Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2016-30. La folle charité.

Samedi 23 avril 2016,
Fête de Saint Georges de Lydda.

Une fois de plus, nous devons au site « Benoît et moi » une remarquable publication à laquelle nous applaudissons de tout notre coeur. Et puisque notre amie Béatrice, qui a créé et anime ce site avec une sagacité acérée et un courage quotidien, nous en a donné l’autorisation, nous reprenons avec plaisir dans nos pages cet excellent texte de Juan-Manuel de Prada (auteur déjà cité et présenté > ici), traduit et annoté par Carlota.
Nous sommes d’autant plus heureux de ces très pertinentes remarques de Juan-Manuel de Prada que nous-mêmes, au Mesnil-Marie, avons relu tout dernièrement « Orthodoxie », l’ouvrage de Chesterton auquel il est ici fait référence, justement pour approfondir sa réflexion sur les « vertus chrétiennes devenues
folles »
, dans la perspective de publier quelque chose à ce sujet. Comme Juan-Manuel de Prada s’en est acquitté avec son brio coutumier, nous n’avons plus qu’à lui céder la parole…

pleurant

La folle charité.

Chesterton nous avait avertis que le mode moderne était envahi par les vieilles vertus chrétiennes devenues folles.
Et comment les vertus peuvent-elles devenir folles ? Elles deviennent folles quand elles sont isolées les unes des autres. Ainsi, par exemple, la charité chrétienne devient une folle vertu quand elle se sépare de la vérité, ou, dit d’une manière plus explicite, quand les œuvres de miséricorde corporelles s’opposent aux œuvres de miséricorde spirituelles.
Sur ce danger-là, Donoso Cortés nous avait déjà avertis, prophétisant qu’une Église qui se contenterait de s’occuper des besoins corporels des pauvres finirait pas être un instrument au service du monde qui, en même temps qu’il se montre soucieux de procurer du bien-être à ceux qui dépendent de lui, a comme préoccupation, à la base, de détruire leurs âmes.
Une Église qui serait vivement désirée pour les besoins matériels des hommes (en leur donnant le vivre et le couvert, par exemple) et ne se préoccuperait pas d’assurer le salut de leurs âmes immortelles, aurait cessé d’être l’Église, pour devenir un instrument du monde, un monde qui évidemment applaudirait à tout rompre cet activisme déboussolé.

Pour mieux comprendre les effets de cette folle charité que le monde applaudit, il convient d’avoir recours, plutôt qu’à certains théologiens grenouilles de bénitier (qui nous offriront une version sirupeuse de la charité complètement étrangère au sens extrême de cette vertu théologale), au film « Viridiana » (*), du bouffeur de curés Luis Buñuel, car les bouffeurs de curés sont toujours meilleurs théologiens que les grenouilles de bénitier. 

Dans le film de Buñuel, la protagoniste – Viridiana – se sentant coupable de la mort de son oncle, renonce à être religieuse cloîtrée et, à la place, elle décide d’accueillir chez elle un groupe de mendiants et de vagabonds à qui elle offre le vivre et le couvert (œuvres de miséricorde corporelles), en négligeant le salut de leurs âmes (œuvres de miséricorde spirituelles, qu’elle aurait peut-être assurées plus efficacement avec sa prière, dans la clôture de son couvent).
Inévitablement les mendiants et les vagabonds vont faire croire d’une manière pharisienne que la folle et activiste charité de Viridiana la sotte, les a rendus tout gentils, mais dès que l’opportunité leur est offerte, ils vont agresser et voler leur bienfaitrice ; et en même temps qu’ils commettront des vandalismes divers, ils en rajouteront en se moquant d’une manière sacrilège de sa foi, en improvisant un dîner orgiaque durant lequel ils parodieront la Dernière Cène. 

C’est le minimum que mérite celui qui fait de la charité un activisme déboussolé, en faisant entrer l’ennemi dans la maison.
Et encore avec Viridiana, dans sa culture de la folle charité, le péché d’exhibitionnisme n’est même pas commis, ce péché qui est aujourd’hui le décor préféré de la folle charité. Un exhibitionnisme qui est réalisé devant les caméras, dans une parodie choquante et sacrilège de ce que le Christ a prédit dans le Sermon de la Montagne : « Soyez attentif à ne pas faire votre justice devant les hommes pour qu’ils vous voient » ; « Quand tu donne une aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait la droite », etc. C’est que toute la prédication de Jésus est un combat sans trêve contre l’ostentation des vertus (qui, lorsqu’elles sont montrées, cessent de l’être en tant que telles) et contre ceux qui ont fait de leur ostentation pharisienne un modus vivendi.

L’authentique charité chrétienne regarde d’abord au salut de l’âme du nécessiteux ; et une fois celle-ci assurée, il s’occupe de ses besoins corporels. C’est ce que fait Saint Paul avec Onésime, l’esclave païen qu’il se charge d’abord de convertir au christianisme et de baptiser ; et qu’il envoie, une fois le salut de son âme assuré, à Philémon, pour qu’il l’accueille chez lui. 
Inverser ce processus (ou retarder sine die ce que Saint Paul s’est préoccupé de faire en premier lieu et sans retard) est une folle charité qu’évidemment le monde va applaudir à tout rompre.

Juan-Manuel de Prada.

Viridiana - le dîner des gueux

Le dîner des gueux dans le film « Viridiana ».

(*) Note de Carlota : « Viridiana » (1961) est le premier film que Luis Buñuel a tourné en Espagne, après son passage à Hollywood (1938-1941) puis son installation au Mexique, et avec dans la distribution des plus célèbres acteurs de l’Espagne franquiste, tant avant qu’après la sortie du film primé à Cannes et son interdiction en Espagne. Il s’agit d’une adaptation d’une œuvre du très prolifique romancier espagnol Benito Pérez Galdos (1843-1920), transposé au monde contemporain. La Jeune Viridiana (joué par l’actrice mexicaine Silvia Pinal), sur le point de devenir religieuse, doit rendre visite à son oncle (Fernando Rey) qui lui a payé ses études. Lors du séjour, l’oncle, impressionné par la ressemblance de sa nièce avec sa défunte épouse, l’endort et tente de la violer, mais finalement y renonce. Mais pour la garder avec lui, il lui fait croire qu’elle ne peut plus être religieuse car il l’a possédée pendant son sommeil, ce qui fait encore plus fuir sa nièce. L’oncle se suicide. La nièce qui se sent coupable, renonce à devenir religieuse et revient au domaine pour pratiquer la charité, en accueillant des gueux auxquels elle offre le vivre et le couvert mais ils l’attaquent et la volent. Survient alors Jorge (Francisco Rabal), le fils naturel de l’oncle qui prend en mains le domaine. L’histoire se termine par un ménage à trois suggéré entre la gouvernante, la nièce et son cousin jouant aux cartes.

pleurant

2016-28. « Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril, la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent où conduit la route et qui m’aident à la trouver. »

Samedi 16 avril 2016,
Fête de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > ici),
Mémoire de Sainte Marie-Bernard Soubirous.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En sus des célébrations liturgiques de ce jour, il y a un anniversaire bien cher à notre coeur que nous ne devons ni oublier, ni passer sous silence : je veux parler du quatre-vingt-neuvième anniversaire de la naissance et du baptême de notre cher et vénéré Pape Benoît XVI.

Quatre-vingt-neuf ans accomplis ce 16 avril 2016 !
Cher, très cher Pape Benoît XVI
J’aimerais pouvoir m’agenouiller encore une fois devant vous, prendre vos mains, les baiser avec effusion, et les sentir encore une fois se poser sur ma tête…
J’aimerais pouvoir vous dire ceci :
« Très Saint Père,
vous commencez votre nonantième année sur cette terre.
Sans doute vous est-il permis de vous sentir fatigué et de sentir tout le poids de l’exil… mais - dans votre très douce compassion et votre paternelle sollicitude pour nous – , acceptez que la divine Providence vous laisse encore au milieu de nous, même si votre présence est si discrète…
Ne vous pressez pas de quitter cette vallée de larmes : nous avons encore tellement besoin de vous !
La Sainte Eglise a encore besoin de vous !
Dans le silence et la solitude priants qui sont les vôtres depuis trois ans, nos coeurs n’ont cessé de vous accompagner par une gratitude fervente, et de vous être proches, unis spirituellement dans la supplication et dans l’embrassement de la Croix…
Acceptez ces voeux fidèles, des voeux qui sont plus que jamais des prières : ad multos annos !… »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Benoît XVI le 31 mars 2016

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI pris en photo le 31 mars 2016
lorsqu’il a rencontré un groupe de pèlerins Ratisbonne.

Nous sommes plus que reconnaissants à notre amie Béatrice, qui dirige avec courage et avec une persévérante fidélité quotidienne le site Benoît et moi, d’avoir su, à l’occasion de ce 16 avril 2016, découvrir pour nous la faire découvrir à nous aussi une très belle homélie « privée » prononcée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI devant des cardinaux et des amis bavarois, en 2012, à l’occasion de son anniversaire.
Nous sommes d’autant plus touchés par les paroles que prononça alors le Saint Père que nous sommes nous-mêmes ici, au Mesnil-Marie, particulièrement dévots à Saint Benoît-Joseph Labre, à Sainte Marie-Bernard Soubirous et au mystère du Samedi Saint.

Publication originale sur Benoit et Moi > ici.

« Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril,
la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent
où conduit la route et qui m’aident à la trouver. » 

Messieurs les cardinaux,
chers frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
chers frères et sœurs,

Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril, la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent où conduit la route et qui m’aident à la trouver.
En premier lieu, il y a la mémoire de sainte Bernadette Soubirous, la voyante de Lourdes ; puis il y a l’un des saints les plus particuliers de l’histoire de l’Eglise, Benoît-Joseph Labre ; et puis surtout, il y a le fait que ce jour est toujours plongé dans le Mystère pascal, dans le Mystère de la Croix et de la Résurrection et l’année de ma naissance, il a été exprimé de façon particulière : c’était le Samedi Saint, le jour du silence de Dieu, de l’apparente absence, de la mort de Dieu, mais également le jour où l’on annonçait la Résurrection.

Bernadette Soubirous, la jeune fille simple du sud, des Pyrénées — nous la connaissons et l’aimons tous. Bernadette a grandi dans la France du siècle des Lumières du XIXe siècle, dans une pauvreté difficilement imaginable. La prison, qui avait été abandonnée car trop insalubre, devint à la fin — après quelques hésitations — la demeure de la famille, dans laquelle elle passa son enfance. Il n’y avait pas la possibilité de recevoir une formation scolaire, uniquement un peu de catéchisme pour la préparation à la première communion. Mais précisément cette jeune fille simple, qui était restée pure et droite dans son cœur, avait le cœur qui voyait, était capable de voir la Mère du Seigneur et en Elle le reflet de la beauté et de la bonté de Dieu. A cette enfant, Marie pouvait se montrer et à travers elle parler au siècle et au-delà même du siècle. Bernadette savait voir, avec un cœur pur et authentique. Et Marie lui indique la source : elle peut découvrir la source, l’eau vive, pure et incontaminée ; une eau qui est vie, une eau qui donne pureté et santé. Et à travers les siècles, désormais, cette eau vive est un signe qui vient de Marie, un signe qui indique où se trouvent les sources de la vie, où nous pouvons nous purifier, où nous trouvons ce qui est incontaminé. A notre époque, à laquelle nous voyons le monde si essoufflé et dans lequel se fait ressentir la nécessité de l’eau, de l’eau pure, ce signe est d’autant plus grand. De Marie, de la Mère du Seigneur, du cœur pur provient également l’eau pure, authentique, qui donne la vie, l’eau qui dans ce siècle — et dans les siècles à venir — nous purifie et nous guérit.

Je pense que nous pouvons considérer cette eau comme une image de la vérité que nous rencontrons dans la foi: la vérité non pas simulée, mais incontaminée. En effet, pour pouvoir vivre, pour pouvoir devenir purs, nous avons besoin qu’existe en nous la nostalgie de la vie pure, de la vérité non déformée, de ce qui n’est pas contaminé par la corruption, d’être des hommes sans tâche. Voilà que ce jour, cette petite sainte, a toujours été pour moi un signe qui m’a indiqué d’où provient l’eau vive dont nous avons besoin — l’eau qui nous purifie et nous donne la vie — et un signe de ce que nous devrions être : avec tout le savoir et toutes les capacités, qui sont pourtant nécessaires, nous ne devons pas perdre le cœur simple, le regard simple du cœur, capable de voir l’essentiel, et nous devons toujours prier le Seigneur afin que nous conservions en nous l’humilité qui permet au cœur de demeurer clairvoyant — de voir ce qui est simple et essentiel, la beauté et la bonté de Dieu — et de trouver ainsi la source dont provient l’eau qui donne la vie et purifie.

Ensuite, il y a Benoît-Joseph Labre, le pieux pèlerin mendiant du XVIIIe siècle qui, après plusieurs tentatives inutiles, trouve finalement sa vocation de partir en pèlerinage comme mendiant — sans rien, sans aucun soutien et en ne gardant rien pour lui de ce qu’il recevait, si ce n’est ce dont il avait strictement besoin — , partir en pèlerinage à travers toute l’Europe, dans tous les sanctuaires de l’Europe, de l’Espagne jusqu’à la Pologne, et de l’Allemagne jusqu’à la Sicile : un saint vraiment européen ! Nous pouvons également dire : un saint un peu particulier qui, en mendiant, vagabonde d’un sanctuaire à l’autre et ne veut rien faire d’autre que prier et, avec cela, rendre témoignage à ce qui compte dans cette vie : Dieu. Il ne représente bien sûr pas un exemple à diffuser, mais il est un indicateur, un doigt tendu vers l’essentiel. Il nous montre que Dieu suffit à lui seul ; qu’au-delà de ce qu’il peut y avoir dans ce monde, au-delà de nos nécessités et de nos capacités, ce qui compte, l’essentiel est de connaître Dieu. Lui seul suffit. Et ce « seulement Dieu », il nous l’indique de manière dramatique. Et dans le même temps, cette vie réellement européenne qui, de sanctuaire en sanctuaire, embrasse tout le continent européen, rend évident que celui qui s’ouvre à Dieu, ne se retire pas du monde et des hommes, mais trouve au contraire des frères, car Dieu fait tomber les frontières, Dieu seul peut éliminer les frontières car grâce à Lui nous sommes tous frères, nous faisons partie les uns des autres; il nous montre que l’unicité de Dieu signifie, à la fois, la fraternité et la réconciliation des hommes, l’élimination des frontières qui nous unit et nous guérit. Ainsi, c’est un saint de la paix, précisément dans la mesure où c’est un saint sans aucune exigence, qui meurt pauvre de tout et qui est pourtant béni par chaque chose.

Et enfin, il y a le Mystère pascal. 
Le jour même où je suis né, grâce à la bienveillance de mes parents, je suis aussi rené par l’eau et par l’Esprit, comme nous venons de l’entendre dans l’Evangile. 
En premier lieu, il y a le don de la vie que mes parents m’ont fait à une époque très difficile, et pour lequel je dois les remercier. Mais il n’est pas évident que la vie de l’homme soit un don en soi. Peut-elle vraiment être un beau don ? Savons-nous ce qui pèse sur l’homme à cette époque sombre qui s’ouvre à lui — également à l’époque plus lumineuse qui pourra venir ? Pouvons-nous prévoir quelles difficultés, quels événements terribles il affrontera ? Est-il juste de donner la vie ainsi, simplement ? Cela est-il responsable ou trop incertain ? Il s’agit d’un don problématique, s’il reste tel quel. La vie biologique en soi est un don, et pourtant elle est entourée par une profonde question. Elle ne devient un vrai don que si, avec celle-ci, on peut donner une promesse qui est plus forte que toute mésaventure qui peut nous menacer, si celle-ci est plongée dans une force qui garantit que cela est un bien d’être homme, que pour cette personne, tout ce que l’avenir apporte est un bien. Ainsi, à la naissance doit être associée la renaissance, la certitude que, en vérité, c’est un bien d’être là, car la promesse est plus forte que les menaces. Tel est le sens de la renaissance de l’eau et de l’Esprit : être plongés dans la promesse que Dieu seul peut faire : c’est un bien que tu sois là, et tu peux en être certain, quoi qu’il arrive. J’ai pu vivre de cette certitude, rené de l’eau et de l’esprit. Nicodème demande au Seigneur : « Un vieux peut-il renaître ? ». Or, la renaissance nous est donnée dans le baptême, mais nous devons sans cesse croître dans celle-ci, nous devons toujours à nouveau nous laisser plonger par Dieu dans sa promesse, pour être vraiment renés dans la nouvelle grande famille de Dieu qui est plus forte que toutes les faiblesses et que toutes les puissances négatives qui nous menacent. C’est pourquoi aujourd’hui est un jour de grande action de grâces.

Le jour où j’ai été baptisé, comme je l’ai dit, c’était le Samedi Saint. On avait encore l’usage à cette époque d’anticiper la Veillée pascale dans la matinée, qui serait encore suivie par l’obscurité du Samedi Saint, sans l’Alléluia. Il me semble que ce singulier paradoxe, cette singulière anticipation de la lumière en un jour obscur, peut presque convenir comme image de l’histoire de notre époque. D’un côté, il y a encore le silence de Dieu et son absence, mais dans la Résurrection du Christ, il y a déjà l’anticipation du « oui » de Dieu, et en s’appuyant sur cette anticipation nous vivons et, à travers le silence de Dieu, nous entendons ses paroles, et à travers l’obscurité de son absence nous entrevoyons sa lumière. L’anticipation de la Résurrection à mi-chemin d’une histoire qui se développe est la force qui nous indique la route et nous aide à aller de l’avant.

Nous rendons grâce au bon Dieu parce qu’il nous a donné cette lumière et nous le prions afin qu’elle puisse demeurer toujours. Et en ce jour, j’ai de bonnes raisons de Lui rendre grâce ainsi qu’à tous ceux qui, toujours à nouveau, m’ont fait percevoir la présence du Seigneur, qui m’ont accompagné afin que je ne perde pas la lumière.

Je me trouve dans la dernière partie du parcours de ma vie et je ne sais pas ce qui m’attend. Je sais, toutefois, que la lumière de Dieu est là, qu’Il est ressuscité, que sa lumière est plus forte que toute obscurité ; que la bonté de Dieu est plus forte que tous les maux de ce monde. Et cela m’aide à avancer avec assurance. Cela nous aide à aller de l’avant, et en cette heure, je remercie de tout cœur ceux qui m’ont constamment fait percevoir le « oui » de Dieu à travers leur foi.

Enfin — cardinal doyen (note : il s’agissait de Monsieur le cardinal Sodano) — un remerciement chaleureux pour vos paroles d’amitié fraternelle, pour toute la collaboration de ces années. Et un grand merci à tous les collaborateurs des 30 années que j’ai passées à Rome, qui m’ont aidé à porter le poids de ma responsabilité. Merci. 

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

2016-27. « Amoris laetitia » : quinze questions très simples.

Vendredi 15 avril 2016.

Loup déguisé en brebis

« Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous sous des vêtements de brebis,
tandis qu’au-dedans ce sont des loups ravisseurs » (Matth. VII, 15).

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

L’une de nos amies a envoyé un message privé à mon papa-moine en lui demandant : « Maître-Chat ne va-t-il donc rien publier au sujet de la récente exhortation apostolique qui fait couler tant d’encre et de salive ? »
A la vérité, il me semble que ce que j’ai publié le 7 octobre dernier (voir > ici) contenait déjà tout ce que je pourrais avoir à dire à ce sujet.
Mais, si certains de mes lecteurs considéraient que cela n’est pas suffisant, je vais les inviter à se poser quinze questions très simples auxquelles il convient d’apporter aussi des réponses très simples – aussi simples que oui ou non - : il n’y a là rien qui s’apparente à une énigme échevelée, il suffit simplement aux fidèles de l’Eglise catholique de faire appel, dans le même temps, au plus élémentaire bon sens et à l’enseignement du catéchisme.

1) La Sainte Bible contient-elle de manière infaillible et sans erreur la Parole de Dieu, oui ou non ?

2) Dieu, qui a inspiré les paroles de la Sainte Ecriture, peut-Il Se tromper et peut-Il nous tromper, oui ou non ?

3) Dieu a-t-Il donné le décalogue à Moïse, oui ou non ?

4) Le décalogue a-t-il été aboli par Jésus, oui ou non ?

5) L’observance des préceptes du décalogue est-elle une obligation pour ceux qui adhèrent à la Révélation de Dieu et aux enseignements de Notre-Seigneur Jésus-Christ, oui ou non ?

6) Lorsque Dieu donne des commandements aux hommes, est-ce en vue de leur procurer le salut et le bonheur éternel, oui ou non ?

7) La désobéissance pleinement libre et responsable aux préceptes du décalogue constitue-t-elle un péché, oui ou non ?

8) Les péchés contre les commandements de Dieu peuvent-ils conduire les âmes en enfer si elles ne modifient pas leur conduite et n’en font pas pénitence, oui ou non ?

9) Ce qui a été interdit par Dieu dans les commandements qu’Il a donnés à Moïse peut-il être modifié en fonction des modes humaines ou des changements de mentalité des sociétés, oui ou non ?

10) Un être humain, même lorsqu’il est un « représentant de Dieu » (religieux, catéchiste, prêtre, évêque, ou même pape), a-t-il le pouvoir de changer ce que Dieu a ordonné ou défendu dans le décalogue, oui ou non ?

11) Un « représentant de Dieu » doit-il être suivi par les fidèles lorsqu’il use de sa position pour modifier la compréhension et l’interprétation des commandements de Dieu, oui ou non ?

12) En particulier, le non-respect des sixième et neuvième commandements de Dieu, constitue-t-il toujours un péché, oui ou non ?

13) Le péché, c’est-à-dire la désobéissance grave, pleinement libre et responsable aux commandements de Dieu, permet-il – s’il n’a pas été confessé et pardonné – de recevoir sans sacrilège la Sainte Eucharistie, oui ou non ?

14) Un homme d’Eglise qui accomplit véritablement sa mission en pleine conformité avec les commandements divins, a-t-il le droit de proposer à des âmes qui ne vivent pas dans l’obéissance aux commandements de Dieu de participer à la Sainte Eucharistie, oui ou non ?

15) Comment prouve-t-on à Dieu qu’on L’aime ?
Est-ce en ne tenant pas compte dans sa vie – et en particulier dans sa vie morale, affective et sexuelle – de ce qu’Il a prescrit ? Ou bien n’est-ce pas plutôt en obéissant à Ses commandements ?

frise

Voilà…
Chacun de ceux qui veulent aimer Dieu et accomplir Sa volonté peut, le plus sereinement du monde, entrer en lui-même pour réfléchir à ces quinze questions.
Chacun des catholiques qui a une conscience droite, correctement formée, et qui connaît le véritable catéchisme, possède en lui-même les éléments pour y répondre…

Pour un disciple fidèle de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il n’existe pas de véritable « joie de l’amour » en dehors de l’obéissance aux commandements de Dieu.
C’est la mesure de l’obéissance à Dieu qui est la mesure de l’amour de Dieu : « Car l’amour de Dieu, c’est que nous gardions Ses commandements » (1 Jn. V, 3a).
Tout ce qui prétend être de l’amour, mais qui n’est pas en conformité avec les commandements de Dieu n’est donc en vérité qu’illusion diabolique et germe de perdition éternelle.

Point n’est besoin de discutailler à l’infini ni d’écrire des centaines de pages sur « la joie de l’amour », s’il s’agit en réalité – à travers mille et un sophismes d’ordre purement humain – , de porter atteinte à la force des commandements de Dieu, de détruire l’obligation faite à tous de vivre dans la soumission aux commandements de Dieu, de déformer les consciences pour ce qui touche au péché, et de favoriser des comportements contraires à la pratique rigoureuse des commandements de Dieu.

Matthieu V, 37 : « Que votre langage soit : Oui, oui ; non, non ; car ce qui est en plus, vient du mal. Quod autem his abundantius est, a malo est ».

Galates I, 9 : « Comme nous l’avons déjà dit, ainsi je le répète : si quelqu’un vous annonce un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! Anathema sit ! ».

Lully.

frise

2016-26. Où, à l’occasion du centenaire du rappel à Dieu du chanoine Antoine Crozier, le Maître-Chat Lully publie quelques citations méconnues de ce très grand maître spirituel.

Samedi 9 avril 2016.
Dans l’Ordre de Saint-Augustin, la fête de la translation de Sainte Monique.

Sacré-Coeur

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dans les pages de ce blogue, j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer la très remarquable figure du chanoine Antoine Crozier (1850-1916), en publiant l’intégralité du texte de l’opuscule « Vivons pour le Bon Dieu » et de son « Chemin de Croix pour la France ».

Pour une évidente raison de facilité, on présente souvent le chanoine Crozier comme étant un prêtre lyonnais d’une très haute spiritualité, qui fut en étroite relation d’amitié spirituelle avec le Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916).
Mais il est tout aussi évident qu’on ne peut le « réduire » à cette seule amitié, et encore moins à le placer dans l’ombre du saint ermite saharien.

J’espère avoir un jour la possibilité de vous parler de manière plus exhaustive de sa vie, qui mérite bien d’être connue, d’autant qu’à l’heure actuelle les biographies les plus intéressantes – notamment celle du Révérend Père Maillet, mariste lyonnais, publiée en 1948 – sont quasi introuvables ! Néanmoins, de manière récurrente, dans des publications plus récentes concernant le Bienheureux Charles de Foucauld, ou au sujet des grandes figures lyonaises de spiritualité aux XIXe et XXe siècles, trouve-t-on la mention de plus en plus appuyée du chanoine Crozier et du rayonnement spirituel qu’il exerça, profondément et longtemps après sa mort, sur un très grand nombre d’âmes.
C’est ainsi aussi que nous avons eu la très grande joie et consolation de voir réédité, en avril 2010 (éditions P. Téqui), grâce au zèle diligent d’un ami prêtre, l’opuscule « Comment il faut aimer le Bon Dieu », précieux vademecum de vie chrétienne fervente, d’une stupéfiante simplicité autant que d’une permanente actualité, qui avait connu de très nombreuses éditions depuis sa première publication en 1882, mais qui avait été bien occulté depuis le triomphe apparent de la désertification spirituelle consécutive au second concile du Vatican.

Ce 10 avril 2016 est le jour exact du centenaire du rappel à Dieu du chanoine Antoine Crozier : accablé de souffrances, âgé de seulement de soixante-six ans et deux mois, il s’endormit dans le Seigneur le lundi de la Passion 10 avril 1916, à son domicile (rue du Doyenné, à l’ombre de la Primatiale Saint-Jean dans laquelle il avait reçu les sacrés stigmates de Notre-Seigneur seize ans plus tôt).

Pour marquer ce centenaire, j’ai décidé de vous offrir un petit florilège de citations tirées des lettres de direction sprituelle du chanoine Antoine Crozier.
Je vous en souhaite bonne lecture ; je vous souhaite surtout d’y puiser de grandes forces spirituelles et consolations.

Lully.

frise

Memento mortuaire du chanoine Antoine Crozier

Memento mortuaire du chanoine Antoine Crozier

frise

Petit florilège de citations tirées de la correspondance spirituelle
du
chanoine Antoine Crozier :

« Je crains toujours d’opposer à Notre-Seigneur des obstacles et des bornes.
Je crois voir et sentir que le don de mon coeur à Jésus n’a pas cette générosité, cette plénitude, cette universalité que l’amour d’un Dieu a bien le droit d’attendre et d’exiger…
Il faut un coeur donné, livré, pour donner à Jésus des âmes et des coeurs ! »

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« Ne nous laissons pas absorber par l’intensité et la continuité de la lutte intérieure et extérieure. Soyons toujours et quand même joyeux et dilatés… Dieu aime les âmes gaies.
Les âmes sont comme les plantes : il n’y a que celles qui sont largement épanouies qui reçoivent abondamment la rosée et le soleil, et produisent des fruits… 

Quel puissant apostolat que celui de la joie, de l’amabilité et de la sérénité ! »

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« Un simple acte d’universel abandon est une prière toute puissante sur le Coeur de Dieu.
Quelles grâces peut obtenir, pour l’Eglise et pour les âmes, une vie toute d’abandon et d’union à toutes les volontés de Dieu, à tous les desseins de Jésus ! »

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« Pour nous, perdre du temps, c’est perdre de l’amour et des âmes ! »

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« La prière la plus parfaite est celle de Jésus : Seigneur, que Votre volonté se fasse et non la mienne !
Ne nous lassons pas de la répéter dans les plus profondes ténèbres et les crises les plus aigües. »

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« Etre saint, c’est rude, cela coûte, il ne faut rien se passer…
La peine, la lutte, cela fait entrer le métier de la sainteté dans le corps : il faut absolument s’y mettre, et ce n’est pas fini. C’est immense, c’est pressé ! »

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« Je crois, j’adore, j’aime dans la nuit, sans voir les étoiles, ni ce qu’elles cachent. J’attends avec une ferme confiance la vision de la réalité qui, seule, me remplira, me rassasiera. 
Est-ce trop d’acheter par les sacrifices de ma foi, par les obscurités de mon pauvre esprit et par les angoisses de mon pauvre coeur, la vision et la possession des divines splendeurs ?
Du fond de nos ténèbres, nous pouvons toujours prier, aimer.
Oui, tout cela sans enthousiasme, mais avec le calme résolu, inébranlable d’une volonté qui ne sait ni se refuser ni se reprendre… »

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« La prière suprême, c’est le fiat de l’Agonie : Que Votre volonté se fasse et non la mienne !
Et le fiat de la mort : O Mon Père, Je remets Mon âme entre Vos mains ! »

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« S’abandonner, c’est plus que se donner ; c’est l’acte décisif de l’amour, de cet amour parfait qui n’aime absolument plus rien que le Bon Plaisir de Dieu. »

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« L’oeuvre des oeuvres, c’est la sanctification des âmes.
Cela doit nous faire comprendre combien nous devons être fidèles à la grâce, combien nous devons discerner les moindres souffles de l’Esprit d’Amour. »

Sacré-Coeur

Prière pour demander la glorification de l’Abbé A. Crozier > ici

2016-25. « C’est une amère confession que la mienne…

…plus douloureuse qu’elle ne peut sembler,
mais elle a le mérite d’être sincère ».

- Pablo Picasso - 

Séance de portrait - carte ancienne

La séance de portrait (carte postale des années 1920)


Vendredi 8 avril 2016.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je me suis rendu compte qu’il y a fort longtemps que je ne vous ai pas adressé mes petites « Réflexions félines et citations », comme j’étais accoutumé à le faire selon un rythme à peu près mensuel.

Ce n’est pourtant pas que je n’ai rien à dire, ni de commentaire à faire.
C’est peut-être même, au contraire, parce que je prends note de beaucoup de choses – parfois trop de choses – et qu’ensuite je ne me donne pas le temps de remettre ces notes en forme et de les rédiger de manière plus léchée (pour un chat, il n’est pas de perfection concevable sans de longs et minutieux léchages) : en effet, vous autres, nos humains de compagnie, nous êtes la source de perpétuelles et profondes réflexions et interrogations…

Cela dit, je me contenterai d’une seule citation aujourd’hui.
Une citation de Picasso.
Car il se trouve que, entre autres anniversaires, le 8 avril est celui de la mort de Pablo Picasso, survenue le 8 avril 1973.

C’est une évidence pour tous ceux qui me connaissent : je ne suis pas fan – mais alors pas du tout, du tout, du tout – de l’homme Picasso, ni de sa vie, ni de ses idées, ni de son « art ».
Cet homme et son oeuvre me sont d’autant plus incompréhensibles que j’ai vu des photographies sur lesquelles il était en compagnie de chats : mais un véritable ami des chats peut-il avoir des idées aussi tordues et faire des choses aussi laides ?
Je me demande quel chat sensé, ayant pleinement conscience de toutes les grâces et beautés que le Créateur a placées en lui – le grand Léonard de Vinci n’affirmait-il pas à notre sujet : « Le plus petit des félins est un pur chef d’oeuvre » ? – , se reconnaîtrait dans ces monstrueuses caricatures par lesquelles Picasso a prétendu représenter des chats ?
Et quel chat normalement constitué serait mis en appétit par une souris dessinée par Picasso

Et bien pourtant, oui, vous m’avez bien lu, c’est une citation de ce personnage que je veux porter à votre connaissance.
Mais quelle citation !
Elle est extraite d’un ouvrage intitulé « Mystère de l’Art Sacré », qui fut publié en 1957 par feu le Révérend Père René Paroissin, des Missions Etrangères de Paris (il faudra d’ailleurs qu’un jour je vous parle de ce très excellent prêtre qui fut l’un des conseillers spirituels de notre cher Frère Maximilien-Marie).

Donc au chapitre XVI de « Mystère de l’Art Sacré », intitulé « Querelle », le Révérend Père Paroissin écrit :  » (…) Restent, en marge du sacré, les mythes de Picasso : son cubisme exacerbé et ses déformations destructrices. – Le grand écrivain italien, Giovanni Papini, a rapporté un jugement sans indulgence du peintre sur son art et qui est un triste aveu de mystification mercantile » (p. 192).
C’est aussitôt après, qu’ouvrant les guillemets, le Père Paroissin a reproduit cette « amère confession » du peintre, rapportée par G. Papini, et qui avait été publiée dans le quotidien « La Croix » du 26 avril 1952.
La voici donc (je mets en caractères gras les passages les plus remarquables) :

« Du moment que l’art n’est plus l’aliment qui nourrit les meilleurs, l’artiste peut exercer son talent en toutes les tentatives de nouvelles formules, en tous les caprices de la fantaisie, en tous les expédients du charlatanisme intellectuel.
Dans l’art, le peuple ne cherche plus consolation et exaltation ; mais les raffinés, les riches, les oisifs, les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l’étrange, l’original, l’extravagant, le scandaleux.
Et moi-même, depuis le cubisme et au-delà, j’ai contenté ces maîtres et ces critiques, avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passées en tête, et moins ils les comprenaient et plus ils m’admiraient.

A force de m’amuser à tous ces jeux, à toutes ces fariboles, à tous ces casses-têtes, rébus et arabesques,  je suis devenu célèbre et très rapidement.
Et la célébrité signifie pour un peintre ventes, gains, fortune, richesse.
Et aujourd’hui, comme vous savez,  je suis célèbre,  je suis riche.

Mais quand je suis seul à seul avec moi-même, je n’ai pas le courage de me considérer comme un artiste, dans le sens grand et antique du mot.
Ce furent de grands peintres que Giotto, le Titien, Rembrant et Goya : je suis seulement un « amuseur public », qui a compris son temps et a épuisé le mieux qu’il a pu l’imbécilité, la vanité, la cupidité de ses contemporains.

C’est une amère confession que la mienne, plus douloureuse qu’elle ne peut sembler, mais elle a le mérite d’être sincère ».

Il me semble que cela se passe de tout autre commentaire.
Ce pourquoi je ne rajoute rien et vous laisse méditer…

Patte de chatLully.

Lully 15 mars 2016

2016-23. La Messe fait progresser le Royaume du Christ ici-bas.

Samedi in Albis 2 avril 2016.

Dans le bulletin « Introibo » N° 171 (1er trimestre 2016) – bulletin de liaison et d’information de l’Association Sacerdotale Noël Pinot (cf. > ici) – ,  j’ai trouvé un texte intéressant que je tiens à reproduire ci-dessous.

Il a été écrit par le Rd. Père Jean Galot sj.
Né en 1919 à Ougrée, près de Liège (Royaume de Belgique), Jean Galot est entré en 1941 dans la Compagnie de Jésus ; docteur en théologie, il a enseigné la dogmatique à l’université catholique de Louvain (1953-1972), puis à l’université pontificale grégorienne, à Rome, ainsi que dans divers instituts ou séminaires à travers le monde. Il fut également consulteur de la Congrégation romaine pour le clergé et collaborateur régulier de la revue jésuite « Civiltà cattolica ». Il a été rappelé à Dieu en 2008.
Le Père Galot ne fait pas du tout figure de « conservateur » et encore moins de « traditionnaliste » ; je n’eusse donc pas du tout imaginé que je le citerai un jour… Toutefois, au-delà du style et des expressions un peu particuliers qui lui sont propres, j’ai été enchanté de découvrir sous sa plume une telle mise en valeur de l’importance primordiale de la Sainte Messe : une telle insistance est même plutôt rare chez les « conciliaires » !

A la fin de cet octave de Pâques, ne manquons donc pas l’occasion – à travers cette citation (dont j’ignore de quel ouvrage elle est extraite, « Introibo » ne le mentionnant pas) – de souligner avec insistance que la Sainte Messe est ce qu’il y a de plus grand, de plus important et de plus « efficace » pour le bien de l’humanité, puisque la Sainte Messe est l’actualisation du Saint Sacrifice du Calvaire et qu’il n’y a rien de plus grand, de plus important et de plus « efficace » pour le bien de l’humanité que le Sacrifice que Notre-Seigneur Jésus-Christ a offert de Lui-même sur la Croix.

Lully.

Sainte Eucharistie

R. van der Weyden retable des sept sacrements détail

Le Saint Sacrifice de la Croix et la Sainte Messe
détail du panneau central du rétable des sept sacrements (1445-1450)
oeuvre de Roger van der Weyden
(musée royal des beaux-arts, Anvers)

La Messe fait progresser le Royaume du Christ ici-bas.

« La Messe fait avancer l’emprise du Sauveur sur la communauté humaine, y implante plus largement Sa Présence. Elle réalise une venue immédiate du Sauveur, Sa venue sur l’autel ; et cette venue est en même temps une pénétration plus grande du Christ dans l’humanité. Lorsque le Christ vient sur l’autel, en vertu du Sacrifice par lequel Il S’offre de nouveau au Père, Il vient avec une énergie victorieuse qui poursuit l’Oeuvre de Rédemption. Venir, ce n’est pas seulement pour Lui descendre sur l’autel, mais pénétrer dans le milieu humain, agir dans les âmes. Le Christ qui vient par la Consécration étend par cette venue Son empire sur le monde.

La Messe fait donc progresser le Royaume du Christ ici-bas. Elle est même l’instrument le plus efficace de l’apostolat de l’Eglise. Elle précède toutes les activités apostoliques et est destinée à les animer. Elle les précède comme le Sacrifice du Calvaire précède l’instauration du Royaume. Tout le dynamisme apostolique de l’Eglise est le fruit du Sacrifice rédempteur, comme toute grâce d’ailleurs résulte de ce Sacrifice. En renouvelant le Sacrifice du Calvaire, la Messe fait de nouveau jaillir la source de l’apostolat. Elle détermine une venue invisible du Sauveur, offert pour les hommes, venue qui se traduira ensuite par l’expansion visible due aux activités apostoliques. C’est par le Sacrifice de la Messe que l’Eglise s’étend et marque sans cesse des progrès.

Si la Messe effectue la conquête du monde par le Christ qui vient, on doit donc la considérer dans une perspective dynamique. La Messe est un grand levier de l’histoire, son plus grand levier, car elle développe la christianisation de l’humanité, et pousse ainsi l’histoire humaine vers le stade final où la communauté humaine entièrement christianisée n’attendra plus que la manifestation glorieuse du triomphe du Christ.

Il y a des hommes qui apparaissent comme les artisans du progrès et de le l’expansion de l’humanité : grands explorateurs, grands conquérants, grands savants ou inventeurs, grands politiques, grands capitaines d’industrie. Ce sont eux qui semblent mener l’histoire humaine. L’aspect le plus fondamental de cette histoire, son aspect religieux, se signale également par la présence et l’action de grands apôtres, de grands pasteurs d’Eglise, de grands saints. Mais le progrès du christianisme, tout en se traduisant extérieurement par l’action de ces personnalités, s’acquiert d’abord dans l’ombre du sanctuaire, là où se célèbre la Messe. Les prêtres qui offrent le Sacrifice sont les artisans humbles mais efficaces de la venue du Christ, et les fidèles qui s’associent à l’offrande élargissent le champ de cette venue. C’est la Messe qui est, dans l’invisible, le plus grand moyen d’apostolat, l’acte le plus décisif d’une Eglise en continuelle expansion.

Si elle fait avancer l’Eglise, elle n’accroît pas seulement l’étendue de son influence ; elle ne cesse de donner plus de consistance et de profondeur à la sainteté du Corps Mystique, à sa charité et à son unité. Dans la Messe se refait et s’affermit l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Par le Sacrifice de l’autel, l’Eglise se conquiert davantage elle-même de manière à conquérir plus totalement le monde. »

R.P. Jean Galot, sj. (1919-2008)

R. van der Weyden retable des sept sacrements détail - Copie

2016-13. L’allocution consistoriale « Gravissimum » du 21 février 1906.

Samedi des Quatre-Temps de printemps 20 février 2016 ;
Anniversaire de l’exécution d’Andreas Hofer (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il semblerait que, en France, les catholiques sont désormais tellement habitués à la loi du 9 décembre 1905, dite loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, qu’ils n’en voient plus du tout la malice, ni la grave offense à Dieu et à Ses droits qu’elle représente.
De nos jours, il y a même des prêtres, des évêques et des cardinaux, qui invoquent cette loi inique, conçue dans les loges maçonniques en vue d’affaiblir l’Eglise, dans le but de revendiquer « une saine laïcité » ! Ils me font penser à des dindes qui manifesteraient contre toute modification du menu traditionnel de Noël.

A l’occasion de son cent-dixième anniversaire, j’ai donc résolu aujourd’hui de publier ci-dessous le texte complet de l’allocution consistoriale « Gravissimum » (21 février 1906) par laquelle le Pape Saint Pie X, dix jours après l’encyclique « Vehementer nos » (11 février 1906), a élévé de solennelles protestations contre la loi du 9 décembre 1905 : rien ne vous empêche, bien sûr, de vous plonger (ou replonger) dans le texte de l’encyclique (voir la note 2 en bas de page), mais le texte de l’allocution reproduit ci-dessous en constitue une sorte de résumé, plus facile à lire et à retenir.
On notera que c’est véritablement en vertu de son autorité apostolique que Saint Pie X s’est exprimé, ce qui signifie que cette condamnation requiert un assentiment entier de la part des fidèles de la Sainte Eglise.

Que Dieu nous fasse miséricorde, qu’Il aie pitié de la France, et qu’Il nous donne la grâce de travailler à sa conversion et à son relèvement !

Lully.

Avertissement : Les notes explicatives, tout comme la retranscription de certains passages en caractères gras, sont de notre fait.

Tiare et clefs de Saint Pierre

Saint Pie X

Allocution Gravissimum
prononcée au consistoire du 21 février 1906
par le Pape Saint Pie X.

Vénérables Frères,

Ayant à remplir un acte très grave de Notre charge apostolique, Nous vous avons aujourd’hui convoqués.

Nombreuses sont les amertumes et les injustices infligées chaque jour, dans cette tempête désastreuse, à l’Église et à Nous, qui, malgré notre indignité, la gouvernons comme vicaire de Jésus-Christ. Mais Nous souvenant néanmoins de la patience de ce même Jésus-Christ et confiant dans Ses promesses certaines, Nous Nous efforçons de supporter l’adversité avec mansuétude ; afin que, comme Lui, Nous marchions dans l’espérance de la gloire des fils de Dieu.
Mais l’offense infligée naguère (1) à l’Église et à Nous est si grave et si violente que Nous ne pouvons la passer sous silence, et, le voudrions-Nous, Nous ne pourrions la taire sans manquer à notre devoir.

Rappel du droit et des faits

Vous devinez, Vénérables Frères, que Nous voulons parler de cette loi absolument inique, ourdie pour la ruine du catholicisme, qui vient d’être promulguée en France en vue de la séparation de l’État d’avec l’Église.

Notre récente Encyclique adressée aux évêques, au clergé et au peuple français (2) a montré pleinement combien cette loi est odieuse et contraire aux droits de Dieu et de l’Église. Mais pour ne négliger en aucun point Notre charge apostolique, Nous Nous proposons de préciser et de confirmer solennellement, en votre présence auguste, ce que Nous avons dit.

En effet, pouvons-Nous ne pas réprouver cette loi, lorsque son titre même montre sa malice et la condamne ?
Il s’agit, Vénérables Frères, de séparer violemment l’État de l’Église. Donc, telle qu’elle est, elle tend au mépris du Dieu éternel et Très-Haut, puisqu’elle affirme qu’aucun culte ne Lui est dû par l’État. Or, Dieu n’est pas seulement le Seigneur et le Maître des hommes considérés individuellement, mais Il L’est aussi des nations et des États ; il faut donc que ces nations et ceux qui les gouvernent Le reconnaissent, Le respectent et Le vénèrent publiquement.

Si l’oubli de ce devoir et ce divorce sont partout injurieux pour la majesté divine, ils sont en France une ingratitude plus grande et un malheur plus funeste.

Car si l’on considère en toute vérité l’ancienne gloire de la France, on reconnaîtra qu’elle lui vient en majeure partie, et de beaucoup, de la religion et de l’union constante avec le Saint-Siège, qui en découlait. De plus, cette union de l’Église et de l’État était sanctionnée en France par un pacte solennel (3).

Or, ce qui ne se ferait pour aucun État, si petit qu’il fût, on l’a fait pour le Siège apostolique, dont l’autorité et l’importance sont si grandes dans le monde.

En effet, au mépris de tout devoir d’urbanité, contrairement au droit des gens et aux règles des États, ce pacte, si solennel et si légitime, a été déchiré sans aucune déclaration préalable de la volonté de le rompre, par le fait d’une des parties seulement, sans égard à la foi jurée.

Et maintenant, si nous examinons la teneur même de la loi, qui ne voit que le fait de sa proposition détruit la constitution même par laquelle Jésus-Christ a façonné l’Église qu’Il a acquise par Son sang ?

Ainsi, on n’y trouve aucune mention du Pontife Romain ni des évêques. Au contraire, toute l’administration et toute la surveillance du culte public sont remises à des associations de citoyens (4) auxquelles seules, dans tout le domaine religieux, la république reconnaît des droits civils. Et si quelque contestation s’élève entre elles, ce n’est pas par les évêques ni par Nous que le litige sera jugé et tranché, mais par le Conseil d’État.

Après l’adoption de cette loi, ce qu’il faut penser, Vénérables Frères, de la liberté de l’Église, Nous l’avons exposé plus amplement dans la Lettre Encyclique rappelée plus haut (2).

Mais ici Nous dirons en résumé que, d’un côté, les évêques ne peuvent plus régir le peuple chrétien dans la pleine souveraineté de leur charge, de l’autre, on enlève au peuple chrétien le droit très sacré de professer librement sa religion ; enfin, l’action de l’Église sur la société est affaiblie sur de nombreux points ou tout fait entravée.

Or, cette violation des droits et cette diminution de liberté s’aggravent encore de ce fait que l’Église, par le seul pouvoir de la loi, au mépris de la justice et nonobstant la foi des traités, est troublée dans la légitime possession de son patrimoine.

Quant à la République, elle se délie de toute obligation de subvenir aux dépenses annuelles de la religion, dépenses que, par une convention, elle avait prises à sa charge en compensation de la spoliation officielle (5).

Condamnation sans appel

Après vous avoir fait, en raison de l’importance du sujet, ces communications, Nous rappelant les devoirs de la charge apostolique par laquelle Nous sommes tenu de protéger et de défendre par tous les moyens les droits sacrés de l’Église, Nous prononçons solennellement en votre auguste assemblée Notre sentence sur cette loi.

En vertu de la suprême autorité dont Nous jouissons comme tenant la place du Christ sur la terre, Nous la condamnons et réprouvons comme injurieuse au Dieu très bon et très grand, contraire à la divine constitution de l’Église, favorisant le schisme, hostile à Notre autorité et à celle des pasteurs légitimes, spoliatrice des biens de l’Église, opposée au droit des gens, ennemie du Siège apostolique et de Nous-même, très funeste aux évêques, au clergé et aux catholiques de France ; Nous prononçons et Nous déclarons que cette loi n’aura jamais et en aucun cas aucune valeur contre les droits perpétuels de l’Église.

Paternelle sympathie

Et maintenant, Notre cœur se tourne vers la nation française ; avec elle, Nous sommes affligé ; avec elle, Nous pleurons. Que personne ne pense que Notre amour pour elle s’est refroidi parce que Nous avons été si amèrement traité. Nous songeons avec douleur à ces Congrégations privées de leurs biens et de leur patrie (6). Nous voyons avec une paternelle inquiétude des multitudes d’adolescents réclamant une éducation chrétienne. Nous avons devant les yeux les évêques, Nos Frères, et les prêtres jetés au milieu des tribulations et exposés à des maux plus graves encore. Nous chérissons les fidèles opprimés sous cette loi ; Nous les embrassons d’un cœur paternel et plein d’amour.

L’audace et l’iniquité des méchants ne pourront jamais effacer les mérites acquis par la France, durant le cours des siècles, envers l’Église. Notre espoir est que ces mérites s’accroîtront encore quand les temps seront redevenus paisibles. C’est pourquoi Nous exhortons Nos Fils chéris à ne pas se décourager ni se laisser abattre par les épreuves et les difficultés des temps. Qu’ils veillent, fermes dans la foi ; qu’ils agissent virilement, se rappelant la devise de leurs ancêtres : Christus amat Francos (7). Le Siège apostolique sera toujours près d’eux, ne laissant jamais la Fille aînée de l’Église réclamer inutilement les secours de sa sollicitude et de sa charité.

Armoiries de Saint Pie X

Notes :
1) La loi dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat a été votée le 9 décembre 1905, soit deux mois et demi avant cette allocution.
2) L’encyclique « Vehementer nos », datée du 11 février 1906 (10 jours avant ce discours devant l’ensemble des cardinaux). On en trouvera le texte complet > ici.
3) Le « pacte de Reims », au baptême de Clovis, qui a fait naître la France de l’union sacrée de la Royauté franque avec le catholicisme.
4) La loi du 9 décembre 1905 ordonne la création d’association cultuelles, régies par des laïcs, auxquelles sera dévolue l’administration des biens des Eglises.
5) La loi de 1905 abolit le traitement versé par l’Etat aux ministres du Culte : or ce « salaire » des prêtres par l’Etat, en France, avait été établi au moment du concordat de 1801 pour compenser le vol – car c’en était un – des biens du clergé, lors de la grande révolution. En 1801, l’Eglise avait donc accepté de ne pas réclamer la restitution des biens qui lui avaient été volés, et qui avaient assuré jusqu’à la révolution la subsistance des ecclésiastiques et le fonctionnement des oeuvres éducatives et caritatives de l’Eglise de France, contre la promesse de voir ses ministres payés par l’Etat. La loi de 1905 renouvelle donc en quelque manière le vol perpétré à la révolution.
6) Depuis 1880 et jusqu’à cette loi du 9 décembre 1905, la troisième république n’a cessé de persécuter l’Eglise catholique par une surenchère de lois visant à limiter par tous les moyens l’influence de l’Eglise dans la société : en particulier par des lois de plus en plus sévères contre les congrégations religieuses qui contraignirent un grand nombre de religieux, spoliés de leurs couvents, à prendre la route de l’exil.
7) Christus amat Francos : le Christ aime les Francs (prologue de la Loi salique).

Tiare et clefs de Saint Pierre

2016-6. « Celui qui fut à sa manière un sillon de lumière et dont la voix reste en quelque sorte la messagère du salut de la France… »

Voici le texte de l’Eloge funèbre de Sa Majesté le Roi Louis XVI qui a été prononcé ce 21 janvier 2016 par le Révérend Père Augustin Pic o.p. (cf. > ici) au cours de la Sainte Messe de Requiem célébrée à la Basilique-nécropole royale de Saint-Denys.

Nous sommes infiniment reconnaissants au Révérend Père Pic de nous en avoir communiqué le texte avec célérité et de nous avoir très amicalement autorisés à le publier.

Nous souhaitons très vivement que ce non seulement très beau, mais surtout très profond enseignement ne fasse pas l’objet d’une lecture superficielle, mais qu’il soit lu et relu, approfondi et médité, en raison de l’excellence des vérités qu’il transmet avec autant d’élévation et de vigueur.

frise lys

Statue de S.M. le Roi Louis XVI dans le déambulatoire de la basilique de Saint-Denys

Orant de Sa Majesté le Roi Louis XVI
dans le déambulatoire de la Basilique royale de Saint-Denys

Oraison funèbre de Louis XVI

Saint-Denis, jeudi 21 janvier 2016

Tantus labor non sit cassus …

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Ainsi soit-il.

A mesure que l’ancien fatalisme perdait de sa force, on pensa que les grands malheurs ont pour cause le libre choix des individus. Et, certes, à regarder ce que la raison, l’expérience et la Révélation enseignent, là est bien la vérité. Mais à considérer par ailleurs les complexités de l’Histoire, on ne saurait ignorer que tout ce qui arrive, en bon autant qu’en mauvais, résulte aussi des déterminismes, que produiront toujours en se compénétrant, et le mouvement du temps qui passe et l’enchaînement des effets à leurs causes. De sorte que nous pâtissons aujourd’hui d’erreurs, sottises ou méchancetés de nos Pères où nous n’eûmes aucune part, tout en commettant celles que nos enfants ou neveux à naître auront à supporter demain, sans avoir pu y mettre du leur. Et ce mal, sachons-le, durera dans la chair de péché qui est nôtre jusqu’à la fin du monde. Ainsi, sans le ravage du Palatinat par Louis XIV puis les guerres criminelles de Bonaparte, aurions-nous eu l’horrible Premier conflit mondial ? Mais sans les décisions irréfléchies des vainqueurs de 1918 d’une part, l’affligeante République de Weimar de l’autre, aurions-nous connu le sommet d’ignominie que fut le régime hitlérien ? Ou encore, sans l’oppression des masses ouvrières par une industrialisation anarchique dont s’indignait si justement notre pieux Henri V, aurions-nous eu le Communisme et par lui, autant qu’avec le Nazisme, des forfaits presque impossibles à décrire et à dénombrer ?

Sentir assez cette conspiration des libertés délinquantes et des déterminismes historiques dut être, dès avant la Révolution et pendant, une souffrance bien grande et un impératif de dévouement bien fort pour le chef-né de la France. Chrétiens, c’est là ce que dut vivre, à l’intime et jusqu’à la mort

TRES HAUT, TRES PUISSANT,

TRES EXCELLENT PRINCE

LOUIS XVI

ROI de FRANCE et de NAVARRE.

Lorsque le futur monarque vint au monde, tout en un sens était déjà consommé puisque le mal avait commencé bien avant lui. En un autre, la puissance de la grâce et la part restée bonne en l’homme après le péché d’Adam étant à jamais le ferment de tous les renouveaux, tout demeurait possible. Aussi montrerai-je d’abord quelle conscience eut Louis de la perversité de son siècle, et non seulement de son siècle mais des deux qui l’avaient préparé ; je dirai ensuite et surtout quelle espérance contre toute espérance il garda en Dieu et en ses chers Français, et quelle leçon il laisse ainsi, à tous les cœurs désireux aujourd’hui encore de s’élever eux-mêmes et d’élever autrui.

I

Dans le premier temps de sa réflexion sur la crise révolutionnaire, soit dès 1789, l’abbé Barruel expliqua celle-ci non, comme à partir de 1792, par le fameux triple complot, philosophique, maçonnique et illuministe mais par la seule philosophie du XVIIIe siècle. Loin de s’en tenir là toutefois, c’est ultimement par une décadence du clergé, et déjà bien ancienne, qu’il expliqua ce philosophisme même et son dessein de détruire, ou d’asservir au moins, le Trône et l’Autel.

Remontons plus haut, donc. Des historiens ultérieurs ont assez montré l’ébranlement de la conscience individuelle et collective que produisirent les guerres religieuses du XVIe siècle, guerres dont l’origine fut, avouons-le, dans les scandales de la finissante Eglise médiévale presque autant que dans les erreurs de Luther. Et de là quel désenchantement, cynique et libertaire, habita ces jeunesses « d’après-guerres de religion » qui fleurirent entre 1580 et 1650, et quel sentiment d’une faillite radicale de la Chrétienté, injuste au fond mais vraisemblable à vues seulement humaines, anima tout ce qui prétendit, dès le temps d’Henri IV et de Louis XIII, préparer un avenir meilleur. Et c’est dans les horreurs d’une guerre de Trente Ans, aussi religieuse en son fond qu’au siècle précédent, plus tard encore dans l’interminable querelle de la grâce et dans celle du pur amour, dont le Christianisme sortit durablement ridiculisé aux yeux des mondains qu’il devait convertir, enfin dans l’échec, au tournant de 1700, de la réunion tant attendue des Eglises qui sembla consacrer à jamais la rupture du XVIe siècle et le relativisme religieux, c’est dans ces faits, dis-je, et bien d’autres, que l’incertitude et l’errance des cœurs et des esprits, souvent respirées dès la naissance et absorbées dès le lait maternel, trouvèrent leur irréversible aggravation.

En voici pour symbole, le Régent, d’après l’abbé Proyart, historien contre-révolutionnaire, et contemporain si méconnu, de l’abbé Barruel : « Dans l’emportement de ses passions, écrit-il, il prétendait que la conscience n’était qu’une chimère mais … il en était sans cesse obsédé, et plus cruellement les jours consacrés aux plus saints mystères de la Religion. La monstrueuse affectation qu’il mettait à profaner ces jours … trahissaient visiblement mais ne guérissait pas les frayeurs secrètes dont le retour de ces solennités remplissaient son cœur coupable ». Voyez, donc, chez un seul, ce vertige intérieur de toute une société, chrétienne encore par le fond, mais que l’air du temps pervertit et entraîne presque malgré soi au pire ; voyez l’enchevêtrement des libres décisions mauvaises, et d’un état d’empêchement au bien, où une sorte d’hérédité de la rébellion jetait la conscience française. Comment ne pas penser alors aux paroles de Dieu selon Son Prophète, reprises par Jésus-Christ Lui-même : Je les ai aveuglés pour qu’ils ne voient pas, sinon ils comprendraient et se convertiraient. Mystérieux croisement des choix humains et des dispositions divines.

Quelle exacte perception eut Louis XVI d’un pareil état ? Moraliste, il n’ignora pas la force subversive des passions charnelles lorsqu’elles entendent substituer un ordre temporel humain à celui que Dieu veut. Historien et politique, il sut quels maux les clergés attiédis ou dévoyés et les querelles religieuses valent à tous les royaumes. Sans doute pensa-t-il à ce sujet comme Louis XIV dans ses Mémoires et Réflexions au Grand Dauphin, document dont il remit personnellement le manuscrit au général de Grimoard, en 1785, pour qu’il fût publié : « L’Eglise, disait le grand roi, sans compter ses maux ordinaires, après de longues disputes sur des matières … dont on avouait que la connaissance n’était nécessaire à personne pour le salut, les différents s’augmentant chaque jour avec la chaleur et l’opiniâtreté des esprits, et se mêlant sans cesse à de nouveaux intérêts humains, était enfin ouvertement menacée d’un schisme par des gens d’autant plus dangereux qu’ils pouvaient être très utiles, d’un grand mérite, etc. ».

Bref, quoi qu’il en soit de ses limites ou de ses erreurs, Louis XVI eut conscience du mal, très désolé de l’abaissement moral et spirituel de ses peuples et de la perte de ce qu’on appelait en ce temps-là l’esprit public, c’est-à-dire de tout souci pour le bien commun, temporel et éternel.

 

II

Formé politiquement et spirituellement, ce prince professait, au moins d’intention et pour l’essentiel, une juste conception de l’humain, une anthropologie chrétienne, et en ce sens, l’homme des Lumières qu’il fut indubitablement n’en demeura pas moins jusqu’à sa fin à l’opposé de ces Lumières, qui réduisaient et réduisent encore aujourd’hui le sommet, que nous sommes, de toute la création visible, à n’être qu’animal et machine, à n’exister que pour la chair et la sensualité.

Ce chrétien, donc – et mûri par l’épreuve – regardait l’homme comme à la fois déterminé par ses contextes dans l’espace et dans le temps, la seule liberté pure et absolue étant Dieu, et libre par nature et sous la grâce. De sorte que ce Fils de saint Louis, ultimement désabusé, ultimement résigné, osons dire même ultimement et intimement usé, garda j’en suis sûr, et emporta dans cette mort qui, nous le souhaitons, le fit monter au ciel, la certitude que la victoire sur tous les déterminismes d’une part et toutes les perversions de l’autre est, de par Dieu, et demeure, une possibilité et une vocation, une grâce et un devoir. Et de nos jours, où plus rebelles sont les libertés et plus oppressants que jamais ces déterminismes, à un point que ni lui ni personne en son temps n’eussent imaginé ou conçu, pareille vérité ne laisse pas de s’imposer à nous avec une force nouvelle.

Dans la tristesse de ses derniers temps, Louis XVI apparaît donc, majestueux et humble, en rien moins qu’en homme et en roi de l’espérance. Si en effet la formule « Le roi ne meurt pas en France » fut, à la veille de la mort, sa dernière profession monarchique, elle exprima aussi sa certitude qu’au fond de nous resteront toujours, tant qu’il y aura une France, l’amour et la nostalgie de celui qui doit l’incarner. Au cœur d’un Français, non, la figure royale ne saurait mourir.

Mais il y a plus. En disculpant le Peuple du sacrilège que fut le régicide, il entrevit la permanence de son Christianisme au-delà du bouleversement ou de la cessation de la Chrétienté. Et le cours même de la Révolution lui donnera raison, car la Terreur, on le sait trop peu, s’explique en partie par la furie que suscita, vigoureuse, la résistance sacerdotale et laïque d’une religion que les naïfs ou les menteurs disaient usée par tant de siècles. Or, pour avoir alors donné si grand nombre de saints et de martyrs, pour avoir opéré par la suite un relèvement spirituel comme celui dont s’honore le XIXe siècle, ne fallait-t-il pas que quelque chose de la Foi fût resté intact dans les entrailles de la Nation ? Et pour avoir suscité récemment encore les protestations que l’on sait, de toute une jeunesse, contre les lois que l’on sait, ne faut-il pas que, par un côté, la France tienne encore et toujours, trop peu mais réellement, aux promesses d’un Baptême qui fut mystérieusement le sien autant que celui de Clovis ? Oui, Louis XVI resta, dans l’insondable chagrin des derniers mois de sa monarchie puis de sa vie, l’homme de l’espérance, et c’est à ce titre, plus qu’à bien d’autres peut-être, qu’il garde un droit, le droit, par-delà plus de deux cents ans, à notre gratitude, à notre vénération et, dans la personne de son successeur, à notre fidélité.

Cédons la péroraison, bien chers Frères, à Mgr Freppel, grand évêque si justement apprécié d’Henri V. Car les paroles vibrantes qu’il prononça en 1873, quelques mois seulement avant l’affaire du drapeau, disent bien, quatre-vingts ans presque jour pour jour après le triste 21 janvier, le fond du cœur de celui que nous commémorons : « Le plus grand des malheurs pour un siècle ou pour un pays, c’est l’abandon ou l’amoindrissement de la vérité. On peut se relever de tout le reste ; on ne se relève jamais du sacrifice des principes. Les caractères peuvent fléchir à des moments donnés et les mœurs publiques recevoir quelque atteinte du vice ou du mauvais exemple mais rien n’est perdu tant que les vraies doctrines restent debout dans leur intégrité. Avec elles, tout se refait tôt ou tard, les hommes et les institutions, parce qu’on est toujours capable de revenir au bien lorsqu’on n’a pas quitté le vrai. Ce qui enlèverait jusqu’à l’espoir même du salut, ce serait la désertion des principes, en dehors desquels il ne se peut rien édifier de solide et de durable. Aussi le plus grand service qu’un homme puisse rendre à ses semblables, aux époques de défaillances ou d’obscurcissement, c’est d’affirmer la vérité sans crainte, alors même qu’on ne l’écouterait pas car c’est un sillon de lumière qu’il ouvre à travers les intelligences, et si sa voix ne parvient pas à dominer les bruits du moment, du moins sera-t-elle recueillie dans l’avenir comme la messagère du salut ». Voilà ce qu’on peut lire dans le Panégyrique de saint Hilaire, du 19 janvier 1873.

Que celui qui fut à sa manière un sillon de lumière et dont la voix reste en quelque sorte la messagère du salut de la France, alors même qu’après le bien on en vient désormais à quitter aussi le vrai, soit pour elle et pour chacun de nous s’il a plu à Dieu de le mettre en cette position, un puissant intercesseur, au côté du saint roi de sa dynastie et sous le manteau de la Vierge de l’Assomption, notre Mère et Patronne à jamais.

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Ainsi soit-il.

Armes de France - Vitrail de l'une des cryptes de Saint-Denys

Grandes armes de France
(vitrail dans l’une des cryptes de la Basilique royale de Saint-Denys)

frise lys

Tous les textes relatifs à Sa Majesté le Roi Louis XVI et à son martyre
publiés dans les pages de ce blogue :
- Un récit des dernières heures du Souverain ici
- Le testament de Louis XVI ici

- Son voeu au Sacré-Coeur ici
- Maximes et pensées de Louis XVI ici
- La complainte « Louis XVI aux Français » ici
- L’allocution consistoriale du Pape Pie VI sur le martyre de Louis XVI ici
- L’oraison funèbre de Louis XVI prononcée à Rome devant le Pape ici
- Le récit de l’exhumation des restes de Louis XVI et Marie-Antoinette en janvier 1815 – à partir d’ ici
- Le transfert des dépouilles royales à Saint-Denis (21 janvier 1815) ici
- Les funérailles solennelles des Souverains martyrs le 21 janvier 1815 ici
- La publication de la correspondance et des récits de l’abbé Edgeworth (Rd.P. Augustin Pic) > ici
- La Messe de Requiem composée par Cherubini à la mémoire de Louis XVI (20 janvier 1816) ici

Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 22 janvier, 2016 |2 Commentaires »

2016-4. La poussière transfigurée dansera dans ton soleil !

2001 – 19 janvier – 2016

Quinzième anniversaire du rappel à Dieu
de

Gustave Thibon.

frise

A l’occasion du quinzième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon (19 janvier 2001), j’ai résolu de publier ci-dessous l’un de ses poèmes.

Cela surprendra peut-être plus d’un de mes lecteurs habituels : en effet, malgré le fait que deux recueils de poèmes figurent en bonne place dans ses bibliographies complètes, on a souvent tendance à oublier que Gustave Thibon était épris de poésie, qu’il goûtait fort les oeuvres d’un très grand nombre de poètes et qu’il connaissait par coeur une quantité prodigieuses de vers (et dans plusieurs langues).
Thibon est en vérité un orfèvre de la langue française. Les aphorismes qui constituent la majeure partie de son oeuvre sont ciselés comme de purs et fins joyaux ; ils témoignent au plus haut point d’une maîtrise parfaite des sons et du rythme des mots et des phrases, et de leur puissance évocatrice. N’est-ce pas là justement l’essence de la poésie ?
Dans la présentation qui figure sur la quatrième de couverture du recueil « Offrande du soir », publié en 1946 chez Lardanchet, on trouve ces deux phrases admirables : « (…) Le poète est celui qui crée de nouveaux rapports entre les choses et nous, qui nous les fait voir comme nous ne les avions jamais vues encore, dans une sorte de contact ineffable. Par son pouvoir de rayonnement, la poésie nous conduit à une plus vaste compréhension de nous-même et du monde et jusqu’au mystère de l’être»
Comme cette définition du poète et de son oeuvre correspond bien à la personne et aux écrits de Gustave Thibon !

Le poème « Deus omnium » est le quatrième de la deuxième partie de ce petit recueil : écrit en vers libres (comme d’ailleurs tous les poèmes qui y figurent), il n’a rien à voir avec le romantisme, le sentimentalisme ou la mièvrerie badine auxquels on assimile souvent la poésie. Nous nous trouvons ici dans une forme de poésie qui, si elle est intimiste, n’en est pas moins exactement métaphysique.
En moins d’une vingtaine de lignes, c’est une sorte d’expérience intérieure d’une rare densité qui est exprimée et qui, si elle devait faire l’objet d’explications et de commentaires requerrait plusieurs épais volumes : la vérité de l’homme y est mise en lumière, tandis que dans l’ombre se devine la vérité de Dieu.
Théologie apophatique faite poème !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

frise

Gustave Thibon

DEUS OMNIUM

Dans le coeur de l’homme, j’ai vu la fange et la corruption,
Et mon espoir en l’homme a pleuré, mais n’a pas fléchi :
La vie bourdonne au sein de la pourriture, une eau vierge dort dans la fange !
- Dans le coeur de l’homme, j’ai vu aussi la poussière,
Poussière de vice et de vertu, résidu neutre et stérile du bien et du mal…
Alors, j’ai tremblé pour l’homme,
L’image de l’homme a brouillé mon coeur comme une nausée.
- Attitudes, mensonges émoussés, sang tourné en salive, échanges solennels de fausse monnaie, prudence creuse en quête d’un ordre éteint – cette cendre s’amoncelle et monte, elle comble l’urne humaine ;
Là, aucune vie ne peut trouver sa pâture – pas même la mouche de l’ordure, pas même le ver du remords.
- Je ne crains pas la fange, je crains la poussière !
Allons ! La nausée n’est pas un verdict intégral. L’homme est injuste et fermé, traître au Oui suprême, idolâtre par omission, qui n’a pas surmonté son plus quotidien, son plus réfractaire hoquet.
La poussière aussi t’appartient, Seigneur, la poussière aussi chantera ta gloire !
Ton amour a des secrets qui fécondent même les entrailles absentes de la vanité !
- Un coup de balai de ta justice qui bouleverse l’ordre mort des poudreux atomes,
Puis un rayon de ta pitié sur la vitre humaine,
Et la poussière transfigurée dansera dans ton soleil !

Gustave Thibon, in « Offrande du Soir », éditions Lardanchet 1946, pp. 79-80.

Offrande du soir - Gustave Thibon 1946

frise

Autres publications consacrées à Gustave Thibon dans les pages de ce blogue :

- Courte présentation biographique de Gustave Thibon > www
– « Gustave Thibon : dix ans déjà ! » (2011) > www
– « Eloignement et connaissance » (extrait de « Retour au réel ») > www
– Le message de ND de La Salette au monde paysan > www
– « Le goût de l’aliment éternel » > www
– « Libertés » (extrait de « Diagnostics ») > www
- Eglise et politique : c’est l’absolu qui me donne la norme du relatif www
- Le sport dans la société moderne (in « L’Equilibre et l’harmonie ») www

–  Vertu d’espérance et optimisme (in « L’Equilibre et l’harmonie ») www
– Sur la démocratie et le suffrage universel www
– « Gustave Thibon – la leçon du silence » par Raphaël Debailiac www
– « Dépendance et liberté » (in « Retour au réel ») www
– « Quel avenir pour l’Occident ? » (R. Debailiac) www
– Sur la révolution française www
– « L’homme a besoin de racines » (retranscription d’un entretien radiophonique) www

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