Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2025-192. « Il n’est venu dans le monde que pour S’y trouver dans les hommes, avec les hommes et pour les hommes…»

Deuxième dimanche de l’Avent.
Epître : Rom, XV 4-13 ; Evangile : Matth. XI 2-10.

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       Dans les Oeuvres complètes de Saint Bernard (traduction de l’Abbé Charpentier, éditées chez Louis Vivès, Paris, 1866), on trouve sept sermons pour l’Avent : celui que nous recopions ci-dessous est le dernier de cette série. C’est un sermon très court qui ne fait pas le commentaire de l’un ou l’autre des passages évangéliques choisis par la Sainte Eglise pour la liturgie des dimanches qui marquent la progression vers la fête de Noël, mais il résume de manière assez « percutante » l’impérieux besoin dans lequel la pauvre humanité pécheresse – spirituellement malade – se trouve sans le secours du divin Sauveur.
Ici, Saint Bernard nous qualifie comme « faibles à la séduction, mous dans l’action, et sans force pour la résistance » et montre comment le Christ rédempteur vient heureusement guérir ces trois maux qui nous rendent si vulnérables.

Le Christ tendant la main à l'humanité - blogue

« … afin de dissiper nos ténèbres, alléger nos fatigues
et écarter les dangers qui nous menacent. »

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« Il n’est venu dans le monde que pour S’y trouver
dans les hommes, avec les hommes
et pour les hommes…»

   Si nous célébrons dévotement la venue du Seigneur nous ne faisons que ce que nous devons, car non-seulement Il est venu vers nous, mais Il est venu pour nous, Lui qui n’a pas besoin de nos biens.

   La grandeur de la grâce qu’Il nous fait montre assez quelle était notre indigence. Car, si on juge de la gravité d’une maladie par ce qu’il en coûte pour la guérir, on reconnaît le nombre des maladies à guérir par le nombre même des remèdes auxquels il a fallu recourir. Pourquoi y aurait-il diversité de grâces s’il n’y avait pas diversité de besoins ? Il est difficile de passer en revue dans un seul discours toutes les misères dont nous sommes atteints, mais il s’en présente trois à mon esprit qui nous sont communes à tous et qu’on peut en quelque sorte regarder comme nos principales misères.
Il n’y a personne parmi nous qui ne semble quelquefois avoir besoin de conseil, d’aide et d’assistance, car ce triple besoin est général au genre humain tout entier, et tous tant que nous sommes, qui vivons à l’ombre de la mort, dans un corps faible et dans le séjour de la tentation, si nous voulons y réfléchir sérieusement, nous verrons que nous sommes misérablement atteints de ce triple mal.

   En effet nous sommes faibles à la séduction, mous dans l’action, et sans force pour la résistance. Si nous voulons discerner entre le bien et le mal, nous nous trompons ; si nous tentons de faire le bien, nous défaillons ; et si nous entreprenons de résister au mal nous sommes renversés et vaincus.

   Voilà ce qui rendait la venue du Seigneur nécessaire, et ce qui faisait de Sa présence un besoin pour les hommes, dans l’état où ils se trouvaient.
Dieu veuille que, par l’abondance de Sa grâce, non-seulement Il vienne, mais qu’Il habite en nous par la foi, pour dissiper nos ténèbres par l’éclat de Sa lumière ; qu’Il demeure en nous pour aider notre faiblesse et qu’Il résiste pour nous afin de couvrir et de protéger notre fragilité.
En effet, s’Il est en nous, qui est-ce qui pourra nous induire en erreur ? S’Il est avec nous, de quoi ne serons-nous point capables en Celui qui nous fortifie ? Enfin s’Il est pour nous, qui sera contre nous ?

   C’est un conseiller fidèle qui ne peut ni nous tromper ni Se tromper, c’est un aide puissant qui ne connaît point la fatigue, un protecteur efficace qui peut mettre Satan lui-même sous nos pieds et briser sa puissance, car Il n’est rien moins que la Sagesse même de Dieu qui peut, quand elle veut, instruire les ignorants : Il est la vertu de Dieu, qui soutient sans peine ceux qui faiblissent et les tire du danger.

   Aussi, mes frères, toutes les fois que nous avons besoin d’un conseil, recourrons à ce maître ; dans toutes nos actions invoquons ce puissant auxiliaire ; et dans tous les assauts que nous avons à soutenir, remettons le salut de nos âmes entre les mains de ce sûr défenseur. Il n’est venu dans le monde que pour S’y trouver dans les hommes, avec les hommes et pour les hommes, afin de dissiper nos ténèbres, alléger nos fatigues et écarter les dangers qui nous menacent.

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2025-191. « Les Sept Sacrements d’hier à aujourd’hui – Bref examen critique des nouveaux rituels ».

5 décembre 2025.

Nous avons lu, nous avons beaucoup aimé,

et nous recommandons chaleureusement cet ouvrage :

Les Sept Sacrements d’hier à aujourd’hui

Bref examen critique des nouveaux rituels

de Monsieur l’Abbé Claude Barthe

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Nous venions d’achever la lecture du petit ouvrage (100 pages) que la sagacité et la rigueur théologiques de Monsieur l’Abbé Claude Barthe vient de publier récemment aux éditions « Contretemps » (les éditions de Renaissance Catholique), et nous programmions dans ces pages une courte recension de cet excellent ouvrage, lorsque, ce jour même, nous reçûmes dans notre boite aux lettres électronique celle réalisée par l’association Paix liturgique.
Il nous paraît donc judicieux de vous encourager à prendre par vous-mêmes connaissance de cette lettre, en cliquant ici > Paix liturgique – lettre n°1312 du 5 XII 2025.

Abbé Claude Barthe - les sept sacrements d'hier à aujourd'hui

   Il ne paraît pas inutile de reproduire ici la quatrième de couverture :

   L’arbre de la messe a souvent caché la forêt des sacrements. Autrement dit, depuis soixante années les débats à propos de la réforme liturgique se sont focalisés sur le nouveau missel (constitution du pape Paul VI, Missale Romanum, 3 avril 1969). Or cette réforme de la messe s’est accompagnée, conformément à la déclaration conciliaire sur la liturgie, Sacrosanctum Concilium (4 décembre 1963) d’une refonte profonde des rituels des six autres sacrements : baptême, mariage, confirmation, pénitence devenue sacrement de la réconciliation, ordination, extrême-onction devenue sacrement des malades.

   La liturgie est traditionnellement le lieu théologique par excellence de la préservation et de la transmission de la foi. Or, le rite nouveau de la messe avait suscité des critiques dénonçant ses amoindrissements de signification. L’abbé Barthe s’est ici livré à une comparaison précise et factuelle, sacrement par sacrement, de l’ensemble des rituels de célébration des sacrements de l’Eglise. Sont mis en regard la matière (utilisée) et la forme (les paroles prononcées) constitutifs de chaque sacrement de même que l’ensemble des cérémonies avant et après la réforme conciliaire. La multiplicité des formules utilisables et le caractère moins limpide de nombre d’entre elles ont incontestablement joué un rôle dans un affaiblissement du message doctrinal. La quasi-disparition des exorcismes dans le nouveau rituel du baptême est, à cet égard, révélatrice. Cette volonté d’ « adaptation » n’a-t-elle pas manqué son but missionnaire ?

   Un travail, documenté et apaisé, à l’heure où, au-delà de la célébration de la messe, la possibilité d’utiliser les rituels traditionnels des sacrements est largement remise en cause.

rituale romanum

Quelques réflexions personnelles :

   1) Nous pensons que le travail que publie ici Monsieur l’Abbé Barthe est véritablement précieux, et qu’en l’occurrence cet ouvrage non seulement devrait figurer en bonne place dans toute bibliothèque catholique sérieuse, mais qu’il devrait en être régulièrement – sinon fréquemment – sorti pour le lire, le relire et l’approfondir.
- Ouvrage précieux parce qu’il offre à tous les fidèles (pas uniquement aux « tradis », mais également à tous les fidèles de bonne volonté qui, en toute honnêté intellectuelle, veulent connaître les raisons objectives d’une attitude qui est présentée très souvent par leurs opposants comme une simple crispation subjective ou idéologique), de manière extrèmement rigoureuse – en même temps que concise – une approche comparative sérieuse qui fait bien ressortir les problèmes soulevés, au regard de la théologie catholique traditionnelle, par les rituels des sacrements réformés dans la suite du concile vaticandeux.
- Ouvrage précieux aussi parce qu’il fournit des bases solides et des arguments sérieux à tous ceux qui se battent avec persévérance pour faire valoir et respecter leur droit le plus strict à bénéficier des sacrements selon les formes liturgiques antérieures au dit concile.

   2) Le changement évident de perspectives théologiques exprimé par la reformulation et la célébration réformée des sacrements, me rappelle bien évidemment ce passage du fameux « sermon de Lille » au cours duquel Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre n’hésitait pas à affirmer (nous mettons nous-mêmes en caractères gras la phrase la plus significative de ce paragraphe) :

   « (…) cette union voulue par les catholiques libéraux entre l’Eglise et la Révolution est une union adultère ! De cette union adultère ne peut venir que des bâtards. Et qui sont ces bâtards ? Ce sont nos rites. Le rite de la nouvelle messe est un rite bâtard. Les sacrements sont des sacrements bâtards. Nous ne savons plus si ce sont des sacrements qui donnent la grâce ou qui ne la donnent pas. Nous ne savons plus si cette messe nous donne le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ou si elle ne les donne pas. Les prêtres qui sortent des séminaires ne savent plus eux-mêmes ce qu’ils sont. C’est le cardinal de Cincinnati qui, à Rome, disait pourquoi il n’y a plus de vocations, parce que l’Eglise ne sait plus ce qu’est un prêtre. Alors, comment peut-elle encore former des prêtres si elle ne sait plus ce qu’est un prêtre ? Les prêtres qui sortent des séminaires sont des prêtres bâtards. Ils ne savent pas ce qu’ils sont. Ils ne savent pas qu’ils sont faits pour monter à l’Autel, pour offrir le Sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et pour donner Jésus-Christ aux âmes, et appeler les âmes à Jésus-Christ… »

Monseigneur Marcel Lefebvre, prédication prononcée à Lille le dimanche 29 août 1976 (cf. > ici). 

Vignette croix et calice - blogue

   3) L’ouvrage est préfacé par Son Excellence Monseigneur Athanasius Schneider, et cette seule longue préface constitue déjà en elle-même une synthèse théologique très intéressante dont il faut bien se garder d’omettre la lecture.

   4) Les titres donnés par Monsieur l’Abbé Barthe aux sous-parties de son livre sont remarquablement éloquents (et allèchants) ; citons, entre autres : « (…) un message doctrinal faible délivré par un rite flou », « Les cinq raisons pour lesquelles il faut tenir aux sacrements traditionnels », « En situation de minorité persécutée les usagers de l’ancien rite ne peuvent se permettre de lâcher du lest », « Un escamotage de la bataille contre le démon… »

   5) En cette période d’incertitude, où, particulièrement dans les diocèses de France, on a parfois l’impression de revivre des situations que ceux de ma génération et des générations précédentes ont connues dans les années 60 et 70 du précédent siècle (à croire que les évêques actuels sont d’indécrottables nostalgiques du passé !), et où certains prêtres de la nébuleuse « tradi » – toutes obédiences confondues – laissent parfois le douloureux sentiment de ne pas être les défenseurs et combattants qu’attendent les fidèles, cet ouvrage est absolument opportun et bienvenu.
Et puisque nous sommes dans une période de préparation de « cadeaux », plutôt que des babioles superficielles ou des gourmandises superfétatoires, nous suggérons de faire de l’ouvrage de Monsieur l’Abbé Barthe un véritable cadeau utile à l’attention de tous ceux de vos amis – voire de vos prêtres – qui sont capables d’en tirer profit, voire d’être surnaturellement fortifiés.

Bonne et attentive lecture à vous tous !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Tryptique des Sept Sacrements - Rogier van der Weyden

Rogier van der Weyden (v. 1399 – 1464) : triptyque des sept sacrements (vers 1445)
[Musée royal des Beaux-Arts, Anvers].

2025-189. La première leçon d’Iñigo de Loyola à Don Francisco de Jasso y Azpilicueta.

3 décembre,
Fête de Saint François Xavier, confesseur (double majeur) ;
Mémoire de la férie de l’Avent.

Reliquaire de l'avant-bras droit de Saint François Xavier

Reliquaire dans lequel est exposé l’avant-bras droit de Saint François Xavier
[Rome, église du "Gesù"]

       Il ne faut jamais oublier que, avant d’être un grand missionnaire, avant d’être un des premiers compagnons de Saint Ignace de Loyola, François de Xavier (Francisco de Jasso y Azpilicueta), futur Saint François Xavier, est un converti.
A vues humaines, rien ne prédisposait ce jeune cadet de famille pétri d’ambitions – religieuses certes mais néanmoins mondaines (il briguait un très honorable et confortable bénéfice de chanoine à la cathédrale de Pampelune) – à entendre et à suivre cet ancien soldat devenu bigot, sans allure, mendiant, son aîné d’une quinzaine d’années, car tout semblait les opposer ; en effet, s’ils étaient tous deux Basques, leur histoire personnelle ou familiale les plaçait dans deux camps qui s’étaient opposés lors de l’annexion d’une partie du Royaume de Navarre par celui de Castille.

   La divine Providence a cependant voulu que celui qui s’appelait encore Iñigo, en débarquant à Paris pour y suivre ses études, y fût en quelque sorte imposé, malgré l’instinctive répugnance et méfiance de Don Francisco de Jasso, comme son cochambriste (avec Pierre Favre [appelé Fèvre dans le récit suivant]).
La patience d’Iñigo de Loyola et le travail de la grâce feront le reste…

   Dans le texte reproduit ci-dessous, l’écrivain catholique Louis de Wohl, auteur de plusieurs belles hagiographies, met en scène la conversation nocturne que l’ombrageux jeune hidalgo Navarrais condescent, pour la première fois, à avoir avec celui qu’il a jusque là méprisé et tenu à distance.

Blason compagnie de Jésus IHS

       « Il m’arrive quelquefois, murmura François, de rêver d’une épée de duc, d’un bâton de maréchal ou d’un chapeau de Cardinal. Et alors le Chapitre des chanoines de Pampelune me paraît beaucoup trop paisible et calme.
- Je connais ce sentiment, murmura l’homme dont la paillasse était à deux mètres de la sienne. Je voulais tout cela pour moi, et bien d’autres choses encore, quand j’avais à peu près votre âge.
- Tout cela et… encore autre chose ? Quoi d’autre ?
- Je rêvais de conquérir de nouveaux territoires pour le Roi et de les gouverner pour lui… Je rêvais de me gagner l’amour d’une reine, lorsque mon épée m’aurait valu le rang que je désirais pour servir mon ambition. »

   Un homme pâle, à moitié chauve, avec une barbiche pointue.
Un homme que le doux Pierre Fèvre avait dû initier aux éléments rudimentaires de la philosophie aristotélicienne.
Un petit infirme boiteux qui passait ses vacances scolaires à mendier dans les provinces, en Hollande, en Angleterre, et qui, tout à coup, versait des pièces d’or pour permettre à un noble de ne pas vendre son cheval [Note : Don Francisco appartenait à la petite noblesse navarraise qui avait beaucoup perdu lors de l’annexion de la Basse-Navarre par la Castille ; désargenté, il lui était difficile de garder un cheval et un valet dont il ne pouvait toutefois envisager de se passer, et Iñigo de Loyola lui était venu en aide].

   « Vous faisiez de beaux rêves, Pourquoi y avez-vous renoncé ?
- Parce qu’ils n’étaient pas assez beaux.
- Quoi ! » s’exclama François presque trop fort.
Il regarda et écouta, mais personne ne bougea. Fèvre et de Pena dormaient profondément.

   « Pas assez beaux, répéta son voisin de paillasse. Un duc est moins grand qu’un roi, et le roi peut être injuste envers lui. Une reine est une grande dame, mais elle peut accorder et retirer ses faveurs au gré de sa fantaisie. Tandis que celui qui sert le Roi des rois et la Reine du Ciel n’a à redouter que ses propres faiblesses, et sa récompense dépassera le rêve de toute ambition humaine. »
- Mais, sur terre, doit-il mener une vie de mendiant ?
- Lorsque l’ambition d’un homme est infinie, il ne doit pas la gaspiller en bêtises. Il n’a besoin de rien. Il trouve tout en Dieu. Il n’a pas besoin de rang. Il a le plus haut rang en Dieu. Servir Dieu, c’est gouverner. »

   François secoua la tête.
« Ce n’est pas de l’Aristote. Ce n’est pas non plus du Pierre Lombard, ni du Thomas d’Aquin…
- J’ai découvert cela dans la chambre à baldaquin de Loyola quand, pour la troisième fois, on me cassa la jambe pour la remettre en place. J’ai découvert cela pendant mes insomnies à Montserrat, et dans une petite caverne près de Manresa, où j’ai écrit mon livre » [Note : Pendant l’année qu’il passa à Manresa – Manrèse -, Ignace de Loyola notait dans un cahier, en rouge les paroles et inspirations de Notre-Seigneur, et en bleu les paroles et inspirations de Notre-Dame : c’est l’origine du livre des « Exercices spirituels »].

   (…) – Pourquoi vous a-t-on cassé la jambe ?
- J’ai été blessé au siège de Pampelune, dit l’homme sur la paillasse. Les chirurgiens français m’ont mal soigné, et les Espagnols, plus tard, n’ont pas fait mieux. On m’a cassé deux fois la jambe parce qu’un morceau d’os dépassait et faisait une bosse sur mon genou, ce qui eût été disgracieux, surtout à cheval. C’était par vanité. Pourtant, c’est à ce moment-là que j’ai décidé de servir Dieu plutôt que le Roi. C’était une vie nouvelle. Et toute vie nouvelle a son enfance. La mienne débuta à Manresa. Puis j’allai en Terre Sainte.
- Mais vous aviez renoncé à tous vos biens ; comment avez-vous fait pour la traversée ?
- Dieu s’en occupa. Tout cela se trouve dans le Sermon sur la Montagne. Si Dieu veut, je retournerai en Terre Sainte, avec d’autres cette fois, et nous le servirons de la même manière.
- En tant que mendiant ?
- La mendicité ne joue qu’un rôle infime dans l’affaire. Elle est bonne pour notre humilité, bonne aussi pour la charité des autres. La pauvreté procure la liberté. On n’envie pas l’homme pauvre, à quelques exceptions près, et ces exceptions peuvent aisément satisfaire leur envie en l’imitant. L’homme qui ne possède rien a l’esprit aussi libre que les mains. Ceux qui servent la richesse nous traitent de fous. Ils oublient qu’un fou a plus de force qu’un homme sensé, non parce que ses muscles sont plus vigoureux, mais parce qu’il ne songe pas à se protéger. Il peut employer toute sa force à écraser son ennemi.
- Raisonnement de soldat, dit François.
- C’est que je suis précisément un soldat, dit l’homme sur la paillasse. Et ceux qui suivent la même route que moi en sont aussi. Bonne nuit ! Don François.
- Bonne nuit ! » répondit François en écho.

   C’est alors seulement qu’il prit conscience de la façon brusque, bien que polie, avec laquelle son original voisin avait mis un terme à leur conversation. Son « Bonne nuit ! » avait ressemblé au déclenchement de la cloche du collège annonçant la fin de la leçon.
C’était en effet la fin de la première leçon.
Il aurait voulu être irrité, mais il n’y parvint pas.
Il entendit alors l’homme respirer paisiblement et régulièrement sur sa paillasse. Il s’était endormi.

Louis de Wohl (1903-1961),
in « Va et incendie le monde – Saint François Xavier », ed. Mame 1953.

Conversion de Saint François Xavier

2025-188. « Cette défaite valait mieux pour la France que la victoire elle-même ! »

2 décembre,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, la fête du Bienheureux Jean de Ruysbroeck (cf. > ici et > ici) ;
Mémoire de Sainte Bibiane, vierge et martyre ;
En Avent, mémoire de la férie de l’Avent ;
Anniversaire de la bataille de Loigny (cf. aussi ici).

La charge des Zouaves à Loigny - 2 décembre 1870 - blogue

Loigny, le 2 décembre 1870, la charge des Zouaves Pontificaux
autour de la bannière du Sacré-Cœur.

Sacré-Coeur

Votre drapeau vous a conduits au martyre ;

il lui reste de vous conduire à la victoire.

       En juin 1873, à Paray-le-Monial, à l’occasion de la fête du Sacré-Cœur de Jésus, eut lieu un grand pélerinage national auquel participèrent un grand nombre de députés français.
Le Révérend Père Célestin Joseph Félix (1810-1891), de la Compagnie de Jésus, célèbre prédicateur de ce temps (il assura les Conférences de Carême à Notre-Dame de Paris de 1853 à 1870), y prit la parole, en présence de la bannière du Sacré-Cœur – qui avait été hissée par les Zouaves Pontificaux sur le champ de bataille de Loigny – et nous reproduisons ci-dessous un extrait de ce remarquable sermon. 

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       « Que n’ai-je le temps de vous dire l’histoire de ce drapeau miraculeux ? Drapeau désormais historique que nous voyons ici avec une religieuse émotion, couvert ou plutôt embelli par le sang de nos braves, et que nous avons vu ce matin couvert de vos baisers et embelli de vos larmes, environné qu’il était, entre l’autel du Sacré-Cœur et la châsse de sa bienheureuse confidente, d’un culte religieux et patriotique : drapeau catholique et français qui nous demeurera désormais comme un signe d’espérance, et comme la légende vénérée du courage et du dévouement poussé jusqu’au martyre.
Dessiné sur un lit de mort par la main défaillante d’un chrétien de noble race [Note : le marquis de Montagu], puis, exécuté par les angéliques mains des filles de la Visitation, au lieu même où le Sacré-Cœur a révélé son doux mystère, offert ensuite, comme un pieux talisman, au chef à jamais illustre de nos Zouaves Pontificaux devenus les défenseurs les plus héroïques de la France, ce drapeau du Sacré-Cœur, à l’une de nos heures les plus fécondes en désastres pour la patrie, fut déployé sur un champ de bataille ; horrible champ de bataille déjà inondé de notre sang, et d’où la victoire s’enfuyait de partout, à travers les morts jonchant la terre de leurs cadavres, et les vivants donnant de tous côtés le spectacle d’une déroute à peu près universelle ; situation humainement désespérante, qui ne laissait plus à choisir qu’entre la fuite ou la mort !…

   C’est dans ce champ de carnage à nul autre pareil, c’est devant cette foudre du canon grondant de toutes parts, et faisant de tous côtés pleuvoir les funérailles comme la grêle en un moment d’orage, oui, c’est à cette heure et sur ce théâtre que l’immortel drapeau fut déployé.

   Oh ! Les voyez-vous d’ici ces Volontaires victimes de la patrie, à genoux devant la bannière du sacrifice, demandant au Sacré-Cœur l’une de ces deux choses, les seules dignes de leur ambition, la victoire ou le martyre ?
Entendez-vous la voix d’un général illustre [Note : le Général de Sonis], survivant mutilé de ses compagnons d’armes, grand débris de ce grand désastre que j’aperçois d’ici sous les plis de ce drapeau sanglant, l’entendez-vous s’écrier en remettant aux mains d’un de ces braves ce drapeau du martyre : « En avant ; Vive Pie IX ; Vive la France ! »
Et tous ces héros, électrisés par cette parole, les voyez-vous qui se précipitent dans cette tempête de feu, en s’écriant à leur tour : « Vive Pie IX ! Vive la France ! En avant !… »

   O frères héroïques, magnanimes soldats de la Papauté captive et de la Patrie en deuil, en marchant à la mort sous ce drapeau qui porte les saintes reliques de votre sang, ah ! vous avez montré dans une éclatante lumière ce que la France peut attendre de vous à l’heure de ses grands désastres !
Champs de Loigny et de Patay à jamais illustrés par nos malheurs et par notre héroïsme, vous l’avez vu flotter ce drapeau si glorieux dans la défaite ; et vous avez vu comment, sous cette bannière symbole d’amour, de sacrifice et d’immolation, ces nobles fils de la France savaient mourir pour elle !

   Alors, en effet, dans cette lutte inégale, où, sans un miracle, il n’y avait plus de place que pour le sacrifice et la mort, que n’a-t-on pas vu ?
Fils de l’Eglise et de la France, quel spectacle vous avez donné, en cette heure solennelle, à la patrie étonnée et à ses ennemis plus étonnés encore !
Spectacle inouï, même dans l’histoire de nos dévouements patriotiques et de nos héroïsmes militaires : ces nobles Fils de la France courant à une mort certaine, portant dans leur main le drapeau du martyre déjà couvert de leur sang ; chacun d’eux passant la mort à ses frères d’armes en leur passant le drapeau ; tous tombant les uns après les autres, dans la plus belle fleur de leur vie ; et les regards tournés encore vers l’ennemi, redisant de leur dernier soupir leur cri héroïque : «Vive Pie IX, vive la France, vive le Sacré-Cœur ! »
Jamais vit-on, dites-moi, sur nos champs de bataille quelque chose de pareil ?

   Matériellement ils n’ont pas vaincu ; ils ne pouvaient vaincre.
Au lieu de la victoire Dieu leur avait prédestiné le martyre dans la défaite ; mais cette défaite valait mieux pour la France que la victoire elle-même.
Car cette défaite, s’il est permis de la nommer ainsi, c’était un exploit plein d’honneur, c’était une gloire dans le désastre ; et ce martyre volontaire d’une jeunesse française dévouée jusqu’au sacrifice de la vie, c’était un triomphe plein d’espérance ; car ce sang versé, le plus pur et le meilleur sang de la France, c’était une rançon de la Patrie, bien autrement rassurante pour notre avenir que la rançon de nos milliards.
Ah ! Ces tombes de nos héros morts sous le drapeau du Sacré-Cœur, prophétisent ; et jusque dans leur silence, elles disent à tous ceux qui savent entendre cette grande voix du sang, ce que la France peut attendre un jour de tels soldats, conduits par de tels chefs et sous un tel drapeau, à la défense d’une telle patrie !
Glorieux survivants de cette hécatombe immortelle, vous qui portez ici sur des fronts purs et fiers le reflet de cette gloire qui brille sur la tombe de vos frères morts ; vous surtout qui portez dans des membres mutilés le témoignage d’un héroïsme qui perce malgré vous à travers le voile de votre chrétienne humilité, c’est à vous surtout que j’en appelle !
Ah ! Ce spectacle grandiose, cette bravoure magnanime, cet héroïsme à nul autre pareil, vous seuls pourriez nous les peindre dans toute leur vérité sublime. Ce qui se passait dans ces nobles cœurs, à l’heure de leur sanglante immolation, vous seuls pouvez bien le savoir et le dire ; car, ce qu’ils sentaient vous le sentiez ; ce qu’ils voulaient vous le vouliez ; ce qu’ils cherchaient vous le cherchiez avec une ardeur et une bravoure pareilles : la victoire ou la mort, le salut de la France par le sacrifice de votre vie !…

   Honneur et gloire à vous ; la France vous bénit ; la France vous applaudit ; la France vous remercie : avec vos frères morts, vous êtes sa gloire, et vous êtes son espérance.
Oui, fiers, avec vous et comme vous, de ce passé qui vous illustre, nous sommes confiants dans l’avenir qu’il nous prépare. Si mes pressentiments et mes espérances ne me trompent, j’ose le proclamer tout haut, votre rôle n’est pas fini. Votre drapeau vous a conduits au martyre ; il lui reste de vous conduire à la victoire.
Ah ! Ce drapeau décoré par votre Sang, gardez-le bien, gardez-le pour nos heures décisives. Je ne sais quoi me dit qu’un jour ce drapeau sera déployé sur d’autres champs de bataille ; et j’entends comme une voix qui crie du fond de mon âme et de cette fête : Un jour vous sauverez la France sous le drapeau du Sacré-Cœur !…
Vous avez glorieusement inauguré le mouvement national qui emporte aujourd’hui la France vers le Sacré-Cœur [Note : le commencement des travaux de la Basilique du Vœu national au Sacré-Cœur, sur la colline de Montmartre], en déployant sur les champs de bataille ce drapeau du sacrifice ; au Sacré-Cœur il appartient de nous sauver par vous, sous cette bannière désormais devenue pour nous le drapeau du salut !  »

Rd. Père Célestin Joseph Félix s.j.
In : « La France Devant le Sacré-Cœur – discours prononcé à Paray-le-Monial, le 20 Juin 1873″.

Bannière de Loigny - blogue

2025-186. Excita, Domine !

Samedi avant le premier dimanche de l’Avent.

Couronne de l'Avent une bougie - gif

Bonne, fervente et très sainte nouvelle année [liturgique] !

       J’ai demandé à mon papa-moine s’il avait pensé à préparer quelques lignes d’encouragement ou d’exhortation à l’intention de nos amis et lecteurs pour le commencement de l’Avent, l’entrée dans la nouvelle année liturgique, et il m’a répondu : « Oui, bien sûr que j’y ai pensé : tellement bien pensé que je te confie la très importante mission de leur écrire en te fondant sur le premier mot des collectes du vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte, et des premier, deuxième et quatrième dimanches de l’Avent… », tout en posant devant moi un missel et un Gaffiot.
Puis il s’est occupé à rentrer des bûches en chantonnant ; me laissant seul devant mon bureau !

Tolbiac à l'étude - blogue

   Me voilà donc plongé dans le missel traditionnel y recherchant avec application les dites collectes, et voici ce que j’ai trouvé :

1) Pour le vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte :

   Excita, quǽsumus. Dómine, tuórum fidélium voluntátes : ut, divíni óperis fructum propénsius exsequéntes ; pietátis tuæ remédia maióra percípiant. Per Dóminum nostrum…

   Excitez, nous Vous en supplions, Seigneur, la volonté de Vos fidèles, afin que, recherchant avec plus d’ardeur, le fruit des œuvres divines, ils reçoivent de Votre miséricorde des remèdes plus puissants. Par Notre-Seigneur…

2) Pour le premier dimanche de l’Avent :

   Excita, quǽsumus, Dómine, poténtiam tuam, et veni : ut ab imminéntibus peccatórum nostrórum perículis, te mereámur protegénte éripi, te liberánte salvári : Qui vivis et regnas…

   Excitez Votre puissance, Seigneur et venez, pour que, dans le grand péril où nous sommes à cause de nos péchés, nous puissions trouver en Vous le défenseur qui nous délivre et le libérateur qui nous sauve : ô Vous qui vivez et régnez…

3) Pour le deuxième dimanche de l’Avent :

   Excita, Dómine, corda nostra ad præparándas Unigéniti tui vias : ut, per eius advéntum, purificátis tibi méntibus servíre mereámur : Qui tecum…

   Excitez nos cœurs, Seigneur, pour préparer la route à Votre Fils unique, afin que Sa venue nous permette de Vous servir avec une âme plus pure : Lui qui avec Vous…

4) Pour le quatrième dimanche de l’Avent :

   Excita, quǽsumus, Dómine, poténtiam tuam, et veni : et magna nobis virtúte succúrre ; ut per auxílium grátiæ tuæ, quod nostra peccáta præpédiunt, indulgéntiæ tuæ propitiatiónis accéleret : Qui vivis et regnas…

   Excitez, Seigneur, Votre puissance et venez : donnez-nous le secours de Votre force infinie, et qu’avec l’aide de Votre grâce, Votre indulgente bonté nous accorde sans délai ce que retardent nos péchés : ô Vous qui vivez et régnez…

Euréka - blogue

   Frère Maximilien-Marie m’avait donné pour consigne de m’appuyer sur le premier mot de chacune de ces collectes, et, vous le constatez vous-même aussi bien que moi, ce mot est Excita, c’est-à-dire le verbe « excito » conjugué à l’impératif présent.

   Ainsi, pendant trois dimanches consécutifs, dont la péricope évangélique nous oriente spirituellement vers la préparation du retour glorieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ à la fin des temps (cela il ne faut jamais l’oublier - cf. > ici), et encore une fois à quelques jours seulement de la célébration de la Nativité du Verbe Incarné, nous nous adressons à Dieu en Lui disant : « Excitez ! ».
Nous nous adressons à Dieu en Lui donnant un ordre : « Excitez ! ».
Alors, certes, la rudesse de cet ordre est en quelque manière atténuée par une formule de politesse : mais il s’agit bien d’un impératif avec lequel la sainte liturgie nous fait nous adresser à Celui dont nous sommes les créatures, les serviteurs, les débiteurs…
Un ordre qui tient en trois syllabes : « Excita ! »

   Comme Frère Maximilien-Marie avait placé un Gaffiot sur ma table de travail, j’ai bien compris que c’était une invitation très explicite à ce que je me plongeasse dans toute la richesse des acceptions du verbe excĭtō [āvī, ātum, āre, tr.], et j’ai ainsi découvert que l’idée qui préside à tous ses divers sens, est celle d’un déplacement (avec le préfixe « ex ») qui nous fait quitter un état ou une position.
Ainsi peut-il signifier : « faire sortir », « réveiller – tirer du sommeil », « faire lever – faire se dresser », « relever » (une personne abattue), « susciter – soulever – provoquer », « exciter – aviver »…

Excita Domine !!! - Copie

   Cet approfondissement sémantique ne nous renvoie-t-il pas précisément à l’énergique exhortation de Saint Paul dans l’épître de ce premier dimanche de l’Avent : « Hora est jam nos de somno surgere : il est l’heure désormais de sortir de notre assoupissement » (Rom. XIII, 11 - cf. > ici).

   Tout est cohérent ; tout est logique ; tout est parfaitement limpide : les bons chrétiens que nous sommes ont besoin d’être « secoués », d’être tirés de leur torpeur, d’être un peu bousculés.

   Et comme nous sommes toujours un peu trop tendres avec nous-mêmes, un peu trop portés à nous ménager, un peu trop enclins à nous économiser, la Sainte Eglise place elle-même sur les lèvres des fidèles, avec une véritable insistance, des prières qui nous font demander – demander, que dis-je ? c’est bien plutôt ordonner : n’oubliez pas qu’il s’agit d’un impératif – à Dieu Lui-même de prendre les choses en mains d’une façon un peu plus vigoureuse.
C’est comme si elle nous faisait dire : « Seigneur, je suis spirituellement tout ramollo, et, pour être tout-à-fait honnête, je ne suis même pas certain que, spontanément, j’éprouve l’envie de me sortir de cet état… Alors, venez Vous-même me secouer, venez me tirer de mon indolence et de ma passivité : Excitez-moi ! »

Besoin d'être excité - blogue

   « Excitez, Seigneur, la volonté de Vos fidèles, afin que, recherchant avec plus d’ardeur, le fruit des œuvres divines, ils reçoivent de Votre miséricorde des remèdes plus puissants ! [collecte du 24ème dimanche] Excitez nos cœurs, Seigneur, pour préparer la route à Votre Fils unique, afin que Sa venue nous permette de Vous servir avec une âme plus pure ! [collecte du 2ème dimanche de l'Avent]
Et Vous-même, Seigneur, ne Vous laissez pas attendrir par nos gémissements et nos soupirs d’appitoiement sur nous-mêmes, mais : Excitez Votre puissance, Seigneur et venez, pour que, dans le grand péril où nous sommes à cause de nos péchés, nous puissions trouver en Vous le défenseur qui nous délivre et le libérateur qui nous sauve [collecte du 1er dimanche de l'Avent] Excitez, Seigneur, Votre puissance et venez : donnez-nous le secours de Votre force infinie, et qu’avec l’aide de Votre grâce, Votre indulgente bonté nous accorde sans délai ce que retardent nos péchés [collecte du 4ème dimanche de l'Avent], car il y va de notre salut éternel ! »

   Que la « divine excitation » vous titille donc sans cesse, cher Amis, et qu’elle vous maintienne à tout moment dans l’état de vigilance spirituelle et de réactivité nécessaires à votre salut : c’est la grâce que je vous souhaite. Ainsi soit-il !

pattes de chatTolbiac.

Excita Domine - blogue

Excita, Domine !

2025-185. Quand l’amour de notre belle langue française se transforme en un acte authentique de résistance.

   Le texte qui suit constitue la lettre mensuelle de la Confrérie Royale à ses membres et amis, en date du 25 novembre 2025, mais elle dépasse largement ce cadre et pourra, nous l’espérons, être utile à tous ceux qui aiment la France et la veulent mieux aimer…

Laurent de La Hyre - allégorie de la Grammaire

Laurent de La Hyre (1606-1656) : allégorie de la Grammaire (1650)
[Galerie nationale, Londres]   

«L’orthographe est quelque chose d’aussi intrinsèque à la France que son langage, que son histoire : elle a évolué dans le même mystère. 
Je ne sais quel atavisme, lorsque j’avais huit ans, m’empêchait de me tromper sur des mots difficiles comme « abbaye » ou « chanfrein ».
A qui profitera une réforme simplificatrice de l’orthographe ? Evidemment aux ignorants.
Mais qu’importe que les ignorants fassent des fautes ? Ils en ont toujours fait et on ne leur coupe pas la tête pour cela.»

Jean Dutourd

Très chers amis,

   Me pardonnerez-vous si je vous viens aujourd’hui entretenir d’un sujet qui, à première vue, n’est pas dans une thématique de piété ou de spiritualité, et ne semble pas davantage une question légitimiste ?

   A première vue, ai-je écrit.
Car, à première vue, dire que je vous vais parler d’orthographe et de grammaire pourra surprendre, voire faire hausser les épaules. D’aucuns pourraient penser : nous prend-il pour des élèves d’école primaire ?

   A première vue…
Car, en réalité, c’est de l’amour de la France – notre si chère France – que je vous veux entretenir.
Et je ne doute pas que vous aimiez la France : « La France, le plus beau royaume après celui du Ciel » (Hugo Grotius).

   Je ne peux même pas une seconde imaginer que vous puissiez ne pas être profondément épris de cette France si merveilleusement gratifiée par Dieu dans sa géographie comme dans son histoire, si prodigieusement comblée des attentions de la divine Providence qui la fit naître dans les eaux du baptistère de Reims en unissant la foi catholique et la royauté franque.

   Pour un cœur profondément chrétien et français, l’amour véritable de la France n’a rien de commun avec quelque forme que ce soit de complaisance orgueilleuse et malsaine : il est humble reconnaissance des dons de Dieu ; il n’a rien – absolument rien – de commun avec des chimères « nationalistes » et suprémacistes : il est une simple acceptation des mystérieux desseins divins, avec le rappel d’exigences particulières dans un service plus rigoureux.

   Et c’est dans cette perspective là qu’il nous faut parler de notre langue française ; notre belle, notre merveilleuse langue française !

   Complexe, subtile, exigeante – et parfois déroutante – dans ses règles. Complexe, subtil, exigeant et merveilleux outil de la réflexion et de la pensée !
C’est d’ailleurs bien en raison du fait qu’elle est un merveilleux outil de la réflexion et de la pensée que la langue française est si attaquée, si décriée, et fait l’objet d’outrages peut-être sans précédent de nos jours.
C’est ainsi qu’un certain nombre de ceux qui sont, en principe, chargés de l’enseigner et d’en transmettre les bons usages se contentent, sans enthousiasme, d’en entériner des formes décadentes, tandis que nombre de ceux qui, aux plus hauts postes de la société, devraient œuvrer pour sa préservation et son développement, conspirent à son avilissement et à son abâtardissement.

   La langue française est une part non négligeable de la France.
Comment prétendre aimer la France sans se battre pour sa langue ? C’est une question de cohérence.
Et il n’y a rien de petit et d’insignifiant dans ce combat.

   Tu aimes la France, dis-tu ? Alors pourquoi te contentes-tu de formes défectueuses et fautives quand tu te sers de sa belle et noble langue ?
Tu aimes la France ? Alors pourquoi négliges-tu les règles exactes de son orthographe et de sa prodigieuse grammaire ?
Tu aimes la France ? Montre-le, chaque jour en ne sacrifiant pas sur l’autel du laisser-aller et de la vulgarité la précise et subtile concordance des temps ou l’utilisation des temps critiqués comme « désuets ».
Tu aimes la France ? Ne collabore pas avec les ennemis de son génie en négligeant toi aussi d’utiliser le « ne » de la forme négative : « Je NE sais pas » au lieu de l’affligeantissime « J’sais pas », « je NE l’ai pas vu » en place du flemmardissime « j’l’ai pas vu »… etc.
Ce sont les détails qui font la perfection.
Ce sont ces toutes petites choses qui témoignent de la grandeur et de la vérité d’un amour.

   Tout ceux qui veulent aimer la France en vérité devraient toujours avoir sous la main quelque bon vieux livre de grammaire et un dictionnaire (pas un de ces dictionnaires que, d’année en année, on prostitue davantage au goût du jour afin d’accompagner la décadence…).
Tous ceux qui veulent aimer la France en vérité devraient avoir le goût de se plonger au moins une fois par semaine dans sa grammaire ou son dictionnaire, à titre gratuit, juste pour le plaisir de réviser une règle un peu oubliée, d’approfondir une subtilité d’usage, de découvrir quelque beau mot qui fait pleinement partie de la richesse de notre patrimoine et ne voudrait pas être relégué dans les oubliettes…

   Sans doute vous regardera-t-on – avec ironie ou agacement – comme une sorte d’original, comme un phénomène, comme un snob peut-être ou un dandy.
Qu’importe ! Vous éprouverez en définitive, avec une véritable joie intérieure, l’intense et délicieux bonheur d’être, sur ce point là aussi, un authentique résistant luttant selon sa mesure contre l’universel avilissement de la langue et de la pensée.

La restauration de la pensée, des mœurs sociales et de la politique ne passe-t-elle pas nécessairement aussi par cela ?

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Saint Jean-Baptiste de la Salle

Saint Jean-Baptiste de La Salle montrant une classe à un ecclésiastique

2025-184. « Le transport du corps de Sainte Catherine par les anges », tableau d’Henri Lehmann.

25 novembre,
Fête de Sainte Catherine d’Alexandrie, vierge et mégalomartyre (cf. > ici).

Henri Lehmann - Sainte Catherine d'Alexandrie - blogue

Henri Lehmann (1814-1882) :
le transport du corps de Sainte Catherine d’Alexandrie par les anges (1839)
[Montpellier, Musée Fabre]

   Deus, qui dedísti legem Móysi in summitáte montis Sínai, et in eódem loco per sanctos angelos tuos corpus beátæ Catharínæ vírginis et mártyris tuæ mirabíliter collocásti : præsta, quǽsumus ; ut, eius méritis et intercessióne, ad montem, qui Christus est, perveníre valeámus : Qui tecum…

   O Dieu, qui avez donné la loi à Moïse sur le sommet du mont Sinaï, et qui avez fait miraculeusement transporter en ce même lieu, par Vos saints anges, le corps de Votre bienheureuse vierge et martyre Catherine ; faites, nous Vous en supplions, que par ses mérites et son intercession, nous puissions parvenir à la montagne qui est le Christ : Lui qui vit… etc.

Collecte de la fête de Sainte Catherine d’Alexandrie.

palmes et glaive des martyrs - vignette

       Au moment où elle était conduite sur la place publique afin d’y consommer son martyre, la glorieuse Catherine d’Alexandrie demanda à Notre-Seigneur qu’Il ne permît pas que son corps vierge fût vu et touché par les bourreaux après sa mort, et son divin Epoux exauça cette prière : Il envoya Ses anges pour qu’ils s’emparassent de la dépouille mortelle de la jeune martyre.

   Emportée par eux jusqu’au lieu où, à 1570 mètres d’altitude, le Dieu unique et véritable S’était manifesté à Moïse dans le Buisson ardent, selon les traditions les plus vénérables, la sainte dépouille y fut ensevelie.
Les anachorètes qui, déjà, vivaient en ces parages, conservèrent vivante la mémoire de ce miracle, qui fut par la suite mentionné dans la collecte romaine de la fête de Sainte Catherine.
En 337, l’impératrice-mère Sainte Hélène fit élever une chapelle au lieu du Buisson ardent, puis, de 548 à 562, l’empereur Justinien y fit édifier un monastère fortifié dont l’enceinte sacrée protège à la fois le lieu de la révélation à Moïse et la tombe de la mégalomartyre.
Ce monastère est illustre, parce qu’il est l’un des plus anciens et des plus célèbres de toute la Chrétienté, dans lequel la présence monastique n’a jamais cessé depuis le troisième siècle jusqu’à nos jours.

Monastère Sainte Catherine du Sinaï

Monastère fortifié de Sainte Catherine sur le Mont Sinaï.

   Henri Lehmann, né Karl Rudolph Heinrich Lehmann le 14 avril 1814 à Kiel, dans le duché de Holstein, vint à Paris, où il fut l’élève de Jean-Dominique Ingres ; il fut naturalisé français.
Portraitiste réputé, il reçut aussi commande de peintures murales d’envergure dans des édifices prestigieux : le Palais du Luxembourg, l’église Saint-Merri ou le Palais de Justice par exemple. Primé à de nombreuses reprises, il enseigna aux Beaux-Arts de 1875 à 1881, puis s’éteignit le 30 mars 1882.
Son style est caractérisé par un trait épuré, précis et gracieux, dont le tableau du transfert du corps de Sainte Catherine d’Alexandrie par les anges est l’un des plus fameux exemples. Cette huile sur toile (152,5 x 261,5 cm) fut peinte en 1839 – l’artiste avait alors 25 ans -, et fut présentée au Salon de 1840. Elle se trouve aujourd’hui au Musée Fabre, à Montpellier.

Henri Lehmann - Sainte Catherine d'Alexandrie - blogue - détail 1

   Ce tableau d’Henri Lehmann est une véritable surprise – surprise « aérienne et musicale » comme l’a écrit un critique -, qui transmet une impression de très grande sérénité, une sérénité telle que certains primitifs italiens excellent à la matérialiser dans leurs œuvres : il y a ici quelque chose qui s’apparente à ce que Giotto ou Piero della Francesca ont su exprimer.
Cela est indubitablement dû, me semble-t-il, au premier chef, à la sérénité de ce ciel sur lequel se détache la scène du transport du corps de la jeune martyre ; un ciel qui nous fait sortir de la nuit pour aller vers l’aurore ; un ciel immense et profond qui domine un paysage presque irréel de sommets dominant une mer d’un calme absolu.
Plénitude de paix parce que, invités à nous laisser arracher à la terre, nous sommes en quelque manière contraints – par la composition même du tableau – de porter nos regards sur une réalité spirituelle, une réalité surnaturelle, une réalité céleste, une réalité mystique, très au-dessus des agitations et tourments d’ici-bas…

Henri Lehmann - Sainte Catherine - détail 2

   La composition centrale du tableau attire irrésistiblement l’œil sur ce corps endormi dans la mort, une mort particulièrement violente arrivée au terme de supplices impitoyables, et cependant duquel émane une incroyable paix.
On pourrait presque entendre la voix de Notre-Seigneur disant comme au jour où Il entra dans la maison de Jaïre : « Ne pleurez pas, car elle n’est pas morte : elle dort ! » (cf. Luc VIII, 52).

   Les gestes doux et délicats avec lesquels les trois anges transportent ce corps ne pourraient-ils d’ailleurs pas également renvoyer à ces mots de l’Epoux du sacré Cantique : « Je vous en conjure (…) : n’éveillez pas, ne réveillez pas la bien-aimée, avant qu’elle le veuille... » (Cant. II, 7).
L’expression du visage et les deux mains croisées sur la poitrine évoquent, en effet, bien plus le repos de la contemplation absolue que les poses du sommeil ordinaire ou de la perte de la vie ; et si le le drap immaculé dans lequel ils transportent ce corps est sans nul doute un linge funèbre pour la partie inférieure, il évoque bien davantage le vêtement nuptial des vierges consacrées par la manière dont il en drape la partie supérieure et la tête.

   Le peintre, en définitive, nous parle en même temps de la mort corporelle, que figure la pâleur du visage, et de la victoire sur cette mort d’ici-bas, car les lèvres de la sainte sont entrouvertes comme pour proférer quelque nouvelle parole de foi, d’espérance et d’amour : « Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu’au dernier jour je ressusciterai de la terre… C’est là mon espérance : elle repose dans mon sein » (Job XIX 25…27).

Henri Lehmann - Sainte Catherine - détail 3

   Admirez aussi, malgré le hiératisme quasi liturgique de ce tableau, tout ce qu’il y a d’infinie tendresse et compassion dans l’expression de l’ange qui soutient la tête de la martyre.
Or l’ange est un messager : il porte la parole divine ; il la transmet soit par des mots, soit par des attitudes ou des gestes symboliques. C’est donc l’infinie tendresse et compassion divines que cet ange porte ici sur son visage.

Henri Lehmann - Sainte Catherine - détail 4

   Précédant ceux qui transportent le corps de Sainte Catherine, trois autres anges brandissent – comme dans un cortège de triomphe militaire on exhibe les trophées en avant du vainqueur – un fragment de la roue hérissée de pointes avec laquelle on voulut la torturer (mais la roue s’est brisée et des pointes ont crevé les yeux des bourreaux), la palme du martyre et la couronne des élus. 

   Cette translation est enfin accompagnée par un cortège d’anges dont la parenté avec ceux que l’on admire – là encore – chez certains primitifs italiens, voire chez Boticelli dans la « Nativité mystique », n’est pas à démontrer.
L’œil est évidemment attiré par ceux qui, au premier rang, chantent : l’un d’entre eux en s’accompagnant d’un luth, un autre en tenant le phylactère sur lequel est écrite la partition ; mais derrière eux on distingue aussi deux thuriféraires, trois porteurs de torchères, et des silhouettes imprécises qui donnent de la profondeur et suggèrent que l’on aperçoit seulement les têtes de file d’une cohorte innombrable.

   Ce véritable chef d’œuvre, qui conjugue la solennité et la fluidité dans un équilbre parfait, est fort du contraste qu’il manifeste entre la mort – l’horizontalité du cadavre -, et la vie, exprimée par le mouvement souple et gracieux des anges.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Henri Lehmann - Sainte Catherine - détail 5

2025-183. Récapitulatif des publications de ce blogue relatives au vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte qui annonce la fin des temps.

Vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte :
Dimanche de l’annonce de la fin des temps.

L'abomination de la désolation - blogue

Cum vidéritis abominatiónem desolatiónis
stantem in loco sancto : qui legit, intélligat…

A – Pour le vingt-quatrième dimanche lui-même :

- Les explications de Saint Augustin sur ce point de la péricope évangélique entendue en ce dimanche : « Malheur aux personnes qui seront enceintes et à celles qui nourriront » > ici
- Un sermon de Monsieur l’Abbé H.V. à l’occasion du dimanche de l’annonce de la fin des temps > ici
- Méditation pour le soir du dernier dimanche de l’année liturgique > ici

B – Questions en rapport avec ce dimanche de l’annonce de la fin des temps :

- Quels seront les signes certains de la fin des temps ? Réponse > ici
- Les sauvés seront-ils plus nombreux que les réprouvés ? Ou bien, au contraire, y aura-t-il davantage de damnés que de sauvés ? La réponse de Saint Augustin à cette délicate question > ici
- L’apostasie des nations : textes prophétiques de Léon XIII et de Saint Pie X > ici
- L’Antéchrist… et les multiples avatars de l’Antéchrist en cette période de la vie de l’Eglise > ici

C – Varia :

- Cantique du jugement dernier > ici

cavaliers de l'Apocalypse

Les quatre cavaliers de l’Apocalypse.

2025-182. Leçons historiques des matines de la fête de Sainte Cécile.

22 novembre,
Fête de Sainte Cécile, vierge martyre (cf. en bas de page) ;
Mémoire de Saint Calmin, duc d’Aquitaine puis ermite, fondateur de monastères.

Orazio Gentileschi - Sainte Cécile et l'ange - National Gallery

Orazio Gentileschi (1563-1639) :
Sainte Cécile jouant de la musique avec un ange (1618-1621)
[Galerie nationale d'Art, Washington]

Leçons historiques

du deuxième nocturne des matines de la fête de

Sainte Cécile

(Bréviaire romain traditionnel)

Quatrième leçon :

   La vierge Cécile, née à Rome de parents illustres, et élevée dès son enfance dans les principes de la foi chrétienne, consacra à Dieu sa virginité. Mais dans la suite, ayant été contrainte d’épouser Valérien, elle lui tint ce discours, le soir de ses noces : « Valérien, je suis placée sous la garde d’un Ange qui protège ma virginité : c’est pourquoi ne teniez rien à mon égard, de peur d’attirer sur vous la colère de Dieu ». Vivement ému de ces paroles, Valérien n’osa point s’approcher d’elle, il ajouta même qu’il croirait en Jésus-Christ, s’il voyait cet Ange. Cécile lui ayant répondu que cela n’était pas possible à moins qu’il n’eût reçu le baptême, il déclara, dans son ardent désir de voir l’Ange, qu’il voulait être baptisé.
C’est pourquoi, d’après le conseil de la jeune vierge, il se rendit auprès du Pape Urbain qui, à cause de la persécution, se tenait caché parmi les tombeaux des Martyrs, sur la voie Appia, et il reçut le baptême de ses mains.

Orazio Gentileschi - Sainte Cécile Saint Valérien et Saint Tiburce 1606-1607

Orazio Gentileschi (1563-1639) :
Sainte Cécile, Saint Valérien et Saint Tiburce bénéficiant de la vison de l’ange (1606-1607)
[Pinacothèque de Brera, Milan]

Cinquième leçon : 

   De retour auprès de Cécile, Valérien la trouva en prière, ayant à ses côtés un Ange resplendissant d’une clarté toute divine. Cette vue le frappa d’étonnement ; mais dès qu’il fut revenu de sa frayeur, il manda auprès de lui son frère Tiburce qui, ayant été instruit par Cécile dans la foi de Jésus-Christ, et baptisé par le même Pape Urbain, mérita aussi de voir cet Ange que son frère avait vu.
Peu de temps après, tous les deux souffrirent courageusement le martyre, sous le préfet Almachius. Celui-ci n’ayant pas tardé à donner l’ordre de s’emparer de Cécile, lui demanda tout d’abord où se trouvaient les richesses de Tiburce et de Valérien.

l'enterrement de Sainte Cécile par le pape Urbain - Luis de Madrazo (1852)

Luis de Madrazo (1825-1897) :
L’enterrement de Sainte Cécile par le pape Urbain (1852)
[Musée des Beaux-Arts de Grenade, dépôt du Musée du Prado]

Sixième leçon : 

   La vierge lui ayant répondu que toutes ses richesses avaient été distribuées aux pauvres, le préfet entra dans une si grande fureur, qu’il ordonna de la ramener chez elle, pour être brûlée dans la salle des bains.
Elle y passa un jour et une nuit, sans ressentir aucunement les atteintes de la flamme. On envoya donc le bourreau qui, l’ayant frappée de trois coups de hache, et n’ayant pu lui trancher la tête, la laissa à moitié morte. Trois jours après, le dixième jour des calendes de décembre, sous l’empire d’Alexandre, son âme s’envola dans le ciel, parée de la double couronne du martyre et de la virginité.
Le Pape Urbain inhuma lui-même son corps dans le cimetière de Calixte. On a fait de sa demeure une église consacrée sous son vocable. Son corps et ceux des Papes Urbain et Lucius, de Tiburce, de Valérien et de Maxime ont été transférés dans la Ville, par le souverain Pontife Pascal Ier, et déposés dans cette même église de Sainte-Cécile.

Tombe de Sainte Cécile - confession de la basilique de Sainte-Cécile au Transtévère

Tombe de Sainte Cécile
(Basilique de Sainte Cécile au Transtévère, Rome).

Voir aussi :
- Litanies de Sainte Cécile > ici
- L’hymne médiévale « O felix Caecilia » > ici & > ici
- « L’extase de Sainte Cécile » par Raphaël > ici
- « Cantantibus organis » d’Henry du Mont > ici

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