Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2025-152. Leçons historiques des matines de la fête de Saint Bruno au Bréviaire romain traditionnel.

6 octobre,
Fête de Saint Bruno de Cologne, confesseur, fondateur de l’Ordre des Chartreux.

Eustache Le Sueur - Saint Bruno en prière

Eustache Le Sueur (1616-1655) :
Saint Bruno en prière
[ce tableau, ainsi que les autres illustrant cette page, appartiennent au cycle
de la vie de Saint Bruno peinte par Le Sueur pour la Chartreuse de Paris
entre 1645 et 1648, et aujourd'hui exposés au Musée du Louvre]

Leçons historiques des matines (2ème nocturne)

de la fête de Saint Bruno

au Bréviaire romain traditionnel (avant 1960)

Quatrième leçon : 

   Bruno, fondateur de l’Ordre des Chartreux, naquit à Cologne.
Dès le berceau, il montra de tels indices de sa sainteté future, par la gravité de ses mœurs, par le soin qu’il mettait, avec le secours de la grâce divine, à fuir les amusements frivoles de cet âge, qu’on pouvait déjà reconnaître en lui le père des moines, en même temps que le restaurateur de la vie anachorétique.
Ses parents, qui se distinguaient autant par leur noblesse que par leurs vertus, l’envoyèrent à Paris, et il y fit de tels progrès dans l’étude de la philosophie et de la théologie, qu’il obtint le titre de docteur et de maître dans l’une et l’autre faculté.
Peu après, il se vit, en raison de ses remarquables vertus, appelé à faire partie du Chapitre de l’Eglise de Reims.

Eustache Le Sueur - Saint Bruno enseignant la théologie à Reims

Eustache Le Sueur (1616-1655) :
Saint Bruno écolâtre de l’Eglise de Reims

Cinquième leçon : 

   Quelques années s’étant écoulées, Bruno renonçant au monde avec six de ses amis se rendit auprès de saint Hugues, évêque de Grenoble. Instruit du motif de leur venue, et comprenant que c’était eux qu’il avait vus en songe, la nuit précédente, sous l’image de sept étoiles se prosternant à ses pieds, il leur concéda, dans son diocèse, des montagnes très escarpées connues sous le nom de Chartreuse. Hugues lui-même accompagna Bruno et ses compagnons jusqu’à ce désert, où le Saint mena pendant plusieurs années la vie érémitique.
Urbain II, qui avait été son disciple, le fit venir à Rome, et s’aida quelques années de ses conseils dans les difficultés du gouvernement de l’Eglise, jusqu’à ce que, Bruno ayant refusé l’archevêché de Reggio, obtint du Pape la permission de s’éloigner.

Eustache Le Sueur - Bruno aux pieds du pape

Eustache Le Sueur (1616-1655) :
Saint Bruno aux pieds du Souverain Pontife

Sixième leçon : 

   Poussé par l’amour de la solitude, il se retira dans un lieu désert, sur les confins de la Calabre, près de Squillace. Ce fut là que Roger, comte de Calabre, étant à la chasse, le découvrit en prière, au fond d’une caverne où ses chiens s’étaient précipités à grand bruit. Le comte, frappé de sa sainteté, commença à l’honorer et à le favoriser beaucoup, lui et ses disciples.
Les libéralités de Roger ne demeurèrent pas sans récompense. En effet, tandis qu’il assiégeait Capoue, Sergius, un de ses officiers, ayant formé le dessein de le trahir, Bruno, vivant encore dans le désert susdit, apparut en songe au comte et, lui découvrant tout le complot, le délivra d’un péril imminent.
Enfin, plein de mérites et de vertus, non moins illustre par sa sainteté que par sa science, Bruno s’endormit dans le Seigneur et fut enseveli dans le monastère de Saint-Etienne, construit par Roger, où son culte est resté jusqu’ici en grand honneur.

Eustache Le Sueur - mort de Saint Bruno

Eustache Le Sueur (1616-1655) :
Mort de Saint Bruno le 6 octobre 1101

2025-149. Les traductions françaises de la Sainte Bible dont disposait Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face.

3 octobre,
fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face, vierge, céleste patronne de la France en second et patronne des missions catholiques (en France, double de 2ème classe).

Sainte Bible et Saint-Esprit - vignette

       Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face était avide de lire la Sainte Ecriture. Elle a écrit préférer en lire directement les textes plutôt que les commentaires, ce qui se comprend aisément pour une âme pure et contemplative entre laquelle et les paroles inspirées il ne se trouve point d’obstacle.
Pour le commun des pauvres pécheurs, en revanche, il faut bien le dire, l’accès aux textes sacrés est habituellement grandement facilité par les introductions, explications et commentaires donnés par les Pères et Docteurs de l’Eglise, mais, évidemment, les commentaires ne dispensent pas de lire ensuite – et surtout de méditer – le texte biblique lui-même.

   On trouve plus de mille citations de la Sainte Ecriture dans les écrits de la sainte carmélite de Lisieux, et les minutieux « décortiqueurs » de textes se sont demandé de quelle traduction française de la Bible sont tirées les citations qu’elle en fait (puisque en effet elle ne comprenait pas le latin et lisait donc la Sainte Ecriture dans une traduction en langue vernaculaire).
De fait, il n’est pas très difficile de répondre à cette question : Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus avait à son usage un « Manuel du Chrétien ». Pour ceux qui l’ignorent, il s’agit d’un petit volume, facile à garder dans une poche, dans lequel se trouvent le Nouveau Testament, quelques prières, et « L’Imitation de Jésus-Christ ».

Manuel du chrétien

Une édition du « Manuel du chrétien » de 1887

A – La traduction dite « de Lallemand » :

   Dans le « Manuel du Chrétien » utilisé par la jeune carmélite, édité en 1864, la traduction française du Nouveau Testament est celle dite « de Lallemant » : selon son nom complet « Le Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, traduit en français selon la Vulgate par le R.P. Dominique Bouhours, revue par le R.P. Lallement ».

   Le Révérend Père Dominique Bouhours a été un célèbre jésuite du Grand Siècle (1628-1702) qui fut, entre autres, précepteur de Jean-Baptiste Colbert fils, marquis de Seignelay, dont notre chère marquise de Sévigné disait : « L’esprit lui sort de tous côtés », que La Fontaine et Boileau tenaient en très haute estime, et auquel Jean Racine soumettait certains de ses vers afin qu’il en corrigeât « les fautes contre la langue ».
Quant au Révérend Père Jacques-Philippe Lallemant (1660-1748), il fut un autre grand jésuite, théologien, exégète et polémiste, recteur du Collège Louis le Grand, à Paris, adversaire redouté des jansénistes.

   Ainsi, on le voit, cette traduction du Nouveau Testament, que Sœur Thérèse portait pratiquement toujours sur elle, est faite à partir de la Vulgate par des prêtres réputés pour leur science et la sûreté de leur doctrine, dans un souci de rigoureuse orthodoxie.

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus de la Sainte Face

B – La traduction de l’abbé Jean-Baptiste Glaire :

   Au Carmel de Lisieux, à l’époque de Thérèse, on trouvait aussi – et là il ne s’agit pas de livres au format « de poche » – plusieurs exemplaires de « La Sainte Bible selon la Vulgate traduite en français avec des notes par l’Abbé J.B. Glaire ».
Sainte Thérèse la cite souvent, et elle lui est en effet très familière. Les traductions des textes liturgiques, en particulier ceux du Bréviaire romain, qui étaient lues le soir au réfectoire, provenaient de cette édition française de la Sainte Bible.

   Prêtre, professeur d’Ecriture Sainte à la Sorbonne, l’Abbé Jean-Baptiste Glaire (1798-1879), ordonné en 1822, fut aussitôt nommé professeur d’hébreu au séminaire de Saint-Sulpice. Il garda cette charge jusqu’en 1831, où il fut promu à la faculté de théologie de la Sorbonne : professeur titulaire d’hébreu à partir de 1333, professeur d’Ecriture Sainte de 1842 à 1854, doyen de 1841 à 1851.
Il se retira en 1854 au séminaire d’Issy où il continua de publier. Depuis 1840 il était chanoine de la cathédrale-métropole Notre-Dame de Paris.

   Le travail exégétique du chanoine Glaire faisait autorité dans l’Eglise de France au XIXème siècle. Sa traduction de la Bible en français d’après la Vulgate fut présentée au Saint-Siège par 56 évêques français désireux de faire pièce à la diffusion des Bibles protestantes : c’est dire son caractère rigoureusement orthodoxe, sanctionné par les approbations de cardinaux en vue.
Cette traduction tend à être davantage littérale que celle de Louis-Isaac Le Maistre de Sacy (voir ci-dessous), et ses textes d’introduction aux Livres Saints furent traduits en italien et en espagnol. D’un point de vue linguistique son travail de traduction fit l’objet d’une appréciation très élogieuse d’Etienne Quatremère, l’un des plus réputés parmi les orientalistes de la première moitié du XIXème siècle, professeur d’hébreu et de syriaque au Collège de France, puis de persan à l’Ecole des Langues Orientales.

   Le chanoine Jean-Baptiste Glaire a également travaillé à la rédaction de l’Encyclopédie catholique, avec le vicomte Joseph-Alexis Walsh (1782-1860), et à celle du Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, monument incontournable tout particulièrement en raison des renseignements biographiques qu’il fournit sur un très grand nombre de personnages antérieurs à la révolution qu’il est difficile de trouver dans les modernes encyclopédies.

Abbé Glaire 1ère édition de luxe 1865

« La Sainte Bible selon la Vulgate » traduite par le chanoine Jean-Baptiste Glaire
première édition de luxe en 1865

C- La traduction du Maistre de Sacy :

   La bibliothèque du Carmel de Lisieux possédait aussi en deux exemplaires la traduction de la Bible de Louis-Isaac Le Maistre de Sacy (1613-1684), intitulée « La Sainte Bible contenant l’Ancien et le Nouveau Testament traduite sur la Vulgate », mais aussi surnommée « La Bible de Port-Royal ».

   Né d’un père huguenot, mais, par sa mère, neveu de la Mère Angélique Arnault, il fut ordonné prêtre en 1649, à 36 ans, ce qui est fort tard pour l’époque : il vit alors à Port-Royal des Champs, parmi les « Solitaires » depuis onze années.
Théologien et bibliste qui a été formé à l’Université de Paris, il est ami avec Blaise Pascal, Pierre Nicole et les Arnauld. Il appartient donc au « noyau dur » des jansénistes du milieu du XVIIème siècle ; cela lui vaudra d’ailleurs d’être embastillé pendant près de deux ans et demi (mai 1666 – novembre 1668).

   Sa traduction de la Sainte Bible ne comporte à l’origine que les livres rédigés en hébreu (dits « protocanoniques », ce qui en un sens témoigne des influences protestantes sous-jacentes au jansénisme) ; par la suite il révisera cette traduction, aidé en cela par ses amis sus-cités, et y adjoindra dans un premier temps les « deutérocanoniques » du Nouveau Testament (1667), puis ceux de l’Ancien Testament (entre 1672 et 1684, date de sa mort).

   En résumé, la « Bible du Maistre de Sacy », qui est véritablement remarquable par son admirable français classique, alors qu’elle se prétend une traduction de la Vulgate, n’en est toutefois pas strictement la transposition, parce qu’en plusieurs points elle préfère les variantes présentées par les manuscrits hébreux dont disposait Louis-Isaac aux leçons du texte de Saint Jérôme devenu officiel dans l’Eglise latine.
En outre le choix « des explications du sens littéral et du sens spirituel tirées des Saints Pères » (sic) données en commentaire, n’est pas exempt des orientations de la théologie janséniste.

Bible du Maistre de Sacy

2025-148. Ou bien tu mets à mort l’iniquité, ou bien c’est l’iniquité qui te tue !

25 septembre,
Fête de Saint Prince (ou Principe) de Soissons, évêque et confesseur (cf. > ici) ;
Chez les Ermites de Saint Augustin, octave de Saint Thomas de Villeneuve ;
Anniversaire de la prise de Jérusalem par les armées romaines en 70.

   Le texte qui suit est celui de la lettre mensuelle aux membres et sympathisants de la Confrérie Royale à l’occasion du 25 septembre 2025.

Lys en vignette typographique - blogue

       Pouvez-vous trouver un seul passage du Nouveau Testament, une seule phrase sortie de la bouche de Notre-Seigneur Jésus-Christ ou rédigée par les saints Apôtres qui déclare que la vie chrétienne est facile, qui assure que suivre les enseignements et les exemples de notre divin Maître consiste en une douce routine d’observances agréables et de pratiques pas trop contraignantes ?

   Cherchez autant que vous le voudrez, autant que vous le pourrez : il n’en existe pas !

   La vie chrétienne est un combat : un combat quotidien, un combat de tous les jours et de tous les instants du jour.
La vie chrétienne est un combat contre le démon, un combat contre le monde et – ce qui n’est pas le moins ardu – un combat contre des forces adverses qui se trouvent à l’intérieur de nous-mêmes.
La vie chrétienne est un combat : un combat jusqu’à la mort, car, ainsi que le déclare incisivement notre Bienheureux Père Saint Augustin, « ou bien tu mets à mort l’iniquité, ou bien c’est l’iniquité qui te tue » !

   La vie chrétienne n’est en aucune manière une romance à l’eau de rose ou un feuilleton romantique. La vie chrétienne n’a rien à voir avec un univers de « bisounours ». La vie chrétienne ne se réduit pas à de bons sentiments, à des actions humanitaires, à une honnête philanthropie consensuelle nourrie de slogans inspirés par les officines prônant une « fraternité universelle » détachée de la paternité divine.

   Le « aimez-vous les uns les autres » auquel tant de nos contemporains réduisent le christianisme est un leurre total si on le coupe de la seconde partie de la citation de Notre-Seigneur qui a ajouté « comme Je vous ai aimés » et si on oublie ou feint d’oublier que la manière dont le Sauveur nous a aimés est une abominable et sanglante croix sur le bois de laquelle s’accomplit un sacrifice de rédemption !
« Aimez-vous les uns les autres », oui ! mais aimez-vous en nourrissant cet amour d’une dilection toute surnaturelle et ordonnée au salut éternel, non en le bornant aux terrestres horizons.
« Aimez-vous les uns les autres », oui ! mais en mettant à mort l’iniquité qui est en vous et en faisant votre possible pour mettre à mort l’iniquité qui réside en votre prochain.
« Aimez-vous les uns les autres », oui ! mais aimez-vous dans la pleine lumière de l’unique Vérité révélée, et non dans les falotes lueurs des « Lumières » autoproclamées des prétendues philosophies affranchies de l’unique véritable Révélation.
« Aimez-vous les uns les autres », oui ! mais aimez-vous en comprenant quel combat vous est proposé, en adhérant pleinement aux motifs du combat qui vous est proposé, en embrassant amoureusement, passionnément, le combat à mort sans lequel il ne se peut accomplir de salut éternel.
« Aimez-vous les uns les autres », oui ! mais en faisant vôtres toutes les saintes haines indispensables à tout combat authentique, à tout amour authentique !

   Dans un combat, on reçoit des coups et on en donne ; dans un combat on a mal ; dans un combat on est meurtri et on saigne…
Alors, amis lecteurs, si vous refusez ce combat, si vous répugnez à vous y engager chaque jour avec une mâle énergie, n’ayez pas l’outrecuidance de vous prétendre chrétiens : ce serait un mensonge !

   On en trouve beaucoup qui sont des catholiques « affichés », qui « militent » pour la « vraie messe », qui se gargarisent de « bonne doctrine », qui réclament de « bonnes mœurs » dans la société… etc., mais dès qu’il est question de pratiquer personnellement, et de façon persévérante, la pénitence, la mortification, le jeûne, des sacrifices volontaires, le renoncement à certaines aises et commodités… Bref ! dès qu’il s’agit concrètement d’embrasser la Croix, tous les jours et chaque jour, ils sont aux abonnés absents !

   Tant que les catholiques n’auront pas intégré dans les circonstances, même (et peut-être surtout) très ordinaires de leur vie quotidienne concrète, qu’être un authentique disciple du Christ consiste à embrasser la Croix, à s’y laisser clouer, à y agoniser sous les sarcasmes, et à y mourir en s’offrant en sacrifice, ils ne seront pas de vrais disciples du divin Rédempteur !

   Oh ! la plupart sont globalement d’accord avec le sens de ce que j’écris là, mais cela reste souvent très intellectuel, et cela souffre d’un réel défaut d’incarnation.
Cette épreuve de santé (même un simple rhume, même une égratignure de ronces, même une piqûre d’orties), cette gêne occasionnée par une situation inconfortable, cette humiliation due à la réflexion d’un malotru, tout – TOUT ! – ce qui mortifie mon goût, tout peut devenir occasion d’embrasser la Croix et de s’unir à Jésus crucifié !

   Et nous, au lieu de l’embrasser amoureusement et généreusement, avec une consternante spontanéité, nous sommes portés à râler, à nous défiler et à fuir ces incommensurables occasions de grâces pour nos propres âmes, pour l’Eglise, pour les âmes du monde entier, et pour notre France, en particulier…

   Si nous voulons – si nous voulons vraiment – notre propre conversion, si nous voulons que l’Eglise aille mieux, si nous voulons que la France revienne à Dieu et que les âmes soient sauvées, commençons par nous interroger nous-mêmes sur nos fuites égoïstes et lâches en face des mille petites Croix de chaque jour.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Ou bien tu mets à mort l'iniquité...

2025-147. Saint Prince ou Principe, frère aîné de Saint Remi, évêque de Soissons et confesseur.

25 septembre,
Fête de Saint Prince – ou Principe – de Soissons, évêque et confesseur ;
Chez les Ermites de Saint Augustin, l’octave de Saint Thomas de Villeneuve ;
Anniversaire de la prise de Jérusalem par les troupes de Titus (25 septembre 70).

Saint Principe de Soissons - blogue

Saint Prince ou Principe

Douzième évêque de Soissons et confesseur

Notice biographique rédigée par le chanoine Henri Congnet du Chapitre cathédral de Soissons,
pour « Les Petits Bollandistes », tome XI p. 390 et sv.

Vignette typographique saint évêque

       « Prince ou Principe (Principius), était fils d’Emile, comte de Laon, et de Sainte Céline ou Célinie, d’une famille sénatoriale de la même ville. Il eu pour frère Remi, qui fut archevêque de Reims ; mais il y avait entre eux une grande différence d’âge ; Prince était né dans les premiers temps du mariage d’Emile avec Célinie, tandis que Remi fut un fruit miraculeux de la vieillesse de ces deux époux.

   Notre saint s’était marié et avait eu un fils, nommé Loup, qui entra dans la cléricature. Saint Edibe, évêque de Soissons, étant mort (10 décembre 462), le clergé et le peuple jetèrent les yeux sur Prince pour le remplacer. Ce ne fut pas sans peine qu’on parvint à le décider à accepter la lourde charge de l’épiscopat. En tout temps, les plus saints et les plus dignes s’effraient et détournent la tête à la vue de la mitre et du bâton pastoral ; les moins habiles et les présomptueux, au contraire, acceptent sans sourciller l’honneur qui leur est offert ; les ambitieux l’obtiennent à force d’intrigues sans songer que par là ils mettent en péril leur salut éternel et s’exposent sur la terre à ne ceindre qu’une couronne d’épines, source de peines cuisantes et d’amères déceptions.

   Saint Prince fut un grand et pieux évêque, et sa réputation s’étendit au loin dans les Gaules. Sans connaître personnellement Sidoine Apollinaire, évêque d’Avernum (Clermont-Ferrand), il entretenait avec ce célèbre poëte un commerce épistolaire… [Note : nous omettons ici les longues citations que fait la notice du chanoine Congnet des lettres de Saint Sidoine Apollinaire, qui montrent quelle estime les deux prélats avaient l'un pour l'autre].

Clovis et le vase de Soissons

L’épisode fameux du « Vase de Soissons »
- mis en avant par les livres d’histoire de la troisième république
afin de donner de Clovis l’image d’un roi juste et implacable -,
concerne l’un des vases sacrés de la cathédrale de Soissons
placé dans le butin 
après la défaite de Syagrius (486)
et la prise de possession de la ville de Soissons par les Francs.

Si Saint Remi le réclama à Clovis, ce n’était toutefois pas pour l’Eglise de Reims
mais pour qu’il fût restitué à Saint Principe.

   C’est sous le long épiscopat de Saint Prince, que s’accomplirent à Soissons, et dans les pays voisins les événements les plus importants : la fin de la domination romaine dans les Gaules et l’établissement de la domination des Francs.
Saint Prince fut témoin de la mort d’Aegidius, comte de Soissons (464), et de la défaite de Syagrius, son fils, qui fut vaincu par Clovis, alors âgé de vingt-deux ans (486). Soissons tomba entre les mains du vainqueur et devint ainsi le berceau de la monarchie française. Syagrius qui, après la perte de son armée, s’était enfui à Toulouse, chez Alaric II, roi des Visigoths, fut livré à Clovis par ce prince barbare, et égorgé secrètement dans la prison du château d’Albâtre où avaient été renfermés Saint Crépin et Saint Crépinien.

   Les vertus de Prince lui attirèrent le respect de Clovis qu’elles contribuèrent à rendre meilleur. Les entretiens du saint évêque avec Clotilde, épouse du roi, encouragèrent cette princesse et la soutinrent dans les tentatives qu’elle faisait constamment pour vaincre la résistance de son mari et lui faire embrasser le christianisme.
La gloire de le baptiser en même temps que les principaux des Francs, était, dans les desseins de Dieu, réservée au frère de Saint Prince, à l’illustre Saint Remi, archevêque de Reims. Mais Saint Prince assista indubitablement aux cérémonies de ce baptême solennel avec la plupart des évêques de la Gaule septentrionale, et, de retour à Soissons, il aida les nombreux néophytes de la cour et de l’armée à mener une vie conforme à la doctrine évangélique dont ils venaient de faire hautement profession.

   Les faveurs de Clovis devenu chrétien ne firent pas défaut à Saint Prince, qui en profita pour étendre davantage l’influence de la religion et adoucir le sort des peuples.
Il bâtit des églises nouvelles, multiplia les autels ou paroisses, pour rendre l’instruction des populations plus faciles. On pense qu’il transféra le siège épiscopal de l’abbaye de Saint-Crépin le Grand en l’église de Saint-Gervais et de Saint-Protais, située dans l’intérieur de la ville.

Vignette typographique saint évêque

   Saint Prince mourut fort âgé, le 25 septembre, vers l’an 505, et fut inhumé par Saint Remi, son frère, dans la chapelle de Sainte-Thècle, hors des murs de Soissons.
Ses reliques ont été dans la suite transférées à la cathédrale, mais les hérétiques les ont livrées aux flammes et réduites en cendres en 1567. Le Gallia Christiana dit qu’à Douai on vénérait son bras, dans la collégiale de Saint-Amé. »

Vignette SP cul de lampe

2025-146. Abbaye de Saint-Denis, 24 septembre 768 : le Roi Pépin le Bref rend son âme à Dieu.

24 septembre,
Fête de Notre-Dame de la Merci (cf. > ici, et > ici) ;
Anniversaire de la mort de Sa Majesté le Roi Pépin le Bref.

Médaille commémorative de Pépin le Bref (XXe siècle)

       Figure particulièrement marquante de l’histoire de France, Pépin III, dit le Bref, Roi des Francs, premier souverain de la dynastie carolingienne, a rendu son âme à Dieu le 24 septembre de l’an 768.

   La vie de Pépin le Bref a quelque chose de fascinant et si son surnom stigmatise en quelque sorte sa petite taille, il ne correspond en revanche pas du tout à la grandeur des dix-sept années de son règne (751-768).

   Véritable génie politique, sa stature a réellement façonné l’avenir de l’Europe en raison des accomplissements considérables dont il fut l’ouvrier

- en consolidant le pouvoir royal ;
- en établissant la dynastie carolingienne sur le trône ;
- en travaillant à la réforme de l’Eglise avec l’aide de Saint Boniface de Mayence (680-754) ;
- en plaçant de manière systématique la cérémonie du Sacre au début du règne de chaque souverain ;
- en mettant en évidence que le Roi de France est fils aîné de l’Eglise romaine ;
- en défendant les intérêts de la papauté ;
- en favorisant le développement des abbayes ;
- en soutenant l’évangélisation de la Germanie ;
- en taillant au centre de l’Italie un territoire permettant d’assurer l’indépendance temporelle du Saint-Siège apostolique, les Etats de l’Eglise, qui subsisteront jusqu’en la seconde moitié du XIXème siècle ;
- en réformant la monnaie ;
- en instituant la dîme ;
- … etc.

   Au début de l’été 768, Pépin le Bref s’est rendu maître de l’Aquitaine.
Mais il a cinquante-quatre ans et ses forces déclinent. Il reprend la route vers le nord des Gaules.

   A Saintes, où il fait étape, il ressent les symptômes de la maladie qui va l’emporter : l’hydropisie.
Il ordonne qu’
on le transporte à l’abbaye de Saint-Denis, là où il passé sa jeunesse et reçu la base de son éducation, là où, en 754, il a été confirmé Roi des Francs et sacré pour la seconde fois par le pape Etienne II. C’est là qu’il veut se préparer à la mort et mourir en bon chrétien, auprès de son ami, l’abbé Fulrad.
Son seul regret : la nouvelle église abbatiale, puisqu’il en a décidé la réédification – la voulant la plus grande et la plus somptueuse des Gaules -, n’est pas terminée. Elle ne sera consacrée (pour la seconde fois) que le 24 février 775 par Saint Fulrad (cf. > ici).

   Sa route vers Saint-Denis va passer par Poitiers (la ville de Saint Hilaire et de Sainte Radegonde, où est conservée une précieuse relique de la Sainte Croix – cf. > ici et > ici), puis par Tours (la ville de Saint Martin).

   Arrivé à Saint-Denis, il réunit les grands du royaume et leur fait accepter le partage de ce royaume à ses deux fils, Charles 1er (futur Charlemagne) et Carloman 1er.
Puis il fait ses adieux à son épouse, Bertrade de Laon (dite Berthe au grand pied) et dicte ses dernières volontés (dont plus tard l’abbé Suger rapportera la substance dans ses Chroniques de Saint-Denis). En particulier, en signe d’humilité, et pour expier les fautes perpétrées par ses prédécesseurs envers l’Eglise (le clergé reprochait tout particulièrement à Charles Martel de l’avoir spolié d’une partie de ses biens), il souhaite être inhumé face contre terre, sous le porche de l’abside orientale de la basilique de Saint-Denis.

   Le 24 septembre 768, Pépin le Bref, premier roi « oint de Dieu » et sacré par le pape, rend son dernier souffle.
Sa disparition marque la fin d’un règne difficile, qui a cependant grandement préparé l’œuvre de son fils, Charles 1er le Grand – Saint Charlemagne -, le grand Empereur d’Occident.

Basilique de Saint-Denis gisants de Pépin le Bref et Bertrade de Laon

Basilique-nécropole royale de Saint-Denis :
gisants de Pépin III dit le Bref et de son épouse Bertrade de Laon

2025-145. « Qu’il prenne sa croix et qu’il Me suive » : une lettre de Saint Pie de Pietrelcina.

23 septembre,
Fête de Sainte Thècle, protomartyre, « égale aux Apôtres » (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Pie de Pietrelcina, confesseur (cf. aussi > ici) ;
Mémoire de Saint Lin de Volterra, pape et martyr.

Saint Pie de Pietrelcina

« Qu’il prenne sa croix et qu’il Me suive »

extrait d’une lettre de Saint Pie de Pietrelcina à l’une de ses dirigées

    »Pendant ta vie, le Christ ne te demande pas de porter avec Lui Sa lourde croix, mais juste un petit morceau, en acceptant tes souffrances. Tu n’as rien à craindre. Estime-toi au contraire très heureuse d’avoir été jugée digne d’avoir part aux souffrances de l’Homme-Dieu. Il ne s’agit pas, de la part du Seigneur, d’un abandon ni d’une punition ; au contraire, Il te témoigne de l’amour, un grand amour.

   Tu dois en rendre grâce à Dieu et te résigner à boire le calice de Gethsémani. Parfois le Seigneur te fait sentir le poids de la croix. Ce poids te semble insupportable, et pourtant tu le portes parce que le Seigneur, qui est plein d’amour et de miséricorde, te tend la main et te donne la force nécessaire.

   Le Seigneur a besoin de personnes qui souffrent avec Lui devant le manque de piété des hommes. C’est pour cette raison qu’Il me mène sur les voies douloureuses dont tu me parles dans ta lettre. Mais qu’il soit toujours béni, parce que Son amour apporte la douceur au milieu de l’amertume ; Il change les souffrances passagères de cette vie en mérites pour l’éternité. »

fin de texte croix glorieuse 1 - blogue

2025-144. De Sainte Thècle d’Iconium, égale aux apôtres et protomartyre.

23 septembre,
Fête de Sainte Thècle, vierge « égale aux Apôtres », protomartyre ;
Mémoire de Saint Pie de Pietrelcina, confesseur (cf. > ici et > ici) ;
Mémoire de Saint Lin de Volterra, pape et martyr.

Martyrologe romain traditionnel pour le 23 septembre :

   « A Iconium, en Lycaonie, Sainte Thècle, vierge et martyre, qui ayant été convertie à la foi par l’apôtre Saint Paul, surmonta le feu et les bêtes auxquels on l’avait exposée pour la confession de Jésus-Christ, sous l’empereur Néron ; après avoir été victorieuse en plusieurs combats, pour l’instruction des fidèles, elle vint à Séleucie et y mourut. Les saint Pères lui ont donné de grandes louanges ».

Sainte Thècle cathédrale de Mantoue

Girolamo Mazzola Bedoli (1500-1569) : Sainte Thècle (1552)
[cathédrale de Mantoue]

   Sainte Thècle occupe vraiment une place à part au milieu de l’innombrable foule des célicoles : il s’en trouve peu dont le culte, attesté par les plus anciens documents, a connu une diffusion aussi extraordinaire tant en Orient qu’en Occident, peu à avoir eu autant de panégyristes et d’admirateurs.
Lorsqu’ils veulent donner à une le plus haut degré de louange, plusieurs Pères, tels Saint Grégoire de Nazianze ou Saint Jérôme, la comparent à Sainte Thècle : elle est l’exemple et le modèle par excellence proposés aux vierges et aux martyres ; elle est souvent citée immédiatement après les saints Apôtres auxquels les Eglises d’Orient lui décernent le titre d’égale ; on la qualifie aussi de fille spirituelle de Saint Paul et sa plus fidèle disciple ; on exalte sa foi, sa détermination, son amour de la chasteté parfaite, son intrépditié dans les difficultés, sa constance dans les souffrances, sa persévérance dans les oppositions et les supplices, et, bien qu’en définitive elle ne mourût point des diverses formes de martyre qu’elle eut à endurer, elle est gratifiée du nom de protomartyre car elle est la première parmi les vierges, épouses de Jésus-Christ, à avoir souffert pour Son nom béni.

   Dans les Gaules, Sainte Thècle, avec Sainte Agnès et la Très Sainte Mère de Dieu, apparaît pendant des mois chaque soir à Saint Martin de Tours (+ 397) dans son ermitage tourangeau ; et Saint Principe de Soissons (+ vers 505), frère aîné de Saint Remi, avait une dévotion si vive pour Sainte Thècle qu’il voulut être inhumé dans une chapelle qui lui était dédiée, hors les murs de la ville.

   Dans toute la suite des siècles qui se sont succédé depuis l’âge patristique, la vaillante vierge d’Iconium a fait l’objet d’une vénération continue dans toute la Chrétienté, et il ne faut pas oublier de rappeler que, dans les prières latines traditionnelles de la recommandation de l’âme, que l’on récite au chevet des agonisants, elle est invoquée d’une manière spéciale – en faisant allusion aux protections miraculeuses dont elle fut gratifiée lors des persécutions qu’elle endura – juste après les Saints Apôtres Pierre et Paul.

   Las ! Nonobstant l’antiquité des textes témoignant de sa vie exemplaire et l’autorité des Pères de l’Eglise qui l’ont célébrée, Sainte Thècle est suspecte aux yeux des rationalistes et modernistes qui minimisent son importance et rangent parmi les pieuses affabulations les faits extraordinaires, expériences surnaturelles et miracles de sa vie : s’ils ne vont pas jusqu’à nier son existence, ils avancent cependant qu’on ne sait rien de certain à son sujet et qu’on ne saurait accorder le moindre crédit aux légendes qui ont fait sa notoriété et contribué à la diffusion de son culte…

Sainte Thècle - vitrail de la basilique Saint-Martin à Tours

Sainte Thècle
représentée sur l’un des vitraux de la basilique Saint-Martin (Tours)
en raison des apparitions assidues dont elle gratifia,
avec Sainte Agnès et la Mère de Dieu, « l’apôtre des Gaules »

   Née à Iconium, capitale de l’antique Lycaonie, en Asie Mineure (actuelle Konya), vraisemblablement entre l’année 25 et l’année 30 de notre ère, dans une riche famille païenne, Thècle avait reçu une éducation soignée : elle avait étudié la philosophie, les sciences et les lettres.
Lorsque Saint Paul prêcha à Iconium, lors de son premier voyage missionnaire, la jeune fille avait 18 ans et écouta sa prédication avec avidité. Elle fut touchée par la grâce et reçut le baptême des mains de l’Apôtre des Gentils, auquel elle s’attacha avec enthousiasme. Malgré le dessein de ses parents de la marier, elle voua sa virginité au Christ.

   Après le départ de l’Apôtre, ayant énergiquement refusé le parti qu’on lui destinait, tout en témoignant de sa foi et de son mépris pour les superstitions païennes, sa propre mère la dénonça au juge et elle fut condamnée à être brûlée vive, pour que son supplice servît d’avertissement aux jeunes filles qui eussent eu la prétention de se soustraire à l’obéissance parentale en ce qui concerne les mariages qu’on décidait pour elles.
Munie du signe de la croix, Thècle affronta avec intrépidité le brasier : mais l’Epoux céleste qui la destinait à d’autres missions fit tomber alors une telle abondance de pluie que le brasier s’éteignît et que les païens s’enfuirent pour se mettre à l’abri, si bien que Thècle put quitter sa ville natale sans que nul ne songeât à s’opposer à son départ.

   Elle se mit d’abord en devoir de retrouver Saint Paul, et elle le supplia de l’accompagner dans ses courses apostoliques : il la garda quelque temps auprès de lui pour achever sa formation spirituelle, puis il lui demanda de demeurer à Antioche de Syrie auprès des néophytes.

   L’un des notables de la ville, prénommé Alexandre, la remarqua et conçut pour elle une violente passion ; mais la vierge intrépide, au lieu de répondre à ses avances, l’humilia en public, ce qui, on s’en doute, l’irrita au point que, animé d’un esprit de vengeance nourri par l’amour-propre blessé, il la dénonça au gouverneur, qui la fit comparaître et la condamna à être livrée aux bêtes.
Dans l’arène toutefois, les fauves ne la touchèrent pas et se couchèrent à ses pieds. Les taureaux furieux à laquelle elle fut ensuite attachée pour qu’ils l’écartelassent n’obéirent pas davantage aux bourreaux. Enfin, jetée dans une fosse remplie de serpents venimeux, elle ne fut pas davantage touchée par les reptiles.
Tous ces prodiges par lesquels le Seigneur Jésus-Christ préservait l’intégrité virginale de Son épouse, finirent par ébranler le gouverneur lui-même, qui ordonna qu’on la relachât.

Sainte Thècle Fr.Mx.M. - blogue

   Elle retourna un temps à Iconium, où elle prêcha la foi véritable. Toutefois ses efforts pour convertir sa mère demeurèrent vains.
Elle s’en fut ensuite dans les environs de Séleucie (le port d’Antioche) où elle mena pendant de longues années la vie érémitique dans une caverne du Mont Calamon (Kalamoun en arabe) : elle accueillait les visiteurs attirés par sa réputation de sainteté et l’exemple des ses vertus, ainsi que par les guérisons physiques et spirituelles qui se produisaient par son intercession.

   L’un des derniers miracles dont elle fut gratifiée se produisit lorsque des médecins païens de Séleucie, jaloux de ce que les malades prissent le chemin de l’ermitage de Thècle plutôt que de s’adresser à eux, stipendièrent des mercenaires pour faire un mauvais sort à la vierge ; mais au moment où ces scélérats pénétrèrent dans sa caverne, le rocher s’entrouvrit pour qu’elle y trouvât un refuge, et se referma sur elle.

   Sainte Thècle était âgée d’environ nonante années lorsque son divin Epoux vint chercher son âme. Elle fut ensevelie dans son ermitage qui devint dès lors un lieu de pèlerinage et qui le demeure encore de nos jours.
Cependant, une partie notable de ses restes sacrés fit l’objet de translations, jusqu’en Occident, mais de cela nous traiterons une autre fois…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Prières en l’honneur de Sainte Thècle > ici.
Litanies de Sainte Thècle > ici.

Maaloula monastère Mar Taqla état actuel

Monastère « Mar Taqla » à Maaloula, en Syrie,
édifié en avant de la grotte où Sainte Thècle vécut la vie érémitique.

2025-142. Décret de la Commission biblique au sujet des Evangiles synoptiques.

21 septembre,,
Fête de saint Matthieu, apôtre et évangéliste (cf. ici).

       Nous avons déjà présenté (cf. > ici) ce qu’est la Commission biblique et la mission qui lui fut assignée à sa fondation par le pape Saint Pie X, en publiant la traduction des réponses qu’elle a données en 1911 au sujet de l’Evangile selon Saint Matthieu, dans la perspective de contrer les théories modernistes.
Dans cette même optique, intéressons-nous aujourd’hui aux réponses publiées le 26 juin 1912 à propos des autres Evangiles synoptiques, puisque, sur notre modeste blogue, cette fête de Saint Matthieu, premier des quatre évangélistes, est maintenant de manière traditionnelle pour nous, l’occasion d’approfondir notre connaissance de la tradition scripturaire catholique.

Saintes Ecritures et Saint Esprit - blogue

Réponses de la Commission Biblique 

au sujet des Evangiles synoptiques

- 26 juin 1912 -

I. Auteur, date de composition et vérité historique des Evangiles selon Saint Marc et selon Saint Luc :

Question 1 : 

   La voix claire de la Tradition, qui depuis les commencements de l’Eglise est admirablement unanime et qui a été confirmée par des preuves multiples, à savoir les témoignages explicites des saints Pères et des écrivains ecclésiastiques, les citations et les allusions qui se trouvent dans leurs écrits, l’usage des hérétiques anciens, les traductions des livres du Nouveau Testament, presque tous les manuscrits les plus anciens, comme aussi par des raisons internes, tirées du texte des livres saints eux-mêmes, est-il possible d’affirmer de façon certaine que Marc, le disciple et l’interprète de Pierre, et le médecin Luc, l’assistant et le compagnon de Paul, sont réellement les auteurs des Evangiles qui leur sont respectivement attribués ? 

Réponse : Oui.

frise

Question 2 : 

   Les arguments par lesquels certains critiques cherchent à démontrer que les derniers douze versets de l’Evangile de Marc [Mc 16, 9–20] n’ont pas été rédigés par Marc, mais ajoutés par une autre main, sont-ils de nature à donner le droit d’affirmer qu’ils ne doivent pas être reconnus comme inspirés et canoniques ; ou du moins qu’ils démontrent que Marc n’est pas l’auteur de ces versets ? 

Réponse : Non pour les deux parties. 

Saintes Ecritures et Saint Esprit - vignette

Question 3 : 

   Est-il permis de même de douter de l’inspiration et de la canonicité des récits de Luc concernant l’enfance du Christ [Lc 16, 9–20] ou l’apparition de l’Ange qui réconforta Jésus et la sueur de sang [Lc 22, 43 s] ; ou peut-on au moins montrer par des arguments solides – ce qui plaisait aux hérétiques anciens et qui plaît également à des critiques plus récents – que ces récits ne font pas partie de l’Evangile originel de Luc ? 

Réponse : Non pour les deux parties. 

frise

Question 4 : 

   Les documents très rares et tout à fait isolés dans lesquels le cantique Magnificat [Lc 1, 46–55] n’est pas attribué à la Bienheureuse Vierge Marie mais à Elisabeth, peuvent-ils et doivent-ils prévaloir de quelque manière contre le témoignage concordant de presque tous les manuscrits aussi bien du texte original grec que des traductions, et contre l’interprétation que le contexte n’exige pas moins que le sentiment de la Vierge elle-même et la Tradition constante de l’Eglise ?

Réponse : Non. 

Saintes Ecritures et Saint Esprit - vignette

Question 5 : 

   S’agissant de l’ordre chronologique des Evangiles, est-il permis de s’éloigner de l’opinion corroborée par le témoignage à la fois très ancien et constant de la Tradition et qui atteste qu’après Matthieu qui, le premier de tous, composa son Evangile dans la langue maternelle, Marc a écrit le deuxième, et Luc le troisième ; ou faut-il d’un autre côté considérer comme contraire à cette conception l’opinion qui affirme que le deuxième et le troisième évangile ont été composés avant la traduction grecque du premier Evangile ? 

Réponse : Non pour les deux parties. 

frise

Question 6 : 

   Peut-on différer la date de composition des Evangiles de Marc et de Luc jusqu’à la destruction de Jérusalem ; ou parce que chez Luc la prophétie du Seigneur concernant la destruction de cette ville apparaît plus précise, peut-on soutenir que son évangile au moins a été composé après que le siège eut déjà commencé ?

Réponse : Non pour les deux parties. 

Saintes Ecritures et Saint Esprit - vignette

Question 7 : 

   Doit-on affirmer que l’Evangile de Luc a précédé le livre des Actes des Apôtres, et que puisque ce livre, composé par le même Luc [Ac 1, 1], était terminé à la fin de la captivité romaine de l’Apôtre [Ac 28, 30 s], son Evangile n’a pas été composé après cette date ? 

Réponse : Oui. 

frise

Question 8 : 

   Si on considère aussi bien les témoignages de la Tradition que les arguments internes concernant les sources qu’ont utilisées l’un et l’autre évangéliste en composant l’Evangile, peut-on raisonnablement mettre en doute la conception qui tient que Marc a écrit selon la prédication de Pierre, et Luc selon la prédication de Paul, et qui affirme en même temps que ces évangélistes ont disposé également d’autres sources dignes de foi, soit orales soit aussi déjà mises par écrit ? 

Réponse : Non. 

Saintes Ecritures et Saint Esprit - vignette

Question 9 : 

   Les paroles et les actions qui sont racontées de façon exacte et pour ainsi dire littéralement par Marc selon la prédication de Pierre, et qui sont présentées de la façon la plus sincère par Luc, qui dès le départ s’est soigneusement informé de tout auprès de témoins très dignes de foi puisqu’ils ont vu eux-mêmes dès le commencement et qu’ils furent des serviteurs de la Parole [Lc 1, 2 s] réclament-elles à juste titre pour elles-mêmes cette foi historique que l’Eglise leur a toujours accordée ; ou au contraire ces mêmes actions et ces mêmes paroles doivent-elles être considérées comme étant dénuées, au moins en partie, de vérité historique, soit parce que les écrivains n’étaient pas des témoins oculaires, soit parce qu’il n’est pas rare qu’on constate chez les deux évangélistes un manque d’ordre et une différence dans la succession des faits ; soit parce que, étant venus et ayant écrit plus tard, ils ont dû nécessairement rapporter des conceptions qui étaient étrangères à ce qu’ont pensé le Christ et les apôtres, ou des faits déjà plus ou moins déformés par l’imagination du peuple, ou enfin parce que, chacun selon son dessein, ils se sont laissé conduire par des idées dogmatiques préconçues ? 

Réponse : Oui pour la première partie ; non pour la deuxième. 

Savone - Retable du cardinal della Rovere - Saint Luc et Saint Marc

Ludovico Brea (1450–1523) : les évangélistes Saint Marc et Saint Luc
[détail du rétable du cardinal della Rovere, cathédrale de Savone]

II. La question synoptique, ou les rapports mutuels entre les trois premiers Evangiles :

Question 1 : 

   En maintenant sauf ce qui, conformément à ce qui a été établi précédemment, doit-être maintenu sauf – en particulier pour ce qui est de l’authenticité et de l’intégrité des trois Evangiles de Matthieu, de Marc et de Luc, de l’identité substantielle de l’Evangile grec de Matthieu avec son original primitif, ainsi que pour ce qui est de l’ordre chronologique dans lequel ils ont été écrits –, compte tenu des conceptions diverses et opposées si nombreuses des auteurs, est-il permis aux exégètes de discuter librement pour expliquer les ressemblances et les différences entre les Evangiles, et de recourir aux hypothèses de la Tradition soit écrite, soit orale, ou encore de la dépendance de l’un par rapport à celui ou à ceux qui précèdent ? 

Réponse : Oui. 

Saintes Ecritures et Saint Esprit - vignette

Question 2 : 

   Doit-on considérer que maintiennent sauf ce qui a été établi plus haut ceux qui, ne s’appuyant sur aucun témoignage de la Tradition, et sur aucune preuve historique, approuvent sans hésiter l’hypothèse dite des « deux sources », laquelle tente d’expliquer la composition de l’Evangile grec de Matthieu et de l’Evangile de Luc à partir surtout de leur dépendance de l’Evangile de Marc et d’une collection dite des paroles du Seigneur ; et peuvent-ils dès lors la défendre librement ? 

Réponse : Non pour les deux parties.

Tétramorphe - tympan de Saint-Trophime - Arles

Le tétramorphe au tympan de la basilique-primatiale Saint-Trophime, en Arles (XIIème siècle)

2025-141. Leçons historiques du deuxième nocturne des matines de la fête de Saint Eustache au Bréviaire traditionnel.

20 septembre,
Fête de Saint Eustache et ses compagnons, martyrs ;
Sixième jour dans l’octave des Sept-Douleurs de Notre-Dame ;
Vigile de Saint Matthieu ;
Anniversaire de la spoliation de Rome par les troupes piémontaises (20 septembre 1870 – cf. > ici) ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Monsieur l’Abbé Vincent Serralda (20 septembre 1998).

Anonyme allemand XVIIe - vision de Saint Eustache

La conversion de Saint Eustache
[anonyme Germanie 1er quart du XVIIème siècle - Musée des Beaux-Arts de Varsovie]

Leçons historiques du deuxième nocturne

des matines de la fête de Saint Eustache

au Bréviaire traditionnel.

Quatrième leçon. 

   Eustache, qui portait aussi le nom de Placide, et que sa naissance, ses richesses et sa gloire militaire distinguaient parmi les Romains, mérita, sous l’empereur Trajan, le titre de maître de la milice.
Un jour que, se livrant à l’exercice de la chasse, il poursuivait un cerf d’une taille prodigieuse qui fuyait devant lui, cet animal s’arrêta tout à coup et Eustache put voir, entre ses bois, une image grandiose et resplendissante de Notre-Seigneur Jésus-Christ attaché en croix. Sur l’invitation que le Sauveur lui fit entendre de prendre pour but de ses poursuites la vie immortelle, il s’enrôla dans la milice chrétienne avec son épouse Théopista, et leurs deux enfants en bas âge, Agapit et Théopiste.

Jean-Baptiste Pittoni - Saint Eustache refusant de sacrifier aux idoles

Jean-Baptiste Pittoni (1687-1767) :
Saint Eustache refuse d’offrir des sacrifices aux idoles (vers 1722)
[collection des peintures de l'Etat bavarois – Alte Pinakothek Munich]

Cinquième leçon. 

   Etant retourné bientôt, comme le Seigneur le lui avait ordonné, au lieu même où la vision s’était produite, il L’entendit lui prédire tout ce qu’il aurait à supporter dans la suite pour Sa gloire.
Peu après il souffrit avec une patience admirable d’incroyables calamités, et se vit bientôt réduit à la plus profonde misère. Obligé de fuir en secret, il se vit enlever dans la suite, son épouse d’abord, puis ses enfants, malheureusement arrachés à son affection. Le cœur déchiré par tant d’épreuves, il demeura longtemps caché dans une région lointaine, cultivant la terre, jusqu’à ce que, réconforté par une voix céleste et repris par Trajan pour une nouvelle guerre, il fût de nouveau placé à la tête des troupes.

Simon Vouet martyre de Saint Eustache

Simon Vouet (1590-1649) : Martyre de Saint Eustache (vers 1635)
[Paris, église Saint-Eustache]

Sixième leçon. 

   Durant l’expédition qu’il dirigea, il eut la joie inespérée de recouvrer ses enfants et son épouse. Vainqueur, il entra dans Rome au milieu des acclamations de tous.
Mais peu après, ayant reçu l’ordre de sacrifier aux faux dieux pour les remercier de sa victoire, il s’y refusa énergiquement. En vain essaya-t-on par divers moyens de lui faire renier la foi du Christ. On l’exposa aux lions avec sa femme et ses enfants ; la douceur que ces animaux montrèrent à leur égard ayant irrité l’empereur, celui-ci ordonna d’enfermer les saints confesseurs dans un taureau d’airain, rougi par le feu qui brûlait au-dessous.
Consommant ainsi leur martyre et chantant les louanges divines, ils s’envolèrent vers la félicité éternelle, le douze des calendes d’octobre. Leurs corps, retrouvés intacts, furent religieusement ensevelis par les fidèles, puis transférés avec honneur dans l’église édifiée sous leur vocable.

Simon Vouet apothéose de Saint Eustache et de sa famille

Simon Vouet (1590-1649) : Saint Eustache et sa famille emportés au ciel
ou apothéose de Saint Eustache et de sa famille (vers 1636)
[musée d'art de Nantes]

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