Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2012-86. Tendus vers Son Avènement…

Premier dimanche de l’Avent.
Et pendant la neuvaine préparatoire
à la fête de l’Immaculée Conception
(cf. > ici).

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Avec les premières vêpres du premier dimanche de l’Avent, nous commençons une nouvelle année liturgique
Le premier dimanche de l’Avent est le premier jour de l’an pour les fidèles, plus que le premier janvier qui n’a qu’une valeur civile, administrative…
Je vous souhaite donc une très bonne, très belle et surtout très fervente nouvelle année : année de croissance spirituelle et de sanctification, en vivant toujours plus intensément des mystères que la Sainte Eglise nous donne de célébrer dans sa liturgie, en grandissant en sagesse et en grâce autant qu’en âge, en étant – toujours davantage et avec une plénitude toujours plus grande – configurés à Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Et pour cela, commençons tous par vivre un saint Avent!

Avent, en latin « Adventus », signifie avènement.
Le temps de l’Avent est le temps de la préparation à la célébration de la Nativité du Sauveur et à son second avènement : « et iterum venturus est cum gloria : et à nouveau Il reviendra avec gloire », ainsi que nous le chantons dans le Credo.

L’attente du second avènement prédomine dans la liturgie de l’Avent jusqu’au mercredi des Quatre-Temps d’hiver, beaucoup trop de fidèles l’oublient (la plupart du temps absorbés qu’ils sont par la préparation de Noël – vu de manière très réductrice comme l’anniversaire de la naissance de Jésus – et principalement préoccupés par leurs cadeaux et leurs menus!).

En fait, l’attente du second avènement est plus importante pour notre vie chrétienne, pour notre vie spirituelle : la célébration du premier avènement n’est en quelque sorte que le fondement, l’appui, le levier, le tremplin de notre espérance. 
Le premier avènement n’est pas à recommencer, le premier avènement n’est plus à attendre : le chrétien est tendu vers le second avènement de Celui qui, né jadis dans l’humilité à Bethléem, crucifié dans l’opprobre sous Ponce Pilate, a accompli le Salut et reviendra triomphalement dans la plénitude de Sa gloire.
Nous ne sommes pas tournés vers le passé, nous ne ressassons pas indéfiniment des évènements révolus, mais nous les célébrons. Et leur célébration est une actualisation qui nous donne la force pour marcher d’un pas assuré et confiant vers la fin des temps : la fin des temps n’est pas pour les vrais fidèles une période à redouter, elle est le point dans lequel se concentre toute leur espérance!

Bonne et sainte année, chers Amis!
Bon et saint Avent!

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couronnechat avènement dans De liturgia

La couronne de l’Avent > ici
La spiritualité de l’Avent > ici
Sept conseils de St François de Sales
pour bien commencer la nouvelle année liturgique > ici

2012-83. Deux textes prophétiques.

23 novembre
Fête de Saint Clément 1er 

Dans la continuité des réflexions et de l’Instruction Pastorale de Monseigneur Louis Edouard Pie que je publiais hier (cf. > ici), voici deux autres textes – beaucoup plus courts – dont on peut dire qu’ils sont véritablement prophétiques tant ils semblent décrire ce qui se passe aujourd’hui dans nos sociétés.

Le premier, de 1901, est extrait d’une allocution consistoriale prononcée par le Pape Léon XIII, et le second, de 1903, est tiré de la première lettre encyclique de Saint Pie X.

Nous y sommes bien loin de l’optimisme – aussi naïf et béat que fallacieux – du prétendu « esprit du concile » ; ils sont, tout au contraire, remplis de ce même réalisme surnaturel et de la même lucidité spirituelle qui inspiraient déjà Saint Jean à la fin du 1er siècle lorsqu’il écrivait :  « Ne vous étonnez point, mes frères, si le monde vous hait (1 Johan. III, 13)… Nous savons que nous sommes de Dieu ; et le monde est tout entier sous l’empire du Malin (ibid. V, 19) ».

2012-83. Deux textes prophétiques. dans Lectures & relectures luca-signorelli-les-damnes

Luca Signorelli : la réprobation des damnés
(fresques de la cathédrale d’Orvieto – détail) 

Il est à redouter que la société civile ne coure à des catastrophes d’autant plus grandes
qu’elle s’éloigne davantage de Jésus-Christ Rédempteur :

« Vénérables Frères, le grand souci qui nous tourmente est de voir que les épreuves et les afflictions qui entourent les catholiques, loin de s’atténuer, vont en s’aggravant chaque jour et même se propagent d’une partie de l’Europe à l’autre comme une véritable contagion… Ce qui domine en ce moment, c’est le dessein manifeste des ennemis de l’Église d’attaquer violemment les institutions chrétiennes, et on dirait qu’il y a comme un pacte formé entre eux dans ce but. On en voit la preuve dans ce qui se passe un peu partout, à savoir les soulèvements des foules, les cris de violence et les menaces proférées en public, les publications populaires, les outrages publics jetés sur les choses et les personnes les plus respectables. Ce sont là de tristes indices pour l’avenir et qui font présager avec toute vraisemblance qu’à des temps malheureux succéderont des temps plus malheureux encore. L’Église, sans doute, appuyée sur Dieu et n’ayant rien à craindre pour elle, attendra et supportera toutes les luttes que chaque jour lui apportera. Quant aux États, il est à craindre qu’ils ne voient point où ils vont, et pour la société civile elle-même, il est à redouter qu’elle ne coure à des catastrophes d’autant plus grandes qu’elle s’éloigne davantage de Jésus-Christ Rédempteur ».

Léon XIII,
allocution consistoriale sur les périls qui menacent l’Église et la société civile,
15 août 1901.
armoiries_pontificales_leon_xiii Antéchrist dans Vexilla Regis
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Des habitudes de vie, tant privée que publique,
où nul compte n’est tenu de la Souveraineté de Dieu :

« Nous (éprouvons) une sorte de terreur à considérer les conditions funestes de l’humanité à l’heure présente. Peut-on ignorer la maladie si profonde et si grave qui travaille, en ce moment bien plus que par le passé, la société humaine, et qui, s’aggravant de jour en jour et la rongeant jusqu’aux moelles, l’entraîne à sa ruine? Cette maladie, vénérés Frères, vous la connaissez, c’est, à l’égard de Dieu, l’abandon et l’apostasie… De nos jours, il n’est que trop vrai, les nations ont frémi et les peuples ont médité des projets insensés (Ps. II, 1) contre leur Créateur ; et presque commun est devenu ce cri de Ses ennemis : Retirez-vous de nous (Ps. XXI, 14). De là des habitudes de vie, tant privée que publique, où nul compte n’est tenu de Sa Souveraineté. Bien plus, il n’est ni effort ni artifice que l’on ne mette en oeuvre pour abolir entièrement Son souvenir et jusqu’à Sa notion.

Qui pèse ces choses a droit de craindre qu’une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement le fils de perdition dont parle l’Apôtre (2 Thess. II, 3) n’ait déjà fait son avènement parmi nous. Si grande est l’audace et si grande la rage avec lesquelles on se rue partout à l’attaque de la religion, on tend d’un effort obstiné à anéantir tout rapport de l’homme avec la divinité. En revanche, et c’est là, au dire du même Apôtre, le caractère propre de l’Antéchrist, l’homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur en s’élevant au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu. C’est à tel point, qu’impuissant à éteindre complètement en soi la notion de Dieu, il secoue cependant le joug de Sa Majesté, et se dédie à lui-même le monde visible en guise de temple, où il prétend recevoir les adorations de ses semblables. Il siège dans le temple de Dieu, où il se montre comme s’il était Dieu lui-même (2 Thess. II, 2) ».

Saint Pie X,
encyclique « E Supremi apostolatus cathedra »,
4 octobre 1903. 

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2012-82. « Et il y a déjà beaucoup d’antéchrists ».

XXIVème et dernier dimanche après la Pentecôte.

Nous voici dans les derniers jours de l’année liturgique.
Le dernier dimanche après la Pentecôte nous fait entendre une nouvelle fois les versets 15 à 35 du vingt-quatrième chapitre de l’Evangile selon Saint Matthieu rapportant les paroles tellement fortes et saisissantes de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur les signes annonciateurs de la fin des temps.
C’est la volonté de Dieu, exprimée à travers la Tradition et la sainte liturgie de Son Eglise, que nous nous attachions à méditer en ces jours les graves avertissements de Notre-Seigneur et de Ses Saints Apôtres.

Or parmi les signes avant-coureurs de la fin des temps, nous savons qu’il y aura la parution de l’antéchrist« l’homme du péché, le fils de la perdition » (2 Thess. II, 2) – mais la Tradition chrétienne, à la suite de Saint Jean, désigne en fait sous ce nom deux réalités : a) une personne physique, faux-messie, instrument privilégié de Satan, qui étendra sa domination politique sur le monde dans les derniers temps ; mais aussi b) les faux-docteurs, faux prophètes et séducteurs des nations qui, tout au long de l’histoire de l’humanité, tentent de corrompre la vraie foi et d’égarer les fidèles par leurs doctrines fallacieuses.

Vous allez trouver ci-dessous un texte particulièrement pertinent et « percutant », publié en 1863 par Monseigneur Pie , évêque de Poitiers et futur cardinal, commentant les paroles de l’Apôtre Saint Jean : « Et il y a déjà beaucoup d’antéchrists » (1 Johan. II, 18).
Cette Instruction Pastorale qui a quelque cent cinquante ans me paraît d’une singulière actualité : ce pourquoi je vous engage à la lire avec une extrême attention et en méditer tous les points, parce qu’ils peuvent s’accorder à la perfection au contexte actuel de l’Eglise et de la société.

Lully.

2012-82.

Mgr. Louis Edouard Pie (1815 – 1880), évêque de Poitiers,
cardinal-prêtre du titre de Sainte-Marie de la Victoire en 1879.

Instruction Pastorale
sur cette parole de Saint Jean :

« Et il y a déjà beaucoup d’antéchrists »

(carême 1863) 

Nos Très Chers Frères,

I. Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : « Veillez à ce que personne ne vous séduise. Car plusieurs viendront en mon nom et diront : Je suis le Christ, et ils séduiront un grand nombre d’âmes… Et beaucoup de faux christs et de faux prophètes surgiront, et ils feront des signes et des prodiges étonnants, à ce point que les élus eux-mêmes, si cela se pouvait, seraient induits en erreur. Je vous prédis ces choses, afin que vous vous teniez pour avertis » (Matth. XXIV, 4-5, 24-25).
Cet avertissement du Sauveur, N.T.C.F. (*), vos pasteurs ont reçu la mission de vous le répèter souvent, mais particulièrement à ces époques de confusion et de crise où il semble que les légions infernales aient reçu une plus grande puissance de tromper et de nuire. Tels étaient les temps de saint Hilaire. Aussi est-ce sa voix et sa doctrine que nous venons vous faire entendre dans cette courte instruction pastorale.
Ce saint docteur, en expliquant l’Evangile à vos pères, s’est souvent attaché à leur donner le signalement de l’antéchrist ; et non seulement de cet antéchrist individuel et personnel qui accomplira un rôle si terrible dans les derniers jours du monde, mais encore des ces antéchrists nombreux et presque innombrables qui doivent, sur tout le parcours de la ligne des siècles, préparer la venue et faciliter la mission de l’antéchrist final.
Mes enfants, disait ce grand pontife s’appropriant les paroles de saint Jean, Filioli, parce que vous avez entendu dire peut-être que l’antéchrist vient, et que la dernière heure approche, ce que personne ne sait, moi je vous dis une chose certaine, « c’est qu’il y a déjà beaucoup d’antéchrists » (I Johan. II, 18). Que l’antéchrist, qui sera un et individuel à la fin des âges, soit auparavant nombreux et multiple, c’est ce que le témoignage de l’Ecriture rend incontestable. Quiconque nie le Christ tel qu’il a été annoncé par les apôtres, celui-là est un antéchrist. La signification propre du nom d’antéchrist, c’est d’être contraire à Jésus-Christ (St Hilaire, contra Auxentium, 2).
Or, s’il est écrit que les temps de l’antéchrist seront périlleux, que la bonne foi de beaucoup sera surprise, il ne faut pas moins de précautions envers ses devanciers et ses précurseurs. « Je n’ai qu’un avis à vous donner : Prenez garde à l’antéchrist, ayez peur de l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum » (ibid. 12).
Et si vous me demandez  où se trouve aujourd’hui cet antéchrist dont vous avez tant à vous garder, il me serait vraiment plus facile de vous dire où il n’est pas.

II. Antéchrist, celui qui nie que Jésus soit Dieu ; antéchrist, celui qui nie que Jésus soit homme ; antéchrist, celui qui nie que Jésus soit Dieu et homme tout ensemble.
Celui-là est un antéchrist, dit saint Jean, qui nie le Père, puisqu’en niant le Père, il nie le Fils : Hic est antichristus qui negat Patrem et Filium (1 Johan. II, 22). En effet, il n’y a pas d’antichristianisme plus radical que celui qui nie la divinité à sa source, à son principe. Comment le Christ serait-il Dieu, s’il n’y a pas de Dieu? Or, la négation de l’être divin, de la substance divine, de la personnalité divine, et l’introduction de je ne sais quelle théodicée sophistique qui, tout en maintenant la dénomination de Dieu, en supprime la réalité, et lui substitue des abstractions et des rêves qui flottent entre l’athéisme et le panthéisme ou qui n’ont aucun sens : voilà le symptôme capital de la situation intellectuelle du moment, voilà l’enseignement qui remplit les livres et qui inspire les leçons de toute une école nombreuse et puissante. En présence de ces doctrines, « je n’ai qu’un avis à vous donner : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo, cavete antichristum ».
Saint Jean poursuit : « Quiconque nie le Fils, n’a point le Père, et il n’a pas la vie. Celui qui croit dans le Fils de Dieu a pour soi le témoignage de Dieu. Celui qui ne croit pas au Fils, rend Dieu menteur, parce qu’il ne croit pas au témoignage que Dieu a donné de son Fils (1 Johan. III, 23 – V, 10, 12). Beaucoup de séducteurs sont entrés dans le monde, qui ne confessent point que Jésus-Christ soit venu dans la chair : quiconque nie cela, est un séducteur et un antéchrist : Qui non confitetur Christum in carne venisse, hic est seductor et antichristus » (2 Johan. 7). Or, si vous écoutez ce qui se dit, si vous lisez ce qui s’écrit à cette heure, vous apprendrez ou bien que le personnage historique de Jésus n’a pas même existé, du moins tel qu’il est représenté par les Evangiles, ou bien qu’il a été un des types humains en qui s’est davantage manifesté cet idéal de sagesse, de raison, de perfection qu’on est convenu de nommer Dieu. On ne vous accordera point que le Fils de Marie soit le Fils de Dieu fait homme, le Verbe descendu dans la chair, celui en qui réside corporellement la plénitude de la divinité (Coloss. II, 9), et, pour tout dire, l’Homme-Dieu. Epouvanté de ces blasphèmes, qui sont le complet renversement du symbole chrétien, « je n’ai qu’une chose à vous dire : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Que dirai-je encore? Antéchrist, celui qui nie le miracle, celui qui enseigne que le miracle n’a pas sa place possible dans la trame des choses humaines : car le Christ, encore bien que ses paroles eussent un accent qui pouvait mériter créance, n’a cependant établi sa divinité que par l’argument décisif du miracle (Johan. X, 25, 37, 38) ; et il a donné à ses apôtres, comme moyen de persuasion et de conquête, la puissance du miracle (Johan. XIV, 12 – Marc. XV, 20) ; et sa venue dans la chair, l’union de la nature humaine et de la nature divine en sa personne unique, c’est le miracle par excellence (Coloss. I, 26). Supprimer le miracle, c’est supprimer tout l’ordre surnaturel et chrétien. Ici encore : « Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Antéchrist, celui qui nie la révélation divine des Ecritures : car ce sont les prophéties inspirées divinement qui nous ont annoncé le Christ ; et ce sont les Evangiles écrits sous la dictée de l’Esprit-Saint, ainsi que les actes et les lettres des apôtres, qui nous font connaître le Christ (2 Petr. I, 31). Nous avons à alléguer ici les propres paroles de saint Hilaire : « Quiconque nie le Christ tel qu’il a été annoncé par les apôtres, celui-là est un antéchrist : Quisquis enim Christum, qualis ab apostolis est praedicatus, negavit, antichristus est ». Si donc vous entendez donner le démenti aux livres saints, si leur autorité est ravalée au niveau des conceptions et des productions de l’esprit humain, « j’ai un conseil à vous donner : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Antéchrist, celui qui nie la divine institution et la divine mission de l’Eglise : car le terme des oeuvres, des souffrances et de la mort de Jésus-Christ, ç’a été la fondation de son Eglise. « Jésus-Christ a aimé son Eglise, et il s’est livré lui-même pour elle afin de la sanctifier, après l’avoir lavée dans le baptême d’eau par la parole de vie, pour la faire paraître devant lui pleine de gloire, n’ayant ni tache, ni ride, ni quoi que ce soit de défectueux, mais étant sainte et irrépréhensible » (Eph. V, 25, 27). Or, si l’Eglise n’a pas un caractère surnaturel, si elle est seulement une institution terrestre, un des établissements religieux destinés à jouer un rôle plus ou moins long au sein de l’humanité, une société exposée aux vicissitudes et aux défaillances des choses d’ici-bas, une école plus ou moins respectable de philosphie et de philanthropie, en un mot, si l’Eglise n’est pas divine, c’est que le Christ son fondateur, n’est pas Dieu. Rejeter la divinité de l’oeuvre, c’est rejeter la divinité de l’ouvrier. « J’ai toujours la même recommandation à vous faire : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Antéchrist, celui qui nie la suprême et indéfectible autorité de Pierre. En effet, Jésus-Christ, après avoir regardé cet homme au visage, lui a dit : « Simon, fils de Jean, ton nom va être changé. Désormais tu t’appelleras Céphas, ce qui veut dire Pierre (Johan. I, 42) ; et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les puissances de l’enfer ne prévaudront point contre elle ; et je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans le ciel ; et tout ce que tu délieras sur la terre, sera délié dans le ciel » (Matth. XVI, 18-19). Et le même Jésus lui a dit encore : « Simon, Simon, voici que satan vous a demandés tous pour vous cribler comme un froment. Mais moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères » (Luc. XXII, 31-32). Or, si ces paroles de Jésus-Christ n’ont pas fait de Pierre le fondement inébranlable de l’Eglise, le roc immuable de la vérité, l’oracle infaillible de la foi, c’est que celui qui les a prononcées n’avait pas la puissance de les rendre efficaces. Toucher à Pierre, c’est toucher à la tête vivante, au chef invisible de l’Eglise chrétienne, qui revit et qui subsiste en lui. « Je vous crie donc encore : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Antéchrist, celui qui nie ou qui déprime le sacerdoce chrétien. Car Jésus-Christ ressuscité a dit à ses apôtres : « Comme mon Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie (Johan. XX, 21). Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit ; et voici que moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles » (Matth. XXVIII, 18-20). Or, si les pouvoirs ainsi conférés par Jésus ne sont pas les pleins pouvoirs d’enseigner la vérité au nom de Dieu par la prédication, d’administrer la grâce par les sacrements, de pourvoir à l’observation des préceptes divins par le gouvernement ecclésiastique, et si, dans l’exercice de ces pouvoirs, le sacerdoce chrétien n’est pas soutenu par une assistance continue et par une présence journalière du Christ en lui ; ici encore, il faut admettre que le Christ a dit plus qu’il n’a pu faire, et que, par conséquent, il n’est pas Dieu. Et sachant que le Seigneur a dit des lévites mêmes de l’ancienne loi : « Ne touchez pas à mes christs » (1 Paralip. XVI, 22), et qu’il a dit aux ministres de la loi nouvelle : « Celui qui vous reçoit me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé » (Matth. X, 40) ; quand je vois la langue de mon pays se dépraver jusqu’à changer en titre d’insulte et de dédain cette première initiation sacerdotale et royale qui s’appelle la cléricature, et que les vocabulaires avaient longtemps donnée comme synonyme du savoir et de l’instruction libérale, je me sens épris d’une immense pitié pour une génération dont les sommités mêmes peuvent descendre à un pareil abaissement et se montrer coupables d’un tel oubli de respect envers ce que tous les peuples ont eu de plus sacré ; et « je redis toujours la même leçon : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Antéchrist, celui qui nie la supériorité des temps et des pays chrétiens sur les temps et les pays infidèles ou idolâtres. Car si Jésus-Christ, qui nous a illuminés alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort (Luc. I, 79), et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce (Johan. I, 14), n’a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu’ils possédait au sein du paganisme, c’est que l’oeuvre du Christ n’est pas une oeuvre divine. Il y a plus : si l’Evangile, qui fait le salut des hommes, est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples ; si la lumière révélée, profitable aux individus, est préjudiciable aux sociétés ; si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires ; en d’autres termes, si Jésus-Christ, à qui les prophètes ont promis et à qui son Père a donné les nations en héritage (Psalm. II, 8), ne peut exercer sa puissance sur elles qu’à leur détriment et pour leur malheur temporel, il en faut conclure que Jésus-Christ n’est pas Dieu. Car, ni dans sa personne, ni dans l’exercice de ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné ; en lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l’opposition ; le divin ne peut être antipathique à l’humain, ni l’humain au divin. Au contraire, il est la paix, le rapprochement, la réconciliation ; il est le trait d’union « qui a fait les deux choses une : ipse est pax nostra qui fecit utraque unum » (Ephes. I, 14). C’est pourquoi saint Jean nous dit : « Tout esprit qui dissout Jésus n’est pas de Dieu, et c’est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous avez entendu dire qu’il vient, et qu’il est déjà maintenant dans le monde : Et omnis spiritus qui solvit Jesum, ex Deo non est ; et hic est antichristus de quo audistis quoniam venit, et nunc jam in mundo est » (1 Johan. IV, 3). Lors donc que j’entends certains bruits qui montent, certains aphorismes qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au coeur des sociétés le dissolvant sous l’action duquel doit périr le monde, « je jette ce cri d’alarme : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».

III. Nous pourrions, N.T.C.F. (*), étendre encore le détail des erreurs qui s’accréditent chaque jour autour de nous, et qui constituent tout ce système qu’on peut appeler l’antichristianisme. Ce que nous avons dit est plus que suffisant pour exciter votre vigilance, et pour vous rendre de plus en plus défiants envers toute doctrine qui ne procède pas de l’Eglise, et qui n’est pas conforme à ce qui vous a été enseigné par vos légitimes pasteurs. Retenez fortement gravés dans votre esprit les paroles solennelles qu’adressait saint Paul à nos pères : « J’admire, écrivait-il aux Galates, que vous vous laissiez détourner si vite de celui qui vous a appelés à la grâce du Christ, pour passer avec tant de facilités à un autre évangile : ou plutôt, il n’y a pas d’autre évangile, mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent renverser et changer l’Evangile de Jésus-Christ : nisi sunt aliqui qui vos conturbant, et volunt convertere Evangelium Christi. Mais quand nous vous annoncerions nous-mêmes, ou quand un ange du ciel vous annoncerait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème. Oui, nous vous le répétons : si quelqu’un vous enseigne un évangile autre que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème. Car je vous le déclare, mes Frères : l’Evangile que je vous ai prêché, n’a rien de l’homme ; en effet, je ne l’ai reçu ni appris d’aucun homme, mais de la révélation de Jésus-Christ » (Galat. I, 6-12).
Demeurez donc fermes dans la foi antique et invariable de la sainte Eglise, N.T.C.F. (*) ; « soyez des hommes, et ne soyez pas des enfants qui flottent et qui se laissent aller à tous les vents des opinions, séduits par les tromperies humaines et par les menées astucieuses de l’erreur qui les circonviennent » (Ephes. IV, 14). Le divin Sauveur a dit, en prédisant le temps de la ruine de Jérusalem : « Malheur à quiconque sera alors dans les douleurs de l’enfantement ou dans la période de l’allaitement! » (Matth. XXIV, 19). Ce que saint Hilaire explique ainsi : « Dans les jours orageux et difficiles de l’Eglise, malheur aux âmes travaillées par le doute, et chez qui la foi, la piété ne seront encore qu’à l’état de conception ou de première nutrition. Les unes, surprises dans l’embarras de leur incertitude, et attardés par les irrésolutions de leur esprit en travail, seront trop pesantes pour échapper aux poursuites de l’antéchrist ; les autres, n’ayant encore que dégusté les mystères de la foi, et n’étant imbues que d’une faible dose de la science divine, manqueront de la force et de l’habileté nécessaires pour soutenir de si grands assauts » (comment. in Matth. XXV, 6). C’est cet alourdissement et cette débilitation des âmes qui rendront les derniers temps si pernicieux, et qui occasionneront tant de défections.
En revanche, saint Augustin fait ressortir combien ces jours d’épreuve donnent de lustre et d’accroissement au mérite des âmes fidèles. Commentant ces mots de l’Apocalypse : « Il faut ensuite que le diable soit délié quelque temps » (Apoc. XX, 3), il montre que le démon n’est jamais lié d’une façon absolue pendant la vie de l’Eglise militante, mais que pourtant il l’est souvent en ce sens qu’il ne lui est pas permis d’user de toute sa force ni de toute sa ruse pour séduire les hommes. Car, s’il avait cette pleine puissance durant le cours de tous les siècles, l’infirmité du grand nombre est telle que beaucoup de faibles, dont il plaît à Dieu de grossir et de remplir son Eglise, seraient détournés de croire ou deviendraient apostats de leur croyance : ce que Dieu ne veut pas souffrir ; et voilà pourquoi le démon est en partie lié (De civitate Dei, Libr. XX, cap. VIII – De alligatione et solutione diaboli, n. 1 et 2). Mais, d’autre part, s’il n’était jamais déchaîné, la puissance de sa malice serait moins connue, la patience très fidèle de la cité sainte serait moins exercée, et l’on comprendrait moins l’immense fruit que le Tout-Puissant a su tirer de l’immense force du mal (ibid. 2). Le Seigneur le déliera donc pour un temps, afin de faire éclater l’énergie avec laquelle la cité de Dieu aura surmonté un si terrible adversaire, et cela à la grande gloire de son rédempteur, de son aide, de son libérateur (ibid.). Et le saint docteur va jusqu’à dire à ses contemporains : « Pour nous, mes frères, que sommes-nous, et quel mérite avons-nous en comparaison des saints et des fidèles qui seront alors, puisque, pour les éprouver, ce même ennemi sera déchaîné, que nous avons déjà, nous, tant de peine à combattre et à vaincre alors qu’il est lié » (ibid.).

IV. Courage, donc, N.T.C.F. (*). Plus la religion est attaquée, plus l’Eglise est battue en brêche de toutes parts, plus les doctrines d’erreur et de perversion morale envahissent les discours, les livres, les théâtres et remplissent tout l’air de leurs miasmes pestilentiels, plus aussi vous pouvez acquérir devant Dieu de grandeur, de perfection, de mérite, si vous parvenez à éviter la contagion, si vous ne vous laissez ébranler dans aucune de vos convictions, et si vous demeurez pleinement fidèles au Seigneur Jésus que tant d’autres ont la faiblesse et le malheure d’abandonner. Ne vous laissez point éblouir par la force et le nombre des assaillants, ni par les avantages des adversaires de Jésus-Christ. Il est écrit que les méchants et les séducteurs réaliseront un progrès sur la terre, le prgrès dans le mal, le prgrès dans la destruction, le prgrès dans la désorganisation : proficient in pejus (2 Tim. III, 13) ; mais il est écrit aussi que ce genre de succès ne durera jamais longtemps, et que les hommes qui résistent à la vérité, gens corrompus dans leur esprit et réprouvés au regard de la foi, ne tarderont pas à être convaincus de folie comme tous leurs devanciers dans la même voie (2 Tim. III, 8-9).
Persévérez dans la foi, N.T.C.F. (*) ; persévérez aussi dans les oeuvres, surtout dans les oeuvres de la charité. C’est une doctrine constante, et qu’on ne doit pas abandonner à aucun prix, qu’il appartient à ceux qui croient à Dieu de se mettre en tête des bonnes oeuvres : l’humanité et principalement l’humanité souffrante trouvera toujours son avantage à ce qu’il en soit ainsi (Tit. III, 8). N’avons-nous pas entendu dire, en ces derniers jours encore, que l’aumône faite par un sentiment surnaturel et selon les traditions de la piété chrétienne, n’est plus de mise au sein de nos sociétés, et que son cachet « ecclésiastique » est une atteinte à la dignité de ceux qu’elle entreprend de soulager? Ainsi, dans l’ardeur qu’il met à séculariser toutes choses, le naturalisme entend que la bienfaisance demeure humaine, demeure profane, et qu’elle n’ait rien en commun avec l’ordre de la grâce et du salut. Propos exécrable, et qui, s’il pouvait parvenir à décourager la charité chrétienne et sacerdotale, n’aboutirait à rien moins qu’à tarir les plus abondantes et les plus opportunes ressources des malheureux. Ah! vous dirai-je encore ici : « Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavet antichristum ». Ou plutôt, ayez les yeux toujours attachés sur le Christ, sur l’enfant-Dieu de l’étable de Bethléem, sur l’ouvrier-Dieu de l’atelier de Nazareth (Marc. VI, 3), sur celui qui, étant riche par nature, s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa détresse (2 Corinth. VIII, 9), sur celui qui sera un jour notre juge, et qui, en considération de ces multitudes d’ouvriers indigents et privés de travail que vous aurez soulagés par amour pour lui, vous mettra en possession du royaume que son Père vous a préparé (Matth. XXV, 34-35).

(in « Oeuvres de Monseigneur l’Evêque de Poitiers » – Tome IV pp. 581-594)

(*) N.T.C.F. : abréviation de « Nos Très Chers Frères ». Cette abréviation se trouve dans le texte imprimé de l’Instruction Pastorale et nous avons respecté cette graphie originelle.

luca-signorelli-lantechrist-prechant-detail Antéchrist dans De liturgia

Luca Signorelli : l’antéchrist prêchant, inspiré par le diable (détail)

2012-78. La bonne mort (sermon de Saint Augustin).

Notre glorieux Père Saint Augustin est né le 13 novembre de l’an 354. Profitons donc de l’anniversaire de sa naissance pour nous replonger dans ses écrits, riches de tant de sagesse et de tant de lumières surnaturelles.
Je vous invite aujourd’hui à découvrir ou à redécouvrir un petit sermon qui s’accorde parfaitement à la thématique des fins dernières qui est celle de l’Eglise pendant le mois de novembre.

2012-78. La bonne mort (sermon de Saint Augustin). dans Lectures & relectures champaigne-st-augustin-detail-300x224

Philippe de Champaigne : saint Augustin (détail)

Vivez bien pour ne pas mourir mal!

Résumé : Saint Augustin fait d’abord ressortir que le texte du Saint Evangile nous fait entendre les paroles mêmes de Notre-Seigneur et que les prédicateurs de l’Evangile sont de véritables représentants du Christ. C’est donc le divin Sauveur qui, par le ministère du prédicateur, exhorte les fidèles à bien vivre : bien vivre pour bien mourir! Pour savoir en quoi consiste la bonne mort, saint Augustin ne veut pas qu’on s’en rapporte au témoignage des yeux ; il veut qu’on consulte la foi. Il illustre son propos par l’exemple du pauvre Lazare et du mauvais riche. La foi met en évidence que les suites de la mort de Lazare et les suites de la mort du mauvais riche sont bien différentes des apparences humaines! Que l’on multiplie donc les bonnes oeuvres si l’on veut avoir part à l’heureux sort de Lazare.

* * * * * * *

1. Ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ disait à ses disciples, on l’écrivit alors et on prit les moyens de le faire arriver jusqu’à nos oreilles. Ainsi ce sont Ses paroles que nous venons d’entendre.
Eh! que nous servirait de Le voir sans L’entendre? Aujourd’hui encore nous ne perdons rien à ne pas Le voir, puisque nous L’entendons.
Il dit donc : «Qui vous méprise Me méprise» (Luc. X, 16). Si ce n’est qu’à ces Apôtres qu’Il a dit : «Qui vous méprise Me méprise», méprisez-nous ; mais si c’est Sa parole même qui nous a été adressée, qui nous a appelé et mis à leur place, prenez garde de nous mépriser ; l’injure que vous nous feriez pourrait monter jusqu’à Lui. Et si vous ne nous craignez point, craignez Celui qui a dit : «Qui vous méprise Me méprise»!
Mais qu’avons-nous à vous dire, nous qui ne craignons vos mépris que pour avoir à nous réjouir de votre bonne conduite? Que vos bonnes oeuvres nous dédommagent des périls que nous courons ; vivez bien, pour ne pas mourir mal.

2. Afin de bien comprendre ces mots : Vivez bien, pour ne pas mourir mal, ne considérez pas ces hommes qui ont pu vivre mal et mourir dans leurs lits ; à qui on a fait des funérailles pompeuses, qui ont été mis dans de précieux sarcophages, dans des sépulcres dont la richesse le disputait à la beauté ; et si chacun de vous souhaite une telle mort, ne croyez point que j’ai parlé sans motif grave en vous recommandant de bien vivre pour ne pas mourir mal.
Peut-être pourrait-on m’opposer un homme qui a bien vécu et qui pourtant, selon l’humaine opinion, a fait une mauvaise mort ; car il a péri ou d’une chute, ou dans un naufrage, ou sous la dent des bêtes. Un coeur charnel se dit alors : Que sert de bien vivre? Un tel a si bien vécu, et il a fait une telle mort!
Ah! rentrez en vous-mêmes, et si vous avez la foi, vous y trouverez Jésus-Christ, c’est là qu’Il vous parlera. Pour moi, je crie, il est vrai ; mais Lui, dans Son silence, vous instruit bien d’avantage. Si je m’exprime au dehors par un bruit de paroles, Il se fait entendre au dedans en vous inspirant Sa crainte. Qu’Il imprime donc dans vos coeurs ces mots que je me suis permis de vous adresser : Vivez bien, pour ne pas mourir mal. Car, la foi étant dans vos coeurs, Jésus-Christ y est aussi et c’est à Lui de vous faire saisir ce que je désire vous faire entendre.

3. Rappelez-vous ce riche et ce pauvre, dont il est parlé dans l’Evangile : l’un couvert de pourpre et de lin fin, et faisant chaque jour grande chère ; l’autre étendu à la porte du riche, souffrant de la faim, cherchant quelques miettes tombées de sa table, couvert d’ulcères et léché seulement par des chiens.
Rappelez-vous ces deux hommes. Mais comment vous les rappeler, si le Christ n’est dans vos coeurs?
Dites-moi donc ce que vous Lui avez demandé et ce que vous Lui avez répondu. Le voici : «Or il arriva que cet indigent mourut et fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi et fut enseveli dans l’enfer. Mais, levant les yeux, lorsqu’il était dans les tourments, il vit Lazare en repos dans le sein d’Abraham ; et s’écriant alors, il dit : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez Lazare, afin qu’il trempe son doigt dans l’eau et qu’il en fasse, tomber une goutte sur ma langue, car je suis tourmenté dans cette flamme». Cet homme superbe durant sa vie est un mendiant dans les enfers. Ce pauvre, en effet, obtenait encore quelque miette ; mais lui ne recueille pas une goutte d’eau.

Or dites-moi quel est entre ces deux hommes celui qui est bien mort et quel est celui qui a fait une mauvaise mort? Ne consultez pas vos yeux, interrogez votre coeur. En consultant vos yeux, ils vous jetteraient dans l’erreur ; tant sont splendides et mondainement fastueux les honneurs qu’on a pu rendre au riche au moment de sa mort! Quelles troupes ne pouvait-il pas avoir de serviteurs et de servantes en deuil! Quelle armée de clients! Quelles brillantes funérailles! Quelle riche sépulture! On l’aura sans doute enseveli sous une masse de parfums. En conclurons-nous, mes frères, qu’il a fait une belle ou une triste mort? Au témoignage de l’oeil, sa mort est magnifique ; mais si vous consultez votre Maître intérieur, cette mort est affreuse.

4. Or si telle est la mort de ces orgueilleux qui conservent leurs biens sans en rien donner aux pauvres, à quelle mort doivent s’attendre les ravisseurs du bien d’autrui! N’ai-je donc pas eu raison de dire : Vivez bien pour ne pas mourir mal, pour ne pas mourir comme est mort ce riche?
Rien ne prouve que la mort est mauvaise, sinon le temps qui suit la mort. En face de cette idée, considérez donc le pauvre Lazare ; croyez-en, non pas vos yeux, car ils vous induiront en erreur, mais votre coeur. Représentez-vous ce pauvre, gisant à terre, couvert d’ulcères, et les chiens venaient lécher ses plaies. Mais quoi! vous détournez les yeux, votre coeur se soulève ; le dégoût vous suffoque à cette vue! Ouvrez l’œil du coeur. Ce pauvre est mort et les Anges viennent de l’emporter dans le sein d’Abraham. Aux funérailles du riche, on voyait sa famille en deuil ; à celles de Lazare on ne voit pas la joie des Anges.
Que répondit enfin Abraham à ce riche? «Souviens-toi, mon fils, que tu as reçu les biens durant ta vie» (Luc, XVI, 19-25).  Tu ne croyais bien que ce que tu pouvais posséder alors ; tu l’as reçu ; mais ton temps est passé, tu as tout perdu et il ne te reste que le séjour des enfers pour y être tourmenté.

5. N’est-il donc pas à propos, mes frères que nous vous rappelions ces vérités? Considérez les pauvres, soit couchés, soit debout ; considérez les pauvres et livrez-vous aux bonnes oeuvres. Vous qui en avez l’habitude, faites-en ; faites-en aussi vous qui ne l’avez pas. Que le nombre de ceux qui font le bien croisse avec le nombre des fidèles.
Vous ne voyez pas maintenant la grandeur du bien que vous faites.
Le paysan, quand il sème, ne voit pas non plus la moisson. Il la confie à la terre et toi, tu ne te confierais pas à Dieu? Pour nous aussi viendra la récolte. Songe que s’il nous en coûte aujourd’hui d’agir, s’il nous en coûte de faire le bien, notre récompense est assurée, car il est écrit : «Ils s’en allaient et pleuraient en répandant leurs semences; mais ils reviendront avec joie, portant leurs gerbes dans leurs mains» (Ps. CXXV, 6).

le-banquet-du-mauvais-riche-et-le-pauvre-lazare-v.1595-leandro-bassano apparences trompeuse dans Nos amis les Saints

Le pauvre Lazare et le banquet du mauvais riche
Leandro Bassano – vers 1595. 

2012-77. « J’ai reçu ce qui m’était promis… »

« Spes non confundit – l’espérance ne trompe pas. »
(Rom. V, 5) 

8 novembre, octave de la Toussaint.

Le « Leimon » (Λειμών) ou « Pré spirituel » est l’un des joyaux de la littérature spirituelle de l’Orient chrétien.
Son auteur, Jean Moschos (ou Moschus) – né à Damas vers 550 et mort à Rome en 619 – fut un moine éminent par sa quête spirituelle. Il recueillit « à la manière des adroites abeilles » une quantité d’anecdotes, de maximes, de sentences, d’apophtegmes, et une foule de détails concrets, voire pittoresques, sur la vie des moines de son époque, en Judée, au Sinaï, en Egypte, en Asie Mineure ou en Afrique du nord…
Ces témoignages sont précieux : ils nous restituent les vestiges d’un monde oriental pétri de christianisme et épris de radicalisme évangélique qui allait être englouti par la déferlante mahométane destructrice quelques années plus tard.
Le « Pré spirituel »  est une source vive ; on y puise les exemples savoureux et les enseignements profonds de ces « pneumatophores » qui, avec une exquise humanité, avaient le don de communiquer les lumières qu’ils avaient reçues de Dieu.
Voilà pourquoi cet ouvrage, traduit en latin, a été diffusé pendant tout le Moyen-Age et faisait partie du cycle obligé des études monastiques. Il fut imprimé pour la première fois à Paris en 1624 (*).

En ce jour octave de la Toussaint, je veux vous rapporter l’une des anecdotes qui nous fut transmise par Jean Moschos : elle me paraît très adaptée tout à la fois
1) à l’esprit des Béatitudes dont l’Evangile a été chanté pour la fête de tous les Saints,
2) à l’espérance surnaturelle que la méditation des fins dernières, spécialement recommandée en cette période liturgique, doit stimuler en nos âmes,
et en particulier
3) à la perspective du Jugement dernier au cours duquel nous serons jugés sur la charité…

2012-77.

Le philosophe Synésios de Cyrène (né vers 370 – mort vers 414), qui avait été élu évêque de Ptolémaïs en Cyrénaïque,  trouva, en arrivant dans cette ville, un de ses anciens compagnons d’études à Alexandrie, qui se nommait Evagre, philosophe néoplatonicien comme lui, mais qui demeurait profondément attaché au culte des idoles.
Synésios, justement en raison des liens d’amitié qui l’unissaient à Evagre, s’attacha à lui ouvrir l’esprit aux vérités du christianisme et à le gagner à la pleine lumière spirituelle.

Un jour, Evagre lui fit cette objection :
« Parmi toutes les choses que vous enseignez, vous, les chrétiens, il y en a une qui me déplaît particulièrement. C’est celle-ci : vous prétendez que ce monde finira un jour, et qu’à ce moment-là tous les hommes qui auront existé au cours des siècles ressusciteront avec leurs corps. Avec cette chair nouvelle, dites-vous, ils vivront éternellement et recevront auprès de Dieu leur récompense. Vous ajoutez que celui qui a pitié du pauvre prête à Dieu Lui-même, que celui qui distribue aux malheureux accumule des trésors dans le ciel, que le centuple lui est réservé par le Christ, avec la vie éternelle, au moment où il mourra… Tout cela ne me paraît pas sérieux. Ce sont des fables ou des plaisanteries! »

L’évêque Synésios assura son ami que toutes ces croyances étaient absolument vraies, qu’il les avaient d’ailleurs fort bien énoncées, et qu’il n’y avait en elles rien qui fût contraire à la raison ou qui pût faire sourire.
Au bout de pas mal de temps et au terme de longs entretiens avec Synésios, le philosophe accueillit la foi et se fit baptiser avec ses enfants et toute sa maisonnée.

Quelque temps après son baptême, Evagre donna à l’évêque trois pièces d’or en faveur des pauvres en lui disant :
« Accepte ces trois pièces et donne-les aux pauvres, puis fais-moi un document portant que le Christ me les rendra dans la vie future ».
Synésios reçut les pièces d’or et signa volontiers le parchemin que son ami lui demandait.

Plusieurs années après, le philosophe tomba très gravement malade. Sentant qu’il était proche de sa fin, il dit à ses enfants :
« Lorsque vous me rendrez les derniers devoirs, mettez ce document entre mes mains et ensevelissez-moi avec… »
Lorsqu’il décéda, ses enfants accomplirent cette recommandation de leur père.

Trois jours après sa sépulture, durant la nuit, Evagre apparut en songe à Synésios et lui dit : 
« Va au tombeau où je repose et reprends-y ton parchemin, car j’ai reçu ce qui m’était promis. Je suis content et je n’ai plus rien à réclamer : pour t’en donner l’assurance, j’ai complété le document. »

L’évêque ignorait qu’Evagre eût été enseveli avec sa lettre. Il fit appeler les fils du défunt et les interrogea. Puis il leur raconta le songe qu’il avait eu…
Ils se rendirent alors au tombeau du philosophe et firent procéder à l’ouverture. On prit le document que le corps d’Evagre tenait encore et on le déroula.
On y lisait ces mots, écrits tout fraîchement de la main du défunt :
« Moi, Evagre, philosophe, à toi, saint seigneur Synésios, évêque, salut! J’ai reçu ce que tu as écrit dans ce billet. Je suis heureux ; je n’ai plus de réclamation à faire au sujet de l’or que je t’avais donné et que, par toi, j’ai offert au Christ, notre Sauveur. »

Tous ceux qui étaient là furent très étonnés par cette découverte. Ils rendirent gloire à Dieu qui avait permis ce miracle et donné une telle preuve de Sa bonté envers Ses serviteurs lorsqu’ils ont confiance en Ses paroles.

Le récit de Jean Moschos ajoute que ce document fut conservé longtemps dans l’église cathédrale de Ptolémaïs : tout sacristain qui entrait en fonction en recevait la garde en même temps que celle des vases sacrés ; il devait le garder avec le plus grand soin et le transmettre intact à ceux qui viendraient après lui. 

parchemin-2 espérance chrétienne dans Nos amis les Saints

(*) Le « Pré Spirituel » a été réédité aux éditions J.P. Migne (Paris) dans la collection « les Pères dans la Foi » (numéro 94-95).

2012-74. Des indulgences applicables aux défunts.

2 novembre, Jour des morts.

Profitons de cette commémoraison solennelle des fidèles trépassés pour évoquer la doctrine catholique des indulgences et les normes actuellement en vigueur.
Les indulgences sont en effet un moyen précieux pour aider au soulagement et à la délivrance des âmes du Purgatoire.
Je ne vais pas exposer ici la théologie des indulgences (on se reportera pour cela aux ouvrages spécialisés) mais seulement rappeler quelques éléments d’ordre pratique. 

Est-il nécessaire de préciser que contrairement aux mensonges colportés par un certain nombre de clercs modernistes – et ignorants – , les indulgences n’ont pas été « supprimées par le concile » (que ne lui fera-t-on pas dire à celui-là!)?
En effet, « depuis le concile », la doctrine et la pratique en ont été plusieurs fois réaffirmées, clarifiées et précisées par le Magistère ecclésiastique.

Par une Constitution Apostolique intitulée Indulgentiarum doctrina, en date du 1er janvier 1967, Paul VI, après avoir résumé la doctrine catholique, ordonnait la révision de l’ensemble des concessions d’indulgences accumulées depuis des siècles et la préparation d’un nouveau recueil (texte complet de cette Constitution > ici).
C’est ainsi que, un an et demi plus tard, à l’occasion de la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul, le 29 juin 1968, un décret de la Sacrée Pénitencerie Apostolique approuvé par le Souverain Pontife rendait public et faisait entrer en vigueur les normes et les concessions d’un Enchiridion Indulgentiarum (en Français : manuel des indulgences), dans lequel il était précisé que toutes les indulgences précédemment concédées et qui n’étaient pas reprises dans ce recueil étaient abrogées et sans valeur désormais.

L’année suivante, les éditions Lethielleux faisaient paraître la traduction française autorisée par le Saint-Siège de cet Enchiridion Indulgentiarum, sous le titre « Manuel des Indulgences – normes et concessions ».
Ce petit ouvrage en langue française a été réédité sans modifications plusieurs fois depuis et il peut se trouver assez facilement en librairie de nos jours, alors qu’en réalité le texte latin officiel a reçu plusieurs modifications depuis 1968, ce qui fait que les catholiques français n’ont généralement pas accès aux normes et concessions réellement en vigueur. 

La plus récente des mises à jour de l’Enchiridion Indulgentiarum, contenant les dispositions actuelles, est la quatrième édition depuis le règne de Paul VI. Elle date de 1999 et elle est entrée en vigueur en vertu d’un décret de la Pénitencerie Apostolique signé le 16 juillet 1999.
Le texte latin officiel en est disponible sur le site internet du Saint-Siège > ici.

2012-74. Des indulgences applicables aux défunts. dans De liturgia tiarepie9 

Pour rendre service à un certain nombre de mes lecteurs, qui ne sont pas toujours à l’aise avec la langue latine en dehors des textes qu’ils pratiquent habituellement dans leur missel, voici résumées ci-dessous les principales normes et concessions actuelles concernant les indulgences applicables aux défunts.

On ne peut obtenir qu’une seule indulgence plénière par jour – sauf pour le cas particulier d’une personne qui aurait obtenu une indulgence plénière et qui, se trouvant ce même jour en péril de mort, recevrait l’indulgence plénière in articulo mortis - , mais on peut obtenir plusieurs indulgences partielles chaque jour (N°18 des Normes).

Il faut ensuite savoir que toute indulgence – plénière ou partielle – peut être appliquée à un défunt particulier ou aux défunts de manière générale par mode de suffrage (N°3 des Normes).

Dans les « concessions générales » il est tout d’abord statué que les fidèles peuvent quotidiennement obtenir des indulgences partielles lorsque
- 1) ils font monter vers Dieu de pieuses invocations – et même si ce n’est que mentalement – au cours des occupations habituelles de leur devoir d’état et dans les difficultés et épreuves de la vie, avec foi et humilité ;
- 2) ils s’appliquent au service de leurs frères nécessiteux et aux oeuvres de miséricorde, en esprit de foi ;
- 3) mus par l’esprit de pénitence, ils s’abstiennent volontairement de choses normalement permises ;
- 4) ils rendent ouvertement témoignage de leur foi devant les autres.
Toutes ces indulgences partielles peuvent donc être obtenues à plusieurs reprises tout au long de nos journées et être offertes à l’intention des défunts.

Il y a aussi quatre indulgences plénières qui peuvent être obtenues quotidiennement (aux conditions habituelles des indulgences plénières mais – redisons-le – on ne peut en gagner qu’une seule par jour) et offertes à l’intention des défunts :
- 1) si l’on adore le Très Saint Sacrement pendant au moins une demi heure ;
- 2) si l’on médite le Chemin de la Croix ;
- 3) si l’on récite le Saint Rosaire (ou l’hymne acathiste) en commun, dans une église, un oratoire, en famille, en communauté religieuse ou avec quelque groupe de prière ;
- 4) si l’on s’applique à la lecture de la Sainte Ecriture pendant au moins une demi heure.

Je ne peux pas faire ici la liste de toutes les nombreuses concessions particulières habituelles, qui sont regroupées en 33 paragraphes, auxquelles s’ajoutent des concessions extraordinaires promulguées à l’occasion des jubilés ou aussi – depuis la mi-octobre 2012 et jusqu’à la fin novembre 2013 – dans le contexte particulier de l’Année de la Foi (voir > ici, et > ici).
Toutefois, en ce « jour des morts », j’attire votre attention sur le paragraphe 29 des concessions particulières dont je vous reproduis ci-dessous le texte officiel.

indulgences-pour-les-defunts 2 novembre dans Lectures & relectures

En voici une traduction :

§ 1. L’indulgence plénière, applicable seulement aux âmes retenues dans le Purgatoire, est concédée au fidèle qui
tous les jours, du premier jusqu’au huit novembre, effectuera une pieuse visite de cimetière et y priera pour les défunts, même si c’est seulement mentalement.
le jour de la commémoraison des fidèles défunts (ou, selon les dispositions de l’Evêque du lieu, soit le dimanche précédent soit le dimanche suivant, soit le jour de la Toussaint), visitera une église ou un oratoire et y récitera le Pater et le Credo.

§2. L’indulgence partielle, applicable seulement aux âmes retenues dans le Purgatoire, est accordée au fidèle qui
1° effectuera une pieuse visite de cimetière et y priera pour les défunts, même si c’est seulement mentalement.
2° récitera avec piété les laudes ou les vêpres de l’Office des Défunts ou bien l‘invocation « Requiem aeternam… »

- Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis. Requiescant in pace. Amen ( traduction : « Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière sans déclin brille pour eux. Qu’ils reposent en paix. Ainsi soit-il! »)

Enfin, l’Enchiridion Indulgentiarum précise que les conférences épiscopales auront le soin d’ajouter dans les éditions nationales de ce recueil les prières pour les défunts qui sont les plus usitées ou les plus chères aux fidèles sur le territoire où s’exerce leur compétence.

tiarepie9 défunts dans Prier avec nous

Prière à la Vierge de Compassion en faveur des âmes du Purgatoire > ici
Le Musée du Purgatoire, à Rome > ici
A propos du 2 novembre > ici

2012-72. Inhumation ou incinération?

Mardi 30 octobre 2012.

A l’approche de la commémoraison solennelle des trépassés, le 2 novembre, et aussi parce que la tradition spirituelle a spécialement consacré le mois de novembre à la méditation des fins dernières, j’avais le désir – en corollaire de cette thématique – de publier sur ce blogue un texte rappelant les règles de l’Eglise Catholique à propos de la crémation des corps des défunts.

C’est alors que, fort opportunément, m’est arrivé le n°39 (novembre 2012) de « La Barrette de Saint-Pierre des Latins », bulletin mensuel destiné aux membres de la communauté Summorum Pontificum du diocèses de Nancy & Toul (cf. > www).
Comme à l’accoutumée, ce bulletin est d’une excellente teneur spirituelle, doctrinale, culturelle… et ne manque pas d’humour, aussi je ne peux que vous engager à le lire dans son intégralité en cliquant ici > www.
Justement, on peut y lire ce mois-ci un texte consacré à la crémation et contenant, à peu de choses près, ce que je me préparais moi-même à écrire : ce pourquoi, avec la très aimable autorisation de Monsieur l’abbé F. Husson - zélé pasteur des fidèles Summorum Pontificum du diocèse de Nancy & Toul, que je remercie très chat-leureusement - , je reproduis tout simplement ci-dessous ce qu’il a publié dans « La Barrette de Saint-Pierre des Latins ».

2012-72. Inhumation ou incinération? dans De liturgia patteschatsLully.           

le-guerchin-et-in-arcadia-ego-1618-22-copie-300x252 2 novembre dans Lectures & relectures

Le Guerchin : « Et in Arcadia ego ».

* * * * *

Inhumation ou incinération : Réflexions.

Commençons le propos par deux anecdotes significatives.

Une de mes connaissances me raconta avoir fait l’acquisition dans une brocante d’un vase en marbre de style incertain « Gréco-Napoléon III ». Il trouvait que l’objet serait décoratif et qu’il aurait sa place dans un certain endroit de sa maison.
Curieusement, le vase Gréco-Empire second (et non pas le second en pire!) était bouché. Toutefois, il nettoya le lourd objet d’art et le plaça à l’endroit voulu. Seulement, l’épouse de notre amateur d’antiquités voulait un vase à fleurs et non pas un objet encombrant de plus. Donc, mon bonhomme s’acharna à déboucher son acquisition. Il y parvint et découvrit que son vase contenait des cendres.
En réalité, il s’agissait d’une urne funéraire. Comment s’était-elle retrouvée dans une brocante, c’est un mystère et cette histoire bien réelle ne le dit pas.

Je vous conte ici une seconde anecdote authentique avant d’évoquer l’essentiel de mon propos.

Ce jour-là, dans sa propriété campagnarde, une de nos amies attendait avec impatience et émotion un colis postal en provenance d’Allemagne où elle avait vécu avant de s’installer en Lorraine.
Le facteur rural arriva dans la petite voiture jaune canari que l’on connaît. Il fit signer les papiers d’usage et remit le colis à notre amie qui ne put cacher son émotion. Prenant le paquet dans les bras, elle s’écria, les larmes aux yeux : « Maman! »… En effet, il s’agissait des cendres de sa mère qui s’était fait incinérer et qui lui parvenaient par colis postal.
L’urne funéraire fut conservée un temps au-dessus de la cheminée du salon. Finalement, notre amie décida de l’enterrer au fond de son jardin, où quelque temps plus tôt elle avait enterré son chien.

On peut se demander quel est le sort des urnes renfermant les cendres des défunts « crématisés » qui ne sont pas déposées dans les cimetières?
Le général Marcel Bigeard voulait que ses cendres soient dispersées sur Dien-Bîen-Phû. Malheureusement, son souhait n’a pas été respecté. L’urne funéraire a été confisquée et déposée au Panthéon. 
J’ai une amie qui a balancé à la mer les cendres de son mari à l’endroit où ils affectionnaient d’aller en vacances… Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout cela n’est pas sérieux.

urne-funeraire crémation

L’eglise a toujours refusé l’incinération des défunts, pratique impie, prônée jusqu’à présent par les seuls libre-penseurs et les francs-maçons.
Pourtant cette pratique est aujourd’hui adoptée par les baptisés. Elle est anti-naturelle et anti-catholique. Cette coutume barbare et impie se dresse contre la piété chrétienne et naturelle. L’Eglise a le respect de la dépouille mortelle, d’ailleurs exprimé dans le rite funéraire. Le corps est le temple du Saint-Esprit (1 Cor. III, 16). Le corps temple de Dieu, car sanctifié par les sacrements, doit être déposé en terre bénite, où il se consume naturellement en attendant la résurrection des morts. 
A la fin du XIXe siècle et avec les lois anti-religieuses, les loges maçonniques ont préconisé et se sont efforcées d’introduire l’usage de la crémation des corps des défunts. L’Eglise alors s’éleva avec force contre cette pratique qu’elle sanctionna des plus sévères condamnations. Cette discipline fut pourtant atténuée en 1963, lors du concile (*).

Voyons la signification des mots :

- La crémation désigne brûler les corps au lieu de les inhumer.
- L’inhumation (in et humus) est la déposition d’un cadavre humain en terre (dans le même sens on dit enterrement).
- Incinération est le terme employé pour la crémation des ordures ménagères.
- Cimetière : champ du repos (**) dans l’attente de la résurrection.

On enterre les morts, même ses ennemis. Il y a piété de la pratique chrétienne d’inhumer les corps pour les laisser à la décomposition naturelle dans l’attente de la résurrection. Dieu avait dit à Adam : « Tu retourneras à la terre d’où tu as été tiré » (Genèse III, 19).

La révolution, foncièrement anti-catholique, a voulu favoriser la crémation en 1796, mais le sujet est resté sans écho. C’est en 1886 que la chambre des députés adopta le projet de loi sur la liberté d’être incinéré. Un four crématoire fut alors établi au cimetière du Père Lachaise à Paris. La loi fut rendue  exécutoire le 27 avril 1889.

Durant des années, on a évoqué avec horreur les fours crématoires des camps Nazis et aujourd’hui, on accepte ce mode d’effacement des corps.

Il y a actuellement une volonté d’empêcher d’aller se recueillir sur les tombes. Le but est de faire disparaître toutes traces de Christianisme. La crémation-incinération est désacralisante. Elle est l’oeuvre mise en place par la subversion anti-chrétienne organisée. Elle porte également atteinte au culte des reliques en vue de les faire disparaître.

Que les âmes des fidèles trépassés reposent en paix…
Et nous, va-t-on nous fiche la paix avec l’incinération qui devrait seulement être réservée aux ordures ménagères! 

Jean-Marie Cuny.

(*) L’une des principales raisons invoquées pour cet assouplissement de la discipline est le fait qu’il est impossible, voire interdit, dans certains pays d’Extrême-Orient d’ensevelir les défunts.

(**) Du grec « Koimitirion », lieu où l’on dort.

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Cheminées du four crématoire au cimetière du Père Lachaise – Paris.

* * * * *

Le droit actuel de l’Eglise :

Voici ce que dit aujourd’hui le Droit Canon à propos de l’incinération :

canon 1176 – §3 : L’Eglise recommande vivement que soit conservée la pieuse coutume d’ensevelir les corps des défunts ; cependant elle n’interdit pas l’incinération, à moins que celle-ci n’ait été choisie pour des raisons contraires à la foi chrétienne.

canon 1184 – §1 : Doivent être privés des funérailles ecclésiastiques, à moins qu’ils n’aient donné quelque signe de pénitence avant leur mort : 1) (…) 2) les personnes qui auraient choisi l’incinération de leur propre corps pour des raisons contraires à la foi chrétienne.

Il est à noter que les évêques italiens ont interdit la sépulture ecclésiastique dans le cas de défunts demandant l’incinération et ensuite la dispersion de leurs cendres (le général Bigeard n’aurait pas pu avoir une cérémonie religieuse en Italie pour ses obsèques, suite à son désir de dispersion des cendres). De même, il y a interdiction si les héritiers veulent « conserver » l’urne. Les obsèques religieuses ne sont donc permises en Italie que si les cendres sont placées dans un colombarium dans un cimetière.

D’autres part, selon les directives romaines, les obsèques religieuses ne peuvent se faire en présence de l’urne, elles doivent se faire avant l’incinération. Et la cérémonie religieuse ne peut avoir lieu sur le lieu de l’incinération.

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Enluminure du XIVe siècle représentant une inhumation.

Sujets connexes abordés dans ce blogue :
- De la commémoraison des trépassés > www.
- Prière à la Vierge de Compassion en faveur des âmes du Purgatoire > www.
- A Rome, le Musée du Purgatoire > www.
- Catholicisme et franc-maçonnerie > www.

Publié dans:De liturgia, Lectures & relectures |on 30 octobre, 2012 |1 Commentaire »

2012-71. La victoire de Constantin racontée par Eusèbe de Césarée.

Voici le texte complet des chapitres vingt-sept à trente-neuf du livre premier de l’Histoire de la vie de l’Empereur Constantin, écrite en grec par Eusèbe de Césarée (*), relatant le cheminement spirituel de Constantin, sa vision et le songe qui la suivit, l’institution du Labarum, la bataille du Pont Milvius et la victoire sur Maxence, le 28 octobre 312.

(*) Traduction de Monsieur Cousin, président en la Cour des Monnaies, publiée à Paris en 1686.

2012-71. La victoire de Constantin racontée par Eusèbe de Césarée. dans Lectures & relectures chirhodisk

Chapitre XXVII : Constantin se résout à n’adorer qu’un seul Dieu.

Comme il était persuadé qu’il avait besoin d’une puissance plus considérable et plus invincible que celle des armées, pour dissiper les illusions de la magie dans lesquelles Maxence mettait sa principale confiance, il eut recours à la protection de Dieu. Il délibéra d’abord sur le choix de celui qu’il devait reconnaître. Il considéra que la plupart de ses prédécesseurs, qui avaient adoré plusieurs Dieux et qui leur avaient offert de l’encens et des sacrifices, avaient été trompés par des prédictions pleines de flatterie ; et par des oracles, qui ne leur promettaient que d’heureux succès, et qu’ils étaient enfin péris misérablement, sans qu’aucun de leurs Dieux se fût mis en peine de les secourir. Que son père avait seul reconnu leur égarement, et seul pris le bon chemin, qu’il n’avait adoré que Dieu durant toute sa vie, et que Dieu avait été en récompense son protecteur, le conservateur de son Empire, et l’auteur de tous ses biens. Il fit une sérieuse réflexion sur la multitude des maux, dont avaient été accablés ceux qui avaient suivi une multitude de Dieux, et reconnut qu’aucun d’eux n’avait laissé de postérité, ni même la moindre mémoire de son nom, au lieu que le Dieu de son père lui avait donné d’illustres preuves de sa puissance. Il remarqua aussi que ceux qui en prenant les armes contre les tyrans avaient mis leur espérance dans la protection des Dieux n’en avaient tiré aucun avantage, l’un étant revenu avec ses troupes, sans avoir rien fait de considérable, et l’autre ayant été tué au milieu de son armée. Après avoir longtemps médité toutes ces raisons, il jugea que c’était la dernière de toutes les extravagances d’adorer des Idoles, de la faiblesse et du néant desquelles il avait des preuves si convaincantes, et il se résolut d’adorer le Dieu de Constance son père.

Chapitre XXVIII : Vision de Constantin.

Constantin implora la protection de ce Dieu, le pria de se faire connaître à lui, et de l’assister dans l’état où se trouvaient ses affaires. Pendant qu’il faisait cette prière, il eut une merveilleuse vision, et qui paraîtrait peut-être incroyable, si elle était rapportée par un autre. Mais personne ne doit faire difficulté de la croire, puisque ce Prince me l’a racontée lui-même longtemps depuis, lorsque j’ai eu l’honneur d’entrer dans ses bonnes grâces, et que l’évènement en a confirmé la vérité. Il assurait qu’il avait vu en plein midi une croix lumineuse avec cette inscription : « Vous vaincrez à la faveur de ce signe », et qu’il fut extrêmement étonné de ce spectacle, de même que ses soldats qui le suivaient.

Chapitre XXIX : Songe de Constantin.

Cette vision fit une si forte impression dans l’esprit de Constantin qu’il en était encore tout occupé la nuit suivante. Durant son sommeil le Sauveur lui apparut avec le même signe qu’il lui avait montré en l’air durant le jour, et lui commanda de faire un étendard de la même forme, et de le porter dans les combats pour se garantir du danger.

Chapitre XXX : Constantin fait faire un étendard en forme de croix.

Constantin s’étant levé dès la pointe du jour raconta à ses amis le songe qu’il avait eu, et ayant envoyé quérir des Orfèvres, et des Lapidaires, il s’assit au milieu d’eux, leur proposa le dessein et la figure du signe qu’il avait vu, et leur commanda d’en faire un semblable, enrichi d’or, et de pierreries.

Chapitre XXXI : Description de l’étendard fait en forme de croix.

J’ai vu l’Etendard que les Orfèvres firent par l’ordre de ce Prince, et il m’est  aisé d’en décrire ici la figure. C’est  comme une pique, couverte de lames d’or, qui a un travers en forme d’Antenne qui fait la croix. Il y a au haut de la pique une couronne enrichie d’or et de pierreries. Le nom de notre Sauveur est  marqué sur cette couronne par les deux premières lettres ; dont la seconde est  un peu coupée. Les Empereurs ont porté depuis ces deux mêmes lettres sur leur casque. Il y a un voile de pourpre attaché au bois qui traverse la pique. Ce voile est  de figure carrée, et couvert de perles, dont l’éclat donne de l’admiration. Comme la pique est  fort haute elle a au bas du voile le portrait de l’Empereur et de ses enfants, fait en or jusques à demi-corps seulement. Constantin s’est  toujours couvert dans la guerre, de cet étendard comme d’un rempart, et en a fait faire d’autres semblables pour les porter dans toutes ses armées.

Chapitre XXXII : Constantin lit l’Ecriture Sainte.

Constantin ayant l’esprit tout rempli de l’étonnement qu’une vision si extraordinaire lui avait causé, jugea qu’il n’y avait point d’autre Dieu qu’il dut reconnaître, que celui qui lui était apparu, et ayant envoyé quérir les Prêtres, et ses ministres, il leur demanda, qui était ce Dieu, et ce que signifiait la figure si lumineuse et si éclatante qu’il lui avait montrée. Les Prêtres lui répondirent que le Dieu qui lui était apparu était le fils unique de Dieu, que la figure qui lui avait été montrée, était la marque de l’immortalité, et le trophée de la victoire que le Fils de Dieu avait remportée sur la mort. Ils lui déduisirent les raisons pour lesquelles il est descendu du Ciel en terre, et lui expliquèrent le mystère de son Incarnation. L’Empereur les écouta avec une merveilleuse attention. Il compara leurs discours avec la vision qu’il avait eue, et ne douta point qu’ils ne lui enseignassent la vérité par l’ordre de Dieu. II s’appliqua ensuite à la lecture des livres sacrés, retint toujours les Prêtres auprès de lui, et se résolut d’adorer le Dieu dont ils lui avaient découvert les mystères. L’espérance qu’il avait mise en sa protection, l’excita bientôt après à entreprendre d’éteindre l’embrasement qui avait été allumé par la rage des Tyrans.

Chapitre XXXIII : Adultères commis à Rome par Maxence.

Le Tyran qui s’était emparé de la ville Impériale était monté à cet excès d’impudence, et d’impiété que de se plonger publiquement dans les plus sales débauches. Il arrachait les femmes d’entre les bras de leurs maris, et les leur renvoyait après les avoir violées. Il fit cet outrage aux personnes de la première qualité, et aux plus considérables du Sénat. Il jouit d’un grand nombre de femmes de condition, sans pouvoir rassasier son incontinence. Mais il ne put jamais jouir d’aucune femme Chrétienne. Il n’y en eut point qui n’aimât mieux perdre la vie que l’honneur.

Chapitre XXXIV : La femme d’un Préfet se procure la mort pour conserver sa pudicité.

La femme d’un des principaux du Sénat, et qui avait la dignité de Préfet, ayant appris que les Ministres des débauches de Maxence étaient à la porte de son logis, et que son mari avait consenti qu’ils l’emmenassent, de peur d’être maltraitée, elle leur demanda un peu de temps pour se parer, et étant entrée dans son cabinet, s’enfonça un poignard dans le sein, et publia par une action si éclatante non seulement à tous les peuples de son siècle, mais aussi à tous les siècles à venir, qu’il n’y a que parmi les Chrétiens où l’on trouve une pudicité invincible, et exempte de la mort.

Chapitre XXXV : Massacre du peuple de Rome.

Les grands et les petits, les magistrats et le peuple étaient dans l’oppression, et redoutaient la violence avec laquelle le Tyran commettait les crimes les plus horribles. La patience qu’ils conservaient au milieu des plus injustes traitements ne les mettait en aucune sûreté. Il commanda un jour, pour un fort léger sujet, aux soldats de sa Garde de faire main-basse sur le peuple, qui fut à l’heure-même massacré par les armes non des Scythes et des Barbares, mais de ses propres citoyens. Il n’est  pas aisé de faire le dénombrement des Sénateurs qu’il condamna sur de fausses accusations, à dessein d’enlever leur bien.

Chapitre XXXVI : Maxence s’adonne à la magie.

Maxence couronna ses autres crimes par les cruautés et les sacrilèges de la magie tantôt en ouvrant le ventre des enceintes, et des enfants nés depuis peu de jours, tantôt en égorgeant des lions, et en offrant d’abominables sacrifices, pour évoquer les démons, et détourner la guerre dont il était menacé. Il espérait obtenir la victoire par ces artifices. Il traitait cependant ses sujets avec une dureté si extraordinaire qu’ils souffrirent sous son règne une disette dont il n’y avait point eu d’exemple dans les siècles précédents.

Chapitre XXXVII : Défaite de Maxence.

La compassion que Constantin eut de leur misère lui mit les armes entre les mains contre celui qui en était l’auteur. Ayant imploré la protection de Dieu, et du Sauveur son Fils unique, il fit marcher son armée sous l’étendard de la Croix à dessein de rétablir les Romains en possession de leur ancienne liberté. Maxence mettant sa confiance dans les illusions de la magie plutôt que dans l’affection de ses sujets, n’osa sortir de Rome. Mais il mit des garnisons dans toutes les Villes dont il avait opprimé la liberté, et plaça des troupes en embuscade sur les passages. Constantin dont Dieu favorisait l’entreprise força aisément toutes ces troupes, et entra jusques au cœur de l’Italie.

Chapitre XXXVIII : Mort de Maxence.

Dieu qui ne voulait pas que Constantin fut obligé de mettre le siège devant Rome pour se rendre Maître de Maxence, le lui amena hors des murailles avec des chaînes invisibles. Il fit voir la vérité du miracle, qui passe pour une fable dans l’esprit des incrédules, bien qu’il ne soit point révoqué en doute par les Fidèles, et qu’il avait autrefois opéré contre Pharaon, ses chariots et son armée. Ce Tyran ayant été mis en fuite par les troupes de Constantin, qui était favorisé de la protection du ciel, il voulut passer un pont, où il avait préparé une machine pour surprendre son ennemi. Notre Religieux Prince fut assisté par le Dieu qu’il adorait, et l’impie périt dans le piège qu’il avait dressé, si bien qu’on lui peut appliquer ces paroles de l’Ecriture : Il a ouvert une fosse, et l’a creusée, et il tombera lui-même dans la fosse qu’il a faite, son iniquité retournera contre lui, et ses violences retomberont sur sa tête. La machine s’étant entr’ouverte au temps auquel on s’y attendait le moins, les vaisseaux coulèrent à fond. L’impie tomba le premier comme une masse de plomb avec les soldats qui l’environnaient. L’armée que Dieu avait rendue victorieuse, pouvait chanter alors les mêmes Cantiques que les Israélites avaient chantés autrefois contre Pharaon et dire comme eux : Publions les louanges du Seigneur, dont la gloire a éclaté. Il a jeté dans la mer le cheval, et celui qui était monté dessus. Il a été mon aide, mon protecteur et mon salut. Qui est semblable à vous entre les Dieux, Seigneur, qui est  semblable à vous? Votre gloire a paru dans vos saints. Elle a attiré l’admiration, et vous avez fait des prodiges.

Chapitre XXXIX : Entrée de Constantin dans Rome.

Constantin ayant à l’imitation de Moise chanté ce Cantique, ou quelque autre semblable, en l’honneur de Dieu, qui avait conduit son armée, et qui lui avait accordé la victoire, entra en triomphe à Rome, où les Sénateurs, les Chevaliers, les Hommes, les Femmes, les Enfants et tout le peuple, délivrés de la servitude, accoururent au devant de lui avec toute sorte de témoignages de joie, le saluèrent comme leur libérateur, et leur conservateur, ne pouvant se lasser de faire des acclamations en son honneur. Mais sa piété ne lui permettant pas de s’enfler de ces louanges, il rendit à Dieu la gloire que l’on lui offrait, et protesta que c’était de sa main qu’il tenait la victoire, et que Rome avait reçu sa liberté.

raphael-vision-de-constantin 28 octobre 312 dans Memento

Raphaël : la vision de Constantin (« Stanze Vaticane »)

2012-70. In hoc signo vinces !

2012-70. In hoc signo vinces ! dans De liturgia labarum-4

ἐν τούτῳ νίκα

     Les heureuses dispositions du calendrier font que, chaque année, le dernier dimanche d’octobre, jour établi pour la fête du Christ Roi (cf. > ici) se trouve de ce fait très proche (il arrive même parfois que ces deux dates coïncident) de l’anniversaire de la victoire de Constantin sur Maxence au Pont Milvius, le 28 octobre de l’an 312.

Flavius Valerius Aurelius Constantinus, que nous appelons communément Constantin, est le fils de Constance, surnommé Chlore (c’est-à-dire « au teint pâle »), et d’Hélène, future sainte.
Né en 272, il a été proclamé trente-quatrième empereur de Rome, à York, par les troupes de son père à la mort de ce dernier, le 25 juillet 306.

L’empire est alors dans une période de troubles en raison des divisions et querelles sans fin engendrées par le délitement de la tétrarchie.
Constantin reconquiert la péninsule italienne contre son rival Maxence : l’engagement décisif a lieu sur la via Flaminia, à une dizaine de kilomètre au nord-est de Rome, au lieu dit des Saxa Rubra (les roches rouges) en avant d’un pont de pierre qui enjambe le Tibre, le Pont Milvius.

L’armée de Maxence est défaite, et Maxence lui-même meurt noyé dans le Tibre.

Constantin, fils d’une chrétienne, inclinait déjà vers le monothéisme depuis plusieurs mois. Il assurera avoir eu une vision, en plein midi, suivie d’un songe nocturne : la vision lui montrait une croix lumineuse au dessus du soleil avec l’inscription « ἐν τούτῳ νίκα – in hoc signo vinces » (par ce signe tu vaincras) et le songe lui enjoignait de mettre le signe divin sur les boucliers de ses soldats et sur les enseignes de son armée. 
Lactance, apologiste chrétien et rhéteur, écrit : « Il fit marquer la lettre X traversée d’un trait recourbé à son sommet, c’est à dire le monogramme du Christ ». C’est la superposition des deux lettres grecques X (chi) et P (rhô) : les deux premières lettres du mot Christos, écrit en grec.

chi-rho 28 octobre 312 dans Lectures & relectures

Si les historiens modernes, lobotomisés par le rationalisme et l’esprit des prétendues lumières, remettent en doute la vision et le songe de Constantin, ils le font en opposition avec une tradition unanime et continue de l’Orient comme de l’Occident.
L’apposition du Xhi-Rho sur les insignes impériaux est de toute façon absolument certaine et la victoire sur Maxence ne peut être mise en doute, pas plus qu’on ne peut remettre en question la conséquence directe de cette victoire : la pleine liberté de culte donnée aux chrétiens qui avaient jusque là été les cibles des persécutions du pouvoir impérial.
Quelques mois plus tard, en effet, sera promulgué l’Edit de Milan (avril-juin 313), qui permettra à l’Eglise de sortir des catacombes et qui sonnera le glas du paganisme à l’agonie.

Oui, ce 28 octobre 312 est l’une des grandes dates de notre histoire, l’une de ces dates qui a changé le cours de l’histoire.
En 2012 et 2013, le dix-septième centenaire de la victoire du Pont Milvius et de l’Edit de Milan eût dû être marqué par des réjouissances publiques et solennelles, des Etats eux-mêmes, et à combien plus forte raison dans la Sainte Eglise !
Mais nous ne sommes plus dans des Etats chrétiens, et à l’intérieur de l’Eglise romaine elle-même voilà déjà plusieurs décennies que des voix influentes – lorsqu’elles ne sont pas carrément encouragées par les hiérarques soucieux de plaire au monde et à ses modes antichrétiennes – appellent à se démarquer de l’héritage constantinien, alors que nous eussions été en droit d’espérer que l’année 2013 - comme cela avait été le cas en 1913 – vît la promulgation conjointe, par les Eglises de Rome et de Constantinople, d’un jubilé constantinien.

constantin-dans-la-bataille-du-pont-milvius-raphael Annum sacrum dans Memento

Raphaël : Constantin dans la bataille du Pont Milvius
(détail de la grande fresque représentant la bataille dans les « Stanze Vaticane »)

Vous trouverez, ci-après (> ici) le texte même d’Eusèbe de Césarée relatant ces évènements, dont Eusèbe affirme qu’il tient le récit de la bouche même de Constantin.
J’ai choisi de le publier intégralement parce que justement la plupart des historiens l’évoquent sans même le citer, du fait qu’ils ne lui accordent que peu de crédibilité, pour des raisons essentiellement idéologiques.

Pour l’heure, rapprochant cet anniversaire avec la célébration proche de la fête du Christ Roi, je ne peux omettre de citer le Pape Léon XIII qui écrivait en 1899, dans l’encyclique « Annum sacrum », par laquelle il prescrivit pour toute l’Eglise la récitation de l’acte de consécration du genre humain au Sacré-Cœur, dont le texte doit désormais être repris en cette fête du Christ Roi (cf. > ici) :

« A l’époque où l’Eglise, toute proche encore de ses origines, était accablée sous le joug des Césars, un jeune empereur aperçut dans le ciel une croix qui annonçait et qui préparait une magnifique et prochaine victoire. Aujourd’hui, voici qu’un autre emblème béni et divin s’offre à nos yeux. C’est le Cœur très sacré de Jésus, sur lequel se dresse la Croix et qui brille d’un magnifique éclat au milieu des flammes. En lui nous devons placer toutes nos espérances ; nous devons lui demander et attendre de lui le salut des hommes. »

Aussi, malgré la tristesse des temps dans lesquels nous vivons, nos cœurs sont-ils soulevés par une joyeuse espérance en nous souvenant des paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même à Sainte Marguerite-Marie : « Ne crains rien, Je règnerai malgré Mes ennemis et tous ceux qui voudront s’y opposer. [...] Il règnera ce divin Cœur, malgré ceux qui voudront s’y opposer. Satan demeurera confus avec tous ses adhérents » !

Lully.

nika Christ-Roi dans Nos amis les Saints

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