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2011-11. Rome : un très important colloque consacré au concile Vatican II.

Je suis extrêmement reconnaissant au Professeur Roberto de Mattei de m’avoir autorisé à reproduire dans ce blogue un très riche et très important compte-rendu  qui a été précédemment publié dans le N°228 de « Correspondance Européenne », publication du « Centro Lepanto ».

Ce compte-rendu concerne le colloque qui s’est tenu à Rome au mois de décembre 2010 et a été animé par des ecclésiastiques et des universitaires de premier plan ; le sujet en était :  «Le concile Vatican II et sa juste herméneutique à la lumière de la Tradition de l’Église».

J’espère de tout coeur, ainsi que le conclut ce texte que vous trouverez ci-dessous et auquel j’aimerais que l’on porte la plus profonde attention, que ce colloque fera tache d’huile. Ce colloque représente en effet un très important précédent à l’échelle de l’Eglise universelle et il autorise désormais de nouvelles approches de Vatican II et de ses conséquences.

Toutefois on ne peut pas encore dire qu’en France le tabou  a été brisé : les « néo-inquisitions » instituées par certaines instances ou autorités ecclésiastiques et les « fatwas » lancées par toute la nébuleuse progressiste et par ses groupes de pression, afin de protéger les interprétations  frauduleuses de ce concile imposées depuis plus de 45 ans, sont encore bien présentes, bien puissantes… et bien méchantes!

Cependant, avant de vous laisser à la lecture de ce texte, je forme le voeu que dorénavant, en France aussi, de la même manière que cela vient d’être fait à Rome, on puisse pratiquer des approches sainement critiques et vraiment pacifiées du second concile du Vatican, en conformité avec les enseignements et exemples de notre bien-aimé Pape Benoît XVI.

Frère Maximilien-Marie.

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

«Le concile Vatican II et sa juste herméneutique à la lumière de la Tradition de l’Église» a constitué l’objet d’un important colloque d’études organisé à Rome du 16 au 18 décembre par l’Institut des Frères Franciscains de l’Immaculée. Nous rapportons ici un compte rendu de ce colloque proposé par le prof. Fabrizio Cannone, qui en a suivi les travaux.

Le colloque sur le concile Vatican II, organisé à Rome du 16 au 18 décembre dernier par les Franciscains de l’Immaculée, constitue l’une des premières réponses à l’invitation au débat et à l’analyse critique sur Vatican II, adressée par Benoît XVI dans son fameux discours à la Curie Romaine, le 22 décembre 2005. Le débat s’est récemment ravivé, même dans la presse italienne, après la publication, au début de décembre 2010, de l’étude historico-systématique sur le concile réalisée par le professeur Roberto de Mattei (Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta, Lindau, Turin 2010). Dans ce contexte, le congrès des Franciscains de l’Immaculée représente une excellente synthèse des recherches historiques et théologiques sur le concile, sur les herméneutiques qu’il a occasionnées, sur la valeur de ses documents et aussi sur ses points les moins clairs et les plus problématiques.

Les travaux ont été ouverts le 16 décembre par S.E. Mgr Luigi Negri, évêque de San Marino-Montefeltro, grand théologien et apologète, qui, dans son introduction, a expliqué les causes de la perte de l’identité chrétienne dans le contexte de la modernité occidentale. « L’homme que le concile rencontre – a dit Mgr Negri – porte sur ses épaules l’échec de la modernité ». Le prélat a fait remarquer que la culture chrétienne, à l’époque moderne, s’est d’abord heurtée à la culture séculière, puis s’est vue peu à peu absorbée par cette dernière, altérant ses caractéristiques spécifiques et se conformant aux lignes de pensée du rationalisme et de l’illuminisme. Le concile représentait une occasion propice pour recentrer la culture catholique sur la Tradition mais, à cause des oppositions, des luttes intestines, des lectures sécularisées et des applications errantes qui le minaient, il n’a pas pu jouer son rôle. Ainsi, dans la période post-conciliaire, ce n’est pas la foi et l’identité qui prévalurent mais la mise à jour et l’adaptation à la mentalité stérile du monde. Seul un retour à l’identité catholique pourra enrayer la crise historique de la foi qui sévit depuis quelques décennies.

Dans la même matinée, est intervenu Mgr Brunero Gherardini, grand représentant de l’école théologique romaine, auteur récent de deux livres d’une importance capitale, dédiés le premier au concile (Concile Œcuménique Vatican II. Un débat à ouvrir, tr. fr. Casa Mariana Editrice 2010) et le second au concept de Tradition, du point de vue de la théologie catholique (Quod et tradidi vobis. La Tradizione vita e giovinezza della Chiesa, Casa Mariana Editrice, 2010). « Le concile Vatican II – a affirmé Mgr Gherardini – ne fut pas un concile dogmatique et pas même disciplinaire, mais seulement un concile pastoral, et le sens authentique de ce caractère pastoral est encore vague ». Lorsqu’on parle du concile, il convient de distinguer quatre niveaux différents, dont chacun exprime le Magistère suprême mais avec une qualité théologique distincte. Énoncer ici la graduation suggérée par Mgr Gherardini signifierait en trahir l’extraordinaire exactitude théologique. C’est pourquoi nous nous limitons à signaler le fait que, selon cette exégèse, un seul de ces niveaux, correspondant au troisième, comporte une validité théologique incontestable, même si ce n’est que par reflet, déduite des définitions précédentes : ce niveau coïncide avec les citations importantes de la part du concile de doctrines déjà solennellement définies, traitant des thèmes de foi et de morale.

Les autres domaines du magistère conciliaire, en raison de leur nature pastorale, de leur nouveauté intrinsèque ou de leur contextualisation historique contingente, ne comportent en eux-mêmes pas d’infaillibilité, ni de caractère définitif ; ils exigent donc un certain hommage de l’intelligence, mais non « l’obéissance de la foi ». L’erreur d’un bon nombre de théologiens du post-concile consista précisément à dogmatiser un concile qui se voulait être pastoral, faisant de ce dernier tout autre chose que ce que celui qui l’avait convoqué s’était fixé.

Vatican II un débat à ouvrir

Dans la deuxième partie de la matinée, le prof. R.P. Rosario M. Sammarco FI a parlé de La formation permanente du clergé à la lumière de la Presbyterorum Ordinis, montrant comment cette juste indication conciliaire a pu s’égarer dans les méandres du post-concile marqué par l’évidente rupture d’avec la Tradition, rupture causée, comme le dirait Benoît XVI, par la “théologie moderne”. Le fait signalé par le théologien, de la disparition à partir des années 70 de la discussion des “cas de morale” est significatif : cette importante pratique conseillée par des saints comme Charles Borromée et qui s’est généralisée durant le XIXème siècle, devenant un point de référence pour les confesseurs et les pasteurs d’âmes, a soudainement disparu dans les années 70 et s’est même vue retirée du nouveau Code de 1983. Signe qu’une certaine discontinuité a eu lieu, selon une mesure différente, non seulement entre le pré-concile et le concile mais aussi entre le concile et le post-concile. Cependant le post-concile, en contredisant le concile – comme par exemple sur l’usage du latin liturgique recommandé par les assises mais rejeté dans les faits – n’a pas été une “génération spontanée” : il aurait plutôt été voulu et actualisé par les autorités compétentes, précisément sous l’influence d’une orientation anthropologique de la théologie et même de la religion.

Après le père Sammarco, le prof. Ignacio Andereggen, enseignant à la Grégorienne et philosophe catholique de haut rang, a tenu une leçon magistrale. Le professeur a défini l’essence philosophique de la modernité à partir de l’analyse de quatre auteurs fondamentaux : Descartes, Kant, Hegel et Freud. En chacun de ces auteurs, abstraction faite de toutes les différences qui les distinguent, on peut noter la présence d’un relativisme épistémologique qui fut le trait typique de la soi-disant “Renaissance” et, d’un autre côté, le refus de la tradition philosophique en tant que telle. Avec ces auteurs, on se retrouve toujours à un nouveau début : preuve que la philosophie moderne et contemporaine, en rejetant le patrimoine commun de la pensée de l’humanité, ne se base que sur elle-même. Le refus de la pensée scholastique et de la métaphysique en est également l’un des axes principaux. Dans quelle mesure cette pseudo-philosophie a-t-elle influencé le concile? Andereggen ne l’a pas précisé mais il est évident que plusieurs évêques et surtout plusieurs experts, spécialement ceux issus des milieux français (Chenu, Congar, etc.) et allemands (Rahner, Küng, etc.) en étaient imprégnés.

D’où l’insurrection, comme Maritain le signalait déjà en 1966, à seulement une année de la fermeture des travaux conciliaires, du “néo-modernisme” effectivement plus subtil et plus dangereux que l’ancien, aussi pour la raison qu’il est moins explicitement assumé et déclaré. Sans une vraie philosophie, a sagement expliqué Andereggen, il est impossible de pratiquer la théologie : et sans une théologie correcte la doctrine de la foi se corrompt.

Dans l’après-midi du même jour, le prof. Roberto de Mattei a montré dans sa relation que le concile Vatican II ne peut être présenté comme un évènement, naissant et mourant en l’espace de trois ans, sans en considérer les racines profondes et, de même, les conséquences considérables qu’il a entraînées dans l’Église. Le lien entre le concile et le post-concile, a affirmé le prof. Roberto de Mattei, n’est pas de nature doctrinale, soit entre les documents du concile et d’autres documents du post-concile. Il existe plutôt un rapport historique, étroit et indissociable, entre le concile, en tant qu’évènement se déroulant entre 1962 et 1965, et le post-concile, qui s’étale entre 1965 et 1978 et qui continue jusqu’à nos jours. Cette période, prise dans sa totalité, de 1965 à 1978, année de la mort de Paul VI, forme un unicum, une époque qu’on peut définir comme l’époque de la Révolution conciliaire, de même que les années entre 1789 et 1796, et peut-être jusqu’en 1815, ont constitué l’époque de la Révolution française.

La prétention de séparer le concile du post-concile, selon Roberto De Mattei, est aussi insoutenable que celle de séparer les textes conciliaires du contexte pastoral dans lequel ils ont été produits. Aucun historien sérieux, aucune personne de bon sens, ne saurait accepter cette séparation artificielle qui naît plus d’une prise de position que d’une évaluation sereine et objective des faits. « Aujourd’hui encore – a conclu l’historien romain – nous vivons les conséquences de la “Révolution conciliaire” qui a anticipé et accompagné celle de soixante-huit. Pourquoi vouloir le cacher ? L’Église, comme l’a affirmé Léon XIII, en ouvrant aux chercheurs les Archives Secrètes du Vatican, “ne doit pas craindre la vérité” ».

Professeur Roberto de Mattei

Le Professeur Roberto de Mattei.

L’historien français Yves Chiron, n’ayant pu faire le déplacement à Rome, a offert sa contribution par sa relation bien documentée, parlant notamment de la volonté de certains évêques et cardinaux sous Pie XI et Pie XII de convoquer un nouveau concile ou plutôt de compléter Vatican I, brutalement interrompu à cause de l’invasion de Rome en septembre 1870. Ces mêmes papes, bien qu’étant intéressés par ces propositions, les ont finalement rejetées afin d’éviter des dangers de fractionnement et de “démocratisation” de l’Assemblée délibérante. Les documents cités par Chiron concernant les thèmes à traiter dans l’éventuel Synode sont intéressants : ils étaient semblables à ceux proposés par la suite par la Curie Romaine sous Jean XXIII, dans les schémas préparatoires, lesquels furent rejetés en bloc (sauf le schéma sur la liturgie) au cours du débat en salle à cause de l’opposition manifestée par certains pères progressistes influents.

La journée du 17 décembre a été ouverte par une relation de nature historique sur Certains personnages, faits et influences au Concile Vatican II du prof. R.P. Paolo M. Siano FI, lequel a montré comment l’optimisme pastoral envers l’homme et envers le monde, suggéré par les textes conciliaires, fut utilisé par divers lobbies comme un levier pour conditionner le déroulement et la réception de Vatican II. L’auteur a également expliqué la cause de certains phénomènes de crise – doctrinale, spirituelle, liturgique et missionnaire – du post-concile : elles prennent leur source dans certaines idées et actions de différents pères et experts des assises conciliaires. Le père Siano a proposé au moins deux “remèdes” contre la crise : une mariologie “forte” – sur la ligne de la Tradition et du Magistère de l’Église : la Sainte Vierge est le “carrefour” des vérités de la foi – et une liturgie plus orientée (même visiblement) vers le Christ crucifié.

Ensuite, le prof. R.P. Giuseppe M. Fontanella FI a tenu une communication, concise mais dense, intitulée Perfectae caritatis et la vie religieuse. Où les expériences pastorales ont-elles conduit ? Selon le conférencier, le document conciliaire se situe sur la même ligne que le développement atteint par la théologie en matière de vie religieuse, mais plusieurs actualisations successives semblent avoir cédé à l’esprit de la sécularisation et de l’horizontalisme. Les religieux, selon cette optique, devraient diminuer les pratiques proprement religieuses et augmenter leur insertion dans le monde, s’éloignant ainsi de l’esprit des fondateurs. Une fois encore les chiffres parlent plus que les analyses extravagantes. Malgré la « vocation universelle à la sainteté » tant répétée, les instituts de perfection ont perdu une grande partie de leurs membres, surtout ceux ayant le plus innové par rapport à leurs coutumes et usages traditionnels.

Ensuite, S.E. Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire allemand de Karaganda au Kazakhstan, a tenu une conférence sur le sens pastoral du concile, montrant, à travers plusieurs citations, qu’il existe dans le concile un esprit théocentrique, apostolique, pénitentiel et missionnaire, et que la dimension missionnaire serait même pratiquement la note caractéristique du concile. Il est incontestable que Vatican II, lu dans cette optique, possède une grande quantité de beaux textes de spiritualité et de religiosité, de doctrine homogène, faisant corps avec la grande Tradition de l’Église. Le problème, selon le Prélat, se trouve dans la mauvaise interprétation de certains passages moins clairs : il est également évident que lorsqu’on parle d’interprétation, spécialement si comprise dans un sens universel et autoritaire, on ne peut pas faire référence à une école particulière, comme celle de Bologne, par exemple, mais on doit plutôt se référer aux commissions post-conciliaires et aux épiscopats mêmes. C’est donc sur ceux-ci que retombe la responsabilité de certaines lectures minimalistes et arbitraires. En tout cas, Mgr Schneider a courageusement demandé un nouveau Syllabus des erreurs apparues en matière d’interprétation du Concile : si ce Syllabus devait être publié un jour par la plus Haute Autorité, il fera certainement du bien à tous les catholiques.

Mgr. Athanasius Schneider

Monseigneur Athanasius Schneider

Une conférence d’une grande valeur théologique fut celle du R.P. Serafino M. Lanzetta, jeune théologien des Franciscains de l’Immaculée. Le père Lanzetta a fait un status quaestionis sur l’approche théologique de Vatican II, à travers l’analyse de la réception du concile par diverses écoles théologiques post-conciliaires. La conclusion qui en découle est que le concile, dont personne ne peut douter sincèrement de la rectitude d’intention, a favorisé les herméneutiques opposées du post-concile pour avoir abandonné, ou du moins négligé l’approche métaphysique des réalités de la foi et de la morale. Ce que le concile enseigne, il le fait en utilisant une forme descriptive et très souvent seulement allusive : ceci a permis aux novateurs d’extrapoler des conclusions théologiques aberrantes dont le Vatican II n’est pas responsable, sinon à cause d’un certain manque de clarté et de précision terminologique.

Il était, par exemple, impossible d’appliquer ces nombreuses herméneutiques en acte ainsi que les grilles interprétatives si variées, aux textes de Vatican I : si elles ont été appliquées avec une certaine facilité à Vatican II, cela est dû à un certain rejet du langage scholastique typique de la tradition théologique précédente, laquelle a été nommée, avec mépris, “livresque”. On a voulu la remplacer par le « ressourcement » (de Lubac), c’est-à-dire le retour aux Pères : mais les Pères, sur plusieurs points de la théologie et de la philosophie, en savent moins que nous, vu le progrès théologique réalisé dans la compréhension de la Révélation Divine immuable et l’apport décisif du Concile de Trente et de Vatican I en matière de dogmatique. Le retour aux Pères et à leurs formules, à la liturgie des origines et à l’Écriture cache bien souvent sous le parfum une odeur prononcée de biblicisme, de fidéisme et d’archéologisme : tout ce que le Pape Pie XII repoussait prophétiquement dans l’Humani generis (1950).

L’abbé Florian Kolfhaus, de la Secrétairerie d’État, a tenu une importante relation. Le théologien allemand a fait une critique “de l’intérieur” des documents conciliaires, en montrant que leur valeur magistérielle variée et différentiée correspond à leur majeure ou mineure autorité, laquelle se réduit quelques fois à un pur précepte disciplinaire. Le concile Vatican II a voulu être un concile pastoral, c’est-à-dire orienté vers les nécessités de son temps, tourné vers l’ordre de la pratique. Il n’a affirmé aucun nouveau dogme, aucun anathème solennel, et il a promulgué des catégories différentes de documents par rapport aux conciles précédents ; et malgré cela, Vatican II doit être compris dans la continuité ininterrompue du Magistère, puisqu’il a été un concile de l’Église légitime, œcuménique et doué de l’autorité relative. Certains de ses documents, c’est-à-dire les décrets et les déclarations, comme l’Unitatis Redintegratio sur l’œcuménisme, Nostra Aetate sur les religions non-chrétiennes et Dignitatis Humanae sur la liberté religieuse, a souligné l’abbé Kolfhaus, ne sont ni des documents définissant des vérités infaillibles, ni des textes disciplinaires présentant des normes concrètes. C’est en cela que réside la grande nouveauté de Vatican II : contrairement à tous les autres conciles, qui exposaient la doctrine ou la discipline, il transcende toutes ces catégories.

Il s’agit d’une exposition doctrinale, qui ne vise pas à donner de définitions ni à imposer de limites dans l’intention de combattre l’erreur, mais qui est tournée vers l’agir pratique conditionné par le temps. Le concile n’a proclamé aucun “nouveau” dogme et n’a révoqué aucune “vieille” doctrine, mais a plutôt fondé et promu une nouvelle praxis dans l’Église. La proposition de l’abbé Kolfhaus est de mieux préciser l’expression fuyante « magistère pastoral » par le « munus praedicandi » plus limité que le « munus determinandi ». Cela signifie : annonce de la doctrine, non pas définition doctrinale ; liée au temps et conforme au temps, non pas immuable et pas toujours égale ; qui oblige, mais n’est pas infaillible.

Le 18 décembre, dernier jour des travaux, S.E. Mgr Agostino Marchetto, parlant du Renouvellement à l’intérieur de la Tradition, a confirmé le caractère contradictoire des analyses de l’école progressiste de Bologne, avec Dossetti, Alberigo, Melloni, etc., niant également, concernant le rapport concile-post-concile, qu’on puisse parler d’un post hoc, propter hoc. Il reste à comprendre, comment il a donc été possible à une école théologique ultra-minoritaire de s’imposer presque partout, dans l’enseignement universitaire catholique, dans les facultés de théologie et d’histoire ecclésiastique, dans les revues les plus lues par les théologiens, dans la pensée des pasteurs et même des fidèles.

Le prof. R.P. Nicola Bux, pour sa part, a parlé de la disparition du ius divinum dans la liturgie : cette disparition date aussi de Vatican II et de l’immédiat post-concile. Le liturgiste de Bari a remarqué que la Sacrosanctum Concilium permettait une interprétation en conformité avec la tradition liturgique catholique, exprimée encore en 1963 par la Veterum Sapientia de Jean XXIII, mais dans les faits, les logiques de la désacralisation et de l’innovation ont prévalu. En effet, entre 1965 et le nouveau missel de 1970, des circulaires et des autorisations non seulement différentes mais même contradictoires ont été promulguées de la part de divers organes, comme la Congrégation pour la doctrine de la Foi et celle pour le Culte divin, entraînant un chaos liturgique dont l’Église entière ne s’est plus jamais remise.

Le prof. Bux a encouragé l’assistance à une double fidélité à la tradition liturgique, réhabilitée par le récent Motu proprio Summorum Pontificum, et à l’exemple du Souverain “Liturge” qui, peu à peu, est en train de remettre de l’ordre et du décor dans la célébration du Culte Divin.

Don Nicolas Bux

Don Nicolas Bux

Le néo-cardinal Velasio de Paolis, illustre canoniste, a conclu par de vibrantes paroles en défense du droit ecclésiastique, jugé même anti-évangélique dans les années du post-concile. La loi est source de liberté et de sécurité, par contre l’anomie (l’absence de loi ou d’une loi sûre) crée les malentendus, les injustices, les discordes et les ruptures. Lorsque le droit divin et canonique règnera de nouveau parmi les ecclésiastiques, la confusion générale actuelle s’atténuera et une nouvelle phase s’ouvrira pour l’Église.

Les travaux, sagement modérés, durant les trois jours, par le père Alessandro M. Apollonio FI, ont été clôturés par Mgr Gherardini, insistant sur le fait que le concile Vatican II n’a pas été un unicum, un “bloc dogmatique”, mais un concile pastoral. C’est donc sur le plan pastoral qu’il doit être situé et jugé, sans les exagérations herméneutiques qui imposent sa dogmatisation.

Cela fut le message de conclusion du colloque romain destiné certainement à faire tache d’huile, en raison du nombre et de la qualité des intervenants et des participants, parmi lesquels se distinguaient le cardinal Walter Brandmüller et le secrétaire de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, Mgr Guido Pozzo. Du reste, le cardinal Ratzinger lui-même déclarait, déjà en 1988, devant les évêques du Chili : « Le concile, en tant que tel, n’a défini aucun dogme et a voulu s’exprimer consciemment à un niveau inférieur, comme un concile purement pastoral ». Toutefois, c’est précisément ce “concile pastoral” – continuait le cardinal Ratzinger – qui est interprété «comme un super dogme, privant de sens tous les autres conciles».

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2011-10. Pour mieux connaître Saint François de Sales :

Trois bons livres du Père Gilles Jeanguenin.

La fête de Saint François de Sales, célébrée le 29 janvier selon le calendrier traditionnel, me fournit l’occasion de recommander à tous ceux qui désirent mieux connaître ce très grand saint, trois petits livres faciles de lecture et remplis de trésors spirituels. Ils sont tous les trois de la plume du Père Gilles Jeanguenin.

L’auteur :

Le père Gilles Jeanguenin est né en 1960 en Suisse. Après des études théologiques à l’Université de Fribourg, il a été ordonné prêtre à Aoste, en Italie. Nommé exorciste du diocèse d’Albenga-Imperia (Italie), il s’est spécialisé en démonologie et en psychopathologie clinique. Il s’occupe aussi d’accompagnement spirituel et psychologique ainsi que de la formation liturgique des diacres permanents. Oblat séculier de l’Ordre de Saint-Benoît, il est auteur de nombreux livres et publications religieuses (« Le Diable existe » – Salvator, 2003 – et « Les Anges existent » – Salvator, 2005).

Fioretti de Saint François de Sales (P. Gilles Jeanguenin)

- Fioretti de Saint François de Sales -

Présentation de l’éditeur :

Célèbres sont les fioretti de François d’Assise ou du pape Jean XXIII, mais la singulière personnalité de François de Sales n’avait encore jamais été présentée sous l’aspect de ces populaires récits hagiographiques communément appelés fioretti, «petites fleurs», de brefs récits de vie qui émeuvent ou étonnent, édifient ou élèvent la réflexion. 

Ce «bouquet de petites fleurs» invite à découvrir un homme et un saint dont le rayonnement fut exceptionnel. Par la finesse de son esprit et l’éclat de ses vertus, François de Sales (1567-1622) se distinguait des grands hommes de son temps. Il était emprunt d’une douceur et d’une bonté de cœur rares. 

Docteur de l’Église, il a grandement mérité le titre de «docteur de l’amour» : rares sont ceux qui surent aussi bien que lui accueillir les pauvres, les malades, toute personne en grande souffrance ; nul n’a autant que lui protégé et secouru les plus faibles. Par zèle et par amour des personnes, le bon évêque s’oubliait lui-même et se donnait jusqu’à l’épuisement de ses forces. 

Né au sein d’une famille aristocratique de Savoie, François de Sales consacra très tôt sa vie à Dieu et renonça à ses titres de noblesse. Ce grand prédicateur devint évêque de Genève et fonda l’ordre de la Visitation avec sainte Jeanne de Chantal. Il exerça une influence marquante dans l’Église comme auprès du pouvoir temporel de son temps. Homme d’écriture à la langue magnifique, il laissa une oeuvre littéraire et théologique de première importance. Il est le saint patron des journalistes et des écrivains.

Saint François de Sales : son combat contre le démon (P. Gilles Jeanguenin)

- Saint François de Sales : son combat contre le démon –

Présentation de l’éditeur :

François de Sales (1567-1622) est bien connu pour son zèle comme défenseur de la doctrine catholique et fondateur de l’Ordre de la Visitation. Cependant, on est loin de s’imaginer les luttes acharnées qu’il mena contre le Malin, et on ignore que le saint évêque de Genève fut aussi un exorciste éclairé par une vaste connaissance des phénomènes naturels et surnaturels. Il nous introduit dans son combat spirituel, qu’il conduit avec une rare maîtrise. Fin connaisseur du cœur de l’homme, il enseigna à ses dirigés l’art de résister à l’Ennemi et de déjouer ses ruses, en conservant la joie et la paix. Saint François « démédiévalise » le diable : il ne s’égare point en descriptions dantesques. Dans sa vie et dans ses écrits, on ne trouve pas trace d’exagération ou d’exaltation. Equilibre et discernement sont les notes caractéristiques d’une spiritualité mature, toute centrée sur l’amour de Dieu. Cet ouvrage, écrit par un exorciste, veut mettre en avant ce ministère de délivrance méconnu, que l’évêque de Genève exerça jusqu’à l’héroïsme et au don total de lui-même.

Guérir des blessures de l'âme avec Saint François de Sales (P. Gilles Jeanguenin)

- Guérir des blessures de l’âme avec Saint François de Sales –

Présentation de l’éditeur :

Malgré les progrès indéniables de la psychologie des profondeurs et de la médecine psychosomatique, l’homme ressent au plus profond de lui-même, et souvent de façon confuse, un traumatisme inaccessible à ces thérapies. Les principales causes de la souffrance de l’homme ne sont pas à rechercher dans son corps, ni même dans sa psyché, mais plutôt dans son âme : ce sont des maladies spirituelles.

Armoiries de Saint François de Sales

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrée à St François de Sales > ici
Litanies de St François de Sales > ici

2011-7. Vœu par lequel Louis XVI a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume, au Sacré-Cœur de Jésus.

Sa Majesté le Roy Louis XVI

Le triste anniversaire du 21 janvier nous a déjà fourni l’occasion de publier la relation des dernières heures de Sa Majesté le Roy Louis XVI (cf. > ici), le texte de son testament (cf. > ici) et celui de l’allocution consistoriale de Sa Sainteté le Pape Pie VI affirmant de manière péremptoire que Louis XVI est à proprement parler un martyr (cf. > ici).

Nous voulons aujourd’hui publier ci-dessous le texte du Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus.

Quelques historiens en ont contesté l’authenticité.
Elle ne fait pour nous aucun doute
1) d’abord parce qu’elle a été attestée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans une apparition accordée, au moment de la Restauration, à Mère Marie de Jésus, une sainte religieuse – chanoinesse de Saint-Augustin au célèbre « Couvent des Oiseaux » – , dont les voies mystiques ont été en leur temps tenues pour véridiques par les autorités ecclésiastiques ;
2) ensuite parce que cette authenticité est également 
affirmée implicitement par Notre-Dame de Fatima lors d’une apparition à Soeur Lucie et consignée dans une lettre à son évêque en date du 29 août 1931.

Nous devons au Bienheureux Père François-Louis Hébert, supérieur général des Eudistes et confesseur du Roy, la conservation de ce texte, qui avait été rédigé en deux exemplaires.
Selon toute vraisemblance, ce voeu du Roy martyr a été prononcé entre le printemps de l’année 1791 et la date butoir de la prise des Tuileries. Après le 10 août 1792 en effet, le Souverain ne reverra plus son confesseur puisque Sa Majesté sera détenue dans le sinistre donjon du Temple dans les conditions que l’on sait.
Le Révérend Père Hébert, lui aussi emprisonné, sera martyrisé aux Carmes le 2 septembre.
Avant le 12 août 1792, date de son arrestation, le Révérend Père Hébert avait eu soin de faire établir des copies du Voeu de Louis XVI et de les confier à d’autres personnes, si bien que dès la fin de l’année 1792 le texte en était connu et diffusé dans les milieux fervents et opposés à l’impiété révolutionnaire.
Ce n’est nullement un hasard si, dans toute les provinces du Royaume, les scapulaires représentant le Divin Coeur de Jésus furent arborées sur les poitrines de ceux qui se soulevèrent pour défendre le trône et l’autel.

Voir aussi :
Quelques précisions concernant le vœu de Louis XVI au Sacré-Cœur > ici.

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Vœu par lequel Sa Majesté le Roi Louis XVI
a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume
au Sacré-Cœur de Jésus.

Vous voyez, ô mon Dieu, toutes les plaies qui déchirent mon cœur, et la profondeur de l’abîme dans lequel je suis tombé. Des maux sans nombre m’environnent de toutes parts. A mes malheurs personnels et à ceux de ma famille, qui sont affreux, se joignent, pour accabler mon âme, ceux qui couvrent la face du royaume. Les cris de tous les infortunés, les gémissements de la religion opprimée retentissent à mes oreilles, et une voix intérieure m’avertit encore que peut-être votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que, dans les jours de ma puissance, je n’ai pas réprimé la licence du peuple et l’irréligion, qui en sont les principales sources ; parce que j’ai fourni moi-même des armes à l’hérésie qui triomphe, en la favorisant par des lois qui ont doublé ses forces et lui ont donné l’audace de tout oser.

Je n’aurai pas la témérité, ô mon Dieu, de me justifier devant vous ; mais vous savez que mon cœur a toujours été soumis à la foi et aux règles des mœurs ; mes fautes sont le fruit de ma faiblesse et semblent dignes de votre grande miséricorde. Vous avez pardonné au roi David, qui avait été cause que vos ennemis avaient blasphémé contre vous ; au roi Manassès, qui avait entraîné son peuple dans l’idolâtrie. Désarmé par leur pénitence, vous les avez rétablis l’un et l’autre sur le trône de Juda ; vous les avez fait régner avec paix et gloire. Seriez-vous inexorable aujourd’hui pour un fils de saint Louis, qui prend ces rois pénitents pour modèles, et qui, à leur exemple, désire réparer ses fautes et devenir un roi selon votre Cœur? Ô Jésus-Christ, divin Rédempteur de toutes nos iniquités, c’est dans votre Cœur adorable que je veux déposer les effusions de mon âme affligée. J’appelle à mon secours le tendre Cœur de Marie, mon auguste protectrice et ma mère, et l’assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes aïeux.

Ouvrez-vous, Cœur adorable, et par les mains si pures de mes puissants intercesseurs, recevez avec bonté le vœu satisfactoire que la confiance m’inspire et que je vous offre comme l’expression naïve des sentiments de mon cœur.

Si, par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement :

1° De révoquer le plus tôt possible toutes les lois qui me seront indiquées, soit par le pape, soit par quatre évêques choisis parmi les plus vertueux de mon royaume, comme contraires à la pureté et à l’intégrité de la foi, à la discipline et à la juridiction spirituelle de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine, et notamment la constitution civile du clergé ;

2° De rétablir sans délai tous les pasteurs légitimes et tous les bénéficiers institués par l’Eglise, dans les bénéfices dont ils ont été injustement dépouillés par les décrets d’une puissance incompétente, sauf à prendre les moyens canoniques pour supprimer les titres de bénéfices qui sont moins nécessaires, et pour en appliquer les biens et revenus aux besoins de l’Etat ;

3° De prendre, dans l’intervalle d’une année, tant auprès du pape qu’auprès des évêques de mon royaume, toutes les mesures nécessaires pour établir, suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, et toujours suivie d’une procession générale, en réparation des outrages et des profanations commis dans nos saints temples, pendant le temps des troubles, par les schismatiques, les hérétiques et les mauvais chrétiens ;

4° D’aller moi-même en personne, sous trois mois à compter du jour de ma délivrance, dans l’église Notre-Dame de Paris, ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et de prononcer, un jour de dimanche ou de fête, au pied du maître-autel, après l’offertoire de la messe, et entre les mains du célébrant, un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets l’exemple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce Cœur adorable ;

5° D’ériger et de décorer à mes frais, dans l’église que je choisirai pour cela, dans le cours d’une année à compter du jour de ma délivrance, une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré Cœur de Jésus, et qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâces qui sont renfermés dans ce Cœur sacré ;

6° Enfin, de renouveler tous les ans, au lieu où je me trouverai, le jour qu’on célébrera la fête du Sacré-Cœur, l’acte de consécration exprimé dans l’article quatrième, et d’assister à la procession générale qui suivra la messe de ce jour.

Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.

Ô Cœur adorable de mon Sauveur ! Que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même, si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses, et cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et toute ma consolation. Ainsi soit-il.

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2011-6. Gustave Thibon : dix ans déjà!…

2001 – 19 janvier – 2011

Ce 19 janvier 2011 marque le dixième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon. Dix ans déjà!…

Je peux dire sans exagération que, depuis que j’ai découvert Gustave Thibon – j’avais à peine 15 ans – et plus encore depuis ce 19 janvier 2001 où il est entré dans son éternité, je n’ai pas été un seul jour sans me nourrir de ses écrits, de sa pensée, des leçons que j’ai reçues de luiIl a été et il demeure toujours, pour tout mon itinéraire personnel – intellectuel et spirituel – ce que l’étoile miraculeuse a été pour les Mages : une divine lumière pour éclairer ma marche dans la nuit de ce monde!
Comme je voudrais pouvoir écrire avec une exacte justesse et justice tout ce que je dois à Gustave Thibon : parviendrai-je à le faire un jour?
Tout simplement, à l’occasion de ce dixième anniversaire, je me bornerai à écrire, à crier pour toute oreille qui voudra bien l’entendre, et à chanter en direction du Ciel un immense
« Merci! ».

En 1993, à la suite de la parution du livre d’entretiens recueillis par Danièle Masson  intitulé « Au soir de ma vie » (éd. Plon), Gustave Thibon avait reçu plusieurs personnes, parmi lesquelles des journalistes, et répondu à leurs questions. J’avais alors soigneusement pris note de ses réponses : c’est une partie de cet échange, recopié de mes cahiers personnels, que je vous retranscris ci-dessous.

Frère Maximilien-Marie.

Gustave Thibon

- Quel est pour vous le comble de la misère?

G.T. : Ne plus aimer, ne plus être aimé.

- Où aimeriez-vous vivre?

G.T. : Là où je suis. « C’est d’âme qu’il faut changer, pas de lieu », disait Sénèque.

- Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence?

G.T. : Celles commises par amour… Même si on se trompe sur le niveau et la qualité de cet amour. L’amour humain peut être sacré ou profané, il n’est jamais totalement profane.

- Votre rêve de bonheur?

G.T. : Le bonheur ne se rêve pas. Il est partout à condition de tout accueillir comme don de Dieu.

- Votre passage d’Evangile préféré?

G.T. : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné! » Ce cri me touche de très près aujourd’hui. Sur la Croix, Dieu désespère de Lui-même, et, si j’ose dire, meurt athée. Je crois avec Chesterton que « notre religion est la bonne car c’est la seule où Dieu à un moment a été athée ». Je suis amoureux de ce Christ en agonie, l’Homme des douleurs, Dieu devenu infiniment faible, Dieu abandonné de Dieu. Si j’avais été religieux, j’aurais choisi le nom de ‘frère X. de Gethsémani’.

Le passage de la femme adultère m’est également très cher. Dieu est à la fois l’exigence infinie et l’indulgence infinie. Il nous pardonnera ce que nous n’osons pas nous pardonner à nous-mêmes. Cet apologue oriental me touche beaucoup : le diable dit à Dieu : « Ce qui m’étonne chez Toi, c’est que les hommes ne font que pécher et Tu leur pardonnes sans cesse, alors que moi, je n’ai péché qu’une fois et Tu ne m’as jamais pardonné! » Et Dieu lui répond : « Mais toi, combien de fois m’as-tu demandé pardon? »

- Comment définissez-vous l’enfer?

G.T. : Comme Simone Weil : « Se croire au paradis par erreur ».

- Et la mort?

G.T. : Comme Gabriel Marcel : « Le dépaysement absolu »… Un saut vertigineux que je m’interdis d’imaginer : il ne faut pas enlever sa virginité, dépuceler d’avance ce retour à la Patrie, puisque notre vie est un exil.

Nous serons stupéfaits quand nous verrons les lignes courbes par lesquelles Dieu a écrit droit, et à quel point le mal et le bien s’enchevêtrent. Je crois à la solidarité du bien et du mal, de l’ivraie et du bon grain. Il y a parfois des vertus qui perdent et des péchés qui sauvent, non par eux-mêmes, mais par rebondissement. Vient un moment où il faut se repentir de sa vertu comme on se repend de son péché.

- Le plus grand mal de notre époque?

G.T. : Exiger du temps qu’il tienne les promesses de l’éternel. Simone Weil a tout dit : « Dieu et l’homme sont comme deux amants qui se sont trompés sur le lieu du rendez-vous : l’homme attend Dieu dans le temps, et Dieu attend l’homme dans l’éternité ».

- La vertu la plus nécessaire aujourd’hui?

G.T. : La réaction contre le conformisme qui se cache sous le masque de la liberté… Ce que Gabriel Marcel appelait « le conformisme de l’aberrant ». Simone Weil disait : « Dieu t’a béni de naître à une époque où on a tout perdu ». Et où, par conséquent, on peut tout retrouver, plus personnellement, moins par pesanteur sociale.

Cette époque qui provoque les guerres les plus sanglantes au nom de la liberté constitue un scandale unique dans l’histoire. Etant donné le degré de moralité théorique du XXème siècle, de telles horreurs ne devraient pas être possibles. Notre temps est, plus que tout autre, le temps du pharisaïsme et de l’hypocrisie : c’est le règne des vérités chrétiennes devenues folles dont parle Chesterton.

- Votre principal sujet d’admiration?

G.T. :  La faiblesse de Dieu… Voir à quel point Dieu est désarmé. Il fait dépendre le plus haut du plus bas. Le supérieur dépend de l’inférieur, mais la réciproque n’est pas vraie : « la rose a besoin du fumier, mais le fumier se passe fort bien de la rose ». Dieu a besoin de l’homme mais l’homme se passe fort bien de Dieu. Il s’est rendu esclave des causes secondes.

- Etat présent de votre esprit?

G.T. : Celui d’une veilleuse éclairant des ruines. Cette veilleuse est ma conscience. Je me sens à la fois rejeté par le temps et indigne de l’éternité. Je n’ai pas la grâce de Simone Weil qui priait le Ciel de mourir gâteuse. On vieillit bien tant qu’on ne vieillit pas.

- Votre foi?

G.T. : Du désespoir surmonté. Une foi éprouvée, qui n’est plus une armure mais une blessure. Je parie Dieu. « Il faut aimer Dieu comme s’il n’existait pas », soutenait Simone Weil. Je sens en moi ce combat entre le croyant en Dieu et le croyant en l’absence de Dieu. Mère Marie-Thérèse, une carmélite d’Avignon, disait : « Ce n’est pas la vertu que Dieu demande, c’est d’être trouvé pauvre ». Et pauvre même de nos certitudes et de nos vertus! Dieu a d’abord été pour moi Puissance et Loi ; puis Lumière et Amour ; enfin Absence et Nuit. C’est peut-être en cela qu’Il ressemble le plus à Lui-même. Il me devient chaque jour de moins en moins étranger et de plus en plus inconnu : je suis devenu un agnostique adorateur.

- Votre mot de la fin?

G.T. : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains! » 

J’aime aussi le dernier mot de la dernière lettre que j’ai reçue de mon amie Marie-Noël : « Je tombe de sommeil en Dieu ». Elle avait pourtant perdu le Dieu de son enfance et découvert une nuit sans étoiles. Au bout de ce « combat désespéré pour sauver Dieu », elle constatait que « Dieu n’est pas un lieu tranquille ».

* * * * * * *

NB. On trouvera ici > www, des éléments de biographie de Gustave Thibon que nous avions publiés il y a trois ans.

2011-2. Le 4 janvier, nous fêtons Sainte Angèle de Foligno, « Magistra theologorum » et modèle toujours actuel de vie vers Dieu et avec Dieu.

Le 4 janvier,  est célébrée la fête de Sainte Angèle de Foligno.

Lors de l’audience générale du 13 octobre 2010, sur la place Saint-Pierre, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à cette grande figure de la mystique chrétienne.
Le Souverain Pontife a voulu présenter un résumé de l’expérience et des enseignements spirituels de celle à laquelle son prédécesseur le Pape Benoît XIV n’avait pas hésité à donner le titre de « Magistra theologorum : maîtresse des théologiens ».
Cette catéchèse du Saint-Père Benoît XVI est d’une densité, d’une profondeur et d’une richesse absolument remarquables ; il nous semble donc important de la publier ici aujourd’hui à l’occasion de la fête de Sainte Angèle de Foligno.

2011-2. Le 4 janvier, nous fêtons Sainte Angèle de Foligno,

Châsse de la Bienheureuse Angèle de Foligno.

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui je voudrais vous parler de la bienheureuse Angèle de Foligno, une grande mystique médiévale ayant vécu au XIIIe siècle. D’habitude, on est fasciné par les sommets de l’expérience d’union avec Dieu qu’elle a atteints, mais on ne prend sans doute pas assez en compte ses premiers pas, sa conversion, et le long chemin qui l’a conduite du point de départ, « la grande crainte de l’enfer », jusqu’au but ultime, l’union totale avec la Trinité.
La première partie de la vie d’Angèle n’est certainement pas celle d’une disciple fervente du Seigneur. Née aux alentours de 1248 dans une famille aisée, elle devint orpheline de père et fut éduquée par sa mère de façon plutôt superficielle. Elle fut très tôt introduite dans les milieux mondains de la ville de Foligno, où elle connut un homme, qu’elle épousa à l’âge de 20 ans et dont elle eut des enfants. Sa vie était insouciante, au point de mépriser ceux que l’on appelait les « pénitents » — très répandus à l’époque —, c’est-à-dire ceux qui, pour suivre le Christ, vendaient leurs biens et vivaient dans la prière, dans le jeûne, dans le service de l’Eglise et dans la charité.

Plusieurs événements, comme le violent tremblement de terre de 1279, un ouragan, l’antique guerre contre Pérouse et ses dures conséquences, ont une influence sur la vie d’Angèle, qui prend progressivement conscience de ses péchés, jusqu’à accomplir un pas décisif : elle invoque Saint François, qui lui apparaît en vision, pour lui demander conseil en vue d’une bonne confession générale à accomplir ; nous sommes en 1285, Angèle se confesse à un frère à San Feliciano. Trois ans plus tard, la voie de la conversion prend un nouveau tournant : la dissolution des liens affectifs, étant donné qu’en quelques mois, à la mort de sa mère suit celle de son mari et de tous ses enfants. Elle vend alors ses biens et, en 1291, rejoint le Tiers-Ordre de Saint François. Elle meurt à Foligno le 4 janvier 1309.

Le Livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, qui rassemble la documentation relative à notre bienheureuse, rapporte cette conversion ; elle en indique les instruments nécessaires : la pénitence, l’humilité et les épreuves ; et elle en rapporte les étapes, la succession des expériences d’Angèle, commencées en 1285.
En se les rappelant, après les avoir vécues, elle tenta de les raconter à travers le frère confesseur, qui les transcrivit fidèlement, en s’efforçant ensuite de les diviser en étapes, qu’il appela « étapes ou mutations », mais sans réussir à les mettre entièrement en ordre (cf. Le Livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, Cinisello Balsamo 1990, p. 51). La raison en est que pour la bienheureuse Angèle, l’expérience d’union implique de façon totale les sens spirituels et corporels, et ce qu’elle « comprend » pendant ses extases demeure, pour ainsi dire, uniquement une « ombre » dans son esprit. « J’entendis véritablement ces paroles — confesse-t-elle après une extase mystique — mais ce que j’ai vu et compris, et ce qu’Il [c’est-à-dire Dieu] me montra, je ne sais ni ne peux le dire en aucune façon, bien que je révèlerais volontiers ce que je compris à travers les paroles que j’entendis, mais ce fut un abîme absolument ineffable ». Angèle de Foligno présente son « vécu » mystique sans l’élaborer avec son esprit, car il s’agit d’illuminations divines qui se communiquent à son âme de façon imprévue et inattendue. Le frère confesseur lui-même a des difficultés à rapporter de tels événements, « notamment à cause de sa grande et admirable réserve à l’égard des dons divins » (ibid., p. 194). A la difficulté d’Angèle d’exprimer son expérience mystique s’ajoute également la difficulté pour ses interlocuteurs de la comprendre. Une situation qui montre clairement que l’unique et véritable Maître, Jésus, vit dans le cœur de chaque croyant et désire en prendre entièrement possession. Comme chez Angèle, qui écrivait à l’un de ses fils spirituels : « Mon Fils, si tu voyais mon cœur, tu serais absolument contraint de faire toutes les choses que Dieu veut, parce que mon cœur est celui de Dieu et le cœur de Dieu est le mien ». Ici retentissent les paroles de saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal. II, 20).

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La Bienheureuse Angèle reçoit la Sainte Communion de la main d’un ange.  

Etudions alors certains «pas» seulement du riche cheminement spirituel de notre bienheureuse.
Le premier, en réalité, est une prémisse : « Le premier pas est la connaissance du péché — comme elle le précise —, par elle l’âme craint fort d’être damnée en enfer. En ce pas l’âme pleure amèrement » (Le livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, p. 39). Cette « crainte » de l’enfer répond au type de foi qu’Angèle avait au moment de sa « conversion » ; une foi encore pauvre de charité, c’est-à-dire de l’amour de Dieu. Repentir, peur de l’enfer, pénitence ouvrent à Angèle la perspective du douloureux « chemin de la croix » qui, du huitième au quinzième pas, la conduira ensuite sur le « chemin de l’amour ». Le frère confesseur raconte : « La fidèle me dit alors : J’ai eu cette révélation divine : “ Après ce que vous avez écrit, faites écrire que quiconque veut conserver la grâce ne doit pas détourner les yeux de l’âme de la Croix, tant dans la joie que dans la tristesse que je lui accorde ou je lui permets ” » (ibid., p. 143). Mais dans cette phase encore, Angèle « ne sent pas l’amour » ; elle affirme : « l’âme éprouve de la honte et de l’amertume et elle ne fait pas encore l’expérience de l’amour, mais de la douleur » (ibid., p. 39), et elle est insatisfaite.

Angèle sent qu’elle doit donner quelque chose à Dieu pour réparer ses péchés, mais lentement, elle comprend qu’elle n’a rien à lui donner, bien plus, qu’elle n’« est rien » devant lui ; elle comprend que ce ne sera pas sa volonté qui lui donnera l’amour de Dieu, parce que cela ne peut rien lui donner d’autre que son « néant », le « non amour ». Comme elle le dira : seul « l’amour vrai et pur, qui vient de Dieu, est dans l’âme et fait en sorte qu’elle reconnaisse ses propres défauts et la bonté divine. […] Cet amour porte l’âme dans le Christ et elle comprend avec assurance qu’il ne peut exister ou n’y avoir aucune tromperie. A cet amour, rien de ce monde ne peut se mêler » (ibid., p. 124-125). S’ouvrir uniquement et totalement à l’amour de Dieu, qui a sa plus haute expression dans le Christ : « O mon Dieu — prie-t-elle — rends moi digne de connaître le très haut mystère, que ton très ardent et ineffable amour mit en œuvre, avec l’amour de la Trinité, c’est-à-dire le très haut mystère de ta très sainte incarnation pour nous. […]. Oh incompréhensible amour! Au-dessus de cet amour, qui a permis que mon Dieu se soit fait homme pour me faire Dieu, il n’y a pas d’amour plus grand » (ibid., p. 295). Toutefois, le cœur d’Angèle porte pour toujours les blessures du péché ; même après une bonne confession, elle se trouvait pardonnée et encore accablée par le péché, libre et conditionnée par le passé, absoute mais en manque de pénitence. Et la pensée de l’enfer l’accompagne également parce que plus l’âme progresse sur le chemin de la perfection chrétienne, plus elle se convaincra non seulement d’être « indigne », mais de mériter l’enfer.

Et voici que, sur son chemin mystique, Angèle comprend en profondeur la réalité centrale : ce qui la sauvera de son « indignité » et de « l’enfer qu’elle mérite », ce ne sera pas son « union avec Dieu » et sa possession de la « vérité », mais Jésus crucifié, « Sa crucifixion pour moi », Son amour. Dans le huitième pas, elle dit : « Je ne comprenais pas encore si le bien le plus grand était ma libération des péchés et de l’enfer et la confession et la pénitence, ou bien Sa crucifixion pour moi » (ibid., p. 41). C’est l’équilibre instable entre amour et douleur, ressenti dans tout son difficile chemin vers la perfection. C’est précisément pour cela qu’elle contemple de préférence le Christ crucifié, parce que dans cette vision, elle voit réalisé l’équilibre parfait : sur la croix, il y a l’homme-Dieu, dans un acte suprême de souffrance qui est un acte suprême d’amour. Dans la troisième Instruction, la bienheureuse insiste sur cette contemplation et affirme : « Lorsque nous voyons avec plus de perfection et de pureté, nous aimons avec d’autant plus de perfection et de pureté. […] C’est pourquoi, plus nous voyons le Dieu et homme Jésus Christ, plus nous sommes transformés en lui à travers l’amour. […] Ce que j’ai dit de l’amour […] je le dis aussi de la douleur : lorsque l’âme contemple l’ineffable douleur de Dieu et homme Jésus Christ, elle souffre d’autant et se transforme en douleur » (ibid., p. 190-191). Se fondre, se transformer dans l’amour et dans les souffrances du Christ crucifié, s’identifier avec Lui. La conversion d’Angèle, qui commença avec la confession de 1285, n’arrivera à maturité que lorsque le pardon de Dieu apparaîtra à son âme comme le don gratuit d’amour du Père, source d’amour : « Il n’y a personne qui ne puisse avancer d’excuses — affirme-t-elle — parce quiconque peut aimer Dieu, et il ne demande rien d’autre à l’âme que de l’aimer, parce qu’il l’aime et il est son amour » (ibid., p. 76).

Dans l’itinéraire spirituel d’Angèle, le passage de la conversion à l’expérience mystique, de ce qui peut être exprimé de l’inexprimable, a lieu à travers le Crucifix. C’est le « Dieu-homme passionné », qui devient son « maître de perfection ». Toute son expérience mystique revient donc à tendre à une parfaite « ressemblance » avec Lui, à travers des purifications et des transformations toujours plus profondes et radicales. Angèle se donne entièrement à cette merveilleuse entreprise, corps et âme, sans s’épargner les pénitences, les épreuves du début à la fin, désirant mourir avec toutes les douleurs souffertes par le Dieu-homme crucifié, pour être transformée totalement en Lui : « O fils de Dieu — recommandait-elle — transformez-vous totalement dans le Dieu-homme passionné, qui vous aima tant qu’Il daigna mourir pour vous d’une mort ignominieuse et avec une douleur totalement ineffable et de manière très pénible et amère. Cela uniquement par amour pour toi, ô homme ! » (ibid., p. 247). Cette identification signifie également vivre ce que Jésus a vécu : la pauvreté, le mépris, la douleur car — comme elle l’affirme — , « à travers la pauvreté temporelle, l’âme trouvera les richesses éternelles ; à travers le mépris et la honte, elle obtiendra l’honneur suprême et la très grande gloire ; à travers la pénitence, faite avec peine et douleur, elle possédera avec une infinie douceur et consolation le Bien Suprême, Dieu éternel » (ibid., p. 293).

De la conversion à l’union mystique avec le Christ crucifié, à l’inexprimable. Un chemin très élevé, dont le secret est la prière constante : « Plus tu prieras — affirme-t-elle — plus tu seras illuminé ; plus tu seras illuminé, plus profondément et intensément tu verras le Bien Suprême, l’Etre suprêmement bon ; plus profondément et intensément tu le verras, plus tu l’aimeras ; plus tu l’aimeras, plus il te délectera ; et plus il te délectera, plus tu le comprendras et tu deviendras capable de le comprendre. Par la suite, tu arriveras à la plénitude de la lumière, car tu comprendras ne pas pouvoir comprendre » (ibid., p. 184).

Chers frères et sœurs, la vie de la bienheureuse Angèle commence par une existence mondaine, assez éloignée de Dieu. Mais ensuite, la rencontre avec la figure de saint François et, finalement, la rencontre avec le Christ crucifié réveille l’âme en raison de la présence de Dieu, du fait que ce n’est qu’avec Dieu que la vie devient vie véritable, car elle devient, dans la douleur pour le péché, amour et joie. La bienheureuse Angèle nous parle ainsi. Aujourd’hui, nous courrons tous le danger de vivre comme si Dieu n’existait pas : il semble si éloigné de la vie actuelle. Mais Dieu a mille façons, une pour chacun, d’être présent dans l’âme, de montrer qu’il existe et me connaît et m’aime. Et la bienheureuse Angèle veut nous rendre attentifs à ces signes avec lesquels le Seigneur touche notre âme, attentifs à la présence de Dieu, pour apprendre ainsi la vie vers Dieu et avec Dieu, dans la communion avec le Christ crucifié. Prions le Seigneur afin qu’il nous rende attentif aux signes de sa présence, qu’il nous enseigne à vivre réellement. Merci.

60pxemblemofthepapacysesvg dans Nos amis les Saints

Voir > ici le texte admirable de Sainte Angèle de Foligno intitulé « Les voies de la délivrance » ; ou bien > ici le fameux passage où elle entend le Christ lui dire « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée » ;  et encore > ici  »la Croix et la bénédiction », ainsi que le texte d’instruction sur l’oraison donné à ses fils spirituels > ici.

2010-54. Du Bienheureux Urbain V (1310-1370).

Bx Urbain V

Cette année 2010 a marqué le 7ème centenaire de la naissance  (et aussi le 640ème anniversaire de la mort) du Bienheureux Urbain V. Sa fête liturgique se célèbre le 19 décembre et c’est la raison pour laquelle – même si elle est, cette année, occultée par le quatrième dimanche de l’Avent -  nous voulons que ce modeste blogue se fasse l’écho de cet anniversaire.

Né en 1310 au château de Grizac, près de Florac, Guillaume de Grimoard fit à Toulouse et à Montpellier de brillantes études en lettres, sciences, philosophie et droit, entrecoupées de séjours dans la demeure familiale, aux confins des Cévennes et du Gévaudan. Rentré comme simple moine à l’abbaye bénédictine Saint-Victor de Marseille, il fut très vite apprécié comme l’un des meilleurs maîtres de son temps et enseigna le droit à Montpellier, Paris, Avignon et Toulouse. « Une foule de disciples entourait sa chaire pour recueillir avidement la doctrine qui tombait à flots de ses lèvres. »

Il fut ensuite désigné par le Pape Clément VI comme abbé de Saint-Germain d’Auxerre dont il réforma et la règle et l’administration. Envoyé comme légat du Pape en Italie, il revint pour recevoir d’Innocent VI la charge d’abbé de Saint-Victor de Marseille, avant d’être élu Pape à l’unanimité en 1362 alors qu’il n’était ni cardinal ni même évêque.

Ses huit années de pontificat furent très remplies :  il sut se rapprocher de nos frères orthodoxes, ramena dans l’unité de l’Eglise des communautés séparées, envoya un légat à Pékin et fonda le premier évêché de Chine. Courageux réformateur, au coeur d’une époque extrêmement troublée, il astreint les évêques et abbés à résider dans leurs diocèses ou leurs abbayes et obligea ces dernières à revenir à l’observance de leurs règles (il fut en particulier le restaurateur du mont Cassin). Humaniste éclairé, intellectuel de grande envergure et juriste consulté dans toute la chrétienté, il correspondit avec les plus grands esprits de son temps (Pétrarque, Boccace, Sainte Brigitte de Suède…), participa au rayonnement du savoir et de la culture de l’Europe chrétienne tant par ses enseignements que par la création des universités de Genève, Cracovie, Vienne et Pecs (Hongrie) qu’il fonda et dota ; il encouragea de nombreux artistes. Selon son vœu le plus cher il fut le premier pape d’Avignon à revenir à Rome où il se dépensa sans compter à rétablir le prestige de la papauté. En tout cela, il resta un fidèle disciple de Saint Benoît car, homme de Dieu avant tout, il avait gardé l’humilité du moine et couchait revêtu de son habit de bénédictin dans un appentis de planches.

Après sa mort, de nombreuses demandes de canonisation parvinrent à son successeur, Grégoire XI, émanant de souverains et de prélats ; mais le grand schisme d’Occident qui survint bientôt après gela toute procédure et il fallut attendre 1870 pour que le Bienheureux Pape Pie IX  l’élevât aux honneurs des autels.

Madame Claire de Gatellier, qui nous honore de son amitié, nous a autorisés à publier ici l’article où elle fait à la fois la recension de la biographie que Yves Chiron a publiée à l’occasion de ce 7ème centenaire et un rapide compte-rendu du colloque qui s’est déroulé en octobre dernier à Paris à l’initiative de l’Association des Amis du Bienheureux Pape Urbain V ; qu’elle en soit vivement remerciée.

Yves Chiron Urbain V

Urbain V, le bienheureux

par Madame Claire de Gatellier.

Cette fois encore, Yves Chiron ne nous décevra pas. Après ses ouvrages passionnants sur les papes Pie IX, Saint Pie X, Pie XI et Paul VI, cet auteur spécialiste de l’histoire de l’Eglise remonte dans le temps – 7 siècles – puisque son dernier ouvrage concerne un pape encore trop méconnu quoique bienheureux : Urbain V, avant-dernier pape d’Avignon (1310-1370).

Pourquoi parler aujourd’hui d’un pape médiéval ? Il faut lire Yves Chiron pour saisir toute la modernité de ce grand juriste, réformateur et bâtisseur, bénédictin et mécène, diplomate et amoureux de la nature, cet illustre pape bien français a beaucoup à dire aujourd’hui…

Prenons par exemple l’Angleterre. Au lendemain du voyage étonnant de Benoît XVI, magnifique succès malgré les oracles catastrophistes de la plupart des media français, il est intéressant de découvrir qu’un grand archevêque de Cantorbery, Simon de Langham, promu cardinal par Urbain V, s’est ému de voir les deux universités d’Angleterre imprégnées de naturalisme et de pélagianisme et y a porté remède avec le soutien du pape… pour un temps.

Dans cette seconde moitié du XIVe siècle, désorganisé par les deux grandes pestes et par un relâchement général des idées et des mœurs, nous avons là un pape qui, par petites touches obstinées et judicieuses a jeté les bases d’un état pontifical moderne, cherché à élever toujours plus le niveau d’instruction des clercs aussi bien que des laïcs et donné l’exemple d’une vie de moine.

Il était en effet bénédictin. Remarqué pour ses talents de juriste et professeur recherché (il enseigna à Montpellier, Toulouse et Paris) il devint père abbé de la grande abbaye Saint-Victor de Marseille juste avant de devenir pape. Mais toute sa vie, il voulut garder l’habit bénédictin et sa frugalité coutumière est restée celle d’un moine, même à cette cour si brillante qu’était Avignon.

Moine frugal pour lui-même, il n’était pourtant pas austère et s’il se nourrissait de peu et dormait « à la dure », rien n’était trop beau cependant pour les nombreuses églises ou cathédrales qu’il a richement dotées et embellies. Il aimait la nature, les oiseaux et les fleurs comme en témoignent les décorations murales du palais des papes et les vastes jardins qu’il y a fait créer. Mais toujours très pragmatique, concret et charitable, il fit en sorte que ces jardins et « vergers » « contribuent au ravitaillement des cuisines pontificales », Ils servaient aussi à alimenter la « pignotte ». Employant une bonne douzaine de personnes, cette « aumônerie du pape », selon Yves Chiron, s’occupait des largesses pontificales : « 355 repas étaient servis chaque jour » aux pauvres d’Avignon « auxquels s’ajoutaient la distribution quotidienne des petits pains d’un poids moyen de 60 grammes. Entre 6 000 et 10 000 pains étaient distribués chaque jour, parfois jusqu’à 30 000. » C’est aussi à ce pape écologiste que nous devons les jardins du Vatican.

Mais notre pape était aussi un grand réformateur. Réformateur, non pas par grands décrets, et conciles mais par des quantités de micro-décisions personnalisées. Anne-Marie Hayez, archiviste-paléographe, ingénieur au CNRS largement citée par Yves Chiron a dépouillé pas moins de 28 000 lettres d’Urbain V. Correspondances régulières avec tous les rois et empereurs de l’époque, avec les évêques, les pères abbés, les professeurs, les artistes de son temps.

Yves Chiron montre de façon fort intéressante comment, dès le début de son pontificat, Urbain V « a essayé de lutter contre le carriérisme des clercs, le cumul des bénéfices et la non-résidence, source de tant de maux spirituels. » Pour cela, il commença par commander à tous les évêques et archevêques de communiquer à ses services la liste de tous les titulaires de bénéfices. Rappelons qu’un bénéfice était une charge ecclésiastique qui permettait de recevoir des revenus même sans résider là où est cette charge. Puis il opère en trois points : réduire le cumul des bénéfices ; imposer la résidence pour les bénéfices avec « cura animarum », c’est-à-dire charge pastorale, et veiller à ce que les candidats aient les compétences requises. Avec menace d’excommunication s’il le faut…

Si, comme le dit Yves Chiron « la politique bénéficiale d’Urbain V est un premier indicateur de sa volonté de réformer l’Eglise », elle ne s’arrête pas là. Il combat aussi les Vaudois qui, en Provence et en Dauphiné préparaient les voies au protestantisme ; les Fraticelles de Naples et de Pérouse qui abusaient la bonne foi des gens par leur attitude humble et modeste ; les Sociniens de Venise qui croyaient à la parole d’Aristote plus qu’à celle du Christ, mais un Aristote revu par Averroès. Ils enseignaient l’éternité de la matière et le plus grossier panthéisme et persécutèrent Pétrarque ; le frère Denys, qui enseignait la théologie à Paris, fraticelle déguisé qui niait le droit de propriété au nom du Christ, sans parler des hérésies des universités Anglaises évoquées plus haut.

Les ordres religieux furent aussi une préoccupation constante de notre pape bénédictin. Il restaura la vie monastique qui s’était beaucoup relâchée en maints endroits. Citons simplement parmi d’autres, la restauration, au propre et au figuré du Mont Cassin, de Subiaco, la reprise en main des grands ordres dominicains, bénédictins et franciscains, la fondation suscitée et généreusement dotée par Urbain V de nombreux monastères… etc.

Bref ! si l’on veut tout savoir sur le bienheureux pape Urbain V, ses bienfaits dans le monde universitaire, ses missions et tentatives de croisade en Orient, la conversion de l’empereur Jean V Paléologue, son retour à Rome, sa sainteté même, alors il faut vraiment lire le livre. La préface, écrite par Mgr Jacolin, évêque de Mende (diocèse d’origine d’Urbain V) vaudrait à elle seule, s’il en était besoin, la lecture du livre. Résumant parfaitement la vie d’Urbain V en la replaçant dans son époque, elle resitue la vie de l’Eglise en ses fondements : les apôtres et les prophètes.

Pour conclure, citons Yves Chiron : « Sur la longue durée, est remarquable son souci de défendre les droits, spirituels et temporels de l’Eglise. Il n’a pas cherché à plaire aux princes de son temps, il n’a pas sacrifié les intérêts et la liberté de l’Eglise aux exigences des pouvoirs politiques de l’époque. Enfin, sur le plan personnel, « Ce bénédictin fut un des pontifes les plus savants, pieux et intègres de tout le XIVe siècle. »

L’association des Amis du Bienheureux pape Urbain V a commémoré le septième centenaire de sa naissance par un colloque au Collège des Bernardins, à Paris, le 9 octobre dernier. A cette occasion, Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon a souligné qu’à l’heure où l’Europe se cherche une identité, des racines, des raisons d’être, d’agir et d’espérer, Urbain V a beaucoup à dire.

Parvis de la cathédrale de Mende : statue du Bienheureux Urbain V

Statue du Bx Urbain V sur le parvis de la cathédrale de Mende.

Prière pour obtenir des grâces par l’intercession du Bienheureux Urbain V

Seigneur Notre Dieu, nous Vous rendons grâce pour le serviteur que Vous avez placé autrefois à la tête de l’Eglise, le Bienheureux Pape Urbain V, qui a vécu sous la motion de Votre Esprit Saint. Vous l’avez suscité pour qu’il soit le sage réformateur du clergé, qu’il défende les droits et la liberté de l’Eglise et propage l’évangile parmi les nations infidèles.

Faites que sa mission porte du fruit encore aujourd’hui ; nous Vous en supplions, accordez-nous la grâce que nous demandons par son intercession (…), et si telle est Votre volonté, daignez glorifier Votre serviteur par Jésus le Christ Notre-Seigneur,

Ainsi soit-il.

(prière éditée avec la permission de Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon)

Armoiries d'Urbain V

Les personnes qui reçoivent des grâces par l’intermédiaire du bienheureux Pape Urbain V, sont priées de les faire connaître à l’Association des Amis du Bienheureux Pape Urbain V, (www.pape-urbain-v.org) château de Grizac, 48220 Le Pont de Montvert. On lira également avec intérêt le travail effectué par Monsieur Antoine de Rosny, « Urbain V, un pape du Gévaudan », disponible à la Maison de la Lozère, 1 bis rue Hautefeuille, 75006 Paris, ou dans les librairies de la Lozère.

2010-53. De la conclusion de l’année jubilaire du 4ème centenaire de l’Ordre de la Visitation au jour anniversaire du bienheureux trépas de Sainte Jeanne de Chantal.

Le 13 décembre 1641, entre six et sept heures du soir, Sainte Jeanne-Françoise de Chantal rendit son âme à Dieu, après avoir prononcé par trois fois le saint Nom de Jésus. C’était au monastère de la Visitation de Moulins, en Bourbonnais.

Sainte Jeanne-Françoise de Chantal

Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal (par Philippe de Champaigne).

La Sainte Fondatrice était dans sa soixante-dixième année. Elle avait survécu 19 ans à Saint François de Sales et les monastères de l’Ordre qu’ils avaient fondés ensemble, de 13 qu’ils étaient à la mort de « Monsieur de Genève », étaient maintenant au nombre de 87 !

Ce 13 décembre 2010, « dies natalis » (*) de Sainte Jeanne de Chantal, a donc tout naturellement été désigné comme jour de clôture de l’année jubilaire du quatrième centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation qui a commencé le 24 janvier dernier (cf. les articles précédemment publiés à ce sujet ici > www, ici aussi > www, encore ici > www et ici > www).

Si l’année jubilaire s’achève, notre connaissance des enseignements de Saint François de Sales ainsi que de la spiritualité et des grandes figures de l’Ordre de la Visitation ne sauraient en rester là. A l’occasion des divers anniversaires ou des circonstances, nous espérons bien publier sur ce blogue des textes permettant de nouveaux approfondissements.

La seule année 2011 ne marquera pas seulement le trois-cent-soixante-dixième anniversaire de la mort de Sainte Jeanne de Chantal mais aussi, par exemple, a) le trois-cent-cinquantième anniversaire de la mort de Mère Anne-Marguerite Clément – fondatrice du monastère de la Visitation de Melun – qui fut une authentique mystique dont les visions du Coeur de Jésus préparèrent celles dont fut gratifiée Sainte Marguerite-Marie, b) ou bien encore le troisième centenaire de l’entrée au monastère de la Visitation de Marseille d’Anne-Madeleine Rémuzat, autre grande mystique qui joua un rôle très important pour la diffusion du culte du Sacré-Coeur, c) ou encore le cent-soixante-dixième anniversaire de la naissance de Soeur Marie-Marthe Chambon, de la Visitation de Chambéry, choisie par Notre-Seigneur pour faire connaître au monde la  puissance de la dévotion à ses Saintes Plaies… etc.

Mais pour l’heure, afin de marquer la conclusion de l’année jubilaire de la Visitation, je voudrais vous permettre de lire et de méditer la toute dernière lettre de Sainte Jeanne de Chantal, datée du 12 décembre 1641, veille de sa mort.

La sainte fondatrice sait qu’elle est arrivée au bout de ses jours terrestres et elle livre ici, en ces ultimes recommandations à ses filles spirituelles, une sorte de testament spirituel dans lequel passe toute son âme, parvenue à la perfection de l’esprit que Saint François de Sales avait voulu pour les religieuses de la Visitation. On admirera la sérénité qui imprègne cette âme en face de la mort, on remarquera son souci insistant de voir se conserver intactes dans tout l’Ordre l’humilité et la charité fraternelle qui en sont les caractéristiques, ainsi que la parfaite observance des Règles. On notera aussi combien la perspective de l’éternité toute proche ne fait pas perdre à la Mère de Chantal le sens des choses pratiques…

J’ai retranscrit cette dernière lettre de Sainte Jeanne de Chantal directement à partir d’une très ancienne édition (le cliché ci-dessous vous en donne un aperçu), mais pour des raisons évidentes de compréhension, j’ai pensé qu’il était préférable d’adopter l’orthographe et la ponctuation conformes à nos usages actuels.

(*) « dies natalis » : expression latine signifiant « jour de naissance » et employée dans la tradition catholique pour désigner le jour de la mort d’un saint personnage, puisque cette mort marque en réalité le jour de sa naissance dans la vie de gloire et de bonheur éternels au Ciel. 

 * * * * * * *

Dernière lettre de Ste Jeanne de Chantal

Mes très chères et bien aimées filles,

me trouvant sur le lit du trépas nonobstant, et avec un très grand désir de plus penser à chose quelconque, qu’à faire ce passage en la bonté et miséricorde de Dieu, je vous conjure, mes très chères filles, que pour les affaires de l’Institut, l’on ne s’y précipite point, et que personne ne prétende d’y présider ; mais de suivre en cette occasion comme en toutes autres les intentions de notre bienheureux Père, qui a voulu que le Monastère de Nessy (1) fut reconnût pour Mère et matrice de tout l’Institut ; et je vous prie, mes très chères Soeurs, de continuer en cette union, comme vous avez fait jusques ici ; et que ces premiers et principaux Monastères aient toujours soin des petits, et soient prêts autant qu’il leur sera possible de les secourir et assister charitablement… etc.

Je vous prie d’avoir soin de la paix de Dieu entre vous, et de l’union charitable entre les Monastères, bonheur qui vous obtiendra de très grandes grâces de Dieu.

Ayez une très grande fidélité à vos observances, mes chères Soeurs : vous vous êtes obligées par un voeu solennel à garder tout ce qui est de votre Institut, et les Supérieures de les faire garder. Prenez garde, mes très chères filles, de ne pas ajuster vos Règles à vos inclinations, mais de soumettre humblement et fidèlement ces mêmes inclinations à leur obéissance. Gardez la sincérité de coeur en son entier, la simplicité et la pauvreté de vie, et la charité à ne rien dire et faire à vos Soeurs, je dis universellement, que ce que vous voudriez qu’elles disent et fissent pour vous. Voilà tout ce que je vous puis dire, quasi dans l’extrémité de mon mal.

Mes chères filles, avant que finir, il faut que je vous supplie et conjure d’avoir un grand respect, une sainte révérence et une entière confiance pour Madame de Montmorency (2), qui est une âme sainte et que Dieu manie à son gré, et à qui tout l’Institut a des obligations infinies, pour les biens spirituels et temporels qu’elle y fait. Je vous estime heureuse de l’inspiration que Dieu lui a donné, c’est une grâce très grande pour tout l’Ordre, et pour cette Maison en particulier. Elle vit parmi nos Soeurs avec plus d’humilité, bassesse et simplicité, et innocence, qui si c’était une petite paysanne. Rien ne me touche à l’égal de la tendresse où elle est pour mon départ de cette vie. Elle croit que vous la blâmerez de ma mort. Mais, mes chères filles, vous savez que la divine Providence a ordonné de nos jours, et qu’ils n’en eussent pas été plus longs d’un quart d’heure. Ce voyage a été d’un grand bien pour les Maisons où nous avons passé et pour tout l’Institut.

Ne soyez point en peine des lettres que vous m’aurez écrit depuis mon départ de cette vie : elles seront toutes jetées au feu sans être vues (3).

Je me recommande de tout mon coeur à vos plus cordiales prières. J’espère en l’infinie Bonté qu’elle m’assistera en ce passage et qu’elle me donnera part en ses infinies miséricordes et mérites ; et si je ne suis point déçue en mes espérance, je prierai le Bienheureux (4) de vous obtenir l’esprit d’humilité et bassesse, qui seul vous fera conserver cet Institut : c’est tout le bonheur que je vous souhaite et non point de plus grande perfection.

Je demeure de tout mon coeur, en la vie et en la mort, mes très chères et bien-aimées Soeurs, votre très humble et très indigne Soeur et servante en Notre-Seigneur,

A Moulins, ce 12 décembre 1641.

Soeur Jeanne-Françoise Frémiot de la Visitation Sainte-Marie

Dieu soit béni!

Blason de l'ordre de la Visitation

Note 1 : « le Monastère de Nessy » = il s’agit bien sûr d’Annecy et du premier Monastère de l’Ordre.

Note 2 : Madame de Montmorency = Marie-Félice des Ursins (forme francisée de Orsini), était née le 11 novembre 1600 à Florence ; elle était la nièce et la filleule de la Reine Marie de Médicis. Elle épousa le duc Henri II de Montmorency, gouverneur du Languedoc. Elle était remarquable par sa sagesse et sa piété autant que par sa générosité dans les oeuvres de charité. Après l’exécution de son époux (30 octobre 1632), elle fut, par ordre de Richelieu, emprisonnée au château de Moulins pendant deux années. Elle s’installa ensuite au Monastère de la Visitation où elle finit par prendre le voile et où elle mourut en odeur de sainteté le 5 juin 1666. La venue de Sainte Jeanne de Chantal à Moulins était justement en rapport avec le dessein de la duchesse de Montmorency de devenir fille de la Visitation (de là les allusions de la Mère de Chantal qui ne veut pas qu’on impute à la duchesse la responsabilité de sa mort).

Note 3 : la Mère de Chantal veut rassurer ses filles au sujet des lettres confidentielles que celles-ci pourraient lui avoir écrites et qui arriveraient à Moulins après sa mort.

Note 4 : « le Bienheureux » = il s’agit bien évidemment de Saint François de Sales, auquel la Mère de Chantal donne ce titre, mais il ne sera béatifié qu’en 1661.

2010-49. A Rome, l’église du Sacré-Coeur du Suffrage et le « Musée du Purgatoire ».

Novembre,
mois spécialement dédié à la prière pour les âmes du Purgatoire.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au lendemain de la Toussaint, la Sainte Eglise dédie une journée entière de sa liturgie à la commémoraison solennelle des fidèles trépassés, puis, vers la fin du mois, lors du vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte – dimanche dont l’Evangile rapporte de manière saisissante quelques unes des paroles de Notre-Seigneur concernant la fin des temps (Matth. XXIV, 15-35) -, elle va insister sur ce que l’on appelle traditionnellement les fins dernières : la mort, le jugement – particulier et général -, le purgatoire, l’enfer, le paradis, la résurrection. Et ce sera encore le cas dans les premiers dimanches de l’Avent.

Ainsi cette période de la liturgie catholique dans laquelle nous nous trouvons ces jours-ci nous oriente traditionnellement vers des réflexions, des méditations et des approfondissements en rapport avec la fin des temps, la fin de ce monde, la fin de notre propre vie.
« Memento finis » dit le vieil adage latin : souviens-toi de la fin de toute chose, souviens-toi que tu auras une fin, pense que tu mourras… Qu’en sera-t-il de toi après cette vie terrestre ?
La préface de la Messe des morts résume de manière magnifique notre condition d’hommes mortels appelés au salut : « … Si la pensée de la mort inévitable nous attriste, la promesse de l’immortalité à venir nous rend courage. Car pour vos fidèles, Seigneur, la vie n’est pas détruite mais elle est transformée, et lorsque disparaît la demeure de notre séjour terrestre, une habitation éternelle s’offre à nous dans le Ciel ! »

Ce Ciel de gloire, la liturgie nous l’a fait entrevoir et désirer avec la fête de la Toussaint.
Mais le lendemain, jour de la commémoraison solennelle des fidèles trépassés, l’Eglise nous rappelle aussi que pour entrer au Ciel, il ne suffit pas de mourir en ayant simplement été une « brave personne » : la vision de Dieu et la communion intime avec Lui dans la béatitude éternelle ne sont possibles qu’aux âmes totalement purifiées des suites de leurs fautes. Rien de souillé ne peut entrer au Ciel !

Je ne veux pas faire ici un exposé dogmatique complet pour rappeler  ce qu’est la doctrine catholique du Purgatoire (ceux qui le souhaiteraient n’ont qu’à se reporter au catéchisme ou bien > ici) mais, pour étayer et confirmer ce dogme (car il s’agit bien d’un dogme affirmé solennellement par deux conciles en se fondant sur les affirmations de la Sainte Ecriture, et il n’est pas permis à un fidèle catholique de contester cette doctrine sans faire naufrage dans la Foi), je veux aujourd’hui vous entretenir d’un « musée » tout à fait insolite que je ne manque presque jamais de faire visiter aux pèlerins que j’accompagne à Rome.

Le Maître Chat Lully avait déjà eu l’occasion de l’évoquer, au tout début de ce blogue (cf. > ici), mais je veux y revenir de manière plus détaillée aujourd’hui : à Rome, dans un local attenant à la sacristie de l’église du Sacré-Coeur du Suffrage, existe le musée du Purgatoire (en italien le feuillet explicatif porte très exactement ces mots : « piccolo museo del Purgatorio », petit musée du Purgatoire).

Rome, église du Sacré-Coeur du Suffrage (Lungotevere Prati 12)

L’église du Sacré-Coeur du Suffrage, à Rome – Lungotevere Prati, 12.

L’expression musée du Purgatoire ne doit pas faire illusion : il s’agit en fait d’une collection d’objets, exposés dans une unique vitrine qui est installée dans une salle annexe de la sacristie de l’église du Sacré-Coeur du Suffrage. Ces objets gardent le souvenir visible et palpable de signes laissés par des défunts qui se sont manifestés.
En effet, Dieu a parfois permis que des personnes mortes apparaissent pour demander des prières ou des Messes qui leur permettraient de sortir du Purgatoire. Et pour attester de la réalité de leur apparition, ces défunts ont laissé des traces de brûlures sur des meubles, du linge, des livres, comme si ces objets avaient été touchés par des mains en feu

La constitution de ce petit musée du Purgatoire est due à un prêtre français, le Révérend Père Victor Jouët (1839-1912), missionnaire du Sacré-Coeur d’Issoudun.
Nommé à Rome, il achète en 1893 un terrain pour y construire une église dédiée au Sacré-Coeur de Jésus. Les travaux commencés en 1894 dureront jusqu’en 1917, mais en attendant qu’elle soit achevée le culte est célébré dans un édifice provisoire.
Le 15 septembre 1897, un incendie éclate dans cette église provisoire : on parvient à le circonscrire mais, sur la paroi voisine de l’autel de la Madone du Rosaire, les flammes et la fumée semblent avoir dessiné un visage humain souffrant. 

Trace laissée par l'incendie du 15 septembre 1897 à l'autel de la Madone dans l'église du Sacré Coeur du Suffrage

Le Père Jouët fut impressionné par ce phénomène et y il vit un signe : à travers cet incendie, qui n’avait pas commis de gros dégâts mais avait laissé cette trace, n’y aurait-il pas une indication providentielle?
Il réfléchit, pria, demanda conseil, fit des recherches…  Il arriva à la conviction qu’il y avait eu là une manifestation d’ordre préternaturel : ce visage dessiné par les flammes était celui d’un défunt qui demandait des prières, des suffrages, pour être délivré du Purgatoire et entrer au Ciel. L’église serait donc bien dédiée au Sacré-Coeur de Jésus, oui, mais on y prierait spécialement le Coeur de Jésus à l’intention des fidèles défunts, d’où ce nom particulier d’église du Sacré-Coeur du Suffrage.

Dans des recherches, qui durèrent plusieurs années, le Révérend Père Jouët recueillit des témoignages sur les manifestations des âmes du Purgatoire et des objets qui en gardent la trace.
Le 4 août 1905, au Vatican, il présenta au Pape Saint Pie X cette singulière collection. Le saint Pontife lui accorda beaucoup d’attention, manifesta sa satisfaction et approuva que ces objets soient dorénavant exposés, pour que les fidèles soient confortés dans la Foi catholique au sujet des fins dernières.

Bien qu’il soit assez malaisé d’obtenir des clichés satisfaisants, en raison de la manière dont la pièce est éclairée et des reflets que les vitres de protection occasionnent, je vous propose maintenant de voir quelques uns de ces objets…

(cliquer sur les photos pour les voir en plus grande taille)

Vitrine où sont exposées les diverses pièces portant les marques de feu des manifestations des âmes du Purgatoire

Aperçu de la vitrine d’exposition du « piccolo museo »

5 mars 1871 empreintes de doigts de feu sur la couverture d'un livre

Objet N°2 : On voit sur le bas de la couverture de cet ouvrage une empreinte de trois doigts. Elle fut laissée le dimanche 5 mars 1871 sur le livre de prières de Maria Zaganti par son amie Palmira Rastelli qui était décédée le 28 décembre 1870. Palmira était la soeur du curé de cette paroisse (S. Andrea del Poggio Berni – Rimini) et elle apparaissait à son amie Maria pour qu’elle demande au prêtre de célébrer des messes de suffrage pour sa soeur.

apparition du 21 juin 1789, brûlure sur une manche de chemise

Objet N°5 : A Wodecq (Belgique), dans la nuit du 21 juin 1789, la dame Leleux, qui était décédée depuis 27 ans, apparut à son fils Joseph et lui rappela qu’il devait faire célébrer des Messes de suffrage à son intention : les honoraires des Messes avaient été donnés par le père Leleux, mais Joseph avait négligé de les faire célébrer. Elle lui reprocha aussi sa vie dissipée et l’exhorta à changer de conduite. Pour vaincre son incrédulité, elle posa sa main sur la manche de sa chemise et y laissa cette empreinte très visible. Joseph Leleux se convertit et, après avoir fondé une congrégation religieuse, mourut en odeur de sainteté en 1825.

empreintes laissées le 1er novembre 1731 sur une table de bois

Objet N°7 a : Empreintes d’une main gauche et d’une croix « pyrogravées » sur la tablette de bois faisant fonction d’écritoire, de la vénérable Isabella Fornari, abbesse des Clarisses de Todi. Elles furent laissées le 1er novembre 1731 par l’apparition du Révérend Père Panzini, abbé olivétain de Mantoue. Ce même moine laissa une autre empreinte, de la main droite, sur la tunique de la sainte moniale: c’est l’objet N°7 b photographié ci dessous.

empreinte laissée le 1er novembre 1731 sur la manche d'une chemise

Au terme de cet aperçu, je ne peux faire mieux, en conclusion – et en réaction à toutes les erreurs couramment répandues aujourd’hui -, que de recopier dans son intégralité le §211 de l’ « Abrégé du catéchisme de l’Eglise catholique » :

« En vertu de la communion des saints, les fidèles qui sont encore en pèlerinage sur la terre peuvent aider les âmes du Purgatoire, en offrant pour elles des prières de suffrage, en particulier le sacrifice eucharistique, mais aussi des aumônes, des indulgences et des oeuvres de pénitence. »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

* * * * * * *

On trouvera > ici, une prière à la Vierge de Compassion à l’intention des âmes du Purgatoire.

2010-48. Où Lully reparle de ses précédentes publications relatives à la franc-maçonnerie et aborde la question de son infiltration dans l’Eglise.

Vendredi 19 novembre 2010.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En complément aux textes que j’ai publiés ces derniers jours (c’est-à-dire la note du Cardinal Ratzinger consécutive à la parution du Code de Droit Canonique en 1983 > ici, et le texte que j’ai dû diviser en deux parties > ici & ici pour expliciter les raisons de l’impossible conciliation entre le catholicisme et la maçonnerie), mais aujourd’hui sur un mode un peu plus ironique, je voudrais vous montrer une petite bande dessinée sans prétention que Frère Maximilien-Marie avait réalisée il y a presque dix ans et que j’ai trouvée en fouillant dans ses affaires…

2010-48. Où Lully reparle de ses précédentes publications relatives à la franc-maçonnerie et aborde la question de son infiltration dans l'Eglise. dans Bandes dessinées cabochat.vignette

Avant cela, je dois néanmoins préciser que, au Mesnil-Marie, nous ne sommes pas dans l’excès de ceux qui voient des francs-maçons prêts à « bouffer du curé » à tous les coins de rue ou derrière chaque arbre, même si nous savons qu’ils sont très influents – jusqu’à constituer une sorte d’ « Etat dans l’Etat » – et que leurs effectifs ont considérablement augmenté pendant toute la seconde moitié du XXème siècle (on peut estimer qu’il y a environ 140 000 adhérents à la maçonnerie actuellement en France, toutes obédiences confondues).

Nous sommes seulement réalistes, sachant qu’ils s’efforcent de tenir des postes clefs ou d’avoir une influence prépondérante dans tous les domaines d’activité les plus importants : tous les partis politiques, les syndicats, la magistrature, l’armée, l’administration, le ministère de l’ « éducation nationale », les médias, les milieux financiers, les O.N.G. … etc.

Nous avons aussi conscience que tous les francs-maçons ne sont pas personnellement pénétrés d’intentions malveillantes contre l’Eglise et contre la Foi : il y a parmi eux des personnes qui sont sincèrement animées de sentiments philanthropiques et qui sont même dans une authentique quête spirituelle ; il y en a beaucoup (surtout dans les grades inférieurs) qui ne voient pas autre chose que la recherche d’un progrès de l’humanité et qui, très certainement, à la lecture du résumé systématique que j’ai publié, pourraient se montrer surpris ou choqués qu’on attribue de telles convictions de fond à la maçonnerie… Mais, redisons-le, sincérité n’est pas vérité!

Ce qui rend la question de la maçonnerie si complexe, c’est bien justement qu’il n’y a pas de profession de foi maçonnique universelle et clairement publiée : dans un cadre général qui demeure particulièrement opaque, malgré tout ce qu’on peut tenter pour le clarifier, il y a une multitude de « nuances » et d’ « options », d’attitudes et de déclarations, dans lesquelles, selon l’expression familière, « on trouve à boire et à manger »! Cependant, ce qui demeure fondamental dans la franc-maçonnerie, c’est son anti-dogmatisme absolu et sa croyance en une « vérité » fluctuante et évolutive qui est le fait du choix de l’homme et non la référence à un ordre révélé immuable. De là découlent tous les points d’opposition avec la Foi chrétienne et avec l’Eglise catholique que j’ai précédemment explicités.

Ce n’est pas pour rien que l’un des synonymes de franc-maçon est « libre-penseur ». Ce que la maçonnerie revendique, en définitive, c’est une absolue indépendance de l’homme, dont la réflexion et la pensée n’acceptent pas d’être soumises à un ordre extérieur à lui-même, fut-il révélé par Dieu.

Selon l’enseignement philosophique le plus rigoureux, dire : « Dieu existe », ce n’est pas faire un acte de foi, c’est seulement faire un acte naturel d’intelligence, car l’existence d’un Etre supérieur, spirituel, créateur du monde, est accessible au seul raisonnement dans une recherche intellectuelle strictement logique (c’est pour cela que l’athéisme, sur le simple plan naturel déjà, est une monstruosité). La Foi, est autre chose : la Foi, c’est l’adhésion à Dieu qui se révèle. La démarche spécifique de la Foi, c’est l’acceptation par l’homme d’une réalité qui est au-delà de ce que son intelligence naturelle peut lui faire connaître, et qui lui est communiquée par Dieu Lui-même.

L’Eglise donc a été voulue et instituée par Notre-Seigneur pour que, à la suite des Saints Apôtres, elle transmette cette Révélation définitive que Dieu a faite de Lui-même ; l’Eglise a été créée pour que – par l’évangélisation et les sacrements – elle amène les hommes à l’obéissance de la Foi (cf. Actes VI,7) et pour que, par la Foi, elle leur ouvre l’accès à la Vie éternelle. On peut donc dire que la démarche chrétienne est essentiellement une réponse d’acceptation de l’homme à l’initiative de Dieu : un Dieu qui est venu à sa rencontre en Se révélant Lui-même et qui a comblé, par cette Révélation, l’abîme sinon infranchissable que son  incapacité naturelle et son péché laissaient entre lui et Dieu.

Au contraire, l’attitude qui m’apparaît finalement fondamentale dans la maçonnerie, c’est un refus plus ou moins explicite de la révélation chrétienne, un refus plus ou moins explicite de cette obéissance de la Foi, au profit d’une attitude où c’est l’intelligence de l’homme en recherche qui a la seule initiative, qui exerce elle seule le contrôle.

9782706705175 évêques dans Chronique de Lully

Quant aux « infiltrations maçonniques dans l’Eglise », je ne veux ni les minimiser ni les majorer. Comme je le faisais remarquer dans la note conclusive de mon étude (cf. > ici), c’est une évidence qui n’a pas besoin d’être démontrée que beaucoup de catholiques – comme la plupart de nos contemporains – ont aujourd’hui admis les thèses relativistes, pour le dogme comme pour la morale, qui découlent des convictions maçonniques.  C’est justement l’une des grandes victoires de la franc-maçonnerie, à la suite d’un important travail de sape de l’influence catholique et par une mainmise de plus en plus forte sur tout ce qui peut influencer le jugement des hommes, d’avoir réussi que ses idées soient devenues quasi générales dans la société occidentale, sans que les citoyens « de base » en aient conscience.

L’Eglise n’a pas échappé à cette influence. La crise spirituelle, dogmatique et institutionnelle, qui affecte et fragilise l’Eglise catholique depuis plusieurs décennies a évidemment contribué à cette pénétration des idées maçonniques dans les consciences des fidèles. Que des prêtres, insuffisamment formés ou profondément déformés par les « recyclages » post-conciliaires, professent des idées relativistes ou modernistes très proches de celles de la maçonnerie, ce n’est pas à démontrer. Cela signifie-t-il nécessairement qu’ils sont membres de la maçonnerie? Non pas. Que de ces prêtres pervertis par les idées modernistes, certains soient devenus évêques, c’est certain. Cela signifie-t-il que tous ces évêques fréquentent les loges? Rien de moins certain.

Un jour, au terme de l’une de ses conférences, Frère Maximilien-Marie s’est fermement opposé à l’intervention d’une de ses auditrices qui affirmait avec véhémence : « Tous les évêques français sont francs-maçons! ». Qu’il y en ait quelques uns, on ne peut le nier : il y a bien eu un Judas dans le collège apostolique, il serait téméraire de prétendre qu’il n’a pas eu une sorte de « descendance spirituelle » aujourd’hui, comme il y en a eu à toutes les époques, hélas!… Mais, encore une fois, c’est une bien plus grande victoire de la maçonnerie d’avoir réussi à dominer toutes les sociétés contemporaines – et l’Eglise en est une – par une espèce d’imprégnation diffuse d’un grand nombre de ses idées, que si elle était arrivée à faire entrer consciemment tous nos contemporains dans ses loges.

C’est ce qu’a voulu exprimer notre Frère dans cette bande dessinée que je vous annonçais au début de cette chronique. Nombre de prêtres – des évêques même – ont été invités à participer à des « tenues blanches », voire à y donner des conférences : nous ne pourrions que nous en réjouir si ces évêques, avec le zèle et la force de conviction des Saints Apôtres, y étaient allés pour évangéliser en vérité et convertir ; malheureusement, dans la plupart des cas, les maçons n’ont entendu de leur bouche que des platitudes consensuelles et des thèses qui s’approchaient des leurs. Les évêques français actuellement en exercice qui ont publiquement et sans ambiguïté rappelé l’enseignement et la discipline de l’Eglise sur la franc-maçonnerie se comptent sur les doigts d’une seule main. Rien d’étonnant dès lors à ce qu’une telle confusion continue de régner dans l’Eglise et dans la société…

Lully.                     

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concurrence1 franc-maçon dans Commentaires d'actualité & humeurs

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