3 octobre,
fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face, vierge, céleste patronne de la France en second et patronne des missions catholiques (en France, double de 2ème classe).

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face était avide de lire la Sainte Ecriture. Elle a écrit préférer en lire directement les textes plutôt que les commentaires, ce qui se comprend aisément pour une âme pure et contemplative entre laquelle et les paroles inspirées il ne se trouve point d’obstacle.
Pour le commun des pauvres pécheurs, en revanche, il faut bien le dire, l’accès aux textes sacrés est habituellement grandement facilité par les introductions, explications et commentaires donnés par les Pères et Docteurs de l’Eglise, mais, évidemment, les commentaires ne dispensent pas de lire ensuite – et surtout de méditer – le texte biblique lui-même.
On trouve plus de mille citations de la Sainte Ecriture dans les écrits de la sainte carmélite de Lisieux, et les minutieux « décortiqueurs » de textes se sont demandé de quelle traduction française de la Bible sont tirées les citations qu’elle en fait (puisque en effet elle ne comprenait pas le latin et lisait donc la Sainte Ecriture dans une traduction en langue vernaculaire).
De fait, il n’est pas très difficile de répondre à cette question : Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus avait à son usage un « Manuel du Chrétien ». Pour ceux qui l’ignorent, il s’agit d’un petit volume, facile à garder dans une poche, dans lequel se trouvent le Nouveau Testament, quelques prières, et « L’Imitation de Jésus-Christ ».

Une édition du « Manuel du chrétien » de 1887
A – La traduction dite « de Lallemand » :
Dans le « Manuel du Chrétien » utilisé par la jeune carmélite, édité en 1864, la traduction française du Nouveau Testament est celle dite « de Lallemant » : selon son nom complet « Le Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, traduit en français selon la Vulgate par le R.P. Dominique Bouhours, revue par le R.P. Lallement ».
Le Révérend Père Dominique Bouhours a été un célèbre jésuite du Grand Siècle (1628-1702) qui fut, entre autres, précepteur de Jean-Baptiste Colbert fils, marquis de Seignelay, dont notre chère marquise de Sévigné disait : « L’esprit lui sort de tous côtés », que La Fontaine et Boileau tenaient en très haute estime, et auquel Jean Racine soumettait certains de ses vers afin qu’il en corrigeât « les fautes contre la langue ».
Quant au Révérend Père Jacques-Philippe Lallemant (1660-1748), il fut un autre grand jésuite, théologien, exégète et polémiste, recteur du Collège Louis le Grand, à Paris, adversaire redouté des jansénistes.
Ainsi, on le voit, cette traduction du Nouveau Testament, que Sœur Thérèse portait pratiquement toujours sur elle, est faite à partir de la Vulgate par des prêtres réputés pour leur science et la sûreté de leur doctrine, dans un souci de rigoureuse orthodoxie.

B – La traduction de l’abbé Jean-Baptiste Glaire :
Au Carmel de Lisieux, à l’époque de Thérèse, on trouvait aussi – et là il ne s’agit pas de livres au format « de poche » – plusieurs exemplaires de « La Sainte Bible selon la Vulgate traduite en français avec des notes par l’Abbé J.B. Glaire ».
Sainte Thérèse la cite souvent, et elle lui est en effet très familière. Les traductions des textes liturgiques, en particulier ceux du Bréviaire romain, qui étaient lues le soir au réfectoire, provenaient de cette édition française de la Sainte Bible.
Prêtre, professeur d’Ecriture Sainte à la Sorbonne, l’Abbé Jean-Baptiste Glaire (1798-1879), ordonné en 1822, fut aussitôt nommé professeur d’hébreu au séminaire de Saint-Sulpice. Il garda cette charge jusqu’en 1831, où il fut promu à la faculté de théologie de la Sorbonne : professeur titulaire d’hébreu à partir de 1333, professeur d’Ecriture Sainte de 1842 à 1854, doyen de 1841 à 1851.
Il se retira en 1854 au séminaire d’Issy où il continua de publier. Depuis 1840 il était chanoine de la cathédrale-métropole Notre-Dame de Paris.
Le travail exégétique du chanoine Glaire faisait autorité dans l’Eglise de France au XIXème siècle. Sa traduction de la Bible en français d’après la Vulgate fut présentée au Saint-Siège par 56 évêques français désireux de faire pièce à la diffusion des Bibles protestantes : c’est dire son caractère rigoureusement orthodoxe, sanctionné par les approbations de cardinaux en vue.
Cette traduction tend à être davantage littérale que celle de Louis-Isaac Le Maistre de Sacy (voir ci-dessous), et ses textes d’introduction aux Livres Saints furent traduits en italien et en espagnol. D’un point de vue linguistique son travail de traduction fit l’objet d’une appréciation très élogieuse d’Etienne Quatremère, l’un des plus réputés parmi les orientalistes de la première moitié du XIXème siècle, professeur d’hébreu et de syriaque au Collège de France, puis de persan à l’Ecole des Langues Orientales.
Le chanoine Jean-Baptiste Glaire a également travaillé à la rédaction de l’Encyclopédie catholique, avec le vicomte Joseph-Alexis Walsh (1782-1860), et à celle du Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, monument incontournable tout particulièrement en raison des renseignements biographiques qu’il fournit sur un très grand nombre de personnages antérieurs à la révolution qu’il est difficile de trouver dans les modernes encyclopédies.

« La Sainte Bible selon la Vulgate » traduite par le chanoine Jean-Baptiste Glaire
première édition de luxe en 1865
C- La traduction du Maistre de Sacy :
La bibliothèque du Carmel de Lisieux possédait aussi en deux exemplaires la traduction de la Bible de Louis-Isaac Le Maistre de Sacy (1613-1684), intitulée « La Sainte Bible contenant l’Ancien et le Nouveau Testament traduite sur la Vulgate », mais aussi surnommée « La Bible de Port-Royal ».
Né d’un père huguenot, mais, par sa mère, neveu de la Mère Angélique Arnault, il fut ordonné prêtre en 1649, à 36 ans, ce qui est fort tard pour l’époque : il vit alors à Port-Royal des Champs, parmi les « Solitaires » depuis onze années.
Théologien et bibliste qui a été formé à l’Université de Paris, il est ami avec Blaise Pascal, Pierre Nicole et les Arnauld. Il appartient donc au « noyau dur » des jansénistes du milieu du XVIIème siècle ; cela lui vaudra d’ailleurs d’être embastillé pendant près de deux ans et demi (mai 1666 – novembre 1668).
Sa traduction de la Sainte Bible ne comporte à l’origine que les livres rédigés en hébreu (dits « protocanoniques », ce qui en un sens témoigne des influences protestantes sous-jacentes au jansénisme) ; par la suite il révisera cette traduction, aidé en cela par ses amis sus-cités, et y adjoindra dans un premier temps les « deutérocanoniques » du Nouveau Testament (1667), puis ceux de l’Ancien Testament (entre 1672 et 1684, date de sa mort).
En résumé, la « Bible du Maistre de Sacy », qui est véritablement remarquable par son admirable français classique, alors qu’elle se prétend une traduction de la Vulgate, n’en est toutefois pas strictement la transposition, parce qu’en plusieurs points elle préfère les variantes présentées par les manuscrits hébreux dont disposait Louis-Isaac aux leçons du texte de Saint Jérôme devenu officiel dans l’Eglise latine.
En outre le choix « des explications du sens littéral et du sens spirituel tirées des Saints Pères » (sic) données en commentaire, n’est pas exempt des orientations de la théologie janséniste.