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2020-62. « Il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. »

Infatigable chercheur de Dieu, chercheur de vérité et de sens, notre Bienheureux Père Saint Augustin s’est interrogé sur les rapports de l’intelligence et de la foi : dans le sermon qui suit, il s’est attaché à expliquer le sens de ces paroles du prophète Isaïe : « Si vous ne croyez vous ne comprendrez pas.» 

Antonio Rodríguez - Saint Augustin contemplant et écrivant

Antonio Rodriguez (1765-1823) : Saint Augustin contemplant et écrivant le fruit de sa contemplation

frise

« Il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. »

§ 1 – La foi est le principe de la vie surnaturelle, et par conséquence du bonheur.

Le principe d’une vie sainte, de la vie qui mérite l’éternelle vie, est la vraie foi. Or la foi consiste à croire ce qu’on ne voit pas, et la récompense de cette même foi est de voir ce qu’on croit. Le temps de la foi est donc comme le temps des semailles ; employons ce temps à semer. Semons ! Semons, sans nous lasser. Semons toujours. Semons jusqu’à ce que nous récoltions ce que nous avons semé.
Le genre humain s’était éloigné de Dieu et gisait dans ses iniquités ; pour revivre il nous fallait un Sauveur, comme il nous avait fallu un Créateur pour vivre. Dieu dans Sa justice avait condamné l’homme ; Il le délivra dans Sa miséricorde : « Le Dieu d’Israël donnera Lui-même à Son peuple la vertu et la force : qu’Il en soit béni » (Ps. LXVII, 36). Mais pour recevoir ces dons il faut croire ; le dédain les éloigne.

§ 2 – La foi est un pur don pour lequel il faut savoir rendre grâce.

Gardons-nous néanmoins de nous glorifier de la foi, comme si par nous-mêmes nous pouvions quelque chose pour elle.
La foi en effet n’est pas rien, elle est quelque chose de grand, et nul ne la possède que sûrement il ne l’ait reçue : « Qu’as-tu effectivement que tu ne l’aies reçu ? » (
I Cor. IV, 7). Voyez donc, mes bien-aimés, si vous ne devez pas en rendre grâces au Seigneur notre Dieu : prenez garde de vous montrer ingrats pour aucun de ces bienfaits, cette ingratitude vous ferait perdre ce que déjà Il vous a accordé.
Non, je ne puis louer dignement la foi, les fidèles cependant peuvent s’en faire une idée. Or si on s’en fait une idée exacte sous quelque rapport seulement, à combien de dons même divins ne doit-on pas la préférer ? Et s’il est vrai que nous devions reconnaître en nous les moindres bienfaits de Dieu, comment oublier le bienfait qui surpasse tous les autres ?

§ 3 – L’homme a reçu de Dieu des privilèges qui le différencient de toutes les autres créatures.

A Dieu nous sommes redevables d’être ce que nous sommes : à quel autre devons-nous de n’être pas entièrement rien ?
Mais les bois et les pierres sont aussi quelque chose n’est-ce pas également à Dieu qu’ils en sont redevables ? Qu’avons-nous alors de plus qu’eux ? Ils n’ont pas la vie, tandis que nous la possédons. Mais la vie même nous est commune avec les arbres et les végétaux. On parle en effet de la vie de la vigne. De fait, si elle n’était pas vivante, il ne serait pas écrit : « Il a tué leurs vignes par la grêle » (
Ps. LXXVII, 47). Elle vit donc quand elle verdit et en se desséchant elle meurt. Mais cette sorte de vie est dépourvue de sentiment. Et nous ? Nous sentons. On connaît les cinq sens corporels : nous voyons, nous entendons, nous flairons, nous goûtons et le tact répandu dans tout notre corps nous aide à discerner ce qui est mou et ce qui est dur, ce qui est âpre et ce qui est poli, ce qui est chaud et ce qui est froid. Oui, nous avons cinq sens : mais des animaux les possèdent également. 
Il y a certainement en nous quelque chose de plus ; et toutefois, mes frères, si nous considérions déjà les dons que nous venons d’énumérer, quelles actions de grâces, quelles louanges de nous faudrait-il pas élever vers le Créateur ?
Mais enfin quel est ce plus qui nous distingue des animaux ? L’intelligence, la raison, le discernement ; car ils n’appartiennent ni aux quadrupèdes, ni aux oiseaux, ni aux poissons, et c’est dans ces facultés que brille en nous l’image de Dieu. En effet, dans le récit que fait l’Ecriture de notre création, elle dit expressément pour nous préférer, ou plutôt pour nous préposer aux animaux, en d’autres termes pour nous les soumettre : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ; qu’il ait l’empire sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur tous les animaux et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre » (
Gen. I, 28). D’où lui vient cet empire ? De l’image de Dieu ; aussi adresse-t-on à quelques-uns ce reproche : « Ne ressemblez ni au cheval ni au mulet, animaux sans intelligence »
(Ps. XXXI, 9).
Cependant l’intelligence diffère de la raison. Car nous avons la raison avant d’avoir l’intelligence de quoi que ce soit, mais nous ne saurions avoir l’intelligence sans avoir la raison. L’homme est donc un animal doué de raison ou pour parler plus clairement et plus brièvement, un animal raisonnable, un animal qui possède naturellement la raison et qui la possède avant même de comprendre. Pourquoi effectivement cherche-t-il à comprendre, sinon parce que la raison préexiste en lui ?
La faculté qui nous rend supérieurs aux bêtes est donc ce que nous devons principalement cultiver, retoucher en quelque sorte et réformer en nous. Mais qui en sera capable, sinon l’artiste divin qui nous a formés ? Nous avons pu défigurer l’image de Dieu en nous, nous ne saurions la réparer. Ainsi donc, pour tout résumer en quelques mots, nous partageons l’être avec les bois et les pierres ; la vie avec les arbres ; le sentiment avec les bêtes ; l’intelligence avec les anges.
Par les yeux nous discernons les couleurs, le son par les oreilles, l’odeur par les narines, les saveurs par le goût, la chaleur par le tact et le mérite par l’intelligence.

§ 4 – Comment obtenir la foi ? La compréhension est-elle nécessaire à la foi, ou la foi nécessaire à la compréhension ? Qui pourra nous répondre sur ce sujet ? St Pierre nous enseigne qu’il nous faut être attentif à la réponse donnée par le prophète – Importance et fiabilité de la parole des prophètes.

Attention ! Chacun veut comprendre, il n’est personne qui n’ait ce désir ; mais tous ne veulent pas croire.
On me dit : Je dois comprendre pour croire ; je réponds : Crois pour comprendre. C’est donc entre nous une espèce de controverse, l’un disant : Je dois comprendre pour croire, et l’autre : Au contraire crois pour comprendre.
Pour nous entendre cherchons un juge et que nul ne prononce dans sa propre cause. Or à quel juge nous arrêter ? Après avoir examiné tous les hommes, j’ignore s’il est possible de rencontrer un juge préférable à l’homme que Dieu a choisi pour Son organe. Ainsi donc pour terminer ce débat n’ouvrons point les auteurs profanes, ne nous faisons point juger par un poète, mais par un prophète.
Lorsque accompagné de deux autres disciples du Sauveur, le bienheureux Apôtre Pierre, était sur la montagne avec le Seigneur Lui-même, il entendit une voix descendue du ciel, laquelle disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances écoutez-Le !» (Matt. XVII, 5). Et en rappelant ce trait, le même Apôtre dit dans une de ses épîtres : « Nous avons entendu cette voix descendue du ciel, lorsque nous étions avec Lui sur la montagne sainte ». Or après ces mots : « Nous avons entendu cette voix descendue du ciel », il ajoute : « Et nous avons la parole plus certaine des prophètes » (II Pierre, I, 18-19). Cette voix a retenti du haut du ciel ; et la parole des prophètes est pourtant plus certaine.
Soyez attentifs, mes bien-aimés : que Dieu seconde et mes désirs et votre attente, afin que je dise ce que je veux et comme je veux.
Qui de nous ne s’étonnerait d’entendre dire à l’Apôtre que la parole des prophètes est plus certaine qu’une voix descendue du ciel ? Il dit plus certaine ; plus certaine et non pas meilleure ni plus vraie. La parole descendue du.ciel est en effet aussi vraie que la parole des prophètes ; elle est aussi bonne, aussi utile. Que signifie donc plus certaine, sinon plus propre à inspirer la conviction ? Pourquoi ? Parce qu’il est des infidèles qui accusent le Christ d’avoir eu recours à la magie pour faire ce qu’Il a fait. En recourant aux conjectures humaines et aux prestiges coupables, les infidèles pourraient donc attribuer aussi aux arts magiques cette voix descendue du ciel.
Quant aux prophètes, ils sont antérieurs non-seulement à l’émission de cette voix, mais encore à l’Incarnation du Christ.
Le Christ ne S’était pas fait homme encore lorsqu’Il les envoya. Toi donc qui fais de lui un magicien, dis-moi : s’Il a pu, grâce à la magie, Se faire adorer même après Sa mort, avant de naître exerçait-il cet art ? Voilà pourquoi l’Apôtre Pierre a dit : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ». La voix du ciel est pour les fidèles un avertissement ; et pour les infidèles la parole des prophètes est une conviction. Ainsi donc, mes bien-aimés, nous comprenons pour quel motif Pierre a dit, même après avoir entendu la voix descendue du ciel : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ».
Voyez aussi quelle n’est pas la bonté du Christ ! Ce même Pierre de qui nous tenons cette sentence était un pêcheur, et aujourd’hui c’est pour un orateur un grand sujet de gloire de pouvoir le comprendre. Aussi l’Apôtre Paul disait aux premiers chrétiens : « Voyez, frères, votre vocation : ce n’est pas un grand nombre de sages selon la chair, ni un grand nombre de puissants et de grands que Dieu a choisis ; mais ce qui est faible selon le monde pour confondre ce qui est fort ; Il a choisi aussi ce qui est insensé selon le monde pour confondre les sages ; enfin Dieu a choisi ce qui est vil et méprisable selon le monde et les choses qui ne sont rien comme si elles étaient, pour anéantir les choses qui sont » (I Cor, I, 26-23).
De fait, si le Christ avait d’abord choisi l’orateur, l’orateur dirait : Ce choix est dû au mérite de mon éloquence. S’Il avait choisi le sénateur, celui-ci dirait encore : Ce choix est dû à la dignité qui me distingue. Si enfin Il avait d’abord choisi l’empereur, l’empereur dirait à son tour : C’est à ma puissance que je dois cette élection.
Que ces grands du monde attendent donc, qu’ils attendent un peu ; on ne les oublie pas, on ne les méprise pas, mais qu’ils attendent quelque temps, car ils pourraient en eux-mêmes se glorifier, d’eux-mêmes. Donne-moi plutôt ce pêcheur, dit le Christ, donne-moi cet homme grossier, cet ignorant, donne-moi cet homme à qui le sénateur dédaigne d’adresser la parole lors même qu’il lui achète son poisson : voilà celui qu’Il me faut, car il sera manifeste que c’est Moi qui fais tout, quand je l’aurai rempli de Moi-même. Sans doute J’appellerai aussi le sénateur, l’orateur et l’empereur, oui J’agirai sur le sénateur, mais sur le pêcheur mon action est plus visible. Le sénateur pourrait se glorifier de lui-même, l’orateur et l’empereur le pourraient également ; le pêcheur ne saurait se glorifier que du Christ. Viens donc, ô pêcheur, viens le premier pour enseigner la salutaire vertu d’humilité ; il conviendra mieux ensuite d’amener l’empereur par ton ministère.
Rappelez donc à votre souvenir ce pêcheur saint, juste, bon, rempli du Christ ; et dont les vastes filets jetés sur le monde ont dû retirer de l’abîme ce peuple avec les autres ; souvenez-vous que c’est lui qui a dit : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ». Je veux donc un prophète pour juge de notre controverse. De quoi s’agissait-il entre nous ? Tu disais : Je dois comprendre pour croire ; et moi : Crois pour comprendre. Voilà le motif du débat. Cherchons un juge, adressons-nous à un prophète, ou plutôt que Dieu même prononce par la bouche d’un prophète. Maintenant taisons-nous ; on sait ce qui a été dit de part et d’autre. Je veux comprendre, dis-tu, pour croire ; crois, répliqué-je, pour comprendre. Voici le prophète : « Si vous ne croyez, dit-il, vous ne comprendrez pas » (Isaïe, VII, 9, selon les LXX).

§ 5 – Le prophète Isaïe proclame qu’il est nécessaire de croire pour arriver à comprendre. S’ensuit-il qu’il ne faille pas comprendre pour croire ? Ceux qui demandent à comprendre pour croire ont déjà tant soit peu de foi ; ils veulent donc comprendre pour croire davantage, comprendre ma parole pour croire la parole de Dieu.

Pensez-vous néanmoins, mes bien-aimés, qu’il n’y a rien de vrai dans cette assertion : Je veux comprendre pour croire. Eh ! que prétendons-nous maintenant, si ce n’est d’amener à croire, non ceux qui ne croient nullement, mais ceux qui ne croient guère encore ? Seraient-ils ici, s’ils ne croyaient pas du tout ? La foi les a amenés à écouter, la foi les rend présents à la prédication de la parole de Dieu ; mais il faut arroser, nourrir et fortifier le germe de cette foi. C’est ce que nous faisons. « J’ai planté, dit l’Apôtre, Apollo a arrosé ; c’est Dieu qui donne l’accroissement. C’est pourquoi ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement » (I Cor. III, 6,-7). Ainsi en parlant, en exhortant, en enseignant, en persuadant, nous pouvons planter et arroser, mais sans faire croître.
C’est ce que savait cet homme avec qui s’entretenait un jour le Seigneur. La foi commençait à germer en lui, elle était tendre et fragile encore, elle était toute tremblante et cependant elle n’était pas entièrement nulle et c’était pour lui venir en aide qu’il disait : « Je crois, Seigneur ! »
Lorsque tout à l’heure on lisait l’Évangile, vous avez entendu ces mots : « Si tu peux croire, disait le Seigneur Jésus au père de l’enfant, tout est possible à qui a la foi ». Et se considérant soi-même, se posant en face de soi-même, sans se livrer à une téméraire confiance cet homme examine d’abord sa conscience ; il reconnaît qu’en lui il y a quelque peu de foi, mais il voit aussi que cette foi tremble : ni l’une ni l’autre de ces deux choses ne lui échappe. Il confesse donc la première et pour la seconde il demande un secours. « Je crois, dit-il, Seigneur ! » Ne devait-il pas ajouter : Aidez ma foi ? Il ne parle pas ainsi. « Je crois, Seigneur », dit-il. Je vois ici quelque chose de réel, je ne mens pas ; je crois et je dis vrai ; mais je vois aussi je ne sais quoi qui me déplaît. Je voudrais être ferme, mais je tremble encore. En vous parlant je suis debout, je ne suis pas renversé puisque je crois ; mais je chancelle : « Aidez mon incrédulité » (Marc, IX, 22, 23).
Ainsi, mes bien-aimés, celui-là même que j’ai en face, avec qui je suis dans une controverse que j’ai demandé au Prophète de vouloir bien dirimer, n’est pas non plus entièrement étranger à la vérité quand il dit : Je veux comprendre pour croire. Pourquoi ce que je dis présentement, sinon pour amener à croire ceux qui ne croient pas encore ? Mais peuvent-ils croire s’ils ne comprennent ce que je dis ?
Il est donc vrai sous un rapport que l’on doit comprendre pour croire, et il est vrai aussi de dire avec le prophète, que l’on doit croire pour comprendre.
Donc entendons-nous : Oui, il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. Voulez-vous que j’explique en deux mots et qu’il n’y ait plus de contestation possible ? Je dirai à chacun : Comprends ma parole, pour croire, et crois la parole de Dieu pour comprendre.

Saint Augustin

Voir aussi :
- L’enseignement de S.S. le Pape Benoît XVI au sujet des « trois conversions » de Saint Augustin > ici

2020-61. La Procession dominicale telle qu’elle se trouve prescrite dans les livres liturgiques traditionnels du diocèse de Viviers.

3 mai,
Fête de l’Invention de la Sainte Croix ;
Anniversaire du massacre des clercs de Lamastre par les huguenots en 1587 (voir > ici et > ici).

Blason Vivarais

Dans la liste des processions énumérées à l’article précédent (cf. > ici), par le chanoine Lesage, se trouve la Procession dominicale, au sujet de laquelle il écrit (en 1952) : « qui, en plusieurs diocèses, se fait encore tous les dimanches avant la grand’Messe ».
De fait, si elle était autrefois d’un usage général dans une majorité de diocèses – tout spécialement les diocèses de forte ruralité -, au début des années cinquante du précédent siècle la Procession dominicale avait tendance à disparaître.
L’une (mais pas l’unique) des raisons de cette disparition se trouve dans le fait que la baisse des vocations sacerdotales a peu à peu obligé de confier plusieurs villages à un même prêtre, lequel – devant célébrer deux, voire trois, messes dominicales -, a progressivement « allégé » le programme des cérémonies qu’ils assuraient le dimanche matin…

J’ai connu quelques personnes qui se souvenaient très bien de ces processions d’avant la grand’Messe. Elles sont aujourd’hui de moins en moins nombreuses.
Ainsi que le rappelle le chanoine Lesage dans l’article sus-cité, la Procession dominicale avant la grand’Messe a subsisté dans beaucoup de monastères traditionnels et quelques communautés religieuses.

Dans le diocèse de Viviers, sur le territoire duquel nous nous trouvons, elle était prescrite entre les deux fêtes de la Sainte Croix : depuis le 3 mai (fête de l’Invention de la Sainte Croix) jusqu’au 14 septembre (fête de l’Exaltation de la Sainte Croix).
C’est d’ailleurs à l’occasion de la procession du 3 mai 1587 que plusieurs ecclésiastiques massacrés par les huguenots à Lamastre, à une dizaine de lieues du Mesnil-Marie, ont subi le martyre (cf. > ici et > ici).

La Procession dominicale ne s’accomplit par sur un long parcours : elle ne sort généralement pas de l’enclos paroissial (quand il en existe encore un) et son unique station se fait soit au Calvaire qui y est érigé, soit devant une Croix de mission à proximité de l’église : elle est l’occasion d’implorer la protection et bénédiction de Dieu Notre-Seigneur sur la communauté paroissiale et ses biens, en demandant en particulier l’éloignement des catastrophes naturelles, épidémies, disettes… etc.
Cela demeure donc d’une constante actualité !

Voici recopié ci-dessous le rite particulier de cette Procession dominicale prescrit pour le diocèse de Viviers dans le supplément au Rituel Romain publié par l’ordre de l’un de nos anciens évêques.

Manuale sacerdotum - Viviers 1928

« Manuale sacerdotum » : Manuel des prêtres, ou supplément au Rituel Romain pour l’usage du diocèse de Viviers
publié en 1928 par ordre de Monseigneur Etienne-Joseph Hurault, évêque de Viviers

- Procession dominicale -

Cette procession se fait du 3 mai au 14 septembre, mais peut-être omise aux fêtes de 1ère classe.

Le célébrant et tous les assistants se mettent à genoux, et on chante la 1ère strophe de l’hymne suivante. Cette strophe chantée, tous se lèvent et on se rend processionnellement au lieu désigné pour la station. 

Veni Creator Spiritus
mentes tuorum visita :
imple superna gratia
quae tu creasti pectora.

Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei,
Fons vivus, ignis, caritas
Etspiritalis unctio.

Tu septiformis munere,
Digitus paternae dexterae.
Tu rite promissum Patris,
Sermone ditans guttura

Accende lumen sensibus
Infunde amorem cordibus,
Infirma nostri corporis
Virtute firmans perpeti.

Hostem repellas longius
Pacemque dones protinus ;
Ductore sic te praevio
Vitemus omne noxium.

Per te sciamus da Patrem,
Noscamus atque Filium;
Tequutriusque Spiritum
Credamus omni tempore

Deo Patri sit gloria,
Et Filio, qui a mortuis
SurrexitacParaclito
In saeculorum saecula. Amen

V./ Emitte Spiritum tuum et creabuntur.
R./ Et renovabis facien terrae.

Oremus :

Deus qui corda fidelium Sancti Spiritus illustratione docuisti : da nobis in eodem Spiritu recta sapere et de ejus semper consolatione gaudere. Per Christum Dominum nostrum.

R./ Amen.

Venez, Esprit Créateur,
Visiter les esprits de ceux qui Vous appartiennent ;
Emplisssez de la grâce d’en-haut
Les cœurs que Vous avez créés.

Vous qui êtes nommé le Paraclet,
Don du Dieu très-haut
Source vive, feu, charité
Et onction spirituelle.

Vous le don qui se manifeste en sept,
Doigt de la droite du Père,
Vous qui fûtes avec faveur promis par le Père,
Rendant nos bouches disertes

Allumez Votre lumière en nos sens,
Répandez l’amour en nos cœurs ;
L’infirmité de notre corps
Affermissez-la par une force perpétuelle.

Repoussez au loin l’ennemi,
Afin de nous donner bientôt la paix ;
Que marchant sous Votre conduite
Nous évitions toute souillure.

Par Vous que nous soit donné de connaître le Père,
Et que nous connaissions aussi le Fils;
Vous qui êtes l’Esprit de l’Un et de l’Autre,
Auquel nous soit donné de croire en tout temps.

Qu’à Dieu le Père soit la gloire,
Et au Fils, qui des morts
Est ressuscité, et au Paraclet
Dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

V./ Envoyez Votre Esprit et ils seront créés.
R./ Et Vous renouvellerez la face de la terre.

Prions :
O Dieu qui avez instruit les cœurs de Vos fidèles par l’illumination du Saint Esprit : donnez-nous en ce même Esprit de goûter ce qui est droit et de jouir toujours de Sa consolation. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
R./ Ainsi soit-il.

Ensuite le célébrant dit à genoux le Munda cor meum… Jube domne benedicere etc. Puis il se lève et chante l’Evangile (s’il est assisté d’un diacre, celui-ci demande la bénédiction au célébrant en disant : Jube, domne, benedicere. Le célébrant dit : Dominus sit in corde tuo… etc).

V./ Dominus vobiscum.
R./ Et cum spiritu tuo.

Sequentia sancti Evangelii secundum Mattheum.

In illo tempore : Ascendente Jesu in naviculam, secuti sunt eum discipuli ejus. Et ecce motus magnus factus est in mari, ita ut navicula operiretur fluctibus, ipse vero dormiebat. Et accesserunt ad eum discipuli ejus, et suscitaverunt eum dicentes : Domine, salva nos, perimus. Et dicit eis Jesus : Quid timidi estis, modicae fidei ? Tunc surgens imperavit ventis et mari, et facta est tranquillitas magna. Porro homines mirati sunt dicentes : Qualis est hic, quia venti et mare obediunt ei ?

V./ Le Seigneur soit avec vous.
R./ Et avec votre esprit.

Suite du saint Evangile selon Matthieu.

En ce temps là : Jésus étant monté dans la barque, Ses disciples Le suivirent. Et voilà qu’une grande tempête s’éleva sur la mer, de sorte que la barque était couverte par les flots ; Lui-même cependant dormait. Et Ses disciples s’approchèrent de Lui, et ils L’éveillèrent en disant : Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ! Et Jésus leur dit : Pourquoi êtes-vous craintifs, hommes de peu de foi ? Alors Se levant il commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme. Or, saisis d’admiration, ces hommes se disaient : Quel est Celui-ci, parce que les vents et la mer Lui obéissent ?

Le célébrant ou les chantres entonnent ensuite, selon le temps, l’une des antiennes suivantes de la Sainte Croix :

Au temps pascal : 

Ant. Crucem sanctam subiit, qui infernum confregit : accinctus est potentia, surrexit die tertia, alleluia.

V./ Dicite in nationibus, alleluia.
R./ Quia Dominus regnavit a ligno, alleluia.

Oremus :

Deus, qui pro nobis Filium tuum Crucis patibulum subire voluisti, ut inimici a nobis expelleres potestatem : concede nobis, famulis tuis, ut resurrectionis gratiam consequamur. Per eumdem Christum…
R./ Amen.

Hors le temps pascal :

Ant. Per signum Crucis de inimicis nostris libera nos, Deus noster.

V./ Omnis terra adoret te, et psallat tibi.
R./ Psalmum dicat nomini tuo, Domine.

Oremus :

Perpetua nos, quaesumus, Domine, pace custodi : quos per lignum Sanctae Crucis redimere dignatus es. Per Christum…
R./ Amen.

Il a subi la Croix sainte, Celui qui a abattu l’enfer : Il est ceint de puissance, Il est ressuscité le troisième jour, alléluia ! 

V./ Dites parmi les nations, alléluia.
R./ Que le Seigneur a régné par le bois, alléluia.

Prions :
O Dieu, qui avez voulu que pour nous Votre Fils subît le gibet de la Croix, pour que Vous nous arrachiez à la puissance de l’ennemi : accordez-nous, à nous qui sommes Vos serviteurs, que nous obtenions la grâce de la résurrection. Par ce même Jésus-Christ…
R./ Ainsi soit-il.

Par le signe de la Croix, libérez-nous de nos ennemis, ô notre Dieu !

V./ Que toute la terre Vous adore et qu’elle psalmodie pour Vous.
R./ Qu’elle dise un psaume à Votre Nom, ô Seigneur.

Prions :
O Seigneur, nous Vous le demandons, gardez-nous dans une paix perpétuelle : nous qui sommes ceux que Vous avez daigné racheter par le bois de la Sainte Croix. Par Jésus-Christ…
R./ Ainsi soit-il.

L’oraison terminée, le célébrant jette de l’eau bénite dans la direction des quatre points cardinaux, en chantant successivement :

Ter :
V./ A fulgure et tempestate,
R./ Libera nos, Domine.

Ter :
V./ Ab omni pestilentia et fame,
R./ L
ibera nos, Domine.

Ter :
V./
Ut fructus terrae dare et conservare digneris,
R./ Te rogamus, audi nos.

3 fois :
V./ De la foudre et de la tempête,
R./ Délivrez-nous, Seigneur.

3 fois :
V./ De toute épidémie et famine,
R./ Délivrez-nous, Seigneur.

3 fois :
V./ Pour que Vous daigniez nous donner et conserver les fruits de la terre.
R./ Nous Vous en prions, exaucez-nous.

Le célébrant, sans chanter, donne ensuite la bénédiction de la Croix ; après quoi tous se lèvent et l’on rentre à l’église en chantant l’hymne :

Ave, maris Stella,
Dei mater alma
Atque semper virgo
Felix caeli porta !

Sumens illud ave
Gabrielis ore,
Funda nos in pace
Mutans Evae nomen.

Solve vincla reis,
Profer lumen caecis ;
Mala nostra pelle
Bona cuncta posce.

Monstra te esse matrem,
Sumat per te preces
Qui pro nobis natus
Tulit esse tuus.

Virgo singularis
Inter omnes mitis,
Nos culpis solutos
Mites fac et castos.

Vitam praesta puram,
Iter para tutum
Ut videntes Jesum
Semper collaetemur.

Sit laus Deo Patri
Summo Christo decus
Spiritui sancto
Tribus honor unus. Amen

V./ Ora pro nobis, Sancta Dei Genitirix.
R./ Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

Oremus :

Concede nos, famulos tuos, quaesumus, Domine Deus, perpetua mentis et corporis sanitate gaudere : et gloriosa Beatae Mariae semper Virginis intercessione, a praesenti liberari tristitia et aeterna perfrui laetitia. Per Christum…

R./ Amen.

Salut, Etoile de la mer,
Auguste Mère de Dieu
Et toujours vierge,
Bienheureuse porte du Ciel !

En recevant ce salut
De la bouche de Gabriel
Etablissez-nous dans la paix
En changeant le nom d’Ève.

Déliez les liens des coupables,
Apportez la lumière aux aveugles ;
Chassez nos maux
Obtenez-nous tous les biens.

Montrez-vous notre mère,
Qu’Il accueille par vous nos prières
Celui qui, né pour nous,
Voulut être votre fils.

Vierge sans égale,
Douce entre tous,
Qu’après nous avoir libérés de nos fautes
Vous nous rendiez doux et chastes.

Accordez-nous une vie pure
Rendez notre chemin sûr
Pour que, voyant Jésus,
Nous nous réjouissions éternellement.

Qu’à Dieu le Père soit la louange,
L’honneur au Christ élevé au-dessus de tout,
Et à l’Esprit saint,
Aux Trois un unique honneur.  Ainsi soit-il.

V./ Priez pour nous, Sainte Mère de Dieu.
R./ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :
Accordez, nous Vous en prions, Seigneur, à nous qui sommes Vos serviteurs, de jouir d’une perpétuelle santé de l’esprit et du corps : et par la glorieuse intercession de la Bienheureuse Marie toujours Vierge, que nous soyons libérés de la tristesse du temps présent et jouissions de la joie éternelle. Par Jésus-Christ…
R./ Ainsi soit-il.

Viviers : la cathédrale Saint-Vincent au coeur de la "ville-haute"

Viviers, le rocher fortifié sur lequel se trouvent l’ancien quartier canonial, l’évêché médiéval et la cathédrale Saint-Vincent

Blason Vivarais

2020-60. Des processions (2ème partie) : Classification des processions.

Après l’introduction que nous en avons faite (cf. > ici), il me semble intéressant de recopier ci-dessous dans son intégralité la partie de l’article « Procession » du « Dictionnaire pratique de liturgie romaine » du chanoine Robert Lesage (ed. Bonne Presse – 1952) intitulée « Classification ».

Gentile Bellini Procession avec la relique de la Sainte Croix à Venise 1496

Gentile Bellini : Procession à Venise avec la relique de la Vraie Croix (1496)

nika

Classification :

Il faut distinguer :

I. Les processions ordinaires de l’année liturgique, qui se font chaque année, à date fixe, conformément aux prescriptions des livres liturgiques : à la Purification, aux Rameaux, le Jeudi et le Vendredi Saints, aux Rogations et à la fête du Corpus Christi.

II. Les processions ordinaires prescrites par le cérémonial pour le chant de l’Evangile à la Messe solennelle, pour les funérailles et l’absoute, pour la réception de l’Evêque diocésain et la visite pastorale, pour la Messe pontificale.

III. Les processions locales, autorisées en certains lieux par un long usage :

- La procession du Saint Jour de Pâques pendant les Vêpres ; les processions du Saint-Sacrement qui se font à date fixe à l’instar de celle du Corpus Christi ; la procession du Rosaire, au premier dimanche d’octobre ; celles qui se font annuellement à l’occasion de la fête du Patron d’une localité ou du Titulaire d’une église, etc…

- La procession dominicale, qui, en plusieurs diocèses, se fait encore tous les dimanches avant la grand’Messe, tire son origine des églises stationnales, où le Clergé et le peuple se rendaient pour la célébration de la Messe, ou de l’usage monastique de l’aspersion des lieux claustraux : cloître, réfectoire, puits, voire cuisine. Dans les villes, le Célébrant aspergeait aussi les maisons des fidèles et autres lieux, pour exprimer les bienfaits que Notre-Seigneur répandait de tous côtés, dans ses voyages. Le bénitier que l’on porte encore à cette procession, même si l’on n’y asperge plus, est un vestige de cet usage ancien.

- La procession solennelle du Vœu de Louis XIII se fait encore chaque année à l’issue des Vêpres du 15 août, dans toute la France.
Elle date de 1638, date de la consécration que fit le roi Louis XIII à la Reine du ciel, de sa personne et de son royaume, à la fois pour remercier Marie des victoires qu’il avait remportées par son intercession contre les hérésies, les fauteurs de troubles et les ennemis de la France, et pour lui demander un héritier. La déclaration royale (Lettres patentes expédiées de Saint-Germain-en-Laye le 10 février 1638 – [note : dans ce blogue on le trouve > ici]) constitue la 4ème leçon de la fête de la B.V.Marie selon le Vœu de Louis XIII, inscrite encore aujourd’hui à la date du 18 août dans le propre de Paris, au bréviaire.
A cette procession on porte la statue de la Sainte Vierge, on y chante le répons Félix es et les litanies de Lorette, et, au retour, l’antienne Sub tuum avec son verset et l’oraison Protege, enfin le psaume Exaudiat [note : dans ce blogue on trouve tous les textes de cette cérémonie > ici].

IV. Des processions extraordinaires peuvent être ordonnées par l’Evêque, après avis du chapitre cathédral, pour un motif d’intérêt public (can. 1292 ; S.R.C. nn. 217, 394, 1444), comme la translation d’une relique insigne, pour demander la pluie ou le beau temps, pour repousser la tempête, en temps de disette ou d’épidémie, en temps de guerre ou pour éloigner une calamité publique ou encore en action de grâces. Elles sont décrites au Rituel (tit. IX, c. VI à XIV).

Robert Lesage
in « Dictionnaire pratique de liturgie romaine », article « Procession », col. 847-849

A suivre : les Règles liturgiques qui régissent les processions > ici.

Gravure datée probablement de 1709 : ordre de procession de la châsse de Ste Geneviève

Procession de la châsse de Sainte Geneviève, à Paris, au début du XVIIIème siècle

nika

2020-58. Pour bien commencer le « mois de Marie », comprenons toute l’importance de la place et du rôle de Notre-Dame et de son culte.

1er mai,
Fête des Saints Apôtres Philippe et Jacques ;
Commencement du mois de Marie.

Madone à l'Enfant

frise

A toute vraie dévotion il faut des bases solides. Rien ne nous est donc plus opportun, que de nous convaincre tout d’abord du caractère sérieux du culte professé à l’égard de notre bonne Mère du ciel.
Saint Augustin nous enseigne que « la vertu de religion, c’est celle qui nous relie au Dieu tout puissant » (De vera relig. III, 113). Un acte n’est religieux que dans la mesure où il nous unit à notre Père qui est aux cieux : Si elle ne produisait pas ce résultat, notre dévotion à Marie serait vaine, illusoire, par conséquent inutile. Or, précisément, le meilleur moyen de nous approcher de Dieu, c’est notre piété envers la Reine du ciel. Nous la lui manifestons, en effet, par les prières que nous lui adressons et l’imitation que nous nous proposons de ses vertus ? Or tout cela réalise pleinement le but de la religion.

La prière unit le cœur et l’esprit à celui auquel on l’offre. Nous adressant à Marie, nous nous unissons à elle, créature excellente, très intimement unie à Dieu, par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Elle est unie à Jésus par l’unité du sang : elle est mère, il est fils.
Elle est unie à Jésus par l’unité des souffrances : ils ont la même vie cachée, obscure, de pauvreté et de labeur ; à l’heure du sacrifice rédempteur de l’Agneau de Dieu, ils ont même martyre ; les mêmes coups tombent, à la fois, sur le corps du Fils, sur l’âme de la Mère, et si, pour celle-ci, l’effusion du sang n’est pas réelle ni visible, elle n’en est pas moins douloureuse.

Marie, enfin, est unie à Jésus par la plénitude de la gloire. Si le Maître a promis de partager son trône avec nous, combien plus et mieux le donne-t-il à sa Mère : Adstitit Regina a dextris tuis (Ps. XLIV, 10). Le Christ est assis à la droite du Père, la Reine du ciel à la droite du Christ, et cette expression : « être assis », signifiant, participation à l’autorité suprême, au ciel, sur la terre, Jésus et Marie ne font qu’un.

Tout ce que la nature a de plus tendre, tout ce que la grâce a de plus puissant, concourt à fusionner l’âme de Marie et l’âme de Jésus. Il est donc hors de doute que la piété de nos vœux cherche Jésus en Marie, et que nos prières, nous unissant à la Mère, par le fait même, nous unissent au Fils.

C’est encore le résultat de l’imitation des vertus de la très sainte Vierge. Saint Paul disait (Galat., II, 20) : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». Et il ajoutait (1 Cor., IV) : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis du Christ ». Notre-Seigneur est tout entier dans ses saints. Alors, que penser de la Reine de tous les saints ? Elle est la traduction, aussi parfaite qu’elle est humainement possible, des vertus du divin modèle. Comme il pense, elle pense ; comme il aime, elle aime ; comme il agit, elle agit. La suivre, c’est suivre Jésus ; l’imiter, c’est imiter Jésus ; l’atteindre, c’est atteindre Jésus.

Rien donc de plus sérieux que le culte de Marie, rien de plus intelligent que la piété envers cette bonne Mère ! Que nos cœurs se réjouissent d’avoir, durant ce mois béni, l’occasion en exerçant leur dévotion, de la réchauffer, de la rendre plus fervente, de la montrer plus délicatement généreuse : qu’ils fassent dans ce but, les efforts les plus aimants : Jésus, par Marie, les en bénira.

Résolution : Etre fidèle à l’exercice chaque jour durant ce mois consacré à la sainte Vierge.
Bouquet spirituel : A Jésus par Marie ! Ad Jesum per Mariam !

Monseigneur Augustin Gonon, évêque de Moulins (1869-1942)
in « Un mois à la Sainte Vierge »
Chapitre introductif : « ouverture des exercices »

Trois lys blancs

2020-56. De la solennité de Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle, jadis fête du Patronage de Saint Joseph, célébrée au mercredi de la deuxième semaine après l’Octave de Pâques.

Mercredi de la 2ème semaine après l’Octave de Pâques,
Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle.

Trois lys blancs

Dans les pages de ce blogue (voir > ici), nous avons publié un article traitant de la grande dévotion de Sainte Thérèse de Jésus, réformatrice du Carmel, envers Saint Joseph.
Le Carmel thérésien eut assez vite une fête du Patronage de Saint Joseph dans son calendrier particulier, pour célébrer la protection et la dévotion spéciales du Carmel, héritée de sa sainte réformatrice, et remercier le Patriarche du Nouveau Testament pour toutes ses attentions et prévenances envers l’Ordre.

Le 10 septembre 1847, par un décret nommé « Inclytus Patriarcha Ioseph », le Bienheureux Pie IX étendit à toute l’Eglise latine cette fête du Patronage de saint Joseph, qu’il fixa au troisième dimanche après Pâques sous le rite double de deuxième classe.
Puis, le 8 décembre 1870, par un décret « Urbi et orbi » intitulé « Quemadmodum Deus », dont nous donnons ci-dessous la traduction, ce même Bienheureux Pie IX déclara officiellement Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, et il statua alors que la fête du 19 mars serait désormais célébrée sous le rite double de première classe (mais sans octave, en raison du carême).

En 1911, Saint Pie X changea l’intitulé de cette Fête du Patronage de Saint Joseph qu’il renomma Solennité de Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle, en même temps qu’il la dotait d’une octave commune (le jour de l’octave étant célébré sous le rite double majeur).
Toutefois, en 1913, dans la volonté de « libérer » les dimanches dont la célébration était trop régulièrement empêchée par celle des fêtes de saints, Saint Pie X déplaça cette solennité au mercredi précédant le troisième dimanche après Pâques, puisque selon la dévotion traditionnelle le mercredi est le jour spécialement dédié à Saint Joseph.

En 1955, les réformes entreprises sous le pontificat du Vénérable Pie XII, supprimèrent cette Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, au profit d’une nouvelle fête, dite de « Saint Joseph ouvrier », fixée au 1er mai dans l’espoir de christianiser la « fête du travail » célébrée ce jour-là par les syndicats d’inspiration marxiste.
Cette tentative se solda, n’hésitons pas à le dire, par un lamentable échec, au point que moins de quinze ans plus tard le calendrier de la réforme liturgique post-conciliaire rétrograda de manière significative cette fête du 1er mai en « mémoire facultative » (sic) !!!

En revanche, pour les vétérocalendaires - qui conservent un calendrier liturgique propre et les rubriques  antérieurs à toutes les réformes intervenues depuis 1950 (dont nous sommes) -, la Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, avec son octave, demeurent.

Eglise St Joseph à Angers - Pie IX proclame Saint Joseph patron de l'Eglise universelle

Eglise Saint-Joseph, à Angers :
Pie IX proclame Saint Joseph patron de l’Eglise universelle
(l’Eglise étant représentée sous la figure d’un navire dont le saint Pontife tient le gouvernail)

Armoiries de Pie IX

 Décret « Urbi et orbi » Quemadmodum Deus

Pie IX, Pape pour perpétuelle mémoire

De même que Dieu établit le Patriarche Joseph, fils de Jacob, gouverneur de toute l’Egypte, pour assurer au peuple le froment nécessaire à la vie, ainsi, lorsque furent accomplis les temps où l’Eternel allait envoyer sur la terre Son Fils unique, pour racheter le monde, Il choisit un autre Joseph dont le premier était la figure ; Il l’établit seigneur et prince de Sa maison et de Ses biens ; Il commit à sa garde Ses plus riches trésors.
En effet, Joseph épousa l’Immaculée Vierge Marie, de laquelle, par la vertu du Saint-Esprit, est né Jésus-Christ, qui voulut aux yeux de tous passer pour le fils de Joseph et daigna lui être soumis. Celui que tant de prophètes et de rois avaient souhaité de voir, non seulement Joseph Le vit, mais il conversa avec Lui, il Le pressa dans les bras d’une paternelle tendresse, il Le couvrit de baisers ; avec un soin jaloux et une sollicitude sans égale, il nourrit Celui que les fidèles devaient manger comme le Pain de l’éternelle vie.

En raison de cette dignité sublime, à laquelle Dieu éleva Son très fidèle serviteur, toujours l’Eglise a exalté et honoré Saint Joseph d’un culte exceptionnel, quoique inférieur à celui qu’elle rend à la Mère de Dieu ; toujours, dans les heures critiques, elle a imploré son assistance.
Or, dans les temps si tristes que nous traversons, quand l’Eglise elle-même, poursuivie de tous côtés par ses ennemis, est accablée de si grandes calamités que les impies se persuadent déjà qu’il est enfin venu le temps où les portes de l’enfer prévaudront contre elle (cf. note ci-dessous), les vénérables Pasteurs de l’Univers catholique, en leur nom et au nom des fidèles confiés à leur sollicitude, ont humblement prié le Souverain Pontife qu’il daignât déclarer Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle.

Ces prières ayant été renouvelées plus vives et plus instantes durant le saint concile du Vatican, Notre Saint-Père Pie IX, profondément ému par l’état si lamentable des choses présentes et voulant se mettre, lui et tous les fidèles, sous le très puissant patronage du saint patriarche Joseph, a daigné se rendre aux vœux de tant de vénérables Pontifes.

C’est pourquoi il déclare solennellement Saint Joseph Patron de l’Eglise catholique.

Sa Sainteté ordonne en même temps que la fête du saint, fixée au 19 mars, soit désormais célébrée sous le rite double de première classe, sans octave toutefois, à cause du saint Carême.

Elle a voulu en outre que la présente déclaration fût faite par décret de la Sacrée Congrégation des Rites, en ce jour consacré à la Vierge Immaculée, Mère de Dieu, épouse du très chaste Joseph, et que ce décret ait force de loi, nonobstant toute opposition ou disposition contraire.

S. Congrégation des Rites, Rome,
le 8 décembre 1870

Note : Ce décret du 8 décembre 1870 fait évidemment allusion aux persécutions contre le Saint Siège et le Souverain Pontife menée par la secte maçonnique qui, depuis le milieu du XIXe siècle, a voulu abattre l’Eglise catholique romaine en spoliant les Etats de l’Eglise, garantie de son indépendance depuis Pépin le Bref. Le 20 septembre précédent (cf. > ici), au terme de dix années de combats, et d’invasions progressives du Patrimoine de Saint-Pierre, la ville de Rome a été envahie par les soldats piémontais et le Bienheureux Pie IX s’est, de fait, retrouvé prisonnier dans l’enceinte du Vatican.

Pie IX place l'Eglise sous le patronage de Saint Joseph - église de Saint-Ouën-des-Toits

Le Bienheureux Pie IX plaçant l’Eglise universelle sous le patronage de Saint Joseph
(église de Saint-Ouën des Toits – Bas Maine, diocèse de Laval)

On trouvera dans les pages de ce blogue :
- La BD « Ite ad Joseph » > ici
- Le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle » > ici
- Les salutations à Saint Joseph composées par Saint Jean Eudes > ici
- D’autres prières à Saint Joseph, dont la prière spéciale publiée par Léon XIII marquant son patronage sur l’Eglise universelle > ici

Trois lys blancs

2020-55. De Saint Pierre Canisius, théologien du concile de Trente, modèle des catéchistes, second apôtre de l’Allemagne, & Docteur de l’Eglise.

27 avril,
Fête de Saint Pierre Canisius, confesseur et docteur de l’Eglise.

Voici la catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrée à Saint Pierre Canisius, délivrée lors de l’audience pontificale générale du mercredi 9 février 2011.

St Pierre Canisius catéchisant

Saint Pierre Canisius catéchisant

Chers frères et sœurs,

Je voudrais vous parler aujourd’hui de saint Pierre Kanis, Canisius, forme latinisée de son nom de famille, une figure très importante du XVIe siècle catholique.
Il était né le 8 mai 1521 à Nimègue, en Hollande. Son père était bourgmestre de la ville. Alors qu’il était étudiant à l’université de Cologne, il fréquenta les moines chartreux de Sainte-Barbara, un centre dynamique de vie catholique, ainsi que d’autres hommes pieux qui cultivaient la spiritualité dite devotio moderna. Il entra dans la Compagnie de Jésus le 8 mai 1543 à Mayence (Rhénanie-Palatinat), après avoir suivi un cours d’exercices spirituels sous la direction du bienheureux Pierre Favre, Petrus Faber, l’un des premiers compagnons de saint Ignace de Loyola. Ordonné prêtre en juin 1546 à Cologne, dès l’année suivante, comme théologien de l’évêque d’Augsburg, le cardinal Otto Truchsess von Waldburg, il participa au Concile de Trente, où il collabora avec deux confrères, Diego Laínez et Alfonso Salmerón.

En 1548, saint Ignace lui fit terminer sa formation spirituelle à Rome et l’envoya ensuite au Collège de Messine pour accomplir d’humbles travaux domestiques.
Ayant obtenu à Bologne un doctorat en théologie le 4 octobre 1549, il fut destiné par saint Ignace à l’apostolat en Allemagne. Le 2 septembre de cette même année, 1549, il rendit visite au Pape Paul III à Castel Gandolfo, puis se rendit dans la basilique Saint-Pierre pour prier. Là, il implora l’aide des grands saints apôtres Pierre et Paul, afin qu’ils accordent une efficacité permanente à la Bénédiction Apostolique pour son grand destin, pour sa nouvelle mission. Dans son journal, il note certaines phrases de cette prière. Il dit : « J’ai alors ressenti qu’un grand réconfort et que la présence de la grâce m’étaient accordés au moyen de ces intercesseurs [Pierre et Paul]. Ils confirmaient ma mission en Allemagne et semblaient me transmettre, comme apôtre de l’Allemagne, le soutien de leur bienveillance. Tu sais, Seigneur, de combien de façons et combien de fois en ce même jour Tu m’as confié l’Allemagne pour laquelle, par la suite, je continuerais à être sollicité, pour laquelle je désirerais vivre et mourir ».

Nous devons tenir compte du fait que nous nous trouvons à l’époque de la Réforme luthérienne, au moment où la foi catholique dans les pays de langue germanique, face à l’attraction de la Réforme, semblait s’éteindre.
Le devoir de Pierre Canisius, chargé de revitaliser, de renouveler la foi catholique dans les pays germaniques, était presque impossible. Il n’était possible que par la force de la prière. Il n’était possible qu’à partir du centre, c’est-à-dire d’une profonde amitié personnelle avec Jésus Christ ; une amitié avec le Christ dans Son Corps, l’Eglise, qui doit être nourrie dans l’Eucharistie, Sa Présence Réelle.

En suivant la mission reçue par Ignace et par le Pape Paul III, Pierre Canisius partit pour l’Allemagne et se rendit avant tout dans le duché de Bavière, qui pendant de nombreuses années, fut le lieu de son ministère. En tant que doyen, recteur et vice-chancelier de l’université d’Ingolstadt, il s’occupa de la vie académique de l’Institut et de la réforme religieuse et morale du peuple. A Vienne, où, pendant une brève période, il fut administrateur du diocèse, il accomplit son ministère pastoral dans les hôpitaux et dans les prisons, tant en ville que dans les campagnes, et prépara la publication de son Catéchisme. En 1556, il fonda le Collège de Prague et, jusqu’en 1569, il fut le premier supérieur de la province jésuite de l’Allemagne supérieure.

Dans le cadre de cette charge, il établit dans les pays germaniques un réseau étroit de communautés de son Ordre, en particulier de collèges, qui devinrent des points de départ pour la réforme catholique, pour le renouveau de la foi catholique. A cette époque, il participa également au colloque de Worms avec les dirigeants protestants, parmi lesquels Philip Mélanchthon (1557) ; il exerça la fonction de nonce pontifical en Pologne (1558) ; il participa aux deux Diètes d’Augsbourg (1559 et 1565) ; il accompagna le cardinal Stanislas Hozjusz, légat du Pape Pie IV auprès de l’empereur Ferdinand (1560) ; il intervint à la session finale du Concile de Trente, où il parla de la question de la Communion sous les deux espèces et de l’index des livres interdits (1562).

En 1580, il se retira à Fribourg en Suisse, en se consacrant totalement à la prédication et à la composition de ses œuvres, et c’est là qu’il mourut le 21 décembre 1597.
Béatifié par le bienheureux Pie IX en 1864, il fut proclamé en 1897 le deuxième Apôtre de l’Allemagne par le Pape Léon XIII, et canonisé et proclamé Docteur de l’Eglise par le Pape Pie XI en 1925.

Saint Pierre Canisius passa une bonne partie de sa vie au contact des personnes les plus importantes socialement de son époque et exerça une influence particulière par ses écrits.
Il fut l’éditeur des œuvres complètes de saint Cyrille d’Alexandrie et de saint Léon le Grand, des Lettres de saint Jérôme et des Oraisons de saint Nicolas de Flüe. Il publia des livres de dévotion en plusieurs langues, les biographies de plusieurs saints suisses et de nombreux textes d’homilétique.
Mais ses écrits les plus répandus furent les trois Catéchismes composés entre 1555 et 1558. Le premier Catéchisme était destiné aux étudiants en mesure de comprendre des notions élémentaires de théologie ; le deuxième aux jeunes du peuple pour une première instruction religieuse ; le troisième aux jeunes ayant une formation scolaire de niveau secondaire et supérieur. La doctrine catholique était exposée sous forme de questions et réponses, brièvement, dans des termes bibliques, avec une grande clarté et sans accents polémiques. Rien que de son vivant, on dénombrait déjà 200 éditions de ce Catéchisme ! Et des centaines d’éditions se sont succédé jusqu’au XXe siècle. Ainsi en Allemagne, les personnes de la génération de mon père appelaient encore le Catéchisme simplement le Canisius : il est réellement le catéchiste à travers les siècles, il a formé la foi de personnes pendant des siècles.

C’est bien une caractéristique de saint Pierre Canisius : savoir composer harmonieusement la fidélité aux principes dogmatiques avec le respect dû à chaque personne. Saint Canisius a fait la distinction entre l’apostasie consciente, coupable, de la foi, et la perte de la foi non coupable, du fait des circonstances. Et il a déclaré, à l’égard de Rome, que la plupart des Allemands passés au protestantisme étaient sans faute. A un moment historique de fortes oppositions confessionnelles, il évitait — c’est quelque chose d’extraordinaire — l’âpreté et la rhétorique de la colère — quelque chose de rare comme je l’ai dit en ces temps de débats entre chrétiens, — et il visait uniquement à la présentation des racines spirituelles et à la revitalisation de la foi dans l’Eglise. C’est à cela que servit la connaissance vaste et profonde qu’il avait des Ecritures Saintes et des Pères de l’Eglise : cette même connaissance sur laquelle s’appuya sa relation personnelle avec Dieu et l’austère spiritualité qui lui venait de la devotio moderna et de la mystique rhénane.

La spiritualité de saint Canisius se caractérise par une profonde amitié personnelle avec Jésus. Il écrit, par exemple, le 4 septembre 1549 dans son journal, parlant avec le Seigneur : «Toi, à la fin, comme si Tu m’ouvrais le Cœur du Très Saint Corps, qu’il me semblait voir devant moi, Tu m’as commandé de boire à cette Source, en m’invitant pour ainsi dire à puiser les eaux de mon salut à Tes sources, ô mon Sauveur». Puis il voit que le Sauveur lui donne un vêtement en trois parties qui s’appellent paix, amour et persévérance. Et avec ce vêtement composé de paix, d’amour et de persévérance, Canisius a mené son œuvre de renouveau du catholicisme. Son amitié avec Jésus — qui est au centre de sa personnalité — nourrie par l’amour de la Bible, par l’amour du Sacrement, par l’amour des Pères, cette amitié était clairement unie avec la conscience d’être dans l’Eglise un continuateur de la mission des Apôtres. Et cela nous rappelle que chaque évangélisateur authentique est toujours un instrument uni — et cela même le rend fécond — avec Jésus et avec Son Eglise.

Saint Pierre Canisius s’était formé à l’amitié avec Jésus dans le milieu spirituel de la Chartreuse de Cologne, dans laquelle il était en contact étroit avec deux mystiques chartreux : Johann Lansperger, latinisé en Lanspergius, et Nicolas van Hesche, latinisé en Eschius. Il approfondit par la suite l’expérience de cette amitié, familiaritas stupenda nimis, avec la contemplation des mystères de la vie de Jésus, qui occupent une grande partie des Exercices spirituels de saint Ignace. Son intense dévotion au Cœur du Seigneur, qui atteint son sommet dans la consécration au ministère apostolique dans la Basilique vaticane, trouve ici son fondement.

Dans la spiritualité christocentrique de saint Pierre Canisius s’enracine une conviction profonde : il n’y a pas d’âme soucieuse de sa propre perfection qui ne pratique chaque jour la prière, l’oraison mentale, moyen ordinaire qui permet au disciple de Jésus de vivre dans l’intimité du Maître divin. C’est pourquoi, dans les écrits destinés à l’éducation spirituelle du peuple, notre saint insiste sur l’importance de la liturgie avec ses commentaires des Evangiles, des fêtes, du rite de la Messe et des autres sacrements, mais, dans le même temps, il a soin de montrer aux fidèles la nécessité et la beauté de la prière personnelle qui accompagne et imprègne la participation au culte public de l’Eglise.

Il s’agit d’une exhortation et d’une méthode qui conservent leur valeur intacte [...] : la vie chrétienne ne croît pas si elle n’est pas nourrie par la participation à la liturgie, de manière particulière à la Messe dominicale, et par la prière personnelle quotidienne, par le contact personnel avec Dieu. Parmi les mille activités et les multiples stimulations qui nous entourent, il est nécessaire de trouver chaque jour des moments de recueillement devant le Seigneur pour l’écouter et parler avec Lui.

Dans le même temps, l’exemple que saint Pierre Canisius nous a laissé, non seulement dans ses œuvres, mais surtout à travers sa vie, est toujours actuel et d’une valeur permanente. Il enseigne avec clarté que le ministère apostolique n’est incisif et ne produit des fruits de salut dans les cœurs que si le prédicateur est un témoin personnel de Jésus et sait être un instrument à sa disposition, étroitement uni à Lui par la foi dans Son Evangile et dans Son Eglise, par une vie moralement cohérente et par une prière incessante comme l’amour. Et cela vaut pour chaque chrétien qui veut vivre avec engagement et fidélité son adhésion au Christ [...].

Armoiries de Benoît XVI

2020-53. De l’interdit jeté sur le Royaume de France.

Mercredi 22 avril 2020.

Tiare et clefs

Qu’est ce que la peine canonique appelée « interdit » ?

Parmi les sanctions pénales dont la Sainte Eglise peut user, en vertu de son droit propre,
- soit afin de permettre une conversion et une guérison spirituelle,
- soit pour favoriser l’expiation d’une faute grave et la réparer,
se trouve la peine que l’on nomme en français « interdit » (en latin : interdictum).

Cette sentence ecclésiastique, différente de l’excommunication, prive d’un certain nombre de biens spirituels et, en particulier, elle interdit la célébration publique du culte et des sacrements,
- a) dans un lieu donné : une ville, une province ou un pays tout entier : il s’agit alors d’un « interdit local » ou « interdit territorial » ;
- b) pour une personne ou un groupe de personnes : tel clerc ou tel laïc, ou tel groupe de fidèles (une paroisse, une communauté religieuse) : en ce cas il s’agit d’un « interdit personnel ».

Les expressions qui sont liées à cette sanction sont : « être frappé d’interdit », « jeter l’interdit sur une ville (ou un royaume) », « lancer l’interdit », « lever l’interdit »…

L’interdit peut être fulminé par le Pontife romain ou par un évêque (dans le cadre de sa juridiction particulière).
Relativement fréquent au Moyen-Age, la pratique en a été fermement maintenue par le concile de Trente et par le code de droit canonique de 1917, tandis que le code de 1983 (canon 1332) semble ignorer l’interdit local et ne plus mentionner que brièvement l’interdit personnel en renvoyant aux mêmes défenses que celles qui sont faites aux excommuniés (canon 1331).

Jusqu’à la réception de l’absolution et à la sentence de levée de l’interdit, il a pour effet la privation des biens spirituels : défense de participer à la Sainte Messe, de recevoir tous les sacrements et sacramentaux, d’assister et à toutes les cérémonies du culte public, et privation de la sépulture en terre bénite. 

Vasari-1573- Excommunication de Frédéric II par Grégoire IX

Giorgio Vasari : Grégoire IX jetant l’interdit sur Frédéric II de Hohenstaufen (fresque de 1573)

Conséquences d’un interdit local :

Normalement, l’interdit territorial suspend donc toute la vie religieuse d’une localité, d’une région, voire d’un royaume.
Aux âges de foi, cet arrêt du culte public et cette impossibilité de recevoir les sacrements et sacramentaux était perçue comme une véritable catastrophe, non seulement pour les individus mais pour toute la société : et c’en est une en vérité, puisque, du fait de l’interdit, une portion entière du « peuple de Dieu » se trouve coupée des sources de la grâce et, en quelque manière, soumise à une malédiction, à une réprobation divine !

Dans un lieu frappé d’interdit, les enfants ne peuvent plus être baptisés à l’église,  et donc – s’ils meurent sans baptême – ils sont privés de la vision divine – ; les mourants ne peuvent recevoir l’extrême-onction et, s’ils meurent en état de péché grave et sans un repentir personnel suffisant, ils risquent fort de tomber en enfer ; la confirmation ne peut être donnée, les mariages ne peuvent être célébrés et les ordinations sont différées…
La menace de l’interdit devenait de fait un moyen de pression très puissant que l’Église catholique brandissait pour obliger une autorité laïque à lui obéir ou à s’amender : un prince ou un roi chrétien dont le territoire est frappé d’interdit risque fort de voir ses peuples se révolter contre son autorité, en effet.

Tant que durait l’interdit, les églises étaient fermées (il arrivait que leur portail principal fut obstrué par des branchages), les cimetières étaient eux aussi fermés et les cérémonies de sépulture n’y pouvaient avoir lieu : même les réunions où s’assemblaient les paroissiens pour décider des affaires du village étaient empêchées puisque, la plupart du temps, elles se tenaient soit dans les cimetières, soit sous le préau de l’église, soit encore dans l’église elle-même.
Les cloches ne sonnaient plus (on allait parfois jusqu’à retirer leurs battants ou à les descendre du clocher) ce qui signifie non seulement que leur « voix » consacrée – qui a valeur d’exorcisme « contre les esprits de malice répandus dans les airs » (Eph. VI, 12) -, ne sanctifiait plus le rythme des journées, mais qu’on n’avait plus le moyen d’informer des décès de la communauté (glas) ou d’alerter la population en cas de danger (tocsin). 

À partir du règne du pape Martin V (1417-1431), la discipline théorique de l’interdit fut un peu assouplie : il fut autorisé de donner les derniers sacrements aux mourants, de marquer les grandes fêtes religieuses, et même de célébrer la Sainte Messe dans l’église, mais sans solennité et les portes étant closes.

excommunication de Robert II

« L’excommunication de Robert II »,
ici représentée par Jean-Paul Laurens en 1875
est en réalité est un fait légendaire

L’interdit jeté sur la France au mois de mars 2020 :

Le royaume de France fut parfois frappé d’interdit.
Certaines notices historiques (et de nombreuses illustrations) prétendent que ce fut le cas sous Robert II, dit le Pieux, dont ils assurent aussi qu’il fut excommunié : en réalité son excommunication ne fut jamais promulguée et la vie religieuse du Royaume de France ne fut pas affectée par les conséquences du désaccord du souverain avec le pape Grégoire V.
Cependant ce fut bien le cas 
en 1141, dans un conflit qui opposa Louis VII le Jeune au pape Innocent II, et en 1200 sous le règne de Philippe II Auguste alors en opposition avec le pape Innocent III.
E
n 1303, dans sa querelle avec Philippe IV, le sinistre Boniface VIII le menaça d’excommunication et de jeter l’interdit sur son royaume, mais cela resta à l’état de menaces.

En revanche, et bien que le code de droit canonique aujourd’hui en vigueur ne parle plus de l’interdit local, la situation actuelle, en France (et dans beaucoup d’autres contrées), s’apparente réellement à celle d’un pays sur lequel aurait été jeté l’interdit.
En effet, devançant et exagérant les mesures restrictives édictées par le gouvernement, les évêques de France dans une grande majorité ont pris des dispositions qui reviennent à l’interdiction pure et simple du culte public.

Si les prêtres restent autorisés à célébrer la Sainte Messe, ce ne peut être qu’en privé (et donc souvent à huis-clos), sans sonnerie de cloches l’annonçant, et sans que les fidèles soient autorisés à y assister.
Les églises restent théoriquement ouvertes, mais on n’y célèbre aucun sacrement : pas de baptême solennel (je connais néanmoins des cas d’ondoiements accomplis à la naissance, mais les autres cérémonies du baptême devront être célébrées après le confinement), plus de cérémonies de confirmation, plus de mariages religieux, plus d’ordinations…
Je pourrais citer des noms d’évêques qui, déployant plus de zèle à persécuter les bons pasteurs qu’à combattre l’hérésie et les désordres de leurs diocèses, se sont déchaînés contre des prêtres qui – bien qu’ils respectassent les fameux « gestes barrière » dont on nous rebat les oreilles – continuaient à confesser, et donnaient la Sainte Communion aux fidèles qui la leur demandaient.
L’écrasante majorité des mourants passe de vie à trépas sans le secours des derniers sacrements (d’ailleurs beaucoup de prêtres de l’ « Eglise conciliaire », si on me permet cette expression, ne pensent même pas qu’ils puissent proposer la confession, la communion et l’extrême-onction à ceux qui vont mourir et dont ils ont charge d’âme, parce qu’ils n’imaginent pas le « sacrement des malades » autrement qu’en cérémonies collectives célébrées à l’église avec des gens plutôt en bonne santé : cherchez l’erreur !), et les funérailles – même en présence d’un prêtre – sont célébrées sans messe, à la va-vite, souvent directement dans les cimetières (lesquels ont été désacralisés par la loi anticatholique du 14 novembre 1881).

Oui, la situation de notre France, en ces jours-ci, est bien comparable à celle d’un royaume sur lequel on aurait jeté l’interdit : et cela non pas pour contraindre un pouvoir impie à se soumettre aux lois divines, mais par pure complaisance envers l’impiété du dit pouvoir, et par couardise !
Sans doute, la plupart du temps, les tristes sires mitrés ne savent-ils que trop que s’ils font preuve d’un peu trop de zèle religieux et de résistance à la république maçonnique, ils risquent de voir ressortir de derrière les fagots et jeter en pâture à l’opinion publique quelques bonnes vieilles sordides histoires de mœurs ou encore l’une de ces innombrables magouilles financières dont les diocèses sont devenus les nids : de là le profil bas adopté par bien des évêques, qui choisissent de filer doux plutôt que d’être persécutés pour la justice !

En attendant, depuis ce très triste troisième dimanche de carême 15 mars 2020, moi qui, dans mon ermitage (ma « Principauté monastique »), demeure un privilégié car je n’y souffre pas de « pénurie spirituelle », je vois croître la détresse et la souffrance des âmes fidèles, des âmes pieuses, des âmes ferventes, qui, malgré leurs efforts pour maintenir, avec toutes les possibilités offertes par les progrès des moyens modernes de communication – certes appréciables mais qui ne peuvent néanmoins remplacer l’assistance à la Messe et la réception des sacrements -, ainsi que la tristesse et la douleur des bons prêtres qui ont charge d’âmes et se trouvent brimés par ceux-là même qui, s’ils étaient vraiment catholiques, devraient les soutenir et les défendre, dans leur zèle sacerdotal…

De la prolongation de l’interdit sur ce Royaume, délivrez-nous, Seigneur !
De la couardise des chefs religieux, délivrez-nous, Seigneur !
De la malignité d’un pouvoir imbécile, délivrez-nous, Seigneur !
De l’apostasie pratique de l’Occident, délivrez-nous, Seigneur !

Parce Domine parce populo tuo

2020-52. « Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre ».

21 avril,
Fête de Saint Anselme de Canterbury, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

Saint Anselme détail d'un vitrail de la cathédrale de Chester

Saint Anselme : détail d’un vitrail de la cathédrale de Chester

frise

Présentation de la vie et de l’œuvre de Saint Anselme
par
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Audience générale du mercredi 23 septembre 2009

Chers frères et sœurs,

A Rome, sur la colline de l’Aventin, se trouve l’abbaye bénédictine de Saint-Anselme. En tant que siège d’un institut d’études supérieures et de l’abbé primat des Bénédictins confédérés, c’est un lieu qui unit la prière, l’étude et le gouvernement, qui sont précisément les trois activités qui caractérisent la vie du saint auquel elle est dédiée :  Anselme d’Aoste, dont nous célébrons cette année (2009) le neuvième centenaire de la mort. Les multiples initiatives, promues spécialement par le diocèse d’Aoste pour cette heureuse occasion, ont souligné l’intérêt que continue de susciter ce penseur médiéval. Il est connu également comme Anselme du Bec et Anselme de Canterbury en raison des villes auxquelles il est lié.
Qui est ce personnage auquel trois localités, éloignées entre elles et situées dans trois nations différentes – Italie, France, Angleterre – se sentent particulièrement liées ?
Moine à la vie spirituelle intense, excellent éducateur de jeunes, théologien possédant une extraordinaire capacité spéculative, sage homme de gouvernement et défenseur intransigeant de la libertas Ecclesiae, de la liberté de l’Eglise, Anselme est l’une des personnalités éminentes du Moyen-âge, qui sut harmoniser toutes ces qualités grâce à une profonde expérience mystique, qui en guida toujours la pensée et l’action.

Saint Anselme naquit en 1033 (ou au début de 1034), à Aoste, premier-né d’une famille noble. Son père était un homme rude, dédié aux plaisirs de la vie et dépensant tous ses biens; sa mère, en revanche, était une femme d’une conduite exemplaire et d’une profonde religiosité (cf. Eadmero, Vita s. Anselmi, PL 159, col. 49). Ce fut elle qui prit soin de la formation humaine et religieuse initiale de son fils, qu’elle confia ensuite aux bénédictins d’un prieuré d’Aoste.
Anselme qui, enfant – comme l’écrit son biographe -, imaginait la demeure du bon Dieu entre les cimes élevées et enneigées des Alpes, rêva une nuit d’être invité dans cette demeure splendide par Dieu Lui-même, qui S’entretint longuement et aimablement avec lui, et à la fin, lui offrit à manger « un morceau de pain très blanc » (ibid., col. 51). Ce rêve suscita en lui la conviction d’être appelé à accomplir une haute mission.
A l’âge de quinze ans, il demanda à être admis dans l’ordre bénédictin, mais son père s’opposa de toute son autorité et ne céda pas même lorsque son fils gravement malade, se sentant proche de la mort, implora l’habit religieux comme suprême réconfort.
Après la guérison et la disparition prématurée de sa mère, Anselme traversa une période de débauche morale :  il négligea ses études et, emporté par les passions terrestres, devint sourd à l’appel de Dieu. Il quitta le foyer familial et commença à errer à travers la France à la recherche de nouvelles expériences. Après trois ans, arrivé en Normandie, il se rendit à l’abbaye bénédictine du Bec, attiré par la renommée de Lanfranc de Pavie, prieur du monastère. Ce fut pour lui une rencontre providentielle et décisive pour le reste de sa vie. Sous la direction de Lanfranc, Anselme reprit en effet avec vigueur ses études, et, en peu de temps, devint non seulement l’élève préféré, mais également le confident du maître. Sa vocation monastique se raviva et, après un examen attentif, à l’âge de 27 ans, il entra dans l’Ordre monastique et fut ordonné prêtre. L’ascèse et l’étude lui ouvrirent de nouveaux horizons, lui faisant retrouver, à un degré bien plus élevé, la proximité avec Dieu qu’il avait eue enfant.

Lorsqu’en 1063, Lanfranc devint abbé de Caen, Anselme, après seulement trois ans de vie monastique, fut nommé prieur du monastère du Bec et maître de l’école claustrale, révélant des dons de brillant éducateur. Il n’aimait pas les méthodes autoritaires ; il comparait les jeunes à de petites plantes qui se développent mieux si elles ne sont pas enfermées dans des serres et il leur accordait une « saine » liberté.
Il était très exigeant avec lui-même et avec les autres dans l’observance monastique, mais plutôt que d’imposer la discipline il s’efforçait de la faire suivre par la persuasion.
A la mort de l’abbé Herluin, fondateur de l’abbaye du Bec, Anselme fut élu à l’unanimité à sa succession :  c’était en février 1079. Entre temps, de nombreux moines avaient été appelés à Canterbury pour apporter aux frères d’outre-Manche le renouveau en cours sur le continent. Leur œuvre fut bien acceptée, au point que Lanfranc de Pavie, abbé de Caen, devint le nouvel archevêque de Canterbury et il demanda à Anselme de passer un certain temps avec lui pour instruire les moines et l’aider dans la situation difficile où se trouvait sa communauté ecclésiale après l’invasion des Normands. Le séjour d’Anselme se révéla très fructueux ; il gagna la sympathie et l’estime générale, si bien qu’à la mort de Lanfranc, il fut choisi pour lui succéder sur le siège archiépiscopal de Canterbury. Il reçut la consécration épiscopale solennelle en décembre 1093.

Anselme s’engagea immédiatement dans une lutte énergique pour la liberté de l’Eglise, soutenant avec courage l’indépendance du pouvoir spirituel par rapport au pouvoir temporel. Il défendit l’Eglise des ingérences indues des autorités politiques, en particulier des rois Guillaume le Rouge et Henri I, trouvant encouragement et appui chez le Pontife Romain, auquel Anselme démontra toujours une adhésion courageuse et cordiale. Cette fidélité lui coûta également, en 1103, l’amertume de l’exil de son siège de Canterbury. Et c’est seulement en 1106, lorsque le roi Henri I renonça à la prétention de conférer les investitures ecclésiastiques, ainsi qu’au prélèvement des taxes et à la confiscation des biens de l’Eglise, qu’Anselme put revenir en Angleterre, accueilli dans la joie par le clergé et par le peuple.
Ainsi s’était heureusement conclue la longue lutte qu’il avait menée avec les armes de la persévérance, de la fierté et de la bonté.
Ce saint archevêque qui suscitait une telle admiration autour de lui, où qu’il se rende, consacra les dernières années de sa vie en particulier à la formation morale du clergé et à la recherche intellectuelle sur des sujets théologiques. Il mourut le 21 avril 1109, accompagné par les paroles de l’Evangile proclamé lors de la Messe de ce jour :  « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec Moi dans Mes épreuves ; et Moi Je dispose pour vous du Royaume comme Mon Père en a disposé pour Moi :  vous mangerez à Ma table en Mon Royaume » (Luc XXII, 28-30). Le songe de ce mystérieux banquet, qu’il avait fait enfant tout au début de son chemin spirituel, trouvait ainsi sa réalisation. Jésus, qui l’avait invité à s’asseoir à Sa table, accueillit saint Anselme, à sa mort, dans le royaume éternel du Père.

« Dieu, je t’en prie, je veux te connaître, je veux t’aimer et pouvoir profiter de toi. Et si, en cette vie, je ne suis pas pleinement capable de cela, que je puisse au moins progresser chaque jour jusqu’à parvenir à la plénitude » (Proslogion, chap. 14).
Cette prière permet de comprendre l’âme mystique de ce grand saint de l’époque médiévale, fondateur de la théologie scolastique, à qui la tradition chrétienne a donné le titre de « Docteur Magnifique », car il cultiva un intense désir d’approfondir les Mystères divins, tout en étant cependant pleinement conscient que le chemin de recherche de Dieu n’est jamais terminé, tout au moins sur cette terre. La clarté et la rigueur logique de sa pensée ont toujours eu comme fin d’« élever l’esprit à la contemplation de Dieu » (ibid., Proemium). Il affirme clairement que celui qui entend faire de la théologie ne peut pas compter seulement sur son intelligence, mais qu’il doit cultiver dans le même temps une profonde expérience de foi.
L’activité du théologien, selon saint Anselme, se développe ainsi en trois stades :  la foi, don gratuit de Dieu qu’il faut accueillir avec humilité ; l’expérience, qui consiste à incarner la parole de Dieu dans sa propre existence quotidienne ; et ensuite la véritable connaissance, qui n’est jamais le fruit de raisonnements aseptisés, mais bien d’une intuition contemplative.
A ce propos, restent plus que jamais utiles également aujourd’hui, pour une saine recherche théologique et pour quiconque désire approfondir la vérité de la foi, ses paroles célèbres :  « Je ne tente pas, Seigneur, de pénétrer Ta profondeur, car je ne peux pas, même de loin, comparer avec elle mon intellect ; mais je désire comprendre, au moins jusqu’à un certain point, Ta vérité, que mon cœur croit et aime. Je ne cherche pas, en effet, à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre«  (ibid., 1).

Triptyque de la vie de Saint Anselme - abbaye du Bec

Triptyque contemporain représentant Saint Anselme et les grandes étapes de sa vie
(abbaye du Bec-Hellouin)

frise

On trouvera dans les pages de ce blogue les textes de plusieurs prières attribuées à Saint Anselme :
- Louange à la très sainte et toute glorieuse Croix de Notre-Seigneur > ici
- Prière à la Mère de Dieu au jour de sa Purification > ici

2020-51. « Il nous faut entrer dans les propriétés de ce cierge, dont la signification est si glorieuse ».

Sermon sur le Cierge pascal
attribué à
notre Bienheureux Père Saint Augustin

Ce sermon figure dans les suppléments aux œuvres complètes de notre Glorieux Père Saint Augustin et son attribution ne fait pas l’unanimité : il est cependant bien dans la manière et dans l’esprit du grand Docteur de la grâce, et les explications qu’il donne, sur la symbolique du Cierge pascal, sont des leçons dont nous pouvons tirer un grand profit spirituel. 

Cierge Pascal - Mesnil-Marie Pâques 2020

§1 – Le prédicateur demande l’attention de ses auditeurs.

Pour glorifier le Seigneur Dieu tout-puissant, créateur des choses visibles et des choses invisibles, j’éprouve le besoin d’être soutenu par vos prières, en sorte que je devrai bien moins à mes mérites, qu’au secours miséricordieux du Seigneur même, d’exposer, comme je l’ai entrepris, la louange et la splendide bonté du Créateur.
Soyez donc attentifs, mes frères bien-aimés, afin qu’après avoir secoué de vos cœurs toutes ces pensées charnelles semblables aux ténèbres de la nuit, et allumé dans le secret de vos consciences le flambeau du Christ, vous puissiez recueillir non-seulement de l’oreille, mais aussi du cœur, tout ce qu’il plaira au Seigneur de vous présenter par mon ministère.

§2 – Le cierge est l’image du Juste, et le Cierge pascal, qui rappelle la colonne de nuée et de flamme qui guidait les Hébreux dans le désert, est un symbole du Christ.

Le cierge est une lumière pour la nuit, et l’homme juste une lumière pour ce monde ténébreux. « Vous êtes la lumière du monde », a dit le Seigneur à ceux que Lui-même justifie.
Car on voit dans le cierge trois substances : la cire, la mèche, et la flamme. De même l’homme juste nous offre aussi trois substances : la chair, l’âme, la sagesse. La flamme éclaire, la mèche brûle, la cire se dissout. Les leçons de la sagesse occupent l’âme et 
triomphent de la résistance de la chair. La flamme brûle, la mèche se consume, la cire se répand goutte à goutte ; la sagesse enseigne, l’âme se repent, la chair verse des larmes. La flamme brûle en haut, la mèche se consume à l’intérieur, la cire coule à l’extérieur. C’est d’en haut qu’on prêche la sagesse, invisiblement que l’âme embrasse la pénitence, visiblement que la chair en accomplit les œuvres.
Le jour, on vante la beauté d’un cierge ; la nuit, on en recherche la clarté. C’est ainsi qu’il est pour nous l’image de cette colonne qui marchait devant le peuple d’Israël, dans le désert, et l’empêchait de s’égarer. Une colonne de nuée leur apparaissait, en effet, pendant le jour, et une colonne de feu pendant la nuit (Exod. XIII, 31, et Nombres, XIV, 14). Or le jour est la figure de la sécurité en cette vie, comme la nuit est la figure des tribulations. Tel est le jour dont le Prophète a dit dans ses cantiques : « C’est le jour que le Seigneur à signalé sa miséricorde, et la nuit qu’il l’a chantée » (Ps. XLI, 9).
Ce n’est point en venant dans cette vie charnelle que le Seigneur Jésus-Christ a manifesté Sa gloire ; mais cette chair Lui a servi de voile pour nous apparaître, comme au désert la colonne de nuée. Mais, quand viendra la fin des siècles, qui mettra fin à toutes nos joies visibles, alors, sans aucun voile mortel, le Seigneur Lui-même nous apparaîtra dans Sa gloire et dans Sa splendeur, comme la colonne de feu. C’est le propre d’une colonne de feu de brûler et de briller. Brûler, c’est sa puissance ; briller, c’est sa gloire. Brûler, c’est juger ; briller, c’est éclairer. Brûler, c’est la peine des impies ; briller, c’est le bonheur des justes.

Joseph-Anton Feuchtmayer - Eglise de Birnau Angelot tête-miel

Joseph-Anton Feuchtmayer : angelot tête-miel (église de Birnau, en Bade-Wurtemberg)

§3 - Sens mystique de l’abeille et de la cire.

Mais il nous faut entrer dans les propriétés de ce cierge, dont la signification est si glorieuse. Notre main le porte, nos yeux le voient, notre cœur le contemple, et notre bouche le célèbre.
La cire est l’oeuvre de l’abeille, dont l’Ecriture nous parle ainsi : « Va vers l’abeille, ô paresseux, et vois comme elle travaille ». Combien son oeuvre est sainte, puisque les rois et les sujets s’emparent de ses travaux pour entretenir leur santé. Aux yeux de tous, elle a de la grâce et de la beauté, et toute faible qu’elle soit, elle ne s’élève qu’avec sagesse.
Que nous 
apprenez-Vous, ô Christ ? Que devons-nous considérer dans l’abeille ? C’est un animal petit et pourvu d’ailes, parce que c’est l’humilité qui s’élève. Elle vole au moyen de deux ailes brillantes. Or, quoi de plus éclatant que la charité ? Et la charité renferme deux préceptes, d’aimer Dieu et d’aimer le prochain, qui sont comme deux ailes pour nous élever au ciel. La douceur est l’oeuvre de l’abeille, et la vérité est dans la bouche du juste ; car le Seigneur nous dit bien haut : « Je suis la voie, la vérité et la vie » (Jean, XIV, 6). Et le Prophète nous dit à son tour : « Goûtez, et voyez combien le Seigneur est doux » (Ps. XXXIII, 9).
Les abeilles aiment leur reine, comme les justes aiment leur Christ. Les abeilles forment des rayons de miel, et les justes des églises. C’est sur les fleurs que celles-ci vont recueillir leur butin, de même que tous les justes s’enrichissent des beautés des Saintes Ecritures, qui font connaître et honorer Dieu, et sont pour eux des prairies émaillées. Les abeilles engendrent sans souillure, de même que les justes engendrent les chrétiens par la chaste prédication de l’Evangile. C’est à ses fils, en effet, que s’adressait Paul, quand il disait : « Eussiez-vous dix mille maîtres en Jésus-Christ, que vous n’avez pas néanmoins plusieurs pères ; car c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Evangile » (1 Cor. IV, 15). On distingue, dans le rayon, la cire, le miel, et le couvin. De même, dans l’Eglise, nous avons l’Ecriture, l’intelligence et l’audition. Et comme la cire renferme le miel, ainsi l’Ecriture garde l’intelligence, et de même encore que le couvin a son nid dans la cire, ainsi l’auditeur met son affection dans l’Ecriture ; de même encore que les cellules de rayons contiennent déjà du couvin, sans contenir encore du miel, de même les mystères des Ecritures, avant d’arriver à l’intelligence, exigent d’abord la foi des enfants. Comme la jeune abeille, après avoir pris son essor, remplit de miel ces alvéoles de cire où elle fut nourrie, ainsi les jeunes fidèles, après avoir grandi par la foi et commencé à se diriger par les ailes de la charité, rendent plus solides ces remparts des Saintes Ecritures, dont le respect les a sauvegardés, et qu’à leur tour ils environnent d’un respect plus saint. Qu’on presse des rayons, il en découle du miel que l’on recueille en des vases ; ainsi la P
assion du Seigneur a pressuré les livres de la loi et des Prophètes, et il en a découlé cette connaissance qu’ont recueillie des cœurs spirituels. De même encore, quand on a exprimé le miel, la cire, qui n’a plus de douceur, est plus apte à recevoir l’impression des signes ; de même les gouverneurs du peuple juif n’ont retenu de la Loi et des Prophètes que le sabbat, la circoncision, les néoménies, les azymes, et autres cérémonies semblables, simples vestiges des figures antiques, mais sans aucune douceur de la Loi, comme une cire sans miel.

Samson et le lion - Pierre-Paul Rubens

Pierre-Paul Rubens : Samson et le lion

§4 -  Samson mettant en pièces un lionceau est une figure du Christ en laquelle se continue la symbolique de la cire et de l’abeille.

Mais il est plus visible encore qu’un rayon, la cire, le miel et le couvin, sont la figure des Sacrements de l’Eglise et des bonnes oeuvres qui la rendent féconde.
Aussi, l’Ecriture, au livre des Juges, me suggère-t-elle de vous parler de ce rayon de miel qui fut trouvé dans la gueule d’un lion mort.
Quand Samson, le plus fort des hommes, allait chercher une épouse, il rencontra, sur sa route, un lion, qu’il saisit et tua, comme il eût fait d’un chevreau, et la force d’un si puissant animal s’évanouit sous sa main (Juges, XIV). Il continua sa route, épousa une femme, et s’en revint. Comme il revenait, il se détourna pour voir le cadavre du lion, et trouva que des abeilles avaient bâti dans sa gueule un rayon de miel. Il y a là un grand mystère ; qu’il nous suffise, vu le temps qui nous presse, de vous exposer brièvement cette figure. Ecoutez donc, 
mes frères, autant que vous le pourrez.
Que signifient, et Samson, et le lion, et le rayon de miel ? C’est ce que je vous expliquerai autant que le Seigneur voudra m’inspirer.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans tout l’éclat de Sa beauté, dans la grandeur de Sa puissance, est venu Se choisir pour épouse l’Eglise tirée des nations comme une fille étrangère. C’est à cette Eglise que l’Apôtre adressait ces paroles : « Je vous ai fiancée à cet Epoux unique, à Jésus-Christ, pour vous présenter à Lui comme une vierge pure » (2 Cor. XI, 2). Ce lionceau, c’est le monde ; tous ces hommes épris du siècle, c’est la race de Satan, c’est la foule des impies, qui, dans sa fureur, s’est portée au-devant du Seigneur, pour Lui barrer le passage et empêcher le salut des fidèles par la prédication de l’Evangile. Le peuple des Gentils frémissait de rage, en effet, dans la personne de ses rois, des puissants de ce monde, et dans sa fureur qu’attisait le diable, son père, il se rua contre l’Evangile de Dieu comme un lionceau, et rugit jusqu’à ce qu’il tomba sous la main de l’homme puissant. Mais la persévérance des martyrs dans la foi, brisa cette fureur des païens et les assauts impétueux des persécuteurs. Car ce fut par ces membres, véritablement forts, que le Seigneur vainquit le monde ; et maintenant que nous voyons sa fureur orgueilleuse éteinte par toute la terre, qui ne voit avec joie le lionceau étendu par terre ?

Flamme du Cierge Pascal

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