldats Lui ouvrit le côté d’un coup de lance ; et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau ».
L’Evangéliste se sert d’une expression choisie à dessein : il ne dit pas qu’on a frappé ou blessé le côté du Sauveur, ou qu’on a fait quelque autre chose semblable ; mais : « on l’a ouvert ».
Effectivement, la porte de la, vie devait s’ouvrir à l’endroit où ont pris naissance les Sacrements de l’Eglise ; sans lesquels il est impossible d’arriver à la vie, qui est la seule véritable. Ce sang a été répandu pour la rémission des péchés ; cette eau est un salutaire liquide, car elle nous sert de bain et de breuvage.
Dieu annonçait d’avance cet événement (Gen. VI, 16), en donnant à Noé l’ordre d’ouvrir, au flanc de l’arche, une porte par laquelle devaient entrer les animaux destinés à ne point périr sous les eaux du déluge ; ces animaux préfiguraient l’Eglise.
Voilà encore pourquoi la première femme a été tirée du côté d’Adam, pendant qu’il dormait (Gen. II, 22) ; voilà pourquoi elle a reçu le nom de vie et de mère des vivants (note : c’est la signification du nom d’Eve ; cf. Gen. III, 20). Même avant l’incalculable mal de sa prévarication, elle a été ainsi l’annonce d’un bien infini. Le second Adam, Jésus-Christ, ayant baissé la tête, S’est endormi sur la croix, pour qu’une épouse Lui fût donnée, et, pendant Son sommeil, cette épouse est sortie de Son côté.
O mort, qui fait revivre les morts ! Y a-t-il rien de plus pur que ce sang ? Quoi de meilleur pour guérir nos plaies ?

   § 3. « Et celui qui l’a vu a rendu témoignage, et son témoignage est véritable, et il sait qu’il dit vrai, afin que vous aussi vous croyiez ».
Jean ne dit pas : Afin que vous aussi, vous sachiez ; mais : « afin que vous croyiez » ; car celui qui a vu, sait, et celui qui n’a pas vu, doit croire à son témoignage. Le propre de la foi est plutôt de croire que de voir. Qu’est-ce, en effet, que croire une chose, sinon y conformer sa foi ?
« Car cela a été fait pour accomplir ces paroles de l’Ecriture : Vous ne briserez aucun de ses os. L’Ecriture dit encore : Ils verront quel est Celui qu’ils ont percé ». Il tire des Ecritures deux témoignages à l’appui des différents faits dont il raconte l’accomplissement. Il avait dit : « Et s’étant approchés de Jésus, ils virent qu’Il était déjà mort, et ils ne Lui rompirent point les jambes ». A ce passage se rapporte le témoignage suivant : « Vous ne briserez aucun de ses os » . Voilà l’ordre donné à tous ceux qui, sous l’ancienne loi, devaient célébrer la Pâque par l’immolation de l’agneau ; cette immolation était l’ombre antécédente de la Passion du Sauveur. C’est pourquoi « Jésus-Christ, notre Agneau pascal, a été immolé » (1
 Cor. V, 7). Le prophète Isaïe avait dit d’avance à Son sujet : « Il a été conduit à la mort comme une brebis » (Isaïe LIII, 7). De même encore l’Evangéliste avait ajouté : « Mais l’un des soldats ouvrit Son côté d’un coup de lance ». A cela se rapporte l’autre témoignage : « Ils verront quel est Celui qu’ils ont percé ». Voilà la promesse de la venue du Christ avec le même corps que celui avec lequel il a été crucifié. (…)

mont-st-odile-crucifixion-dapres-herrade-de-landsberg-hortus-deliciarum Coeur de Jésus dans Lectures & relectures

Monastère du Mont-Sainte-Odile (Alsace) – peinture murale de la Crucifixion
reproduisant une miniature du « Hortus deliciarum » de l’abbesse Herrade de Landsberg (XIIe siècle) 

2013-51. Réparation ! Réparation ! Réparation !

La « grande révélation » de 1675 :

Cette apparition se produisit après l’arrivée de Saint Claude de La Colombière à Paray-le-Monial, donc en 1675 ; elle eut lieu « devant le Saint Sacrement, un jour de son octave », Sainte Marguerite-Marie ne spécifie pas davantage.
A-t-elle voulu dire le jour de l’octave, ou bien un jour durant l’octave ? On ne peut préciser davantage. Il  faut donc, dans l’expression « un jour de son octave » laisser au mot « un » son sens indéfini ; cette année-là, la Fête-Dieu se trouvait être le jeudi 13 juin, l’octave de la fête était par conséquent le jeudi 20 juin : c’est donc entre le 14 juin et le 20 juin inclus que la sainte Visitandine fut gratifiée de cette « grande révélation ».

2013-51. Réparation ! Réparation ! Réparation ! dans De liturgia chapelle-nd-du-sacre-coeur-quebec

Vitrail de la chapelle Notre-Dame du Sacré-Coeur à Québec.

« Etant une fois devant le Saint Sacrement, un jour de son octave, je reçus de mon Dieu des grâces excessives de son amour, et me sentis touchée du désir de quelque retour, et de lui rendre amour pour amour, et il me dit : « Tu ne m’en peux rendre un plus grand qu’en faisant ce que je t’ai déjà tant de fois demandé ».
Alors me découvrant son divin Cœur : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C’est pour cela que je te demande que le premier vendredi d’après l’octave du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là, et en lui faisant une réparation d’honneur par une amende honorable, pour réparer les indignités qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été exposé sur les autels. Je te promets aussi que mon Cœur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur, et qui procureront qu’il lui soit rendu. »

sacre-coeur-gif Acte public de réparation dans Lectures & relectures

On n’insistera jamais assez pour rappeler que cette grande apparition ne consiste pas en ces seules paroles : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes », suivies d’un point final, et qu’elle n’a pas pour but de demander une « simple » fête liturgique en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus.
A l’instigation de Saint Jean Eudes, une fête du Cœur de Jésus existait déjà en certains diocèses. Le Cœur de Jésus considéré comme symbole de l’amour divin était déjà un objet d’attention spirituelle et de vénération depuis le Moyen-Age…

A la sainte Visitandine de Paray-le-Monial, Notre-Seigneur Jésus-Christ vient préciser l’esprit dans lequel son divin Cœur doit être vénéré, l’esprit dans lequel sa fête doit être célébrée, l’esprit dans lequel toutes les pratiques en son honneur doivent être observées : cet esprit qui doit être l’âme de la dévotion à son Cœur, c’est celui de la réparation.

La fête liturgique dont il demande l’institution, en précisant la date particulière à laquelle il veut la voir célébrée, doit être une fête réparatrice ; la pratique de la sainte communion qu’il réclame, en particulier les premiers vendredis du mois, est une communion réparatrice ; l’heure sainte dont il réclame l’observance toutes les nuits du jeudi au vendredi est une heure de prière réparatrice

Par l’intermédiaire de Sainte Marguerite-Marie, Jésus ne se contente pas de « montrer » son divin Cœur, il fait nettement ressortir que ce Cœur est « rassasié d’opprobres » – selon l’expression qui sera retenue plus tard pour les litanies – et  les apparitions de Paray-le-Monial ne sont pas « la révélation de l’amour de Jésus pour nous », ainsi que je l’ai parfois entendu dire à certains prêtres (comme si l’Eglise avait dû attendre le XVIIe siècle pour découvrir l’amour de Jésus !), mais elles sont la manifestation d’un amour outragé, d’un amour méprisé, d’un amour insulté, d’un amour qui n’est pas aimé comme il le faudrait par ceux-là mêmes qui devraient en être les plus exacts observateurs, à savoir les baptisés, les religieux, les prêtres : « Ce sont des coeurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi » !!!

Tout ceci a été mis dans une insistante lumière par le magistère authentique de l’Eglise dans l’encyclique « Miserentissimus Redemptor«  du Pape Pie XI (dont on trouvera le texte ici > ici), qui a prescrit que pour la fête du Sacré-Cœur soit récité, dans tout l’univers catholique, cet acte solennel de réparation dont nous reproduisons le texte ci-dessous et dont les termes gardent une douloureuse actualité (note : à cette récitation publique est attaché l’octroi de l’indulgence plénière). 

sacre-coeur-gif apparitions du Sacré Coeur dans Nos amis les Saints

Acte solennel de réparation prescrit par Sa Sainteté le Pape Pie XI
pour la fête du Sacré-Cœur
(normalement on le récite devant le Saint Sacrement exposé
après le chant ou la récitation des litanies du Sacré-Cœur) 

Très doux Jésus, vous avez répandu sur les hommes les bienfaits de votre charité, et leur ingratitude n’y répond que par l’oubli, le mépris. Nous voici donc prosternés devant votre autel, animés du désir de réparer par un hommage spécial, leur coupable indifférence et les outrages dont, de toutes parts, ils accablent votre Cœur très aimant.

Cependant, nous souvenant que nous-mêmes, nous nous sommes dans le passé rendus coupables d’une si indigne conduite, et pénétrés d’une profonde douleur, nous implorons d’abord pour nous-mêmes votre miséricorde. Nous sommes prêts à réparer, par une expiation volontaire, les fautes que nous avons commises, tout prêts aussi à expier pour ceux qui, égarés hors de la voie du salut, s’obstinent dans leur infidélité, refusant de Vous suivre, Vous, leur Pasteur et leur Chef, ou, secouant le joug si doux de votre loi, foulent aux pieds les promesses de leur baptême.

Nous voudrions expier pour tant de fautes lamentables, réparer pour chacune d’elles : désordre de la conduite, indécence des modes, scandales corrupteurs des âmes innocentes, profanations des dimanches et des fêtes, blasphèmes exécrables contre Vous et contre vos Saints, insultes à votre Vicaire et à vos prêtres, abandon et violations odieusement sacrilèges du divin Sacrement de votre amour, péchés publics enfin des nations qui se révoltent contre les droits et l’autorité de votre Église.

Que pouvons-nous effacer de notre propre sang tant d’offenses ! Du moins, pour réparer votre honneur outragé, nous vous présentons cette même satisfaction que Vous avez offerte à votre Père sur la Croix et dont Vous renouvelez l’offrande, chaque jour, sur l’autel ; nous Vous la présentons, accompagnée de toutes les satisfactions de la Très Sainte Vierge Votre Mère, des Saints, des chrétiens fidèles. Nous Vous promettons, de tout notre cœur, autant qu’il dépend de nous et avec le secours de votre grâce, de réparer nos fautes passées, celles de notre prochain, l’indifférence à l’égard d’un si grand amour, par la fermeté de notre foi, la pureté de notre vie, la docilité parfaite aux préceptes de l’Évangile, à celui surtout de la charité. Nous Vous promettons aussi de faire tous nos efforts pour Vous épargner de nouvelles offenses et pour entraîner à votre suite le plus d’âmes possible.

Agréez, nous Vous en supplions, ô très bon Jésus, par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie réparatrice, cet hommage spontané d’expiation ; gardez-nous jusque à la mort, inébranlablement fidèles à notre devoir et à votre service, accordez-nous ce don précieux de la persévérance qui nous conduise tous enfin à la patrie où, avec le Père et le Saint-Esprit, Vous régnez, Dieu, dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-il. 

exposition-saint-sacrement Coeur de Jésus dans Prier avec nous

2013-50. Donne-moi ce plaisir de suppléer à leurs ingratitudes autant que tu en pourras être capable…

La troisième « grande révélation » du Sacré-Cœur
à Sainte Marguerite-Marie :
demande de la communion des premiers vendredis
et de l’heure sainte. 

2013-50. Donne-moi ce plaisir de suppléer à leurs ingratitudes autant que tu en pourras être capable... dans Lectures & relectures apparition-du-sacre-coeur1

Comme pour les deux précédentes, la date de cette manifestation est incertaine, cependant comme la sainte Visitandine précise que c’était un jour d’exposition du Saint Sacrement, on peut en déduire, selon le coutumier de la Visitation alors en usage, que ce ne pouvait être que le jour de la fête de la Visitation (2 juillet) ou pendant l’octave de la Fête-Dieu, et probablement en 1674.

« Et une fois, entre les autres, que le Saint Sacrement était exposé, après m’être sentie retirée toute au-dedans de moi-même par un recueillement extraordinaire de tous mes sens et puissances, Jésus-Christ, mon doux Maître, se présenta à moi, tout éclatant de gloire, avec ses cinq plaies, brillantes comme cinq soleils, et de cette sacrée humanité sortaient des flammes de toutes parts, mais surtout de son adorable poitrine, qui ressemblait à une fournaise ; et s’étant ouverte, me découvrit son tout aimant et tout aimable Cœur, qui était la vive source de ces flammes. Ce fut alors qu’il me découvrit les merveilles inexplicables de son pur [amour], et jusqu’à quel excès il l’avait porté d’aimer les hommes, dont il ne recevait que des ingratitudes et méconnaissances : « Ce qui m’est beaucoup plus sensible, me dit-il, que tout ce que j’ai souffert en ma Passion ; d’autant que s’ils [me] rendaient quelque retour [d'] amour, j’estimerais peu tout ce que j’ai fait pour eux, et voudrais, s’il se pouvait, en faire encore davantage ; mais ils n’ont que des froideurs et du rebut pour tous mes empressements à leur faire du bien. Mais, du moins, donne-moi ce plaisir de suppléer à leurs ingratitudes autant que tu en pourras être capable. »
Et lui remontrant mon impuissance, il me répondit : « Tiens, voilà de quoi suppléer à tout ce qui te manque. »
Et en même temps, ce divin Cœur s’étant ouvert, il en sortit une flamme si ardente que je pensai en être consommée ; car j’en fus toute pénétrée, et ne pouvais plus la soutenir, lorsque je lui demandai d’avoir pitié de ma faiblesse.
« Je serai ta force, me dit-il, ne crains rien, mais sois attentive à ma voix et à ce que je te demande pour te disposer à l’accomplissement [de] mes desseins.
Premièrement, tu me recevras dans le Saint Sacrement autant que l’obéissance te le voudra permettre (1), quelque mortification et humiliation qui t’en doivent arriver, lesquelles tu dois recevoir comme des gages de mon amour. Tu communieras, de plus, tous les premiers vendredis de chaque mois. Et toutes les nuits du jeudi au vendredi, je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j’ai bien voulu sentir au jardin des Olives ; laquelle tristesse te réduira, sans que tu la puisses comprendre, à une espèce d’agonie plus rude à supporter que la mort. Et pour m’accompagner dans cette humble prière que je présentai alors à mon Père parmi toutes mes angoisses, tu te lèveras entre onze heures et minuit, pour te prosterner pendant une heure avec moi, la face contre terre, tant pour apaiser la divine colère, en demandant miséricorde pour le pécheurs, que pour adoucir en quelque façon l’amertume que je sentais de l’abandon de mes apôtres, qui m’obligea à leur reprocher qu’ils n’avaient pu veiller une heure avec moi, et pendant cette heure tu feras ce que je t’enseignerai (…). » (2)

coeurdejsuscopie apparitions du Sacré Coeur dans Nos amis les Saints

Notes :

(1) Rappelons – pour ceux qui ne le savent pas ou l’auraient oublié – qu’à cette époque-là, même dans les couvents, on ne communiait pas à chaque messe et qu’on ne se présentait pas à la sainte table si on ne s’était pas confessé à chaque fois (en outre dans les communautés, en plus de l’autorisation du confesseur il fallait aussi avoir celle des supérieurs). Dans le meilleur des cas, une religieuse particulièrement fervente et exemplaire communiait-elle tous les dimanches et aux grandes fêtes.
En demandant à Sœur Marguerite-Marie de communier le plus fréquemment possible, Notre-Seigneur sait qu’il requiert d’elle quelque chose qui la singularisera aux yeux de la communauté, et que cette singularité lui vaudra des incompréhensions, des vexations et des contradictions…

(2) Insistons sur ce point : l’heure sainte n’est pas un moment d’adoration du Saint Sacrement, de méditation ou de lecture spirituelle, mais un temps – pénible – de supplication pour le salut des pécheurs et de réparation pour l’abandon dans lequel Notre-Seigneur s’est trouvé le Jeudi Saint au moment de la sainte Agonie. Voir notre publication sur l’heure sainte > ici

laurent-de-la-hyre-agonie-de-gethsemani-musee-de-tesse-le-mans Coeur de Jésus dans Prier avec nous

Laurent de La Hyre (17e s.) : l’Agonie de Gethsémani.

Amende honorable au Sacré-Cœur de Jésus :

Pénétré de la douleur la plus vive, ô mon divin Jésus ! en voyant que votre Cœur adorable, qui a été noyé d’amertume au jardin des Olives, et rassasié d’opprobres durant tout le cours de votre Passion, souffre encore aujourd’hui dans le Saint Sacrement de l’autel des outrages plus sensibles par les irrévérences, les profanations et les sacrilèges dont la plupart des chrétiens se rendent coupables, je me prosterne devant Vous, le cœur brisé de douleur, pour Vous faire amende honorable de tant d’outrages que Vous souffrez dans le Saint Sacrement de votre amour.
Que ne puis-je effacer par mes larmes les crimes que l’on commet contre Vous !
Mais mon impuissance s’oppose à mes désirs ; du moins, ô mon Jésus ! je Vous offrirai mes peines, mes souffrances, et toutes les actions de ma vie en esprit d’expiation, de réparation et d’amende honorable des outrages faits à votre divin Cœur dans l’Eucharistie ; et pour suppléer à mon impuissance, je Vous offre les adorations que votre Cœur offre continuellement à votre Père céleste, l’amour et les adorations du Cœur de Marie, votre sainte Mère, et les hommages des anges et de tous les saints.
Voilà, ô mon divin Sauveur ! quel sera désormais l’exercice le plus doux de ma vie ; puisse-t-il être agréable à votre Cœur, et attirer sur moi et sur les cœurs mêmes qui Vous outragent les regards de votre miséricorde.

Ainsi soit-il !

coeurdejsuscopie communion réparatrice


Lire la suite : la « Grande Révélation » > ici
Récit des deux premières « grandes révélations » du Sacré-Cœur >ici et  > ici

2013-49. Cette dévotion est comme un dernier effort de son amour pour les retirer de l’empire de Satan…

La deuxième « grande révélation » du Sacré-Cœur
à Sainte Marguerite-Marie :
il faut honorer l’image de ce Cœur et la porter sur soi. 

2013-49. Cette dévotion est comme un dernier effort de son amour pour les retirer de l'empire de Satan... dans Lectures & relectures vicente-lopez-portana-1795-valencia

Anges adorant le Sacré-Coeur
(Vicente Lopez Portana – Valencia 1795) 

Cette « deuxième grande révélation » eut lieu probablement un premier vendredi du mois au cours de l’année 1674 :

« Ce divin Cœur me fut présenté dans un trône de flammes, plus rayonnant qu’un soleil et transparent comme un cristal, avec cette plaie adorable ; et il était environné d’une couronne d’épines qui signifiait les piqûres de nos péchés, et une croix au-dessus qui signifiait que dès les premiers instants de son Incarnation, c’est-à-dire dès lors que ce Sacré-Cœur fut formé, la croix y fut plantée, et il fut rempli, dès les premiers instants, de toutes les amertumes que lui devaient causer les humiliations, pauvreté, douleurs et mépris que la sacrée humanité devait souffrir, pendant tout le cours de sa vie et en sa sainte Passion.
Et il me fit voir que l’ardent désir qu’il avait d’être aimé des hommes et de les retirer de la voie de perdition, où Satan les précipite en foule, lui avait fait former ce dessein de manifester son Cœur aux hommes, avec tous les trésors d’amour, de miséricorde, de grâce, de sanctification et de salut qu’il contenait, afin que tous ceux qui voudraient lui rendre et procurer tout l’honneur, l’amour et la gloire qui serait en leur pouvoir, il les enrichit avec abondance et profusion de ces divins trésors du Cœur de Dieu, qui en était la source, lequel il fallait honorer sous la figure de ce Cœur de chair, dont il voulait l’image être exposée et portée sur soi, sur le cœur, pour y imprimer son amour et le remplir de tous les dons dont il était plein et pour y détruire tous les mouvements déréglés.
Et que partout où cette sainte image serait exposée, pour y être honorée, il y répandrait ses grâces et ses bénédictions.
Et que cette dévotion était comme un dernier effort de son amour qui voulait favoriser les hommes, en ces derniers siècles de cette rédemption amoureuse, pour les retirer de l’empire de Satan, lequel il prétendait ruiner, pour nous mettre sous la douce liberté de l’empire de son amour, lequel il voulait rétablir dans les cœurs de tous ceux qui voudraient embrasser cette dévotion. »

scapulaire-du-sacre-coeur-copie apparitions du Sacré Coeur dans Nos amis les Saints

Elévation au Sacré-Cœur de Jésus
composée par Sainte Marguerite-Marie : 

Je vous adore, je vous aime, je vous loue, je vous crie merci, je vous rends grâces, je vous invoque et me confie pleinement en vous, ô très saint et très adorable Cœur de mon Seigneur et Sauveur Jésus-Christ qui, pour le salut de nous tous, vous êtes soumis aux rigueurs de la divine justice et avez volontairement accepté une naissance accompagnée de pauvreté, de douleur et de mépris, une vie laborieuse, contredite et bienfaisante à tous, et une mort pleine d’opprobres, de confusion et de douleur, et qui enfin, pour l’amour de ceux qui voudront être sauvés par les effets de votre divine charité, êtes avec nous jusque à la consommation des siècles dans le très saint Sacrement de l’autel.
Accomplissez, ô très adorable Cœur de Jésus, vos volontés dans le mien, pauvre et misérable, que je vous dédie et consacre à jamais.
Faites qu’il vive dans les sentiments d’amour et de reconnaissance qu’il vous doit – qu’il ne respire en tout et partout que votre honneur et votre gloire, afin qu’il expire dans les eaux d’une parfaite contrition.

Ainsi soit-il !

apparition-du-sacre-coeur Coeur de Jésus dans Prier avec nous

Lire la suite : la troisième « grande révélation » > ici
Récit de la première « grande révélation » 
> ici

2013-48. Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, qu’il ne peut plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité…

La première « grande révélation » du Sacré-Cœur
à Sainte Marguerite-Marie : 

Au cours du mois de juin, et à l’approche de la fête du Sacré-Cœur de Jésus, il est bon de relire, sous la plume même de Sainte Marguerite-Marie, le récit des « grandes révélations » au cours desquelles Notre-Seigneur Jésus-Christ lui a manifesté les mystères, les richesses et les grâces que renferme Son divin Cœur.

2013-48. Mon divin Cœur est si passionné d'amour pour les hommes, qu'il ne peut plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité... dans De liturgia stemarg

Voici donc la « première grande révélation », qui eut lieu un 27 décembre, probablement de l’année 1673 (note : les passages mis en caractères gras l’ont été par nos soins) :

« Une fois donc, étant devant le Saint-Sacrement (…), me trouvant toute investie de cette divine présence, mais si fortement, que je m’oubliai de moi-même et du lieu où j’étais, et je m’abandonnai à ce divin Esprit, livrant mon [cœur] à la force de son amour. Il me fit reposer fort longtemps sur sa divine poitrine, où il me découvrit les merveilles de son amour, et les secrets inexplicables de son sacré Cœur, qu’il m’avait toujours tenus cachés, jusqu’alors qu’il me l’ouvrit pour la première fois, mais d’une manière si effective et sensible qu’il ne me laissa aucun lieu d’en douter, pour les effets que cette grâce produisit en moi, qui crains pourtant toujours de me tromper en tout ce que je dis se passer en moi. Et voici comme il me semble la chose s’être passée.

Il me dit : « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier que, ne pouvant plus contenir en Lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre, et qui contiennent les grâces sanctifiantes et salutaires, nécessaires pour les retirer de l’abîme de perdition ; et je t’ai choisie comme un abîme d’indignité et d’ignorance pour l’accomplissement de ce grand dessein, afin que tout soit fait par moi. » (…)

Ensuite, Notre-Seigneur demande à Sœur Marguerite-Marie si elle veut lui donner son cœur. Elle le supplie de le prendre : effectivement elle voit Jésus lui prendre son cœur, le plonger dans le sien, semblable à une fournaise, l’en retirer sous l’apparence d’une flamme ardente en forme de cœur pour le lui remettre dans la poitrine, lui annonçant que cette ardeur la consumera désormais et qu’elle sera marquée par des souffrances et des humiliations. Et il ajoute : « Et pour marque que la grande grâce que je te viens de faire n’est point une imagination, et qu’elle est le fondement de toutes celles que j’ai encore à te faire, quoique j’ai refermé la plaie de ton côté, la douleur t’en restera pour toujours, et si jusqu’à présent tu n’as pris que le nom de mon esclave, je te donne celui de la disciple bien-aimée de mon sacré Cœur. »

Sœur Marguerite-Marie raconte ensuite que pendant plusieurs jours elle reste dans un état de très grande élévation spirituelle qui lui rend l’attention aux choses ordinaires de la vie quasi impossible, en même temps qu’elle éprouve d’une manière très vive la douleur de cette plaie mystique au côté.

Cette « (…) douleur de côté m’était renouvelée les premiers vendredis du mois en cette manière : ce sacré Cœur m’était présenté comme un soleil brillant d’une éclatante lumière, dont les rayons tout ardents donnaient à plomb sur mon cœur, qui se sentait d’abord embrasé d’un feu si ardent, qu’il me semblait m’aller réduire en cendres, et c’était particulièrement en ce temps-là que ce divin Maître m’enseignait ce qu’il voulait de moi, et me découvrait les secrets de cet aimable Cœur. »

Lire la suite > ici

sacrec15 apparitions du Sacré Coeur dans Lectures & relectures

Prière :

O Cœur adorable de Jésus, qui brûlez pour moi de l’amour le plus ardent, communiquez à mon cœur quelques unes de vos flammes.
Daignez, ô Cœur Sacré, Vous faire Vous-même mon maître pour m’enseigner à pratiquer les vertus qui Vous plaisent et dont Vous avez donné l’exemple…
Vous êtes, ô Jésus, le sceau du Père Eternel : par Vous sont marquées les âmes de tous les élus. Je vous supplie donc de Vous graver Vous-même dans mon cœur, et d’y imprimer la marque indélébile d’une plus exacte ressemblance avec Vous, puisque je suis appelé du nom de « christianus : chrétien, c’est-à-dire celui qui appartient au Christ » !
Que tout mon être Vous appartienne et soit sanctifié par Vous : appliquez-Vous à mes yeux, pour sanctifier mes regards ; à ma bouche, pour consacrer toutes mes paroles ; à mon intelligence, pour purifier mes pensées ; à ma volonté, pour régler toutes mes affections ; à mon corps tout entier et à mon âme, pour les remplir de votre douceur, de votre humilité, de votre pureté, de votre charité, et de toutes vos vertus !

Divin Cœur de Jésus,
prenez mon cœur, qu’il soit tout vôtre!

Ainsi soit-il !

frise-avec-lys-naturel Coeur de Jésus dans Nos amis les Saints

2013-45. «Il Vous est impossible de ne pas me faire miséricorde, car la miséricorde Vous est consubstantielle!»

Sermon de Saint Augustin
sous forme d’une prière embrassée au Saint-Esprit

2013-45. «Il Vous est impossible de ne pas me faire miséricorde, car la miséricorde Vous est consubstantielle!» dans De liturgia champaigne-st-augustin-detail-300x224

Philippe de Champaigne : Saint Augustin (détail) 

(la division du texte et les titres donnés aux paragraphes sont de notre fait)

§1. Invocation initiale au Saint-Esprit :

Esprit-Saint, mon Dieu, j’éprouve le désir de parler de Vous, et, néanmoins, je crains pour moi de le faire, car je ne trouve en moi rien qui me le permette.
Pourrais-je, en effet, dire autre chose que ce que Vous m’inspirerez? Pourrai-je prononcer un seul mot, si Vous ne venez en moi pour Vous substituer à moi et Vous parler de Vous-même?
Donnez-Vous donc à moi pour commencer, ô généreux Bienfaiteur, ô Don parfait ; car, quant à Vous, Vous m’appartenez ; rien ne peut m’appartenir, je ne puis m’appartenir moi-même, si je ne Vous possède d’abord. Soyez à moi, et ainsi serai-je à moi, et aussi à Vous : si je ne Vous possède pas, rien ne m’appartiendra. Près de qui aurai-je le droit de Vous posséder? Près de personne, si ce n’est près de Vous.
Il faut donc que Vous Vous donniez à moi, afin que je puisse faire auprès de Vous votre acquisition. Prévenez-moi donc, préparez mon âme à Vous recevoir, et quand Vous y serez entré, parlez-Vous pour moi et écoutez-Vous en moi. Ecoutez-Vous en mon lieu et place, ô Vous qui êtes si bienveillant! Ecoutez une bonne fois, et ne Vous irritez pas. Voyez de quel esprit s’inspirent mes paroles pour moi, je l’ignore, mais je sais pertinemment que, dépourvu de votre assistance, je ne puis rien dire.

§2. Merveilles accomplies par le Saint-Esprit dans l’histoire du salut :

Je m’en souviens : il Vous a suffi jadis de toucher un homme adultère et assassin pour en faire le psalmiste ; Vous avez délivré l’innocente Suzanne ; vos regards se sont abaissés sur une femme possédée par sept démons, sur Magdeleine, et la charité surabondante dont Vous l’avez remplie en a fait l’apôtre des Apôtres ; le larron a été visité par Vous, pendant qu’il était en croix, et, le même jour, Vous l’avez placé dans le ciel pour l’y faire jouir de la gloire du Christ.
Sous votre influence, l’apostat a versé des larmes de repentir, et Vous l’avez préparé à recevoir le souverain pontificat. N’est-ce point à votre appel que le publicain est devenu un évangéliste? N’avez-Vous point terrassé le persécuteur, et, quand il s’est relevé, n’était-il point devenu un docteur hors ligne?
N’êtes-Vous pas venu du ciel pour visiter les Juifs orgueilleux, et en les voyant consumés par les ardeurs de la plus audacieuse doctrine, ne les avez-Vous pas délaissés?
Dieu de sainteté, quand je réfléchis à ce que Vous avez inspiré à tous ces personnages, je me sens encouragé, par leur exemple, à Vous parler ainsi, et je sais, à n’en pas douter un instant, que Vous m’avez appris à Vous répondre de la sorte : voilà aussi pourquoi je soupire vers Vous et me jette dans vos bras.
Ecoutez-moi, Bonté sans limites, et que votre misérable créature n’encoure point votre indignation. Si mes crimes surpassent, par leur nombre, les crimes de tous ces personnages qui me rappellent vos miséricordes, votre indulgence dépasse de beaucoup en étendue ma culpabilité ; car n’est-elle pas infinie? Il lui est facile de pardonner un péché! Ne lui est-il pas aussi aisé d’en pardonner des centaines de mille?

§3. Invocation ardente à l’Esprit-Saint dont la miséricorde éclate
à travers même l’exercice de la justice divine :

A l’un il a suffi d’un seul péché mortel pour se voir réservé à la damnation, quand il est sorti de ce monde : avec des milliers de fautes, un autre a été réservé par Dieu, comme étant prédestiné à la vie.
Qu’y a-t-il en cela, ô très-doux Esprit? C’est que, d’un côté, se manifeste votre miséricorde, et, de l’autre, votre justice. Ces deux hommes, bien différents l’un de l’autre, se trouvent également destinés après une multitude de crimes énormes et pour la fin du monde, celui-ci à entrer dans la vie, celui-là à tomber dans d’affreux tourments. Qu’en conclure, ô Dieu plein de bonté? C’est qu’en tout cela votre miséricorde sans bornes reste toujours égale à elle-même, bien que Vous agissiez diversement.
Le petit nombre des péchés ne donne pas plus la certitude d’arriver à la vie éternelle, que la grandeur et la multiplicité des fautes ne doit donner lieu au désespoir.
Mais parce que votre miséricorde est préférable à toutes les vies, je l’invoque, je la désire, il m’est doux de m’y attacher. Donnez-Vous à moi par son intermédiaire, et donnez-la moi par Vous : que je la possède en Vous, et qu’elle Vous serve de chemin pour venir en moi. C’est elle qui m’inspire le confiant courage de Vous parler ; elle rend mon âme supérieure à elle-même : en la possédant je Vous possède.
Je ne demande donc rien que Vous, car Vous êtes le Docteur et la Science, le Médecin et le Remède, Vous voyez l’état des âmes et Vous les préparez : Vous êtes l’Amour et l’Amant, la Vie et le Conservateur de la vie.
Que dire de plus? Vous êtes tout ce qu’on peut appeler bon!
Car si nous ne sommes point anéantis, c’est l’effet de votre indulgence : elle seule nous soutient en nous attendant ; elle seule nous conserve en ne nous condamnant pas, nous rappelle sans nous faire de reproches, nous renvoie sans nous juger, nous accorde la grâce sans nous la reprendre, et nous sauve par sa persévérance.

§4. Exhortation à soi-même pour une très grande confiance :

Ame pécheresse, ô mon âme, lève-toi donc! redresse-toi! sois attentive à ces consolantes paroles! ne refuse pas un secours qui peut t’aider si puissamment à te réformer!
Remarque-le bien : pour ta restauration, cette Personne divine est la seule qui te soit nécessaire. Lève-toi donc tout entière, ô mon âme! et, puisqu’en cette Personne seule se trouve ton salut, consacre-Lui toutes tes forces, prépare-toi à Lui servir de demeure ; reçois-La, afin qu’Elle te reçoive à son tour.

§5.  Ardents soupirs adressés à l’Esprit Réparateur et Sanctificateur :

Venez donc, ô très-doux Esprit! étendez votre doigt, aidez-moi à me lever.
Que ce saint doigt s’approche de moi, m’attire vers Vous, se pose sur mes plaies et les guérisse. Qu’il fasse disparaître l’enflure de mon orgueil ; qu’il ôte la pourriture de ma colère ; qu’il arrête en moi les ravages du poison de l’envie ; qu’il en retranche la chair morte de la nonchalance ; qu’il y calme la douleur de la cupidité et de l’avarice ; qu’il en ôte la superfluité de la gourmandise, et y remplace l’infection de la luxure par les parfums odorants de la plus parfaite continence.
Puisse-t-il me toucher, ce doigt qui fait couler sur les blessures le vin, l’huile et la myrrhe la plus pure! Puisse-t-il me toucher, ô Dieu plein de bonté!
Alors disparaîtra toute ma corruption, alors je reviendrai à ma primitive innocence, et quand Vous viendrez habiter en moi, qui ne suis maintenant qu’un sac déchiré, Vous y trouverez une demeure en bon état, fondée sur la vérité de la foi, bâtie sur la certitude de l’espérance et parachevée avec une charité ardente.
Bien que nous ne Vous désirions pas depuis longtemps, venez, Hôte aimable! oui, venez! Demeurez avec nous, car si Vous n’y restez pas, il se fera tard, et le jour baissera (Luc XXIV, 29). Frappez et ouvrez! car si Vous ouvrez la porte, personne ne la fermera : entrez et fermez-la derrière Vous, et personne ne l’ouvrira (Apoc. III, 7). Tout ce que Vous possédez est en paix (Luc XI, 21), et, sans Vous, il n’y a point de paix possible, Vous, le Repos des travailleurs, la Paix des combattants, le Plaisir de ceux qui souffrent, la Consolation des malades, le Rafraîchissement de ceux que la chaleur accable, la Joie des affligés, la Lumière des aveugles, le Guide de ceux qui doutent, le Courage des timides…
Car personne ne goûte la tranquillité, s’il ne travaille pour Vous : celui-là seul jouit de la paix, qui combat pour Vous. Souffrir pour Vous, c’est le comble du bonheur ; pleurer pour Vous, c’est la suprême consolation. Quand mon âme gémit pour Vous, alors, à vrai dire, elle se livre au vice et aux plaisirs. Ineffable Bonté, Vous ne pouvez souffrir qu’on souffre, qu’on pleure ou qu’on travaille à cause de Vous ; car, au même moment commencent le travail et le repos, le combat et la paix, la peine et le bonheur. Etre en Vous, c’est être dans l’éternelle félicité.

§6. Contrition et componction appelant le pardon et la grâce du salut :

O mon Bien-Aimé, touchez donc, oui, touchez mon âme! cette âme que Vous avez créée et choisie pour votre demeure au jour de mon baptême.
Mille fois, hélas! vous avez été honteusement et injurieusement chassé de cette maison qui Vous appartenait en propre, et voilà que votre misérable hôtesse Vous rappelle à grands cris ; car c’est pour elle le plus grand des malheurs de se trouver privée de Vous.
Revenez, ô Esprit bon, prenez pitié de cette séditieuse qui Vous a chassé de chez elle. Maintenant, ah! maintenant, elle se rappelle vivement tout le bonheur qu’elle éprouvait à se trouver auprès de Vous. Tous les biens lui étaient venus à cause de Vous (Sag. 
VII, 11) ; sitôt que Vous Vous êtes retiré d’elle, ses ennemis l’ont dépouillée ; ils ont emporté avec eux tous les trésors que Vous lui aviez apportés, et, non contents de l’appauvrir, ils l’ont accablée de coups et de blessures et laissée presque morte (Luc X, 30).
Revenez donc, Seigneur bien-aimé! descendez à nouveau dans votre maison, avant que votre hôtesse insensée rende le dernier soupir.
Aujourd’hui je vois, aujourd’hui je sens combien je suis malheureuse en vivant séparée de Vous : je rougis et tombe dans une confusion extrême de ce que Vous Vous êtes éloigné de moi ; mais les inénarrables faiblesses dont votre absence a été pour moi le principe me forcent à Vous rappeler : Précieux Gardien, venez dans la maison de votre misérable Marthe, et gardez-la dans la vérité, « pour qu’elle ne s’endorme pas un jour dans la mort et que son ennemi ne dise point : J’ai prévalu contre elle » (
Ps. XII, 5).
Mes oppresseurs triompheront si je suis ébranlée (
Ps. XII, 6). Mais, avec votre secours, j’espérerai dans votre miséricorde, je m’y attacherai, j’y mettrai ma confiance : en elle sera la part de mon héritage, et, ainsi, je ne craindrai pas ce que peut contre moi un homme mortel (Ps. LV, 5).
Il Vous est impossible de ne pas me faire miséricorde, car la miséricorde Vous est consubstantielle.
Voyez ma pauvreté, voyez mes pressants besoins, et prenez pitié de moi selon votre infinie grandeur, et non selon mes iniquités. Daigne votre commisération montrer qu’elle est au-dessus de toutes vos oeuvres (Ps. CXLIV. 9). Que la malice du péché ne prévale pas sur la grandeur de votre bonté. C’est par indulgence que Vous dites : « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais Je veux qu’il se convertisse et qu’il vive » (Ezéch. XXXIII, 11). Car Vous voulez la miséricorde et non le sacrifice (Matth. IX, 13).
Très-généreux Bienfaiteur, étendez votre droite, cette sainte main qui n’est jamais vide, qui ne sait point refuser, qui ne cesse de donner à l’indigent : étendez donc, aimable Bienfaiteur, étendez cette main toute pleine de vos dons : c’est la main des pauvres. Donnez à votre pauvre, ou plutôt à la pauvreté elle-même, ces armes ou ces trésors qui enrichissent l’indigent sans lui laisser rien à craindre.

§7. Invocation finale pleine d’une douce confiance :

Achevez, Seigneur, ce que votre bras a commencé (Ps. LXVII, 29). Car, je le vois, si Vous nous sauvez, c’est, non pas à cause des oeuvres de justice que nous avons faites, mais par votre miséricorde (Tit. III, 5). Donc, très-sainte Communication, accordez-moi le don de piété, dont le propre est d’inspirer la douceur, comme aussi de conserver et de rendre celui à qui il a été départi libre de toute attache aux biens de la terre ; ainsi pourrons-nous dire avec l’Apôtre Pierre : « Voilà que nous avons tout abandonné et que nous Vous avons suivi » (Matth. XIX, 27). Dès lors que nous aurons renoncé à ce qui est de ce monde passager, votre esprit secourable nous conduira dans la voie droite (Ps. CXLII, 10), jusqu’à la terre des vivants, et par l’affectueuse piété qu’il nous inspirera, il nous introduira dans ce séjour où nous pourrons éternellement jouir de Vous pendant la suite sans fin des siècles des siècles.

Ainsi soit-il!

vitrail-saint-esprit-basilique-vaticane Esprit-Saint dans Lectures & relectures

Vitrail du Saint-Esprit au centre de la gloire du Bernin (basilique vaticane)

voir aussi la prière au Saint-Esprit
extraite des oeuvres de Saint Augustin publiée > ici

2013- 35. «Alléluia n’appartient ni aux hérétiques, ni aux schismatiques, ni à aucun des adversaires de l’unité de l’Eglise…»

Sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur
l’Alléluia

   Nous voici arrivé au beau temps de Pâques, et nous reprenons avec ferveur le chant de l’Alléluia, auquel nous avions dit adieu aux premières vêpres du dimanche de la Septuagésime (cf > ici).
Je vous propose justement de méditer sur le sens de ce petit mot, avec un sermon que notre glorieux Père Saint Augustin lui a entièrement consacré.

Lully.    

2013- 35. «Alléluia n'appartient ni aux hérétiques, ni aux schismatiques, ni à aucun des adversaires de l'unité de l'Eglise...» dans Chronique de Lully alleluia-pascal-1

§ 1. Significations du mot hébreu « Alléluia » :

   Le mot hébreu qui retentit sans cesse dans l’Eglise, c’est-à-dire l’Alléluia, nous invite mes bien-aimés, à louer Dieu et à confesser la vraie foi.
Dans notre langue, ce mot hébreu, Alléluia, signifie : « Chantez les louanges de Celui qui est » ; ou bien : « O Dieu, bénissez-nous tous ensemble comme ne faisant qu’un », ou plutôt : « Louez le Seigneur ».
Autant de choses nécessaires à notre salut et à notre foi.

alleluia-pascal-2 Alléluia dans De liturgia

§ 2. Les motifs de notre louange à Dieu :

   Nous devons chanter les louanges de celui qui est, ou parce que nous avons nous-mêmes chanté, ou parce que nos ancêtres ont longtemps chanté les louanges de ceux qui ne sont pas, c’est-à-dire des dieux des nations et des idoles.
Mais puisque nous sommes venus à la foi et à la connaissance du vrai Dieu, nous avons commencé à louer Celui qui est, ou, en d’autres termes, le Dieu tout-puissant, qui a créé le ciel et la terre, qui nous a tirés nous-mêmes du néant ; et qui a parlé à Moïse en ces termes : «Tu diras aux enfants d’Israël : Celui qui est m’a envoyé vers vous» (Exod. III, 14). C’est le Dieu qui a toujours été, qui n’a jamais eu de commencement, qui demeure éternellement et n’aura jamais de fin.
A Lui appartient, de droit et en toute justice, l’expression de nos hommages ; car ce que nous sommes, notre vie même, est l’effet, non pas de notre volonté ou de notre puissance, mais de Sa bonté toute miséricordieuse.
Ce Dieu infini et bienfaisant, qui a été et qui est toujours, doit donc recevoir de nous des louanges dignes de Lui et proportionnées à Sa grandeur : oui, nous devons Le proclamer éternel, tout-puissant, immense, auteur du monde, sauveur de l’univers ; oui, nous devons le dire hautement : Il a tant aimé les hommes, qu’Il est allé jusqu’à livrer Son Fils pour leur salut ; car nous lisons ces paroles dans l’Evangile : «Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné Son Fils unique, afin que ceux qui croient en Lui ne périssent pas, mais qu’ils aient la vie éternelle » (Jean, III, 16).

alleluia-pascal-2 louange à Dieu dans Lectures & relectures

§ 3. L’Alléluia appartient en propre à ceux qui sont dans l’unité de la Foi, et non aux hérétiques et schismatiques :

   Alléluia signifie donc : « Chantez à Celui qui est » ; il signifie encore : « Louez le Seigneur », ou bien : « O Dieu, bénissez-nous tous ensemble, comme ne faisant qu’un ».
Pour peu que nous y soyons attentifs, il nous est facile de remarquer combien ce sens est d’accord avec notre foi et notre salut. Nous prions, quand nous disons : « Alléluia, que le Seigneur nous bénisse tous ensemble comme ne faisant qu’un ».
Si, tous ensemble, nous ne faisons qu’un par la foi, la paix, la concorde, l’unanimité de sentiments, nous pouvons louer le Seigneur d’une manière digne de Lui ; nous méritons qu’Il nous bénisse tous ensemble. Car voici ce qui est écrit : « Qu’il est bon, qu’il est doux, pour des frères, d’habiter ensemble» (Ps. CXXXIII, 1). Et encore : « C’est Lui qui fait habiter plusieurs dans une seule maison » (Ps. LXVII, 7).
Le Seigneur nous comble donc de Ses bénédictions, si, tous ensemble, nous ne faisons qu’un, c’est-à-dire si nous demeurons dans l’unité de foi, dans la concorde et la paix, dans les affectueux sentiments de la charité, selon le conseil et les avertissements de l’Apôtre : «Je vous en conjure», dit-il, «ayez tous une même manière de voir : ne souffrez point de divisions parmi vous, mais soyez tous parfaitement unis ensemble dans le même esprit et les mêmes sentiments» (1 Cor. I, 10).
Si l’on rencontre parmi nous de la discorde, des déchirements, des dissensions, nous ne sommes pas dignes des bénédictions d’en haut ; et nous ne pouvons louer Dieu d’une manière digne de Lui, tant que nous persévérons en d’aussi mauvais sentiments. Alors pouvons-nous répondre avec confiance, dans la langue de nos pères : « Alléluia », c’est-à-dire, « ô Dieu, bénissez-nous tous ensemble comme ne faisant qu’un » ? Pouvons-nous mériter d’être bénis de Dieu tous ensemble et chanter dignement Ses louanges ?
Evidemment non !
Le droit de répondre : Alléluia, n’appartient donc ni aux hérétiques, ni aux schismatiques, ni à aucun des adversaires de l’unité de l’Eglise, parce qu’ils ne se trouvent pas tous ensemble, comme  ne faisant qu’un dans le sein de l’Eglise. Notre-Seigneur lui-même le déclare dans l’Evangile ; voici Ses paroles : «Celui qui n’est pas avec Moi est contre Moi ; et celui qui n’amasse pas avec Moi dissipe» (Luc, XI, 23).
Le propre du Christ est de former un seul tout ; celui du diable est de diviser et de disperser. Celui qui aime l’unité de l’Eglise suit le Christ, et celui qui se complaît dans la division marche sur les traces du diable, parce que le diable est l’auteur de la division ; c’est pourquoi Salomon a dit : «Il y a temps pour diviser et temps pour unir» (Eccle. III, 5).
Depuis longtemps le diable nous a divisés ; mais, plus tard, viendra le temps où le Christ nous réunira de nouveau. Aussi devons-nous éviter et fuir la discorde, puisque nous savons que le diable en est l’auteur, comme nous devons nous attacher à la paix et à l’unité de l’Eglise ; c’est ainsi que nous pourrons répondre dignement et avec justice, Alléluia, c’est-à-dire : « Louez le Seigneur » ; ou bien : « O Dieu, bénissez-nous tous comme ne faisant qu’un ».

alleluia-pascal-2 Saint Augustin

§ 4. C’est dans l’unité de la Sainte Eglise qu’est la louange parfaite et que la bénédiction divine est donnée ; exhortation à l’unité dans la foi :

   Voyez quelle grâce ce sens nous signale ! Chacun de nous répond en son particulier : Alléluia ; par là nous sollicitons une bénédiction commune à tous, afin que chacun de nous ait sa part dans la bénédiction accordée à l’ensemble. Nous formons tous, en effet, un seul corps, le corps de l’Eglise ; c’est pourquoi nous devons tous n’avoir qu’une voix et qu’une âme : C’est-à-dire, nous devons tous nous unir dans la même foi, la même espérance, la même charité pour louer Dieu ; voilà aussi pourquoi Dieu daigne recevoir les hommages des justes et refuse ceux des impies et des pécheurs : Il accepte ceux des catholiques et repousse ceux des hérétiques : Il se montre sensible à ceux des fidèles, et insensible à ceux des infidèles.
Agissons donc, conduisons-nous de manière à être dignes de louer Dieu et de voir s’appliquer à nous cette parole du Prophète : «Enfants, louez le Seigneur : louez Son saint Nom» (Ps. CXII, 1). Nous nous rendrons réellement à cette invitation, si nous obéissons avec fidélité, et en toutes choses, à la volonté de Dieu et à Ses préceptes, moyennant la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et l’honneur pendant les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Traduction et division du texte de MM. les abbés Bardot et Aubert ;
sous-titres de Frère Maximilien-Marie.

jan-van-eyck-anges-au-lutrin sermon

Jan van Eyck – retable de l’Agneau Mystique (Gand) détail :
Anges chanteurs au lutrin

2013-33. « Alors que le monde fuit la souffrance, nous pouvons l’étreindre. »

Mercredi Saint au soir.

A la veille d’entrer dans le Triduum Sacré, je livre à votre méditation quelques lignes de l’abbé Bryan Houghton (voir sa biographie > ici).
Ce texte a été écrit (en anglais) en 1969 : à cette époque, l’abbé Houghton était encore pour quelques mois curé de Bury St Edmunds (sa démission sera à la fin du mois de novembre de cette année-là, lors de l’entrée en vigueur du nouvel Ordo Missae), et un journal de Norwich – l’Eastern Daily Press – lui demandait un article mensuel intitulé « Point de vue catholique romain ».
Ces réflexions sur la souffrance et la Croix semblent toutes simples, mais contiennent une grande profondeur et une très juste hauteur de vue, dans le style qui était propre à l’abbé Houghton.

Vivez un saint et fervent Triduum !

P. de Champaigne - Crucifixion

Le Dieu Crucifié

Le seul vrai problème que pose la création telle qu’elle est, c’est celui de la souffrance.
Je me souviens d’un jour où j’ai baptisé une petite fille qui respira deux heures et mourut : elle était le premier-né d’une mère qui avait déjà eu quatre fausses couches. Que d’espoirs disparaissaient avec elle!
Quelques heures plus tard, j’administrais l’extrême-onction à un homme de moins de cinquante ans, qui laissait une famille nombreuse avec deux jeunes enfants. Il avait passé en agonie les trois derniers mois de sa vie.
Le seul cas où l’euthanasie soulagerait vraiment la souffrance serait celui où l’on anéantirait l’espèce humaine, car la souffrance est le lot commun de l’humanité. Toute religion, toute philosophie qui ne prend pas la souffrance en compte est évidemment inadéquate.
Si les hommes doivent tous souffrir à des degrés divers, il ne fait aucun doute que leur noblesse de caractère dépend presque exclusivement de la noblesse avec laquelle ils portent leurs souffrances. On a raison de mépriser ceux qui se plaignent des plus petites insatisfactions. On a raison de vénérer les martyrs.
Les causes de la souffrance sont claires. Il y a l’insatisfaction, mais qui est parfaitement satisfait? Et il y a l’imperfection, mais qui ou quoi peut être dit parfait? Dieu seul ne souffre pas, car Lui seul est toute perfection et toute puissance.
De là, ce caractère vraiment absurde de toutes les religions autres que le christianisme : les créatures y sont plus nobles que leur Créateur. Dans toutes ces religions, Dieu se tourne éternellement les pouces dans une béatitude inaccessible, tandis que les pauvres humains doivent souffrir noblement. Leur Dieu sarcastique s’y moque de larves héroïques. Une telle absurdité est impossible. De telles religions ne peuvent être que fausses.
La chose que tout le monde sait du christianisme, c’est qu’on y adore un Dieu crucifié. Rien de moins! Et c’est son vrai titre à être la vraie religion. Non seulement Dieu n’attend pas de nous que nous subissions ce qu’Il n’a pas l’intention de subir, mais Il n’a permis la souffrance que dans la perspective, prévue de toute éternité, de Sa propre souffrance. Il ne pouvait pas souffrir comme Dieu. C’est pourquoi Il s’est fait homme.
Lorsque nous tournerons nos regards vers la Croix pendant la Semaine Sainte, souvenons-nous qu’elle est la justification de notre religion. La souffrance, pierre d’achoppement de ce monde, ne peut être évacuée de nos vies. Elle peut être éclairée – seulement éclairée – par un Dieu souffrant. Nous pouvons prier aussi pour demander la grâce de porter noblement nos propres souffrances. Nous pouvons même prier, mais cela, c’est la sainteté, pour demander de souffrir. Alors que le monde fuit la souffrance, nous pouvons l’étreindre. Embrassez-vous quelquefois un Crucifix? Non? Eh bien, faites-le!
Les chrétiens de toutes confessions ont en commun la foi au Dieu crucifié. Hélas, bien des choses les divisent! Mais au centre de la Croix, nous nous rencontrons tous.

Bryan Houghton, in « Prêtre rejeté » 
(édition revue et augmentée 2005 – pp. 275-276)
Editions Dominique Martin Morin – Poitiers (France)

2013-33.

2013-32. Passion, Résurrection et triomphe final de Jésus-Christ en Son Eglise.

par Monseigneur Louis-Gaston de Ségur.

2013-32. Passion, Résurrection et triomphe final de Jésus-Christ en Son Eglise. dans Chronique de Lully mgr-de-segur

Monseigneur Louis-Gaston de Ségur (1820-1881)

        Louis-Gaston de Ségur, descendant d’une très ancienne famille de la noblesse française et fils de la célèbre comtesse – née Sophie Rostopchine – , est né à Paris le 15 avril 1820.
Après des études de droit et une courte carrière diplomatique, passé d’une relative indifférence religieuse à une vie de fervente dévotion, il entre au séminaire de Saint-Sulpice : il est ordonné prêtre par S. Exc. Monseigneur Affre, le 17 décembre 1847.
Avec quelques prêtres qui sont, comme lui, épris de pauvreté et dévorés de zèle pour le salut des plus humbles et des délaissés, il exerce d’abord son apostolat envers ce que l’on appelle aujourd’hui « les milieux défavorisés ». Il s’y épuise et tombe malade.
Lorsqu’il est rétabli, le « prince-président », Louis-Napoléon Bonaparte, le nomme auditeur de Rote pour la France ; en cette qualité, il séjourne à Rome à partir de 1852.
Le Bienheureux Pie IX l’apprécie grandement.

   En 1854, âgé de 34 ans, il perd définitivement la vue. Cela le décide, en 1856, à renoncer à son poste et à rentrer en France. Le Bienheureux Pie IX lui confère la dignité de protonotaire apostolique. 
Désormais, et jusqu’à la fin de sa vie, depuis son appartement du n° 39 de la rue du Bac, il exerce un apostolat très actif consacré à la sanctification du clergé (il fonde l’Oeuvre de Saint François de Sales), à l’évangélisation des milieux les plus pauvres, à l’assistance charitable, et à cette suprême charité qu’est la direction spirituelle.
Il compose et dicte de nombreux ouvrages qui font un bien immense (opuscules, instructions, traités de spiritualité, d’apologétique, de doctrine, qui avec autant de fermeté que d’onction corrigent et combattent les erreurs modernes…).
« (…) Ce qui me frappe et ce qui saisit toutes les âmes de bonne foi, c’est l’enchaînement et la puissance de votre argumentation, la sûreté de votre doctrine, l’évidence de vos démonstrations », lui écrit le Comte de Chambord en 1871, ajoutant au sujet de sa publication sur la Souveraineté Royale : « Je voudrais, dans l’intérêt de la vérité de notre chère et malheureuse France, que ce livre fût dans toutes les mains »
Monseigneur de Ségur combat autant qu’il le peut l’esprit de la révolution et la maçonnerie.

   Il rend sa belle âme à Dieu, le 9 juin 1881, âgé de soixante et un ans et deux mois, dans son appartement de la rue du Bac.

   En ces jours de la Passion et de la Pâque de Notre-Seigneur, il nous a paru opportun de reproduire ci-dessous le texte, en quelque sorte prophétique, dans lequel ce saint prélat réunissant et résumant les prophéties de la Sainte Ecriture sur la fin des temps, a établi une sorte de parallèle entre la Passion de Notre-Seigneur et les épreuves finales de la Sainte Eglise.

Biographie plus détaillée de Mgr de Ségur > ici

antonio-ciseri-ecce-homo-1891 Antéchrist dans Lectures & relectures

Ecce Homo – Antonio Ciseri 1891.

* * *

De la Passion, de la Résurrection
et du triomphe final de Jésus-Christ en Son Eglise

   Jésus-Christ et l’Église forment un tout indivisible. Le sort de l’un, c’est le sort de l’autre ; et de même que là où est la tête, là également doit se trouver le corps, de même les mystères qui se sont accomplis en Jésus-Christ durant Sa vie terrestre et mortelle doivent se parachever en Son Église durant sa vie militante d’ici-bas.
Jésus-Christ a eu Sa Passion et Son crucifiement : l’Église doit avoir, elle aussi, et sa Passion, et son crucifiement final.
Jésus-Christ est ressuscité et a triomphé miraculeusement de la mort : l’Église ressuscitera, elle aussi, et triomphera de Satan et du monde, par le plus grand et le plus prodigieux de tous les miracles : celui de la résurrection instantanée de tous les élus, au moment même où Notre-Seigneur Jésus-Christ, entrouvrant les cieux, en redescendra plein de gloire avec Sa sainte Mère et tous Ses Anges.
Enfin, Jésus-Christ, Chef de l’Église, est monté corporellement au ciel le jour de l’Ascension : à son tour, l’Église ressuscitée et triomphante montera au ciel avec Jésus, pour jouir avec Lui, dans le sein de Dieu, de la béatitude éternelle.
Nous ne connaissons d’une manière certaine « ni le jour ni l’heure » (Matth. XXV, 13) où se passeront ces grandes choses.

   Ce que nous savons, d’une manière générale mais infaillible, parce que cela est révélé de Dieu, c’est que « la consommation viendra lorsque l’Évangile aura été prêché dans le monde entier, à la face de tous les peuples » (Ibid. XXIV, 14).
Ce que nous savons, c’est qu’avant ces suprêmes et épouvantables secousses qui constitueront la Passion de l’Église et le règne de l’Antéchrist, il y aura, dit saint Paul, l’apostasie (2 Thess. II, 3), l’apostasie générale ou quasi-générale de la foi de la sainte Église Romaine (Cornelius a Lapide).
Enfin, ce que nous savons, c’est qu’à cette redoutable époque le caractère général de la maladie des âmes sera « l’affaiblissement universel de la foi et le refroidissement de l’amour divin, par suite de la surabondance des iniquités » (Matth. XXIV, 12).

   Les Apôtres ayant demandé un jour à Notre-Seigneur à quels signes les fidèles pourraient reconnaître l’approche des derniers temps, Il leur répondit : d’abord qu’il y aurait de grandes séductions, et que beaucoup de faux docteurs, beaucoup de semeurs de fausses doctrines rempliraient le monde d’erreurs et en séduiraient un grand nombre (Matth. XXIV, 10-11) ; puis, qu’il y aurait de grandes guerres et qu’on n’entendrait parler que de combats ; que les peuples se jetteraient les uns sur les autres, et que les royaumes s’élèveraient contre les royaumes (Ibid. 6-7) ; qu’il y aurait de tous côtés des fléaux extraordinaires, des maladies contagieuses, des pestes, des famines, et de grandes tremblements de terre (Ibid. 7). « Et tout cela, ajouta le Sauveur, ce ne sera encore que le commencement des douleurs » (Ibid. 8).

   Satan et tous les démons en seront la cause. Sachant qu’il ne leur reste plus que peu de temps, ils redoubleront de fureur contre la sainte Église ; ils feront un dernier effort pour l’anéantir, pour détruire la foi et toute l’œuvre de Dieu. La rage de leur chute ébranlera la nature (Apoc. XII, 9-12), dont les éléments, comme nous l’avons dit, resteront jusqu’à la fin sous les influences malfaisantes des mauvais esprits.
Alors commencera la plus terrible persécution que l’Église ait jamais connue ; digne pendant des atroces souffrances que son divin Chef eut à souffrir en Son corps très-sacré, à partir de la trahison de Judas.

   Dans l’Église aussi il y aura des trahisons scandaleuses, de lamentables et immenses défections ; devant l’astuce des persécuteurs et l’horreur des supplices, beaucoup tomberont, même des prêtres, même des évêques ; « les étoiles des cieux tomberont », dit l’Évangile. Et les catholiques fidèles seront haïs de tous, à cause de cette fidélité même (Matth. XXIV, 5-9).

   Alors celui que Saint Paul appelle « l’homme du péché et le fils de perdition » (2 Thess. II, 3), l’Antéchrist, commencera son règne satanique et dominera tout l’univers.

   Il sera investi de la puissance et de la malice de Satan (Apoc. XIII, 2). Il se fera passer pour le Christ, pour le Fils de Dieu ; il se fera adorer comme Dieu, et sa religion, qui ne sera autre chose que le culte de Satan et des sens, s’élèvera sur les ruines de l’Église et sur les débris de toutes les fausses religions qui couvriront alors la terre (2 Thess. II, 4).
L’Antéchrist sera une sorte de César universel, qui étendra son empire sur tous les rois, sur tous les peuples de la terre ; ce sera une infâme parodie du royaume universel de Jésus-Christ.
Satan lui suscitera un grand-prêtre, parodie sacrilège du Pape ; et ce grand-prêtre fera prêcher et adorer l’Antéchrist par toute la terre. Par la vertu de Satan, il fera de grands prodiges, jusqu’à faire descendre le feu du ciel en présence des hommes ; et, au moyen de ces prestiges, il séduira l’univers. Il fera adorer, sous peine de mort, l’image de l’Antéchrist ; et cette image paraîtra vivre et parler ; également sous peine de mort, il commandera que tous, sans exception, portent au front ou sur la main droite le signe de la bête, c’est-à-dire le caractère de l’Antéchrist. Quiconque ne portera point ce signe, ne pourra ni vendre ni acheter quoique ce soit (Apoc. XIII, 11-17). Autour des images de l’Antéchrist, les prestiges de Satan seront tels, que presque tout le monde les prendra pour de vrais miracles ; et les élus eux-mêmes auraient pu être séduits à la longue ; mais, à cause d’eux, le Seigneur abrégera ces jours (Matth. XXIV, 22-24).
« L’abomination de la désolation régnera dans le lieu saint » (Ibid. 15) pendant « trois ans et demi, pendant quarante-deux mois » (Apoc. XIII, 5), correspondant aux quarante-deux heures qui se sont écoulées, comme nous l’avons dit déjà, depuis le commencement des ténèbres du crucifiement de Jésus, le Vendredi-Saint, jusqu’à l’heure de la résurrection, le dimanche de Pâques, au lever du soleil.

   Quoique toujours visible et composée de ses éléments essentiels, l’Église sera pendant tout ce temps-là comme crucifiée, comme morte et ensevelie.
Il sera donné à l’Antéchrist de vaincre les serviteurs de Dieu, et de faire plier sous son joug tous les peuples, et toutes les nations de la terre ; et, sauf un petit nombre d’élus, tous les habitants de la terre l’adoreront, en même temps qu’ils adoreront Satan, auteur de sa puissance (Ibid. 7, 8, 4).
Si jadis le féroce Dioclétien a pu croire un instant qu’il avait définitivement détruit le nom chrétien, que sera-ce en ces temps-là, dont ceux de Dioclétien de Néron n’ont été qu’un pâle symbole? L’Antéchrist proclamera orgueilleusement la déchéance du christianisme, et Satan, maître du monde, se croira un instant vainqueur.

   Mais en ces temps-là, comme nous l’apprennent et l’Écriture et la Tradition, s’élèveront contre l’Antéchrist « les deux grands témoins » (Ibid. XI, 3) de Jésus-Christ, réservés pour ces derniers jours, à savoir le Patriarche Hénoch et le Prophète Élie, qui ne sont pas morts, comme l’enseigne expressément l’Écriture.
Ils viendront prêcher les voies du Seigneur. Ils prêcheront Jésus-Christ et le règne de Dieu pendant douze cent soixante jours, c’est-à-dire pendant la durée presque entière du règne de l’Antéchrist. La vertu de Dieu les protégera et les gardera. Ils auront le pouvoir de fermer le ciel et d’arrêter la pluie pendant tout le temps de leur mission. Ils auront le pouvoir de changer les eaux en sang et de frapper la terre de toutes sortes de plaies (Ibid. 3-6). Ils feront des miracles sans nombres, semblables à ceux de Moïse et d’Aaron, lorsque ceux-ci combattirent en Égypte l’impie Pharaon et préparèrent la délivrance du peuple de Dieu. Comme Moïse et Aaron, les deux témoins de Jésus-Christ ébranleront l’empire et le prestige du Maudit.
Celui-ci néanmoins parviendra à s’emparer d’eux, et ils subiront le martyre, « là où leur Seigneur a été crucifié » (Apoc. XI, 8), c’est-à-dire à Jérusalem ; ou bien peut-être à Rome, où le dernier Pape aura été crucifié par l’Antéchrist, suivant une tradition immémoriale.
Après trois jours et demi, les deux grands précurseurs du Roi de gloire ressusciteront à la face de tout le peuple ; et ils monteront au ciel, sur une nuée, pendant qu’un terrible tremblement de terre jettera partout l’épouvante (Ibid. 11-13).
Pour relever sa puissance, l’Antéchrist, singeant la triomphale ascension du Fils de Dieu et des deux grands Prophètes, tentera, lui aussi, de monter au ciel, en présence de l’élite de ses adeptes.
Et c’est alors que Notre-Seigneur Jésus-Christ, « semblable à la foudre qui de l’orient à l’occident déchire le ciel, apparaîtra tout à coup sur les nuées, dans toute la majesté de Sa puissance » (Matth. XXIV, 27-30), frappant de Son souffle et l’Antéchrist (2 Thess. II, 8) et Satan et les pécheurs. Tout ceci est prédit en termes formels (1 Thess. IV, 15).

   Comme nous l’avons dit, l’Archange Michel, le Prince de la milice céleste, fera retentir toute la terre du cri de triomphe qui ressuscitera tous les élus (Matth. XXIV, 31). Ce sera le « Consummatum est » de l’Église militante, entrant pour toujours dans la joie du Seigneur.
Cette « voix de l’Archange » sera accompagnée d’une combustion universelle, qui purifiera et renouvellera toutes les créatures profanées par Satan, par le monde et par les pécheurs. La foi nous apprend, en effet, qu’au dernier jour, Jésus-Christ doit venir juger le monde par le feu (Rituel Romain). Ce feu vengeur et sanctificateur renouvellera la face de la terre et fera « une nouvelle terre et des nouveaux cieux » (Ps. CIII, 30 & Apoc. XXI, 1). Comme au Sinaï, comme au Cénacle, l’Esprit-Saint se manifestera ainsi par le feu, en ce jour redoutable entre tous.

   Telle sera la fin terrible et glorieuse de l’Église militante ; telle sera, autant du moins que la lumière toujours un peu voilée des prophéties nous permet de l’entrevoir, telle sera la Passion de l’Église ; telle sera sa résurrection suivie de son triomphe.
Corps mystique du Fils de Dieu, elle aura suivi son divin Chef jusqu’au Calvaire, jusqu’au sépulcre, et par cette fidélité elle aura mérité de partager sa gloire à tout jamais.

Texte composé d’extraits de l’opscule « Je Crois »,
tiré des « Œuvres de Mgr de Ségur », 10e tome, page 69
(Paris, Librairie Saint-Joseph, TOLRA, Libraire-éditeur, 112, rue de Rennes, 1887)

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