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2011-93. Histoire de la dévotion à la Crèche.

Le 24 décembre au coucher du soleil, avec les premières vêpres de la fête de la Nativité, nous entrons dans le temps de la Crèche.
Comme plusieurs personnes m’ont posé des questions sur le sens et l’origine de la crèche, je vais m’efforcer d’y répondre ici d’une manière générale et aussi complète que possible.

I. Le mot crèche.

Le mot français crèche, selon le « Dictionnaire historique de la langue française Robert », apparaît au XIIe siècle et dérive du francique « krippia ». C’est un radical germanique – en Allemand moderne, crèche se dit « Krippe » – que l’on retrouve en anglais « crib » (berceau) ou en néerlandais « kribbe » (mangeoire).
En latin, la crèche est désignée par les mots « praesepe, -is (n) » et « praesepium, -ii (n) » ou encore « praesepes, -is (f) » dont le sens premier est l’enclos pour les animaux, puis l’étable et enfin la mangeoire des animaux. Du latin vient le mot italien « presepe ».
A partir  du début du XIIIe siècle, le mot français « crèche » va désigner spécifiquement la mangeoire dans laquelle le Christ a été déposé à sa naissance dans l’étable de Bethléem. En ce sens, le mot s’écrit habituellement avec une majuscule.
C’est avec Chateaubriand, en 1803, qu’il s’est mis à désigner, par métonymie, la représentation de la scène de la Nativité que l’on fait, en trois dimensions, dans les églises au temps de Noël.

La représentation de la Crèche n’est ni plus ni moins qu’une manière d’honorer le mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu en vue de notre salut.
Le récit évangélique qui nous raconte comment Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est né dans une pauvre étable et y a été adoré, a donc inspiré la piété des fidèles de très bonne heure. La dévotion, en se développant, a tout naturellement entraîné les artistes à la représentation du mystère.

II. Les plus anciennes représentations.

La plus ancienne représentation en rapport avec les Evangiles de l’Enfance du Christ, actuellement connue, est une peinture des catacombes de Priscille, à Rome et représente l’adoration des Mages : ceux-ci, au nombre de trois, et dans les mains desquels on distingue des présents, arrivent devant une Vierge assise dans une attitude assez majestueuse et portant l’Enfant Jésus sur son bras gauche.
Cette peinture pourrait avoir été exécutée vers l’an 180 :

2011-93. Histoire de la dévotion à la Crèche. dans De liturgia Adoration-mages-catacombes-Priscille1-300x163

Une autre peinture des catacombes de Priscille, postérieure de quelques années à l’adoration des Mages et quoique fort endommagée, nous montre la Vierge Marie, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras (peut-être est-elle en train de l’allaiter ?), tandis que, sur la gauche, un personnage que l’on identifie comme un prophète (Balaam ? Isaïe ?) montre avec l’index de sa main droite une étoile au-dessus de la tête de la Vierge.
Cette peinture-ci aurait été exécutée vers l’an 210 :

madonna_big crèche dans Lectures & relectures

Quelque deux siècles plus tard, on retrouve la scène de l’adoration des Mages sculptée sur des sarcophages.
L’une des plus anciennes parmi ces sculptures se trouve dans la crypte de la basilique de Saint-Maximin, en Provence :

Sarcophage-saint-Maximin Noël dans Nos amis les Saints

Vous le voyez sur la photographie ci-dessus, sous une espèce d’auvent, l’Enfant Jésus est emmailloté, couché dans la mangeoire (laquelle ressemble à un coffre sculpté posé sur des tréteaux, mais peut aussi déjà figurer – comme cela se fera plus tard – une espèce d’autel) ; l’âne et le boeuf sont présents ; l’étoile miraculeuse qui a guidé les Mages – au nombre de trois et reconnaissables à leurs bonnets orientaux – , est sculptée dans un cercle, à droite du petit toit ; la Vierge Marie est assise sur un siège à haut dossier, et la manière dont elle se tient le menton dans la main droite peut être interprétée comme une attitude de méditation, puisque l’Evangile nous dit qu’elle retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur.

Ici, il convient de faire deux remarques :
1 – La première, c’est que lorsque les historiens de l’art nous parlent des « plus anciennes représentations », cela ne veut pas dire que la Nativité n’avait pas été représentée auparavant, mais seulement que, dans l’état actuel de nos connaissances, ces représentations sont les plus anciennes qui nous sont parvenues et qui peuvent être répertoriées. Cela ne signifie donc en aucune manière qu’il n’y en a pas eu d’autres antérieurement ou à la même époque et en plus grand nombre :  les persécutions des premiers siècles, les destructions au fil des temps, ou simplement les dégradations dues à la fragilité des supports ou des matériaux de ces représentations sont suffisantes pour expliquer que l’on doive être prudent dans ces affirmations.
2 – La seconde, c’est que ces représentations du mystère de la Nativité sont figurées dans les catacombes ou sur des sarcophages, donc dans un contexte de mort et d’ensevelissement. Outre le fait que – comme nous l’écrivions précédemment – notre connaissance est parcellaire, on peut interpréter ces représentations dans ce contexte comme l’affirmation que la foi au Christ Sauveur – Dieu incarné annoncé par les prophètes d’Israël – est aussi offerte aux non Juifs et leur ouvre les portes du salut au-delà de la mort.

III. L’oratoire de la crèche à Sainte-Marie-Majeure.

La plus importante des anciennes basiliques romaines dédiée à la Sainte Mère de Dieu, Sainte-Marie-Majeure, porte aussi les noms de « Sancta Maria ad nives » (Sainte Marie aux neiges, en raison du miracle de la neige par lequel la Vierge Marie a elle-même désigné l’emplacement du sanctuaire qu’elle désirait qu’on lui édifiât) et de « Sancta Maria ad praesepe » , littéralement « Sainte Marie à la Crèche » ou, pour traduire de manière plus exacte encore, « Sainte Marie près de la Crèche ».
Cette expression est attestée à partir du pontificat de Théodore 1er (pape de 642 à 649) et devient fréquente ensuite.

arch-mosaic-group-c-paradox Saint François d'Assise

Sainte-Marie-Majeure : mosaïque de l’adoration des Mages à l’arc triomphal (Ve siècle)

A partir des anciens documents, les historiens ont pu établir qu’il existait au VIIe siècle un oratoire, distinct de la basilique mais relié à elle, qui possédait une entrée propre et un autel spécial. Cet oratoire rappelait, par sa disposition, ou par ses reliques, la grotte de Bethléem.
A quelle époque cet oratoire avait-il été créé ?
On l’ignore.
Historiquement nous sommes certains qu’il existait à l’époque du Pape Théodore, ce qui n’exclut évidemment pas qu’il ait été antérieur.

Des érudits (je me contente de résumer les conclusions de leurs très savantes et minutieuses études) déduisent de certaines indications contenues dans le Liber Pontificalis et dans les anciens documents liturgiques, qu’au temps de Saint Grégoire le Grand (pape de 590 à 604), sous le pontificat duquel les trois messes de Noël sont bien attestées, la messe de la nuit de la Nativité était célébrée dans l’oratoire de la Crèche, annexe de Sainte-Marie-Majeure.

Certains pensent même que c’est au temps de Sixte III (pape de 432 à 440), auquel nous devons les extraordinaires mosaïques de l’arc triomphal dans lesquelles sont figurés les mystères de l’enfance du Sauveur, donc au début du Ve siècle, que l’on aurait matérialisé dans l’oratoire proche de la basilique une sorte de reproduction de la grotte et de la mangeoire de Bethléem, avec peut-être des éléments rapportés du lieu même de la Nativité. De même que la dévotion romaine avait « reproduit » Jérusalem dans le palais Sessorien de Sainte Hélène (maintenant la basilique Sainte-Croix en Jérusalem), elle aurait « reproduit » Bethléem à Sainte-Marie-Majeure.
Un plan du XVIe siècle retrouvé à Florence nous permet d’en situer l’emplacement exact, à une quinzaine de mètres de l’actuelle nef droite de la basilique.
De toute façon, c’est ce petit oratoire antique qui est à l’origine du nom de « Sancta Maria ad praesepe » donné à la basilique, et de la dévotion à la Crèche qui s’y perpétue.

Cet oratoire de la Crèche avait été profondément remanié au XIIIe siècle à la demande de Nicolas IV (pape de 1288 à 1292) par Arnolfo di Cambio, architecte et sculpteur florentin, qui réalisa pour cette chapelle la première Crèche – au sens où nous l’entendons aujourd’hui -, sculptée en pierre : il ne s’agit plus de peintures ou de fresques, ni de mosaïques ou de bas reliefs, mais de véritables statues « indépendantes » : il nous en reste Saint Joseph, l’âne et le boeuf à gauche, ainsi qu’un berger et deux mages à droite ; au centre, la Madone à l’Enfant est d’une facture plus moderne.

Arnolfo di Cambio - Crèche Sainte-Marie-Majeure

Crèche d’Arnolfo di Cambio à Sainte Marie-Majeure, Rome

Une description de cet oratoire de la Crèche, postérieure aux aménagements réalisés par Arnolfo di Cambio, nous montre qu’il comportait deux parties distinctes : une pièce rectangulaire dans laquelle se trouvait l’autel, et une petite niche ou absidiole dans laquelle se trouvait la représentation de la Crèche à proprement parler.

A la fin du XVIe siècle, Sixte Quint (pape de 1585 à 1590) ne demanda rien moins à l’architecte Fontana que de transporter l’oratoire quasi millénaire, tout entier – avec ses fondations et ses murs ! -, à l’intérieur du transept droit de la basilique qu’il venait de faire édifier.
Fontana a rédigé un rapport détaillé sur son travail, qu’il se vante d’avoir parfaitement réussi… Il est cependant certain qu’en dépit des puissantes chaînes dont il avait ceinturé l’ensemble, sa voûte ornée de mosaïques s’écroula, et que son dallage cosmatesque se disjoignit !
Bref ! malgré les allégations de Fontana, l’historien doit constater qu’il ne reste pas grand chose de l’oratoire originel de la Crèche, qui fut déposé sur des fondations nouvelles préparées à un niveau bien plus bas que celui du pavement de la basilique de manière à le transformer en un lieu souterrain.

Actuellement, lorsque l’on pénètre dans cette « chapelle Sixtine » de la basilique Sainte-Marie-Majeure, on aperçoit en dessous du grandiose autel du Saint-Sacrement, une petite crypte à laquelle on accède par un escalier (il est habituellement fermé par une grille : au cours de tous mes séjours à Rome je n’ai pu y descendre qu’une seule fois, dans les premiers jours de janvier 2001, juste avant la clôture du jubilé). Au bas de cet escalier, par un arc surbaissé, on entre dans ce qui subsiste de l’antique oratoire : l’autel y est encore celui du XIIIe siècle ; un petit déambulatoire imaginé par Fontana contourne l’oratoire et permet de passer dans l’absidiole où la Crèche d’Arnolfo di Cambio fut conservée jusque dans les premières années de notre XXIe siècle, car elle est désormais exposée dans le musée de la basilique.

IV. Les reliques du bois de la Crèche à Sainte-Marie-Majeure.

Reliques de la Crèche à Sainte-Marie-Majeure - Rome

Reliquaire du bois du berceau de Notre-Seigneur
Rome, basilique de Sainte Marie-Majeure (Sainte Marie de la Crèche)

La dévotion envers l’oratoire de la Crèche (qui avait été très forte avant le XVIIIe siècle : saint Gaëtan de Thiene et Saint Ignace de Loyola par exemple y passaient de longs moments en prière et y vécurent des expériences mystiques) s’est aujourd’hui beaucoup estompée, quand elle n’a pas été totalement oubliée par les pèlerins, pour se reporter sur d’autres reliques, présentées dans un reliquaire de cristal et de bronze doré exposé dans la confession de la basilique Sainte-Marie-Majeure, au-dessous de l’autel papal : ces reliques de la Crèche, consistent en cinq pièces de bois vermoulu considérées comme des fragments de la Crèche-berceau de Notre-Seigneur.

Quel est le rapport entre la Crèche-étable et la Crèche-berceau ?
Quel lien y a-t-il entre la petite chapelle figurant la grotte de Bethléem et qui, sous le nom de Praesepe, existait près de Sainte-Marie-Majeure dès le VIe siècle, et ces quelques planches enfermées dans ce reliquaire ?
Il est difficile de répondre à la question.
On ne trouve pas de mention de ce bois de la Crèche avant le XIIe siècle. Il est très vraisemblable que ces reliques étaient là antérieurement, mais l’historien ne peut pas dire à quelle époque et par qui elles ont été apportées.

Jusqu’au tragique sac de Rome de 1527, les documents font état de deux sortes de reliques bien distinctes :
1) un tableau lamé d’or portant une inscription en caractères grecs et servant de reliquaire à un lange de l’Enfant Jésus ;
2) et cinq planches provenant de son rustique berceau.

Il semblerait qu’après l’épouvantable pillage perpétré par les mercenaires de Charles Quint, les ornements ayant été arrachés et les reliques jetées à terre en désordre, on ait renfermé dans le même reliquaire ce qu’on avait retrouvé des deux éléments susdits.
En effet, actuellement, deux des cinq planches conservées dans le reliquaire portent des lettres grecques et forment une inscription fragmentaire en rapport avec le lange disparu. Les trois autres morceaux, étudiés attentivement, peuvent provenir d’un pied en forme d’ X, apte à soutenir une mangeoire comme celles qui sont en usage en Orient encore aujourd’hui. Ce genre de crèches constitue fort bien un petit lit-berceau.

Saint Jérôme fait allusion (en le déplorant) au remplacement de la crèche d’argile par une crèche d’argent dans la basilique édifiée par Constantin à Bethléem : sur la base de ce témoignage, il est facile de se représenter une sorte d’auge en terre cuite posée sur des pieds en bois, dont la basilique de Sainte-Marie-Majeure aurait hérité de fragments.
Ces reliques de la Crèche se trouvaient-elles dans l’oratoire de la Crèche dont nous avons parlé ci-dessus ?
Ont-elles été apportées de Terre Sainte par le Pape Théodore (natif de Jérusalem) comme certains pieux auteurs le prétendent sans le prouver ?
Y étaient-elles auparavant ou bien sont elles venues entre le VIIe et le XIIe siècle ?
L’historien n’a aucun élément pour le dire.

 giotto_noel santons

Giotto (fresques de la vie de Saint François) : le Noël de Greccio.

V. La Crèche de Saint François d’Assise et son impact.

On entend parfois dire que c’est Saint François d’Assise qui aurait le premier imaginé de représenter la Crèche.
De tout ce que nous avons vu aux § II et III de cette étude, il ressort que c’est inexact : la représentation des scènes de la Nativité de Notre-Seigneur existait avant Saint François, sous forme de sculptures, de peintures ou de mosaïques.

Néanmoins on doit attribuer à Saint François la paternité de la première Crèche vivante de l’histoire puis, indirectement, des Crèches en trois dimensions que l’on présente dans les églises au temps de Noël.

L’histoire nous a été rapportée par Thomas de Celano, dans la vie de Saint François qu’il rédige en 1232, c’est-à-dire six ans après la mort du Poverello et 9 ans après l’événement qui nous intéresse, donc en un temps où vivaient de nombreux témoins des faits rapportés :

« …Je veux conserver pieusement le souvenir de ce qu’il fit à Greccio un jour de Noël, trois ans avant sa mort. Il y avait dans cette province un homme appelé Jean, de bonne renommée, de vie meilleure encore, et le bienheureux François l’aimait beaucoup parce que, malgré son haut lignage et ses importantes charges, il n’accordait aucune valeur à la noblesse du sang et désirait acquérir celle de l’âme. Une quinzaine de jours avant Noël, François le fit appeler comme il le faisait souvent. « Si tu veux bien, lui dit-il, célébrons à Greccio la prochaine fête du Seigneur ; pars dès maintenant et occupe-toi des préparatifs que je vais t’indiquer. Je veux évoquer en effet le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem et de tous les désagréments qu’il endura dès son enfance ; je veux le voir, de mes yeux de chair , tel qu’il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un boeuf et un âne .» L’ami fidèle courut en toute hâte préparer au village en question ce qu’avait demandé le saint.
Le jour de joie arriva, le temps de l’allégresse commença. On convoqua les frères de plusieurs couvents des environs. Hommes et femmes, les gens du pays, l’âme en fête, préparèrent, chacun selon ses possibilités, des torches et des cierges pour rendre lumineuse cette nuit qui vit se lever l’Astre étincelant éclairant tous les siècles. En arrivant, le saint vit que tout était prêt et se réjouit fort. On avait apporté une mangeoire et du foin, on avait amené un âne et un boeuf. Là vraiment la simplicité était à l’honneur, c’était le triomphe de la pauvreté, la meilleure leçon d’humilité ; Greccio était devenu un nouveau Bethléem. La nuit se fit aussi lumineuse que le jour et aussi délicieuse pour les animaux que pour les hommes. Les foules accoururent, et le renouvellement du mystère renouvela leurs motifs de joie. Les bois retentissaient de chants, et les montagnes en répercutaient les joyeux échos. Les frères chantaient les louanges du Seigneur, et toute la nuit se passa dans la joie. Le saint passa la veillée debout devant la crèche, brisé de compassion, rempli d’une indicible joie. Enfin l’on célébra la messe sur la mangeoire comme autel, et le prêtre qui célébra ressentit une piété jamais éprouvée jusqu’alors.
François revêtit la dalmatique, car il était diacre , et chanta l’Evangile d’une voix sonore. Sa voix vibrante et douce, claire et sonore, invitait tous les assistants aux plus hautes joies. Il prêcha ensuite au peuple et trouva des mots doux comme le miel pour parler de la naissance du pauvre Roi et de la petite ville de Bethléem. Parlant du Christ Jésus, il l’appelait avec beaucoup de tendresse « l’enfant de Bethléem », et il clamait ce « Bethléem » qui se prolongeait comme un bêlement d’agneau, il faisait passer par sa bouche toute sa voix et tout son amour. On pouvait croire, lorsqu’il disait « Jésus » ou « enfant de Bethléem » qu’il se passait la langue sur les lèvres comme pour savourer la douceur de ces mots.
Au nombre des grâces prodiguées par le Seigneur en ce lieu, on peut compter la vision admirable dont un homme de grande vertu reçut alors la faveur. Il aperçut couché dans la mangeoire un petit enfant immobile que l’approche du saint parut tirer du sommeil. Cette vision échut vraiment bien à propos, car l’Enfant-Jésus était, de fait, endormi dans l’oubli au fond de bien des coeurs jusqu’au jour où, par son serviteur François, son souvenir fut ranimé et imprimé de façon indélébile dans les mémoires. Après la clôture des solennités de la nuit, chacun rentra chez soi, plein d’allégresse.
On conserva du foin de la crèche « afin que Yahweh guérisse le bétail, si grande est sa miséricorde » ! En effet, beaucoup d’animaux de la région, atteints de diverses maladies, mangèrent de ce foin et furent guéris. Bien mieux, des femmes qui, au cours d’enfantements laborieux et pénibles, se munirent de quelques brins, accouchèrent heureusement. Des foules d’hommes et de femmes purent de la même façon recouvrer la santé. » (Vita Prima).

Cette première Crèche vivante donna ensuite l’idée aux communautés franciscaines de reproduire la scène de la Nativité, en trois dimensions, dans leurs oratoires, à l’aide de figurines en bois ou en terre pendant le temps de Noël.
Cet usage connut un tel succès qu’il se répandit progressivement aux autres églises. A cet égard, la Crèche d’Arnolfo di Cambio marque une étape importante puisque, commandée par le Pape Nicolas IV pour l’oratoire de la Crèche de l’une des plus insignes basiliques de la Chrétienté, elle confère une sorte de consécration officielle à cet usage né de la dévotion franciscaine.

En France, c’est à la fin du Moyen-Age que les Crèches apparaissent dans les églises, et c’est surtout au XVIe siècle qu’elles se généralisent. Les personnages seront d’abord en bois ou plus modestement en carton pâte ; la terre cuite et le plâtre viendront bien plus tard.

En Italie, l’épanouissement du baroque va donner aux Crèches un développement prodigieux : les Crèches napolitaines du XVIIIe siècle constituent de spectaculaires mises en scène et font l’objet d’un inépuisable émerveillement, par leur qualité, par l’abondance des détails et par la multiplication des personnages.
C’est aussi au cours de la période baroque que les demeures aristocratiques vont s’enorgueillir de posséder de ces splendides Crèches ; véritables oeuvres d’art, elles ne sont donc plus réservées aux seules églises mais entrent, même si c’est encore d’une manière très sélective, dans les demeures particulières.

Rome, crèche de la basilique des Saints Côme et Damien au forum

L’adoration des Mages, détail de la prodigieuse Crèche napolitaine du XVIIIe siècle
présentée dans la basilique des Saints Côme et Damien au forum à Rome.

VI. Les Crèches dans les maisons.

D’une manière un peu paradoxale, on peut dire que la grande révolution a participé au développement de la dévotion à la Crèche.

En effet, la persécution religieuse qui éclate en France à partir de 1791 (et qui durera presque 10 ans avec des périodes d’intensité variable), a pour conséquence immédiate la fermeture des églises et la suppression officielle du culte catholique.

Beaucoup de fidèles, nous le savons, même s’ils sont obligés de le cacher, restent profondément attachés à leur foi et continuent à prier et à marquer, autant qu’ils le peuvent, les temps liturgiques et les grandes fêtes de l’année chrétienne.
De très nombreux prêtres – parce qu’ils ont refusé le serment schismatique – sont pourchassés, déportés, emprisonnés, condamnés à mort… Mais ils sont aussi très nombreux, dans tout le Royaume, à avoir pris le maquis : dans les Hautes Boutières où nous vivons, sur le territoire de cinq ou six paroisses, ils furent au moins une dizaine de prêtres (et parfois davantage) qui se cachèrent et continuèrent leur ministère clandestinement, célébrant la Sainte Messe dans des maisons particulières ou dans des granges isolées, visitant les malades et administrant les mourants au cours de longues courses nocturnes, baptisant les nouveaux-nés et mariant les promis…

Messe de minuit pendant la terreur - vitrail La Séguinière

La Messe de Minuit dans les ruines de l’église pendant la terreur
- vitrail de l’église de La Séguinière, dans le Choletais -

Ne pouvant se résoudre à ne plus se recueillir devant les si populaires Crèches de leurs  églises, les fidèles s’attachèrent à les reproduire dans des dimensions très réduites, presque des miniatures adaptées à leurs humbles maisons et au temps de la persécution : les personnages furent modelés très souvent avec de la mie de pain, puis avec de la glaise. 
En Provence, ces « petits saints »  (par opposition aux grandes statues des saints des églises) furent nommés « santouns », et c’est l’origine de notre mot français « santon ».

Après la persécution, l’usage demeura de faire la Crèche dans les maisons : un usage qui se développa et devint quasi général au cours du XIXe siècle.

VII. Le temps et l’esprit de la Crèche.

1) Quand doit-on installer la Crèche ?

- En ce qui concerne les Crèches domestiques, les usages varient selon les régions, voire selon les familles.
Certains aiment l’installer dans leurs maisons dès le premier dimanche de l’Avent. La Crèche devient alors le lieu devant lequel la famille chrétienne se réunit pour prier : le berceau vide matérialise la joyeuse attente de Noël et son aménagement permet même de concrétiser les efforts spirituels de chacun tout au long de l’Avent.
En d’autres endroits, en fonction des dévotions régionales, c’est à l’occasion de l’une des belles fêtes de décembre que la Crèche est installée (Saint Nicolas, l’Immaculée Conception ou Sainte Lucie).
Enfin  d’autres encore ne la mettent en place que dans les tout derniers jours qui précèdent Noël, se calant ainsi sur l’usage qui prévaut pour les Crèches des églises.

- Dans les églises en effet, normalement, on ne met la Crèche en place que dans les jours qui précèdent la fête de la Nativité. Un usage ancien voulait même que l’on tendît un rideau violet devant la Crèche jusqu’à la fin des premières vêpres de Noël : ce n’est qu’après avoir chanté celles-ci que le clergé se rendait en procession jusqu’au lieu de la Crèche et en retirait le voile.

De toute façon, il ne convient pas que la Crèche soit présentée trop tôt aux fidèles dans les églises : le temps de la Crèche commence avec la fête de Noël, et pas avant.
Mettre en évidence la Crèche de manière prématurée revient à ôter une partie du sens de l’Avent qui n’est pas seulement temps de préparation à la fête de la Naissance du Sauveur, mais la célébration des trois avènements du Rédempteur.
La collecte de la Messe de la Vigile de Noël, au matin du 24 décembre, le marque encore d’une manière particulière  :
« O Dieu, qui nous réjouissez chaque année par l’espérance de notre rédemption, accordez-nous, en recevant joyeusement Votre fils unique comme Rédempteur, de Le voir aussi sans crainte venir comme juge… »

Crèche de la chapelle des Cordeliers à Aubenas

Crèche provençale avec des santons habillés
Chapelle des Cordeliers, à Aubenas (Vivarais)

2) La Crèche n’est pas une « reconstitution historique ».

Certains réalisent des Crèches dans lesquelles les personnages et le paysage cherchent à reproduire de manière scrupuleuse les costumes et les lieux de Bethléem, il y a quelque deux mille ans.

D’une manière plus générale les Crèches mêlent des éléments antiques et des éléments plus modernes ou contemporains : c’est particulièrement frappant dans les Crèches napolitaines où l’on voit, autour de la Vierge Marie et de Saint Joseph en costumes orientaux, une foule de personnages en habits du XVIIIe siècle, depuis les artisans et gens du peuple jusqu’aux nobles ; c’est également vrai dans les Crèches provençales où les santons représentent des personnages typiques de la vie des villages de Provence : le rémouleur, le bohémien, le meunier, le braconnier, le gendarme avec son bicorne, l’arlésienne… etc., et même le moine pieds nus dans ses sandales et le curé avec son parapluie rouge ou son grand mouchoir à carreaux !

C’est que, de fait, la Crèche n’est pas une reconstitution à la manière d’une maquette d’archéologues ; elle n’est pas là juste pour nous permettre de visualiser, comme dans un film historique, ce qui s’est passé et serait définitivement passé.
La Crèche appartient au monde des symboles : elle représente, d’une manière parfois naïve et d’autres fois de manière très recherchée, que Noël est une actualisation mystérieuse de la venue du Rédempteur dans nos vies. Pas seulement la vie des habitants de Bethléem il y a plus de deux mille ans, mais notre vie quotidienne aujourd’hui.
Noël n’est pas seulement un anniversaire, c’est un mystère de grâce qui se continue et s’accomplit en notre temps. Comme l’a si justement exprimé notre Saint Père le Pape Benoît XVI, la Crèche devient alors « une école de vie » .

3) Quand enlève-t-on la Crèche ?

Selon la tradition, on laisse la Crèche dans les églises jusqu’au 2 février : jour de la Chandeleur, fête de la Présentation de Notre-Seigneur au Temple et de la Purification de Notre-Dame. C’est alors que s’achève le temps des quarante jours, chiffre biblique au symbolisme très riche.
Il arrive fréquemment aujourd’hui que l’on retire les Crèches des églises (du moins celles où l’on ne célèbre pas la liturgie traditionnelle) sitôt passée la fête de l’Epiphanie. J’avoue ne pas en voir la raison, si ce n’est peut-être seulement la volonté de rompre systématiquement avec ce qui a été pratiqué pendant des siècles… 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Crèche du Mesnil-Marie

La Crèche du Mesnil-Marie – détail

Pour voir ou revoir les vidéos de la Crèche du Mesnil-Marie
- celle de Noël 2011 > ici
- celle de Noël 2012 > ici

2011-90. Du quinzième centenaire de la mort du Roi Clovis et d’une idée fausse qu’il convient de rectifier.

Mardi 29 novembre 2011,
785ème anniversaire du sacre de Saint Louis.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Aujourd’hui, je ne viens pas vers vous pour développer quelque question de spiritualité, mais pour vous livrer mes réflexions au sujet d’un anniversaire qui, sauf auprès de cercles relativement restreints de passionnés, d’historiens et de personnes qui aiment vraiment la France (*), n’a pas « fait la une » des informations de ce dernier dimanche : je veux parler du quinzième centenaire de la mort de celui que – après Dieu – l’on peut considérer comme le fondateur du Royaume de France, le roi Clovis 1er le Grand.

Clovis 1er

En tout premier lieu, je voudrais dire combien je suis scandalisé par le fait qu’il n’y a eu aucune célébration d’envergure nationale pour célébrer cet anniversaire. Il n’y a pas même eu un timbre poste à son effigie, si je ne m’abuse… et pourtant, quinze siècles ce n’est pas rien!

En évoquant avec tristesse ce singulier manquement à ce fameux « devoir de mémoire » dont on nous rebat pourtant régulièrement les oreilles, je ne peux faire autrement qu’ajouter ceci : tous les partis politiques et toutes les personnes qui prétendent au pouvoir, en nos temps malheureux, ont ici clairement manifesté
1) d’une part combien ils sont sans culture et
2) d’autre part à quel point ils s’occupent de tout autre chose que des véritables intérêts de la France!
En effet, peut-on aimer la France aujourd’hui si on ne s’inscrit pas dans une continuité, et si on est en rupture avec son histoire? Peut-on avoir une vision constructive pour l’avenir de la France et travailler à son véritable relèvement si l’on n’est pas profondément attaché à ses racines?

Je ne veux pas écrire ici l’histoire de Clovis : d’autres – plus qualifiés que moi – l’on déjà fait.

Je voudrais toutefois faire remarquer que lorsque Clovis, âgé de 15 ans, est élevé sur le pavois à la tête des Francs Saliens, il y a la Gaule romaine, livrée à l’anarchie, envahie, désorganisée, en crise, divisée entre peuplades germaniques rivales et population gallo-romaine souvent découragée ; en revanche, lorsque, 30 ans plus tard, ce même Clovis décède, on peut dire que la France est née.

Oh! Certes, il faut se garder d’une vision simpliste idéalisée et se préserver de toute simplification hâtive car il faudra encore de longs siècles de construction et d’harmonisation, de pacification et d’équilibrage, néanmoins, ce 27 novembre de l’an 511 quand Clovis rendit sont âme à Dieu tous les fondements de la France avaient été posés.

La France est née de la rencontre, de l’union, de l’alliance de deux éléments : la foi catholique et la royauté franque. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler (par exemple > ici) et je ne m’y étendrai pas cette fois.

Grandes armes de France

Il y a un deuxième point sur lequel je voudrais insister ce soir : il convient de rectifier une idée fausse, qui est pourtant largement répandue, en particulier dans les affirmations de certains jeunes catholiques français, qui ont sans doute plus de « bons sentiments » que de rigueur et de véritable science.
Voici une citation que j’ai relevée il y a peu de temps : « …depuis le baptême de Clovis la France est devenue « la première nation chrétienne » et c’est en raison de cela que depuis lors elle a été appelée « fille aînée de l’Eglise ».

Si l’on veut être crédible, il faut dire des choses vraies et il convient aussi d’être rigoureux et précis dans la manière de les dire.
On n’a pas le droit de raconter n’importe quoi pour justifier ses convictions et ses engagements, même quand il s’agit de défendre des choses aussi sacrées que la foi chrétienne et la vocation – bien réelle – de notre France.

En effet, il est faux de prétendre que la France est la « première nation baptisée ». Pour le prouver, il suffit d’apporter quatre dates :

1) C’est en l’an 301 que le Roi d’Arménie Tiridate IV et tout son peuple embrassent la foi chrétienne à la suite de la prédication de Saint Grégoire l’Illuminateur. Le premier Etat qui devint officiellement chrétien, est le Royaume d’Arménie.

2) Ensuite, entre 320 et 340, c’est l’Ethiopie (en ce temps-là on parlait plutôt d’Abyssinie) qui se convertit grâce à l’apostolat de Saint Frumence : le Roi Ezana fit du christianisme la religion d’Etat de son royaume.

3) Ce n’est qu’ensuite, en 380, que l’édit de Théodose 1er le Grand fit du christianisme la religion officielle de l’Empire Romain.

4) Le baptême de Clovis et la conversion de son peuple n’arrivent enfin qu’en quatrième position : en 496 selon la date couramment admise.

Il faut bien prendre conscience de cela et je le redis : la France n’est pas la première nation chrétienne de l’univers, mais le peuple Franc est le premier – parmi les peuples barbares qui ont mis fin à l’Empire Romain d’Occident – à avoir été baptisé dans la foi de Nicée (les autres peuples barbares étaient chrétiens avant les Francs mais ils professaient l’hérésie arienne).
Pendant ce temps là, l’Empire Romain d’Orient, dont la capitale était Byzance-Constantinople, demeurait l’héritier de l’Empire chrétien théodosien.

Je me propose, dans la continuité de ce que j’avais publié le 31 mai 2010 au sujet de Sainte Pétronille et de sa protection particulière sur la France (cf. > ici) d’expliquer un jour dans ce blogue combien il faut être prudent et nuancé dans l’utilisation de l’expression « fille aînée de l’Eglise » au sujet de la France.

pattes de chatLully.                      

Voir aussi : « L’expression « Fille aînée de l’Eglise » est-elle due à la France ?  » > ici

lys 2

(*) Je signale en particulier le colloque intitulé « Clovis, aux origines de la France », qui fut organisé le samedi 26 novembre dernier, à Paris, par notre cher Institut de la Maison de Bourbon.

2011-88. Sept conseils de Saint François de Sales pour bien commencer la nouvelle année liturgique et y accomplir d’authentiques progrès spirituels.

Samedi avant le premier dimanche de l’Avent.

Au fur et à mesure de mes lectures et méditations de ces dernières semaines, j’ai – comme à l’accoutumée – recueilli des citations de Saint François de Sales ; j’en ai finalement sélectionné sept (il fallait bien se limiter!) qui m’ont semblé particulièrement intéressantes. Les approfondir aide à développer des pistes de réflexion et peut susciter de « saintes résolutions » spirituelles pour la nouvelle année liturgique, qui commence ce samedi soir.
Ce nouveau cycle de la vie de nos âmes je souhaite qu’il soit vraiment, pour chacun d’entre vous, un « an de grâce »…

 Lully.

Saint François de Sales (image d'Epinal)

1 – « Les années s’en vont, et l’éternité s’approche de nous : que puissions-nous tellement employer ces années en l’amour divin que nous ayons l’éternité et sa gloire. » (Vraie et solide piété, chap. LIX)

Une année liturgique s’achève et une autre recommence : la fin d’un cycle et le début d’un nouveau sont des moments particulièrement propices pour établir des « bilans » et concevoir des « projets ».

Où en suis-je dans ma vie chrétienne? Suis-je capable de discerner ce qui a été positif et ce qui a été négatif (ou moins positif) depuis le temps de la préparation à Noël de l’an dernier? Me suis-je laissé mener par les évènements, de manière passive, sans réflexion et sans « maîtrise »? Ou bien ai-je fait de véritables efforts pour progresser spirituellement?

Saint François de Sales me rappelle que le temps ne m’est donné qu’en vue de préparer l’éternité, et que seule la pratique de l’amour divin (les deux préceptes de la charité : aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme, de toutes ses forces et de tout son esprit, et son prochain comme soi-même – cf. Luc. X, 25-28) nous permettra d’entrer dans la vie éternelle de bonheur et de paix.

Quels efforts dois-je entreprendre pour que cette nouvelle année liturgique qui commence soit marquée par des progrès réels et durables?

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2 – « Il faut avoir un coeur grand et de longue haleine : les grandes choses ne se font qu’à force de temps et de patience. Ce qui croît en un jour meurt en un autre. » (Lettre)

Saint François de Sales nous rappelle tout d’abord ici qu’il nous faut avoir « un coeur grand », c’est-à-dire un coeur qui « voit » grand, un coeur qui nourrit de véritables ambitions spirituelles (pas des ambitions humaines limitées à cette terre passagère), un coeur qui ne se contente pas de choses étriquées, de demi-vertus, de spiritualité au rabais, mais qui recherche vraiment la sainteté.

Et tout aussitôt il laisse entendre qu’il ne suffit pas d’ « avoir l’intention », mais qu’il faut tendre à la sainteté concrètement par des actes.

Dans la concision remarquable de cette phrase, le saint évêque fait surgir l’image de la course à laquelle s’adonnent les sportifs ; car il s’agit bien d’une course à la sainteté dans laquelle le chrétien est engagé, et comme tout bon sportif il lui faut :
1) être persévérant : l’expression « un coeur… de longue haleine » montre bien que l’effort spirituel comme l’effort sportif doit être un travail long et régulier, endurant et tenace ; pas un enthousiasme passager.
2) exercer la patience : Dieu est patient avec nous ; il nous faut apprendre à être patients avec nous-mêmes de la même façon que Dieu l’est avec nous, ne pas renoncer lorsque nos essais nous semblent infructueux ni baisser les bras lorsque nous tombons, mais faire un nouvel acte de volonté et recommencer notre effort.

Patience et persévérance sont les qualités indispensables à tout effort spirituel pour qu’il porte un fruit d’éternité.

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3 – « Si nous ne voulons être saints que selon notre volonté, nous ne le serons jamais ; il faut l’être selon la volonté de Dieu, se plier de bonne grâces à toutes les exigences de sa position. » (Lettre)

La sainteté est le but, l’aboutissement normal de toute vie chrétienne.

On ne peut pas entrer au Ciel si l’on n’est pas saint : or c’est pour que nous allions au Ciel que Dieu nous a créés et nous a rachetés. La sainteté, telle est la volonté de Dieu pour nous.

La sainteté réside dans l’accomplissement du projet unique et tout à fait personnel que Dieu a sur nous ; se sanctifier, c’est correspondre à ce que Dieu veut de nous. Ni plus ni moins.
« Devenir un saint » ne consiste pas à faire ce que nous pensons être bien, selon des vues personnelles, mais à obéir aux desseins divins sur nous.

La première et la plus essentielle manière d’obéir à Dieu consiste à être fidèles aux devoirs de sa position et de sa vocation personnelle : une femme mariée qui négligerait ses devoirs d’épouse et de mère de famille pour suivre un emploi du temps de religieuse cloîtrée avec quantité d’heures de prière, un chef (d’Etat ou d’entreprise, un supérieur ecclésiastique… etc.) qui ne voudrait pas exercer l’autorité qui lui a été confiée et suivrait ses subordonnés au lieu de les entraîner, un étudiant qui sécherait continuellement les cours pour passer ses journées à faire du soutien scolaire auprès d’enfants défavorisés… etc. pourraient imaginer accomplir de bonnes choses, mais en réalité ils seraient en dehors des voies de la sainteté que Dieu a voulue pour eux.

Ce n’est pas parce qu’une chose est théoriquement une bonne action, qu’elle est concrètement ce que Dieu attend de moi. Avant toute autre chose, il importe donc que chacun cherche à connaître loyalement et exactement ce qu’est la volonté de Dieu pour lui.

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4 – « Tenez votre coeur au large ; reposez-le souvent dans les bras de la divine Providence : courage! courage! Jésus est nôtre! Qu’à jamais nos coeurs soient à Lui! » (Lettre)

La volonté de Dieu n’est pas un caprice de dictateur : Dieu, qui nous a créés, qui nous a créés par amour, qui a fait de chacun de nous un être unique aimé d’une manière unique, sait mieux que nous ce qui est bon pour nous et connaît parfaitement ce qui nous permettra d’atteindre notre épanouissement maximal, déjà sur cette terre et, bien sûr, dans l’éternité.

A la volonté de Dieu sur nous, qui est l’expression d’un amour personnel unique, il n’y a pas de meilleure réponse que le don de nous-mêmes dans la confiance et l’amour.
Dieu qui, selon une autre expression de Saint François de Sales, « est Dieu du coeur humain »
(Traité de l’Amour de Dieu), attend que nous lui donnions notre coeur.

Saint François de Sales nous rappelle ici que la confiance et l’abandon sont indissociables du véritable amour : si donc nous sommes convaincus que Dieu nous aime, nous n’avons rien de mieux à faire que nous abandonner avec la plus entière confiance aux dispositions de Sa divine Providence, que cette citation évoque sous les traits d’une mère berçant avec tendresse son nourrisson.

L’abandon à la divine Providence, la confiance en Dieu et Son amour ne sont cependant pas des « assurances tous risques » qui ôtent de nos chemins toutes les difficultés, tous les obstacles, toutes les souffrances ; mais ils sont la source de la force intérieure qui nous permet de les affronter avec courage et de les vaincre, parce qu’ils mettent Jésus au centre de nos coeurs, au centre de nos vies et que Jésus a vaincu le mal…

Tenir son coeur au large, c’est se dilater, s’épanouir : les épreuves et les souffrances du temps présents, par la pratique de l’amour divin en union avec Jésus, deviennent un tremplin ; au lieu de nous ratatiner sur nous-mêmes, elles nous permettent de croître en vertu, de grandir dans la charité et d’être associés à la victoire du Christ!

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5 – « Le mérite de la Croix ne consiste pas dans sa pesanteur, mais dans la manière avec laquelle nous la portons. » (Sermon 10)

On ne peut pas être chrétien sans porter la Croix à la suite de Jésus (cf. Luc. IX, 23). Et la Croix est essentiellement un instrument de supplice, infamant et très douloureux…

Toutefois, la valeur de la Croix ne réside pas dans la grandeur ni dans l’intensité des souffrances qu’elle produit, mais dans l’amour avec laquelle nous les portons.
Celui qui subit de très grandes souffrances et épreuves, mais à contre-coeur, en râlant (jusqu’à douter de la bonté de Dieu), en les maudissant, en s’aigrissant, en faisant de ses souffrances l’occasion et le prétexte pour être désagréable avec les autres, celui-là ne porte pas sa Croix à la suite de Jésus et perd tout le mérite qu’il aurait pu en obtenir.
Celui qui, au contraire, reçoit les épreuves et les souffrances – même si elles sont objectivement moins lourdes que celles de l’homme évoqué précédemment – avec patience et abnégation, sans  repli sur lui même mais en les unissant généreusement à celles du Christ Rédempteur, sans amertume stérile mais en s’efforçant de vivre à travers elles le dépassement de l’amour, devient véritablement chrétien – c’est-à-dire un autre Christ – et il amasse des trésors pour la vie éternelle.

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6 – « Il vaut mieux faire des pénitents par la douceur, que des hypocrites par la sévérité. » (Esprit de saint François de Sales – 1ère partie, chap. IX)

On ne peut pas parler de Saint François de Sales ni le commenter sans évoquer sa douceur, devenue proverbiale. Cette citation est tout à fait dans la continuité du passage où il explique qu’on attrape plus de mouches avec une goutte de miel qu’avec un tonneau de vinaigre.

Le zèle du chrétien pour faire triompher le bien et pour établir le règne de Notre-Seigneur – dans les âmes et dans la société – ne doit pas être un zèle amer ; il ne doit en aucune manière représenter une forme de coercition morale ou psychologique.

Certes, il faut amener les hommes à connaître Dieu et à recevoir son salut. Certes aussi, il convient de ne pas laisser attenter à l’honneur de Dieu et aux droits de la Vérité. Certes encore, il importe de ne pas rester indifférent ou passif en face de la prolifération du péché qui fait tomber les âmes en enfer. Certes enfin, il est nécessaire que, par la pratique d’une authentique pénitence, le coeur des hommes se détourne des chemins du mal et marche vers le Salut…

Le moyen le plus efficace dont dispose un chrétien pour travailler à la conversion des coeurs, c’est de se sanctifier lui-même par la pratique personnelle des vertus évangéliques.
La conquête à laquelle tout chrétien est appelé, est une conquête des coeurs. Or on ne conquiert les coeurs que par la douce persuasion de l’amour.

Un chrétien qui voudrait imposer à tous les hommes le respect de Dieu et de ses lois par des manifestations et des structures purement extérieures, montrerait qu’il n’a pas vraiment compris les enseignements et les exemples de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

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7 – « Bienheureux les coeurs pliables, car ils ne rompront jamais! » (Entretiens, I)

Jean de La Fontaine avait-il en tête cette citation du saint évêque lorsqu’il écrivit « Le chêne et le roseau »?
C’est en tout cas un enseignement similaire qu’on retrouve dans la fable et dans les entretiens familiers par lesquels Saint François de Sales formait les premières Visitandines à l’esprit de la nouvelle fondation.

Tout comme l’enseignera plus tard le fameux fabuliste à propos de certains évènements du monde, dans l’ordre spirituel Saint François de Sales apprenait aux Soeurs de la Visitation à rester souples et malléables sous la main de Dieu et à ne point se raidir intérieurement en face des épreuves permises par la Providence.

Les durcissements ou la dureté avec laquelle il arrive que des chrétiens affrontent certaines contradictions ou certaines contrariétés, certains évènements ou certaines souffrances, certaines oppositions ou certaines épreuves, sont finalement bien plus révélateurs de fragilité et de faiblesse que de vertu et d’intelligence, tandis que certaines souplesses et capacités d’adaptation aux circonstances révèlent au contraire un « savoir-faire » qui découle réellement de l’action du Saint-Esprit dans une âme (cf. Gal.V, 22 ).

Armoiries de Saint François de Sales

Et n’oubliez pas la belle tradition de la Couronne de l’Avent
dont j’avais déjà eu l’occasion de parler > ici.

2011-87. Les autruches.

Novembre…

Nous sommes dans les dernières semaines de l’année liturgique : après la Toussaint et la commémoraison solennelle des fidèles trépassés, jusqu’à la semaine qui suit le « dimanche de la fin des temps » (vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte), la Sainte Eglise nous amène d’une manière plus particulière à méditer sur les fins dernières.
Voici pourquoi, pour répondre à la demande de l’une de mes lectrices qui m’a écrit pour me demander si je n’avais pas encore quelqu’une des petites bandes dessinées de Frère Maximilien-Marie à publier (étant donné que je ne l’ai pas fait depuis plusieurs mois), je suis allé « furler » (
verbe spécifiquement ardéchois qui signifie : fureter, rechercher avec insistance – cf. Claudine Fréchet : Dictionnaire du parler de l’Ardèche) dans ses affaires et j’en ai trouvé une tout à fait en rapport avec ces dernières semaines du temps liturgique.
Ainsi que nous l’enseigne le Saint-Esprit, dans le livre de l’Ecclésiastique : « Dans toutes tes oeuvres, rappelle-toi tes fins dernières, et jamais tu ne pécheras – In omnibus operibus tuis memorare novissima tua et in aeternum non peccabis! » (
Eccli. VII, 40).

 Lully.          

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2011-87. Les autruches. dans Bandes dessinées lesautruches1

lesautruches2 autruches dans De liturgia

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Autres bandes dessinées publiées sur ce blogue :
- Grindsel le séraphin se pose quelques bonnes questions > ici.
- Pas meilleurs que les autres > ici.
- Le Rosaire redoutable aux démons > ici.
- Concurrence > ici.
- La préférée de Dieu > ici.
- Une lettre pour toi > ici.
- Comment se forment les perles > ici.
- Saint Joseph et le placage > ici.
- Au jour le jour > ici.
- A l’école de Saint Louis de Gonzague > ici.
- Vacances? > ici.

2011-86. La nausée.

A l’occasion de la fête de Saint Maurice, en septembre dernier,  Frère Maximilien-Marie avait publié un texte de son amie Isabelle intitulé « Chevaliers des temps modernes » (ici > www).
Maître Guizmo, le chat d’Isabelle, m’a fait parvenir il y a deux jours un autre texte rédigé par notre amie. Je vous en citais un passage dans ma chronique d’hier (cf.> www) et je le livre aujourd’hui tout entier à votre réflexion, en remerciant « chat-leureusement » Isabelle et Guizmo…
J’ai conscience que la liberté de parole et le ton d’Isabelle ne seront pas du goût de tout le monde, mais – tout comme Frère Maximilien-Marie et tout comme moi-même – elle n’écrit pas pour plaire, mais pour exprimer des vérités et provoquer à de salutaires sursauts de réflexion et d’action.

Lully.

Le chat Guizmo

Maître Guizmo, mon ami bruxellois

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La Nausée :

Crise, crise, crise.  Le mot se retrouve partout, et pourtant le glas sonne depuis longtemps mais combien pour entendre???
Plus de trente ans que les symptômes se sont montrés, plus de trente ans d’inertie politicienne, d’aveuglement d’économistes à la solde d’un néo-libéralisme qui a fait de nous des cons-sommables…
Mais comment en est-on arrivé à cela, comment a-t-on pu nous berner à ce point, comment se fait-il que nous ayons cru à tous ces discours sur un bien-être tout éphémère que nous avons pu croire enraciné?
C’est que depuis bien longtemps on nous a coupé de nos racines !

Merci aux amis facebookiens ou autres qui me mettent en garde contre le franc-parler.  C’est que, voyez-vous, c’est de me taire que je m’éteins.  Je n’ai jamais eu pour vocation de me museler, je ne laisserai donc à personne d’autre la joie de m’y contraindre. Petite, mon père me demandait si ma langue n’était jamais fatiguée. Déjà je trouvai la question saugrenue, ce n’est donc pas aujourd’hui que je changerai.

Si aujourd’hui des réseaux dit sociaux existent, autant les utiliser, non pas comme d’aucuns en ont peur, peur d’être fichés, réduits au silence. Puisque réseaux il y a,  utilisons-les pour clamer, informer, penser et proposer, crier et non nous taire.  Et même si tout ce que nous y disons est archivé, et bien tant mieux. D’éminents spécialistes de la communication mettent en garde par rapport au fait que sur ces réseaux tout est entendu, vu. Retournons donc l’arme et utilisons cette fenêtre de prime abord sans vue pour faire voir, non pas nous-mêmes, mais ce monde qui n’est qu’imposture, faciès non aimable. Il nous incombe de nous éduquer pour changer la face du monde…

Quand je parle de conjuguer divers discours, ce n’est pas bien sûr chercher à plaire aux uns, aux autres, mais à rassembler tous les éléments d’une situation et mettre le doigt sur l’ensemble de ce qui y a conduit, car nous le savons tous, l’état déplorable dans lequel se trouvent nos sociétés n’est pas le seul fait de l’argent, de l’endettement des pays, de la compétitivité …etc, mais aussi la conséquence de toute une manière de concevoir (con-se-voir???) ou de ne pas concevoir nos modes d’être, notre façon d’envisager la vie, nos attitudes face aux défis, nos responsabilités ou à l’inverse l’absence d’actes et de décisions dans chaque pan de nos existences. La crise dite économique n’est que le sommet de l’iceberg, bien plus profondément enfoui. Et c’est bien là que cela dérange même le plus. Ainsi aucun n’échappe à sa conscience, ni vous, ni moi!
On nous entraîne à ne plus réfléchir, mais à « jouir », à ne plus écrire pour mieux oublier, à ne pas voir pour ne pas devoir regarder, à ne pas entendre pour ne pas avoir à écouter, à ne pas nous poser de questions pour ne pas remettre en question, à nous divertir sans cesse afin de ne pas oser nous affronter…

Les Romains, bien avant notre ère, avaient déjà appliqué, mais comme on n’apprend plus l’Histoire (en tant qu’apprentissage de la réflexion personnelle), la jeunesse ne sait plus.
Aussi, les moyens qui nous sont donnés de nos jours, nous pouvons les saisir pour démontrer que les citoyens que nous sommes ne sont pas les cons que les politiciens voudraient que nous soyons.
Si les politiciens étaient aussi intelligents qu’ils s’échinent à nous le faire croire, il y a longtemps qu’ils écouteraient d’autres discours que les leurs…
Ne tourne en rond que celui qui ne tourne pas rond. C’est bien leur cas, non, puisque cela fait trente ans et plus qu’ils tournent en rond, ne voyant qu’eux. Et si nous ne nous réveillons pas, nous risquons d’être comme eux, à  nous voir tourner en rond sans jamais rien avoir compris.

Alors d’aucuns, une majorité assurément, par peur, rétorquera, «oui, mais quoi faire??? ».
Et bien justement, oser parler, crier, clamer et y voir un peu plus clair.
Car c’est de nous boucher les oreilles, de nous laisser aveugler que tout est englouti, obscur.

On le sait bien, les enfants ont peur de l’inconnu, du noir, par manque de savoir. C’est là ce qui se trame de nos jours ; on laisse dans l’ignorance et on ne donne pas le goût de la curiosité. Nous avons le choix de grandir et de devenir adultes en nous éduquant.
Mais c’est sûr, grandir fait mal ; on se blesse, on tombe, on se trompe, on s’agrippe à nos petits profits, sauf qu’on oublie qu’un tel système se grippe de lui-même. A force de ne pas vouloir ni voir ni comprendre, on n’apprend rien. Ainsi au-delà de l’argent, c’est l’or que nous avons perdu, un tout autre très-or, celui qui donne sens car dans ce monde fou tout est devenu insensé. La liberté est à ce prix! Celui d’entrer dans l’inconnu. C’est là précisément ce qui fait peur à la majorité d’entre nous. Alors on s’agrippe à ce qui qui péréclite, inéluctablement. C’est oublier que la vie n’est que mouvement. «Toute civilisation naît, grandit et meurt» rappelle Vico. C’est là le prix du renouveau, d’une renaissance.

Hier, j’ai pris la plume, ai tenté d’écrire, de comprendre, de m’informer et plus j’ai essayé, plus la nausée est remontée…  Oui, la nausée…
J’ai voulu écrire, analyser et là était bien l’erreur.
Nous clamons, c’est donc un cri, un cri est un ras-le-bol, un trop plein à évacuer, comme la nausée est le symptôme d’un trop plein à vomir.
Alors voilà, je ne suis ni politicienne, ni économiste, ni analyste, je suis comme vous, tout simplement. Je ne peux écrire qu’avec mon coeur, en haut-le-cœur, qu’avec mes tripes jusqu’à la nausée. Quitte à vous décevoir ou vous déplaire.
Ainsi, de trop d’analyses politiques, économiques, nous avons la nausée. La faim des gens est bien différente puisque ce monde là nous rend malades, jusqu’au besoin de vomir notre indignation, notre mal-être. Hier soir j’ai vomi, prise de nausées car je n’étais pas moi.  Alors si je ne peux écrire que du cœur, aujourd’hui ce sera d’un haut-le-coeur.

Ce n’est pas l’argent qui nous a rendu malades, mais ce qu’on en a fait : un dieu. Le Dieu des avoirs qui nous a coupé de notre être, d’où notre mal-être!
Au départ, l’argent est une monnaie d’échange.
Dans cette expression, l’important est bien l’échange : «Je te rends un service, plus que je ne te le vends». En contrepartie, tu m’offres tes services. Sans toi, sans moi, il n’y aurait rien, aucun échange.
Ce comportement aujourd’hui, nous l’avons effacé.  D’échange il n’est plus, de gens encore moins. Il est question de services payés. Point. Premier mal-être… D’ailleurs comment encore voir les personnes derrière les biens, les services quand tout est délocalisé, virtuel, réglé à distance. Des services bancaires on line, et personne à qui m’adresser, des commandes par internet, des rencontres virtuelles qui la plupart du temps en resteront là ou alors se mourront d’elles-mêmes à défaut de rencontre réelle. 
Time is money
, le credo libéral a fait du chemin, virtuel, lui aussi, puisque les transactions bancaires se font jour et nuit, en ligne, sans aucun contrôle, sans réflexion. Quand le monde dort, jamais l’argent ne dort… le voilà donc le mal du siècle : time is money.
«Avec le temps, va, tout s’en va» y répond le chanteur. Et là, tout fout le camp! Du temps, nous n’en avons plus, de l’argent encore moins. Alors que reste-t-il? Un grand sentiment de vide… Symptôme évident de mal-être. Plutôt que de comprendre ce vide, on cherche vite à combler, à l’image de ce que nous faisons partout : combler les trous de nos porte-feuilles, de la sécu, du budget, des temps dits morts (un temps qui ne rapporte pas est mort)…

Ce matin, c’était évident : je vous parlerai du coeur, à commencer par un haut-le-coeur, vomir le trop-plein pour laisser ce vide, condition nécessaire pour m’emplir d’autre chose que d’analyses de beaux discours. Les beaux discours, nous en entendons suffisamment et aucuns d’entre eux ne nous nourrit. Que du contraire, ils nous rendent malades plus encore en créant la peur, le mensonge, les illusions. «J’hallucine» m’étais-je écriée en écoutant un énième analyste quelconque. Ensuite, nausée.
C’est bien des drogues que l’on nous distille, mais aujourd’hui j’ai opté pour le sevrage!

De tout cela, pas de théorie, de solutions, si ce n’est à l’évidence que ce n’est qu’en nous vidant de ce qui nous pèse que nous pourrons dans un vide de cela trouver autre chose à vivre, à revivre.
Bien sûr que cela fait peur car inévitablement, le malade passe par les nausées, les hauts-le-cœur, la fièvre, les crampes qui lui dérouillent les tripes.
Hier, je croyais pouvoir éviter les nausées et finalement je me suis rendue compte que ce n’est qu’après avoir vomi que tout s’est allégé. Sommes-nous prêt à vomir tout notre mal-être, notre idolâtrie de l’argent, nos temps perdus et non vécus, à devenir des «patients» au lieu de courir après le temps, à rejeter ce qui nous rend malade, à laisser le vide faire son œuvre, nous délester du monde de l’avoir et être? Mourir au vieux monde et enfin naître? C’est sûr ça fait peur… Mais entre prendre le Prozac politique, l’anti-dépresseur économique et rechuter sans cesse, ne préféreriez-vous pas que nous prenions conscience de la racine du mal qui est d’être des déracinés de l’être, tous autant que nous sommes?
Hier j’étais malade de m’être éloignée de ce qui compte vraiment, non pas encore rafistoler, combler des trous, comme par le passé quand je travaillais en milieu économique. J’avais cru renouer avec tout cela. Et qu’ai-je constaté : je fus prise de nausées!!!

Mais alors face aux pauvres, aux délaissés, aux «délaissés pour solde de tout compte», que faire?
Ne plus accepter de rafistoler ce monde malade par le mal qui le ronge – l’avoir – mais le laisser se vider, se vomir lui-même pour qu’allégé de son enflure, du pus, enfin, il puisse renaître, différent. Je n’ai aucune solution extérieure, je n’ai qu’un remède qui vient des profondeurs. Mais accepter de se voir malade, c’est devenir «patient», c’est pouvoir entamer un chemin de guérison, question de se donner enfin le temps pour que l’argent ne soit plus monnaie sonnante du glas et trébuchante sur ses avoirs qui ne sont rien.

Puis ce matin, me demandant comment j’allais vous servir tout cela, je me suis souvenue de mon enfance, car après le haut-le coeur, revenons–en au coeur, tout simplement.
J’ai revu les jours tranquilles, les dimanches sans magasins ouverts pour combler ce que d’aucuns appellent aujourd’hui l’ennui du silence, de l’être sans le faire ou l’avoir à «tout prix», cette époque sans ordinateur, sans internet, voire sans télévision. Et si télévision il y avait, c’était en famille, question d’échanger sur le programme. Nul besoin de toutes ces sorties parce qu’incapables d’entrer en soi, d’être avec soi.  Les amis, on les voyait chez les uns, les autres, non dans le bruit d’une discothèque, d’un bar où se vomit une musique assourdissante et où personne ne s’entend où il convient, s’entend, de consommer! D’où sûrement le fait que tant de couples ne «s’entendent» plus. Tout cela aussi est à la racine de notre mal-être.
«Mais c’est bien sûr!» se serait exclamé le commissaire dans les Cinq dernières minutes : tout ce mal-être est prétexte à consommer, acheter et creuser plus encore le vide d’être pour alimenter le comble des avoirs.
C’est de perdre que nous avons peur! Si la misère est inacceptable commençons par en voir la racine : elle est en chacun de nous et c’est beaucoup plus difficile à admettre que de lui attribuer des causes uniquement extérieures. En cherchant à toujours offrir plus à nos enfants, en leur payant gadgets sur gadgets, en les comblant, nous n’avons fait que les vider de leur sève. Et même si nous avons tenté de les en préserver, la société a vite fait de nous rattraper en nous forçant la main ; tel devoir devait être fait à l’ordi, là où avant une feuille de papier un stylo suffisaient, sinon c’était un zéro pointé…
Combien ont préféré planter les gosses devant la télé pour vaquer eux-mêmes à leurs occupations? Comme il est plus facile de mettre un dessin animé que de prendre le temps de s’asseoir dans le fauteuil et raconter à son enfant une histoire dans un temps donné, temps partagé, une pause-amour, pause-refuge? Pas de télé ou de vidéo allumée, autant d’électricité d’économisée, et du temps d’amour donné. Voyez-vous où je veux en venir???

Le mal qui ronge nos sociétés n’est pas que d’argent. Le temps est d’or, nous nous sommes trompés de monnaie d’échange!

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2011-83. Le Christ veut régner par la vertu de Son Sacré-Coeur.

Sermon de Monsieur l’Abbé Henri Vannier

à l’occasion de la Fête du Christ Roi
- dimanche 30 octobre 2011 -

Premier vendredi du mois, 4 novembre 2011.

Le premier vendredi du mois est, selon la demande adressée par Notre-Seigneur Lui-même à Sainte Marguerite-Marie, particulièrement dédié à honorer le Sacré-Coeur de Jésus.
Voilà pourquoi, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je livre aujourd’hui à votre lecture et à votre méditation le texte de la prédication faite par Monsieur l’Abbé Vannier – desservant de notre quasi paroisse selon le rite latin traditionnel -  à l’occasion de la Fête du Christ Roi, dimanche dernier.

Les illustrations qui accompagnent cette publication présentent la chasuble du Christ Roi que nous conservons en notre Mesnil-Marie, très beau travail de broderie et de ferveur réalisé par des religieuses.

Chasuble du Christ Roi (Mesnil-Marie)

Cette Fête du Christ Roi – fixée à la fin de l’année liturgique – conclut et récapitule la célébration des mystères de Jésus-Christ et de notre salut.
Après les mystères de Noël et de l’Epiphanie, le mystère pascal de la Passion et de la Résurrection, après la gloire de l’ascension, l’Eglise, instruite par l’Esprit-Saint, nous montre le Christ Roi : Roi du Ciel et de la terre, siégeant à la droite du Père et régnant ici-bas par la Croix victorieuse, source de justice et de paix.

Toute l’histoire de l’humanité apparaît comme un jour, le jour du Seigneur, autour de la venue du Christ, Soleil de lumière, de vie et d’amour.
Alors que le monde était plongé dans les ténèbres de la mort et attendait son Salut, Il est venu, Lui, le Verbe éternel et le Fils unique du Père, dissiper la nuit obscure du péché et de l’ignorance, et apporter aux hommes le don de l’héritage de la Patrie céleste.
Et si, avec le temps, le monde vieillit au point que la nuit semble tomber et envahir l’Eglise elle-même, l’espérance assure que le soleil couchant annonce à l’horizon un jour nouveau, celui du retour glorieux du Christ à la fin des temps, lorsque Il viendra juger les vivants et les morts, et introduire le peuple des élus dans l’éternité bienheureuse!

Au rythme des célébrations et des Messes, la sainte liturgie rassemble l’Eglise et fait avancer ses membres pas à pas, au-delà du cycle sacré de chaque année, vers le Royaume des Cieux, à la suite du Christ Roi.

ange brodé sur le devant de la chasuble

Le Christ est donc Roi?

Assurément!
Par nature, il est le Verbe par qui tout a été fait ; par conquête, Il est le Sauveur du genre humain attirant tout à Lui du haut de la Croix.
Le Christ est Roi à double titre : en tant que Créateur et en tant que Rédempteur, ayant restauré la création et relevé l’humanité jusqu’à la dignité la plus haute.

Sans Sa grâce, en dehors de Lui, la nature, l’univers et, bien sûr, toute l’humanité se condamneraient à s’autodétruire.

Tout Lui appartient, même le temporel, le profane et la sphère privée. Rien ne peut échapper à l’influence de Sa grâce. C’est une Royauté universelle.

Le Christ est le Roi des nations parce qu’il n’y a de salut – mais aussi de justice, de paix, de prospérité, de liberté et de fraternité entre les hommes – que dans la mesure où les nations reconnaissent Ses droits en tant qu’Auteur de la nature et Rédempteur du genre humain.
Il est le Roi des rois en ce sens que les gouvernements doivent se soumettre à Sa Royauté universelle, à laquelle ils participent et de laquelle ils reçoivent leur pouvoir et leur légitimité : César doit rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu!

détail de l'ange brodé dans le dos

Cependant, si la Royauté du Christ est universelle, elle n’est pas immédiatement et directement temporelle : c’est une Royauté spirituelle et surnaturelle qui inonde le monde de la grâce de la foi, de l’espérance et de la charité, grâce descendue du Ciel qui oriente tout le domaine temporel vers l’éternité de son destin.

Le Christ respecte l’ordre naturel dont Il est l’Auteur : Il rend à César ce qui appartient à César.
Mais tout – le politique, le social, l’économie, le domestique, la technique et l’art -, tout est au service du bien et du salut des hommes que Jésus est venu apporter au monde.
Royauté universelle : tout est par Lui mais aussi pour Lui!

Certes – hélas! – l’histoire de l’humanité, dominée toujours par la victoire du Christ, est cependant marquée par l’infidélité, l’apostasie voire la révolte : lorsque le Peuple de Dieu proteste qu’il n’a pas d’autre roi que César, lorsque une république révolutionnaire proclame des droits de l’homme sans Dieu, lorsque l’on déclare que la loi civile de l’Etat arbitraire est au-dessus de la loi divine, mais aussi lorsque des hommes d’Eglise laissent entendre que l’on peut se sauver sans le Christ et lorsque, depuis Rome et Assise, on prétend que la paix peut se répandre dans le monde sans proférer la moindre allusion à Jésus-Christ, Prince de la Paix!

Ils L’ont découronné!
Ou pire, ils L’ont couronné d’épines!

Détail de la chasuble du Christ Roi : couronne

En conséquence, ce n’est pas seulement l’heure de la grande apostasie, mais c’est aussi fatalement l’heure de la révolte et du refus le plus funeste : le monde ne veut ni du Christ, ni du Salut que Celui-ci propose avec tant d’amour et de miséricorde. Jésus crucifié!

Mais – et c’est le sens de l’histoire – le Christ règne par la Croix ; Il construit Ses victoires et relève l’humanité pécheresse à partir des péchés et des prétentions des hommes.

Dieu ne peut permettre non seulement que les élus eux-mêmes se perdent, mais que les hommes puissent perdre en eux toute étincelle d’espoir et de vie.

Le monde d’aujourd’hui court à sa perte, les gens ont peur de l’avenir, ils ne savent plus à quoi se raccrocher, ils désespèrent.
On n’a jamais autant parlé de liberté, de paix, de démocratie… et voyons quel constat s’impose de plus en plus à tous!

Le Christ à pitié de cette foule.
S’Il veut régner, c’est par la vertu de Son Sacré-Coeur!

motif central

Le Christ Roi n’est ni un dictateur ni un démagogue, profitant de la faiblesse des hommes et flattant leurs passions.
Le Christ ne recherche pas Sa propre gloire. Sa Royauté n’est pas domination : c’est une Royauté d’Amour!
Ce qu’Il veut, c’est le bonheur des hommes.
Il a conquis Son Royaume en portant sur Lui les péchés du monde et Il connaît le pécheur par la tendresse de Son Coeur.

Qui a le mieux chanté la victoire du Christ Roi, sinon la sainte Vierge, proclamant les grandeurs et la puissance de son Fils?
« Fecit potentiam in brachio Suo, dispersit superbos mente cordis sui. Deposuit potentes de sede : Il a déployé la force de Son bras, Il a dispersé les hommes orgueilleux ; Il a renversé les puissants de leurs trônes! »

C’est à la Messe que l’Eglise célèbre par excellence la Roayuté du Christ, et nous la communique : en nous et autour de nous, dans nos familles et nos communautés.
Il y a les chants du Gloria et du Credo, les lectures – Epître et Evangile qui proclament la Parole du Roi -, et bien sûr le renouvellement du Sacrifice : « Il est digne, l’Agneau qui a été immolé, de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force et l’honneur ; à Lui la gloire et l’empire pour les siècles des siècles! » (
introït de cette fête) ; puis le chant solennel du Pater – « Que Votre Règne arrive! » car il appartiendra à Jésus de remettre Son Royaume entre les mains de Son Père, principe de toute autorité et de tout don -; enfin, à la Communion, le Corps du Christ fait partager à Ses fidèles Ses prérogatives royales : avec le Christ, les chrétiens unis au Christ participent à Ses mystères pour faire des élus un peuple de rois et de saints : ce que nous contemplerons à la Toussaint.

détail du motif central, le Sacré-Coeur

On peut lire – ou relire – aussi sur ce blogue :
- « De la Royauté du Christ à la gloire de Ses élus », ici > www.
- L’Acte de consécration au Sacré-Coeur qui doit être publiquement récité à l’occasion de cette fête > www.

2011-81. L’histoire de l’homme qui s’ennuyait…

Conte pour la Toussaint

d’après une idée de Charles Péguy.

guirlande de fleurs

Jour de Toussaint.
Le Mont Mézenc et les hauts plateaux vivarois sont enveloppés de brouillard ; une bruine presque imperceptible tombe sur notre vallée et – vous vous en doutez bien -, n’ayant nulle envie d’aller dehors, je suis resté près du poêle à lire.
Dans les cahiers de Frère Maximilien-Marie, j’ai trouvé un conte tout à fait en rapport avec la fête d’aujourd’hui et j’ai décidé de vous le retranscrire.
« L’histoire de l’homme qui s’ennuyait »
a été écrite par notre Frère à partir d’une idée de Charles Péguy.
Je dis bien « à partir d’une idée » : en effet, dans une conversation avec des amis, Péguy avait un jour raconté cette histoire qu’il avait imaginée et qu’il voulait mettre par écrit. La « grande guerre », qui le faucha le 5 septembre 1914, ne lui en laissa pas le temps : nous n’avons que les souvenirs écrits par ses amis, et c’est ce dont Frère Maximilien-Marie s’est servi pour en faire une saynète qu’il fit jouer à des scouts.
Je vous dédie ce conte, chers Amis de notre Mesnil-Marie, en espérant que vous trouverez autant de plaisir et de matière à réflexion que j’en ai eu moi-même à sa lecture.

Lully.

Lully au crayon

Il était une fois, un homme qui s’ennuyait, qui s’ennuyait, mais qui s’ennuyait…
Depuis le matin et jusqu’au soir, il s’ennuyait.
Chaque jour, et à chaque heure du jour, il s’ennuyait.
D’un bout de l’année à l’autre, il s’ennuyait!

Il s’ennuyait autant qu’il respirait.
Il n’avait rien d’autre à faire.
Il s’ennuyait…
… et il s’ennuyait de s’ennuyer!
C’était ainsi.

Or cet homme qui s’ennuyait savait toutefois qu’il y avait pour lui un moyen de ne plus s’ennuyer.
Oh! un moyen très simple – presque un jeu d’enfant – : pour ne plus jamais s’ennuyer, il lui suffisait d’écrire une lettre.
C’était si simple!

Mais voilà, l’homme qui s’ennuyait savait aussi que cette simple lettre serait un gros péché, un énorme péché…

Pour ne plus jamais s’ennuyer – jamais!-, il lui suffisait d’ouvrir son secrétaire, d’en retirer une feuille blanche et de la poser devant lui, là, de prendre sa plume, de la tremper dans l’encrier, et d’écrire…  puis de sécher la lettre, de la cacheter, de l’expédier…
Et ce serait fini : il ne s’ennuierait plus jamais.
Jamais!

Oui mais, c’était un péché!
Et l’énormité de cet horrible péché l’avait toujours fait reculer.
Et voilà pourquoi il continuait à s’ennuyer.

Plusieurs fois il s’était dit : « Allons! c’est trop bête! Il n’y a qu’à l’écrire cette lettre et j’aurais fini de m’ennuyer… »
Puis il avait reculé ; il avait repoussé l’horrible tentation.
Et il s’ennuyait toujours!

Un jour, où il s’ennuyait plus encore qu’à l’accoutumée, il n’y tint plus.
Son ennui était tel qu’il résolut d’envoyer au loin ses scrupules et qu’il préféra succomber à la tentation de cet énorme péché.
Il s’assit donc à son bureau, prit une feuille et commença sa lettre.

Or, cet homme qui s’ennuyait avait aussi une manie, une habitude dont il ne s’était jamais défait : chaque fois qu’il commençait une lettre et écrivait la date, il regardait aussitôt dans le calendrier quel était le saint du jour.
Il écrivit donc « mercredi 25  » et se dit aussitôt en saisissant l’éphéméride : « Voyons, mercredi 25… mercredi 25 : Saint Louis! »

Saint Louis!!!
Il eut un mouvement de recul : Saint Louis, le roi juste et saint ; Saint Louis avec son beau manteau bleu fleurdelysé ; Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes ; Saint Louis recevant la Sainte Couronne d’Epines…
Non! il ne pouvait tout de même pas commettre un tel péché, un si gros péché, le jour de Saint Louis!
Il rangea donc sa feuille en se disant : « Je peux bien attendre demain, j’ai déjà tellement attendu. Un jour de plus, ce n’est pas grand chose. Mais le jour de Saint Louis, non! »

Le lendemain matin, l’homme qui s’ennuyait  revint à son bureau pour se mettre au travail : il prit sa feuille, marqua la date, et prit son calendrier : « Voyons! Jeudi 26… jeudi 26 : Saint Zéphyrin… »
Saint Zéphyrin, ça ne lui disait rien du tout.
Il se mit donc à écrire.

Mais alors, un petit personnage tout rouge de colère fit irruption dans la pièce, à la manière d’un vent de bourrasque. Si zéphyr, en grec, désigne le vent d’ouest, plutôt doux et léger, Saint Zéphyrin -  car c’était lui – semblait l’avoir oublié ce jour-là.
Il se précipita sur l’homme qui s’ennuyait et lui cria : « Alors, hier, parce que c’était le jour de Saint Louis, et que Saint Louis c’est un roi, et l’un des plus grands rois, tu as renoncé. Mais aujourd’hui, parce que c’est moi, et que je ne suis qu’un tout petit Zéphyrin de rien du tout, tu feras ton gros péché!!! Ah, mais non! Ça ne se passera pas comme ça!… Ça ne peut pas se passer comme ça!… »
Et il lui en dit tant, et sur un tel ton, en tournoyant dans le bureau, que la feuille fut prestement remise dans son tiroir.

Vint le lendemain.
L’homme qui s’ennuyait revint vers sa table.
Avant toute autre chose, prudemment, du regard il fit le tour de la pièce : « Personne, à droite! Personne à gauche!… Bien, bien! Allons-y! »
Il s’assit, ouvrit son tiroir, prit une feuille et marqua la date : vendredi 27.
Aussitôt il chercha le saint du jour… Vendredi 27 : Saint Damien.
Comme ça ne lui disait rien non plus, il commença sa lettre…

Patatras! Qui est-ce qui lui tombe dessus?
Saint Damien!
Et il n’est pas tout seul : il vient avec Saint Côme, son frère. A deux, on est plus forts…
En plus, ils portaient les instruments de leur martyre : de quoi vous glacer le sang.
Saint Damien le regarda d’un air triste et dit d’une voix grave : « Alors, avant-hier tu as reculé devant Saint Louis. Hier, tu as reculé devant Saint Zéphyrin. Et aujourd’hui que c’est moi, tu me causerais une telle peine? Aujourd’hui que je suis de garde – car Saint Côme et Saint Damien étaient médecins et ils en avaient le vocabulaire -, tu oserais commettre un tel péché? As-tu pensé à ce que l’on dira de moi, là-haut dans le Ciel? Je les entends d’ici. Ils me diront : C’est du joli! On peut te confier la terre pendant une journée : voilà ce qui arrive. Tu n’as pas été capable d’empêcher une telle horreur… »
Et la tristesse et les plaintes de Saint Damien eurent raison de sa détermination ce jour-là aussi.

Et il en fut ainsi tous les jours.
Car il continuait à s’ennuyer, et il ne voulait plus s’ennuyer : il voulait écrire sa lettre!
Tous les jours, il recommençait à marquer la date.
Tous les jours, il recommençait à regarder son calendrier…
Il s’obstinait.
Mais les Saints s’obstinaient aussi.

Les uns le prenaient par la douceur : « Allons! Allons, sois gentil! Dis-moi que tu ne vas pas faire un péché aussi laid… »
D’autres, les savants, les docteurs, les Saint Thomas et Saint Alphonse de Ligori, saint Augustin et autres théologiens, lui démontraient avec force arguments et démonstrations qu’il ne pouvait pas succomber à une telle tentation.
D’autres encore, les soldats, tels Saint Georges ou Saint Martin, le reprenaient sans ménagement.
Et le comble fut le jour où ce demi-saint de Charlemagne, avec ses leudes – comme sur sa statue du Parvis Notre-Dame -, l’assaillit et mit la pièce sens dessus dessous : il en fut pour trois jours à se remettre!

Mais notre homme qui s’ennuyait et qui ne voulait plus de son ennui, se dit finalement : « Enfin, il doit bien y avoir un jour dans l’année où il n’y a pas de saint! »

Il réfléchit, il tourna très attentivement les pages de son éphéméride, puis il jubila : « Eureka! Il y a le 14 juillet! »

Ah, bien oui! Qui est-ce qui lui saute sur le paletot?
Sainte Marianne!
« Dis donc! Tu ne vas pas tout de même pas me rajouter une telle horreur? Faire que je traîne aussi cette infamie? Déjà qu’on m’a refilé la république en me piquant mon auréole et en me coiffant d’un bonnet rouge! Et quelle république : laïque et franc-maçonne!!! J’en ai ma claque!… »

L’homme qui s’ennuyait pensa donc : « Paris est décidément trop en vue et trop fréquenté. Je vais partir à la campagne : il sera bien plus facile de m’y cacher. Là, derrière un petit mur ou dans un bosquet solitaire, dans un chemin creux oublié ou dans une lande déserte, ni vu ni connu, et le tour sera joué… »
Il partit donc.

Mais ce fut bien une autre histoire.
Ce n’étaient plus les saints du calendrier des postes qu’il trouvait sur son chemin, mais les saints – méconnus ou inconnus – de notre « France profonde » : les saints qui veillent sur les villages et les clochers, ceux qui président aux travaux des champs et qu’on invoque contre les gelées, les saints oubliés qui protègent les semences et qui opèrent des guérisons aux sources séculaires… des saints robustes et bien campés qu’il croisait, la fourche ou la faux sur l’épaule, ou qui le regardaient passer les bras croisés et le menton en avant…
Tous le renvoyaient en disant : « Va-t-en d’ici avec ton gros péché! Ne viens pas polluer la terre de France, sanctifiée par tant de labeurs et de sacrifices obscurs, par tant d’héroïsme chrétien enfoui dans la trame des siècles et des générations… »

Et ce fut au point qu’il ne pu jamais écrire sa lettre ; il ne put jamais commettre son gros, son énorme péché!

Que croyez-vous qu’il arriva?
La compagnie de tant de saints lui fut profitable : à force de les voir, à force de les rencontrer, à force de les entendre et de les écouter, à force de les fréquenter… il ne s’ennuya plus du tout.
Et leur exemple fut contagieux : il ne songea plus à pécher, mais à les imiter.
Si bien qu’il devint saint lui-même!

Hé bien, voulez-vous que je vous dise?
De même qu’il n’y a pas un lieu sur la terre, pas un endroit, qui ne soit le point de recoupement d’une latitude et d’une longitude, de même aussi aucune circonstance de notre vie ne peut échapper à l’influence des saints.
Ils ne sont jamais loin de nous, toujours prêts à intervenir pour nous aider dans la lutte contre le péché, toujours prêts à intercéder pour nous obtenir la grâce d’éviter le mal et de pratiquer le bien.
L’homme qui ne s’ennuyait plus, parce qu’il avait découvert cette réalité, l’homme que la compagnie des saints avait détourné de son péché… c’est cet homme que chacun de nous est appelé à devenir.

plume & encrier

Un autre conte de Toussaint : « Des saints et des animaux » (en 4 épisodes),
à lire à partir d’ >
ici. 

2011-79. Notre belle langue française : doit on mettre la marque du pluriel aux jours de la semaine?.

Beaucoup ne comprennent pas toujours les subtilités de notre belle langue française et pourtant, quand on veut bien se donner la peine de réfléchir, on se rend compte que tout est d’une absolue rigueur logique : il suffit de faire marcher son intelligence!

Mais il est aussi malheureusement vrai que, d’une manière générale, le monde contemporain ne favorise pas la réflexion personnelle. Nous vivons dans un système de « prêt à penser », d’appauvrissement du vocabulaire et – par contre coup – de limitation des outils de la réflexion, de réduction des capacités d’analyse et de synthèse… etc.

La consigne de nombre d’institutions aujourd’hui ne pourrait-elle pas se résumer par ces mots : « Ne vous fatiguez pas, nous vous dirons ce que vous devez penser! »
C’est donc un vrai plaisir pour moi, en vous rappelant ces règles, de vous dire haut et fort : pensez par vous-mêmes et méfiez-vous de tous ceux qui prétendent vous simplifier l’effort de réflexion personnelle!

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Doit-on mettre la marque du pluriel aux jours de la semaine ?

Eh bien oui ! Lundi, mardi …etc. sont des noms communs soumis aux mêmes règles d’accord que les autres noms communs.
On écrit donc : tous les lundis et tous les dimanches.
Sauf que… vous vous doutez bien que cela ne peut pas être aussi simple!

Lorsque ce même jour est suivi de la mention d’un laps de temps, la semaine par exemple, il faut tenir compte du nombre de ces jours dans cet intervalle de temps ; dans une semaine, il n’y a qu’un seul lundi et on écrit donc : tous les lundi de chaque semaine.
Vous suivez toujours ?

Donc si on passe au mois, il y a cette fois plusieurs jours qui sont un lundi dans un mois et on écrit donc : la réunion a lieu les premier et troisième lundis de chaque mois.
Au passage, vous remarquerez que premier et troisième sont au singulier puisqu’il n’y a qu’un premier et qu’un troisième dans un mois. Mais les deux ensemble (sans s) sont un pluriel.

C’est dans ce même ordre d’idée qu’on écrit : tous les dimanches matin et tous les mardi soir de chaque semaine. Dans le premier cas, matin est au singulier car il n’y a qu’un seul matin dans une journée en revanche il y a plusieurs dimanches. Dans le deuxième cas, il n’y a qu’un seul mardi dans la semaine d’où le singulier et il n’y a toujours qu’un seul soir dans un mardi.

dyn002original100160gif2582326252bfec892843f9590a88cd226fbca7f.gifLully.

« Note à benêts » : je vous ferai une interrogation écrite un de ces prochains jeudis !

2011-78. Jean Madiran a présenté à Rome son livre sur l’Accord de Metz

Comme chaque année, le retour de la date du 11 octobre nous vaut quelques commentaires ou publications au sujet du second concile du Vatican, dont les travaux débutèrent le 11 octobre 1962.

Quelques uns des poncifs continûment rabâchés avec force approximations, erreurs et mensonges, que j’avais lus ce matin m’avaient franchement mis en rogne, aussi le bulletin n° 241 de Correspondance Européenne, organe de liaison du Centro Lepanto, est-il arrivé à point.

Fort de l’autorisation que m’a donné le Professeur Roberto de Mattei – que je remercie encore une fois très chaleureusement – j’ai décidé de reproduire ici le septième article du bulletin, parce qu’il est justement en rapport avec le second concile du Vatican.
Un certain nombre d’entre vous le savent déjà, puisque les faits remontent à l’été 1962 et furent rendus publics quelque six mois plus tard, afin d’obtenir de l’URSS la venue d’observateurs orthodoxes russes au concile, Jean XXIII s’était engagé – par l’intermédiaire du cardinal Tisserant – à ce que le dit concile n’émette aucune condamnation ni critique du communisme!

Cette vérité historique, à laquelle Jean Madiran a consacré un ouvrage qui vient d’être traduit en italien et qu’il est allé présenter à Rome (c’est l’objet de l’article reproduit ci-dessous), a un caractère absolument effrayant, mais elle nous aide toutefois à prendre un sain recul : l’optimisme béat et les envolées emphatiques des intégristes conciliaires sont en effet infiniment plus mortifères et stériles que le réalisme paisible d’un Benoît XVI, qui sait tirer les leçons de l’histoire et peut véritablement conduire l’Eglise en dehors des ornières où de fausses interprétations l’ont embourbée depuis bientôt cinquante ans!

Frère Maximilien-Marie.

l'Accord de Metz

« Cet accord marque l’un des épisodes les moins glorieux de l’Histoire récente de l’Église catholique. L’Accord de Metz a été connu trop tard, et il reste encore bien des aspects inconnus à tirer au clair. Celui-ci est intervenu le 13 août 1962. On était à deux mois de l’inauguration du Concile Vatican II, lorsqu’a été stipulé dans cette ville française un accord entre le cardinal Tisserant et l’archevêque orthodoxe, Monseigneur Nicodème. On a découvert par la suite que ce dernier était un espion à la solde des Soviétiques. L’accord, en effet, prévoyait que le Kremlin permette d’envoyer au Concile quelques représentants de l’Église orthodoxe en échange de la promesse d’un silence total sur le communisme.

L’absence de condamnation du marxisme et des crimes perpétrés par les régimes qui lui étaient liés a entraîné des conséquences pernicieuses, tant dans l’Histoire du monde que dans l’Histoire de l’Église, contribuant à retarder la fin de la Guerre Froide, et délégitimant l’autorité du Catholicisme, car empêchant toute possibilité de condamnation de tout type d’aberration de la modernité dans les années futures.

L’accord de Metz a été révélé pour la première fois six mois seulement après sa signature, grâce aux enquêtes menées par la revue “Itinéraires”, dirigée par Jean Madiran. Cinquante ans plus tard presque, le livre de ce journaliste français a été traduit en italien sous le titre : “L’accordo di Metz” tra Cremlino e Vaticano, et a été publié par la maison d’édition Pagine, avec une Préface et une Postface du Professeur Roberto de Mattei. Sur l’initiative de la maison d’édition et de la   Fondazione Lepanto, l’ouvrage a été présenté au public à Rome, au Palais Ferrajoli, le 20 septembre dernier, en présence de l’auteur, de l’éditeur de Pagine, Luciano Lucarini, du journaliste, écrivain et parlementaire, Gennaro Malgieri, et du Professeur Roberto de Mattei.

Malgieri a défini Madiran comme étant l’«un des maîtres de notre génération» et comme un auteur à contre-courant, «une référence du Catholicisme traditionnel». L’accord de Metz, d’après Malgieri, a permis à la culture communiste de «pénétrer dans les murs du Vatican, conditionnant toute l’Église» et causant «de graves conséquences, y compris dans la société civile», de par le sécularisme de masse dont nous supportons aujourd’hui les conséquences au plus haut degré. Cet accord «mettait en circulation une fausse monnaie : l’idée que le communisme pouvait être domestiqué». Les hiérarchies ecclésiastiques des années conciliaires ont ensuite commis l’erreur de se compromettre avec l’ennemi, au lieu de mettre les fidèles en garde, comme a osé le faire courageusement le grand dissident Alexandre Soljenitsyne. Les Pères du Concile se sont illusionnés de pouvoir, par l’accord de Metz, «adoucir les persécution anti-chrétiennes qui se déroulaient derrière le Rideau de Fer, alors que le résultat fut qu’elles n’ont fait que s’accroître», comme l’a noté Malgieri.

Comment a-t-il été possible qu’au sein de l’Église catholique, tant de personnes aient ignoré le danger qui provenait de l’impérialisme communiste? D’après le Professeur de Mattei, les causes sont nombreuses et complexes, et elles trouvent leurs racines dans la théologie moderniste, qu’avait condamnée bien des années auparavant Pie X. L’Ostpolitik du Vatican des ces années-là «encourageait la docilité à l’égard de toutes les manifestations du monde moderne, dont le communisme représentait– comme l’a souligné de Mattei –  la plus nette expression». Au cours de ces années, certains souhaitaient directement mettre un «terme à l’ère de Constantin» au cours de laquelle l’Église, «au lieu de progresser dans Son Évangélisation, comme cela s’était passé à partir de la conversion de Constantin, cédait à l’esprit du monde, et s’y subordonnait». Or, en fin de compte, le Concile a péché par manque de vision à long terme, dans la mesure où, dans son ambition d’accueillir  – comme cela est manifesté de façon particulièrement claire dans Gaudium et Spes – l’«esprit de notre temps», «il n’a pas su voir venir la crise de la modernité qui devait, quelques années plus tard, engendrer Mai 68». Parmi les nombreuses conséquences doctrinales que l’Église a subies à la suite du Concile, figure (comme l’a fort bien rappelé Jean Madiran lui-même dans l’un de ses livres traduit en italien : L’eresia del XX secolo (L’Hérésie du XXème siècle), «cette hérésie d’omission», qui consiste à se taire sur les principales Vérités de Foi. Comme l’a rappelé De Mattei, par exemple, «en France, le mot “consubstantiel” a été supprimé, et dans de nombreux pays, les catéchismes sont à ce point dépourvus de toute contenu théologique, que les familles doivent commencer toutes seules leur cheminement de Foi».

En conclusion de cette rencontre, Jean Madiran a rappelé que l’accord de Metz a été découvert tardivement, du fait d’une volonté minutieuse de le dissimuler, de la part des media et des pouvoirs forts, tandis que par ailleurs «la presse des régimes communistes a accordé une vaste publicité à cet évènement». Parler à nouveau de l’accord de Metz, et faire la lumière sur cette page sombre de l’Histoire de l’Église, est une entreprise éminemment pertinente, d’autant qu’«il faut rappeler à ceux qui croient que le communisme n’existe plus, qu’à cause de cet Accord, l’Église s’est contrainte elle-même à ne plus condamner aucune aberration, et qu’aujourd’hui nous risquons d’assister à la fin de Son Magistère», pour reprendre les mots de conclusion de Jean Madiran. »

L. M.

pénétration communiste dans l'Eglise

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