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2020-65. De Saint Grégoire de Nazianze : force exemplaire dans la défense de la foi de Nicée et délicatesse poétique inégalée pour chanter la douceur divine.

9 mai,
Fête de Saint Grégoire de Nazianze, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

Au cours de l’été 2007, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a consacré les enseignements de deux audiences générales à la figure particulièrement importante de Saint Grégoire de Nazianze. En voici les textes, qui permettent d’avoir une meilleure connaissance de la vie, de l’œuvre et des écrits de ce Père et Docteur de l’Eglise, auprès duquel les âmes en quête d’intimité divine trouveront de grandes leçons et un grand réconfort spirituel :  

Saint Grégoire de Nazianze - Le Dominiquin

Saint Grégoire de Nazianze, par Le Dominiquin
(chapelle Saint-Nil à Grottaferrata, 1608-1610)

Saint Grégoire de Nazianze, fidèle serviteur
qui, avec une intelligence aiguë, a défendu Dieu dans ses écrits

et qui, avec tant d’amour, l’a chanté dans ses poésies.

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
lors de l’audience générale
du 8 août 2007

Chers frères et sœurs !

Mercredi dernier, j’ai parlé d’un grand maître de la foi, le Père de l’Eglise saint Basile. Aujourd’hui, je voudrais parler de son ami Grégoire de Nazianze, lui aussi, comme Basile, originaire de Cappadoce. Illustre théologien, orateur et défenseur de la foi chrétienne au IV siècle, il fut célèbre pour son éloquence et avait également, en tant que poète, une âme raffinée et sensible.

Grégoire naquit au sein d’une noble famille. Sa mère le consacra à Dieu dès sa naissance qui eut lieu autour de l’an 330. Après une première éducation familiale, il fréquenta les écoles les plus célèbres de son temps : il fut d’abord à Césarée de Cappadoce, où il se lia d’amitié avec Basile, futur évêque de cette ville, puis il séjourna dans d’autres métropoles du monde antique, comme Alexandrie d’Egypte et surtout Athènes, où il rencontra de nouveau Basile (cf. Oratio 43, 14-24:  SC 384, 146-180). En réévoquant son amitié avec lui, Grégoire écrira plus tard : « Alors, non seulement je me sentais empli de vénération pour mon grand Basile, pour ses mœurs sérieuses et la maturité et la sagesse de ses écrits, mais j’en encourageais également d’autres, qui ne le connaissaient pas encore, à en faire autant… Nous étions guidés par le même désir de savoir… Telle était notre compétition :  non pas qui était le premier, mais qui permettait à l’autre de l’être. On aurait dit que nous avions une unique âme et un seul corps » (Oratio 43, 16.20:  SC 384, 154-156.164). Ce sont des paroles qui sont un peu l’autoportrait de cette noble âme. Mais l’on peut également imaginer que cet homme, qui était fortement projeté au-delà des valeurs terrestres, a beaucoup souffert pour les choses de ce monde.

De retour chez lui, Grégoire reçut le baptême et s’orienta vers la vie monastique : la solitude, la méditation philosophique et spirituelle le fascinaient :  « Rien ne me semble plus grand que cela :  faire taire ses sens, sortir de la chair du monde, se recueillir en soi, ne plus s’occuper des choses humaines, sinon celles strictement nécessaires ; parler avec soi-même et avec Dieu, conduire une vie qui transcende les choses visibles ; porter dans l’âme des images divines toujours pures, sans y mêler les formes terrestres et erronées, être véritablement le reflet immaculé de Dieu et des choses divines, et le devenir toujours plus, en puisant la lumière à la lumière… ; jouir, dans l’espérance présente, du bien à venir et converser avec les anges ; avoir déjà quitté la terre, tout en restant sur terre, transporté vers le haut par l’esprit » (Oratio, 2, 7:  SC 247, 96).

Comme il le confie dans son autobiographie (cf. Carmina [historica] 2, 1, 11 de vita sua 340-349:  PG 37, 1053), il reçut l’ordination sacerdotale avec une certaine réticence, car il savait qu’il aurait dû faire ensuite le Pasteur, s’occuper des autres, de leurs affaires, et donc ne plus se recueillir ainsi dans la pure méditation : toutefois, il accepta ensuite cette vocation, et accomplit le ministère pastoral en pleine obéissance acceptant, comme cela lui arrivait souvent dans la vie, d’être porté par la Providence là où il ne voulait pas aller. (cf. Jn 21, 18).
En 371, son ami Basile, évêque de Césarée, contre la volonté de Grégoire lui-même, voulut le consacrer évêque de Sasimes, une petite ville ayant une importance stratégique en Cappadoce. Toutefois, en raison de diverses difficultés, il n’en prit jamais possession et demeura en revanche dans la ville de Nazianze.

Vers 379, Grégoire fut appelé à Constantinople, la capitale, pour guider la petite communauté catholique fidèle au Concile de Nicée et à la foi trinitaire. La majorité adhérait au contraire à l’arianisme, qui était « politiquement correct » et considéré comme politiquement utile par les empereurs. Ainsi, il se trouva dans une situation de minorité, entouré d’hostilité. Dans la petite église de l’Anastasis, il prononça cinq discours théologiques (Orationes 27-31:  SC 250, 70-343) précisément pour défendre et rendre également intelligible la foi trinitaire. Il s’agit de discours demeurés célèbres en raison de la sûreté de la doctrine, de l’habilité du raisonnement, qui fait réellement comprendre qu’il s’agit bien de la logique divine. Et la splendeur de la forme également les rend aujourd’hui fascinants. Grégoire reçut, en raison de ces discours, l’appellation de « théologien ». Ainsi, il fut appelé par l’Eglise orthodoxe le « théologien ». Et cela parce que pour lui, la théologie n’est pas une réflexion purement humaine, et encore moins le fruit uniquement de spéculations complexes, mais parce qu’elle découle d’une vie de prière et de sainteté, d’un dialogue assidu avec Dieu. Et précisément ainsi, elle fait apparaître à notre raison la réalité de Dieu, le mystère trinitaire. Dans le silence de la contemplation, mêlé de stupeur face aux merveilles du mystère révélé, l’âme accueille la beauté et la gloire divine.

Alors qu’il participait au second Concile œcuménique de 381, Grégoire fut élu évêque de Constantinople et assura la présidence du Concile. Mais très vite, une forte opposition se déchaîna contre lui, jusqu’à devenir insoutenable. Pour une âme aussi sensible, ces inimitiés étaient insupportables. Il se répétait ce que Grégoire avait déjà dénoncé auparavant à travers des paroles implorantes : « Nous avons divisé le Christ, nous qui aimions tant Dieu et le Christ ! Nous nous sommes mentis les uns aux autres à cause de la Vérité, nous avons nourri des sentiments de haine à cause de l’Amour, nous nous sommes divisés les uns les autres ! » (Oratio 6, 3:  SC 405, 128). On en arriva ainsi, dans un climat de tension, à sa démission. Dans la cathédrale bondée, Grégoire prononça un discours d’adieu d’un grand effet et d’une grande dignité (cf. Oratio 42:  SC 384, 48-114). Il concluait son intervention implorante par ces paroles : « Adieu, grande ville aimée du Christ… Mes fils, je vous en supplie, conservez le dépôt [de la foi] qui vous a été confié (cf. 1 Tm 6, 20), souvenez-vous de mes souffrances (cf. Col 4, 18). Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec vous tous » (cf. Oratio 42, 27:  SC 384, 112-114).

Il retourna à Nazianze et, pendant deux ans environ, il se consacra au soin pastoral de cette communauté chrétienne. Puis, il se retira définitivement dans la solitude, dans la proche Arianze, sa terre natale, où il consacra à l’étude et à la vie ascétique. Au cours de cette période, il composa la plus grande partie de son œuvre poétique, surtout autobiographique :  le « De vita sua », une relecture en vers de son chemin humain et spirituel, le chemin exemplaire d’un chrétien qui souffre, d’un homme d’une grande intériorité dans un monde chargé de conflits. C’est un homme qui nous fait ressentir le primat de Dieu, et qui nous parle donc également à nous, à notre monde : sans Dieu, l’homme perd sa grandeur, sans Dieu, le véritable humanisme n’existe pas. Ecoutons donc cette voix et cherchons à connaître nous aussi le visage de Dieu. Dans l’une de ses poésies, il avait écrit, en s’adressant à Dieu : « Sois clément, Toi, l’Au-Delà de tous » (Carmina [dogmatica] 1, 1, 29:  PG 37, 508). Et, en 390, Dieu accueillait dans ses bras ce fidèle serviteur qui, avec une intelligence aiguë, l’avait défendu dans ses écrits et qui, avec tant d’amour, l’avait chanté dans ses poésies.

* * *

Saint Grégoire de Nazianze - église Saint Vincent de Paul à Marseille

Vitrail de l’église Saint-Vincent de Paul à Marseille

Splendeur des enseignements de Saint Grégoire de Nazianze.

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
lors de l’audience générale
du 22 août 2007  

Chers frères et sœurs,

Dans le cadre des portraits des grands Pères et Docteurs de l’Eglise que je cherche à offrir dans ces catéchèses, j’ai parlé la dernière fois de saint Grégoire de Nazainze, évêque du IVe siècle, et je voudrais aujourd’hui encore compléter ce portrait d’un grand maître. Nous chercherons aujourd’hui à recueillir certains de ses enseignements. En réfléchissant sur la mission que Dieu lui avait confiée, saint Grégoire de Nazianze concluait :  « J’ai été créé pour m’élever jusqu’à Dieu à travers mes actions » (Oratio 14, 6 de pauperum amore:  PG 35, 865). De fait, il plaça son talent d’écrivain et d’orateur au service de Dieu et de l’Eglise. Il rédigea de multiples discours, diverses homélies et panégyriques, de nombreuses lettres et œuvres poétiques (près de 18.000 vers !) :  une activité vraiment prodigieuse. Il avait compris que telle était la mission que Dieu lui avait confiée :  « Serviteur de la Parole, j’adhère au ministère de la Parole ; que jamais je ne néglige ce bien. Cette vocation je l’apprécie et je la considère, j’en tire plus de joie que de toutes les autres choses mises ensemble » (Oratio 6, 5:  SC 405, 134; cf. également Oratio 4, 10).

Grégoire de Nazianze était un homme doux, et au cours de sa vie il chercha toujours à accomplir une oeuvre de paix dans l’Eglise de son temps, lacérée par les discordes et les hérésies. Avec audace évangélique, il s’efforça de surmonter sa timidité pour proclamer la vérité de la foi. Il ressentait profondément le désir de s’approcher de Dieu, de s’unir à Lui. C’est ce qu’il exprime lui-même dans l’une de ses poésies, où il écrit :  parmi les « grands flots de la mer de la vie, / agitée ici et là par des vents impétueux, / … / une seule chose m’était chère, constituait ma richesse, / mon réconfort et l’oubli des peines, / la lumière de la Sainte Trinité » (Carmina [historica] 2, 1, 15:  PG 37, 1250sq.).

Grégoire fit resplendir la lumière de la Trinité, en défendant la foi proclamée par le Concile de Nicée : un seul Dieu  en  trois personnes égales et distinctes – le Père, le Fils et l’Esprit Saint -, « triple lumière qui en une unique / splendeur se rassemble » (Hymne vespéral :  Carmina [historica] 2, 1, 32:  PG 37, 512). Dans le sillage de saint Paul (1 Co 8, 6), Grégoire affirme ensuite, « pour nous il y a un Dieu, le Père, dont tout procède ; un Seigneur, Jésus Christ, à travers qui tout est ; et un Esprit Saint en qui tout est » (Oratio 39, 12:  SC 358, 172).

Grégoire a profondément souligné la pleine humanité du Christ : pour racheter l’homme dans sa totalité, corps, âme et esprit, le Christ assuma toutes les composantes de la nature humaine, autrement l’homme n’aurait pas été sauvé. Contre l’hérésie d’Apollinaire, qui soutenait que Jésus-Christ n’avait pas assumé une âme rationnelle, Grégoire affronte le problème à la lumière du mystère du salut : « Ce qui n’a pas été assumé, n’a pas été guéri » (Ep 101, 32:  SC 208, 50), et si le Christ n’avait pas été « doté d’une intelligence rationnelle, comment aurait-il pu être homme ? » (Ep 101, 34:  SC 208, 50). C’était précisément notre intelligence, notre raison qui avait et qui a besoin de la relation, de la rencontre avec Dieu dans le Christ. En devenant homme, le Christ nous a donné la possibilité de devenir, à notre tour, comme Lui. Grégoire de Nazianze exhorte : « Cherchons à être comme le Christ, car le Christ est lui aussi devenu comme nous :  cherchons à devenir des dieux grâce à Lui, du moment que Lui-même, par notre intermédiaire, est devenu homme. Il assuma le pire, pour nous faire don du meilleur » (Oratio 1, 5:  SC 247, 78).

Marie, qui a donné la nature humaine au Christ, est la véritable Mère de Dieu (Theotókos:  cf Ep. 101, 16:  SC 208, 42, et en vue de sa très haute mission elle a été « pré-purifiée » (Oratio 38, 13:  SC 358, 132, comme une sorte de lointain prélude du dogme de l’Immaculée Conception). Marie est proposée comme modèle aux chrétiens, en particulier aux vierges, et comme secours à invoquer dans les nécessités (cf. Oratio 24, 11:  SC 282, 60-64).

Grégoire nous rappelle que, comme personnes humaines, nous devons être solidaires les uns des autres. Il écrit : « Nous sommes tous un dans le Seigneur (cf. Rm 12, 5), riches et pauvres, esclaves et personnes libres, personnes saines et malades ; et la tête dont tout dérive est unique : Jésus-Christ. Et, comme le font les membres d’un seul corps, que chacun s’occupe de chacun, et tous de tous ». Ensuite, en faisant référence aux malades et aux personnes en difficulté, il conclut : « C’est notre unique salut pour notre chair et notre âme :  la charité envers eux » (Oratio 14, 8 de pauperum amore:  PG 35, 868ab). Grégoire souligne que l’homme doit imiter la bonté et l’amour de Dieu, et il recommande donc : « Si tu es sain et riche, soulage les besoins de celui qui est malade et pauvre ; si tu n’es pas tombé, secours celui qui a chuté et qui vit dans la souffrance ; si tu es heureux, console celui qui est triste ; si tu as de la chance, aide celui qui est poursuivi par le mauvais sort. Donne à Dieu une preuve de reconnaissance, car tu es l’un de ceux qui peuvent faire du bien, et non de ceux qui ont besoin d’en recevoir… Sois riche non seulement de biens, mais également de piété ; pas seulement d’or, mais de vertus, ou mieux, uniquement de celle-ci. Dépasse la réputation de ton prochain en te montrant meilleur que tous ; fais toi Dieu pour le malheureux, en imitant la miséricorde de Dieu » (Oratio 14, 26 de pauperum amore:  PG 35, 892bc).

Grégoire nous enseigne tout d’abord l’importance et la nécessité de la prière. Il affirme qu’il « est nécessaire de se rappeler de Dieu plus souvent que l’on respire » (Oratio 27, 4:  PG 250, 78), car la prière est la rencontre de la soif de Dieu avec notre soif. Dieu a soif que nous ayons soif de Lui (cf. Oratio 40, 27:  SC 358, 260). Dans la prière nous devons tourner notre cœur vers Dieu, pour nous remettre à Lui comme offrande à purifier et à transformer. Dans la prière nous voyons tout à la lumière du Christ, nous ôtons nos masques et nous nous plongeons dans la vérité et dans l’écoute de Dieu, en nourrissant le feu de l’amour.

Dans une poésie, qui est en même temps une méditation sur le but de la vie et une invocation implicite à Dieu, Grégoire écrit : « Tu as une tâche, mon âme, / une grande tâche si tu le veux. / Scrute-toi sérieusement, / ton être, ton destin ; / d’où tu viens et où tu devras aller ; / cherche à savoir si la vie que tu vis est vie / ou s’il y a quelque chose de plus. / Tu as une tâche, mon âme, / purifie donc ta vie : / considère, je te prie, Dieu et ses mystères, / recherche ce qu’il y avait avant cet univers / et ce qu’il est pour toi, / d’où il vient, et quel sera son destin. / Voilà ta tâche, /mon âme, / purifie donc ta vie » (Carmina [historica] 2, 1, 78:  PG 37, 1425-1426). Le saint évêque demande sans cesse de l’aide au Christ, pour être relevé et reprendre le chemin : « J’ai été déçu, ô mon Christ, / en raison de ma trop grande présomption : / des hauteurs je suis tombé profondément bas. / Mais relève-moi à nouveau à présent, car je vois / que j’ai été trompé par ma propre personne ; / si je crois à nouveau trop en moi, / je tomberai immédiatement, et la chute sera fatale » (Carmina [historica] 2, 1, 67:  PG 37, 1408).

Grégoire a donc ressenti le besoin de s’approcher de Dieu pour surmonter la lassitude de son propre moi. Il a fait l’expérience de l’élan de l’âme, de la vivacité d’un esprit sensible et de l’instabilité du bonheur éphémère. Pour lui, dans le drame d’une vie sur laquelle pesait la conscience de sa propre faiblesse et de sa propre misère, l’expérience de l’amour de Dieu l’a toujours emporté. Ame, tu as une tâche – nous dit saint Grégoire à nous aussi – , la tâche de trouver la véritable lumière, de trouver la véritable élévation de ta vie. Et ta vie est de rencontrer Dieu, qui a soif de notre soif.

Saint Grégoire de Nazianze - ancienne église Saint François de Sales à Paris

Détail d’un vitrail de l’ancienne église Saint-François de Sales, à Paris

2020-64. Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, en ayant pour critère de discernement la vie éternelle, l’imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ et, en conséquence, notre conversion profonde…

C’est seulement aujourd’hui, donc un peu plus de dix ans après qu’elle a été prononcée, que je viens de découvrir cette très remarquable homélie de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.
Elle a été prononcée le 15 avril 2010 dans la Chapelle Pauline à l’occasion d’une Messe célébrée en présence des membres de la Commission Pontificale Biblique.

Le Saint-Père Benoît XVI commence par dire qu’il n’a pas eu « le temps de préparer une véritable homélie » : bienheureuse « improvisation » si j’ose dire (car si le texte n’avait pas été écrit à l’avance, on sent néanmoins tout de suite que le Souverain Pontife maîtrisait parfaitement un sujet que sa propre méditation et sa réflexion théologique, nourries des textes sacrés et des enseignements de la Tradition, lui ont permis de parfaitement approfondir).
Ce texte, commentant les textes de la Sainte Ecriture lus ce jour-là à la Messe, est un véritable trésor et, en ce mois de mai 2020, il n’a non seulement rien perdu de sa force, mais il en acquiert une nouvelle, au regard des événements actuellement en cours dans l’Eglise comme dans la société civile…
Un texte remarquable à lire avec la plus extrême attention, à méditer et à mettre en pratique concrètement !

 Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes,
en ayant pour critère de discernement la vie éternelle, l’imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ
et, en conséquence, notre conversion profonde.

Pierre-Etienne Monnot - statue de Saint Pierre - basilique du Latran

Statue de Saint Pierre
(œuvre de Pierre-Etienne Monnot – archibasilique du Très Saint Sauveur au Latran, Rome)

Tiare et clefs de Saint Pierre

Chers frères et sœurs,

Je n’ai pas trouvé le temps de préparer une véritable homélie. Je voudrais seulement inviter chacun à une méditation personnelle, en proposant et en soulignant certaines phrases de la liturgie d’aujourd’hui, qui s’offrent au dialogue de prière entre nous et la Parole de Dieu.
La parole, la phrase que je voudrais proposer à la méditation commune est cette grande affirmation de saint Pierre : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29).

Saint Pierre se trouve devant l’institution religieuse suprême, à laquelle on devrait normalement obéir, mais Dieu se trouve au-dessus de cette institution et Dieu lui a donné un autre « règlement »:  il doit obéir à Dieu. L’obéissance à Dieu est la liberté, l’obéissance à Dieu lui donne la liberté de s’opposer à l’institution.
Et les exégètes attirent ici notre attention sur le fait que la réponse de saint Pierre au Sanhédrin est presque ad verbum identique à la réponse de Socrate au juge du tribunal d’Athènes. Le tribunal lui offre la liberté, la libération, à condition cependant qu’il ne continue pas à rechercher Dieu. Mais rechercher Dieu, la recherche de Dieu est pour lui un mandat supérieur, il vient de Dieu lui-même. Et une liberté achetée en renonçant au chemin vers Dieu ne serait plus une liberté. Il doit donc obéir non pas à ces juges – il ne doit pas acheter sa vie en se perdant lui-même – mais il doit obéir à Dieu.
L’obéissance à Dieu a la primauté.

Il est important de souligner ici qu’il s’agit d’obéissance et que c’est précisément l’obéissance qui donne la liberté.
L’époque moderne a parlé de la libération de l’homme, de sa pleine autonomie, et donc également de sa libération de l’obéissance à Dieu. L’obéissance ne devrait plus exister, l’homme est libre, il est autonome : rien d’autre.
Mais cette autonomie est un mensonge : c’est un mensonge ontologique, car l’homme n’existe pas par lui-même et pour lui-même, et c’est également un mensonge politique et pratique, car la collaboration, le partage de la liberté est nécessaire. Et si Dieu n’existe pas, si Dieu n’est pas une instance accessible à l’homme, il ne reste comme instance suprême que le consensus de la majorité. En conséquence, le consensus de la majorité devient le dernier mot auquel nous devons obéir. Et ce consensus – nous le savons depuis l’histoire du siècle dernier – peut également être un « consensus du mal ».

Nous voyons ainsi que la soi-disant autonomie ne libère pas véritablement l’homme.
L’obéissance à Dieu est la liberté, car elle est la vérité, elle est l’instance qui nous place face à toutes les instances humaines.
Dans l’histoire de l’humanité, ces paroles de Pierre et de Socrate sont le véritable phare de la libération de l’homme, qui sait voir Dieu et, au Nom de Dieu, peut et doit obéir non pas tant aux hommes, mais à Lui, et se libérer ainsi du positivisme de l’obéissance humaine.
Les dictatures ont toujours été contre cette obéissance à Dieu. La dictature nazie, comme la dictature marxiste, ne peuvent pas accepter un Dieu qui soit au-dessus du pouvoir idéologique ; et la liberté des martyrs, qui reconnaissent Dieu, précisément dans l’obéissance au pouvoir divin, est toujours l’acte de libération à travers lequel nous parvient la liberté du Christ.

Aujourd’hui, grâce à Dieu, nous ne vivons pas sous une dictature, mais il existe des formes subtiles de dictaturesun conformisme qui devient obligatoire, penser comme tout le monde, agir comme tout le monde, et les agressions subtiles contre l’Eglise, ainsi que celles plus ouvertes, démontrent que ce conformisme peut réellement être une véritable dictature.
Pour nous vaut cette règle :  on doit obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Dieu n’est pas un prétexte pour la propre volonté, mais c’est réellement Lui qui nous appelle et nous invite, si cela était nécessaire, également au martyre.
C’est pourquoi, confrontés à cette parole qui commence une nouvelle histoire de liberté dans le monde, nous prions surtout de connaître Dieu, de connaître humblement et vraiment Dieu et, en connaissant Dieu, d’apprendre la véritable obéissance qui est le fondement de la liberté humaine.

Choisissons une deuxième parole de la première lecture :  saint Pierre dit que Dieu a élevé le Christ à Sa droite comme chef et sauveur (cf. v. 31).
Chef est la traduction du terme grec archegos, qui implique une vision beaucoup plus dynamique : archegos est celui qui montre la route, qui précède, c’est un mouvement, un mouvement vers le haut. Dieu l’a élevé à Sa droite – parler du Christ comme archegos veut donc dire que le Christ marche devant nous, nous précède et nous montre la route. Et être en communion avec le Christ signifie être en chemin, monter avec le Christ, suivre le Christ, c’est cette montée vers le haut, suivre l’archegos, celui qui est déjà passé, qui nous précède et qui nous montre la voie.

Il est ici bien évidemment important que l’on nous dise où arrive le Christ et où nous devons arriver nous aussi : hyposen - en haut – monter à la droite du Père.
La « sequela » (NB : « sequela » signifie « suite » – « la sequela Christi », est une formule traditionnelle pour parler de ceux qui s’engagent fermement à la suite du Christ) du Christ n’est pas seulement l’imitation de Ses vertus, n’est pas seulement le fait de vivre dans ce monde, pour autant que cela nous soit possible, semblables au Christ, selon Sa parole ; mais c’est un chemin qui a un objectif. Et l’objectif est la droite du Père. Il y a ce chemin de Jésus, cette « sequela » de Jésus qui termine à la droite du Père. C’est à l’horizon de cette « sequela » qu’appartient tout le chemin de Jésus, également arriver à la droite du Père.

En ce sens, l’objectif de ce chemin est la vie éternelle à la droite du Père en communion avec le Christ.
Aujourd’hui, nous avons souvent un peu peur de parler de la vie éternelle. Nous parlons des choses qui sont utiles pour le monde, nous montrons que le christianisme aide également à améliorer le monde, mais nous n’osons pas dire que son objectif est la vie éternelle et que de cet objectif proviennent ensuite les critères de la vie. Nous devons comprendre à nouveau que le christianisme demeure un « fragment » si nous ne pensons pas à cet objectif, qui est de suivre l’archegos à la hauteur de Dieu, à la gloire du Fils qui nous rend fils dans le Fils, et nous devons à nouveau reconnaître que ce n’est que dans la grande perspective de la vie éternelle que le christianisme révèle tout son sens.
Nous devons avoir le courage, la joie, la grande espérance que la vie éternelle existe, qu’elle est la vraie vie et que de cette vraie vie provient la lumière qui illumine également ce monde.

On peut dire que, même en faisant abstraction de la vie éternelle, de la promesse des Cieux, il est mieux de vivre selon les critères chrétiens, car vivre selon la vérité et l’amour, même face à de nombreuses persécutions, est un bien en soi-même et mieux que tout le reste. C’est précisément cette volonté de vivre selon la vérité et selon l’amour qui doit également nous ouvrir à toute l’ampleur du projet de Dieu à notre égard, au courage d’éprouver la joie dans l’attente de la vie éternelle, de la montée en suivant notre archegos. Et Soter est le Sauveur, qui nous sauve de l’ignorance, qui recherche les choses ultimes. Le Sauveur nous sauve de la solitude, nous sauve d’un vide qui demeure dans la vie sans l’éternité, Il nous sauve en nous donnant l’amour dans sa plénitude. Il est le guide. Le Christ, l’archegos, nous sauve en nous donnant la lumière, en nous donnant la vérité, en nous donnant l’amour de Dieu.

Arrêtons-nous encore sur un verset : le Christ, le Sauveur, a donné à Israël la conversion et le pardon des péchés (v. 31) – dans le texte grec, le terme est metanoia - il a donné la pénitence et le pardon des péchés.
Cela est pour moi une observation très importante : la pénitence est une grâce.
Il existe une tendance dans l’exégèse qui dit : Jésus en Galilée aurait annoncé une grâce sans condition, absolument sans condition, donc également sans pénitence, une grâce comme telle, sans conditions humaines préalables. Mais il s’agit là d’une fausse interprétation de la grâce. La pénitence est grâce ; c’est une grâce que nous reconnaissions notre péché, c’est une grâce que nous reconnaissions avoir besoin de renouvellement, de changement, d’une transformation de notre être.
Pénitence, pouvoir faire pénitence, est le don de la grâce.
Et je dois dire que nous chrétiens, également ces derniers temps, nous avons souvent évité le mot pénitence, il nous paraissait trop dur.
A présent, face aux attaques du monde qui nous parle de nos péchés, nous voyons que pouvoir faire pénitence est une grâce. Et nous voyons qu‘il est nécessaire de faire pénitence, c’est-à-dire de reconnaître ce qui ne va pas dans notre vie, s’ouvrir au pardon, se préparer au pardon, se laisser transformer.
La douleur de la pénitence, c’est-à-dire de la purification, de la transformation, cette douleur est une grâce, car elle est renouvellement, elle est l’œuvre de la miséricorde divine. Et ainsi, les deux choses que dit saint Pierre – pénitence et pardon – correspondent au début de la prédication de Jésus : metanoeite, c’est-à-dire convertissez-vous (cf. Mc 1, 15). Cela est donc le point fondamental :  la metanoia n’est pas une chose privée, qui semblerait remplacée par la grâce, mais la metanoia est l’arrivée de la grâce qui nous transforme.

Et, enfin, une parole de l’Evangile nous dit que celui qui croit aura la vie éternelle (cf. Jn 3, 36).
Dans la foi, dans cette « transformation » que la pénitence apporte, dans cette conversion, sur cette route de l’existence, nous arrivons à la vie, à la vraie vie.
Et ici, deux autres textes me viennent à l’esprit. Dans la « Prière sacerdotale » le Seigneur dit :  Cela est la vie, Te connaître, ainsi que Ton consacré (cf. Jn 17, 3). Connaître l’essentiel, connaître la Personne décisive, connaître Dieu et Son Envoyé est la vie, la vie et la connaissance, la connaissance de réalités qui sont la vie.
Et l’autre texte est la réponse du Seigneur au Saduccéens à propos de la Résurrection, où, à partir des livres de Moïse, le Seigneur prouve la Résurrection en disant : Dieu est le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob (cf. Mt 22, 31-32 ; Mc 12, 26-27; Lc 20, 37-38). Dieu n’est pas le Dieu des morts. Si Dieu est le Dieu de ceux-ci, ils sont vivants. Celui qui est écrit dans le Nom de Dieu participe à la vie de Dieu, il vit. Et ainsi, croire signifie être inscrits dans le Nom de Dieu. Et ainsi nous sommes vivants. Celui qui appartient au Nom de Dieu n’est pas un mort, il appartient au Dieu vivant. C’est dans ce sens que nous devrions comprendre le dynamisme de la foi, qui est d’inscrire notre nom dans le Nom de Dieu et ainsi entrer dans la vie.

Prions le Seigneur afin que cela se produise et que réellement, avec notre vie, nous connaissions Dieu, pour que notre nom entre dans le Nom de Dieu et que notre existence devienne vraie vie : vie éternelle, amour et vérité.

Christ-Roi - église Sainte-Marie à Ely  Cambridgeshire

Christus vincit ! Christus regnat ! Christus imperat !
(détail d’un vitrail de l’église Sainte-Marie, à Ely dans le Cambridgeshire)

2020-62. « Il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. »

Infatigable chercheur de Dieu, chercheur de vérité et de sens, notre Bienheureux Père Saint Augustin s’est interrogé sur les rapports de l’intelligence et de la foi : dans le sermon qui suit, il s’est attaché à expliquer le sens de ces paroles du prophète Isaïe : « Si vous ne croyez vous ne comprendrez pas.» 

Antonio Rodríguez - Saint Augustin contemplant et écrivant

Antonio Rodriguez (1765-1823) : Saint Augustin contemplant et écrivant le fruit de sa contemplation

frise

« Il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. »

§ 1 – La foi est le principe de la vie surnaturelle, et par conséquence du bonheur.

Le principe d’une vie sainte, de la vie qui mérite l’éternelle vie, est la vraie foi. Or la foi consiste à croire ce qu’on ne voit pas, et la récompense de cette même foi est de voir ce qu’on croit. Le temps de la foi est donc comme le temps des semailles ; employons ce temps à semer. Semons ! Semons, sans nous lasser. Semons toujours. Semons jusqu’à ce que nous récoltions ce que nous avons semé.
Le genre humain s’était éloigné de Dieu et gisait dans ses iniquités ; pour revivre il nous fallait un Sauveur, comme il nous avait fallu un Créateur pour vivre. Dieu dans Sa justice avait condamné l’homme ; Il le délivra dans Sa miséricorde : « Le Dieu d’Israël donnera Lui-même à Son peuple la vertu et la force : qu’Il en soit béni » (Ps. LXVII, 36). Mais pour recevoir ces dons il faut croire ; le dédain les éloigne.

§ 2 – La foi est un pur don pour lequel il faut savoir rendre grâce.

Gardons-nous néanmoins de nous glorifier de la foi, comme si par nous-mêmes nous pouvions quelque chose pour elle.
La foi en effet n’est pas rien, elle est quelque chose de grand, et nul ne la possède que sûrement il ne l’ait reçue : « Qu’as-tu effectivement que tu ne l’aies reçu ? » (
I Cor. IV, 7). Voyez donc, mes bien-aimés, si vous ne devez pas en rendre grâces au Seigneur notre Dieu : prenez garde de vous montrer ingrats pour aucun de ces bienfaits, cette ingratitude vous ferait perdre ce que déjà Il vous a accordé.
Non, je ne puis louer dignement la foi, les fidèles cependant peuvent s’en faire une idée. Or si on s’en fait une idée exacte sous quelque rapport seulement, à combien de dons même divins ne doit-on pas la préférer ? Et s’il est vrai que nous devions reconnaître en nous les moindres bienfaits de Dieu, comment oublier le bienfait qui surpasse tous les autres ?

§ 3 – L’homme a reçu de Dieu des privilèges qui le différencient de toutes les autres créatures.

A Dieu nous sommes redevables d’être ce que nous sommes : à quel autre devons-nous de n’être pas entièrement rien ?
Mais les bois et les pierres sont aussi quelque chose n’est-ce pas également à Dieu qu’ils en sont redevables ? Qu’avons-nous alors de plus qu’eux ? Ils n’ont pas la vie, tandis que nous la possédons. Mais la vie même nous est commune avec les arbres et les végétaux. On parle en effet de la vie de la vigne. De fait, si elle n’était pas vivante, il ne serait pas écrit : « Il a tué leurs vignes par la grêle » (
Ps. LXXVII, 47). Elle vit donc quand elle verdit et en se desséchant elle meurt. Mais cette sorte de vie est dépourvue de sentiment. Et nous ? Nous sentons. On connaît les cinq sens corporels : nous voyons, nous entendons, nous flairons, nous goûtons et le tact répandu dans tout notre corps nous aide à discerner ce qui est mou et ce qui est dur, ce qui est âpre et ce qui est poli, ce qui est chaud et ce qui est froid. Oui, nous avons cinq sens : mais des animaux les possèdent également. 
Il y a certainement en nous quelque chose de plus ; et toutefois, mes frères, si nous considérions déjà les dons que nous venons d’énumérer, quelles actions de grâces, quelles louanges de nous faudrait-il pas élever vers le Créateur ?
Mais enfin quel est ce plus qui nous distingue des animaux ? L’intelligence, la raison, le discernement ; car ils n’appartiennent ni aux quadrupèdes, ni aux oiseaux, ni aux poissons, et c’est dans ces facultés que brille en nous l’image de Dieu. En effet, dans le récit que fait l’Ecriture de notre création, elle dit expressément pour nous préférer, ou plutôt pour nous préposer aux animaux, en d’autres termes pour nous les soumettre : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ; qu’il ait l’empire sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur tous les animaux et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre » (
Gen. I, 28). D’où lui vient cet empire ? De l’image de Dieu ; aussi adresse-t-on à quelques-uns ce reproche : « Ne ressemblez ni au cheval ni au mulet, animaux sans intelligence »
(Ps. XXXI, 9).
Cependant l’intelligence diffère de la raison. Car nous avons la raison avant d’avoir l’intelligence de quoi que ce soit, mais nous ne saurions avoir l’intelligence sans avoir la raison. L’homme est donc un animal doué de raison ou pour parler plus clairement et plus brièvement, un animal raisonnable, un animal qui possède naturellement la raison et qui la possède avant même de comprendre. Pourquoi effectivement cherche-t-il à comprendre, sinon parce que la raison préexiste en lui ?
La faculté qui nous rend supérieurs aux bêtes est donc ce que nous devons principalement cultiver, retoucher en quelque sorte et réformer en nous. Mais qui en sera capable, sinon l’artiste divin qui nous a formés ? Nous avons pu défigurer l’image de Dieu en nous, nous ne saurions la réparer. Ainsi donc, pour tout résumer en quelques mots, nous partageons l’être avec les bois et les pierres ; la vie avec les arbres ; le sentiment avec les bêtes ; l’intelligence avec les anges.
Par les yeux nous discernons les couleurs, le son par les oreilles, l’odeur par les narines, les saveurs par le goût, la chaleur par le tact et le mérite par l’intelligence.

§ 4 – Comment obtenir la foi ? La compréhension est-elle nécessaire à la foi, ou la foi nécessaire à la compréhension ? Qui pourra nous répondre sur ce sujet ? St Pierre nous enseigne qu’il nous faut être attentif à la réponse donnée par le prophète – Importance et fiabilité de la parole des prophètes.

Attention ! Chacun veut comprendre, il n’est personne qui n’ait ce désir ; mais tous ne veulent pas croire.
On me dit : Je dois comprendre pour croire ; je réponds : Crois pour comprendre. C’est donc entre nous une espèce de controverse, l’un disant : Je dois comprendre pour croire, et l’autre : Au contraire crois pour comprendre.
Pour nous entendre cherchons un juge et que nul ne prononce dans sa propre cause. Or à quel juge nous arrêter ? Après avoir examiné tous les hommes, j’ignore s’il est possible de rencontrer un juge préférable à l’homme que Dieu a choisi pour Son organe. Ainsi donc pour terminer ce débat n’ouvrons point les auteurs profanes, ne nous faisons point juger par un poète, mais par un prophète.
Lorsque accompagné de deux autres disciples du Sauveur, le bienheureux Apôtre Pierre, était sur la montagne avec le Seigneur Lui-même, il entendit une voix descendue du ciel, laquelle disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances écoutez-Le !» (Matt. XVII, 5). Et en rappelant ce trait, le même Apôtre dit dans une de ses épîtres : « Nous avons entendu cette voix descendue du ciel, lorsque nous étions avec Lui sur la montagne sainte ». Or après ces mots : « Nous avons entendu cette voix descendue du ciel », il ajoute : « Et nous avons la parole plus certaine des prophètes » (II Pierre, I, 18-19). Cette voix a retenti du haut du ciel ; et la parole des prophètes est pourtant plus certaine.
Soyez attentifs, mes bien-aimés : que Dieu seconde et mes désirs et votre attente, afin que je dise ce que je veux et comme je veux.
Qui de nous ne s’étonnerait d’entendre dire à l’Apôtre que la parole des prophètes est plus certaine qu’une voix descendue du ciel ? Il dit plus certaine ; plus certaine et non pas meilleure ni plus vraie. La parole descendue du.ciel est en effet aussi vraie que la parole des prophètes ; elle est aussi bonne, aussi utile. Que signifie donc plus certaine, sinon plus propre à inspirer la conviction ? Pourquoi ? Parce qu’il est des infidèles qui accusent le Christ d’avoir eu recours à la magie pour faire ce qu’Il a fait. En recourant aux conjectures humaines et aux prestiges coupables, les infidèles pourraient donc attribuer aussi aux arts magiques cette voix descendue du ciel.
Quant aux prophètes, ils sont antérieurs non-seulement à l’émission de cette voix, mais encore à l’Incarnation du Christ.
Le Christ ne S’était pas fait homme encore lorsqu’Il les envoya. Toi donc qui fais de lui un magicien, dis-moi : s’Il a pu, grâce à la magie, Se faire adorer même après Sa mort, avant de naître exerçait-il cet art ? Voilà pourquoi l’Apôtre Pierre a dit : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ». La voix du ciel est pour les fidèles un avertissement ; et pour les infidèles la parole des prophètes est une conviction. Ainsi donc, mes bien-aimés, nous comprenons pour quel motif Pierre a dit, même après avoir entendu la voix descendue du ciel : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ».
Voyez aussi quelle n’est pas la bonté du Christ ! Ce même Pierre de qui nous tenons cette sentence était un pêcheur, et aujourd’hui c’est pour un orateur un grand sujet de gloire de pouvoir le comprendre. Aussi l’Apôtre Paul disait aux premiers chrétiens : « Voyez, frères, votre vocation : ce n’est pas un grand nombre de sages selon la chair, ni un grand nombre de puissants et de grands que Dieu a choisis ; mais ce qui est faible selon le monde pour confondre ce qui est fort ; Il a choisi aussi ce qui est insensé selon le monde pour confondre les sages ; enfin Dieu a choisi ce qui est vil et méprisable selon le monde et les choses qui ne sont rien comme si elles étaient, pour anéantir les choses qui sont » (I Cor, I, 26-23).
De fait, si le Christ avait d’abord choisi l’orateur, l’orateur dirait : Ce choix est dû au mérite de mon éloquence. S’Il avait choisi le sénateur, celui-ci dirait encore : Ce choix est dû à la dignité qui me distingue. Si enfin Il avait d’abord choisi l’empereur, l’empereur dirait à son tour : C’est à ma puissance que je dois cette élection.
Que ces grands du monde attendent donc, qu’ils attendent un peu ; on ne les oublie pas, on ne les méprise pas, mais qu’ils attendent quelque temps, car ils pourraient en eux-mêmes se glorifier, d’eux-mêmes. Donne-moi plutôt ce pêcheur, dit le Christ, donne-moi cet homme grossier, cet ignorant, donne-moi cet homme à qui le sénateur dédaigne d’adresser la parole lors même qu’il lui achète son poisson : voilà celui qu’Il me faut, car il sera manifeste que c’est Moi qui fais tout, quand je l’aurai rempli de Moi-même. Sans doute J’appellerai aussi le sénateur, l’orateur et l’empereur, oui J’agirai sur le sénateur, mais sur le pêcheur mon action est plus visible. Le sénateur pourrait se glorifier de lui-même, l’orateur et l’empereur le pourraient également ; le pêcheur ne saurait se glorifier que du Christ. Viens donc, ô pêcheur, viens le premier pour enseigner la salutaire vertu d’humilité ; il conviendra mieux ensuite d’amener l’empereur par ton ministère.
Rappelez donc à votre souvenir ce pêcheur saint, juste, bon, rempli du Christ ; et dont les vastes filets jetés sur le monde ont dû retirer de l’abîme ce peuple avec les autres ; souvenez-vous que c’est lui qui a dit : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ». Je veux donc un prophète pour juge de notre controverse. De quoi s’agissait-il entre nous ? Tu disais : Je dois comprendre pour croire ; et moi : Crois pour comprendre. Voilà le motif du débat. Cherchons un juge, adressons-nous à un prophète, ou plutôt que Dieu même prononce par la bouche d’un prophète. Maintenant taisons-nous ; on sait ce qui a été dit de part et d’autre. Je veux comprendre, dis-tu, pour croire ; crois, répliqué-je, pour comprendre. Voici le prophète : « Si vous ne croyez, dit-il, vous ne comprendrez pas » (Isaïe, VII, 9, selon les LXX).

§ 5 – Le prophète Isaïe proclame qu’il est nécessaire de croire pour arriver à comprendre. S’ensuit-il qu’il ne faille pas comprendre pour croire ? Ceux qui demandent à comprendre pour croire ont déjà tant soit peu de foi ; ils veulent donc comprendre pour croire davantage, comprendre ma parole pour croire la parole de Dieu.

Pensez-vous néanmoins, mes bien-aimés, qu’il n’y a rien de vrai dans cette assertion : Je veux comprendre pour croire. Eh ! que prétendons-nous maintenant, si ce n’est d’amener à croire, non ceux qui ne croient nullement, mais ceux qui ne croient guère encore ? Seraient-ils ici, s’ils ne croyaient pas du tout ? La foi les a amenés à écouter, la foi les rend présents à la prédication de la parole de Dieu ; mais il faut arroser, nourrir et fortifier le germe de cette foi. C’est ce que nous faisons. « J’ai planté, dit l’Apôtre, Apollo a arrosé ; c’est Dieu qui donne l’accroissement. C’est pourquoi ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement » (I Cor. III, 6,-7). Ainsi en parlant, en exhortant, en enseignant, en persuadant, nous pouvons planter et arroser, mais sans faire croître.
C’est ce que savait cet homme avec qui s’entretenait un jour le Seigneur. La foi commençait à germer en lui, elle était tendre et fragile encore, elle était toute tremblante et cependant elle n’était pas entièrement nulle et c’était pour lui venir en aide qu’il disait : « Je crois, Seigneur ! »
Lorsque tout à l’heure on lisait l’Évangile, vous avez entendu ces mots : « Si tu peux croire, disait le Seigneur Jésus au père de l’enfant, tout est possible à qui a la foi ». Et se considérant soi-même, se posant en face de soi-même, sans se livrer à une téméraire confiance cet homme examine d’abord sa conscience ; il reconnaît qu’en lui il y a quelque peu de foi, mais il voit aussi que cette foi tremble : ni l’une ni l’autre de ces deux choses ne lui échappe. Il confesse donc la première et pour la seconde il demande un secours. « Je crois, dit-il, Seigneur ! » Ne devait-il pas ajouter : Aidez ma foi ? Il ne parle pas ainsi. « Je crois, Seigneur », dit-il. Je vois ici quelque chose de réel, je ne mens pas ; je crois et je dis vrai ; mais je vois aussi je ne sais quoi qui me déplaît. Je voudrais être ferme, mais je tremble encore. En vous parlant je suis debout, je ne suis pas renversé puisque je crois ; mais je chancelle : « Aidez mon incrédulité » (Marc, IX, 22, 23).
Ainsi, mes bien-aimés, celui-là même que j’ai en face, avec qui je suis dans une controverse que j’ai demandé au Prophète de vouloir bien dirimer, n’est pas non plus entièrement étranger à la vérité quand il dit : Je veux comprendre pour croire. Pourquoi ce que je dis présentement, sinon pour amener à croire ceux qui ne croient pas encore ? Mais peuvent-ils croire s’ils ne comprennent ce que je dis ?
Il est donc vrai sous un rapport que l’on doit comprendre pour croire, et il est vrai aussi de dire avec le prophète, que l’on doit croire pour comprendre.
Donc entendons-nous : Oui, il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. Voulez-vous que j’explique en deux mots et qu’il n’y ait plus de contestation possible ? Je dirai à chacun : Comprends ma parole, pour croire, et crois la parole de Dieu pour comprendre.

Saint Augustin

Voir aussi :
- L’enseignement de S.S. le Pape Benoît XVI au sujet des « trois conversions » de Saint Augustin > ici

2020-61. La Procession dominicale telle qu’elle se trouve prescrite dans les livres liturgiques traditionnels du diocèse de Viviers.

3 mai,
Fête de l’Invention de la Sainte Croix ;
Anniversaire du massacre des clercs de Lamastre par les huguenots en 1587 (voir > ici et > ici).

Blason Vivarais

Dans la liste des processions énumérées à l’article précédent (cf. > ici), par le chanoine Lesage, se trouve la Procession dominicale, au sujet de laquelle il écrit (en 1952) : « qui, en plusieurs diocèses, se fait encore tous les dimanches avant la grand’Messe ».
De fait, si elle était autrefois d’un usage général dans une majorité de diocèses – tout spécialement les diocèses de forte ruralité -, au début des années cinquante du précédent siècle la Procession dominicale avait tendance à disparaître.
L’une (mais pas l’unique) des raisons de cette disparition se trouve dans le fait que la baisse des vocations sacerdotales a peu à peu obligé de confier plusieurs villages à un même prêtre, lequel – devant célébrer deux, voire trois, messes dominicales -, a progressivement « allégé » le programme des cérémonies qu’ils assuraient le dimanche matin…

J’ai connu quelques personnes qui se souvenaient très bien de ces processions d’avant la grand’Messe. Elles sont aujourd’hui de moins en moins nombreuses.
Ainsi que le rappelle le chanoine Lesage dans l’article sus-cité, la Procession dominicale avant la grand’Messe a subsisté dans beaucoup de monastères traditionnels et quelques communautés religieuses.

Dans le diocèse de Viviers, sur le territoire duquel nous nous trouvons, elle était prescrite entre les deux fêtes de la Sainte Croix : depuis le 3 mai (fête de l’Invention de la Sainte Croix) jusqu’au 14 septembre (fête de l’Exaltation de la Sainte Croix).
C’est d’ailleurs à l’occasion de la procession du 3 mai 1587 que plusieurs ecclésiastiques massacrés par les huguenots à Lamastre, à une dizaine de lieues du Mesnil-Marie, ont subi le martyre (cf. > ici et > ici).

La Procession dominicale ne s’accomplit par sur un long parcours : elle ne sort généralement pas de l’enclos paroissial (quand il en existe encore un) et son unique station se fait soit au Calvaire qui y est érigé, soit devant une Croix de mission à proximité de l’église : elle est l’occasion d’implorer la protection et bénédiction de Dieu Notre-Seigneur sur la communauté paroissiale et ses biens, en demandant en particulier l’éloignement des catastrophes naturelles, épidémies, disettes… etc.
Cela demeure donc d’une constante actualité !

Voici recopié ci-dessous le rite particulier de cette Procession dominicale prescrit pour le diocèse de Viviers dans le supplément au Rituel Romain publié par l’ordre de l’un de nos anciens évêques.

Manuale sacerdotum - Viviers 1928

« Manuale sacerdotum » : Manuel des prêtres, ou supplément au Rituel Romain pour l’usage du diocèse de Viviers
publié en 1928 par ordre de Monseigneur Etienne-Joseph Hurault, évêque de Viviers

- Procession dominicale -

Cette procession se fait du 3 mai au 14 septembre, mais peut-être omise aux fêtes de 1ère classe.

Le célébrant et tous les assistants se mettent à genoux, et on chante la 1ère strophe de l’hymne suivante. Cette strophe chantée, tous se lèvent et on se rend processionnellement au lieu désigné pour la station. 

Veni Creator Spiritus
mentes tuorum visita :
imple superna gratia
quae tu creasti pectora.

Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei,
Fons vivus, ignis, caritas
Etspiritalis unctio.

Tu septiformis munere,
Digitus paternae dexterae.
Tu rite promissum Patris,
Sermone ditans guttura

Accende lumen sensibus
Infunde amorem cordibus,
Infirma nostri corporis
Virtute firmans perpeti.

Hostem repellas longius
Pacemque dones protinus ;
Ductore sic te praevio
Vitemus omne noxium.

Per te sciamus da Patrem,
Noscamus atque Filium;
Tequutriusque Spiritum
Credamus omni tempore

Deo Patri sit gloria,
Et Filio, qui a mortuis
SurrexitacParaclito
In saeculorum saecula. Amen

V./ Emitte Spiritum tuum et creabuntur.
R./ Et renovabis facien terrae.

Oremus :

Deus qui corda fidelium Sancti Spiritus illustratione docuisti : da nobis in eodem Spiritu recta sapere et de ejus semper consolatione gaudere. Per Christum Dominum nostrum.

R./ Amen.

Venez, Esprit Créateur,
Visiter les esprits de ceux qui Vous appartiennent ;
Emplisssez de la grâce d’en-haut
Les cœurs que Vous avez créés.

Vous qui êtes nommé le Paraclet,
Don du Dieu très-haut
Source vive, feu, charité
Et onction spirituelle.

Vous le don qui se manifeste en sept,
Doigt de la droite du Père,
Vous qui fûtes avec faveur promis par le Père,
Rendant nos bouches disertes

Allumez Votre lumière en nos sens,
Répandez l’amour en nos cœurs ;
L’infirmité de notre corps
Affermissez-la par une force perpétuelle.

Repoussez au loin l’ennemi,
Afin de nous donner bientôt la paix ;
Que marchant sous Votre conduite
Nous évitions toute souillure.

Par Vous que nous soit donné de connaître le Père,
Et que nous connaissions aussi le Fils;
Vous qui êtes l’Esprit de l’Un et de l’Autre,
Auquel nous soit donné de croire en tout temps.

Qu’à Dieu le Père soit la gloire,
Et au Fils, qui des morts
Est ressuscité, et au Paraclet
Dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

V./ Envoyez Votre Esprit et ils seront créés.
R./ Et Vous renouvellerez la face de la terre.

Prions :
O Dieu qui avez instruit les cœurs de Vos fidèles par l’illumination du Saint Esprit : donnez-nous en ce même Esprit de goûter ce qui est droit et de jouir toujours de Sa consolation. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
R./ Ainsi soit-il.

Ensuite le célébrant dit à genoux le Munda cor meum… Jube domne benedicere etc. Puis il se lève et chante l’Evangile (s’il est assisté d’un diacre, celui-ci demande la bénédiction au célébrant en disant : Jube, domne, benedicere. Le célébrant dit : Dominus sit in corde tuo… etc).

V./ Dominus vobiscum.
R./ Et cum spiritu tuo.

Sequentia sancti Evangelii secundum Mattheum.

In illo tempore : Ascendente Jesu in naviculam, secuti sunt eum discipuli ejus. Et ecce motus magnus factus est in mari, ita ut navicula operiretur fluctibus, ipse vero dormiebat. Et accesserunt ad eum discipuli ejus, et suscitaverunt eum dicentes : Domine, salva nos, perimus. Et dicit eis Jesus : Quid timidi estis, modicae fidei ? Tunc surgens imperavit ventis et mari, et facta est tranquillitas magna. Porro homines mirati sunt dicentes : Qualis est hic, quia venti et mare obediunt ei ?

V./ Le Seigneur soit avec vous.
R./ Et avec votre esprit.

Suite du saint Evangile selon Matthieu.

En ce temps là : Jésus étant monté dans la barque, Ses disciples Le suivirent. Et voilà qu’une grande tempête s’éleva sur la mer, de sorte que la barque était couverte par les flots ; Lui-même cependant dormait. Et Ses disciples s’approchèrent de Lui, et ils L’éveillèrent en disant : Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ! Et Jésus leur dit : Pourquoi êtes-vous craintifs, hommes de peu de foi ? Alors Se levant il commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme. Or, saisis d’admiration, ces hommes se disaient : Quel est Celui-ci, parce que les vents et la mer Lui obéissent ?

Le célébrant ou les chantres entonnent ensuite, selon le temps, l’une des antiennes suivantes de la Sainte Croix :

Au temps pascal : 

Ant. Crucem sanctam subiit, qui infernum confregit : accinctus est potentia, surrexit die tertia, alleluia.

V./ Dicite in nationibus, alleluia.
R./ Quia Dominus regnavit a ligno, alleluia.

Oremus :

Deus, qui pro nobis Filium tuum Crucis patibulum subire voluisti, ut inimici a nobis expelleres potestatem : concede nobis, famulis tuis, ut resurrectionis gratiam consequamur. Per eumdem Christum…
R./ Amen.

Hors le temps pascal :

Ant. Per signum Crucis de inimicis nostris libera nos, Deus noster.

V./ Omnis terra adoret te, et psallat tibi.
R./ Psalmum dicat nomini tuo, Domine.

Oremus :

Perpetua nos, quaesumus, Domine, pace custodi : quos per lignum Sanctae Crucis redimere dignatus es. Per Christum…
R./ Amen.

Il a subi la Croix sainte, Celui qui a abattu l’enfer : Il est ceint de puissance, Il est ressuscité le troisième jour, alléluia ! 

V./ Dites parmi les nations, alléluia.
R./ Que le Seigneur a régné par le bois, alléluia.

Prions :
O Dieu, qui avez voulu que pour nous Votre Fils subît le gibet de la Croix, pour que Vous nous arrachiez à la puissance de l’ennemi : accordez-nous, à nous qui sommes Vos serviteurs, que nous obtenions la grâce de la résurrection. Par ce même Jésus-Christ…
R./ Ainsi soit-il.

Par le signe de la Croix, libérez-nous de nos ennemis, ô notre Dieu !

V./ Que toute la terre Vous adore et qu’elle psalmodie pour Vous.
R./ Qu’elle dise un psaume à Votre Nom, ô Seigneur.

Prions :
O Seigneur, nous Vous le demandons, gardez-nous dans une paix perpétuelle : nous qui sommes ceux que Vous avez daigné racheter par le bois de la Sainte Croix. Par Jésus-Christ…
R./ Ainsi soit-il.

L’oraison terminée, le célébrant jette de l’eau bénite dans la direction des quatre points cardinaux, en chantant successivement :

Ter :
V./ A fulgure et tempestate,
R./ Libera nos, Domine.

Ter :
V./ Ab omni pestilentia et fame,
R./ L
ibera nos, Domine.

Ter :
V./
Ut fructus terrae dare et conservare digneris,
R./ Te rogamus, audi nos.

3 fois :
V./ De la foudre et de la tempête,
R./ Délivrez-nous, Seigneur.

3 fois :
V./ De toute épidémie et famine,
R./ Délivrez-nous, Seigneur.

3 fois :
V./ Pour que Vous daigniez nous donner et conserver les fruits de la terre.
R./ Nous Vous en prions, exaucez-nous.

Le célébrant, sans chanter, donne ensuite la bénédiction de la Croix ; après quoi tous se lèvent et l’on rentre à l’église en chantant l’hymne :

Ave, maris Stella,
Dei mater alma
Atque semper virgo
Felix caeli porta !

Sumens illud ave
Gabrielis ore,
Funda nos in pace
Mutans Evae nomen.

Solve vincla reis,
Profer lumen caecis ;
Mala nostra pelle
Bona cuncta posce.

Monstra te esse matrem,
Sumat per te preces
Qui pro nobis natus
Tulit esse tuus.

Virgo singularis
Inter omnes mitis,
Nos culpis solutos
Mites fac et castos.

Vitam praesta puram,
Iter para tutum
Ut videntes Jesum
Semper collaetemur.

Sit laus Deo Patri
Summo Christo decus
Spiritui sancto
Tribus honor unus. Amen

V./ Ora pro nobis, Sancta Dei Genitirix.
R./ Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

Oremus :

Concede nos, famulos tuos, quaesumus, Domine Deus, perpetua mentis et corporis sanitate gaudere : et gloriosa Beatae Mariae semper Virginis intercessione, a praesenti liberari tristitia et aeterna perfrui laetitia. Per Christum…

R./ Amen.

Salut, Etoile de la mer,
Auguste Mère de Dieu
Et toujours vierge,
Bienheureuse porte du Ciel !

En recevant ce salut
De la bouche de Gabriel
Etablissez-nous dans la paix
En changeant le nom d’Ève.

Déliez les liens des coupables,
Apportez la lumière aux aveugles ;
Chassez nos maux
Obtenez-nous tous les biens.

Montrez-vous notre mère,
Qu’Il accueille par vous nos prières
Celui qui, né pour nous,
Voulut être votre fils.

Vierge sans égale,
Douce entre tous,
Qu’après nous avoir libérés de nos fautes
Vous nous rendiez doux et chastes.

Accordez-nous une vie pure
Rendez notre chemin sûr
Pour que, voyant Jésus,
Nous nous réjouissions éternellement.

Qu’à Dieu le Père soit la louange,
L’honneur au Christ élevé au-dessus de tout,
Et à l’Esprit saint,
Aux Trois un unique honneur.  Ainsi soit-il.

V./ Priez pour nous, Sainte Mère de Dieu.
R./ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :
Accordez, nous Vous en prions, Seigneur, à nous qui sommes Vos serviteurs, de jouir d’une perpétuelle santé de l’esprit et du corps : et par la glorieuse intercession de la Bienheureuse Marie toujours Vierge, que nous soyons libérés de la tristesse du temps présent et jouissions de la joie éternelle. Par Jésus-Christ…
R./ Ainsi soit-il.

Viviers : la cathédrale Saint-Vincent au coeur de la "ville-haute"

Viviers, le rocher fortifié sur lequel se trouvent l’ancien quartier canonial, l’évêché médiéval et la cathédrale Saint-Vincent

Blason Vivarais

2020-60. Des processions (2ème partie) : Classification des processions.

Après l’introduction que nous en avons faite (cf. > ici), il me semble intéressant de recopier ci-dessous dans son intégralité la partie de l’article « Procession » du « Dictionnaire pratique de liturgie romaine » du chanoine Robert Lesage (ed. Bonne Presse – 1952) intitulée « Classification ».

Gentile Bellini Procession avec la relique de la Sainte Croix à Venise 1496

Gentile Bellini : Procession à Venise avec la relique de la Vraie Croix (1496)

nika

Classification :

Il faut distinguer :

I. Les processions ordinaires de l’année liturgique, qui se font chaque année, à date fixe, conformément aux prescriptions des livres liturgiques : à la Purification, aux Rameaux, le Jeudi et le Vendredi Saints, aux Rogations et à la fête du Corpus Christi.

II. Les processions ordinaires prescrites par le cérémonial pour le chant de l’Evangile à la Messe solennelle, pour les funérailles et l’absoute, pour la réception de l’Evêque diocésain et la visite pastorale, pour la Messe pontificale.

III. Les processions locales, autorisées en certains lieux par un long usage :

- La procession du Saint Jour de Pâques pendant les Vêpres ; les processions du Saint-Sacrement qui se font à date fixe à l’instar de celle du Corpus Christi ; la procession du Rosaire, au premier dimanche d’octobre ; celles qui se font annuellement à l’occasion de la fête du Patron d’une localité ou du Titulaire d’une église, etc…

- La procession dominicale, qui, en plusieurs diocèses, se fait encore tous les dimanches avant la grand’Messe, tire son origine des églises stationnales, où le Clergé et le peuple se rendaient pour la célébration de la Messe, ou de l’usage monastique de l’aspersion des lieux claustraux : cloître, réfectoire, puits, voire cuisine. Dans les villes, le Célébrant aspergeait aussi les maisons des fidèles et autres lieux, pour exprimer les bienfaits que Notre-Seigneur répandait de tous côtés, dans ses voyages. Le bénitier que l’on porte encore à cette procession, même si l’on n’y asperge plus, est un vestige de cet usage ancien.

- La procession solennelle du Vœu de Louis XIII se fait encore chaque année à l’issue des Vêpres du 15 août, dans toute la France.
Elle date de 1638, date de la consécration que fit le roi Louis XIII à la Reine du ciel, de sa personne et de son royaume, à la fois pour remercier Marie des victoires qu’il avait remportées par son intercession contre les hérésies, les fauteurs de troubles et les ennemis de la France, et pour lui demander un héritier. La déclaration royale (Lettres patentes expédiées de Saint-Germain-en-Laye le 10 février 1638 – [note : dans ce blogue on le trouve > ici]) constitue la 4ème leçon de la fête de la B.V.Marie selon le Vœu de Louis XIII, inscrite encore aujourd’hui à la date du 18 août dans le propre de Paris, au bréviaire.
A cette procession on porte la statue de la Sainte Vierge, on y chante le répons Félix es et les litanies de Lorette, et, au retour, l’antienne Sub tuum avec son verset et l’oraison Protege, enfin le psaume Exaudiat [note : dans ce blogue on trouve tous les textes de cette cérémonie > ici].

IV. Des processions extraordinaires peuvent être ordonnées par l’Evêque, après avis du chapitre cathédral, pour un motif d’intérêt public (can. 1292 ; S.R.C. nn. 217, 394, 1444), comme la translation d’une relique insigne, pour demander la pluie ou le beau temps, pour repousser la tempête, en temps de disette ou d’épidémie, en temps de guerre ou pour éloigner une calamité publique ou encore en action de grâces. Elles sont décrites au Rituel (tit. IX, c. VI à XIV).

Robert Lesage
in « Dictionnaire pratique de liturgie romaine », article « Procession », col. 847-849

A suivre : les Règles liturgiques qui régissent les processions > ici.

Gravure datée probablement de 1709 : ordre de procession de la châsse de Ste Geneviève

Procession de la châsse de Sainte Geneviève, à Paris, au début du XVIIIème siècle

nika

2020-58. Pour bien commencer le « mois de Marie », comprenons toute l’importance de la place et du rôle de Notre-Dame et de son culte.

1er mai,
Fête des Saints Apôtres Philippe et Jacques ;
Commencement du mois de Marie.

Madone à l'Enfant

frise

A toute vraie dévotion il faut des bases solides. Rien ne nous est donc plus opportun, que de nous convaincre tout d’abord du caractère sérieux du culte professé à l’égard de notre bonne Mère du ciel.
Saint Augustin nous enseigne que « la vertu de religion, c’est celle qui nous relie au Dieu tout puissant » (De vera relig. III, 113). Un acte n’est religieux que dans la mesure où il nous unit à notre Père qui est aux cieux : Si elle ne produisait pas ce résultat, notre dévotion à Marie serait vaine, illusoire, par conséquent inutile. Or, précisément, le meilleur moyen de nous approcher de Dieu, c’est notre piété envers la Reine du ciel. Nous la lui manifestons, en effet, par les prières que nous lui adressons et l’imitation que nous nous proposons de ses vertus ? Or tout cela réalise pleinement le but de la religion.

La prière unit le cœur et l’esprit à celui auquel on l’offre. Nous adressant à Marie, nous nous unissons à elle, créature excellente, très intimement unie à Dieu, par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Elle est unie à Jésus par l’unité du sang : elle est mère, il est fils.
Elle est unie à Jésus par l’unité des souffrances : ils ont la même vie cachée, obscure, de pauvreté et de labeur ; à l’heure du sacrifice rédempteur de l’Agneau de Dieu, ils ont même martyre ; les mêmes coups tombent, à la fois, sur le corps du Fils, sur l’âme de la Mère, et si, pour celle-ci, l’effusion du sang n’est pas réelle ni visible, elle n’en est pas moins douloureuse.

Marie, enfin, est unie à Jésus par la plénitude de la gloire. Si le Maître a promis de partager son trône avec nous, combien plus et mieux le donne-t-il à sa Mère : Adstitit Regina a dextris tuis (Ps. XLIV, 10). Le Christ est assis à la droite du Père, la Reine du ciel à la droite du Christ, et cette expression : « être assis », signifiant, participation à l’autorité suprême, au ciel, sur la terre, Jésus et Marie ne font qu’un.

Tout ce que la nature a de plus tendre, tout ce que la grâce a de plus puissant, concourt à fusionner l’âme de Marie et l’âme de Jésus. Il est donc hors de doute que la piété de nos vœux cherche Jésus en Marie, et que nos prières, nous unissant à la Mère, par le fait même, nous unissent au Fils.

C’est encore le résultat de l’imitation des vertus de la très sainte Vierge. Saint Paul disait (Galat., II, 20) : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». Et il ajoutait (1 Cor., IV) : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis du Christ ». Notre-Seigneur est tout entier dans ses saints. Alors, que penser de la Reine de tous les saints ? Elle est la traduction, aussi parfaite qu’elle est humainement possible, des vertus du divin modèle. Comme il pense, elle pense ; comme il aime, elle aime ; comme il agit, elle agit. La suivre, c’est suivre Jésus ; l’imiter, c’est imiter Jésus ; l’atteindre, c’est atteindre Jésus.

Rien donc de plus sérieux que le culte de Marie, rien de plus intelligent que la piété envers cette bonne Mère ! Que nos cœurs se réjouissent d’avoir, durant ce mois béni, l’occasion en exerçant leur dévotion, de la réchauffer, de la rendre plus fervente, de la montrer plus délicatement généreuse : qu’ils fassent dans ce but, les efforts les plus aimants : Jésus, par Marie, les en bénira.

Résolution : Etre fidèle à l’exercice chaque jour durant ce mois consacré à la sainte Vierge.
Bouquet spirituel : A Jésus par Marie ! Ad Jesum per Mariam !

Monseigneur Augustin Gonon, évêque de Moulins (1869-1942)
in « Un mois à la Sainte Vierge »
Chapitre introductif : « ouverture des exercices »

Trois lys blancs

2020-56. De la solennité de Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle, jadis fête du Patronage de Saint Joseph, célébrée au mercredi de la deuxième semaine après l’Octave de Pâques.

Mercredi de la 2ème semaine après l’Octave de Pâques,
Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle.

Trois lys blancs

Dans les pages de ce blogue (voir > ici), nous avons publié un article traitant de la grande dévotion de Sainte Thérèse de Jésus, réformatrice du Carmel, envers Saint Joseph.
Le Carmel thérésien eut assez vite une fête du Patronage de Saint Joseph dans son calendrier particulier, pour célébrer la protection et la dévotion spéciales du Carmel, héritée de sa sainte réformatrice, et remercier le Patriarche du Nouveau Testament pour toutes ses attentions et prévenances envers l’Ordre.

Le 10 septembre 1847, par un décret nommé « Inclytus Patriarcha Ioseph », le Bienheureux Pie IX étendit à toute l’Eglise latine cette fête du Patronage de saint Joseph, qu’il fixa au troisième dimanche après Pâques sous le rite double de deuxième classe.
Puis, le 8 décembre 1870, par un décret « Urbi et orbi » intitulé « Quemadmodum Deus », dont nous donnons ci-dessous la traduction, ce même Bienheureux Pie IX déclara officiellement Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, et il statua alors que la fête du 19 mars serait désormais célébrée sous le rite double de première classe (mais sans octave, en raison du carême).

En 1911, Saint Pie X changea l’intitulé de cette Fête du Patronage de Saint Joseph qu’il renomma Solennité de Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle, en même temps qu’il la dotait d’une octave commune (le jour de l’octave étant célébré sous le rite double majeur).
Toutefois, en 1913, dans la volonté de « libérer » les dimanches dont la célébration était trop régulièrement empêchée par celle des fêtes de saints, Saint Pie X déplaça cette solennité au mercredi précédant le troisième dimanche après Pâques, puisque selon la dévotion traditionnelle le mercredi est le jour spécialement dédié à Saint Joseph.

En 1955, les réformes entreprises sous le pontificat du Vénérable Pie XII, supprimèrent cette Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, au profit d’une nouvelle fête, dite de « Saint Joseph ouvrier », fixée au 1er mai dans l’espoir de christianiser la « fête du travail » célébrée ce jour-là par les syndicats d’inspiration marxiste.
Cette tentative se solda, n’hésitons pas à le dire, par un lamentable échec, au point que moins de quinze ans plus tard le calendrier de la réforme liturgique post-conciliaire rétrograda de manière significative cette fête du 1er mai en « mémoire facultative » (sic) !!!

En revanche, pour les vétérocalendaires - qui conservent un calendrier liturgique propre et les rubriques  antérieurs à toutes les réformes intervenues depuis 1950 (dont nous sommes) -, la Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, avec son octave, demeurent.

Eglise St Joseph à Angers - Pie IX proclame Saint Joseph patron de l'Eglise universelle

Eglise Saint-Joseph, à Angers :
Pie IX proclame Saint Joseph patron de l’Eglise universelle
(l’Eglise étant représentée sous la figure d’un navire dont le saint Pontife tient le gouvernail)

Armoiries de Pie IX

 Décret « Urbi et orbi » Quemadmodum Deus

Pie IX, Pape pour perpétuelle mémoire

De même que Dieu établit le Patriarche Joseph, fils de Jacob, gouverneur de toute l’Egypte, pour assurer au peuple le froment nécessaire à la vie, ainsi, lorsque furent accomplis les temps où l’Eternel allait envoyer sur la terre Son Fils unique, pour racheter le monde, Il choisit un autre Joseph dont le premier était la figure ; Il l’établit seigneur et prince de Sa maison et de Ses biens ; Il commit à sa garde Ses plus riches trésors.
En effet, Joseph épousa l’Immaculée Vierge Marie, de laquelle, par la vertu du Saint-Esprit, est né Jésus-Christ, qui voulut aux yeux de tous passer pour le fils de Joseph et daigna lui être soumis. Celui que tant de prophètes et de rois avaient souhaité de voir, non seulement Joseph Le vit, mais il conversa avec Lui, il Le pressa dans les bras d’une paternelle tendresse, il Le couvrit de baisers ; avec un soin jaloux et une sollicitude sans égale, il nourrit Celui que les fidèles devaient manger comme le Pain de l’éternelle vie.

En raison de cette dignité sublime, à laquelle Dieu éleva Son très fidèle serviteur, toujours l’Eglise a exalté et honoré Saint Joseph d’un culte exceptionnel, quoique inférieur à celui qu’elle rend à la Mère de Dieu ; toujours, dans les heures critiques, elle a imploré son assistance.
Or, dans les temps si tristes que nous traversons, quand l’Eglise elle-même, poursuivie de tous côtés par ses ennemis, est accablée de si grandes calamités que les impies se persuadent déjà qu’il est enfin venu le temps où les portes de l’enfer prévaudront contre elle (cf. note ci-dessous), les vénérables Pasteurs de l’Univers catholique, en leur nom et au nom des fidèles confiés à leur sollicitude, ont humblement prié le Souverain Pontife qu’il daignât déclarer Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle.

Ces prières ayant été renouvelées plus vives et plus instantes durant le saint concile du Vatican, Notre Saint-Père Pie IX, profondément ému par l’état si lamentable des choses présentes et voulant se mettre, lui et tous les fidèles, sous le très puissant patronage du saint patriarche Joseph, a daigné se rendre aux vœux de tant de vénérables Pontifes.

C’est pourquoi il déclare solennellement Saint Joseph Patron de l’Eglise catholique.

Sa Sainteté ordonne en même temps que la fête du saint, fixée au 19 mars, soit désormais célébrée sous le rite double de première classe, sans octave toutefois, à cause du saint Carême.

Elle a voulu en outre que la présente déclaration fût faite par décret de la Sacrée Congrégation des Rites, en ce jour consacré à la Vierge Immaculée, Mère de Dieu, épouse du très chaste Joseph, et que ce décret ait force de loi, nonobstant toute opposition ou disposition contraire.

S. Congrégation des Rites, Rome,
le 8 décembre 1870

Note : Ce décret du 8 décembre 1870 fait évidemment allusion aux persécutions contre le Saint Siège et le Souverain Pontife menée par la secte maçonnique qui, depuis le milieu du XIXe siècle, a voulu abattre l’Eglise catholique romaine en spoliant les Etats de l’Eglise, garantie de son indépendance depuis Pépin le Bref. Le 20 septembre précédent (cf. > ici), au terme de dix années de combats, et d’invasions progressives du Patrimoine de Saint-Pierre, la ville de Rome a été envahie par les soldats piémontais et le Bienheureux Pie IX s’est, de fait, retrouvé prisonnier dans l’enceinte du Vatican.

Pie IX place l'Eglise sous le patronage de Saint Joseph - église de Saint-Ouën-des-Toits

Le Bienheureux Pie IX plaçant l’Eglise universelle sous le patronage de Saint Joseph
(église de Saint-Ouën des Toits – Bas Maine, diocèse de Laval)

On trouvera dans les pages de ce blogue :
- La BD « Ite ad Joseph » > ici
- Le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle » > ici
- Les salutations à Saint Joseph composées par Saint Jean Eudes > ici
- D’autres prières à Saint Joseph, dont la prière spéciale publiée par Léon XIII marquant son patronage sur l’Eglise universelle > ici

Trois lys blancs

2020-55. De Saint Pierre Canisius, théologien du concile de Trente, modèle des catéchistes, second apôtre de l’Allemagne, & Docteur de l’Eglise.

27 avril,
Fête de Saint Pierre Canisius, confesseur et docteur de l’Eglise.

Voici la catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrée à Saint Pierre Canisius, délivrée lors de l’audience pontificale générale du mercredi 9 février 2011.

St Pierre Canisius catéchisant

Saint Pierre Canisius catéchisant

Chers frères et sœurs,

Je voudrais vous parler aujourd’hui de saint Pierre Kanis, Canisius, forme latinisée de son nom de famille, une figure très importante du XVIe siècle catholique.
Il était né le 8 mai 1521 à Nimègue, en Hollande. Son père était bourgmestre de la ville. Alors qu’il était étudiant à l’université de Cologne, il fréquenta les moines chartreux de Sainte-Barbara, un centre dynamique de vie catholique, ainsi que d’autres hommes pieux qui cultivaient la spiritualité dite devotio moderna. Il entra dans la Compagnie de Jésus le 8 mai 1543 à Mayence (Rhénanie-Palatinat), après avoir suivi un cours d’exercices spirituels sous la direction du bienheureux Pierre Favre, Petrus Faber, l’un des premiers compagnons de saint Ignace de Loyola. Ordonné prêtre en juin 1546 à Cologne, dès l’année suivante, comme théologien de l’évêque d’Augsburg, le cardinal Otto Truchsess von Waldburg, il participa au Concile de Trente, où il collabora avec deux confrères, Diego Laínez et Alfonso Salmerón.

En 1548, saint Ignace lui fit terminer sa formation spirituelle à Rome et l’envoya ensuite au Collège de Messine pour accomplir d’humbles travaux domestiques.
Ayant obtenu à Bologne un doctorat en théologie le 4 octobre 1549, il fut destiné par saint Ignace à l’apostolat en Allemagne. Le 2 septembre de cette même année, 1549, il rendit visite au Pape Paul III à Castel Gandolfo, puis se rendit dans la basilique Saint-Pierre pour prier. Là, il implora l’aide des grands saints apôtres Pierre et Paul, afin qu’ils accordent une efficacité permanente à la Bénédiction Apostolique pour son grand destin, pour sa nouvelle mission. Dans son journal, il note certaines phrases de cette prière. Il dit : « J’ai alors ressenti qu’un grand réconfort et que la présence de la grâce m’étaient accordés au moyen de ces intercesseurs [Pierre et Paul]. Ils confirmaient ma mission en Allemagne et semblaient me transmettre, comme apôtre de l’Allemagne, le soutien de leur bienveillance. Tu sais, Seigneur, de combien de façons et combien de fois en ce même jour Tu m’as confié l’Allemagne pour laquelle, par la suite, je continuerais à être sollicité, pour laquelle je désirerais vivre et mourir ».

Nous devons tenir compte du fait que nous nous trouvons à l’époque de la Réforme luthérienne, au moment où la foi catholique dans les pays de langue germanique, face à l’attraction de la Réforme, semblait s’éteindre.
Le devoir de Pierre Canisius, chargé de revitaliser, de renouveler la foi catholique dans les pays germaniques, était presque impossible. Il n’était possible que par la force de la prière. Il n’était possible qu’à partir du centre, c’est-à-dire d’une profonde amitié personnelle avec Jésus Christ ; une amitié avec le Christ dans Son Corps, l’Eglise, qui doit être nourrie dans l’Eucharistie, Sa Présence Réelle.

En suivant la mission reçue par Ignace et par le Pape Paul III, Pierre Canisius partit pour l’Allemagne et se rendit avant tout dans le duché de Bavière, qui pendant de nombreuses années, fut le lieu de son ministère. En tant que doyen, recteur et vice-chancelier de l’université d’Ingolstadt, il s’occupa de la vie académique de l’Institut et de la réforme religieuse et morale du peuple. A Vienne, où, pendant une brève période, il fut administrateur du diocèse, il accomplit son ministère pastoral dans les hôpitaux et dans les prisons, tant en ville que dans les campagnes, et prépara la publication de son Catéchisme. En 1556, il fonda le Collège de Prague et, jusqu’en 1569, il fut le premier supérieur de la province jésuite de l’Allemagne supérieure.

Dans le cadre de cette charge, il établit dans les pays germaniques un réseau étroit de communautés de son Ordre, en particulier de collèges, qui devinrent des points de départ pour la réforme catholique, pour le renouveau de la foi catholique. A cette époque, il participa également au colloque de Worms avec les dirigeants protestants, parmi lesquels Philip Mélanchthon (1557) ; il exerça la fonction de nonce pontifical en Pologne (1558) ; il participa aux deux Diètes d’Augsbourg (1559 et 1565) ; il accompagna le cardinal Stanislas Hozjusz, légat du Pape Pie IV auprès de l’empereur Ferdinand (1560) ; il intervint à la session finale du Concile de Trente, où il parla de la question de la Communion sous les deux espèces et de l’index des livres interdits (1562).

En 1580, il se retira à Fribourg en Suisse, en se consacrant totalement à la prédication et à la composition de ses œuvres, et c’est là qu’il mourut le 21 décembre 1597.
Béatifié par le bienheureux Pie IX en 1864, il fut proclamé en 1897 le deuxième Apôtre de l’Allemagne par le Pape Léon XIII, et canonisé et proclamé Docteur de l’Eglise par le Pape Pie XI en 1925.

Saint Pierre Canisius passa une bonne partie de sa vie au contact des personnes les plus importantes socialement de son époque et exerça une influence particulière par ses écrits.
Il fut l’éditeur des œuvres complètes de saint Cyrille d’Alexandrie et de saint Léon le Grand, des Lettres de saint Jérôme et des Oraisons de saint Nicolas de Flüe. Il publia des livres de dévotion en plusieurs langues, les biographies de plusieurs saints suisses et de nombreux textes d’homilétique.
Mais ses écrits les plus répandus furent les trois Catéchismes composés entre 1555 et 1558. Le premier Catéchisme était destiné aux étudiants en mesure de comprendre des notions élémentaires de théologie ; le deuxième aux jeunes du peuple pour une première instruction religieuse ; le troisième aux jeunes ayant une formation scolaire de niveau secondaire et supérieur. La doctrine catholique était exposée sous forme de questions et réponses, brièvement, dans des termes bibliques, avec une grande clarté et sans accents polémiques. Rien que de son vivant, on dénombrait déjà 200 éditions de ce Catéchisme ! Et des centaines d’éditions se sont succédé jusqu’au XXe siècle. Ainsi en Allemagne, les personnes de la génération de mon père appelaient encore le Catéchisme simplement le Canisius : il est réellement le catéchiste à travers les siècles, il a formé la foi de personnes pendant des siècles.

C’est bien une caractéristique de saint Pierre Canisius : savoir composer harmonieusement la fidélité aux principes dogmatiques avec le respect dû à chaque personne. Saint Canisius a fait la distinction entre l’apostasie consciente, coupable, de la foi, et la perte de la foi non coupable, du fait des circonstances. Et il a déclaré, à l’égard de Rome, que la plupart des Allemands passés au protestantisme étaient sans faute. A un moment historique de fortes oppositions confessionnelles, il évitait — c’est quelque chose d’extraordinaire — l’âpreté et la rhétorique de la colère — quelque chose de rare comme je l’ai dit en ces temps de débats entre chrétiens, — et il visait uniquement à la présentation des racines spirituelles et à la revitalisation de la foi dans l’Eglise. C’est à cela que servit la connaissance vaste et profonde qu’il avait des Ecritures Saintes et des Pères de l’Eglise : cette même connaissance sur laquelle s’appuya sa relation personnelle avec Dieu et l’austère spiritualité qui lui venait de la devotio moderna et de la mystique rhénane.

La spiritualité de saint Canisius se caractérise par une profonde amitié personnelle avec Jésus. Il écrit, par exemple, le 4 septembre 1549 dans son journal, parlant avec le Seigneur : «Toi, à la fin, comme si Tu m’ouvrais le Cœur du Très Saint Corps, qu’il me semblait voir devant moi, Tu m’as commandé de boire à cette Source, en m’invitant pour ainsi dire à puiser les eaux de mon salut à Tes sources, ô mon Sauveur». Puis il voit que le Sauveur lui donne un vêtement en trois parties qui s’appellent paix, amour et persévérance. Et avec ce vêtement composé de paix, d’amour et de persévérance, Canisius a mené son œuvre de renouveau du catholicisme. Son amitié avec Jésus — qui est au centre de sa personnalité — nourrie par l’amour de la Bible, par l’amour du Sacrement, par l’amour des Pères, cette amitié était clairement unie avec la conscience d’être dans l’Eglise un continuateur de la mission des Apôtres. Et cela nous rappelle que chaque évangélisateur authentique est toujours un instrument uni — et cela même le rend fécond — avec Jésus et avec Son Eglise.

Saint Pierre Canisius s’était formé à l’amitié avec Jésus dans le milieu spirituel de la Chartreuse de Cologne, dans laquelle il était en contact étroit avec deux mystiques chartreux : Johann Lansperger, latinisé en Lanspergius, et Nicolas van Hesche, latinisé en Eschius. Il approfondit par la suite l’expérience de cette amitié, familiaritas stupenda nimis, avec la contemplation des mystères de la vie de Jésus, qui occupent une grande partie des Exercices spirituels de saint Ignace. Son intense dévotion au Cœur du Seigneur, qui atteint son sommet dans la consécration au ministère apostolique dans la Basilique vaticane, trouve ici son fondement.

Dans la spiritualité christocentrique de saint Pierre Canisius s’enracine une conviction profonde : il n’y a pas d’âme soucieuse de sa propre perfection qui ne pratique chaque jour la prière, l’oraison mentale, moyen ordinaire qui permet au disciple de Jésus de vivre dans l’intimité du Maître divin. C’est pourquoi, dans les écrits destinés à l’éducation spirituelle du peuple, notre saint insiste sur l’importance de la liturgie avec ses commentaires des Evangiles, des fêtes, du rite de la Messe et des autres sacrements, mais, dans le même temps, il a soin de montrer aux fidèles la nécessité et la beauté de la prière personnelle qui accompagne et imprègne la participation au culte public de l’Eglise.

Il s’agit d’une exhortation et d’une méthode qui conservent leur valeur intacte [...] : la vie chrétienne ne croît pas si elle n’est pas nourrie par la participation à la liturgie, de manière particulière à la Messe dominicale, et par la prière personnelle quotidienne, par le contact personnel avec Dieu. Parmi les mille activités et les multiples stimulations qui nous entourent, il est nécessaire de trouver chaque jour des moments de recueillement devant le Seigneur pour l’écouter et parler avec Lui.

Dans le même temps, l’exemple que saint Pierre Canisius nous a laissé, non seulement dans ses œuvres, mais surtout à travers sa vie, est toujours actuel et d’une valeur permanente. Il enseigne avec clarté que le ministère apostolique n’est incisif et ne produit des fruits de salut dans les cœurs que si le prédicateur est un témoin personnel de Jésus et sait être un instrument à sa disposition, étroitement uni à Lui par la foi dans Son Evangile et dans Son Eglise, par une vie moralement cohérente et par une prière incessante comme l’amour. Et cela vaut pour chaque chrétien qui veut vivre avec engagement et fidélité son adhésion au Christ [...].

Armoiries de Benoît XVI

2020-53. De l’interdit jeté sur le Royaume de France.

Mercredi 22 avril 2020.

Tiare et clefs

Qu’est ce que la peine canonique appelée « interdit » ?

Parmi les sanctions pénales dont la Sainte Eglise peut user, en vertu de son droit propre,
- soit afin de permettre une conversion et une guérison spirituelle,
- soit pour favoriser l’expiation d’une faute grave et la réparer,
se trouve la peine que l’on nomme en français « interdit » (en latin : interdictum).

Cette sentence ecclésiastique, différente de l’excommunication, prive d’un certain nombre de biens spirituels et, en particulier, elle interdit la célébration publique du culte et des sacrements,
- a) dans un lieu donné : une ville, une province ou un pays tout entier : il s’agit alors d’un « interdit local » ou « interdit territorial » ;
- b) pour une personne ou un groupe de personnes : tel clerc ou tel laïc, ou tel groupe de fidèles (une paroisse, une communauté religieuse) : en ce cas il s’agit d’un « interdit personnel ».

Les expressions qui sont liées à cette sanction sont : « être frappé d’interdit », « jeter l’interdit sur une ville (ou un royaume) », « lancer l’interdit », « lever l’interdit »…

L’interdit peut être fulminé par le Pontife romain ou par un évêque (dans le cadre de sa juridiction particulière).
Relativement fréquent au Moyen-Age, la pratique en a été fermement maintenue par le concile de Trente et par le code de droit canonique de 1917, tandis que le code de 1983 (canon 1332) semble ignorer l’interdit local et ne plus mentionner que brièvement l’interdit personnel en renvoyant aux mêmes défenses que celles qui sont faites aux excommuniés (canon 1331).

Jusqu’à la réception de l’absolution et à la sentence de levée de l’interdit, il a pour effet la privation des biens spirituels : défense de participer à la Sainte Messe, de recevoir tous les sacrements et sacramentaux, d’assister et à toutes les cérémonies du culte public, et privation de la sépulture en terre bénite. 

Vasari-1573- Excommunication de Frédéric II par Grégoire IX

Giorgio Vasari : Grégoire IX jetant l’interdit sur Frédéric II de Hohenstaufen (fresque de 1573)

Conséquences d’un interdit local :

Normalement, l’interdit territorial suspend donc toute la vie religieuse d’une localité, d’une région, voire d’un royaume.
Aux âges de foi, cet arrêt du culte public et cette impossibilité de recevoir les sacrements et sacramentaux était perçue comme une véritable catastrophe, non seulement pour les individus mais pour toute la société : et c’en est une en vérité, puisque, du fait de l’interdit, une portion entière du « peuple de Dieu » se trouve coupée des sources de la grâce et, en quelque manière, soumise à une malédiction, à une réprobation divine !

Dans un lieu frappé d’interdit, les enfants ne peuvent plus être baptisés à l’église,  et donc – s’ils meurent sans baptême – ils sont privés de la vision divine – ; les mourants ne peuvent recevoir l’extrême-onction et, s’ils meurent en état de péché grave et sans un repentir personnel suffisant, ils risquent fort de tomber en enfer ; la confirmation ne peut être donnée, les mariages ne peuvent être célébrés et les ordinations sont différées…
La menace de l’interdit devenait de fait un moyen de pression très puissant que l’Église catholique brandissait pour obliger une autorité laïque à lui obéir ou à s’amender : un prince ou un roi chrétien dont le territoire est frappé d’interdit risque fort de voir ses peuples se révolter contre son autorité, en effet.

Tant que durait l’interdit, les églises étaient fermées (il arrivait que leur portail principal fut obstrué par des branchages), les cimetières étaient eux aussi fermés et les cérémonies de sépulture n’y pouvaient avoir lieu : même les réunions où s’assemblaient les paroissiens pour décider des affaires du village étaient empêchées puisque, la plupart du temps, elles se tenaient soit dans les cimetières, soit sous le préau de l’église, soit encore dans l’église elle-même.
Les cloches ne sonnaient plus (on allait parfois jusqu’à retirer leurs battants ou à les descendre du clocher) ce qui signifie non seulement que leur « voix » consacrée – qui a valeur d’exorcisme « contre les esprits de malice répandus dans les airs » (Eph. VI, 12) -, ne sanctifiait plus le rythme des journées, mais qu’on n’avait plus le moyen d’informer des décès de la communauté (glas) ou d’alerter la population en cas de danger (tocsin). 

À partir du règne du pape Martin V (1417-1431), la discipline théorique de l’interdit fut un peu assouplie : il fut autorisé de donner les derniers sacrements aux mourants, de marquer les grandes fêtes religieuses, et même de célébrer la Sainte Messe dans l’église, mais sans solennité et les portes étant closes.

excommunication de Robert II

« L’excommunication de Robert II »,
ici représentée par Jean-Paul Laurens en 1875
est en réalité est un fait légendaire

L’interdit jeté sur la France au mois de mars 2020 :

Le royaume de France fut parfois frappé d’interdit.
Certaines notices historiques (et de nombreuses illustrations) prétendent que ce fut le cas sous Robert II, dit le Pieux, dont ils assurent aussi qu’il fut excommunié : en réalité son excommunication ne fut jamais promulguée et la vie religieuse du Royaume de France ne fut pas affectée par les conséquences du désaccord du souverain avec le pape Grégoire V.
Cependant ce fut bien le cas 
en 1141, dans un conflit qui opposa Louis VII le Jeune au pape Innocent II, et en 1200 sous le règne de Philippe II Auguste alors en opposition avec le pape Innocent III.
E
n 1303, dans sa querelle avec Philippe IV, le sinistre Boniface VIII le menaça d’excommunication et de jeter l’interdit sur son royaume, mais cela resta à l’état de menaces.

En revanche, et bien que le code de droit canonique aujourd’hui en vigueur ne parle plus de l’interdit local, la situation actuelle, en France (et dans beaucoup d’autres contrées), s’apparente réellement à celle d’un pays sur lequel aurait été jeté l’interdit.
En effet, devançant et exagérant les mesures restrictives édictées par le gouvernement, les évêques de France dans une grande majorité ont pris des dispositions qui reviennent à l’interdiction pure et simple du culte public.

Si les prêtres restent autorisés à célébrer la Sainte Messe, ce ne peut être qu’en privé (et donc souvent à huis-clos), sans sonnerie de cloches l’annonçant, et sans que les fidèles soient autorisés à y assister.
Les églises restent théoriquement ouvertes, mais on n’y célèbre aucun sacrement : pas de baptême solennel (je connais néanmoins des cas d’ondoiements accomplis à la naissance, mais les autres cérémonies du baptême devront être célébrées après le confinement), plus de cérémonies de confirmation, plus de mariages religieux, plus d’ordinations…
Je pourrais citer des noms d’évêques qui, déployant plus de zèle à persécuter les bons pasteurs qu’à combattre l’hérésie et les désordres de leurs diocèses, se sont déchaînés contre des prêtres qui – bien qu’ils respectassent les fameux « gestes barrière » dont on nous rebat les oreilles – continuaient à confesser, et donnaient la Sainte Communion aux fidèles qui la leur demandaient.
L’écrasante majorité des mourants passe de vie à trépas sans le secours des derniers sacrements (d’ailleurs beaucoup de prêtres de l’ « Eglise conciliaire », si on me permet cette expression, ne pensent même pas qu’ils puissent proposer la confession, la communion et l’extrême-onction à ceux qui vont mourir et dont ils ont charge d’âme, parce qu’ils n’imaginent pas le « sacrement des malades » autrement qu’en cérémonies collectives célébrées à l’église avec des gens plutôt en bonne santé : cherchez l’erreur !), et les funérailles – même en présence d’un prêtre – sont célébrées sans messe, à la va-vite, souvent directement dans les cimetières (lesquels ont été désacralisés par la loi anticatholique du 14 novembre 1881).

Oui, la situation de notre France, en ces jours-ci, est bien comparable à celle d’un royaume sur lequel on aurait jeté l’interdit : et cela non pas pour contraindre un pouvoir impie à se soumettre aux lois divines, mais par pure complaisance envers l’impiété du dit pouvoir, et par couardise !
Sans doute, la plupart du temps, les tristes sires mitrés ne savent-ils que trop que s’ils font preuve d’un peu trop de zèle religieux et de résistance à la république maçonnique, ils risquent de voir ressortir de derrière les fagots et jeter en pâture à l’opinion publique quelques bonnes vieilles sordides histoires de mœurs ou encore l’une de ces innombrables magouilles financières dont les diocèses sont devenus les nids : de là le profil bas adopté par bien des évêques, qui choisissent de filer doux plutôt que d’être persécutés pour la justice !

En attendant, depuis ce très triste troisième dimanche de carême 15 mars 2020, moi qui, dans mon ermitage (ma « Principauté monastique »), demeure un privilégié car je n’y souffre pas de « pénurie spirituelle », je vois croître la détresse et la souffrance des âmes fidèles, des âmes pieuses, des âmes ferventes, qui, malgré leurs efforts pour maintenir, avec toutes les possibilités offertes par les progrès des moyens modernes de communication – certes appréciables mais qui ne peuvent néanmoins remplacer l’assistance à la Messe et la réception des sacrements -, ainsi que la tristesse et la douleur des bons prêtres qui ont charge d’âmes et se trouvent brimés par ceux-là même qui, s’ils étaient vraiment catholiques, devraient les soutenir et les défendre, dans leur zèle sacerdotal…

De la prolongation de l’interdit sur ce Royaume, délivrez-nous, Seigneur !
De la couardise des chefs religieux, délivrez-nous, Seigneur !
De la malignité d’un pouvoir imbécile, délivrez-nous, Seigneur !
De l’apostasie pratique de l’Occident, délivrez-nous, Seigneur !

Parce Domine parce populo tuo

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