Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2011-7. Vœu par lequel Louis XVI a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume, au Sacré-Cœur de Jésus.

Sa Majesté le Roy Louis XVI

Le triste anniversaire du 21 janvier nous a déjà fourni l’occasion de publier la relation des dernières heures de Sa Majesté le Roy Louis XVI (cf. > ici), le texte de son testament (cf. > ici) et celui de l’allocution consistoriale de Sa Sainteté le Pape Pie VI affirmant de manière péremptoire que Louis XVI est à proprement parler un martyr (cf. > ici).

Nous voulons aujourd’hui publier ci-dessous le texte du Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus.

Quelques historiens en ont contesté l’authenticité.
Elle ne fait pour nous aucun doute
1) d’abord parce qu’elle a été attestée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans une apparition accordée, au moment de la Restauration, à Mère Marie de Jésus, une sainte religieuse – chanoinesse de Saint-Augustin au célèbre « Couvent des Oiseaux » – , dont les voies mystiques ont été en leur temps tenues pour véridiques par les autorités ecclésiastiques ;
2) ensuite parce que cette authenticité est également 
affirmée implicitement par Notre-Dame de Fatima lors d’une apparition à Soeur Lucie et consignée dans une lettre à son évêque en date du 29 août 1931.

Nous devons au Bienheureux Père François-Louis Hébert, supérieur général des Eudistes et confesseur du Roy, la conservation de ce texte, qui avait été rédigé en deux exemplaires.
Selon toute vraisemblance, ce voeu du Roy martyr a été prononcé entre le printemps de l’année 1791 et la date butoir de la prise des Tuileries. Après le 10 août 1792 en effet, le Souverain ne reverra plus son confesseur puisque Sa Majesté sera détenue dans le sinistre donjon du Temple dans les conditions que l’on sait.
Le Révérend Père Hébert, lui aussi emprisonné, sera martyrisé aux Carmes le 2 septembre.
Avant le 12 août 1792, date de son arrestation, le Révérend Père Hébert avait eu soin de faire établir des copies du Voeu de Louis XVI et de les confier à d’autres personnes, si bien que dès la fin de l’année 1792 le texte en était connu et diffusé dans les milieux fervents et opposés à l’impiété révolutionnaire.
Ce n’est nullement un hasard si, dans toute les provinces du Royaume, les scapulaires représentant le Divin Coeur de Jésus furent arborées sur les poitrines de ceux qui se soulevèrent pour défendre le trône et l’autel.

Voir aussi :
Quelques précisions concernant le vœu de Louis XVI au Sacré-Cœur > ici.

coeurvendeen.gif

Vœu par lequel Sa Majesté le Roi Louis XVI
a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume
au Sacré-Cœur de Jésus.

Vous voyez, ô mon Dieu, toutes les plaies qui déchirent mon cœur, et la profondeur de l’abîme dans lequel je suis tombé. Des maux sans nombre m’environnent de toutes parts. A mes malheurs personnels et à ceux de ma famille, qui sont affreux, se joignent, pour accabler mon âme, ceux qui couvrent la face du royaume. Les cris de tous les infortunés, les gémissements de la religion opprimée retentissent à mes oreilles, et une voix intérieure m’avertit encore que peut-être votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que, dans les jours de ma puissance, je n’ai pas réprimé la licence du peuple et l’irréligion, qui en sont les principales sources ; parce que j’ai fourni moi-même des armes à l’hérésie qui triomphe, en la favorisant par des lois qui ont doublé ses forces et lui ont donné l’audace de tout oser.

Je n’aurai pas la témérité, ô mon Dieu, de me justifier devant vous ; mais vous savez que mon cœur a toujours été soumis à la foi et aux règles des mœurs ; mes fautes sont le fruit de ma faiblesse et semblent dignes de votre grande miséricorde. Vous avez pardonné au roi David, qui avait été cause que vos ennemis avaient blasphémé contre vous ; au roi Manassès, qui avait entraîné son peuple dans l’idolâtrie. Désarmé par leur pénitence, vous les avez rétablis l’un et l’autre sur le trône de Juda ; vous les avez fait régner avec paix et gloire. Seriez-vous inexorable aujourd’hui pour un fils de saint Louis, qui prend ces rois pénitents pour modèles, et qui, à leur exemple, désire réparer ses fautes et devenir un roi selon votre Cœur? Ô Jésus-Christ, divin Rédempteur de toutes nos iniquités, c’est dans votre Cœur adorable que je veux déposer les effusions de mon âme affligée. J’appelle à mon secours le tendre Cœur de Marie, mon auguste protectrice et ma mère, et l’assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes aïeux.

Ouvrez-vous, Cœur adorable, et par les mains si pures de mes puissants intercesseurs, recevez avec bonté le vœu satisfactoire que la confiance m’inspire et que je vous offre comme l’expression naïve des sentiments de mon cœur.

Si, par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement :

1° De révoquer le plus tôt possible toutes les lois qui me seront indiquées, soit par le pape, soit par quatre évêques choisis parmi les plus vertueux de mon royaume, comme contraires à la pureté et à l’intégrité de la foi, à la discipline et à la juridiction spirituelle de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine, et notamment la constitution civile du clergé ;

2° De rétablir sans délai tous les pasteurs légitimes et tous les bénéficiers institués par l’Eglise, dans les bénéfices dont ils ont été injustement dépouillés par les décrets d’une puissance incompétente, sauf à prendre les moyens canoniques pour supprimer les titres de bénéfices qui sont moins nécessaires, et pour en appliquer les biens et revenus aux besoins de l’Etat ;

3° De prendre, dans l’intervalle d’une année, tant auprès du pape qu’auprès des évêques de mon royaume, toutes les mesures nécessaires pour établir, suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, et toujours suivie d’une procession générale, en réparation des outrages et des profanations commis dans nos saints temples, pendant le temps des troubles, par les schismatiques, les hérétiques et les mauvais chrétiens ;

4° D’aller moi-même en personne, sous trois mois à compter du jour de ma délivrance, dans l’église Notre-Dame de Paris, ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et de prononcer, un jour de dimanche ou de fête, au pied du maître-autel, après l’offertoire de la messe, et entre les mains du célébrant, un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets l’exemple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce Cœur adorable ;

5° D’ériger et de décorer à mes frais, dans l’église que je choisirai pour cela, dans le cours d’une année à compter du jour de ma délivrance, une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré Cœur de Jésus, et qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâces qui sont renfermés dans ce Cœur sacré ;

6° Enfin, de renouveler tous les ans, au lieu où je me trouverai, le jour qu’on célébrera la fête du Sacré-Cœur, l’acte de consécration exprimé dans l’article quatrième, et d’assister à la procession générale qui suivra la messe de ce jour.

Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.

Ô Cœur adorable de mon Sauveur ! Que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même, si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses, et cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et toute ma consolation. Ainsi soit-il.

lys2.gif

2011-6. Gustave Thibon : dix ans déjà!…

2001 – 19 janvier – 2011

Ce 19 janvier 2011 marque le dixième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon. Dix ans déjà!…

Je peux dire sans exagération que, depuis que j’ai découvert Gustave Thibon – j’avais à peine 15 ans – et plus encore depuis ce 19 janvier 2001 où il est entré dans son éternité, je n’ai pas été un seul jour sans me nourrir de ses écrits, de sa pensée, des leçons que j’ai reçues de luiIl a été et il demeure toujours, pour tout mon itinéraire personnel – intellectuel et spirituel – ce que l’étoile miraculeuse a été pour les Mages : une divine lumière pour éclairer ma marche dans la nuit de ce monde!
Comme je voudrais pouvoir écrire avec une exacte justesse et justice tout ce que je dois à Gustave Thibon : parviendrai-je à le faire un jour?
Tout simplement, à l’occasion de ce dixième anniversaire, je me bornerai à écrire, à crier pour toute oreille qui voudra bien l’entendre, et à chanter en direction du Ciel un immense
« Merci! ».

En 1993, à la suite de la parution du livre d’entretiens recueillis par Danièle Masson  intitulé « Au soir de ma vie » (éd. Plon), Gustave Thibon avait reçu plusieurs personnes, parmi lesquelles des journalistes, et répondu à leurs questions. J’avais alors soigneusement pris note de ses réponses : c’est une partie de cet échange, recopié de mes cahiers personnels, que je vous retranscris ci-dessous.

Frère Maximilien-Marie.

Gustave Thibon

- Quel est pour vous le comble de la misère?

G.T. : Ne plus aimer, ne plus être aimé.

- Où aimeriez-vous vivre?

G.T. : Là où je suis. « C’est d’âme qu’il faut changer, pas de lieu », disait Sénèque.

- Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence?

G.T. : Celles commises par amour… Même si on se trompe sur le niveau et la qualité de cet amour. L’amour humain peut être sacré ou profané, il n’est jamais totalement profane.

- Votre rêve de bonheur?

G.T. : Le bonheur ne se rêve pas. Il est partout à condition de tout accueillir comme don de Dieu.

- Votre passage d’Evangile préféré?

G.T. : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné! » Ce cri me touche de très près aujourd’hui. Sur la Croix, Dieu désespère de Lui-même, et, si j’ose dire, meurt athée. Je crois avec Chesterton que « notre religion est la bonne car c’est la seule où Dieu à un moment a été athée ». Je suis amoureux de ce Christ en agonie, l’Homme des douleurs, Dieu devenu infiniment faible, Dieu abandonné de Dieu. Si j’avais été religieux, j’aurais choisi le nom de ‘frère X. de Gethsémani’.

Le passage de la femme adultère m’est également très cher. Dieu est à la fois l’exigence infinie et l’indulgence infinie. Il nous pardonnera ce que nous n’osons pas nous pardonner à nous-mêmes. Cet apologue oriental me touche beaucoup : le diable dit à Dieu : « Ce qui m’étonne chez Toi, c’est que les hommes ne font que pécher et Tu leur pardonnes sans cesse, alors que moi, je n’ai péché qu’une fois et Tu ne m’as jamais pardonné! » Et Dieu lui répond : « Mais toi, combien de fois m’as-tu demandé pardon? »

- Comment définissez-vous l’enfer?

G.T. : Comme Simone Weil : « Se croire au paradis par erreur ».

- Et la mort?

G.T. : Comme Gabriel Marcel : « Le dépaysement absolu »… Un saut vertigineux que je m’interdis d’imaginer : il ne faut pas enlever sa virginité, dépuceler d’avance ce retour à la Patrie, puisque notre vie est un exil.

Nous serons stupéfaits quand nous verrons les lignes courbes par lesquelles Dieu a écrit droit, et à quel point le mal et le bien s’enchevêtrent. Je crois à la solidarité du bien et du mal, de l’ivraie et du bon grain. Il y a parfois des vertus qui perdent et des péchés qui sauvent, non par eux-mêmes, mais par rebondissement. Vient un moment où il faut se repentir de sa vertu comme on se repend de son péché.

- Le plus grand mal de notre époque?

G.T. : Exiger du temps qu’il tienne les promesses de l’éternel. Simone Weil a tout dit : « Dieu et l’homme sont comme deux amants qui se sont trompés sur le lieu du rendez-vous : l’homme attend Dieu dans le temps, et Dieu attend l’homme dans l’éternité ».

- La vertu la plus nécessaire aujourd’hui?

G.T. : La réaction contre le conformisme qui se cache sous le masque de la liberté… Ce que Gabriel Marcel appelait « le conformisme de l’aberrant ». Simone Weil disait : « Dieu t’a béni de naître à une époque où on a tout perdu ». Et où, par conséquent, on peut tout retrouver, plus personnellement, moins par pesanteur sociale.

Cette époque qui provoque les guerres les plus sanglantes au nom de la liberté constitue un scandale unique dans l’histoire. Etant donné le degré de moralité théorique du XXème siècle, de telles horreurs ne devraient pas être possibles. Notre temps est, plus que tout autre, le temps du pharisaïsme et de l’hypocrisie : c’est le règne des vérités chrétiennes devenues folles dont parle Chesterton.

- Votre principal sujet d’admiration?

G.T. :  La faiblesse de Dieu… Voir à quel point Dieu est désarmé. Il fait dépendre le plus haut du plus bas. Le supérieur dépend de l’inférieur, mais la réciproque n’est pas vraie : « la rose a besoin du fumier, mais le fumier se passe fort bien de la rose ». Dieu a besoin de l’homme mais l’homme se passe fort bien de Dieu. Il s’est rendu esclave des causes secondes.

- Etat présent de votre esprit?

G.T. : Celui d’une veilleuse éclairant des ruines. Cette veilleuse est ma conscience. Je me sens à la fois rejeté par le temps et indigne de l’éternité. Je n’ai pas la grâce de Simone Weil qui priait le Ciel de mourir gâteuse. On vieillit bien tant qu’on ne vieillit pas.

- Votre foi?

G.T. : Du désespoir surmonté. Une foi éprouvée, qui n’est plus une armure mais une blessure. Je parie Dieu. « Il faut aimer Dieu comme s’il n’existait pas », soutenait Simone Weil. Je sens en moi ce combat entre le croyant en Dieu et le croyant en l’absence de Dieu. Mère Marie-Thérèse, une carmélite d’Avignon, disait : « Ce n’est pas la vertu que Dieu demande, c’est d’être trouvé pauvre ». Et pauvre même de nos certitudes et de nos vertus! Dieu a d’abord été pour moi Puissance et Loi ; puis Lumière et Amour ; enfin Absence et Nuit. C’est peut-être en cela qu’Il ressemble le plus à Lui-même. Il me devient chaque jour de moins en moins étranger et de plus en plus inconnu : je suis devenu un agnostique adorateur.

- Votre mot de la fin?

G.T. : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains! » 

J’aime aussi le dernier mot de la dernière lettre que j’ai reçue de mon amie Marie-Noël : « Je tombe de sommeil en Dieu ». Elle avait pourtant perdu le Dieu de son enfance et découvert une nuit sans étoiles. Au bout de ce « combat désespéré pour sauver Dieu », elle constatait que « Dieu n’est pas un lieu tranquille ».

* * * * * * *

NB. On trouvera ici > www, des éléments de biographie de Gustave Thibon que nous avions publiés il y a trois ans.

2011-2. Le 4 janvier, nous fêtons Sainte Angèle de Foligno, « Magistra theologorum » et modèle toujours actuel de vie vers Dieu et avec Dieu.

Le 4 janvier,  est célébrée la fête de Sainte Angèle de Foligno.

Lors de l’audience générale du 13 octobre 2010, sur la place Saint-Pierre, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à cette grande figure de la mystique chrétienne.
Le Souverain Pontife a voulu présenter un résumé de l’expérience et des enseignements spirituels de celle à laquelle son prédécesseur le Pape Benoît XIV n’avait pas hésité à donner le titre de « Magistra theologorum : maîtresse des théologiens ».
Cette catéchèse du Saint-Père Benoît XVI est d’une densité, d’une profondeur et d’une richesse absolument remarquables ; il nous semble donc important de la publier ici aujourd’hui à l’occasion de la fête de Sainte Angèle de Foligno.

2011-2. Le 4 janvier, nous fêtons Sainte Angèle de Foligno,

Châsse de la Bienheureuse Angèle de Foligno.

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui je voudrais vous parler de la bienheureuse Angèle de Foligno, une grande mystique médiévale ayant vécu au XIIIe siècle. D’habitude, on est fasciné par les sommets de l’expérience d’union avec Dieu qu’elle a atteints, mais on ne prend sans doute pas assez en compte ses premiers pas, sa conversion, et le long chemin qui l’a conduite du point de départ, « la grande crainte de l’enfer », jusqu’au but ultime, l’union totale avec la Trinité.
La première partie de la vie d’Angèle n’est certainement pas celle d’une disciple fervente du Seigneur. Née aux alentours de 1248 dans une famille aisée, elle devint orpheline de père et fut éduquée par sa mère de façon plutôt superficielle. Elle fut très tôt introduite dans les milieux mondains de la ville de Foligno, où elle connut un homme, qu’elle épousa à l’âge de 20 ans et dont elle eut des enfants. Sa vie était insouciante, au point de mépriser ceux que l’on appelait les « pénitents » — très répandus à l’époque —, c’est-à-dire ceux qui, pour suivre le Christ, vendaient leurs biens et vivaient dans la prière, dans le jeûne, dans le service de l’Eglise et dans la charité.

Plusieurs événements, comme le violent tremblement de terre de 1279, un ouragan, l’antique guerre contre Pérouse et ses dures conséquences, ont une influence sur la vie d’Angèle, qui prend progressivement conscience de ses péchés, jusqu’à accomplir un pas décisif : elle invoque Saint François, qui lui apparaît en vision, pour lui demander conseil en vue d’une bonne confession générale à accomplir ; nous sommes en 1285, Angèle se confesse à un frère à San Feliciano. Trois ans plus tard, la voie de la conversion prend un nouveau tournant : la dissolution des liens affectifs, étant donné qu’en quelques mois, à la mort de sa mère suit celle de son mari et de tous ses enfants. Elle vend alors ses biens et, en 1291, rejoint le Tiers-Ordre de Saint François. Elle meurt à Foligno le 4 janvier 1309.

Le Livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, qui rassemble la documentation relative à notre bienheureuse, rapporte cette conversion ; elle en indique les instruments nécessaires : la pénitence, l’humilité et les épreuves ; et elle en rapporte les étapes, la succession des expériences d’Angèle, commencées en 1285.
En se les rappelant, après les avoir vécues, elle tenta de les raconter à travers le frère confesseur, qui les transcrivit fidèlement, en s’efforçant ensuite de les diviser en étapes, qu’il appela « étapes ou mutations », mais sans réussir à les mettre entièrement en ordre (cf. Le Livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, Cinisello Balsamo 1990, p. 51). La raison en est que pour la bienheureuse Angèle, l’expérience d’union implique de façon totale les sens spirituels et corporels, et ce qu’elle « comprend » pendant ses extases demeure, pour ainsi dire, uniquement une « ombre » dans son esprit. « J’entendis véritablement ces paroles — confesse-t-elle après une extase mystique — mais ce que j’ai vu et compris, et ce qu’Il [c’est-à-dire Dieu] me montra, je ne sais ni ne peux le dire en aucune façon, bien que je révèlerais volontiers ce que je compris à travers les paroles que j’entendis, mais ce fut un abîme absolument ineffable ». Angèle de Foligno présente son « vécu » mystique sans l’élaborer avec son esprit, car il s’agit d’illuminations divines qui se communiquent à son âme de façon imprévue et inattendue. Le frère confesseur lui-même a des difficultés à rapporter de tels événements, « notamment à cause de sa grande et admirable réserve à l’égard des dons divins » (ibid., p. 194). A la difficulté d’Angèle d’exprimer son expérience mystique s’ajoute également la difficulté pour ses interlocuteurs de la comprendre. Une situation qui montre clairement que l’unique et véritable Maître, Jésus, vit dans le cœur de chaque croyant et désire en prendre entièrement possession. Comme chez Angèle, qui écrivait à l’un de ses fils spirituels : « Mon Fils, si tu voyais mon cœur, tu serais absolument contraint de faire toutes les choses que Dieu veut, parce que mon cœur est celui de Dieu et le cœur de Dieu est le mien ». Ici retentissent les paroles de saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal. II, 20).

communionmystique dans Lectures & relectures

La Bienheureuse Angèle reçoit la Sainte Communion de la main d’un ange.  

Etudions alors certains «pas» seulement du riche cheminement spirituel de notre bienheureuse.
Le premier, en réalité, est une prémisse : « Le premier pas est la connaissance du péché — comme elle le précise —, par elle l’âme craint fort d’être damnée en enfer. En ce pas l’âme pleure amèrement » (Le livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, p. 39). Cette « crainte » de l’enfer répond au type de foi qu’Angèle avait au moment de sa « conversion » ; une foi encore pauvre de charité, c’est-à-dire de l’amour de Dieu. Repentir, peur de l’enfer, pénitence ouvrent à Angèle la perspective du douloureux « chemin de la croix » qui, du huitième au quinzième pas, la conduira ensuite sur le « chemin de l’amour ». Le frère confesseur raconte : « La fidèle me dit alors : J’ai eu cette révélation divine : “ Après ce que vous avez écrit, faites écrire que quiconque veut conserver la grâce ne doit pas détourner les yeux de l’âme de la Croix, tant dans la joie que dans la tristesse que je lui accorde ou je lui permets ” » (ibid., p. 143). Mais dans cette phase encore, Angèle « ne sent pas l’amour » ; elle affirme : « l’âme éprouve de la honte et de l’amertume et elle ne fait pas encore l’expérience de l’amour, mais de la douleur » (ibid., p. 39), et elle est insatisfaite.

Angèle sent qu’elle doit donner quelque chose à Dieu pour réparer ses péchés, mais lentement, elle comprend qu’elle n’a rien à lui donner, bien plus, qu’elle n’« est rien » devant lui ; elle comprend que ce ne sera pas sa volonté qui lui donnera l’amour de Dieu, parce que cela ne peut rien lui donner d’autre que son « néant », le « non amour ». Comme elle le dira : seul « l’amour vrai et pur, qui vient de Dieu, est dans l’âme et fait en sorte qu’elle reconnaisse ses propres défauts et la bonté divine. […] Cet amour porte l’âme dans le Christ et elle comprend avec assurance qu’il ne peut exister ou n’y avoir aucune tromperie. A cet amour, rien de ce monde ne peut se mêler » (ibid., p. 124-125). S’ouvrir uniquement et totalement à l’amour de Dieu, qui a sa plus haute expression dans le Christ : « O mon Dieu — prie-t-elle — rends moi digne de connaître le très haut mystère, que ton très ardent et ineffable amour mit en œuvre, avec l’amour de la Trinité, c’est-à-dire le très haut mystère de ta très sainte incarnation pour nous. […]. Oh incompréhensible amour! Au-dessus de cet amour, qui a permis que mon Dieu se soit fait homme pour me faire Dieu, il n’y a pas d’amour plus grand » (ibid., p. 295). Toutefois, le cœur d’Angèle porte pour toujours les blessures du péché ; même après une bonne confession, elle se trouvait pardonnée et encore accablée par le péché, libre et conditionnée par le passé, absoute mais en manque de pénitence. Et la pensée de l’enfer l’accompagne également parce que plus l’âme progresse sur le chemin de la perfection chrétienne, plus elle se convaincra non seulement d’être « indigne », mais de mériter l’enfer.

Et voici que, sur son chemin mystique, Angèle comprend en profondeur la réalité centrale : ce qui la sauvera de son « indignité » et de « l’enfer qu’elle mérite », ce ne sera pas son « union avec Dieu » et sa possession de la « vérité », mais Jésus crucifié, « Sa crucifixion pour moi », Son amour. Dans le huitième pas, elle dit : « Je ne comprenais pas encore si le bien le plus grand était ma libération des péchés et de l’enfer et la confession et la pénitence, ou bien Sa crucifixion pour moi » (ibid., p. 41). C’est l’équilibre instable entre amour et douleur, ressenti dans tout son difficile chemin vers la perfection. C’est précisément pour cela qu’elle contemple de préférence le Christ crucifié, parce que dans cette vision, elle voit réalisé l’équilibre parfait : sur la croix, il y a l’homme-Dieu, dans un acte suprême de souffrance qui est un acte suprême d’amour. Dans la troisième Instruction, la bienheureuse insiste sur cette contemplation et affirme : « Lorsque nous voyons avec plus de perfection et de pureté, nous aimons avec d’autant plus de perfection et de pureté. […] C’est pourquoi, plus nous voyons le Dieu et homme Jésus Christ, plus nous sommes transformés en lui à travers l’amour. […] Ce que j’ai dit de l’amour […] je le dis aussi de la douleur : lorsque l’âme contemple l’ineffable douleur de Dieu et homme Jésus Christ, elle souffre d’autant et se transforme en douleur » (ibid., p. 190-191). Se fondre, se transformer dans l’amour et dans les souffrances du Christ crucifié, s’identifier avec Lui. La conversion d’Angèle, qui commença avec la confession de 1285, n’arrivera à maturité que lorsque le pardon de Dieu apparaîtra à son âme comme le don gratuit d’amour du Père, source d’amour : « Il n’y a personne qui ne puisse avancer d’excuses — affirme-t-elle — parce quiconque peut aimer Dieu, et il ne demande rien d’autre à l’âme que de l’aimer, parce qu’il l’aime et il est son amour » (ibid., p. 76).

Dans l’itinéraire spirituel d’Angèle, le passage de la conversion à l’expérience mystique, de ce qui peut être exprimé de l’inexprimable, a lieu à travers le Crucifix. C’est le « Dieu-homme passionné », qui devient son « maître de perfection ». Toute son expérience mystique revient donc à tendre à une parfaite « ressemblance » avec Lui, à travers des purifications et des transformations toujours plus profondes et radicales. Angèle se donne entièrement à cette merveilleuse entreprise, corps et âme, sans s’épargner les pénitences, les épreuves du début à la fin, désirant mourir avec toutes les douleurs souffertes par le Dieu-homme crucifié, pour être transformée totalement en Lui : « O fils de Dieu — recommandait-elle — transformez-vous totalement dans le Dieu-homme passionné, qui vous aima tant qu’Il daigna mourir pour vous d’une mort ignominieuse et avec une douleur totalement ineffable et de manière très pénible et amère. Cela uniquement par amour pour toi, ô homme ! » (ibid., p. 247). Cette identification signifie également vivre ce que Jésus a vécu : la pauvreté, le mépris, la douleur car — comme elle l’affirme — , « à travers la pauvreté temporelle, l’âme trouvera les richesses éternelles ; à travers le mépris et la honte, elle obtiendra l’honneur suprême et la très grande gloire ; à travers la pénitence, faite avec peine et douleur, elle possédera avec une infinie douceur et consolation le Bien Suprême, Dieu éternel » (ibid., p. 293).

De la conversion à l’union mystique avec le Christ crucifié, à l’inexprimable. Un chemin très élevé, dont le secret est la prière constante : « Plus tu prieras — affirme-t-elle — plus tu seras illuminé ; plus tu seras illuminé, plus profondément et intensément tu verras le Bien Suprême, l’Etre suprêmement bon ; plus profondément et intensément tu le verras, plus tu l’aimeras ; plus tu l’aimeras, plus il te délectera ; et plus il te délectera, plus tu le comprendras et tu deviendras capable de le comprendre. Par la suite, tu arriveras à la plénitude de la lumière, car tu comprendras ne pas pouvoir comprendre » (ibid., p. 184).

Chers frères et sœurs, la vie de la bienheureuse Angèle commence par une existence mondaine, assez éloignée de Dieu. Mais ensuite, la rencontre avec la figure de saint François et, finalement, la rencontre avec le Christ crucifié réveille l’âme en raison de la présence de Dieu, du fait que ce n’est qu’avec Dieu que la vie devient vie véritable, car elle devient, dans la douleur pour le péché, amour et joie. La bienheureuse Angèle nous parle ainsi. Aujourd’hui, nous courrons tous le danger de vivre comme si Dieu n’existait pas : il semble si éloigné de la vie actuelle. Mais Dieu a mille façons, une pour chacun, d’être présent dans l’âme, de montrer qu’il existe et me connaît et m’aime. Et la bienheureuse Angèle veut nous rendre attentifs à ces signes avec lesquels le Seigneur touche notre âme, attentifs à la présence de Dieu, pour apprendre ainsi la vie vers Dieu et avec Dieu, dans la communion avec le Christ crucifié. Prions le Seigneur afin qu’il nous rende attentif aux signes de sa présence, qu’il nous enseigne à vivre réellement. Merci.

60pxemblemofthepapacysesvg dans Nos amis les Saints

Voir > ici le texte admirable de Sainte Angèle de Foligno intitulé « Les voies de la délivrance » ; ou bien > ici le fameux passage où elle entend le Christ lui dire « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée » ;  et encore > ici  »la Croix et la bénédiction », ainsi que le texte d’instruction sur l’oraison donné à ses fils spirituels > ici.

2010-54. Du Bienheureux Urbain V (1310-1370).

Bx Urbain V

Cette année 2010 a marqué le 7ème centenaire de la naissance  (et aussi le 640ème anniversaire de la mort) du Bienheureux Urbain V. Sa fête liturgique se célèbre le 19 décembre et c’est la raison pour laquelle – même si elle est, cette année, occultée par le quatrième dimanche de l’Avent -  nous voulons que ce modeste blogue se fasse l’écho de cet anniversaire.

Né en 1310 au château de Grizac, près de Florac, Guillaume de Grimoard fit à Toulouse et à Montpellier de brillantes études en lettres, sciences, philosophie et droit, entrecoupées de séjours dans la demeure familiale, aux confins des Cévennes et du Gévaudan. Rentré comme simple moine à l’abbaye bénédictine Saint-Victor de Marseille, il fut très vite apprécié comme l’un des meilleurs maîtres de son temps et enseigna le droit à Montpellier, Paris, Avignon et Toulouse. « Une foule de disciples entourait sa chaire pour recueillir avidement la doctrine qui tombait à flots de ses lèvres. »

Il fut ensuite désigné par le Pape Clément VI comme abbé de Saint-Germain d’Auxerre dont il réforma et la règle et l’administration. Envoyé comme légat du Pape en Italie, il revint pour recevoir d’Innocent VI la charge d’abbé de Saint-Victor de Marseille, avant d’être élu Pape à l’unanimité en 1362 alors qu’il n’était ni cardinal ni même évêque.

Ses huit années de pontificat furent très remplies :  il sut se rapprocher de nos frères orthodoxes, ramena dans l’unité de l’Eglise des communautés séparées, envoya un légat à Pékin et fonda le premier évêché de Chine. Courageux réformateur, au coeur d’une époque extrêmement troublée, il astreint les évêques et abbés à résider dans leurs diocèses ou leurs abbayes et obligea ces dernières à revenir à l’observance de leurs règles (il fut en particulier le restaurateur du mont Cassin). Humaniste éclairé, intellectuel de grande envergure et juriste consulté dans toute la chrétienté, il correspondit avec les plus grands esprits de son temps (Pétrarque, Boccace, Sainte Brigitte de Suède…), participa au rayonnement du savoir et de la culture de l’Europe chrétienne tant par ses enseignements que par la création des universités de Genève, Cracovie, Vienne et Pecs (Hongrie) qu’il fonda et dota ; il encouragea de nombreux artistes. Selon son vœu le plus cher il fut le premier pape d’Avignon à revenir à Rome où il se dépensa sans compter à rétablir le prestige de la papauté. En tout cela, il resta un fidèle disciple de Saint Benoît car, homme de Dieu avant tout, il avait gardé l’humilité du moine et couchait revêtu de son habit de bénédictin dans un appentis de planches.

Après sa mort, de nombreuses demandes de canonisation parvinrent à son successeur, Grégoire XI, émanant de souverains et de prélats ; mais le grand schisme d’Occident qui survint bientôt après gela toute procédure et il fallut attendre 1870 pour que le Bienheureux Pape Pie IX  l’élevât aux honneurs des autels.

Madame Claire de Gatellier, qui nous honore de son amitié, nous a autorisés à publier ici l’article où elle fait à la fois la recension de la biographie que Yves Chiron a publiée à l’occasion de ce 7ème centenaire et un rapide compte-rendu du colloque qui s’est déroulé en octobre dernier à Paris à l’initiative de l’Association des Amis du Bienheureux Pape Urbain V ; qu’elle en soit vivement remerciée.

Yves Chiron Urbain V

Urbain V, le bienheureux

par Madame Claire de Gatellier.

Cette fois encore, Yves Chiron ne nous décevra pas. Après ses ouvrages passionnants sur les papes Pie IX, Saint Pie X, Pie XI et Paul VI, cet auteur spécialiste de l’histoire de l’Eglise remonte dans le temps – 7 siècles – puisque son dernier ouvrage concerne un pape encore trop méconnu quoique bienheureux : Urbain V, avant-dernier pape d’Avignon (1310-1370).

Pourquoi parler aujourd’hui d’un pape médiéval ? Il faut lire Yves Chiron pour saisir toute la modernité de ce grand juriste, réformateur et bâtisseur, bénédictin et mécène, diplomate et amoureux de la nature, cet illustre pape bien français a beaucoup à dire aujourd’hui…

Prenons par exemple l’Angleterre. Au lendemain du voyage étonnant de Benoît XVI, magnifique succès malgré les oracles catastrophistes de la plupart des media français, il est intéressant de découvrir qu’un grand archevêque de Cantorbery, Simon de Langham, promu cardinal par Urbain V, s’est ému de voir les deux universités d’Angleterre imprégnées de naturalisme et de pélagianisme et y a porté remède avec le soutien du pape… pour un temps.

Dans cette seconde moitié du XIVe siècle, désorganisé par les deux grandes pestes et par un relâchement général des idées et des mœurs, nous avons là un pape qui, par petites touches obstinées et judicieuses a jeté les bases d’un état pontifical moderne, cherché à élever toujours plus le niveau d’instruction des clercs aussi bien que des laïcs et donné l’exemple d’une vie de moine.

Il était en effet bénédictin. Remarqué pour ses talents de juriste et professeur recherché (il enseigna à Montpellier, Toulouse et Paris) il devint père abbé de la grande abbaye Saint-Victor de Marseille juste avant de devenir pape. Mais toute sa vie, il voulut garder l’habit bénédictin et sa frugalité coutumière est restée celle d’un moine, même à cette cour si brillante qu’était Avignon.

Moine frugal pour lui-même, il n’était pourtant pas austère et s’il se nourrissait de peu et dormait « à la dure », rien n’était trop beau cependant pour les nombreuses églises ou cathédrales qu’il a richement dotées et embellies. Il aimait la nature, les oiseaux et les fleurs comme en témoignent les décorations murales du palais des papes et les vastes jardins qu’il y a fait créer. Mais toujours très pragmatique, concret et charitable, il fit en sorte que ces jardins et « vergers » « contribuent au ravitaillement des cuisines pontificales », Ils servaient aussi à alimenter la « pignotte ». Employant une bonne douzaine de personnes, cette « aumônerie du pape », selon Yves Chiron, s’occupait des largesses pontificales : « 355 repas étaient servis chaque jour » aux pauvres d’Avignon « auxquels s’ajoutaient la distribution quotidienne des petits pains d’un poids moyen de 60 grammes. Entre 6 000 et 10 000 pains étaient distribués chaque jour, parfois jusqu’à 30 000. » C’est aussi à ce pape écologiste que nous devons les jardins du Vatican.

Mais notre pape était aussi un grand réformateur. Réformateur, non pas par grands décrets, et conciles mais par des quantités de micro-décisions personnalisées. Anne-Marie Hayez, archiviste-paléographe, ingénieur au CNRS largement citée par Yves Chiron a dépouillé pas moins de 28 000 lettres d’Urbain V. Correspondances régulières avec tous les rois et empereurs de l’époque, avec les évêques, les pères abbés, les professeurs, les artistes de son temps.

Yves Chiron montre de façon fort intéressante comment, dès le début de son pontificat, Urbain V « a essayé de lutter contre le carriérisme des clercs, le cumul des bénéfices et la non-résidence, source de tant de maux spirituels. » Pour cela, il commença par commander à tous les évêques et archevêques de communiquer à ses services la liste de tous les titulaires de bénéfices. Rappelons qu’un bénéfice était une charge ecclésiastique qui permettait de recevoir des revenus même sans résider là où est cette charge. Puis il opère en trois points : réduire le cumul des bénéfices ; imposer la résidence pour les bénéfices avec « cura animarum », c’est-à-dire charge pastorale, et veiller à ce que les candidats aient les compétences requises. Avec menace d’excommunication s’il le faut…

Si, comme le dit Yves Chiron « la politique bénéficiale d’Urbain V est un premier indicateur de sa volonté de réformer l’Eglise », elle ne s’arrête pas là. Il combat aussi les Vaudois qui, en Provence et en Dauphiné préparaient les voies au protestantisme ; les Fraticelles de Naples et de Pérouse qui abusaient la bonne foi des gens par leur attitude humble et modeste ; les Sociniens de Venise qui croyaient à la parole d’Aristote plus qu’à celle du Christ, mais un Aristote revu par Averroès. Ils enseignaient l’éternité de la matière et le plus grossier panthéisme et persécutèrent Pétrarque ; le frère Denys, qui enseignait la théologie à Paris, fraticelle déguisé qui niait le droit de propriété au nom du Christ, sans parler des hérésies des universités Anglaises évoquées plus haut.

Les ordres religieux furent aussi une préoccupation constante de notre pape bénédictin. Il restaura la vie monastique qui s’était beaucoup relâchée en maints endroits. Citons simplement parmi d’autres, la restauration, au propre et au figuré du Mont Cassin, de Subiaco, la reprise en main des grands ordres dominicains, bénédictins et franciscains, la fondation suscitée et généreusement dotée par Urbain V de nombreux monastères… etc.

Bref ! si l’on veut tout savoir sur le bienheureux pape Urbain V, ses bienfaits dans le monde universitaire, ses missions et tentatives de croisade en Orient, la conversion de l’empereur Jean V Paléologue, son retour à Rome, sa sainteté même, alors il faut vraiment lire le livre. La préface, écrite par Mgr Jacolin, évêque de Mende (diocèse d’origine d’Urbain V) vaudrait à elle seule, s’il en était besoin, la lecture du livre. Résumant parfaitement la vie d’Urbain V en la replaçant dans son époque, elle resitue la vie de l’Eglise en ses fondements : les apôtres et les prophètes.

Pour conclure, citons Yves Chiron : « Sur la longue durée, est remarquable son souci de défendre les droits, spirituels et temporels de l’Eglise. Il n’a pas cherché à plaire aux princes de son temps, il n’a pas sacrifié les intérêts et la liberté de l’Eglise aux exigences des pouvoirs politiques de l’époque. Enfin, sur le plan personnel, « Ce bénédictin fut un des pontifes les plus savants, pieux et intègres de tout le XIVe siècle. »

L’association des Amis du Bienheureux pape Urbain V a commémoré le septième centenaire de sa naissance par un colloque au Collège des Bernardins, à Paris, le 9 octobre dernier. A cette occasion, Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon a souligné qu’à l’heure où l’Europe se cherche une identité, des racines, des raisons d’être, d’agir et d’espérer, Urbain V a beaucoup à dire.

Parvis de la cathédrale de Mende : statue du Bienheureux Urbain V

Statue du Bx Urbain V sur le parvis de la cathédrale de Mende.

Prière pour obtenir des grâces par l’intercession du Bienheureux Urbain V

Seigneur Notre Dieu, nous Vous rendons grâce pour le serviteur que Vous avez placé autrefois à la tête de l’Eglise, le Bienheureux Pape Urbain V, qui a vécu sous la motion de Votre Esprit Saint. Vous l’avez suscité pour qu’il soit le sage réformateur du clergé, qu’il défende les droits et la liberté de l’Eglise et propage l’évangile parmi les nations infidèles.

Faites que sa mission porte du fruit encore aujourd’hui ; nous Vous en supplions, accordez-nous la grâce que nous demandons par son intercession (…), et si telle est Votre volonté, daignez glorifier Votre serviteur par Jésus le Christ Notre-Seigneur,

Ainsi soit-il.

(prière éditée avec la permission de Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon)

Armoiries d'Urbain V

Les personnes qui reçoivent des grâces par l’intermédiaire du bienheureux Pape Urbain V, sont priées de les faire connaître à l’Association des Amis du Bienheureux Pape Urbain V, (www.pape-urbain-v.org) château de Grizac, 48220 Le Pont de Montvert. On lira également avec intérêt le travail effectué par Monsieur Antoine de Rosny, « Urbain V, un pape du Gévaudan », disponible à la Maison de la Lozère, 1 bis rue Hautefeuille, 75006 Paris, ou dans les librairies de la Lozère.

2010-53. De la conclusion de l’année jubilaire du 4ème centenaire de l’Ordre de la Visitation au jour anniversaire du bienheureux trépas de Sainte Jeanne de Chantal.

Le 13 décembre 1641, entre six et sept heures du soir, Sainte Jeanne-Françoise de Chantal rendit son âme à Dieu, après avoir prononcé par trois fois le saint Nom de Jésus. C’était au monastère de la Visitation de Moulins, en Bourbonnais.

Sainte Jeanne-Françoise de Chantal

Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal (par Philippe de Champaigne).

La Sainte Fondatrice était dans sa soixante-dixième année. Elle avait survécu 19 ans à Saint François de Sales et les monastères de l’Ordre qu’ils avaient fondés ensemble, de 13 qu’ils étaient à la mort de « Monsieur de Genève », étaient maintenant au nombre de 87 !

Ce 13 décembre 2010, « dies natalis » (*) de Sainte Jeanne de Chantal, a donc tout naturellement été désigné comme jour de clôture de l’année jubilaire du quatrième centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation qui a commencé le 24 janvier dernier (cf. les articles précédemment publiés à ce sujet ici > www, ici aussi > www, encore ici > www et ici > www).

Si l’année jubilaire s’achève, notre connaissance des enseignements de Saint François de Sales ainsi que de la spiritualité et des grandes figures de l’Ordre de la Visitation ne sauraient en rester là. A l’occasion des divers anniversaires ou des circonstances, nous espérons bien publier sur ce blogue des textes permettant de nouveaux approfondissements.

La seule année 2011 ne marquera pas seulement le trois-cent-soixante-dixième anniversaire de la mort de Sainte Jeanne de Chantal mais aussi, par exemple, a) le trois-cent-cinquantième anniversaire de la mort de Mère Anne-Marguerite Clément – fondatrice du monastère de la Visitation de Melun – qui fut une authentique mystique dont les visions du Coeur de Jésus préparèrent celles dont fut gratifiée Sainte Marguerite-Marie, b) ou bien encore le troisième centenaire de l’entrée au monastère de la Visitation de Marseille d’Anne-Madeleine Rémuzat, autre grande mystique qui joua un rôle très important pour la diffusion du culte du Sacré-Coeur, c) ou encore le cent-soixante-dixième anniversaire de la naissance de Soeur Marie-Marthe Chambon, de la Visitation de Chambéry, choisie par Notre-Seigneur pour faire connaître au monde la  puissance de la dévotion à ses Saintes Plaies… etc.

Mais pour l’heure, afin de marquer la conclusion de l’année jubilaire de la Visitation, je voudrais vous permettre de lire et de méditer la toute dernière lettre de Sainte Jeanne de Chantal, datée du 12 décembre 1641, veille de sa mort.

La sainte fondatrice sait qu’elle est arrivée au bout de ses jours terrestres et elle livre ici, en ces ultimes recommandations à ses filles spirituelles, une sorte de testament spirituel dans lequel passe toute son âme, parvenue à la perfection de l’esprit que Saint François de Sales avait voulu pour les religieuses de la Visitation. On admirera la sérénité qui imprègne cette âme en face de la mort, on remarquera son souci insistant de voir se conserver intactes dans tout l’Ordre l’humilité et la charité fraternelle qui en sont les caractéristiques, ainsi que la parfaite observance des Règles. On notera aussi combien la perspective de l’éternité toute proche ne fait pas perdre à la Mère de Chantal le sens des choses pratiques…

J’ai retranscrit cette dernière lettre de Sainte Jeanne de Chantal directement à partir d’une très ancienne édition (le cliché ci-dessous vous en donne un aperçu), mais pour des raisons évidentes de compréhension, j’ai pensé qu’il était préférable d’adopter l’orthographe et la ponctuation conformes à nos usages actuels.

(*) « dies natalis » : expression latine signifiant « jour de naissance » et employée dans la tradition catholique pour désigner le jour de la mort d’un saint personnage, puisque cette mort marque en réalité le jour de sa naissance dans la vie de gloire et de bonheur éternels au Ciel. 

 * * * * * * *

Dernière lettre de Ste Jeanne de Chantal

Mes très chères et bien aimées filles,

me trouvant sur le lit du trépas nonobstant, et avec un très grand désir de plus penser à chose quelconque, qu’à faire ce passage en la bonté et miséricorde de Dieu, je vous conjure, mes très chères filles, que pour les affaires de l’Institut, l’on ne s’y précipite point, et que personne ne prétende d’y présider ; mais de suivre en cette occasion comme en toutes autres les intentions de notre bienheureux Père, qui a voulu que le Monastère de Nessy (1) fut reconnût pour Mère et matrice de tout l’Institut ; et je vous prie, mes très chères Soeurs, de continuer en cette union, comme vous avez fait jusques ici ; et que ces premiers et principaux Monastères aient toujours soin des petits, et soient prêts autant qu’il leur sera possible de les secourir et assister charitablement… etc.

Je vous prie d’avoir soin de la paix de Dieu entre vous, et de l’union charitable entre les Monastères, bonheur qui vous obtiendra de très grandes grâces de Dieu.

Ayez une très grande fidélité à vos observances, mes chères Soeurs : vous vous êtes obligées par un voeu solennel à garder tout ce qui est de votre Institut, et les Supérieures de les faire garder. Prenez garde, mes très chères filles, de ne pas ajuster vos Règles à vos inclinations, mais de soumettre humblement et fidèlement ces mêmes inclinations à leur obéissance. Gardez la sincérité de coeur en son entier, la simplicité et la pauvreté de vie, et la charité à ne rien dire et faire à vos Soeurs, je dis universellement, que ce que vous voudriez qu’elles disent et fissent pour vous. Voilà tout ce que je vous puis dire, quasi dans l’extrémité de mon mal.

Mes chères filles, avant que finir, il faut que je vous supplie et conjure d’avoir un grand respect, une sainte révérence et une entière confiance pour Madame de Montmorency (2), qui est une âme sainte et que Dieu manie à son gré, et à qui tout l’Institut a des obligations infinies, pour les biens spirituels et temporels qu’elle y fait. Je vous estime heureuse de l’inspiration que Dieu lui a donné, c’est une grâce très grande pour tout l’Ordre, et pour cette Maison en particulier. Elle vit parmi nos Soeurs avec plus d’humilité, bassesse et simplicité, et innocence, qui si c’était une petite paysanne. Rien ne me touche à l’égal de la tendresse où elle est pour mon départ de cette vie. Elle croit que vous la blâmerez de ma mort. Mais, mes chères filles, vous savez que la divine Providence a ordonné de nos jours, et qu’ils n’en eussent pas été plus longs d’un quart d’heure. Ce voyage a été d’un grand bien pour les Maisons où nous avons passé et pour tout l’Institut.

Ne soyez point en peine des lettres que vous m’aurez écrit depuis mon départ de cette vie : elles seront toutes jetées au feu sans être vues (3).

Je me recommande de tout mon coeur à vos plus cordiales prières. J’espère en l’infinie Bonté qu’elle m’assistera en ce passage et qu’elle me donnera part en ses infinies miséricordes et mérites ; et si je ne suis point déçue en mes espérance, je prierai le Bienheureux (4) de vous obtenir l’esprit d’humilité et bassesse, qui seul vous fera conserver cet Institut : c’est tout le bonheur que je vous souhaite et non point de plus grande perfection.

Je demeure de tout mon coeur, en la vie et en la mort, mes très chères et bien-aimées Soeurs, votre très humble et très indigne Soeur et servante en Notre-Seigneur,

A Moulins, ce 12 décembre 1641.

Soeur Jeanne-Françoise Frémiot de la Visitation Sainte-Marie

Dieu soit béni!

Blason de l'ordre de la Visitation

Note 1 : « le Monastère de Nessy » = il s’agit bien sûr d’Annecy et du premier Monastère de l’Ordre.

Note 2 : Madame de Montmorency = Marie-Félice des Ursins (forme francisée de Orsini), était née le 11 novembre 1600 à Florence ; elle était la nièce et la filleule de la Reine Marie de Médicis. Elle épousa le duc Henri II de Montmorency, gouverneur du Languedoc. Elle était remarquable par sa sagesse et sa piété autant que par sa générosité dans les oeuvres de charité. Après l’exécution de son époux (30 octobre 1632), elle fut, par ordre de Richelieu, emprisonnée au château de Moulins pendant deux années. Elle s’installa ensuite au Monastère de la Visitation où elle finit par prendre le voile et où elle mourut en odeur de sainteté le 5 juin 1666. La venue de Sainte Jeanne de Chantal à Moulins était justement en rapport avec le dessein de la duchesse de Montmorency de devenir fille de la Visitation (de là les allusions de la Mère de Chantal qui ne veut pas qu’on impute à la duchesse la responsabilité de sa mort).

Note 3 : la Mère de Chantal veut rassurer ses filles au sujet des lettres confidentielles que celles-ci pourraient lui avoir écrites et qui arriveraient à Moulins après sa mort.

Note 4 : « le Bienheureux » = il s’agit bien évidemment de Saint François de Sales, auquel la Mère de Chantal donne ce titre, mais il ne sera béatifié qu’en 1661.

2010-49. A Rome, l’église du Sacré-Coeur du Suffrage et le « Musée du Purgatoire ».

Novembre,
mois spécialement dédié à la prière pour les âmes du Purgatoire.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au lendemain de la Toussaint, la Sainte Eglise dédie une journée entière de sa liturgie à la commémoraison solennelle des fidèles trépassés, puis, vers la fin du mois, lors du vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte – dimanche dont l’Evangile rapporte de manière saisissante quelques unes des paroles de Notre-Seigneur concernant la fin des temps (Matth. XXIV, 15-35) -, elle va insister sur ce que l’on appelle traditionnellement les fins dernières : la mort, le jugement – particulier et général -, le purgatoire, l’enfer, le paradis, la résurrection. Et ce sera encore le cas dans les premiers dimanches de l’Avent.

Ainsi cette période de la liturgie catholique dans laquelle nous nous trouvons ces jours-ci nous oriente traditionnellement vers des réflexions, des méditations et des approfondissements en rapport avec la fin des temps, la fin de ce monde, la fin de notre propre vie.
« Memento finis » dit le vieil adage latin : souviens-toi de la fin de toute chose, souviens-toi que tu auras une fin, pense que tu mourras… Qu’en sera-t-il de toi après cette vie terrestre ?
La préface de la Messe des morts résume de manière magnifique notre condition d’hommes mortels appelés au salut : « … Si la pensée de la mort inévitable nous attriste, la promesse de l’immortalité à venir nous rend courage. Car pour vos fidèles, Seigneur, la vie n’est pas détruite mais elle est transformée, et lorsque disparaît la demeure de notre séjour terrestre, une habitation éternelle s’offre à nous dans le Ciel ! »

Ce Ciel de gloire, la liturgie nous l’a fait entrevoir et désirer avec la fête de la Toussaint.
Mais le lendemain, jour de la commémoraison solennelle des fidèles trépassés, l’Eglise nous rappelle aussi que pour entrer au Ciel, il ne suffit pas de mourir en ayant simplement été une « brave personne » : la vision de Dieu et la communion intime avec Lui dans la béatitude éternelle ne sont possibles qu’aux âmes totalement purifiées des suites de leurs fautes. Rien de souillé ne peut entrer au Ciel !

Je ne veux pas faire ici un exposé dogmatique complet pour rappeler  ce qu’est la doctrine catholique du Purgatoire (ceux qui le souhaiteraient n’ont qu’à se reporter au catéchisme ou bien > ici) mais, pour étayer et confirmer ce dogme (car il s’agit bien d’un dogme affirmé solennellement par deux conciles en se fondant sur les affirmations de la Sainte Ecriture, et il n’est pas permis à un fidèle catholique de contester cette doctrine sans faire naufrage dans la Foi), je veux aujourd’hui vous entretenir d’un « musée » tout à fait insolite que je ne manque presque jamais de faire visiter aux pèlerins que j’accompagne à Rome.

Le Maître Chat Lully avait déjà eu l’occasion de l’évoquer, au tout début de ce blogue (cf. > ici), mais je veux y revenir de manière plus détaillée aujourd’hui : à Rome, dans un local attenant à la sacristie de l’église du Sacré-Coeur du Suffrage, existe le musée du Purgatoire (en italien le feuillet explicatif porte très exactement ces mots : « piccolo museo del Purgatorio », petit musée du Purgatoire).

Rome, église du Sacré-Coeur du Suffrage (Lungotevere Prati 12)

L’église du Sacré-Coeur du Suffrage, à Rome – Lungotevere Prati, 12.

L’expression musée du Purgatoire ne doit pas faire illusion : il s’agit en fait d’une collection d’objets, exposés dans une unique vitrine qui est installée dans une salle annexe de la sacristie de l’église du Sacré-Coeur du Suffrage. Ces objets gardent le souvenir visible et palpable de signes laissés par des défunts qui se sont manifestés.
En effet, Dieu a parfois permis que des personnes mortes apparaissent pour demander des prières ou des Messes qui leur permettraient de sortir du Purgatoire. Et pour attester de la réalité de leur apparition, ces défunts ont laissé des traces de brûlures sur des meubles, du linge, des livres, comme si ces objets avaient été touchés par des mains en feu

La constitution de ce petit musée du Purgatoire est due à un prêtre français, le Révérend Père Victor Jouët (1839-1912), missionnaire du Sacré-Coeur d’Issoudun.
Nommé à Rome, il achète en 1893 un terrain pour y construire une église dédiée au Sacré-Coeur de Jésus. Les travaux commencés en 1894 dureront jusqu’en 1917, mais en attendant qu’elle soit achevée le culte est célébré dans un édifice provisoire.
Le 15 septembre 1897, un incendie éclate dans cette église provisoire : on parvient à le circonscrire mais, sur la paroi voisine de l’autel de la Madone du Rosaire, les flammes et la fumée semblent avoir dessiné un visage humain souffrant. 

Trace laissée par l'incendie du 15 septembre 1897 à l'autel de la Madone dans l'église du Sacré Coeur du Suffrage

Le Père Jouët fut impressionné par ce phénomène et y il vit un signe : à travers cet incendie, qui n’avait pas commis de gros dégâts mais avait laissé cette trace, n’y aurait-il pas une indication providentielle?
Il réfléchit, pria, demanda conseil, fit des recherches…  Il arriva à la conviction qu’il y avait eu là une manifestation d’ordre préternaturel : ce visage dessiné par les flammes était celui d’un défunt qui demandait des prières, des suffrages, pour être délivré du Purgatoire et entrer au Ciel. L’église serait donc bien dédiée au Sacré-Coeur de Jésus, oui, mais on y prierait spécialement le Coeur de Jésus à l’intention des fidèles défunts, d’où ce nom particulier d’église du Sacré-Coeur du Suffrage.

Dans des recherches, qui durèrent plusieurs années, le Révérend Père Jouët recueillit des témoignages sur les manifestations des âmes du Purgatoire et des objets qui en gardent la trace.
Le 4 août 1905, au Vatican, il présenta au Pape Saint Pie X cette singulière collection. Le saint Pontife lui accorda beaucoup d’attention, manifesta sa satisfaction et approuva que ces objets soient dorénavant exposés, pour que les fidèles soient confortés dans la Foi catholique au sujet des fins dernières.

Bien qu’il soit assez malaisé d’obtenir des clichés satisfaisants, en raison de la manière dont la pièce est éclairée et des reflets que les vitres de protection occasionnent, je vous propose maintenant de voir quelques uns de ces objets…

(cliquer sur les photos pour les voir en plus grande taille)

Vitrine où sont exposées les diverses pièces portant les marques de feu des manifestations des âmes du Purgatoire

Aperçu de la vitrine d’exposition du « piccolo museo »

5 mars 1871 empreintes de doigts de feu sur la couverture d'un livre

Objet N°2 : On voit sur le bas de la couverture de cet ouvrage une empreinte de trois doigts. Elle fut laissée le dimanche 5 mars 1871 sur le livre de prières de Maria Zaganti par son amie Palmira Rastelli qui était décédée le 28 décembre 1870. Palmira était la soeur du curé de cette paroisse (S. Andrea del Poggio Berni – Rimini) et elle apparaissait à son amie Maria pour qu’elle demande au prêtre de célébrer des messes de suffrage pour sa soeur.

apparition du 21 juin 1789, brûlure sur une manche de chemise

Objet N°5 : A Wodecq (Belgique), dans la nuit du 21 juin 1789, la dame Leleux, qui était décédée depuis 27 ans, apparut à son fils Joseph et lui rappela qu’il devait faire célébrer des Messes de suffrage à son intention : les honoraires des Messes avaient été donnés par le père Leleux, mais Joseph avait négligé de les faire célébrer. Elle lui reprocha aussi sa vie dissipée et l’exhorta à changer de conduite. Pour vaincre son incrédulité, elle posa sa main sur la manche de sa chemise et y laissa cette empreinte très visible. Joseph Leleux se convertit et, après avoir fondé une congrégation religieuse, mourut en odeur de sainteté en 1825.

empreintes laissées le 1er novembre 1731 sur une table de bois

Objet N°7 a : Empreintes d’une main gauche et d’une croix « pyrogravées » sur la tablette de bois faisant fonction d’écritoire, de la vénérable Isabella Fornari, abbesse des Clarisses de Todi. Elles furent laissées le 1er novembre 1731 par l’apparition du Révérend Père Panzini, abbé olivétain de Mantoue. Ce même moine laissa une autre empreinte, de la main droite, sur la tunique de la sainte moniale: c’est l’objet N°7 b photographié ci dessous.

empreinte laissée le 1er novembre 1731 sur la manche d'une chemise

Au terme de cet aperçu, je ne peux faire mieux, en conclusion – et en réaction à toutes les erreurs couramment répandues aujourd’hui -, que de recopier dans son intégralité le §211 de l’ « Abrégé du catéchisme de l’Eglise catholique » :

« En vertu de la communion des saints, les fidèles qui sont encore en pèlerinage sur la terre peuvent aider les âmes du Purgatoire, en offrant pour elles des prières de suffrage, en particulier le sacrifice eucharistique, mais aussi des aumônes, des indulgences et des oeuvres de pénitence. »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

* * * * * * *

On trouvera > ici, une prière à la Vierge de Compassion à l’intention des âmes du Purgatoire.

2010-48. Où Lully reparle de ses précédentes publications relatives à la franc-maçonnerie et aborde la question de son infiltration dans l’Eglise.

Vendredi 19 novembre 2010.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En complément aux textes que j’ai publiés ces derniers jours (c’est-à-dire la note du Cardinal Ratzinger consécutive à la parution du Code de Droit Canonique en 1983 > ici, et le texte que j’ai dû diviser en deux parties > ici & ici pour expliciter les raisons de l’impossible conciliation entre le catholicisme et la maçonnerie), mais aujourd’hui sur un mode un peu plus ironique, je voudrais vous montrer une petite bande dessinée sans prétention que Frère Maximilien-Marie avait réalisée il y a presque dix ans et que j’ai trouvée en fouillant dans ses affaires…

2010-48. Où Lully reparle de ses précédentes publications relatives à la franc-maçonnerie et aborde la question de son infiltration dans l'Eglise. dans Bandes dessinées cabochat.vignette

Avant cela, je dois néanmoins préciser que, au Mesnil-Marie, nous ne sommes pas dans l’excès de ceux qui voient des francs-maçons prêts à « bouffer du curé » à tous les coins de rue ou derrière chaque arbre, même si nous savons qu’ils sont très influents – jusqu’à constituer une sorte d’ « Etat dans l’Etat » – et que leurs effectifs ont considérablement augmenté pendant toute la seconde moitié du XXème siècle (on peut estimer qu’il y a environ 140 000 adhérents à la maçonnerie actuellement en France, toutes obédiences confondues).

Nous sommes seulement réalistes, sachant qu’ils s’efforcent de tenir des postes clefs ou d’avoir une influence prépondérante dans tous les domaines d’activité les plus importants : tous les partis politiques, les syndicats, la magistrature, l’armée, l’administration, le ministère de l’ « éducation nationale », les médias, les milieux financiers, les O.N.G. … etc.

Nous avons aussi conscience que tous les francs-maçons ne sont pas personnellement pénétrés d’intentions malveillantes contre l’Eglise et contre la Foi : il y a parmi eux des personnes qui sont sincèrement animées de sentiments philanthropiques et qui sont même dans une authentique quête spirituelle ; il y en a beaucoup (surtout dans les grades inférieurs) qui ne voient pas autre chose que la recherche d’un progrès de l’humanité et qui, très certainement, à la lecture du résumé systématique que j’ai publié, pourraient se montrer surpris ou choqués qu’on attribue de telles convictions de fond à la maçonnerie… Mais, redisons-le, sincérité n’est pas vérité!

Ce qui rend la question de la maçonnerie si complexe, c’est bien justement qu’il n’y a pas de profession de foi maçonnique universelle et clairement publiée : dans un cadre général qui demeure particulièrement opaque, malgré tout ce qu’on peut tenter pour le clarifier, il y a une multitude de « nuances » et d’ « options », d’attitudes et de déclarations, dans lesquelles, selon l’expression familière, « on trouve à boire et à manger »! Cependant, ce qui demeure fondamental dans la franc-maçonnerie, c’est son anti-dogmatisme absolu et sa croyance en une « vérité » fluctuante et évolutive qui est le fait du choix de l’homme et non la référence à un ordre révélé immuable. De là découlent tous les points d’opposition avec la Foi chrétienne et avec l’Eglise catholique que j’ai précédemment explicités.

Ce n’est pas pour rien que l’un des synonymes de franc-maçon est « libre-penseur ». Ce que la maçonnerie revendique, en définitive, c’est une absolue indépendance de l’homme, dont la réflexion et la pensée n’acceptent pas d’être soumises à un ordre extérieur à lui-même, fut-il révélé par Dieu.

Selon l’enseignement philosophique le plus rigoureux, dire : « Dieu existe », ce n’est pas faire un acte de foi, c’est seulement faire un acte naturel d’intelligence, car l’existence d’un Etre supérieur, spirituel, créateur du monde, est accessible au seul raisonnement dans une recherche intellectuelle strictement logique (c’est pour cela que l’athéisme, sur le simple plan naturel déjà, est une monstruosité). La Foi, est autre chose : la Foi, c’est l’adhésion à Dieu qui se révèle. La démarche spécifique de la Foi, c’est l’acceptation par l’homme d’une réalité qui est au-delà de ce que son intelligence naturelle peut lui faire connaître, et qui lui est communiquée par Dieu Lui-même.

L’Eglise donc a été voulue et instituée par Notre-Seigneur pour que, à la suite des Saints Apôtres, elle transmette cette Révélation définitive que Dieu a faite de Lui-même ; l’Eglise a été créée pour que – par l’évangélisation et les sacrements – elle amène les hommes à l’obéissance de la Foi (cf. Actes VI,7) et pour que, par la Foi, elle leur ouvre l’accès à la Vie éternelle. On peut donc dire que la démarche chrétienne est essentiellement une réponse d’acceptation de l’homme à l’initiative de Dieu : un Dieu qui est venu à sa rencontre en Se révélant Lui-même et qui a comblé, par cette Révélation, l’abîme sinon infranchissable que son  incapacité naturelle et son péché laissaient entre lui et Dieu.

Au contraire, l’attitude qui m’apparaît finalement fondamentale dans la maçonnerie, c’est un refus plus ou moins explicite de la révélation chrétienne, un refus plus ou moins explicite de cette obéissance de la Foi, au profit d’une attitude où c’est l’intelligence de l’homme en recherche qui a la seule initiative, qui exerce elle seule le contrôle.

9782706705175 évêques dans Chronique de Lully

Quant aux « infiltrations maçonniques dans l’Eglise », je ne veux ni les minimiser ni les majorer. Comme je le faisais remarquer dans la note conclusive de mon étude (cf. > ici), c’est une évidence qui n’a pas besoin d’être démontrée que beaucoup de catholiques – comme la plupart de nos contemporains – ont aujourd’hui admis les thèses relativistes, pour le dogme comme pour la morale, qui découlent des convictions maçonniques.  C’est justement l’une des grandes victoires de la franc-maçonnerie, à la suite d’un important travail de sape de l’influence catholique et par une mainmise de plus en plus forte sur tout ce qui peut influencer le jugement des hommes, d’avoir réussi que ses idées soient devenues quasi générales dans la société occidentale, sans que les citoyens « de base » en aient conscience.

L’Eglise n’a pas échappé à cette influence. La crise spirituelle, dogmatique et institutionnelle, qui affecte et fragilise l’Eglise catholique depuis plusieurs décennies a évidemment contribué à cette pénétration des idées maçonniques dans les consciences des fidèles. Que des prêtres, insuffisamment formés ou profondément déformés par les « recyclages » post-conciliaires, professent des idées relativistes ou modernistes très proches de celles de la maçonnerie, ce n’est pas à démontrer. Cela signifie-t-il nécessairement qu’ils sont membres de la maçonnerie? Non pas. Que de ces prêtres pervertis par les idées modernistes, certains soient devenus évêques, c’est certain. Cela signifie-t-il que tous ces évêques fréquentent les loges? Rien de moins certain.

Un jour, au terme de l’une de ses conférences, Frère Maximilien-Marie s’est fermement opposé à l’intervention d’une de ses auditrices qui affirmait avec véhémence : « Tous les évêques français sont francs-maçons! ». Qu’il y en ait quelques uns, on ne peut le nier : il y a bien eu un Judas dans le collège apostolique, il serait téméraire de prétendre qu’il n’a pas eu une sorte de « descendance spirituelle » aujourd’hui, comme il y en a eu à toutes les époques, hélas!… Mais, encore une fois, c’est une bien plus grande victoire de la maçonnerie d’avoir réussi à dominer toutes les sociétés contemporaines – et l’Eglise en est une – par une espèce d’imprégnation diffuse d’un grand nombre de ses idées, que si elle était arrivée à faire entrer consciemment tous nos contemporains dans ses loges.

C’est ce qu’a voulu exprimer notre Frère dans cette bande dessinée que je vous annonçais au début de cette chronique. Nombre de prêtres – des évêques même – ont été invités à participer à des « tenues blanches », voire à y donner des conférences : nous ne pourrions que nous en réjouir si ces évêques, avec le zèle et la force de conviction des Saints Apôtres, y étaient allés pour évangéliser en vérité et convertir ; malheureusement, dans la plupart des cas, les maçons n’ont entendu de leur bouche que des platitudes consensuelles et des thèses qui s’approchaient des leurs. Les évêques français actuellement en exercice qui ont publiquement et sans ambiguïté rappelé l’enseignement et la discipline de l’Eglise sur la franc-maçonnerie se comptent sur les doigts d’une seule main. Rien d’étonnant dès lors à ce qu’une telle confusion continue de régner dans l’Eglise et dans la société…

Lully.                     

 * * * * *

concurrence1 franc-maçon dans Commentaires d'actualité & humeurs

2010-47 b. Pourquoi catholicisme et maçonnerie sont incompatibles (2ème partie).

Dans notre approche essayant de clarifier l’antagonisme qui existe entre l’Eglise et la franc-maçonnerie nous avons pu, dans une première partie (cf. ici), présenter les origines de l’une et de l’autre, ce qui explique déjà un certain nombre de choses. Attachons-nous maintenant à relever les points essentiels qui font que l’Eglise catholique considère les principes de la maçonnerie incompatibles avec sa Foi.

* * *

III. Ce qui oppose irréductiblement l’Eglise et la maçonnerie :

III a – Opposition sur la conception du salut de l’homme :

1) Pour un chrétien, le Salut est une Personne : c’est Jésus, Fils de Dieu et Dieu Lui-même qui s’est incarné et qui s’est offert en sacrifice pour la Rédemption des hommes. 

En effet, depuis le péché originel, les hommes naissent privés de la grâce de Dieu et ne peuvent entrer dans son Ciel éternel. Le Christ Sauveur, par Sa mort, par Sa résurrection et  par Son ascension, rend aux hommes la possibilité de recevoir la grâce. La grâce est la communication de la Vie divine, elle est une communion surnaturelle et intime avec Dieu. La prière, qui est essentielle à une vie chrétienne authentique, n’est pas une introspection, un retour sur soi, mais elle est un des principaux moyens pour entrer et grandir dans la communion avec Dieu, parce qu’elle est une relation spirituelle avec Lui.

Le salut de l’homme s’accomplit par la poursuite de la sainteté, qui est l’imitation parfaite de Jésus-Christ. Pour cela, il faut vivre dans la Foi (la Foi est l’adhésion à Dieu qui se révèle) et dans la pratique des préceptes enseignés par Jésus, spécialement l’humilité et la charité.

2) Pour la franc-maçonnerie, le « salut » de l’homme est quelque chose de tout à fait différent : d’abord parce que la notion du péché n’existe pratiquement pas pour elle ;  la notion de la grâce – comprise comme une participation à la vie surnaturelle de Dieu Lui-même – n’a pas non plus de réalité pour un maçon, ce qui élimine tout à la fois la notion de rédemption, les sacrements et la prière. Si des maçons utilisent ces termes, ils prennent dans leurs bouches un tout autre sens que le sens précis que leur donne l’Eglise.

La « rédemption » maçonnique consiste essentiellement dans le passage de l’ignorance à l’ « illumination », à travers des initiations successives ; elle ne tend pas à établir l’homme dans une relation intime et amoureuse avec son Créateur et Sauveur, elle ne tend pas à la sainteté. Le « salut » maçonnique réside finalement dans une plus parfaite connaissance de soi et du monde afin de les mieux dominer (cette domination peut tantôt être entendu comme une forme de sagesse supérieure et de détachement, mais elle peut aussi être comprise comme une domination « politique », ce qui ouvre la voie à toutes ces « affaires » dans lesquelles nous savons que des maçons sont impliqués).

Le bien auquel tendent les maçons n’est jamais vraiment précisé, puisque – nous en reparlerons plus loin – la morale n’est jamais quelque chose de stable en référence à des valeurs éternelles ou à des préceptes divins.

Cérémonie d'initiation maçonnique

Rite d’initiation maçonnique : moment où le futur maçon découvre la lumière.

III b – Opposition sur la révélation et sa transmission :

1) Le christianisme est une religion révélée par Dieu lui-même : Dieu, pour amener l’humanité vers son salut, s’est révélé aux patriarches,  spécialement à Abraham, puis à Moïse. La révélation de l’Ancien Testament est une pédagogie qui prépare l’avènement de la plénitude de la révélation, qui est faite en et par Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Nous avons la connaissance du Christ et de son enseignement par les Saintes Ecritures, tout spécialement les Evangiles (qui ont été écrits sous l’inspiration et avec l’assistance du Saint-Esprit par des témoins privilégiés de la vie de Jésus), et par la Tradition vivante et authentique de l’Eglise, laquelle est consignée dans sa liturgie, dans les enseignements des Pères et Docteurs de l’Eglise, des Pontifes et des conciles, dans la vie de ses saints… etc.

Les dogmes du christianisme ne sont pas des inventions humaines, ils sont les vérités que Dieu a fait connaître sur Lui-même et sur son plan de salut. Ces dogmes sont résumés dans le Credo, et l’Eglise a la mission de les conserver purs de toute erreur pour les transmettre dans leur intégrité et leur intégralité.

L’Eglise n’est pas propriétaire des vérités révélées, elle n’en est que l’intendante : c’est pourquoi elle ne peut rien changer au dépôt de la Foi qui lui a été confié, elle ne peut que veiller fidèlement sur sa transmission. Toutefois, avec l’assistance du Saint-Esprit qui lui a été envoyé à la Pentecôte, elle jouit d’une véritable autorité, d’une autorité divine, pour préciser, lorsqu’il y a des doutes ou des contestations, où se trouve la Vérité.

A l’Eglise ont aussi été confiés les sacrements, qui ne sont pas non plus des inventions humaines mais qui ont été institués par Jésus-Christ, afin de communiquer, d’entretenir et de développer la grâce dans l’âme des fidèles. L’Eglise est Mère et Maîtresse – Mater et Magistra – parce qu’elle a été voulue par Dieu pour transmettre la vie surnaturelle et dispenser l’enseignement du Christ Sauveur.

N’en déplaise à Dan Brown, il n’y a pas d’enseignements secrets ni de rites ésotériques cachés dans l’Eglise : sa Foi, ses dogmes, ses sacrements sont clairement exposés et sont accessibles à tous ceux qui veulent connaître la Révélation de Dieu et de son salut en Jésus-Christ ; la Bible, le catéchisme, tous les textes des conciles, des théologiens, des docteurs de l’Eglise et des Pontifes, les encycliques et tous les documents des Papes peuvent très aisément être consultés (même les archives dites « secrètes » du Saint-Siège où chaque jour 40 à 50 chercheurs sont habilités à travailler!); sans parler des cérémonies du culte et des prédications qui sont finalement ouvertes à tous, puisque il n’est pas exigé pour assister à un office religieux ou à un sermon de présenter une carte de membre à l’entrée de l’église!

Sainte Bible

La Parole de Dieu salvatrice est pour tous, elle n’est pas réservée à des « initiés ».

2) La Franc-maçonnerie prône une philosophie humaniste consacrée à la « recherche de la vérité », mais cette vérité n’est jamais totalement accessible. On la recherche sans cesse, on la trouve jamais totalement.

Pour la maçonnerie, il y a une « tradition primordiale », antérieure à l’histoire, qui a été en grande partie déformée et tronquée par les diverses traditions religieuses et n’a été maintenue ou retrouvée que par quelques « initiés » ou « illuminés ».

La maçonnerie nie implicitement tout surnaturel : il n’y a pas d’intervention divine ni de révélation infaillible dans le cours de l’histoire humaine ; il n’y a pas d’histoire sainte, pas de théophanies, pas de miracles, pas d’apparitions, pas de vie de la grâce (au sens théologique que nous avons expliqué ci-dessus). S’il y a un « Grand Architecte de l’Univers » (un être supérieur et spirituel qui a ordonné le monde), il n’intervient toutefois pas dans ce monde, sinon par des « illuminations » accordées à quelques rares initiés.

La franc-maçonnerie exclue le fait que Dieu prenne l’initiative de se faire connaître dans des Livres Saints inspirés et sans erreurs (il n’y a que des récits mythiques exprimant de manière symbolique et non réelle une approche parmi d’autres de la vérité) puis en Jésus-Christ, qui ne peut être la plénitude personnelle d’une révélation définitive. Dans le meilleur des cas Jésus n’était qu’un homme parvenu à un degré élevé de sagesse par l’ « illumination », mais l’Eglise romaine a pour ainsi dire séquestré son véritable enseignement et empêche les hommes d’y avoir accès.

En conséquence de tout cela, la maçonnerie rejette tout dogme et soutient le relativisme : a) relativisme religieux qui met toutes les religions sur le même plan puisque aucune ne peut prétendre avoir été instituée par un Dieu qui lui aurait transmis toute Sa vérité (mais il faut noter que la maçonnerie s’érige au-dessus de toutes les religions); et b) relativisme moral : pour elle il n’y a aucune règle morale qui soit d’origine divine. La morale est quelque chose de fluctuant, au gré du consensus des sociétés, car la loi  morale n’est en définitive que l’expression d’une règle voulue à une époque donnée par une majorité et établie par la coutume humaine en fonction des temps et des lieux.

La franc-maçonnerie dispense ses enseignements à travers des mythes symboliques plus ou moins mis en valeur selon les obédiences et les « rites ». Citons par exemple le mythe d’Hiram (architecte du temple de Salomon qui aurait été assassiné par trois mauvais compagnons), le mythe d’Hermès et de la table d’émeraude, le mythe de rites initiatiques qui remonteraient à l’antiquité égyptienne, le mythe d’une « tradition johannique » (Saint Jean l’Evangéliste aurait été le dépositaire d’un enseignement secret de Jésus qui aurait été confié à des ordres initiatiques successifs en passant par les Templiers)… etc. Tous ces mythes n’ont aucun  fondement historique ; aucun scientifique sérieux ne peut apporter en leur faveur l’ombre d’un commencement de preuve, mais cela ne contribue pas peu à « exciter »  tous les nombreux amateurs d’ésotérisme et de « mystères ». Ces mythes sont également exploités par des romanciers puis par des scénaristes (citons par exemple Christian Jacq ou Dan Brown) pour diffuser une image attrayante de la maçonnerie et discréditer la Foi chrétienne et l’Eglise.

Hiram

Hiram

Ces mythes servent donc de supports pour dispenser une formation ésotérique, des enseignements secrets qui sont progressivement donnés aux initiés selon leur grade, afin de leur révéler les mystères de « La Connaissance » (cette connaissance que les horribles dignitaires du catholicisme leur tiendraient cachés!!!). Tous les rituels font en effet miroiter aux yeux des initiés la découverte de cette prétendue « tradition primordiale » et d’une « Lumière » mystérieuse qui, dans le meilleur des cas, est celle d’une meilleure connaissance psychologique de l’initié par lui-même, mais nullement la lumière de gloire de Jésus transfiguré sur le Mont Thabor ou ressuscité au matin de Pâques.

On le voit, la franc-maçonnerie, tout en se réclamant d’idéaux et de pratiques démocratiques, fonctionne en réalité selon un élitisme impitoyable : ses systèmes de cooptation, d’initiations et de grades, ainsi que la coexistence de plusieurs structures parallèles et opaques, établissent les hommes dans de véritables castes où le « salut » n’est pas accessible à tous ni de la même manière!

III c – Opposition sur la conception même de Dieu :

1) Pour le chrétien, Dieu est un être personnel, avec lequel il est possible d’entretenir une relation d’amour : c’est tout le mystère de la grâce (participation à la vie divine) dont nous avons déjà parlé. La Foi chrétienne, selon les paroles mêmes de Notre-Seigneur Jésus-Christ, croit en un Dieu qui est unique dans sa nature mais en même temps Trinité de Personnes. La vie chrétienne, par la prière et les sacrements, consiste à être « greffé » sur Jésus-Christ, deuxième Personne de la Sainte Trinité incarnée, pour être associé au mouvement même de la vie intime de Dieu : Par Lui, avec Lui et en Lui, rendre au Père tout honneur et toute gloire, dans l’unité du Saint-Esprit.

2) Pour un franc-maçon, Dieu est une entité totalement abstraite : il est le Créateur, certes, le « Grand Architecte de l’Univers » (GADLU), ou encore le « maître horloger » comme le nomme le pasteur Désaguliers et l’appellera aussi plus tard Voltaire : mais ce Dieu n’intervient pas dans les affaires des hommes et il n’est pas question d’avoir une relation intime avec Lui.

La « trinité » maçonnique, dont il est parfois question dans certains écrits, n’est qu’une méthode dialectique, inspirée par la philosophie d’Hegel, selon laquelle l’homme s’efforce de résoudre les contradictions et de ramener les choses à l’unité en faisant intervenir thèse, antithèse et synthèse.

Hiram

 

III d – Opposition sur les fins dernières de l’homme :

1) Pour le christianisme, l’homme est appelé à la vie éternelle, accordée par grâce. Cette vie éternelle sera une adoration et une louange sans fin, dans un face à face amoureux avec le Seigneur et dans une plénitude d’être parce que les corps eux-mêmes, ressuscités et devenus semblables au corps glorifié de Jésus-Christ, seront associés à cette béatitude. Mais pour ceux qui, par un choix libre et volontaire, auront refusé l’amour de Dieu, l’éternité se passera dans les tourments et la haine, en enfer.

L’Eglise ne cesse donc, puisque l’enjeu est éternel, d’avertir ses enfants pour les prémunir contre le péché qui peut les entraîner en enfer, et elle veut leur donner à tout moment – spécialement au moyen des sacrements – les forces spirituelles surnaturelles pour éviter le mal et pratiquer le bien. En outre, l’Eglise dans sa maternelle sollicitude accompagne ses enfants de prières particulièrement ferventes – des suffrages – dans leur dernier passage et dans les ultimes purifications des conséquences de leurs fautes, qui peuvent être encore nécessaires avant d’entrer dans la vision de Dieu.

2) Dans la franc-maçonnerie, ceux qui ne sont pas totalement matérialistes et qui croient à une forme de survie de l’esprit, considèrent parfois la mort comme le « passage à l’Orient éternel », mais ils ne donnent ni définition ni description de ce que peut-être leur au-delà.

Les francs-maçons manifestent certes une forme de respect pour leurs défunts, qui s’exprime en « hommages » et en « minutes de silence », mais pas en prières. Certains maçons s’engagent solennellement à refuser les sacrements de l’Eglise qui pourraient leur donner le pardon de leurs fautes et la paix de l’âme dans le moment de leur agonie, et  ils font parfois promettre à leurs amis de veiller à ce qu’au moment de leur mort aucun prêtre ne puisse s’approcher d’eux !

Tombe maçonnique

Monument funéraire maçonnique, sans crucifix bien sûr.

III e – Opposition en ce qui concerne la relation avec les autres religions :

1) Pour l’Eglise catholique, on doit le respect aux personnes qui appartiennent aux autres religions, on ne doit pas forcer les consciences qui n’ont pas encore été éclairées par l’Esprit Saint, mais on ne doit pas non plus trahir le commandement de Notre-Seigneur ordonnant à ses disciples de proclamer l’Evangile à toute la création, d’enseigner et de baptiser : Dieu en effet voudrait que tous les hommes parviennent à la connaissance de la pleine Vérité en Jésus-Christ et qu’ils obtiennent par Lui la vie éternelle. L’Eglise prie pour les infidèles et espère leur conversion.

Le respect de la conscience d’autrui se conjugue donc pour l’Eglise avec le devoir d’évangéliser qui lui a été donné par Jésus avant de monter au Ciel. La tolérance envers les convictions religieuses de ceux qui n’ont pas encore adhéré à la Foi, ne peut ni ne doit être comprise comme la reconnaissance que toutes les religions sont égales, sinon cela reviendrait à dire que l’incarnation, les enseignements, la mort rédemptrice, la résurrection et l’ascension de Notre-Seigneur, puis l’envoi de l’Esprit-saint et la fondation de l’Eglise ne sont que des « options », n’étaient pas absolument nécessaires !

Envoi en mission

« Allez donc enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur enseignant à pratiquer tout ce que Je vous ai commandé. » (Matth. 28, 19-20)

2) Pour la franc-maçonnerie, nous avons déjà eu l’occasion de le dire, toutes les croyances et philosophies sont des traditions humaines qui ont des aspects respectables mais aucune ne peut prétendre être une religion révélée ayant reçu la Vérité divine en dépôt. La maçonnerie considère qu’elle est une voie supérieure à toutes les religions  en raison de son caractère initiatique et de sa prétention à pouvoir conduire ses initiés à « La Connaissance ».

On trouve aussi dans la maçonnerie un goût prononcé pour le syncrétisme, c’est-à-dire la combinaison de différentes doctrines spirituelles et de diverses traditions religieuses dont, par la dialectique, on doit dépasser les contradictions et parvenir à les « relire » comme des mythes exprimant tous, selon des registres différents, une part de la « lumière » maçonnique. La maçonnerie encourage donc de diverses manières un faux oecuménisme, qui n’est que la subversion de la vraie Foi et l’affadissement du sel de la terre !  

III f – Opposition pour ce qui concerne les moeurs et la morale :

1) Pour l’Eglise catholique, bien évidemment, les moeurs et la morale doivent être l’application des commandements de Dieu et des préceptes évangéliques : l’Eglise n’est pas gênée par la sexualité, mais elle enseigne que le corps et les sens doivent rester soumis à la loi morale et être de bons serviteurs de l’esprit qui leur est supérieur. La sexualité est bonne, parce qu’elle voulue par Dieu, mais elle doit rester dans le cadre des préceptes divins qui ne font qu’exprimer et préciser ce qui est conforme à la nature humaine (6ème et 9ème préceptes du Décalogue).  Ainsi la morale sexuelle et conjugale de l’Eglise n’est pas « négative » mais elle est authentiquement « positive » puisqu’elle éduque au véritable amour, qui est essentiellement un don généreux de tout l’être, affranchi de l’esclavage d’une concupiscence égoïste.

2) Pour la franc-maçonnerie, redisons-le, c’est la sincérité (et non pas la vérité) qui est la norme de la conduite morale.  Elle en arrive ainsi à approuver toutes les moeurs, à partir du moment où ce sont des personnes libres et consentantes qui ont décidé de leurs comportements, et du moment qu’elles ne portent pas atteinte au consensus sociétal.

Dans le meilleur des cas, cela se concrétise par une forme d’épicurisme, sinon c’est la porte ouverte à l’hédonisme.

La franc-maçonnerie a élaboré, proposé et promu toutes les lois favorisant le divorce, la contraception, l’avortement, le PACS, les manipulations embryonnaires et, bientôt, la dépénalisation des drogues dites douces, ainsi que la légalisation de l’euthanasie. « C’est tout le concept de famille qui en train de basculer », selon ce qu’avait écrit en 1979 le Docteur Pierre Simon, qui fut grand maître de la Grande Loge de France (in « De la vie avant toute chose » éd. Mazarine).

* * * * *

Toutes obédiences confondues, en définitive, ce que la franc-maçonnerie professe c’est une absolue indépendance de l’homme vis-à-vis de Dieu et la négation d’un ordre surnaturel  qui dicterait la conduite de l’homme ici-bas.

En écrivant ceci, je ne peux m’empêcher de penser aussitôt à ce que notre glorieux Père Saint Augustin décrit de manière magistrale : « Deux amours ont bâti deux cités. L’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la Cité céleste. » La Franc-maçonnerie est-elle autre chose que cette entreprise d’édification de la cité terrestre dans l’indépendance totale – jusqu’à la négation – du Dieu qui s’est révélé, qui s’est incarné, qui s’est offert en sacrifice, qui est ressuscité et qui a ouvert pour ceux qui croient en Lui et vivent dans l’amoureuse soumission à sa Loi un Royaume éternel de charité ?

Enlèvement des Crucifix des écoles par la force armée

Note finale : Au terme de ce qui n’est qu’un résumé, une constatation s’impose : en lisant les thèses maçonniques, on se rend compte à quel point elles sont largement répandues dans la société occidentale contemporaine. Même les non maçons dans leur grande majorité admettent désormais l’une ou l’autre des idées de la maçonnerie au sujet de Dieu, de la révélation, de tel ou tel point de la foi chrétienne, de l’Eglise, des moeurs …etc. Beaucoup de ces conceptions maçonniques ont réussi à pénétrer dans l’Eglise, puisque de nombreux catholiques « modernes » se reconnaissent davantage en elles plutôt que dans la foi traditionnelle de l’Eglise.

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs, Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 17 novembre, 2010 |Commentaires fermés

2010-47 a. Pourquoi catholicisme et maçonnerie sont incompatibles (1ère partie).

Ma précédente publication (cf. > ici) n’était que le bref rappel des condamnations romaines de la franc-maçonnerie. En complément, et pour montrer que ce jugement de l’Eglise est raisonnablement fondé, il m’apparaît important d’exposer maintenant les motifs pour lesquels  « le jugement négatif de l’Eglise sur la franc-maçonnerie demeure inchangé« .

Je vais donc m’attacher à résumer (car en vérité il me faudrait écrire des livres entiers si je voulais être rigoureusement précis) d’une manière aussi claire que possible les principaux points qui font qu’on ne peut être en même temps catholique et franc-maçon.

Il va de soi que je me place ici dans la logique de la Foi de l’Eglise, puisque il s’agit d’exposer les principes qui, à ses yeux, fondent une irréductible incompatibilité entre l’appartenance à l’Eglise et l’adhésion à la maçonnerie. Ceux qui ne partagent pas cette Foi catholique pourront donc ne pas comprendre et ne pas adhérer à cette argumentation, c’est évident.

* * *

I. La franc-maçonnerie, nébuleuse complexe de structures parallèles.

Mais tout d’abord, une première question s’impose : peut-on définir ce qu’est la franc-maçonnerie?

Officiellement, la franc-maçonnerie est une association philosophique et philanthropique qui, dans sa forme actuelle (qu’on appelle la « maçonnerie spéculative »), a été fondée à Londres au début du XVIII° siècle (officiellement, le 24 juin 1717).

Les groupes de base qui réunissent les francs-maçons sont appelés « loges » ou « ateliers ». Chaque loge porte un nom spécifique et se réunit dans un « temple maçonnique ». On donne le nom d’ « obédiences » à des fédérations de loges : ces fédérations sont établies selon des affinités, des proximités de sensibilités et d’esprit. Les obédiences sont nationales : elles sont constituées dans le cadre géographique d’un état. Je ne veux pas m’attarder ici sur ce que j’appelle le « folklore » maçonnique (costumes, symboles, décoration des temples, rites observés dans les réunions… etc) : tout ceci est finalement très accessoire et risquerait de cacher le fond du problème sous un fatras de détails qui n’apportent pas grand chose.

2010-47 a. Pourquoi catholicisme et maçonnerie sont incompatibles (1ère partie). dans Commentaires d'actualité & humeurs tabxixmaitrefs

Symboles maçonniques sur un tablier de « maître » du XIXème siècle.

Jusqu’ici tout peut sembler assez simple, mais en réalité tout devient beaucoup plus compliqué dès que l’on comprend qu’au sein d’une même obédience, voire d’une même loge, il existe plusieurs structures parallèles, parfois bien difficiles à distinguer.

En effet, à côté de structures rituelles et institutionnelles démocratiques qui permettent l’élection des responsables officiels et font l’objet de déclarations publiques (parce que les loges sont des associations déclarées selon la loi de 1901), il existe aussi  d’autres hiérarchies. On trouve ainsi des structures initiatiques avec des niveaux hermétiquement cloisonnés : le recrutement s’y fait par cooptation et la gestion en est absolument opaque aux profanes. Et il existe également des structures qui n’ont aucun statut officiel :  il y a en particulier les « fraternelles » qui regroupent des maçons d’obédiences différentes (lesquels peuvent en public se montrer ennemis voire s’invectiver de manière violente!), réunis par des affinités professionnelles, personnelles ou d’intérêt divers. C’est le terreau idéal du clientélisme, des compromissions et  des affaires de corruption. Ajoutons enfin qu’il existe des « clubs » ou des « cercles », des « O.N.G », des sociétés de bienfaisance ou des associations caritatives  qui, en dehors de l’organisation maçonnique à strictement parler, sont néanmoins aussi des lieux de regroupement d’intérêt ou d’exercice d’influence maçonnique.

* * *

II. Les origines de l’Eglise et celles de la franc-maçonnerie.

II a – Origine de l’Eglise.

« L’Eglise a son commencement et son achèvement dans le dessein éternel de Dieu. Elle a été préparée dans l’Ancienne Alliance par l’élection d’Israël, signe du rassemblement futur de toutes les nations. Fondée sur la parole et sur l’action de Jésus-Christ, elle s’est accomplie surtout par Sa mort rédemptrice et Sa résurrection. Elle s’est manifestée ensuite comme mystère de salut par l’effusion de l’Esprit Saint à la Pentecôte. Elle aura son achèvement à la fin des temps comme assemblée céleste de tous les rachetés » (abrégé du catéchisme de l’Eglise catholique, §149).

Le fidèle qui a véritablement foi aux paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, croit donc que l’Eglise a été fondée par Dieu Lui-même, puisque Jésus est la deuxième Personne de la Sainte Trinité qui s’est incarnée : il est impossible dans le cadre d’un court exposé de rapporter toutes les citations de l’Evangile attestant cette fondation de l’Eglise par le Christ.

Le pouvoir des clefs (Le Pérugin - chapelle Sixtine)

Chapelle Sixtine – Le Pérugin : Le Christ remettant les clefs à Saint Pierre.

L’Eglise est une hiérarchie ; elle a une structure monarchique ; elle est – selon la promesse de Notre-Seigneur – assistée par le Saint-Esprit, troisième Personne de la Sainte-Trinité. La raison d’être de l’Eglise, c’est de perpétuer la mission de salut et de sanctification de Notre-Seigneur Lui-même par la diffusion de l’Evangile et la mise en oeuvre des sacrements : « L’Eglise, c’est Jésus-Christ continué » (Bossuet).

Chacune des affirmations énoncée ci-dessus est théologiquement fondée et je vous renvoie tout simplement au catéchisme et aux traités de théologie si vous voulez les approfondir, car ce n’est pas le lieu ici.

II b – Origine de la franc-maçonnerie.

Les origines de la maçonnerie sont purement humaines : les historiens peuvent montrer qu’elle résulte de la transformation de la « maçonnerie opérative » (celle des bâtisseurs de cathédrales). Les structures des corporations de bâtisseurs demeurèrent : toutefois elles n’ont plus été le cadre de la transmission d’un savoir-faire technique, mais sont devenues celui de cercles de réflexion.

L’acte de naissance de la « maçonnerie spéculative » se place à Londres en 1717 : les pères en sont deux pasteurs, Anderson  (presbytérien) et Désaguliers (anglican), influencés par le physicien Isaac Newton, hérétique notoire, qui – du reste – pratiquait la magie et l’alchimie!

Les constitutions fondatrices, dites constitutions d’Anderson (1723), ne mentionnent Dieu qu’une seule fois, dans une tête de chapitre. Quel est ce « dieu »? On peut légitimement se poser la question puisque, dans ces textes fondateurs, il n’est jamais question de la Sainte Trinité, pas plus que du péché, du Salut, de la Rédemption et de la mission du Saint-Esprit…! On peut de toute évidence en conclure que le « dieu » des maçons n’est pas exactement Celui de la Révélation chrétienne. On relèvera par exemple ces citations « surprenantes » : a) celle d’un “grand commandeur” américain, Albert Pike, qui déclara en juillet 1889 : “Lucifer, le Dieu de la Lumière et le Dieu du Bien, lutte pour l’humanité contre Adonaï, le Dieu de l’obscurité et du mal” (*cf. note en bas de page); b) cette autre, d’Oswald Wirth, grand initié et initiateur, qui a écrit dans le “Livre du compagnon”: “…le Serpent, inspirateur de désobéissance, d’insubordination et de révolte,  fut maudit par les anciens théocrates, alors qu’il était en honneur parmi les initiés”

Scène d'initiation maçonnique au XVIIIème siècle

Gravure du XVIIIème siècle représentant une scène d’initiation maçonnique.

En France, la maçonnerie apparaît dès 1725 : l’un des premiers personnages célèbres à y adhérer est Montesquieu.

Le recrutement de la maçonnerie en France au XVIIIème siècle, se fait essentiellement dans une noblesse et dans une bourgeoisie qui se détachent des idéaux chrétiens traditionnels. Il s’effectue aussi dans certains milieux ecclésiastiques : il est d’ailleurs intéressant de noter que ces ecclésiastiques français qui adhèrent à la maçonnerie sont pour l’essentiel des gallicans, c’est-à-dire partisans de théories qui limitent considérablement l’autorité du Pape sur l’Eglise de France. Au XVIIIème siècle, les gallicans s’associèrent souvent aux jansénistes. Les jansénistes, s’ils sont bien issus de ce courant religieux fervent, professant des thèses théologiques condamnées au sujet de la grâce divine et du salut, sont surtout devenus au XVIIIème siècle une espèce de coterie politique contestataire.

Quoi qu’il en soit, la franc-maçonnerie apparaît comme une résurgence de la gnose. La gnose est une hérésie – ou plus exactement un ensemble de doctrines hérétiques – combattue dès le IIème siècle par Saint Irénée. Cette hérésie se retrouve sous diverses formes dans tous les ordres initiatiques. De manière très générale (parce que là encore cela demanderait de longs développements), on donne le nom de gnose à des théories  philosophico-religieuses plus ou moins complexes qui font consister le perfectionnement de l’homme dans des connaissances, transmises à une élite par des « illuminations » et des « initiations » graduelles.

Lire la suite de l’étude > ici.

* * *

(*) Note:

“Lucifer, le Dieu de la Lumière et le Dieu du Bien, lutte pour l’humanité contre Adonaï, le Dieu de l’obscurité et du mal”. Ce haut gradé maçonnique semble donc professer la croyance en deux divinités opposées : un dieu du bien et un dieu du mal (on retrouve donc ici une forme du manichéisme déjà présent dans certaines religions de l’antiquité et renouvelé par la suite dans le catharisme). Le nom qu’il donne à son « dieu du bien » est celui de Lucifer -  mot qui signifie « porte-lumière »-; dans la Révélation judéo-chrétienne Lucifer est le nom d’un ange (une créature donc et non pas un dieu) qui, par orgueil, se révolte contre les desseins miséricordieux du Seigneur, veut se faire l’égal du Créateur, et en se coupant de la grâce devient le chef des démons. En revanche le nom qu’il donne à son « dieu de l’obscurité et du mal »Adonaï – est le mot hébreu qui signifie « le Seigneur » et par lequel on désigne dans les Saintes Ecritures le Dieu unique, créateur et sauveur. Force est donc de constater que nous avons dans cette citation une espèce de « profession de foi » qui, par une singulière inversion des valeurs, est en opposition absolue avec la Foi de l’Eglise.

C’est ce qui explique qu’en 1996 par exemple, au moment de la visite apostolique du Pape Jean-Paul II à Reims, à l’occasion du 15ème centenaire du baptême de Clovis, nous avons vu des manifestations d’opposition à cette visite conduites par des francs-maçons portant des « bannières » où était figuré Satan terrassant Saint Michel.

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs, Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 17 novembre, 2010 |Commentaires fermés
1...3435363738...41

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi