Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2022-19. “Je crois plus en la Providence qu’en l’homme providentiel”.

« La Fugue » est une revue fondée et mise en œuvre par des étudiants (voir > ici) qui a publié à la mi-février les propos recueillis lors d’un entretien que leur a accordé Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX.
En voici l’intégralité :

Alors que les élections présidentielles approchent et que le climat politique est de plus en plus effervescent, le Prince Louis de Bourbon a accepté de répondre à nos questions et de nous livrer la vision politique qu’il défend.
Héritier de la monarchie capétienne, le Prince incarne un projet authentique et résolument transcendant ; il offre un regard neuf sur la res publica.

Prince Louis de Bourbon

La Fugue : Quel héritage doit assumer le chef de la Maison de France au XXIe siècle ?
Louis de Bourbon : Celui des quinze siècles de l’histoire de France : c’est-à-dire de sa continuité comme nation souveraine dont l’essentiel de la destinée, près de treize siècles, a été réalisé sous le règne des différentes dynasties qui ont progressivement constitué le pays et mené à son apogée.

​​Incarnez-vous, au-delà de l’héritage culturel et historique, un véritable modèle politique? Vous qualifieriez-vous “d’homme politique” ? 
Comme héritier de La royauté française, nul ne doute que j’incarne un modèle politique. C’est pour cela que jusqu’aux années 1950, la république imposait l’exil aux chefs de Maison. Il y avait un rejet idéologique de ce modèle.
Ainsi en assumant, comme mes prédécesseurs, cette place de successeur légitime je suis un « homme politique »… Mais encore faut-il s’entendre sur le terme homme politique. En royauté l’homme politique est celui qui est au service de son pays, qui l’incarne dans la durée.  Le roi, parce qu’il était sacré, n’exerçait pas seulement une fonction de gestion des hommes et des choses, mais d’abord un service dû à ceux qu’il dirigeait. Cet aspect religieux était très important puisqu’il garantissait les dérives notamment celles menant à la tyrannie qui est l’exercice du pouvoir pour les seules fins de celui qui l’exerce. 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres hommes politiques ? 
Ma liberté. Je ne dépends de personne ni d’aucun groupe. C’est l’hérédité qui m’a désigné c’est-à-dire quelque chose qui échappe totalement au commerce des hommes et aux combinaisons politiciennes. C’est la Providence qui fait qu’on est roi ou chef de Maison. Cela donne une légitimité qu’aucun autre pouvoir ne peut avoir. C’est cela la souveraineté. 

​Quelles sont vos différentes responsabilités à l’heure actuelle et vos engagements dans la société ? 
J’ai des responsabilités familiales, celles d’un père de famille qui avec son épouse, est soucieux d’élever ses quatre enfants en leur transmettant des valeurs afin que, devenus adultes, ils puissent eux même continuer la longue chaîne de la vie qu’incarne toute famille. Complément de ces responsabilités familiales, j’en ai d’autres qui sont professionnelles. Il me semble essentiel en effet que tout chef de famille puisse subvenir aux besoins des siens. Dans le prolongement de ces responsabilités, j’essaye d’avoir aussi des activités sociales notamment vis-à-vis des plus pauvres et j’encourage mes enfants à avoir cette attention aux autres.​
Enfin j’assume mes engagements dynastiques en participant comme successeur légitime des rois de France à de nombreuses cérémonies de tous ordres auxquelles je suis convié notamment par les différentes autorités religieuses, politiques, culturelles, économiques. Ce rôle de témoin me parait essentiel car c’est ainsi que la tradition monarchique peut s’inscrire dans la durée et rester un espoir pour demain. 

​Existe-t-il une figure dans l’Histoire de France qui vous a particulièrement aidé à incarner l’idéal monarchique ? 
La question n’a pas grand sens car les « figures » ne sont pas les mêmes selon les circonstances.
En treize siècles de royauté comment ne pas voir de multiples figures depuis Clovis qui a baptisé la dynastie et la France jusqu’à Louis XVI, le roi-martyr, en passant par Jeanne d’Arc, la patronne de la légitimité ?
Mais ceci rappelé, la figure de deux souverains demeure pour moi comme celle de deux témoins essentiels, Saint Louis et Henri IV. Le premier est le modèle par excellence des rois puisqu’il a su totalement mêler ses devoirs vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis des hommes. Pas simple pour un « homme politique » de faire du décalogue son « programme » sans tomber dans les excès d’une théocratie… Le second, dans de toutes autres circonstances, est celui qui par son charisme a restauré l’harmonie et la paix dans le royaume ravagé par 30 ans de guerres civiles. Ce sont deux figures complémentaires… mais il y en a bien d’autres. ​

Quelle définition donneriez-vous de l’homme providentiel ?
Celui qui arrive au bon moment… Mais je crois plus en la Providence qu’en l’homme providentiel. 

​La dimension providentielle peut-elle provenir d’un engouement populaire ou est-elle nécessairement fondée sur l’autorité divine ? 
Comme le dit Saint-Paul, il n’y a pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu. ​

Peut-on dire que les rois, en tant que personnes sacrées et tenant leur autorité de droit divin, sont, par essence, des “hommes providentiels” ? 
Ne l’ont-ils pas tous été ?​​

Dernièrement vous écriviez, évoquant la proximité des élections présidentielles : “N’est-ce pas le moment de placer la barre plus haut ? Qu’est-ce qui sera le bon et le bien pour la France et les Français de demain ? sur le long terme. Voir juste et voir loin”. Voyez-vous en la monarchie le seul régime capable de proposer une telle solution ?
Montrez-m’en d’autres ? Mais que l’on s’entende bien, je parle plus volontiers de royauté « à la française » c’est-à-dire fortement ancrée sur son territoire (le pré-carré) et le service des hommes, mais couronnée par Dieu par le sacre, que de monarchie, régime d’un seul qui peut être exercé à des fins personnelles… 

​Quelles réponses la monarchie pourrait-elle apporter aux crises multiples qui fracturent notre société ? crise sociale, économique, politique, écologique, religieuse, etc.
Avant les réponses, au pluriel et selon les conjonctures du moment, il y aurait surtout un changement d’optique. Remettre la société à l’endroit en recréant une société finalisée. Les fractures de notre société viennent de causes profondes qui sont nées d’un abandon des fondamentaux qui garantissent la vie sociale au profit de fausses idéologies délétères. Ce qui fait du mal à la société c’est l’individualisme et le relativisme. Il n’y a plus ni bien, ni vrai, ni juste. La confusion règne partout et la notion de bien commun a cédé la place à la primauté donnée aux intérêts individuels ou communautaristes.

Selon vous, de quel mal souffre le plus la France de nos jours ?  
Que ses élites aient perdu le sens du réel et de leur devoir vis-à-vis de la collectivité. 

Pour se relever, la France a-t-elle besoin d’un homme providentiel ?
Chaque Français peut contribuer à être l’homme providentiel dès lors qu’il assume ses devoirs d’état, vis-à-vis de sa famille et de son pays. Il y a une conversion de tous qui est nécessaire. Aide- toi et le Ciel t’aidera. N’inversons pas les rôles. ​

Le risque lié à l’attente de l’homme providentiel, n’est-il pas de tomber dans un attentisme stérile ?
Ni Saint Louis, ni Henri IV n’ont attendu l’homme providentiel. Ils ont mis leur énergie au service de leur royaume. 

​Que diriez-vous aux jeunes qui veulent s’engager pour le bien commun aujourd’hui ?  
N’ayez pas peur ! Allez-y.

Armes de France gif

 

2022-17. « C’est l’action et l’occupation la plus digne, la plus noble, la plus relevée, la plus grande et importante en laquelle vous puissiez vous employer… »

« La première, la principale, la plus nécessaire, la plus pressée et la plus importante de toutes vos affaires » : c’est ainsi que Saint Jean Eudes qualifie l’oraison, présentée encore comme « l’action et l’occupation la plus digne, la plus noble, la plus relevée, la plus grande et importante en laquelle vous puissiez vous employer ».
Lisons avec la plus grande attention ces lignes destinées à encourager tous ceux qui veulent avancer dans la vie spirituelle :

Le Roi david en prière - Pieter de Grebber

Pieter de Grebber :
Le Roi David en prière (vers 1635-1640)

« Le saint exercice de l’oraison doit être mis au rang des principaux fondements de la vie et de la sainteté chrétienne, parce que toute la vie de Jésus-Christ n’a été qu’une perpétuelle oraison, laquelle nous devons continuer et exprimer en notre vie, comme une chose si importante et si absolument nécessaire, que la terre qui nous porte, l’air que nous respirons, le pain qui nous sustente, le cœur qui bat dans notre poitrine, ne sont point aussi nécessaires à l’homme pour vivre humainement que l’oraison ne l’est à un chrétien pour vivre chrétiennement.
Or, l’oraison, c’est une élévation respectueuse et amoureuse de notre esprit et de notre cœur vers Dieu. C’est un doux entretien, une sainte communication et une divine conversation de l’âme chrétienne avec son Dieu, là où elle Le considère et contemple dans Ses divines perfections, dans Ses mystères et dans Ses œuvres ; elle L’adore, Le bénit, L’aime, Le glorifie, se donne à Lui, s’humilie devant Lui en la vue de ses péchés et ingratitudes, Le prie de lui faire miséricorde, apprend à se rendre semblable à Lui en imitant Ses divines vertus et perfections, et enfin Lui demande toutes les choses dont elle a besoin pour Le servir et aimer.
C’est une participation de la vies des Anges et des Saints, de la vie de Jésus-Christ et de Sa Très Sainte Mère, et de la vie de Dieu même et des Trois Personnes divines.
Car la vie des Anges, des Saints, de Jésus-Christ et de Sa Très Sainte Mère n’est autre chose qu’un continuel exercice d’oraison et de contemplation, étant sans cesse occupée à contempler, glorifier et aimer Dieu, à Lui demander pour nous les choses qui nous sont nécessaires. Et la vie des Trois Personnes divines est perpétuellement occupée à Se contempler, glorifier et aimer les Unes les Autres, qui est ce qui se fait premièrement et principalement dans l’oraison.

C’est la parfaite félicité, le souverain bonheur et le vrai paradis de la terre. Car c’est par ce divin exercice que l’âme chrétienne est unie à son Dieu, qui est son centre, sa fin et son souverain bien. C’est là qu’elle Le possède et qu’elle est possédée de Lui. C’est là qu’elle Lui rend ses devoirs, ses hommages, ses adorations, ses amours, et qu’elle reçoit de Lui Ses lumières, Ses bénédictions, et mille témoignages de l’amour excessif qu’Il a pour elle. C’est là enfin que Dieu prend Ses délices en nous, selon cette Sienne parole : « Mes délices sont d’être avec les enfants des hommes » (Prov. VIII, 31), et qu’Il nous fait connaître par expérience que les vraies délices et les parfaits contentements sont en Dieu, et que cent, voire mille ans des faux plaisirs du monde ne valent pas un moment des véritables douceurs que Dieu fait goûter aux âmes qui mettent tout leur contentement à converser avec Lui par le moyen de la sainte oraison.

Enfin c’est l’action et l’occupation la plus digne, la plus noble, la plus relevée, la plus grande et importante en laquelle vous puissiez vous employer, puisque c’est l’emploi et l’occupation continuelle des Anges, des Saints, de la Très Sainte Vierge, de Jésus-Christ et de la Très Sainte Trinité, durant tous les espaces de l’éternité ; et puisque ce doit être pour jamais notre exercice perpétuel dans le ciel.
Voire même, c’est la vraie et la propre fonction de l’homme et du chrétien, puisque l’homme n’est créé que pour Dieu, pour être en société avec Lui et que le chrétien n’est sur la terre que pour y continuer ce que Jésus-Christ y a fait pendant qu’Il y a été.

C’est pourquoi je vous exhorte, autant qu’il m’est possible, et je vous conjure au nom de Dieu, puisque notre très aimable Jésus daigne prendre Ses délices d’être et de converser avec nous par le moyen de la sainte oraison, de ne pas Le priver de Son contentement, mais d’expérimenter combien est véritable ce que dit le Saint-Esprit, à savoir : « Qu’il n’y a point d’amertume en Sa conversation, ni d’ennui en sa compagnie, mais joie et réjouissance » (Sag. VIII, 16).
Regardez cette affaire comme la première, la principale, la plus nécessaire, la plus pressée et la plus importante de toutes vos affaires. »

Saint Jean Eudes,
in « Royaume de Jésus » 2ème partie § XI.

St-Esprit & Ste Bible

2022-16. « Grâces mystiques », « visions » et « apparitions » : devons-nous les désirer ?

nika

La transverbération de Sainte Thérèse - Le Bernin

Gian-Lorenzo Bernini, dit Le Bernin (1598-1680) :
La transverbération de Sainte Thérèse
(Rome, église Sainte-Marie de la Victoire)

frise

L’une des caractéristiques des périodes troublées – très spécialement lorsque les représentants de l’Eglise enseignante sont déficients, mal formés ou déviants, et que les bons conseillers spirituels font défaut -, est de voir se multiplier les annonces, publications et diffusions de messages présentés comme émanant de personnes favorisées de « grâces mystiques » ou d’ « apparitions ».
S’il peut parfois y en avoir d’authentiques, il arrive malheureusement bien plus fréquemment qu’il s’agisse de faux mystiques ou de fausses apparitions.

Les « grâces mystiques » (qu’il s’agisse d’apparitions, de locutions célestes, de visions, d’illuminations intérieures, de stigmates… etc.) existent, c’est indubitable : toute l’histoire de l’Eglise et la vie des saints en sont une démonstration.
Il y a déjà plusieurs années, nous avions publié dans les pages de ce blogue, un extrait de l’homélie prononcée par Monseigneur Pie, évêque de Poitiers et futur cardinal, le 3 juillet 1876, à l’occasion du couronnement solennel de la statue de Notre-Dame de Lourdes, traitant de ces sujets, homélie chaleureusement approuvée par le Bienheureux Pie IX, puisque c’est un résumé lumineux de la doctrine catholique traditionnelle (voir > ici).

En outre, ces phénomènes sont beaucoup moins rares que ne se l’imaginent nos contemporains, plus ou moins marqués par l’incrédulité et le rationalisme, mais ils demeurent néanmoins des phénomènes d’exception, qui doivent toujours être soumis au discernement d’au moins un conseiller spirituel éclairé et prudent, si ce n’est de plusieurs.
Puis, s’il s’agit d’en diffuser quelque chose, ce doit toujours être fait sous le contrôle des pasteurs de la Sainte Eglise et dans la plus grande réserve.

Quant à la personne qui penserait en être favorisée, elle doit toujours être extrêmement défiante envers elle-même et envers ce qu’il lui semble « recevoir ».
En effet, le démon, dont Saint Paul nous dit qu’il se déguise en ange de lumière (2 Cor. XI, 14), est tout-à-fait capable de provoquer des « apparitions », des « visions » ou des « locutions » intérieures présentant des caractères pouvant passer pour authentiques.
Que ne tenterait-il pas pour égarer les âmes ?

Lui, « menteur et père du mensonge » (Joan. VIII, 44), est même parfaitement capable de dire 100% de vérité, dans de prétendues apparitions ou phénomènes mystiques, pour pouvoir ensuite entraîner ne serait-ce qu’une seule âme dans l’illusion sur elle-même et dans une espèce d’autosatisfaction spirituelle néfaste.
Il est aussi capable de dire 99,99% de vérité pour faire gober 0,01% d’erreur.
Il peut même arriver que, ayant conservé les extraordinaires capacités de déduction et de compréhension de son intelligence angélique, il puisse énoncer des prédictions qui se réaliseront mais n’auront de « prophéties » que l’apparence…

Les faux mystiques sont innombrables – bien plus nombreux que les véritables, hélas ! – : il peut arriver que certains d’entre eux soient « de bonne foi », victimes d’illusions ; d’autres sont des affabulateurs pathologiques ou des personnes atteintes de troubles psychiatriques ; d’autres fois ce sont des manipulateurs en quête de notoriété ; d’autres enfin peuvent, en toute conscience et responsabilité, avoir partie liée au démon…
Tous les cas de figure sont envisageables.

Certains de ces faux mystiques peuvent abuser des théologiens et des hommes d’Eglise sagaces.
Ainsi lit-on dans la vie de Saint Jean de la Croix le cas d’une religieuse qui avait des « visions » et était favorisée de « grâces mystiques » dont tous les plus doctes théologiens de cette époque en Espagne avaient conclu à l’authenticité. Saint Jean de la Croix démontra que tout cela était illusions diaboliques et fausseté.

Un catholique, s’il est vraiment humble et spirituel, n’aspire pas à être favorisé de « grâces particulières » et de « phénomènes mystiques » : ce désir n’est habituellement pas le signe d’une bonne santé spirituelle !
Le désir d’avoir des apparitions, visions, locutions… etc. est bien souvent dû au fait que l’on se fait beaucoup d’illusions sur la qualité de sa propre vie spirituelle et sur ses propres vertus ; il témoigne en revanche d’un « complexe d’excellence » bien prononcé.
Il semble même qu’une âme qui penserait cela sous-entendrait qu’elle est convaincue que, considérant son « avancement » dans les voies de la perfection, le Bon Dieu lui serait redevable de grâces extraordinaires !!!

Un fidèle authentiquement humble et spirituel ne demandera pas ces « grâces particulières » et, s’il lui arrivait d’en éprouver quelqu’une, il devrait avant tout et par-dessus tout craindre d’être le jouet 1) de son imagination, 2) de sa sensibilité égarée, ou 3) des ruses du démon. Il lui faudrait alors recourir au plus tôt aux lumières d’un conseiller spirituel très bien formé, versé dans la connaissance de la théologie mystique, et par dessus tout prudent, voire prudentissime !

Un catholique véritablement humble et fidèle ne fera pas des « grâces mystiques » le critère selon lequel il pourrait juger lui-même de sa perfection spirituelle et de son avancement dans les voies de la vertu ; mais il sera de plus en plus persuadé que c’est dans l’aridité intérieure et la nuit de la foi, dans la sécheresse d’une espérance purement surnaturelle et dans l’absence des consolations sensibles, dans la pratique austère de la mortification de sa sensibilité, et dans l’observance quotidienne de la pénitence et des sacrifices, qu’il prouvera à Dieu qu’il L’aime en vérité, bien davantage que dans toutes les « impressions » sensibles, « consolations » et « joies » spirituelles qu’il pourrait ressentir dans la prière !

Ma petite expérience de plus de quarante années, soit comme formateur de jeunes religieux soit comme témoin direct de la vie interne de nombreuses communautés de type paroissial ou religieuses, m’a montré par de multiples exemples (qui peuvent arriver jusqu’à de dramatiques dénouements parfois), qu’en tout ce qui concerne le domaine des « apparitions » et des « phénomènes mystiques », il convient de s’en tenir strictement à ce que la Tradition nous fait connaître (par exemple dans les vies des saints) et que le Magistère authentique a reconnu comme digne de créance.
Ici plus encore qu’en tout autre domaine, il convient et s’impose de se méfier de toute « nouveauté ».

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.   

nika

2022-15. Comment sait-on que l’on aime Dieu ?

Mardi 8 février 2022,
Fête de Saint Jean de Matha, prêtre et confesseur,
co-fondateur de l’Ordre de la Sainte Trinité pour le rachat des chrétiens tombés au mains des païens mahométans.

Louis de Boullogne le jeune - l'amour divin représenté par un ange portant un cœur enflammé

Louis II de Boullogne, dit le jeune (1654-1733) :
l’amour divin représenté par un ange portant un cœur enflammé.

Sacré-Coeur

Il n’est pas rare que je sois interrogé de cette manière : « Comment puis-je savoir que j’aime Dieu ? » ou bien : « Comment fait-on pour aimer Dieu ? » ou encore – en période de doute ou d’inquiétude spirituelle – : « Vraiment, je ne suis pas sûr que j’aime Dieu. Il me semble que je n’éprouve rien pour Lui… »

C’est alors qu’il convient de rappeler, et de rappeler avec insistance, que l’amour pour Dieu n’est pas une affaire de sentiment (et encore moins de ressenti ou de sensation).
Comme j’aime souvent à le dire : le « senti » ment !
Nous atteignons Dieu par la foi, et la foi n’est ni une question de sensations et de sentiments, mais elle est l’adhésion à Dieu qui Se révèle. Elle n’est nullement affaire sensible, elle ne réside pas dans les sens, tout comme elle n’est pas du tout du domaine de la science ou de la compréhension intellectuelle.
Vertu théologale, elle est donnée au saint baptême : l’âme qui est en état de grâce a la foi, quels que soient par ailleurs ses tentations et ses états d’âme, quels que soient ses sentiments ou le ressenti qu’elle en a.

Il en est de même pour la vertu de charité, vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu pour le motif qu’Il est le bien suprême et la bonté souveraine, et notre prochain pour l’amour de Lui.
C’est ce que nous récitons tous les jours le matin en nous réveillant après les actes de foi et d’espérance (ou du moins que nous devrions réciter : si nous ne le faisons pas déjà, hâtons-nous de prendre l’habitude de le faire !) : « Mon Dieu, je Vous aime de tout mon cœur, et par-dessus toutes choses, parce que Vous êtes infiniment bon, infiniment aimable, et j’aime mon prochain comme moi-même pour l’amour de Vous ».
Dans cette courte prière tout est parfaitement exprimé.
Notre Mère la Sainte Eglise ne nous fait pas réciter des formules telles que : « Mon Dieu, je Vous aime parce que je le sens », ou bien : « Mon Dieu, je Vous aime parce que lorsque je pense à Vous j’ai le cœur qui palpite », ni : « Mon Dieu, je Vous aime parce que mon âme fond comme de la guimauve devant le feu quand je me tiens en Votre présence », ni aucune autre formule de teneur sentimentale ou sensible.
D’ailleurs combien de fois, dans le Saint Evangile, Notre-Seigneur nous a-t-Il demandé ou commandé de sentir ou de ressentir ?
Zéro fois !
En revanche, que demande-t-Il à ceux qui L’approchent et requièrent de Lui quelque grâce ?
« Crois-tu ? » – « Veux-tu ? »

L’amour est essentiellement un acte de la volonté.
Tu veux aimer ? Tu aimes.
Mais lorsque nous disons « vouloir » nous ne parlons pas de velléité ou de vague désir, ni de rêve ni d’aspiration romantique sentimentale.
Nous parlons d’une résolution ferme, d’un acte intérieur fort qui meut l’être profond et s’exprime par des engagements énergiques qui nous font adhérer totalement et sans réserve à Dieu et à Sa sainte volonté.
Voilà pourquoi aimer est un combat.
Voilà pourquoi aimer est une victoire qui ne s’obtient que de haute lutte, parce que notre nature, blessée par le péché originel et par les conséquences de tous nos péchés personnels, tend continûment à rechercher ses propres intérêts terrestres et immédiats plutôt que les biens spirituels et invisibles. C’est ce qu’a magistralement résumé notre Bienheureux Père Saint Augustin en décrivant les deux cités antagonistes : 
« Deux amours ont bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la cité céleste. »
Voilà aussi pourquoi, de notre côté, la quête de l’amour de Dieu, la tension intérieure vers l’amour de Dieu, la volonté d’aimer Dieu s’accompagnent inévitablement d’efforts et de sacrifices qui peuvent sembler douloureux, puisqu’ils vont s’opposer – à l’intérieur de nous-mêmes – à toutes ces habitudes d’égoïsme et de recherche de soi qui nous portent au péché.
Dans le chapitre VII de l’épître aux Romains, aux versets 14 à 25, Saint Paul a exprimé avec une poignante intensité dramatique la souffrance qui accompagne cette recherche d’une parfaite adhésion à la volonté de Dieu en laquelle consiste Son amour.

Le Bienheureux – bientôt canonisé – Charles de Jésus, dans la dernière lettre qu’il a écrite, le jour même de son assassinat (1er décembre 1916) a écrit ses lignes sublimes qui sont tout-à-la-fois bouleversantes et encourageantes :
« (…) Notre anéantissement est le moyen le plus puissant que nous ayons de nous unir à Jésus et de faire du bien aux âmes ; c’est ce que Saint Jean de la croix répète presque à chaque ligne. Quand on peut souffrir et aimer, on peut beaucoup, on peut le plus qu’on puisse en ce monde : on sent qu’on souffre, on ne sent pas toujours qu’on aime et c’est une grande souffrance de plus ! Mais on sait qu’on voudrait aimer, et vouloir aimer c’est aimer. On trouve qu’on n’aime pas assez ; comme c’est vrai : on n’aimera jamais assez ! Mais le Bon Dieu qui sait de quelle boue Il nous a pétris et qui nous aime bien plus qu’une mère ne peut aimer son enfant, nous a dit, Lui qui ne ment pas, qu’Il ne repousserait pas celui qui vient à Lui… »
Par le mot « anéantissement » utilisé par le saint ermite du Hoggar, entendez en définitive non une destruction masochiste de notre personne mais une adhésion si parfaite à Dieu que Celui-ci va prendre toute la place en nous et n’y laisser plus subsister rien de peccamineux, rien de nos tendances égoïstes, rien d’imparfait. 

Saint Jean, « le disciple que Jésus aimait » qui reposa sur le Cœur de Notre-Seigneur lors de Ses ultimes épanchements et perçut la suavité ineffable de Ses battements (cf. > ici), dans sa première épître, a laissé à toute l’Eglise – à tous les fidèles de tous les temps jusqu’à la consommation des siècles – un critère infaillible pour nous permettre de savoir si nous aimons vraiment Dieu : « Haec est enim caritas Dei, ut mandata ejus custodiamus (…) : en ceci consiste en effet l’amour de Dieu, que nous gardions Ses commandements » (1ère épître de St Jean V, 3).
Ce n’est pas plus compliqué en définitive : tu veux savoir si tu aimes Dieu ? Tu veux savoir quel est ton degré d’amour de Dieu ? Eh bien regarde de quelle manière tu obéis à Ses commandements – à TOUS Ses commandements ! -, et avec quelles dispositions intérieures tu te plies à Ses préceptes…

« En ceci consiste l’amour de Dieu, que nous gardions Ses commandements ».
Aimer Dieu ne consiste pas à éprouver des sentiments et à avoir le cœur dégoulinant de douces sensations, mais à Lui obéir entièrement, sans retenue et sans marchandage comme le feraient des acheteurs de tapis dans un souk.
Lui obéir quoi qu’il nous en coûte et quelles que soient les conséquences humaines – mondaines ou de pénibilité personnelle – que nous en devions subir !

Ce n’est pas très « glamour », j’en conviens, mais c’est le seul critère certain et infaillible.
LE critère qui ne trompe pas et qu’il nous est facile de mettre en application pour nous livrer à une honnête vérification.

Certes, il ne faut pas raisonner de manière binaire : tout n’est pas toujours tout noir ou tout blanc.
Une faute de fragilité contre un commandement de Dieu n’est pas le signe que nous n’aimons absolument pas Dieu. Elle est le signe que notre amour est encore imparfait, et qu’il nous est nécessaire de travailler, de faire des efforts et de combattre pour que notre amour imparfait croisse et se purifie.
En revanche, la transgression pleinement libre, responsable et volontaire d’un précepte divin est le signe révélateur que nous n’avons pas un amour véritable de Dieu.

Car lorsqu’on prétend aimer Dieu, lorsqu’on tend à aimer Dieu, on n’opère pas de tri dans Ses commandements, on ne se compose pas un menu conforme à ses propres goûts comme dans un self-service en passant devant les diverses propositions du jour : « Ceci je vais le prendre, mais cela je vais le laisser… »
Les commandements de Dieu ne sont pas facultatifs, ils ne constituent pas des articles laissés à notre appréciation personnelle, à notre approbation ou à notre libre choix : ils s’imposent, et ils s’imposent à tous !
A tous les hommes !
Et je précise que les femmes sont des hommes comme les autres, et que les prêtres et religieux également sont des hommes comme les autres en face des commandements, et qu’ils ne jouissent pas de dérogation ou de dispense. Cela me semble aller sans dire, mais peut-être est-ce mieux en le disant…

Ainsi, pour mémoire, lorsqu’on veut aimer Dieu :
- L’adoration exclusive du seul vrai Dieu n’est pas facultative ;
- Le respect dû à Son saint nom n’est pas facultatif ;
- La sanctification du dimanche n’est pas facultative ;
- Le respect de ses parents et le juste amour de sa patrie ne sont pas facultatifs ;
- L’interdiction du mensonge, de la médisance et de la calomnie n’est pas facultative ;
- L’interdiction de la convoitise du bien d’autrui (et même par exemple, au sein du clergé, l’envie de telle cure ou de telle situation canonique accordées à autrui) et de la jalousie n’est pas facultative ;
- L’interdiction de la mise à mort d’autrui (hors le cas de légitime défense) n’est pas facultative [précisons que le 5ème commandement défend aussi de mettre autrui à mort dans sa réputation et dans son honneur, pas uniquement physiquement] ;
- L’interdiction de l’adultère n’est pas facultative ;
- L’interdiction de TOUS les actes sexuels en dehors du mariage et des finalités du mariage n’est pas facultative…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

« Haec est enim caritas Dei, ut mandata ejus custodiamus ! »

Sacré-Coeur

2022-13. Les deux actes officiels par lesquels le Bienheureux Pie IX a proclamé Saint François de Sales Docteur de l’Eglise.

29 janvier,
Fête de Saint François de Sales, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

St François de Sales - basilique d'Ottobeuren

Saint François de Sales
(statue dans la basilique abbatiale d’Ottobeuren, en Bavière)

L’année 2022 est une année jubilaire pour l’Ordre de la Visitation et pour le diocèse d’Annecy, parce qu’elle est l’année du quatrième centenaire de la mort de Saint François de Sales, survenue à Lyon le 28 décembre 1622.
Elle est, en outre, le cent-quarante-cinquième anniversaire de sa proclamation comme docteur de l’Eglise, par le Bienheureux Pie IX.

Pour être exact, il faudrait parler d’une double proclamation, puisque en 1877 ce ne fut pas par un unique acte officiel du Saint-Siège que Saint François de Sales fut élevé au rang de Docteur, mais par deux !
En effet, le 19 juillet 1877, par mandat de Sa Sainteté le Pape Pie IX, le cardinal préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, publia un décret octroyant à Saint François de Sales le titre de Docteur de l’Eglise. C’était en soi un document magistériel suffisant, toutefois, de divers côtés des voix s’élevèrent pour demander au Souverain Pontife une déclaration plus solennelle de ce Doctorat ; voilà pourquoi, en suite de ces instances, le Bienheureux Pie IX consentit à promulguer un « Bref », c’est-à-dire une Lettre Apostolique qui n’est plus seulement un décret mais un document revêtu d’une autorité plus grande : c’est le Bref « Dives in misericordia Deus »  du 16 novembre 1877.

Cette double proclamation n’est pas ordinaire, il faut bien le reconnaître, mais nous ne nous en plaindrons pas : après tout, Saint François de Sales le vaut bien !
Permettez-moi donc de vous faire connaître ces deux documents qui, tout en présentant la vie et l’œuvre du saint Prince-évêque de Genève en exil à Annecy, mettent en relief la suréminence de sa doctrine et nous fournissent donc toutes les plus belles raisons et encouragement pour nous plonger et replonger avec assiduité dans la lecture de ses textes.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Armoiries de Pie IX

Décret de Sa Sainteté Pie IX
déclarant
Saint François de Sales Docteur de l’Eglise

- 19 juillet 1877 -

Urbis et Orbis

Quel éclat devaient donner à l’Eglise et quels avantages devaient procurer aux fidèles non seulement le zèle apostolique, les vertus exemplaires et l’admirable douceur de saint François de Sales, mais encore sa science et ses écrits pleins d’une doctrine céleste, Clément VIII, d’heureuse mémoire paraît l’avoir annoncé d’avance. Témoin des preuves de science ecclésiastique qu’avait données François de Sales dans l’examen qui précédait sa promotion à l’épiscopat, ce pontife employa pour la féliciter ces paroles des Proverbes :  » Allez mon fils, buvez de l’eau de votre citerne, et faites-la couler avec abondance dans les campagnes et sur les places publiques. «   Assurément Dieu avait accordé à François de Sales l’intelligence de sa parole. Pour attirer les hommes à l’observation des préceptes évangéliques, le Christ avait dit:   » Mon joug est doux et mon fardeau léger.  » Parole divine que saint François de Sales de toute l’ardeur de sa charité et de toute la puissance de son éloquence s’est efforcé de réaliser parmi les hommes, en montrant dans ses différents écrits le chemin de la perfection ouvert et facile aux fidèles de toute condition. La douceur de son style et l’onction de sa charité ont produit des fruits de piété abondants dans toute la société chrétienne. Son livre à Philothée, ses lettres spirituelles et son incomparable Traité de l’Amour de Dieu se trouvent dans toutes les mains et sont lus avec immense avantage.

Ce n’est  pas seulement dans la théologie mystique que brille la doctrine de saint  François  de Sales, mais encore dans l’explication claire et précise de plusieurs passages obscurs de l’Écriture sainte ; ainsi qu’on le voit dans le commentaire du Cantique des Cantiques et selon le sujet, dans ses discours et ses sermons. Ce qui lui a mérité l’éloge d’avoir ramené l’éloquence sacrée à son antique splendeur et fait revivre l’exemple des saints Pères.

Un grand nombre d’homélies, de traités, de dissertations et de lettres du saint évêque de   Genève, révèlent sa remarquable connaissance des dogmes catholiques et son habileté invincible dans l’art de combattre les erreurs calvinistes. La multitude des hérétiques qu’il a ramenés dans le sein de l’Église catholique, par ses écrits et ses discours, le prouve surabondamment. Dans le Livre des Controverses se manifestent clairement la science théologique du saint Évêque, l’art de sa méthode, la force invincible de son raisonnement, soit dans la réfutation des hérésies, soit  dans la démonstration des vérités catholiques et surtout dans l’affirmation de l’autorité du Pontife romain, de la primauté de sa juridiction et de son infaillibilité. Il a soutenu ces prérogatives avec tant d’exactitude et d’érudition qu’on peut dire sans crainte qu’il a comme préparé les définitions du concile du Vatican.

C’est pour cela que les évêques et les cardinaux, dans leurs suppliques formulées en assemblée consistoriale pour la canonisation de l’évêque de Genève, ont exalté non seulement la sainteté de sa vie, mais principalement l’excellence de sa doctrine.  » François de Sales, ont-ils dit, est vraiment le sel évangélique destiné à purifier la terre des erreurs calvinistes ; il est la lumière qui a éclairé des splendeurs de la vérité, les malheureux plongés dans les ténèbres de l’hérésie.  » Et ils lui ont appliqué cet oracle du divin Maître :  » Celui qui aura ainsi instruit les hommes sera appelé grand dans le royaume des cieux. « 

Bien plus, Alexandre VII lui-même n’a pas craint de proclamer saint François de Sales, à cause de la sûreté de sa doctrine, l’antidote et le préservatif des erreurs de son temps ; il faut rendre grâce à Dieu, ajouta-t-il, d’avoir donné un nouvel intercesseur à son Église, et un flambeau pour la conversion des hérétiques et des pécheurs ; car marchant sur les traces des saints Pères,  l’évêque de Genève a particulièrement  travaillé à conserver l’intégrité de la religion catholique, en réformant les mœurs, en confondant les faussetés des sectaires et en ramenant au bercail les brebis égarés. Le même souverain Pontife a confirmé cet éloge public dans une lettre particulière aux religieuses de la Visitation d’Annecy   :  » C’est vraiment une lumière salutaire que saint François de Sales, par ses vertus et sa sagesse, a répandue dans l’univers.  » A l’autorité de ce souverain Pontife est venue s’ajouter celle de son successeur Clément IX, qui a approuvé la récitation de cette antienne :  » Le Seigneur a rempli saint François de son esprit d’intelligence et  il a répandu l’abondance de sa doctrine sur le peuple de Dieu. « 

Benoît XIV a confirmé le jugement de ses prédécesseurs, en s’appuyant souvent sur l’autorité de saint François de Sales, pour résoudre les questions difficiles et en l’appelant pasteur de grande sagesse, dans sa constitution : Pastoralis curae.

Cette parole de l’Ecclésiastique s’est donc accomplie en saint François de Sales : « Plusieurs loueront sa sagesse, qui durera jusqu’à la fin des siècles ; sa mémoire ne périra pas et son nom sera proclamé de génération en génération. Les peuples célébreront sa sagesse et l’Église redira ses louanges.  » C’est pourquoi les Pères du concile du Vatican ont présenté des supplications pressantes et unanimes au souverain Pontife Pie IX, pour le prier d’honorer saint François de Sales du titre de docteur. Ces demandes ont été réitérées par les éminentissimes cardinaux de la sainte Église romaine, par plusieurs évêques des différents points de l’univers, par de nombreux chapitres de chanoines, par des docteurs d’universités et autres académies scientifiques ; auxquels se sont unis, dans l’expression des mêmes voeux, des princes, des grands et une immense multitude de fidèles.

Sa Sainteté Pie IX, accueillant avec bienveillance de si nombreuses et de si imposantes supplications, a confié l’examen de cette grave affaire à la sacrée congrégation des Rites. Dans les réunions ordinaires tenues au Vatican, les cardinaux de la sacrée congrégation des Rites, après avoir entendu la relation du cardinal Louis Bilio, évêque du titre de Sainte-Sabine, préfet de cette congrégation et introducteur de la cause, et après avoir mûrement examiné les objections du P. Laurent Salvati, promoteur de la foi et les réponses du défenseur de la cause, après une discussion approfondie, décidèrent ce rescrit d’une voie unanime :  » Demande d’approbation au Saint Père, pour la déclaration et l’extension à l’Église universelle du titre de docteur en l’honneur de saint  François de Sales, avec office et messe du commun   des docteurs Pontifes, en conservant l’oraison propre et les leçons du second nocturne. « Le 7 juillet 1877.

Notre Saint Père le Pape Pie IX, ayant entendu le fidèle récit du secrétaire soussigné de la sacrée congrégation des Rites, Sa Sainteté a approuvé et confirmé le rescrit de la sacrée congrégation et a ordonné d’en expédier le décret général urbis et orbis. Le 19 juillet de la même année.

Card. Louis Bilio, évêque du titre de Sainte Sabine,
Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites.

                                                                                              Placide Ralli, Secrétaire de la S.R.C.,

St François de Sales image avec oraison

Bref de Sa Sainteté Pie IX « Dives in misericordia Deus »
proclamant le
Doctorat de Saint François de Sales

- 16 novembre 1877 -

Pie IX, Pape,

Pour en perpétuer la mémoire

Dieu, qui est riche en miséricorde, et dont l’assistance ne fit jamais défaut à son Église qui combat en, ce monde, ne manque pas de lui envoyer des secours sagement appropriés aux diverses vicissitudes des temps et des choses : c’est ainsi que, lorsqu’au XVI » siècle, il visitait les nations chrétiennes avec la verge de sa colère, et qu’il permettait que plusieurs provinces de l’Europe fussent ensevelies dans les ténèbres d’hérésies qui étendaient au loin leurs ravages, ne voulant pas rejeter son peuple, il suscita providentiellement une nouvelle constellation de Saints, dont le vif éclat devait éclairer les enfants de l’Église, les affermir dans la vérité, et, par les voies de la douceur, ramener les prévaricateurs eux- mêmes à son amour. Du nombre de ces hommes très illustres fut François de Sales, évêque de Genève, modèle d’une admirable sainteté et maître dans l’art d’enseigner la vérité et la piété ; non seulement par sa parole, mais encore par ses écrits immortels, il terrassa le monstre de l’erreur envahissante, vengea la foi, réprima le vice, réforma les moeurs et montra le chemin du ciel accessible à tous. L’éminence de sa sagesse fait qu’on peut dire de lui ce que Notre Prédécesseur Boniface VIII, de sainte mémoire (Cap. Un. de rel. et ven. SSrurn. in 6.), disait des anciens et principaux Docteurs de l’Église, lesquels  » ont éclairé l’Église par leurs salutaires enseignements, l’ont honorée par leurs vertus et édifiée par leurs exemples ;  » il nous les représente encore  » comme des flambeaux lumineux et ardents, qui, placés sur le candélabre dans la maison de Dieu, chassent les ténèbres des erreurs, et, semblables à l’astre du matin, illuminent de leurs rayons tout le corps de l’Église ; ils dévoilent les secrets des Écritures ; leurs discours, où la profondeur s’unit à la magnificence, sont comme des perles brillantes dont l’éclat rayonne sur l’édifice même de l’Église «  Or, qu’un tel éloge ait été mérité par l’Évêque de Genève, la grande renommée qu’il eut de son vivant et qui ne fit que grandir après sa mort, l’attesta, et l’excellence toute particulière des écrits qu’il a laissés le démontre d’une manière péremptoire.

En effet, que la science de François, fût tenue en grande estime pendant sa vie, on peut le conclure de ce que, parmi tant de vaillants champions de la vérité catholique qui florissaient à cette époque, l’Évêque de Genève fut le seul que choisit notre Prédécesseur Clément VIII de sainte mémoire, pour aller trouver Théodore de Bèze, soutien, très ardent des erreurs pestilentielles de Calvin et seul à seul conférer avec lui, afin que le retour de cette brebis au bercail de Jésus-Christ servît à en ramener beaucoup d’autres. François, au péril même de sa vie, s’acquitta si bien de cette mission .que ce sectaire, justement convaincu d’erreur, confessa la vérité, bien que, par un secret jugement de Dieu, ses dispositions criminelles l’aient rendu indigne de rentrer dans le sein de l’Église. Ce qui ne prouve pas moins l’estime dont jouissait le saint Évêque, c’est qu’au temps où le célèbre débat  » de Auxiliis «  s’agitait à Rome, Paul V, Notre Prédécesseur, de sainte mémoire, fit demander sur ce point l’avis du saint Prélat, dont il adopta les vues en imposant silence aux deux partis, et en décidant qu’il fallait laisser s’assoupir une dispute longtemps et vivement débattue sur un sujet très subtil et plein de danger. Bien plus, si l’on considère les lettres qu’il écrivit à un grand nombre de personnes, tout le monde se convaincra qu’à l’exemple de ce qui se pratiquait à l’égard des anciens Pères de l’Église les plus distingués, François était souvent et de divers côtés consulté en ce qui concerne l’exposition et la défense de la foi catholique, la solution à donner aux questions qui s’y rapportent, et la manière de mener une vie conforme aux principes du christianisme; les nombreux développements qu’il donna à divers sujets, la science qu’il y, déploya lui donnèrent un tel crédit auprès des Pontifes Romains, auprès des princes, des magistrats et des prêtres ses coopérateurs dans le saint ministère, que par ses soins, ses exhortations, ses avis, des déterminations furent souvent prises pour l’extinction de l’hérésie en divers pays, le rétablissement du culte catholique et l’accroissement de la religion. Cette opinion que l’on avait de l’excellence de sa doctrine, non seulement ne diminua pas après sa mort, mais encore s’accrut de beaucoup : d’illustres personnages de tout ordre et les Souverains Pontifes eux-mêmes ont prodigué les plus grands éloges à l’éminence de son savoir.

C’est ainsi qu’Alexandre VII, de sainte mémoire, dans la Bulle de Canonisation (en date. du XIII des Calendes de mai 1665), proclama François de Sales, comme un homme célèbre par la doctrine, admirable par la sainteté, qui, à son époque, fut un antidote contre le poison des hérésies et une barrière opposée à l’erreur ; il ajoute que les instructions contenues dans ses écrits ont arrosé de leurs eaux fécondes les cœurs des gens du peuple et des hommes les plus distingués, et ont produit une moisson abondant de vie évangélique. Ce témoignage est en tout conforme à ces paroles de l’Allocution consistoriale prononcée par le même Pape avant la Canonisation :  » François de Sales, dit-il, en instruisant tous les hommes soit par la parole d’un salutaire enseignement, soit par l’ exemple d’une vie innocente,  » a puissamment contribué au bien de l’Église, et il se survit à lui-même en grande partie  » dans les avis et les leçons de doctrine évangélique que renferment ses livres maintenant lus avec assiduité par les fidèles.  » Des sentiments analogues se trouvent exprimés dans la lettre qu’il adressa aux Religieuses de la Visitation du Monastère d’Annecy, en date du V des Calendes d’août 1666 ; il y témoigne que la vertu et la sagesse de François de Sales  » ont brillé au loin dans l’univers catholique tout entier,  » qu’il a été lui-même saisi d’admiration devant l’excellence de ses mérites et le caractère vraiment divin do sa doctrine, «  qu’il l’a spécialement choisi pour le modèle de sa vie et qu’il le suit comme un maître. « Clément IX, Notre Prédécesseur, de sainte mémoire, avait en si haute estime cet enseignement, qu’avant d’être Pape il affirma que François de Sales « avait, par ses précieux ouvrages, créé comme un arsenal de piété au profit des âmes; « et, après son exaltation au Pontificat, il approuva en son honneur l’antienne suivante : « François de Sales a été rempli par le Seigneur de l’Esprit d’intelligence, et il a versé les flots de la doctrine au peuple de Dieu. « 

Unissant sa voix à celle de ses prédécesseurs, Benoît XIV, de sainte mémoire, ne craignit pas d’affirmer que les ouvrages de l’Évêque de Genève furent écrits avec une science divinement acquise ; il s’appuya sur son autorité dans la solution de questions difficiles et l’appela  » un très sage directeur des âmes.  » (Const. Pastoralis curae, 5 août 1141.) Aussi ne faut-il nullement s’étonner que, jusqu’à notre époque, bon nombre d’hommes qui s’illustrèrent par leur génie et leur savoir, des docteurs d’académies, des orateurs de premier ordre, des jurisconsultes, des théologiens distingués et des princes mêmes, aient proclamé François de Sales comme un homme vraiment grand et très docte, que plusieurs l’aient suivi comme un maître et aient fait à ses ouvrages de nombreux emprunts pour les transporter dans leurs propres écrits.

Or, cette persuasion générale relativement au savoir de François de Sales, procède de la qualité même de sa doctrine, s’alliant en lui au plus haut degré de la sainteté, cette doctrine est tellement suréminente qu’elle est en tout digne d’un Docteur de l’Église, et qu’elle semble appeler celui qui l’a possédée à prendre place parmi les maîtres les plus distingués, dont le Christ notre Seigneur a pourvu son épouse, En effet, quoique les saints Docteurs qui illustrèrent les premiers siècles de l’Église se recommandent par leur ancienneté même, et que l’usage de la langue latine ou grecque dans laquelle ils écrivirent ajoute encore à leur illustration, cependant (comme déjà Nous l’avons indiqué), ce qu’il y a de principal et de vraiment essentiel dans le magistère qu’exerce un Docteur, c’est que ses écrits contiennent une doctrine non commune, une doctrine céleste, qui brille par l’abondance et la variété des arguments, illuminant ainsi tout le corps de l’Église de nouvelles clartés et devenant pour les fidèles une cause de salut. Or, ces éloges conviennent parfaitement aux ouvrages de l’Évêque de Genève. Que l’on considère en effet ce qu’il a écrit, soit sur des sujets ascétiques, afin de montrer au chrétien le chemin de la sainteté et de la dévotion, soit sur des controverses, dans le but de défendre la foi et de réfuter les hérétiques, soit sur la manière d’annoncer la parole de Dieu, il deviendra évident pour tous de quel bien ce grand Saint a été l’instrument pour le peuple catholique.

Et, en vérité les douze livres dont se compose le magnifique et incomparable Traité de l’Amour de Dieu, réunissent le mérite de la science, de la précision et de la clarté et il n’est aucun lecteur qui n’admire le charme que l’auteur a su y répandre. Mais c’est surtout dans un autre ouvrage intitulé Philothée, qu’il a dépeint la vertu sous de vives couleurs redressant les voies tortueuses, aplanissant les chemins raboteux, il y enseigne à tous les fidèles une route aisée pour tendre à la vertu ; mettant ainsi la dévotion dans son plein jour, il lui fait trouver accès jusque dans les palais des rois, sous les tentes des généraux, dans le prétoire des juges, dans les comptoirs, dans l’atelier de l’artisan et jusque dans l’humble village du berger. Dans ces écrits, en effet, il déduit des enseignements divins les principes les plus relevés de la science des saints; et il les explique si bien, que l’on a pu regarder comme son privilège spécial et vraiment bien remarquable d’avoir su, avec tant de sagesse et de douceur, adapter cette science à toutes les conditions des fidèles.

Viennent ensuite ses Traités sur divers sujets de spiritualité, ainsi que les Constitutions admirables de sagesse, de discrétion et de suavité qu’il donna aux Religieuses de l’Ordre de la Visitation de Sainte Marie, dont il fut le fondateur. Une riche moisson de préceptes ascétiques se trouve également dans les lettres qu’il adressa à un grand nombre de personnes ; une chose extrêmement digne de remarque, c’est que, plein de l’Esprit de Dieu et formé sur le modèle de l’auteur même de la suavité, il a, dans ces lettres, déposé comme en germe les principes de la dévotion envers le très Sacré Cœur de Jésus, dévotion qui, dans les temps malheureux que nous traversons, s’est merveilleusement propagée au grand profit de la piété, ainsi que Nous aimons à le constater dans la vive allégresse de Notre âme. Il est à noter que dans ces ouvrages et spécialement dans l’interprétation du Cantique des Cantiques, le saint Évêque explique plusieurs énigmes des Écritures concernant des sens moraux et anagogiques, résout les difficultés, apporte un nouveau jour aux passages obscurs, d’où l’on peut inférer que Dieu, en faisant couler jusqu’à lui les célestes influences de sa grâce, lui a ouvert l’esprit, afin qu’il comprît les Écritures et les rendit accessibles aux savants et aux ignorants.

Le même talent qu’il déploya dans les sujets ascétiques se retrouve à un degré non moindre dans les ouvrages qu’il écrivit pour vaincre l’obstination des hérétiques de son temps et affermir les catholiques dans leurs croyances, comme, en témoignent le livre des Controverses, qui contient une démonstration complète de la foi catholique, divers autres traités et discours sur les vérités de la foi et enfin l’Étendard de la Croix ; dans tous ces ouvrages, l’auteur combattit si vaillamment pour la cause de l’Église, qu’il ramena dans son sein une innombrable multitude d’hommes égarés, et qu’il rendit tout entière à la foi la Province considérable du Chablais. Surtout il défendit l’autorité de ce Siège Apostolique et du Pontife Romain, successeur du bienheureux Pierre ; il montre avec tant d’évidence la nature et les privilèges de cette Primauté, qu’il préluda heureusement aux définitions du Concile Œcuménique du Vatican. Certainement, ce qu’il dit de l’infaillibilité du Pontife Romain, dans le quarantième discours de ses Controverses, dont l’autographe a été découvert pendant que le Concile s’occupait de ce sujet, est tellement remarquable, qu’il n’en a pas fallu davantage pour amener, comme par la main, quelques Pères encore hésitants sur ce point à se prononcer en faveur de la définition de ce dogme.

Ce fut cet amour si ardent qu’il avait pour l’église et ce zèle qu’il mettait à la défendre qui inspirèrent au saint Prélat la méthode qu’il suivît dans l’exposition de la parole de Dieu, soit qu’il eût à enseigner les éléments de la foi au peuple chrétien, soit qu’il eût à tracer des règles de conduite aux personnes plus éclairées, soit enfin qu’il eût à conduire les fidèles, quels qu’ils fussent, jusqu’au faîte de la perfection. Et, en effet, comme il se reconnaissait redevable aux savants et aux ignorants, il se fit tout à tous, et ainsi il eut soin de parler le langage de la simplicité en instruisant les simples et les villageois, tandis que parmi les sages il fit entendre le langage de la sagesse. Il donna sur ce sujet des règles pleines de justesse : grâce à son influence, la dignité de l’éloquence sacrée, déchue par le malheur des temps, retrouva son antique splendeur, en se formant sur le modèle des Saints Pères ; de cette école sortirent ces grands orateurs dont l’éloquence apporta à l’Église entière les fruits les plus abondants. Aussi fut-il universellement regardé comme le restaurateur de l’éloquence sacrée et un maître en cette matière.

Enfin, sa céleste doctrine, comme un fleuve d’eau vive, a arrosé le champ de l’Église, et s’est répandue pour le salut du peuple de Dieu en produisant des fruits si abondants qu’ils semblent avoir parfaitement vérifié les paroles quasi prophétiques que Notre Prédécesseur Clément VIII, de sainte mémoire, avait adressées à François de Sales : à l’époque de sa promotion à la dignité épiscopale, en lui appliquant ce texte des Proverbes : « Va, mon fils, bois de l’eau de ta citerne et des flots de ton puits ; fais déborder au-dehors tes fontaines, et distribue aux places publiques les eaux qui t’appartiennent. « Les fidèles, en puisant avec joie à ces eaux de salut, admirèrent la science éminente de l’Évêque de Genève, et jusqu’à notre époque, ils n’ont cessé de l’estimer digne, de prendre rang parmi les maîtres qui font autorité dans l’Église.

Or, ces motifs déterminèrent un grand nombre de Pères du Concile du Vatican à s’adresser à Nous d’une commune voix et par d’instantes supplications afin qu’il Nous plût d’honorer saint François de Sales du titre de Docteur. Ces vœux furent réitérés par des Cardinaux de la sainte Église Romaine, et par de nombreux Évêques du monde entier ; plusieurs chapitres de chanoines, des docteurs des grandes écoles, des académies, d’augustes princes, de nobles seigneurs et une immense multitude de fidèles joignirent aussi leurs supplications dans ce même but. Nous donc, accueillant avec joie des prières si multipliées et si illustres et disposé à les seconder, Nous avons, selon l’usage, renvoyé l’examen de cette très importante affaire à la Congrégation de Nos Vénérables Frères les Cardinaux de la sainte Église romaine, préposés à la garde des Rites Sacrés. Or, la dite Congrégation de Nos Vénérables Frères, dans la réunion ordinaire tenue en Notre palais du Vatican le 7 juillet de la présente année, après avoir entendu le rapport de Notre Vénérable Frère le Cardinal Louis Bilio, évêque de Sabine, alors Préfet de cette Sacrée Congrégation et Ponent de la cause, et avoir mûrement pesé les objections de Laurent Salvati, Promoteur de la sainte foi, et les réponses du Défenseur de la cause, après un examen approfondi, a jugé à l’unanimité devoir faire cette réponse : « Il y a lieu de recourir au Saint Père pour la concession, soit la déclaration et l’extension à l’Église universelle du titre de Docteur en l’honneur de Saint François de Sales, avec l’office et la Messe du commun des Docteurs Pontifes, en conservant l’oraison propre et les leçons du second nocturne. »

Nous avons approuvé ce rescrit, en faisant publier le Décret général Urbis et Orbis, du 19 juillet de cette même année. Puis de nouvelles instances s’étant produites pour qu’une addition fût faite soit au Martyrologe Romain, soit à la sixième leçon au jour de la fête de Saint François de Sales, et pour que toutes les concessions faites en cette matière fussent confirmées par Nos Lettres Apostoliques en forme de Bref, la même Congrégation de Nos Vénérables Frères les Cardinaux de la Sainte Église Romaine, dans la réunion ordinaire tenue le 15 septembre de la même année, répondit favorablement, ajoutant « qu’il y avait lieu de supplier le Saint Père pour l’expédition du Bref. » Or, on a été d’avis qu’à l’éloge du Martyrologe Romain, après les mots : »fut transféré à Annecy, » on ajouterait ces autres : « Pie IX, de l’avis de la Congrégation des Sacrés Rites, l’a déclaré Docteur de l’Église universelle, « et que, de même à la sixième leçon, après les mots. « le vingt-neuf de janvier, « il fallait ajouter ce qui suit : « et le Souverain Pontife Pie IX, de l’avis de la Congrégation des Sacrés Rites, l’a déclaré Docteur de l’Église universelle. « Ce rescrit de la dite Congrégation, Nous l’avons ratifié et confirmé le 20 septembre de cette même année, et nous avons ordonné que des Lettres Apostoliques fussent expédiées, sanctionnant toutes les concessions faites en cette matière.

Cela étant, condescendant aux vœux des susdits Cardinaux de la Sainte Église Romaine, des Évêques, des Chapitres, des Académies et des fidèles, de l’avis de la Congrégation ci-dessus mentionnée de Nos Vénérables Frères les Cardinaux de la Sainte Église Romaine dont la charge est de connaître des Rites sacrés, de Notre autorité Apostolique, par la teneur des présentes, Nous confirmons le titre de Docteur en l’honneur de Saint François de Sales, Évêque de Genève et fondateur de l’Ordre des Religieuses de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie, ou encore, en tant que besoin serait, Nous le lui décernons et accordons de nouveau, voulant que dans l’Église catholique tout entière il soit toujours regardé comme Docteur, et que chaque année au jour de sa fête, le Clergé, tant régulier que séculier, se conforme en ce qui concerne l’office et la Messe au décret précité de la Congrégation des Sacrés Rites. Nous décrétons en outre que les livres, commentaires et ouvrages quelconques de ce même Docteur soient, comme ceux des autres Docteurs de l’Église, cités, allégués, et qu’il en soit fait usage selon les besoins de Gymnases, Académies, écoles, collèges, leçons, controverses, la cause, non seulement en particulier, mais encore en public dans les interprétations, discours, et autres études ecclésiastiques et exercices de la vie chrétienne. Et afin d’exciter davantage la piété des fidèles à bien célébrer la fête de ce Docteur et à implorer sa protection, confiant en la miséricorde de Dieu Tout Puissant et en l’autorité des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, Nous accordons miséricordieusement dans le Seigneur l’indulgence plénière, et la rémission de tous leurs péchés, à tous les chrétiens de l’un et de l’autre sexe et à chacun d’eux en particulier, pourvu qu’au jour de la fête de ce saint Docteur ou un des sept jours qui la suivent immédiatement, au choix de chaque fidèle, étant vraiment contrits, s’étant confessés et ayant reçu la très sainte Eucharistie, ils visitent dévotement une Église quelconque de l’Ordre des Religieuses de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie, et que là ils adressent à Dieu de pieuses prières pour la concorde des princes chrétiens, l’extirpation des hérésies, la conversion des pécheurs et l’exaltation de notre sainte Mère l’Église.

C’est pourquoi Nous ordonnons par les présentes à tous Nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, Évêques, et à Nos chers fils les Prélats des autres Églises, établis dans le monde entier, de publier solennellement dans leurs provinces, cités, églises et diocèses, ce que Nous avons statué plus haut, et de le faire partout observer inviolablement et à perpétuité par toutes les personnes ecclésiastiques et séculières, ainsi que par les religieux de quelque ordre qu’ils soient. Nous prescrivons et mandons ces choses, nonobstant les constitutions et ordonnances générales et spéciales émanant soit directement de ce Siège Apostolique, soit des Conciles Œcuméniques, provinciaux et synodaux, nonobstant enfin toutes dispositions contraires, de quelque nature qu’elles soient. Nous voulons que les copies de ces Lettres, ou même les exemplaires qui en seraient imprimés, s’ils sont contresignés par un notaire public et munis du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, obtiennent foi auprès de tous de la même manière absolument que feraient les présentes Lettres elles-mêmes, si elles étaient exhibées ou montrées.

Donné à Rome, près Saint Pierre, sous l’anneau du Pêcheur, le 16 novembre 1877,
de Notre Pontificat la trente-deuxième année.

F. Card. Asquini.

Saint François de Sales docteur de l'Eglise

2022-11. La vie de Saint Jean Chrysostome présentée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

27 janvier,
Fête de Saint Jean Chrysostome, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

En 2007, nous avons commémoré le seizième centenaire de la mort de Saint Jean Chrysostome (+ 14 septembre 407). En septembre de cette année-là donc, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a consacré deux catéchèses des audiences générales à la présentation de cet incomparable Père et Docteur, figure de tout premier plan, malheureusement si mal connu en Occident et si peu lu des prédicateurs et des fidèles.
A l’occasion de la fête de Saint Jean Chrysostome (fête célébrée dans le calendrier romain traditionnel le 27 janvier parce que c’est le jour auquel ses reliques ont été rapportées à Constantinople), il n’est donc pas inutile ou superflu de lire ou de relire ces deux enseignements.

Saint Jean Chrysostome - musée du Vatican

Saint Jean Chrysostome (musées du Vatican)

Audience générale du mercredi 19 septembre 2007 :
 

Chers frères et sœurs !

On célèbre cette année le seizième centenaire de la mort de saint Jean Chrysostome (407-2007).
Jean d’Antioche, appelé Chrysostome, c’est-à-dire « Bouche d’or » en raison de son éloquence, peut se dire encore vivant aujourd’hui, également en raison de ses œuvres. Un copiste anonyme écrivit que celles-ci « traversent le monde entier comme des éclairs foudroyants ». Ses écrits nous permettent également, ainsi qu’aux fidèles de son temps, qui furent à plusieurs reprises privés de sa présence en raison de ses exils, de vivre avec ses livres, malgré son absence. C’est ce qu’il suggérait lui-même dans l’une de ses lettres (cf. A Olympiade, Lettre 8, 45).

Né autour de 349 à Antioche de Syrie (aujourd’hui Antakya, au sud de la Turquie), il y exerça son ministère pastoral pendant environ onze ans, jusqu’en 397, puis, ayant été nommé évêque de Constantinople, il exerça le ministère épiscopal dans la capitale de l’Empire avant ses deux exils, qui se suivirent à brève distance l’un de l’autre, entre 403 et 407. Nous nous limitons aujourd’hui à prendre en considération les années de Chrysostome vécues à Antioche.

Orphelin de père en bas âge, il vécut avec sa mère, Antusa, qui lui transmit une extrême sensibilité humaine et une profonde foi chrétienne.
Après avoir terminé ses études élémentaires et supérieures, couronnées par des cours de philosophie et de rhétorique, il eut pour maître Libanios, un païen, le plus célèbre rhéteur de son temps. A son école, Jean devint le plus grand orateur de l’antiquité grecque tardive. Baptisé en 368 et formé à la vie ecclésiastique par l’Evêque Melezio, il fut institué lecteur par celui-ci en 371. Ce fait marqua l’entrée officielle de Chrysostome dans le cursus ecclésiastique. De 367 à 372, il fréquenta l’Asceterio, une sorte de séminaire d’Antioche, avec un groupe de jeunes, dont certains devinrent ensuite évêques, sous la direction du célèbre exégète Diodore de Tarse, qui initia Jean à l’exégèse historico-littérale, caractéristique de la tradition antiochienne.

Il se retira ensuite pendant quatre ans parmi les ermites du proche mont Silpio. Il poursuivit cette retraite par deux autres années encore, vécues en totale solitude dans une grotte sous la direction d’un « ancien ».
Au cours de cette période, il se consacra totalement à méditer « les lois du Christ », les Evangiles et en particulier les lettres de Paul.
Etant tombé malade, il se trouva dans l’impossibilité de se soigner tout seul, et il dut donc revenir dans la communauté chrétienne d’Antioche (cf. Palladius, Vie 5). Le Seigneur – explique le biographe – intervint à un juste moment avec cette infirmité, pour permettre à Jean de suivre sa véritable vocation. En effet, il écrira lui-même que, placé dans l’alternative de choisir entre les vicissitudes du gouvernement de l’Eglise et la tranquillité de la vie monastique, il aurait préféré mille fois le service pastoral (cf. Sur le sacerdoce, 6, 7):  c’est précisément à cela que Chrysostome se sentait appelé. Et ici s’accomplit le tournant décisif de l’histoire de sa vocation : pasteur d’âme à plein temps ! L’intimité avec la Parole de Dieu, cultivée au cours des années de son ermitage, avait fait mûrir en lui l’urgence irrésistible de prêcher l’Evangile, de donner aux autres ce qu’il avait reçu au cours des années de méditation. L’idéal missionnaire le lança ainsi, âme de feu, dans le service pastoral.

Entre 378 et 379 il revint en ville. Devenu diacre en 381 et prêtre en 386, il devint un célèbre prédicateur dans les églises de sa ville. Il prononça des homélies  contre  les  ariens, suivies de celles pour commémorer les martyrs antiochiens, ainsi que d’autres sur les festivités liturgiques principales : il s’agit d’un grand enseignement de la foi dans le Christ, également à la lumière de ses saints. 387 fut l’ »année héroïque » de Jean, celle de la « révolte des statues ». Le peuple abattit les statues impériales, en signe de protestation contre l’augmentation des impôts. Au cours de ces journées de Carême et d’angoisse en raison des punitions dont l’empereur menaçait, il prononça ses 22 vibrantes Homélies sur les statues, finalisées à la pénitence et à la conversion. Suivit ensuite la période sereine du ministère pastoral (387-397).

Chrysostome s’inscrit parmi les Pères les plus prolifiques : de lui, nous sont parvenus 17 traités, plus de 700 homélies authentiques, les commentaires de Matthieu et de Paul (Lettres aux Romains, aux Corinthiens, aux Ephésiens et aux Hébreux), et 241 lettres.
Ce ne fut  pas  un  théologien spéculatif. Il transmit cependant la doctrine traditionnelle et sûre de l’Eglise, à une époque de controverses théologiques suscitées en particulier par l’arianisme, c’est-à-dire par la négation de la divinité du Christ. Il est donc un témoin digne de foi du développement dogmatique atteint par l’Eglise aux IVème et Vème siècles. Sa théologie est typiquement pastorale, avec la constante préoccupation de la cohérence entre la pensée exprimée par la parole et le vécu existentiel. Tel est, en particulier, le fil conducteur des splendides catéchèses, avec lesquelles il préparait les catéchumènes à recevoir le Baptême. Proche de la mort, il écrivit que la valeur de l’homme se trouve dans la « connaissance exacte de la véritable doctrine et dans la rectitude de vie » (Lettre de l’exil). Les deux choses, connaissance de la vérité et rectitude de vie, vont de pair : la connaissance doit se traduire en vie. Chacune de ses interventions visa à développer chez les fidèles l’exercice de l’intelligence, pour comprendre et traduire en pratique les exigences morales et spirituelles de la foi.

Jean Chrysostome se soucia d’accompagner par ses écrits le développement intégral de la personne, dans les dimensions physique, intellectuelle et religieuse. Les diverses phases de la croissance sont comparées à tout autant de mers d’un immense océan ! « La première de ces mers est l’enfance » (Homélie 81, 5 sur l’Evangile de Matthieu). En effet, « précisément au cours de ce premier âge se manifestent les inclinations au vice et à la vertu ». C’est pourquoi la loi de Dieu doit être dès le début imprimée dans l’âme « comme sur une tablette de cire » (Homélie 3,1 sur l’Evangile de Jean) : de fait, c’est l’âge le plus important. Nous devons nous rappeler qu’il est fondamental qu’en cette première phase de la vie, entrent réellement dans l’homme les grandes orientations qui donnent sa juste perspective à l’existence. Chrysostome recommande donc : « Dès l’âge le plus tendre fortifiez les enfants avec des armes spirituelles, et enseignez-leur à marquer le front avec la main » (Homélie 12, 7 sur la première Lettre aux Corinthiens). Viennent ensuite l’adolescence et la jeunesse : « A l’enfance suit la mer de l’adolescence, où les vents soufflent avec violence…, car en nous croît… la concupiscence » (Homélie 81, 5 sur l’Evangile de Matthieu). Arrivent enfin les fiançailles et le mariage : « A la jeunesse succède l’âge de la personne mûre, où se présentent les engagements de la famille : le temps est venu de chercher une femme » (ibid.). Il rappelle les objectifs du mariage, en les enrichissant – avec un rappel à la vertu de la tempérance – d’un riche tissu de relations personnalisées. Les époux bien préparés barrent ainsi la route au divorce : tout se déroule avec joie et l’on peut éduquer les enfants à la vertu. Lorsque naît ensuite le premier enfant, celui-ci est « comme un pont ; les trois deviennent une seule chair, car l’enfant réunit les deux parties » (Homélie 12, 5 sur la Lettre aux Colossiens), et les trois constituent « une famille, petite Eglise » (Homélie 20, 6 sur la Lettre aux Ephésiens).

La prédication de Chrysostome se déroulait habituellement au cours de la liturgie, « lieu » où la communauté se construit à travers la parole et l’Eucharistie. L’assemblée réunie là exprime l’unique Eglise (Homélie 8, 7 sur la Lettre aux Romains), la même parole est adressée en tout lieu à tous (Homélie 24, 2 sur la première Lettre aux Corinthiens), et la communion eucharistique devient le signe efficace de l’unité (Homélie 32, 7 sur l’Evangile de Matthieu). Son projet pastoral était inséré dans la vie de l’Eglise, dans laquelle les fidèles laïcs assument avec le Baptême la charge sacerdotale, royale et prophétique. Il dit au fidèle laïc : « A toi aussi le Baptême fait de toi un roi, un prêtre et un prophète » (Homélie 3, 5 sur la deuxième Lettre aux Corinthiens). C’est de là que naît le devoir fondamental de la mission, car chacun est dans une certaine mesure responsable du salut des autres : « Tel est le principe de notre vie sociale… ne pas s’intéresser seulement à nous ! » (Homélie 9, 2 sur la Genèse). Le tout se déroulait entre deux pôles : la grande Eglise et la « petite Eglise », la famille, en relation réciproque.

Chers frères et sœurs, comme vous pouvez le voir, cette leçon de Chrysostome sur la présence authentiquement chrétienne des fidèles laïcs dans la famille et dans la société, demeure encore aujourd’hui plus que jamais actuelle. Prions le Seigneur, afin qu’il nous rende dociles aux enseignements de ce grand Maître de la foi.

Saint Jean Chrysostome fustigeant les scandales de la cour devant l'impératrice Eudoxie - Joseph Wencker

Joseph Wencker : Saint Jean Chrysostome fustigeant les scandales de la cour devant l’impératrice Eudoxie
(Musée Crozatier, Le Puy-en-Velay)

Audience générale du mercredi 26 septembre 2007 :

Chers frères et sœurs !

Nous poursuivons aujourd’hui notre réflexion sur saint Jean Chrysostome.
Après la période passée à Antioche, il fut nommé en 397, évêque de Constantinople, la capitale de l’Empire romain d’Orient. Dès le début, Jean projeta la réforme de son Eglise : l’austérité du palais épiscopal devait constituer un exemple pour tous – clergé, veuves, moines, personnes de la cour et riches. Malheureusement, un grand nombre d’entre eux, concernés par ses jugements, s’éloignèrent de lui. Plein d’attention à l’égard des pauvres, Jean fut également appelé l’ »Aumônier ». En effet, en administrateur attentif, il avait réussi à créer des institutions caritatives très appréciées. Son esprit d’entreprise dans les divers domaines fit de lui pour certains un dangereux rival. Toutefois, comme un véritable pasteur, il traitait chacun de manière cordiale et paternelle. En particulier, il avait toujours des accents tendres pour la femme et des attentions spéciales pour le mariage et la famille. Il invitait les fidèles à participer à la vie liturgique, qu’il rendit splendide et attrayante grâce à une créativité de génie.

Malgré son bon cœur, il ne connut pas une vie tranquille.
Pasteur de la capitale de l’Empire, il se trouva souvent concerné par des questions et des intrigues politiques, en raison de ses relations permanentes avec les autorités et les institutions civiles. De même, sur le plan ecclésiastique, ayant déposé en Asie, en 401, six évêques illégitimement élus, il fut accusé d’avoir franchi les limites de sa juridiction, et devint ainsi la cible d’accusations faciles. Un autre prétexte contre lui fut la présence de plusieurs moines égyptiens, excommuniés par le patriarche Théophile d’Alexandrie et qui s’étaient réfugiés à Constantinople. Une vive polémique naquit ensuite en raison des critiques faites par Jean Chrysostome à l’égard de l’impératrice Eudoxie et de ses courtisanes, qui réagirent en jetant sur lui le discrédit et des insultes. On arriva ainsi à sa déposition, lors du synode organisé par le Patriarche Théophile lui-même en 403, avec pour conséquence une condamnation à un premier bref exil. Après son retour, l’hostilité suscitée contre lui par la protestation contre les fêtes en l’honneur de l’impératrice – que l’Evêque considérait païennes, luxueuses -, et l’expulsion des prêtres chargés des Baptêmes lors de la Veillée pascale de 404 marquèrent le début de la persécution des fidèles de Chrysostome, qu’on appelait les « Johannites ».

Jean dénonça alors les faits, par écrit, à l’Evêque de Rome, Innocent I. Mais il était désormais trop tard. En l’an 406, il dut à nouveau partir en exil, cette fois à Cucuse, en Arménie. Le Pape était convaincu de son innocence, mais n’avait pas le pouvoir de l’aider. Un Concile, voulu par Rome pour parvenir à une pacification entre les deux parties de l’Empire et entre leurs Eglises, ne put avoir lieu. Le voyage épuisant de Cucuse vers Pytius, un objectif qu’il n’atteignit jamais, devait empêcher les visites des fidèles et briser la résistance de l’exilé qui était épuisé : sa condamnation à l’exil fut une véritable condamnation à mort !
Les nombreuses lettres de son exil, dans lesquelles Jean manifeste ses préoccupations pastorales avec des accents de participation et de douleur pour les persécutions contre les siens, sont émouvantes. La marche vers la mort s’arrêta à Comana dans le Pont. C’est là que Jean, moribond, fut conduit dans la chapelle du martyre saint Basilisque, où il rendit son esprit à Dieu et fut enseveli, martyr à côté d’un martyr (PalladeVie 119). C’était le 14 septembre 407, fête de l’Exaltation de la sainte Croix.
La réhabilitation eut lieu en 438 avec Théodose II. Les reliques du saint Evêque, déposées dans l’église des Apôtres, à Constantinople, furent ensuite transportées à Rome en 1204, dans la Basilique constantinienne primitive, et elles reposent à présent dans la chapelle du chœur des Chanoines de la Basilique Saint-Pierre.
Le 24 août 2004, une partie importante de celles-ci fut donnée par le pape Jean-Paul II au Patriarche Bartholomaios Ier de Constantinople. La mémoire liturgique du saint est célébrée le 13 septembre [note : dans le calendrier réformé après le second concile du Vatican]. Le bienheureux Jean XXIII le proclama patron du Concile Vatican II.

On dit de Jean Chrysostome que, lorsqu’il fut assis sur le trône de la nouvelle Rome, c’est-à-dire de Constantinople, Dieu fit voir en lui un deuxième Paul, un docteur de l’univers.
En réalité, chez Chrysostome, il existe une unité substantielle entre la pensée et l’action, à Antioche comme à Constantinople. Seuls le rôle et les situations changent. En méditant sur les huit œuvres accomplies par Dieu dans la séquence des six jours dans le commentaire de la Genèse, Chrysostome veut reconduire les fidèles de la création au Créateur : « C’est un grand bien », dit-il, « de connaître ce qu’est la créature et ce qu’est le Créateur ». Il nous montre la beauté de la création et la transparence de Dieu dans sa création, qui devient ainsi presque comme une « échelle » pour monter vers Dieu, pour le connaître. Mais à ce premier passage s’en ajoute un deuxième : ce Dieu créateur est également le Dieu de la condescendance (synkatabasis). Nous sommes faibles dans notre démarche de « monter », nos yeux sont faibles. Et ainsi, Dieu devient le Dieu de la condescendance, qui envoie à l’homme déchu et étranger une lettre, l’Ecriture Sainte, si bien que la Création et l’Ecriture se complètent. Dans la lumière de l’Ecriture, de la Lettre que Dieu nous a donnée, nous pouvons déchiffrer la création. Dieu est appelé « père tendre » (philostorgios) (ibid.), médecin des âmes (Homélie 40, 3 sur la Genèse), mère (ibid.) et ami affectueux (Sur la providence 8, 11-12). Mais, à ce deuxième passage – tout d’abord la Création comme « échelle » vers Dieu, et ensuite la condescendance de Dieu à travers une lettre qu’il nous a donnée, l’Ecriture Sainte – s’ajoute un troisième passage. Dieu ne nous transmet pas seulement une lettre : en définitive, il descend lui-même, il s’incarne, il devient réellement « Dieu avec nous », notre frère jusqu’à la mort sur la Croix. Et à ces trois passages – Dieu est visible dans la création, Dieu nous donne une lettre, Dieu descend et devient l’un de nous – s’ajoute à la fin un quatrième passage. A l’intérieur de la vie et de l’action du chrétien, le principe vital et dynamique de l’Esprit (Pneuma), qui transforme les réalités du monde. Dieu entre dans notre existence elle-même à travers l’Esprit Saint et il nous transforme de l’intérieur de notre cœur.

C’est dans ce cadre que Jean, précisément à Constantinople, dans le commentaire continu des Actes des Apôtres, propose le modèle de l’Eglise primitive (Ac 4, 32-37), comme modèle pour la société, en développant une « utopie » sociale (presque une « cité idéale »). En effet, il s’agissait de donner une âme et un visage chrétien à la ville. En d’autres termes, Chrysostome a compris qu’il n’est pas suffisant de faire l’aumône, d’aider les pauvres ponctuellement, mais il est nécessaire de créer une nouvelle structure, un nouveau modèle de société ; un modèle fondé sur la perspective du Nouveau Testament. C’est la nouvelle société qui se révèle dans l’Eglise naissante.
Jean Chrysostome devient donc réellement ainsi l’un des grands Pères de la Doctrine sociale de l’Eglise : la vieille idée de la « polis » grecque doit être remplacée par une nouvelle idée de cité inspirée par la foi chrétienne. Chrysostome soutenait avec Paul (cf. 1 Co 8, 11) le primat de chaque chrétien, de la personne en tant que telle, également de l’esclave ou du pauvre. Son projet corrige ainsi la vision grecque traditionnelle de la « polis », de la cité, dans laquelle de larges couches de la population étaient exclues des droits de citoyen, alors que dans la cité chrétienne, tous sont frères et sœurs avec des droits égaux. Le primat de la personne est également la conséquence du fait que c’est réellement à partir d’elle que l’on construit la cité, alors que dans la « polis » grecque, la patrie était au-dessus de l’individu, qui était totalement subordonné à la cité dans son ensemble. Ainsi, Chrysostome définit la vision d’une société construite par la conscience chrétienne et il nous dit que notre « polis » est une autre, « notre patrie est dans les cieux » (Ph 3, 20) et, même sur cette terre, cette patrie nous rend tous égaux, frères et sœurs, et nous oblige à la solidarité.

Au terme de sa vie, dans son exil aux frontières de l’Arménie, « le lieu le plus reculé du monde », Jean, se rapportant à sa première prédication de 386, reprit le thème qui lui était cher du dessein que Dieu poursuit à l’égard de l’humanité : c’est un dessein « indicible et incompréhensible », mais certainement guidé par Lui avec amour (cf. Sur la Providence 2, 6). Telle est notre certitude. Même si nous ne pouvons pas déchiffrer les détails de l’histoire personnelle et collective, nous savons que le dessein de Dieu est toujours inspiré par son amour. Ainsi, malgré ses souffrances, Chrysostome réaffirmait la découverte que Dieu aime chacun de nous avec un amour infini, et désire donc le salut de tous. Pour sa part, le saint Evêque coopéra généreusement à ce salut, sans ménager ses forces, toute sa vie. En effet, il considérait comme le but ultime de son existence cette gloire de Dieu, que – désormais mourant – il laissa comme dernier testament : « Gloire à Dieu pour tout ! » (PalladeVie 11).

statue de saint Jean Chrysostome - Paris église de ma Madeleine

Statue de Saint Jean Chrysostome dans les niches extérieures de l’église de la Madeleine (Paris)

2022-10. « Epître des chrétiens de l’Eglise de Smyrne aux autres Eglises », en laquelle est raconté le martyre de Saint Polycarpe.

26 janvier,
Fête de Saint Polycarpe de Smyrne, évêque et martyr.

Saint Polycarpe est l’un de ceux que l’on appelle les « Pères apostoliques », c’est-à-dire les Pères de l’Eglise qui viennent tout de suite après les Apôtres, et qui parfois les ont connus ou ont été en relation avec des chrétiens qui les avaient connus.
En outre, on est relativement bien renseigné sur la vie de Saint Polycarpe : né en Perse aux alentours de l’année 70, emmené captif par des marchands lorsqu’il était jeune garçon et vendu à une femme de la bonne société de Smyrne qui était chrétienne, il fut amené par elle à la foi. C’est sans doute dans cette période qu’il approcha Saint Jean, Apôtre et Evangéliste, qui après son exil à Patmos était revenu à Ephèse. Il se perfectionna dans la connaissance des Saintes Ecritures et la pratique des vertus : il gravit les degrés du sacerdoce et fut finalement choisi comme évêque de Smyrne dans les années 113-117. Il fut l’un des plus influents et remarquables des évêques d’Asie Mineure, régissant son Eglise avec zèle et charité, mais soucieux aussi de la mission : c’est ainsi qu’il envoya dans les Gaules plusieurs missionnaires parmi lesquels Saint Pothin et Saint Irénée, ainsi que Saint Andéol l’évangélisateur de notre Vivarais (cf. > ici).
Vers 160, il fut envoyé à Rome par ses pairs en raison d’une controverse qui s’était fait jour en ce qui concerne la date de Pâques : la manière de la calculer était différente à Rome et en Orient et certains s’en inquiétaient. La mission de Polycarpe aboutit à un statu quo, qui demeure encore au XXIe siècle.
Lorsqu’éclata la persécution de Marc-Aurèle, Polycarpe, très âgé, tint tête aux autorités et ce fut la cause de son martyre, probablement en 166 ou 167, selon Eusèbe de Césarée. Ce martyre nous est connu en détail par un des plus remarquables monuments de la littérature chrétienne antique : « L’épître des chrétiens de l’Eglise de Smyrne aux autres Eglises ». C’est ce texte, dans son intégralité, que vous trouverez ci-dessous et qui, je l’espère, fera naître ou croître en vos âmes une immense vénération pour cet illustre martyr. 

Martyre de Saint Polycarpe

Martyre de Saint Polycarpe

palmes

Épître des chrétiens de l’Eglise de Smyrne aux autres Eglises :

L’Eglise de Dieu qui réside à Smyrne à l’Eglise de Dieu qui est à Philomélion et à toutes les communautés que l’Eglise sainte et universelle a partout établies.
Que Dieu notre Père et notre Seigneur Jésus-Christ vous remplissent de miséricorde, de paix et d’amour !

Frères, c’est pour vous que nous rédigeons les actes des martyrs et du bienheureux Polycarpe, dont le supplice sembla achever la persécution en la frappant de son sceau.
En presque tous les événements qui précédèrent sa mort, le Seigneur nous montre un martyre tout entier évangélique. Polycarpe a attendu d’être livré, comme le Seigneur, afin qu’imitant son exemple, nous regardions moins notre intérêt que celui de notre prochain. L’amour, quand il est vrai et fort, n’incline pas à se sauver seul, il aspire au salut de tous les frères.

Bienheureux et vaillants, tous ces martyrs qui firent honneur à Dieu !
Ayons en effet assez de foi pour attribuer à Dieu cette liberté au sein de tant d’épreuves ! Qui n’admirerait le courage de ces hommes, leur patience, l’amour qu’ils portaient à leur Maître ? Lacérés par les fouets qui mettaient à vif leurs veines et leurs artères, ils ne fléchissaient pas, alors que les assistants ne pouvaient réprimer des cris de douleur et de pitié. Mais chez eux, l’on n’entendait ni gémissement ni soupir, et leur vaillance prouva qu’à l’heure où on les suppliciait, ces admirables témoins du Christ avaient déjà quitté leur corps, ou plutôt que le Seigneur était là et s’entretenait avec eux.
Ravis par la grâce du Christ, ils n’avaient que mépris pour les tortures infligées, puisqu’une heure leur gagnait la vie éternelle. Le feu de leurs bourreaux inhumains leur semblait froid. Un autre feu les inquiétait, qu’ils voulaient fuir, éternel celui-là, destiné à ne jamais s’éteindre. Ils considéraient avec leurs yeux du cœur les bienfaits que Dieu réserve au courage, que l’oreille n’a pas entendus, que l’œil n’a pas vus, et qui ne sont pas montés au cœur de l’homme (1 Co 2, 9). Mais le Seigneur les leur découvrait puisqu’ils n’étaient plus des hommes mais déjà des anges.

Ceux que l’on avait condamnés aux bêtes supportèrent aussi d’abominables tourments : on les étendait sur des coquillages hérissés de pointes, on les soumettait aux tortures les plus raffinées, espérant, par la variété et la longueur de ces supplices, qu’ils finiraient par renier leur foi.

Le Diable contre eux déploya toutes sortes de ruses. Grâce à Dieu, il n’en vainquit aucun. L’un des plus résolus, Germanicus, fortifiait les plus faibles par son intrépidité : son combat avec les bêtes fut admirable. Le proconsul essayait de le convaincre, il le suppliait d’avoir pitié de sa jeunesse, mais lui, impatient d’en finir avec ce monde d’injustice et de cruauté, provoqua le fauve qui se jeta sur lui. Alors la foule, déchaînée par le courage des chrétiens et par la foi de cette race ardente, hurla : « A mort, les impies, qu’on cherche Polycarpe ! »

Un seul défaillit, à la vue des bêtes. C’était un Phrygien, arrivé depuis peu de son pays ; il se nommait Quintus. Il s’était de lui-même dénoncé, entraînant avec lui quelques compagnons. Le proconsul, à force d’insister, réussit à le faire abjurer et il sacrifia. Aussi n’y a-t-il pas lieu de féliciter ceux qui vont au-devant du martyre ; un tel zèle n’est pas évangélique.

Polycarpe, le plus admirable de tous, ne se laissa pas d’abord émouvoir par les rumeurs de persécution. Il voulait rester en ville. Mais comme son entourage le pressait d’aller se mettre à l’abri, il gagna une petite maison non loin de Smyrne et il l’habita avec quelques amis, ne faisant qu’y prier jour et nuit, pour tous les hommes et toutes les Églises de ce monde, selon la coutume.
C’est au cours de sa prière que, trois jours avant d’être arrêté, il eut une vision : son oreiller prenait le feu et était entièrement consumé. Alors il se tourna vers ses compagnons : « Il faut que je sois brûlé vif. »

Cependant on le recherchait activement. Il dut gagner une seconde cachette ; à peine y arrivait-il que les gens lancés à sa poursuite firent irruption dans la première maison. Ne l’y trouvant pas, ils saisirent deux jeunes esclaves, en torturèrent un, qui parla. Polycarpe désormais ne pouvait plus leur échapper, puisqu’il avait été dénoncé par un des siens. L’irénarque qui répondait au nom d’Hérode, était pressé de le conduire au stade. Ainsi Polycarpe accomplirait-il sa destinée, en ne faisant qu’un avec le Christ, tandis que ceux qui l’avaient livré subiraient le châtiment de Judas.

Ils emmenèrent le jeune esclave. C’était un vendredi, vers l’heure du dîner. Les policiers, à pied et à cheval, armés jusqu’aux dents, se mirent en chasse, comme s’ils couraient après un brigand. Tard dans la soirée, les voilà qui trouvent la maison et se lancent à l’assaut. Il était couché à l’étage supérieur. Une fois encore, il aurait pu s’échapper, mais il refusa : « Que la volonté de Dieu soit faite », dit-il.
Quand il sut qu’ils étaient là, il descendit et engagea la conversation. Son âge et sa sérénité les frappèrent et ils ne comprenaient pas qu’on ait mis tant de police sur le pied de guerre pour arrêter un si noble vieillard. Mais lui, malgré l’heure tardive, les invita aussitôt à manger et à boire à satiété, il leur demanda seulement de lui laisser une heure pour prier en paix. Ils le lui accordèrent. Alors, debout, il se mit à prier, si intensément pénétré de la grâce de Dieu que deux heures durant il ne cessa de parler et d’impressionner ceux qui l’écoutaient. Beaucoup se repentaient d’être venus arrêter un vieillard aussi saint.
Quand il eut achevé sa prière, où il avait fait mémoire de tous ceux qu’il avait rencontrés dans sa vie, petits ou grands, illustres ou obscurs, et de toute l’Église catholique, répandue dans le monde entier, l’heure du départ était arrivée. On le jucha sur un âne et on le conduisit à la ville : c’était le jour du grand sabbat.
L’irénarque Hérode, ainsi que son père Nicétès, vinrent au-devant de lui et le firent monter dans leur carrosse. Assis à ses côtés, ils essayèrent de le fléchir, disant : « Quel mal y a-t-il à dire Seigneur César, à sacrifier et à observer notre religion pour sauver sa vie ? »
Mais lui ne leur répondit d’abord pas et, comme ils insistaient, il leur déclara : « Je ne suivrai pas vos conseils ».
Humilés par leur échec, ses interlocuteurs l’accablèrent d’injures et le poussèrent si brutalement de la voiture qu’en descendant il s’écorcha la jambe. Mais il n’en parut pas troublé, et il marcha d’un pas résolu, comme s’il ne sentait rien, vers le stade où on le conduisait.

Du stade montait une énorme rumeur et nul ne pouvait s’y faire entendre. Quand Polycarpe en franchit les portes, une voix retentit du ciel : « Courage, Polycarpe, et sois un homme ». Nul ne vit qui avait parlé, mais ceux des nôtres qui étaient présents entendirent la voix. On fit entrer Polycarpe. Quand la foule apprit qu’il avait été arrêté, les clameurs redoublèrent.
Le proconsul le fit comparaître devant lui et lui demanda s’il était Polycarpe. « Oui », répondit celui-ci. Alors il essaya de le faire abjurer : « Respecte ton âge », disait-il. Suivaient toutes les paroles que l’on tenait en pareil cas : « Jure par la fortune de César, rétracte-toi, crie : à mort les impies ! »

Alors Polycarpe jeta un œil sombre sur cette populace de païens massée dans le stade, et pointa sa main vers elle. Puis il soupira, et, les yeux levés au ciel, il dit : « A bas les impies ! » Le proconsul le pressait de plus belle : « Jure donc et je te libère, maudis le Christ ! »

Polycarpe répondit : « Si tu t’imagines que je vais jurer par la fortune de César, comme tu dis, en feignant d’ignorer qui je suis, écoute-le donc une bonne fois : je suis chrétien. Voilà quatre-vingt-six ans que je le sers et il ne m’a fait aucun mal. Comment pourrais-je insulter mon roi et mon sauveur ? Si le christianisme t’intéresse, donne-toi un jour pour m’entendre ». Le proconsul lui dit : « Essaie de convaincre le peuple ». Mais Polycarpe répliqua : « Avec toi, je veux bien m’expliquer. Dieu nous demande de respecter comme elles le méritent les autorités et les hautes fonctions qu’il a lui-même instituées, du moment que cela ne nous porte pas préjudice. Mais ces gens-là ont trop peu de dignité pour que je défende ma foi devant eux ».
Le proconsul reprit : « J’ai des fauves, je t’y ferai jeter si tu ne changes pas d’opinion ».
- Fais-les venir ! Quand nous changeons, nous, ce n’est pas pour aller du bien au mal. Nous ne consentons à changer que pour devenir meilleurs.
Le magistrat s’irritait : « Je t’envoie au bûcher si tu ne crains pas les fauves. Apostasie donc ».
Polycarpe répliqua : « Tu me menaces d’un feu qui brûle une heure, puis s’éteint rapidement. Tu ignores donc le feu du jugement à venir et du châtiment éternel gardé pour les impies. Mais pourquoi tardes-tu ? Va, donne tes ordres ».
Telles furent ses paroles, et bien d’autres encore.

Il rayonnait de courage et de joie, et la grâce inondait sa face. Il ne s’était pas laissé démonter par cette confrontation, c’était au contraire le proconsul qu’elle plongeait dans le désarroi.
Cependant, ce dernier envoya son héraut au milieu du stade pour claironner trois fois : « Polycarpe a avoué qu’il est chrétien ! » La déclaration du héraut mit en fureur toute la foule des païens et des Juifs qui résidaient à Smyrne. Les cris éclatèrent : « C’est lui, le maître de l’Asie, le père des chrétiens, le fossoyeur de nos dieux, c’est lui qui incite les foules à ne plus sacrifier ni adorer ! »

Au milieu de leurs hurlements, ils demandaient à l’asiarque Philippe de lâcher un lion sur Polycarpe. Mais il objecta qu’il n’en avait plus le droit, parce que les combats de fauves étaient clos. Alors d’une seule voix, ils réclamèrent que Polycarpe pérît par le feu. Il fallait en effet que s’accomplît la vision qui lui avait montré son oreiller en flammes, tandis qu’il priait, et qui lui avait arraché devant ses amis ce mot prophétique : « Il faut que je sois brûlé vif ».

Les événements se précipitèrent. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, la foule se rua dans les ateliers et dans les bains pour ramasser du bois et des fagots. Les Juifs s’acquittaient de la besogne avec leur zèle habituel.
Quand le bûcher fut prêt, le martyr retira lui-même tous ses vêtements, il détacha sa ceinture, puis commença à se déchausser, geste dont les fidèles le dispensaient toujours : dans l’impatience où ils étaient de toucher son corps, tous se précipitaient pour l’aider. Bien avant son martyre, la sainteté de sa conduite inspirait cette unanime révérence.

Rapidement, on disposa autour de lui les matériaux rassemblés pour le feu. Mais, quand les gardes voulurent le clouer au poteau : « Laissez-moi comme je suis, leur dit-il. Celui qui m’a donné la force d’affronter ces flammes me donnera aussi, même sans la précaution de vos clous, de rester immobile sur le bûcher. » Ils ne le clouèrent donc pas et bornèrent à le lier. Les mains derrière le dos, ainsi attaché, il ressemblait à un bélier magnifique, pris dans un grand troupeau pour être offert en sacrifice à Dieu et à lui seul destiné. Alors, il leva les yeux au ciel et dit : « Seigneur, Dieu tout-puissant, Père de Jésus-Christ, ton Fils béni et bien-aimé, à qui nous devons de te connaître, Dieu des anges, des puissances, de toute la création et du peuple entier des justes qui vivent sous ton regard, je te bénis parce que tu m’as jugé digne de ce jour et de cette heure, et que tu me permets de porter mes lèvres à la coupe de ton Christ, pour ressusciter à la vie éternelle de l’âme et du corps dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint. Accueille-moi parmi eux devant ta face aujourd’hui ; que mon sacrifice te soit agréable et onctueux, en même temps que conforme au dessein que tu as conçu, préparé et accompli. Toi qui ne connais pas le mensonge, ô Dieu de vérité, je te loue de toutes tes grâces, je te bénis, je te glorifie au nom du Grand Prêtre éternel et céleste, Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé, par lequel la gloire soit à toi comme à lui et à l’Esprit Saint, aujourd’hui et dans les siècles futurs. Amen ! »

Quand il eut prononcé cet « amen », qui achevait sa prière, les valets allumèrent le feu. Une gerbe immense s’éleva et nous fûmes les témoins d’un spectacle extraordinaire qui ne fut donné à voir qu’à ceux qui avaient été choisis pour ensuite faire connaître ces événements. La flamme s’arrondit. Semblable à la voilure d’un navire que gonfle le vent, elle entoura comme d’un rempart, le corps du martyr. Ce n’était plus une chair qui brûle, c’était un pain que l’on dore, c’était un or et un argent incandescents dans le creuset, et nous respirions un parfum aussi capiteux qu’une bouffée d’encens ou quelque autre aromate de prix.

À la fin, voyant que le feu ne pouvait consumer son corps, les scélérats ordonnèrent au bourreau de l’achever d’un coup de poignard. Il s’exécuta. Un flot de sang jaillit de la plaie et éteignit le feu. Toute la foule s’étonna de la grande différence qui sépare les incroyants des élus.

L’admirable Polycarpe était l’un de ces élus, maître de notre temps, apôtre, prophète, évêque de l’Église catholique de Smyrne. Toute parole sortie de sa bouche s’est vérifiée et se vérifiera.

Le Diable, le jaloux, l’ennemi de la race des justes, voyant la grandeur de son martyre, l’irréprochable conduite qui fut la sienne dès son enfance, la couronne d’incorruptibilité posée sur son front, et la récompense incontestée qu’il remporta, essaya de nous empêcher de retirer son corps que beaucoup étaient, en effet, impatients de reprendre, ne fût-ce que pour toucher cette chair sacrée. Il souffla donc à Nicétès, le père d’Hérode et le frère d’Alcé, de persuader le magistrat de ne pas rendre le corps. Car, disait-il, ils vont oublier leur crucifié pour se mettre à adorer celui-ci. Les Juifs appuyaient frénétiquement ces discours. Ils nous avaient épiés quand nous avions tenté de le reprendre sur le bûcher. Ils ne savaient pas que jamais nous ne pourrons renoncer au Christ qui a souffert pour le salut du monde entier, immolant son innocence à nos péchés ; Nous n’en adorerons jamais un autre. Nous vénérons le Christ parce qu’il est le Fils de Dieu, et nous aimons les martyrs parce qu’ils sont les disciples et les imitateurs du Seigneur. Leur ferveur incomparable envers leur roi et leur maître mérite bien cet hommage. Puissions-nous aussi être leurs compagnons et leurs condisciples.

Quand il vit la querelle que déchaînaient les Juifs, le centurion exposa le corps au milieu de la place, comme c’est l’usage, et le fit brûler. C’est ainsi que nous revînmes plus tard recueillir les cendres que nous jugions plus précieuses que des pierreries et qui nous étaient plus chères que de l’or. Nous les déposâmes en un lieu de notre choix. C’est là que le Seigneur nous donnera, autant que cela se pourra, de nous réunir dans la joie et la fête, pour y célébrer l’anniversaire de son martyre et pour nous souvenir de ceux qui ont combattu avant lui, fortifiant et épaulant ceux qui le feront après.

Telle est l’histoire du bienheureux Polycarpe. Il fut le douzième d’entre nos frères de Philadelphie à souffrir à Smyrne. Son souvenir reste plus vivant que tous les autres et il est le seul dont les païens chantent partout les louanges. Il fut un maître prestigieux, un martyr hors pair, dont tous aimeraient imiter la passion, si fidèle à l’Évangile du Christ. Son courage a eu raison d’un magistrat inique et lui a mérité la couronne d’incorruptibilité. Il partage désormais la joie des apôtres et de tous les justes, il glorifie dieu, le Père tout-puissant, et bénit notre Seigneur Jésus-Christ, le sauveur de nos vies et le guide de nos corps, le pasteur de l’Église catholique répandue dans le monde.

Vous désiriez avoir un rapport détaillé de ces événements. Nous nous bornons ici au récit succinct qu’en a fait notre frère Marcion. Quand vous aurez lu cette lettre, transmettez-la de proche en proche à nos frères, afin qu’eux aussi rendent gloire au Seigneur, qui choisit ses élus parmi ses serviteurs.

À celui qui, par sa grâce et sa bonté, a le pouvoir de nous conduire tous à son Royaume éternel, par son Fils unique Jésus-Christ, gloire, honneur, puissance, grandeur dans les siècles !
Saluez tous les chrétiens.
Ceux qui sont avec nous vous envoient leurs salutations, j’ajoute les miennes et celles d’Évariste le scribe, ainsi que de sa famille.

palmes

2022-9. Le combat pour la légitimité : de la Pucelle d’Orléans à l’ère covidienne.

25 janvier 2022,
Fête de la conversion de Saint Paul.

Rappel :
Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.

La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.   

Cortège funèbre de Charles VI

Cortège funèbre de Charles VI
(Miniature des « Vigiles du roi Charles VII », œuvre de Martial d’Auvergne - fin du XVème siècle)

Le combat pour la légitimité :
de la Pucelle d’Orléans à l’ère covidienne.
 

Bien chers amis,

En cette nouvelle année, 2022e après la naissance du Sauveur, nous célébrons le 600e anniversaire de la mort du roi Charles VI et de l’avènement de Charles VII. Un événement à la fois triste et réconfortant.
L’année 1422 marqua, depuis deux années, avec la signature du traité de Troyes (21 mai 1420), l’une des soumissions les plus tragiques du beau pays de France. À la suite de terribles défaites militaires face à la puissante armée anglaise et à ses alliés bourguignons, le pauvre roi Charles VI, affaibli par une maladie de près de trente années, régnait sur un royaume divisé entre les factions. Il fut contraint d’accepter l’inacceptable : reconnaître comme son héritier le roi Henri V d’Angleterre, son cousin et son gendre, aux dépens de son fils légitime, le dauphin Charles.
La revanche des Plantagenêt a atteint son objectif : l’union des couronnes de France et d’Angleterre sur une même tête, tant attendue depuis la mort de Charles IV le Bel, en 1328.
La gesta Dei per Francos semblait être alors un chapitre définitivement clos. Les résistances étaient profondément affaiblies, en raison des dissensions nobiliaires et de l’hécatombe d’Azincourt, qui décima la fine fleur de la chevalerie française. Un tableau bien triste… Toute ressemblance avec la situation actuelle ne saurait être totalement fortuite !

Et pourtant, le Dieu de justice intervint pour remettre les pendules à l’heure.
Le 31 août 1422, Henri V mourut de dysenterie, dans sa 36e année. Il fut suivi dans la tombe, le 21 octobre, par Charles VI. L’héritier anglais était un enfant de moins d’un an, Henri VI, placé sous la régence de ses oncles, le duc de Bedford, en France, et le duc de Gloucester, outre-Manche. L’enfant est sacré roi d’Angleterre en octobre 1429, avant de recevoir illégitimement la consécration comme roi de France, en décembre 1431, au cours d’un voyage éclair dans le royaume. Mais à cette époque, les choses avaient bien changé dans le beau pays de France…
Héritier légitime humilié, le dauphin Charles, devenu pour ses partisans légitimes le roi Charles VII régnait bien lamentablement sur une portion congrue du vaste royaume des Lys, au sud de la Loire. « Le roi de Bourges », comme les Bourguignons le surnommaient par dérision, fut proclamé roi, quelques jours après la mort de son père, dans la cathédrale de la noble cité berrichonne, où il s’était retiré lors de la prise de Paris par les Bourguignons en 1418. Entouré d’une poignée de fidèles, exilé de sa capitale, dépourvu des ressources financières indispensables pour lever une armée nombreuse et compétente, le jeune souverain ne perdit néanmoins pas confiance dans la quête de ses droits et de sa couronne. Il lui manquait surtout l’onction du sacre de Reims qui devait lui accorder, aux yeux de ses sujets, sa pleine et entière légitimité. Les premières années de la reconquête furent difficiles. Petites victoires et singuliers revers s’alternaient inexorablement.
Charles VII dut se réfugier à Chinon, cité royale qu’il avait réussi à prendre aux Anglais en 1428. C’est alors que…

Sainte Jeanne d'Arc

L’intervention de la Providence : Jeanne !

Sire, n’entendez-vous pas cette rumeur qui provient des marches de votre bon royaume, à la frontière du duché de Lorraine ?
Le 25 février 1429, une jeune bergère de 16 ans prénommée Jeanne, native de Domrémy, arrivait à Chinon escortée de quelques hommes d’armes, pour y rencontrer le roi.
Ce qui fut alors pour certains une plaisanterie de mauvais goût, ou pour d’autres une diablerie fomentée par l’Anglois, s’avéra être finalement tout autre chose… « Gentil dauphin, je te dis de la part de Messire Dieu que tu es vrai héritier du trône de France » proclamait la jeune fille devant une assistance abasourdie. Et la pucelle d’ajouter qu’elle irait elle-même le conduire à Reims pour recevoir l’onction sainte avant que de bouter les envahisseurs hors du royaume.
Un examen effectué par des médecins et des théologiens reconnut la sincérité de Jeanne, désarmant ainsi les craintes et les hésitations d’un prince quelque peu pusillanime. C’est là que l’épopée commença, dont ne saurions, en quelques lignes, retracer les heures de gloire et de peine, et qui conduisit à la reconquête progressive du royaume des Lys par son souverain légitime. Celle qui allait reprendre Orléans, conduire Charles à Reims, remporter tant de victoires décisives sur l’ennemi, avait su, par son charisme tout droit inspiré du Ciel, galvaniser des troupes de soldats peu disciplinés et envenimer le courage des plus valeureux capitaines de ce temps, Dunois, La Hire, Xaintrailles, Ambroise de Loré, André de Rambures, et tant d’autres.
Jeanne fut l’étincelle qui sut raviver la grande geste de Dieu pour les Francs, la petite flamme d’espérance qui a rendu courage aux peuples de France asservis par la guerre et son cortège de misères. Et le résultat ne s’est pas fait attendre : la libération d’Orléans, le 8 mai 1429, marqua le début d’une reconquête progressive qui s’acheva, en dépit de la capture et de la mort de la Pucelle, le 31 mai 1431, par la quasi-totale reprise en main des territoires du royaume par les Valois – à l’exception de Calais, qui sera finalement reconquise par Henri II, en 1558.
Cette épopée n’aurait pu avoir lieu sans l’intervention divine, qui envoya une vierge, une fille du bon peuple de France, une nouvelle Judith pour assurer la délivrance de la Fille aînée de l’Église.

Une nouvelle reconquête ?

Six cents ans après l’avènement de Charles VII, notre beau pays connaît des affres on-ne-peut-plus similaires, quoique plus sinistres encore, puisqu’en 1422, l’Europe était le phare de la Chrétienté. L’histoire est faite de répétitions, permises par Dieu pour rappeler aux hommes qu’Il est le maître de l’histoire et de leur destinée, que Lui seul peut les extirper du chaos qui les menace à condition qu’ils retournent à l’obéissance et à la fidélité. L’infidélité et l’apostasie dont notre époque pâtit ne datent pas d’hier…
Mais nous voici à une époque charnière marquée par l’échec des léviathans modernes et par le désir des fils des ténèbres de bouleverser de nouveau les repères d’une humanité en pleine détresse, par le truchement d’une révolution idéologique, morale, médicale et migratoire incontournable – le
Great Reset tant souhaité et consciemment préparé par Klaus Schwab et les parangons du néo-mondialisme.
La crise covidienne jointe à la crise encore plus cinglante de l’Église, est le prétexte d’une
tabula rasa définitive d’une époque où subsistaient encore, malgré l’acharnement des hérauts de la post-modernité, des petites étincelles de l’ancien temps.
« Sans moi vous ne pouvez rien faire ! » (Jn XV, 5) Cette parole du Christ doit avant tout résonner à nos oreilles, avant de nous lancer dans des grands discours et de profondes analyses, avant de sortir le canon ou l’arbalète, avant de faire de grands plans de survivalisme. Notre secours vient de Dieu et de Dieu seul. Sainte Jeanne d’Arc en fut la preuve incarnée, à une époque où tout semblait perdu.
Notre combat pour la légitimité, pour le règne du Christ sur son beau royaume de France et sur l’humanité tout entière, pour la défense des droits et de la liberté de l’Église catholique, ne peut donc être efficace s’il n’est avant tout soutenu par la grâce divine. Mais ce combat demande aussi courage, détermination, conversion personnelle et pénitence en ces temps douloureux au milieu desquels il nous faut être des « martyrs », des témoins, et ne pas avoir peur de risquer son confort, sa notoriété, sa vie même pour la Vérité.
La reconquête est à ce prix.
Comment la Providence pourrait-elle soutenir des soldats apeurés et mollassons ?
« Aide-toi et le Ciel t’aidera » dit l’adage.

Qu’en ce début d’année 2022 le Ciel nous vienne en aide pour faire de nous des soldats intrépides du règne du Christ dans notre vie et dans notre beau pays de France, pour affronter les combats de demain et pour qu’à l’instar de Jeanne, nous fassions refleurir les beaux lys de la Fille aînée de l’Église !                                                                                              

Mathias Balticensis

Sainte Jeanne d'Arc chargeant - statue à Chinon

2022-8. « Le Roi se tourne vers nous ce matin, alors qu’il s’avance vers son martyre… »

Voici les textes des deux interventions que le Rd. Père Jean-François Thomas s.j., Prieur de la Confrérie Royale, a assurées à l’occasion de ce 21 janvier 2022. Les textes en sont déjà parus dans plusieurs publications, mais nous pensons qu’il est important que les lecteurs de notre blogue puissent y avoir eux aussi accès dans ces pages.

Louis XVI gravure du début du règne

Gravure de SMTC le Roi Louis XVI
au début de son règne

frise lys

Intervention du Rd. Père Jean-François Thomas à l’heure de la mort du Roi.
Cette prise de parole devait avoir lieu, comme traditionnellement au lieu même de la mort du Roi, à l’heure même de son martyre, près de la statue de la ville de Rouen sur la place aujourd’hui nommée « de la Concorde », mais la préfecture de police de Paris a interdit le rassemblement en ce lieu et ordonné qu’il soit déplacé devant l’église de Saint-Germain l’Auxerrois…

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Ainsi-soit-il.

Sommes-nous en ce matin au lieu d’une exécution, horrible et injuste certes, mais simple produit de la justice humaine, ou bien nous trouvons-nous au lieu d’un martyre ?
La République a sa réponse, déjà toute faite depuis le procès du Roi. Quant à l’Église, tout au moins dans les hommes qui la dirigent, elle est demeurée bien timide et même parfois hostile à ce sujet. Nous n’avons pas la chance d’être des Russes qui, en toute humilité, ont su reconnaître à la fois leur responsabilité dans le régicide de l’empereur Nicolas II et de sa famille, et la sainteté de ces derniers acquise par le sang versé. Il ne s’agit pas bien sûr de décider par soi-même de ce que fut vraiment l’assassinat du Roi : meurtre uniquement politique ou bien haine envers Dieu dont il était le Lieutenant ?
Il n’empêche que le sang qui fut versé ici, là où nous sommes, n’est pas celui d’un homme ordinaire.
Lorsque le Roi arriva sur cette place couverte de neige, il apparut à tous, y compris ses ennemis qui en témoignèrent par la suite, comme revêtu de blanc, ce qui n’était point le cas. Le journaliste révolutionnaire Prudhomme y vit une affectation pour souligner sa fausse innocence, or, rapportant ce détail étonnant, il ne fait que souligner le caractère surnaturel du moment.
Le Roi, durant le trajet du Temple à l’échafaud, s’était plongé dans les prières des agonisants aux côtés de l’abbé Edgeworth, millénaire préparation à la mort où l’agonisant s’identifie au Serviteur souffrant, à Notre-Seigneur Lui-même dans sa Passion.
Les bourreaux du Roi, tout en rejetant avec horreur cette image d’un Roi pieux prêt à se sacrifier pour son peuple, sont en fait ceux qui nous laissent le plus d’éléments en faveur de cette conviction du martyre, comme cet autre journaliste écrivant, – hostile aux partisans de Capet prêts à le mettre sur les autels : « À l’exemple du peuple juif de Jérusalem, le peuple de Paris déchira en deux la redingote de Louis Capet — scinderunt vestimenta mea — et chacun voulut en emporter chez soi un lambeau. »
Voilà des révolutionnaires encore pétris d’histoire sainte et de catéchisme…

Lorsque notre Roi s’apprête à gravir les marches de la guillotine, regardant une dernière fois la capitale de son royaume, il sait que le principal reproche adressé par les Assemblées fut sa lutte pour la liberté de culte, désirant réparer des décisions malheureuses et contraintes.
Le 11 décembre 1792, précédant la première comparution du Roi, les députés s’étaient mis d’accord pour dénoncer ce crime mais sans le nommer, justement pour ne pas offrir à Louis XVI la palme du martyre.
Voici quelques lignes du débat :

  • « Dubois-Crancé : — demande qu’on mette dans l’acte énonciatif le texte de la lettre de Louis à l’évêque de Clermont, qui porte que quand le roi aura recouvré son autorité, il rétablira le culte catholique.
  • Valazé : — relit le texte de la lettre.
  • Serre : — je demande qu’il ne soit pas parlé du culte, à moins que vous vouliez le faire un jour canoniser.
  • Sur la proposition de Ruhl, la Convention décrète qu’elle insérera dans l’acte le texte ainsi arrangé : — la nation vous accuse d’avoir manifesté le désir et la volonté de recouvrer votre ancienne puissance. » (Moniteur, année 1792, n° 348)

Nous devrions rougir de nous dire catholiques pour beaucoup d’entre nous, car, jusqu’à ce jour, nous avons souvent épousé les thèses ennemies, ceci par lâcheté, ou bien même convaincus que Louis XVI n’avait pas tout mis en œuvre pour sauver ses peuples de la barbarie.
Le Roi se tourne vers nous ce matin, alors qu’il s’avance vers son martyre. Sur ses lèvres, un des versets du psaume III qu’il vient de lire dans la voiture le conduisant au supplice : « Seigneur, que votre bénédiction se répande sur ce peuple qui est encore le vôtre ! » Il est habité par le silence en cet instant, malgré les sinistres roulements de tambours, les ordres militaires et les injures des Fédérés et des Jacobins massés sous le ciel lourd.
Où sont donc les « braves gens », comme il disait le 14 juillet 1791, tandis que tant de foule l’acclamait encore au cri de « Vive le roi ! » ?
Les princes eux-mêmes l’ont abandonné : ses frères les comtes de Provence et d’Artois, ses cousins, le prince de Condé et le duc de Bourbon, tous réfugiés à l’étranger contre l’ordre du Roi, attisant autour d’eux une violence et une haine dont le Roi ne pouvait qu’être victime.
Et le pape lui-même ne bougea guère.
Qu’importe… Notre Souverain ne cultive aucun ressentiment dans son cœur, pas plus qu’il ne le fit jamais au temps où ses plus grands courtisans dressèrent de lui dans l’opinion publique le portrait d’un homme sot et plat.
La propagande entretenue par les philosophes, les journalistes, par la cour, tissée patiemment depuis tant d’années porte enfin ses fruits. Parmi ses frères, Louis XVI était le seul à avoir cultivé, dès son enfance, les vertus de piété et d’honnête homme, de foi et d’intelligence. Il devait nécessairement tomber car il était bien l’incarnation de ce que les révolutionnaires ne pouvaient accepter plus longtemps, déjà par son sacre de roi et, de plus, par ce qu’il était comme homme, à savoir un chrétien essayant de vivre de façon héroïque, selon son état de vie, toutes les vertus chrétiennes.

Dans ses Conversations, réflexions rédigées lorsqu’il a une dizaine d’années à la demande de son exigeant précepteur le duc de La Vauguyon, il écrivait par exemple, encore duc de Berry : « Je me propose d’être, toute ma vie, fortement et constamment attaché à la piété et à tous les exercices de la piété. Je m’élèverai au-dessus de toute sorte de respect humain, et je prends la résolution ferme et sincère d’être hautement, publiquement, généreusement fidèle, à celui qui tient en sa main les rois et les royaumes. Je ne puis être grand que par lui, parce qu’en lui seul est la grandeur, la gloire, la majesté et la force, et que je suis destiné à être un jour sa vive image sur la terre ; je ne rougirai jamais de ce qui peut seul faire ma gloire. » (IVe Entretien, manuscrit 4428, Bibliothèque Nationale)

Sire, Votre Majesté n’a point failli et vous n’avez pas rougi car vous ne vous êtes pas trompé de gloire alors que le monde autour de vous était emporté par les ruses du démon.
En ce matin neigeux, qui donc est à plaindre, de vous ou de nous ? Vous accédez à l’antichambre du mystère. Les révolutionnaires, ce soir, vont illuminer les rues et organiser un bal public sur le lieu de votre martyre, mais la terreur va envelopper la ville saisie par la stupeur et l’effroi.
Le Fils de saint Louis n’est plus. Vive le Fils de saint Louis !

Ainsi soit-il.

Rd. Père Jean-François Thomas, s. j.

frise lys

Prône du Rd. Père Jean-François Thomas, lors de la Sainte Messe de Requiem chantée en l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile, à Paris, le 21 janvier 2022 au soir :

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.

Mes chers Frères,

Plus les années qui nous séparent de l’exécution criminelle de Louis XVI s’accumulent, plus se fortifie sous nos yeux le programme révolutionnaire qui mit à bas l’Autel et le Trône, qui détruisit avec rage et systématiquement les symboles et les traditions de notre pays chrétien. La Terreur ne s’est jamais aussi bien portée.

Les derniers jours, les dernières heures d’un condamné sont d’une densité à nulle autre pareille. Ne revenons pas cette fois sur des détails que chacun d’entre nous connaît et qui provoquent en nos cœurs une émotion toujours vivace. Qu’en fut-il en revanche de la dernière nuit de notre Roi et des pensées qui l’habitèrent durant ce matin tragique alors qu’il était emmené vers l’échafaud à travers les rues enneigées de Paris ? Nul ne peut percer les secrets d’une vie intérieure qui n’appartient qu’à Dieu. Nous savons qu’il dormit de minuit et demi à cinq heures. Il rendit le dernier soupir cinq heures plus tard. Louis XVI fut toujours un homme de méditation et de contemplation, ceci dès son enfance. Se souvint-il alors de cette dernière durant laquelle il ne trouva guère de bonheur que dans l’étude et l’éveil d’une intelligence curieuse de tout ? En fait, comme tout prince, et encore plus comme tout Dauphin, il ne fut jamais vraiment un enfant, écrasé par l’étiquette et mal aimé par rapport à ses frères. Il apprit très jeune à ne point se plaindre et ses précepteurs laïques et religieux ne le gratifièrent jamais d’une éducation libérale. Alors qu’il n’est point encore l’héritier mais seulement le duc de Berry, il est la dernière roue du carrosse. Il est d’usage de dire à cette époque : on s’extasie sur le duc de Bourgogne, on gâte le comte de Provence et on pourvoit aux besoins du duc de Berry. Dans sa cellule du Temple, en ces dernières heures dans son royaume terrestre, se revoit-il ainsi à la cour, à Versailles ? Entend-il encore l’enseignement donné dont un manuscrit garde la trace ? « Un prince est véritablement l’image de Dieu, lorsqu’il est juste et qu’il ne règne que pour faire régner la vertu… Le prince est établi de Dieu pour être aux autres hommes le modèle de toutes les vertus… Vous êtes absolument égal par la nature aux autres hommes et par conséquent vous devez être sensible à tous les maux et à toutes les misères de l’humanité… Un prince ne doit se divertir et s’amuser qu’après s’être exactement acquitté de ses devoirs, et seulement le temps nécessaire pour délasser l’esprit, fortifier le corps et entretenir la santé… Fils de saint Louis soyez semblable à votre père ; imitez sa foi, son zèle pour la religion. Soyez saint, juste et bon comme lui… Un trône est inébranlable lorsqu’il a pour fondement la raison et la justice, qu’on punit tout ce qui est mal et que l’on récompense tout ce qui est bien. » (Manuscrit 2324, Bibliothèque de l’Arsenal) Il avait compris ainsi, dès ses jeunes années, que sa vie ne lui appartenait pas et qu’il devait se laisser façonner, y compris dans ses habitudes et dans les actions les plus ordinaires du quotidien, par un modèle indélébile dont la source était le Ciel et dont les racines plongeaient dans l’héritage très chrétien de la couronne. Ceci est imprimé dans son âme et nul doute qu’il se pencha en ces dernières heures sur son obéissance, sur sa soumission au caractère inscrit en lui à jamais par le sacre de Reims, préparé par toutes ces années de formation quasi ascétique à la mission de roi.

Louis XVI se souvient aussi de tous les Entretiens rédigés dans son enfance par M. de La Vauguyon (lorsqu’il a neuf ans) et servant de canevas à sa formation morale et politique, comme ces textes extraordinaires sur la piété, la bonté, la justice et… la fermeté : « Voulez-vous être pieux ? Étudiez la Loi Naturelle, cette loi sainte gravée dans tous les Cœurs par la main de Dieu même ; comprenez toute l’étendue des devoirs qu’elle vous impose et de ceux qu’y ajoute la Loi révélée. […] La Bonté exige de vous de la sensibilité pour tous les hommes, de la clémence pour les coupables, de la compassion et de la générosité pour les malheureux, de la reconnaissance pour ceux qui vous sont particulièrement attachés, de la tendresse pour vos amis, de la politesse pour tous ceux qui vous entourent. En un mot la Bonté exige de vous que vous fassiez le bien de la société en général et celui même de chaque particulier. […] Voulez-vous être Juste ? Regardez vos sujets avec des yeux de Père, traitez-les comme vos propres Enfants. Éloignez pour jamais de votre cour les flatteurs. Aimez la vérité. » Et élément essentiel : « La Fermeté est pour tous les hommes et particulièrement pour les Princes, une vertu si absolument nécessaire que sans elle toutes les autres ne sont rien. En effet, quelque Pieux, quelque Bon, quelque Juste que vous soyez, si vous n’êtes Ferme, vous ne saisirez aucun principe, vos meilleures dispositions n’auront aucun effet… Né vertueux sans l’être réellement, vous souffrirez que le vice triomphe et ose opprimer le mérite et l’innocence. » (Manuscrit 4428, Bibliothèque Nationale) En cette nuit glaciale du 20 janvier 1793, le roi humilié et abandonné, isolé du reste de sa famille à la prochaine tragique destinée, pense peut-être à ce qui fut sa seule faiblesse, le manque de fermeté, faiblesse signant sa chute mais le couronnant de grandeur plus que celle du sacre. Peut-être s’est-il confié à ce sujet à son confesseur qui l’entendit longuement avant que le roi ne reposât son esprit dans un court sommeil.

Dieu parle dans les songes des justes comme nous le rapportent en maintes occasions les Saintes Écritures. En fut-il ainsi pour le Fils de saint Louis ? Dieu ne manque pas d’accorder les grâces et les consolations nécessaires pour affronter l’épreuve et pour entrer dans une bonne mort. Quelle paix enveloppa Louis XVI lorsque, l’âme purifiée par cette ultime confession, il trouva la force de s’endormir ? Nous possédons les Réflexions mises sur le papier par le jeune prince âgé d’une dizaine d’années. Le contenu est d’une maturité époustouflante et d’une constante profondeur humaine et spirituelle, comme ce commentaire composé à la demande de son père, Louis de France : « Un roi n’est digne de régner qu’autant qu’il fait la fonction de Dieu  sur la terre ; telle est l’étendue de ses obligations ; aussi le seul homme capable de rendre ses peuples heureux est celui qui n’accepte la royauté que pour l’amour d’eux, et dont le but, en gouvernant, est de ne jamais vouloir l’autorité et la grandeur pour lui, et de préférer toujours le salut de son royaume à sa tranquillité et à son bonheur. » (Maximes morales et politiques, publiées en 1814) Peut-on imaginer qu’un Archange ait tenu compagnie au Roi durant son repos, calmant une angoisse légitime, séchant ses larmes et proclamant qu’il avait dignement rempli son contrat en ne cherchant pas à sauver sa vie mais en acceptant de la sacrifier pour ses peuples et son royaume ? Cléry rapporte, dans son Journal du Temple, ces paroles du Roi le 20 janvier 1793 : « Je voudrais que ma mort fît le bonheur des Français et pût écarter les malheurs que je prévois. » Et quelques heures plus tard, sur l’échafaud, tandis qu’il était lié à la planche de la guillotine, il déclara paisiblement ces mots rapportés par le bourreau Sanson (Lettre au rédacteur du Thermomètre du Jour, 21 février 1793) : « Je voudrais que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français. » Aura-t-il reçu des lumières et des révélations particulières sur l’avenir de la France au cours de son sommeil si bref ? L’état actuel de notre pays, privé de son Roi, privé de Dieu, privé de morale même naturelle, ennemi y compris de l’homme créature de Dieu, montre bien que la mort du Roi fut un acte diabolique, répétition humaine de la condamnation de Notre Seigneur : « Oportet unum mori pro populo. » (« Il faut qu’un seul meure pour le peuple. » Évangile selon saint Jean, XI. 49 sq.) Robespierre n’avait-il pas déclaré lors du procès inique, tout en prétendant être un opposant à la peine de mort : « … mais Louis doit mourir parce qu’il faut que la patrie vive. » Hélas, la patrie n’est point la France et les valeurs de la République ne sont point celles de la foi chrétienne. Aucune conciliation n’est possible, sauf à s’acoquiner avec le Malin, comme nous ne cessons de le faire depuis plus de deux siècles jusqu’à atteindre aujourd’hui une asphyxie, signe avant-coureur du néant.

Plût au ciel que Louis ait peut-être bénéficié, durant son repos, de lumières au sujet du royaume qu’il allait remettre, en tant que simple lieutenant du Christ, entre les mains du Grand Capitaine ! Il aurait pu faire sienne cette émouvante dédicace de Georges Bernanos à son ami Jacques Vallery-Radot : « Quand je serai mort, dites au doux Royaume de la Terre que je l’aimais, plus que je n’ai osé dire… » Louis XVI est mort pour la France et par la France. Nous pourrions dire de cette trahison ce qui est aussi valable au sujet de tout lien fidèle à l’Église : la pire douleur n’est point de souffrir pour l’Église mais de souffrir par l’Église. Parmi tous nos rois, certains admirables, d’autres moins dignes de leur métier, Louis XVI fut un de ceux qui aima le plus ce et ceux qui lui avaient été confiés par le divin Maître de la vigne. Ses heures de solitude égrenées une à une au cœur de cette nuit terrible n’entamèrent pas son amour et sa fidélité, et, comme chacun le sait, y compris parmi ses ennemis, aucune amertume, aucun ressentiment, aucun désir de vengeance ne l’animèrent jamais. Les gouvernants de notre époque, tout pleins d’eux-mêmes et de leur misérable pouvoir, retireraient grand profit à se pencher sur la geste de nos rois qui sont aussi les leurs, ne leur en déplaise. Durant les deux longues heures que dura l’éprouvant trajet entre le Temple et le lieu de l’exécution, il ne fit que lire les prières apaisantes des agonisants dans le bréviaire de l’abbé Edgeworth, notamment ce psaume III, revêtu en ces instants d’un contenu prophétique. En voici quelques extraits dans cette belle traduction du XVIIe siècle que connut le Roi : « Seigneur, pourquoi mes persécuteurs se sont-ils multipliés ? Il est grand le nombre de ceux qui sont en insurrection contre moi ! […] Oui, vous serez ma gloire, et ma tête qu’ils vont abattre, vous la relèverez. […] Non je ne le craindrai pas, ce peuple innombrable qui m’environne. […] Que votre bénédiction se répande sur ce peuple qui est encore le vôtre ! »

Lorsque la tentation nous saisit de ne point aimer les ennemis, il est bon de regarder l’exemple de notre dernier souverain vraiment très chrétien. La désespérance n’habita jamais le cœur du Roi, et pourtant, il aurait eu bien des raisons de sombrer et de maudire. Ce qu’il vécut durant sa dernière nuit et à l’aube naissante fut le fruit de toute une éducation du cœur et de l’intelligence, éminent exemple de ce que la France était capable de produire en ses temps de gloire. Lorsque la tête royale roula dans le panier et qu’elle fut brandie triomphalement, nul peuple pour acclamer, contrairement à la légende enseignée dans les écoles par la République. Dans la boue et la neige fondante, ce ne sont que les rangs serrés des soldats fédérés et des Jacobins, piétinant sur place depuis une heure du matin, de crainte d’un ultime soulèvement populaire. Le Roi ne put donc jeter un dernier regard sur son peuple. Il n’était entouré que par les nouveaux grands prêtres et les pharisiens ricanant au pied de ce gibet. Ce ne sont pas les Parisiens qui trempèrent piques et mouchoirs dans le sang royal mais toute cette lie révolutionnaire qui, depuis, n’a jamais lâché prise et qui continue de danser de façon endiablée sur les ruines accumulées. Georges Bernanos, encore lui, écrivait à son ami Virgilio Mello Franco en 1940 : « Il nous reste les valeurs spirituelles françaises, comme une poignée de cendres dans la main. En soufflant dessus, on fera peut-être rougir une braise encore chaude, et si petite que soit la flamme, pourquoi n’embraserait-elle pas de nouveau la terre ? » (Correspondance, T. II, 1934-1948, 22 décembre 1940)

Le Roi pour le repos de l’âme duquel nous prions ce soir a peut-être reçu de l’Archange dans ses ultimes songes l’assurance que son sang ne serait pas versé en vain et que la braise rougeoyante ne s’éteindrait pas, aussi longtemps que des hommes pieux, bons, justes et fermes seraient enracinés dans son royaume.
A chacun d’entre nous, mes chers Frères, d’être un de ceux-là.

Rd. Père Jean-François Thomas, s. j.

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