Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2011-43. Vivre l’instant présent…

Vous connaissez très certainement, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, le poème de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus intitulé « Mon chant d’aujourd’hui ». En voici quatre strophes que j’ai sélectionnées :

Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère 
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit :
Tu le sais, ô mon Dieu ! pour T’aimer sur la terre 
Je n’ai rien qu’aujourd’hui !…

(… ) Que m’importe, Seigneur, si l’avenir est sombre ? 
Te prier pour demain, oh non, je ne le puis !… 
Conserve mon coeur pur, couvre-moi de Ton ombre,
Rien que pour aujourd’hui.

Si je songe à demain, je crains mon inconstance,
Je sens naître en mon coeur la tristesse et l’ennui. 
Mais je veux bien, mon Dieu, l’épreuve, la souffrance 
Rien que pour aujourd’hui.

(…) Près de Ton Coeur divin, j’oublie tout ce qui passe 
Je ne redoute plus les craintes de la nuit 
Ah ! donne-moi, Jésus, dans ce Coeur une place 
Rien que pour aujourd’hui.

Si je pensais à ces vers de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus aujourd’hui, c’est parce qu’en continuant mes explorations des classeurs contenant les dessins de Frère Maximilien-Marie, j’ai trouvé l’une de ses petites « bandes dessinées » qui s’intitule « Au jour le jour » : elle aussi reprend ce thème si important pour l’équilibre de la vie spirituelle : vivre l’instant présent.

C’est aussi ce qu’exprime la sublime prière d’abandon confiant écrite par Madame Elisabeth (ici > www). La pression continue à laquelle le monde d’aujourd’hui et le contexte général de la société soumettent les âmes demandent toutefois qu’on en fasse souvent le rappel…

Quelles que soient les épreuves de cette vie, gardez, chers Amis, gardez confiance et reprenez courage en regardant vers le Coeur de Jésus et Marie et en recevant de Lui la grâce, la force et la consolation « rien que pour aujourd’hui »!

Lully.

Chat studieux

2011-43. Vivre l'instant présent... dans Bandes dessinées aujourlejourbdcopie

Chat studieux

Autres bandes dessinées précédemment publiées sur ce blogue : « Saint Joseph et le placage » (> ici); “Une lettre pour toi” (> ici); “La préférée de Dieu” (> ici); “Concurrence” (> ici); “J’enrage!” (> ici); “Pas meilleur que les autres” (> ici); “Grindsel le séraphin se pose quelques bonnes questions” (> ici); “Comment se forment les perles” ( > ici) … etc.

2011-42. Du « Grand Chanéac » et de la chouannerie dans les Hautes Boutières.

15 mai : anniversaire de la mort du Grand Chanéac.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Si je prononce le mot chouan, je suis certain que le plus grand nombre va spontanément penser à la Bretagne, à la Normandie ou au Maine. Toutefois – et sans que cela leur ôte le moindre mérite – la vérité historique oblige à rappeler que la chouannerie ne fut pas une exclusivité des provinces de l’Ouest de la France.

Chouan

Pour ne parler que du Vivarais où est implantée notre Mesnil-Marie - proche d’autres terres de résistance opiniâtre à la révolution (Velay, Gevaudan, Cévennes, Forez, Lyonnais… etc.) -, il ne faut pas oublier qu’on s’y insurgea contre les mesures des assemblées dites « constituante » puis « législative » bien avant le soulèvement vendéen !

Je ne peux pas faire ici un cours d’histoire détaillé, toutefois chaque 15 mai ramène ici l’anniversaire du rappel à Dieu de l’une des plus éminentes figures emblématiques de la contre-révolution dans ces Hautes-Boutières où nous vivons : le « Grand Chanéac ».
Alors aujourd’hui, j’ai résolu de vous en parler à mon tour.

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Né le 11 décembre 1759 au mas des Sucheyres – sur le territoire de la paroisse de Saint-Andéol de Fourchades -, dans une famille de paysans relativement aisés, Jean-Pierre François Chanéac était donc dans sa trentième année à l’été 1789.

Bel homme, de haute taille, intelligent et instruit, il avait – selon les traditions – envisagé pendant un temps le sacerdoce et fait quelques études pour cela ; il aurait ensuite suivi des cours de médecine, avant de se marier et de prendre la suite de son père comme fermier du « Clapas », l’une des grandes fermes du domaine de Pierre de Julien de Baumes – seigneur de Fourchades, Saint-Martial et Bourlatier -, au point de jonction des vallées des Hautes-Boutières et du haut plateau vivarois.

La ferme et le suc du Clapas (Saint-Martial en Boutières)

La ferme du Clapas,
près de laquelle le « Grand Chanéac » remporta une belle victoire sur le général Boisset, le 21 novembre 1797
(cliquer sur l’image pour la voir en grand).

Si certains des chefs de bande qui tinrent la « montagne » pendant ces années de trouble et d’insécurité eurent des comportements peu exemplaires, si quelques uns se donnèrent le titre de « chouan » bien davantage pour se livrer au brigandage et s’enrichir que mus par un noble idéal, tel n’est pas le cas du « Grand Chanéac ».

C’était un homme animé par une foi vive et éclairée, et il n’est point douteux que ce fut l’un des principaux motifs, sinon le principal motif, de sa résistance.

Dans toute cette contrée, malgré l’exemple déplorable donné par l’évêque de Viviers, Monseigneur Charles de Lafont de Savines – personnage fantasque et tête légère qui fut l’un des quatre évêques d’Ancien Régime à prêter le serment schismatique de la constitution civile du clergé -, les prêtres, très proches de leurs paroissiens et très aimés d’eux, ne prêtèrent le serment qu’avec des restrictions importantes, ce qui le rendait nul et faisait d’eux des « réfractaires », passibles de la prison, de la déportation ou – tout simplement! – de la guillotine.
« Réfractaires », les curés et vicaires de Saint-Andéol de Fourchades, Saint-Martial, Borée, Sainte-Eulalie… etc. restèrent sur place (jamais des prêtres intrus ne purent les remplacer) et continuèrent à régir leurs paroisses, à administrer les sacrements et à célébrer la Sainte Messe dans la clandestinité (voir aussi > ici).
Il serait bien trop long de raconter ici toutes les anecdotes qui existent au sujet de ces prêtres, de leur héroïsme et de leur zèle généreux qui ne faiblit pas pendant près de dix années : en effet la persécution anti-chrétienne ne dura pas seulement pendant ce qu’il est convenu d’appeler la « grande terreur » (du début septembre 1792 à la fin juillet 1794), mais fut régulièrement relancée par des décrets jusqu’au temps de la pacification religieuse opérée par le concordat (1802).

Le « Grand Chanéac » protégeait les bons prêtres et il leur assurait sécurité et subsistance dans les fermes isolées dont il était le propriétaire (les Sucheyres, Gombert… etc.).

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Homme de fidélité, de conviction et d’idéal, on a de bonnes raisons de penser qu’il était en lien avec les principaux chefs de la résistance à la révolution dans un plus vaste périmètre : le comte de La Mothe, le marquis de Surville, Charles et Dominique Allier (frères de l’abbé Claude Allier, prieur de Chambonas, qui avait été l’une des chevilles ouvrières des rassemblements et soulèvements de Jalès).
Malgré les « bleus » et la traque acharnée qu’ils menèrent contre lui, il fut le véritable maître de ces contrées pendant tout le temps de la révolution.

La mémoire populaire a fait du « Grand Chanéac » une véritable figure de légende : sur sa jument noire, nommée « La Vendée », ou dans les cachettes quasi inaccessibles de cette vallée escarpée (proche du Mesnil-Marie) qu’on nomme « le gouffre de l’enfer », avec ses chouans qui lui étaient tout dévoués, avec le soutien massif de la population, il tint les « bleus » en échec pendant plus de dix ans : se dévouant sans compter « Pour Dieu et pour le Roy », il n’hésita pas à dépenser son bien pour la Cause et même à s’endetter lourdement.

Après la révolution, il s’emploiera à rembourser ses débiteurs et ne se prévaudra en rien de ses exploits pour se dérober aux devoirs de l’honnêteté.

Les Sucheyres  (Saint-Andéol de Fourchades)

Ruines du mas des Sucheyres où naquit et mourut le « Grand Chanéac »
et où il cacha de nombreux prêtres pendant la révolution.

Entouré de l’estime générale, le « Grand Chanéac » s’est éteint le 15 mai 1841, au mas des Sucheyres où il était né 81 ans et cinq mois auparavant.
Les traditions locales rapportent que jusqu’en sa vieillesse il dirigeait de sa voix puissante le choeur des chantres de l’église de Saint-Andéol de Fourchades. On raconte aussi qu’on transporta son cercueil vers l’église sur une tombereau traîné par deux boeufs blancs.

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Cent-soixante dix ans après sa disparition, alors que les traditions anciennes commencent à s’estomper et que des esprits malveillants – souvent par parti pris idéologique – ont cherché à ternir sa réputation, le qualifiant de « brigand », Frère Maximilien-Marie a tenu à entretenir le « devoir de mémoire » et à lui rendre justice : samedi dernier, il avait donc organisé une promenade commentée sur les lieux où s’illustra le « Grand Chanéac ».
Il a eu la très grande joie de voir venir à ce rendez-vous des descendants du chouan des Hautes-Boutières, et notre Frère est bien résolu désormais à s’employer à faire davantage connaître et aimer cette belle et grande figure qui (même si le chant a été composé bien après la grande révolution) n’aurait sans doute pas dédaigné d’unir sa voix à la nôtre pour chanter comme nous aimons à le faire :

Les bleus sont là, le canon gronde, 
Dites les gars avez vous peur :
Nous n’avons qu’une peur au monde 
C’est d’offenser Notre-Seigneur!

Les bleus chez vous dansant la ronde 
Boiront le sang de votre coeur :
Nous n’avons qu’un amour au monde, 
C’est l’amour de Notre-Seigneur!

Vos corps seront jetés à l’onde, 
Vos noms voués au déshonneur :
Nous n’avons qu’un honneur au monde 
C’est l’honneur de Notre-Seigneur!

Alors debout, le canon gronde, 
Partez les gars, soyez vainqueurs :
Nous n’avons qu’un espoir au monde, 
C’est la victoire du Seigneur!

Lully.

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Pour écouter le chant « Les Bleus sont là », faire un clic droit sur l’image ci-dessous,
puis « ouvrir dans un nouvel onglet » :

Image de prévisualisation YouTube

Autres publications relatives au Grand Chanéac :
- Les messes clandestines dans nos hautes Boutières pendants la grande révolution > ici
- la bataille du Clapas, le 21 novembre 1797 > ici

2011-41. Instruction « Universae Ecclesiae » de la Commission Pontificale Ecclesia Dei concernant l’application de la Lettre apostolique « Summorum Pontificum » en forme de motu proprio donnée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

Sainte Messe traditionnelle

I. Introduction :

1. La Lettre apostolique Summorum Pontificum, donnée motu proprio par le Souverain Pontife Benoît XVI le 7 juillet 2007 et entrée en vigueur le 14 septembre 2007, a rendu plus accessible la richesse de la liturgie romaine à l’Église universelle.

2. Par ce Motu Proprio, le Souverain Pontife Benoît XVI a promulgué une loi universelle pour l’Église, avec l’intention de donner un nouveau cadre normatif à l’usage de la liturgie romaine en vigueur en 1962.

3. Après avoir rappelé la sollicitude des Souverains Pontifes pour la sainte liturgie et la révision des livres liturgiques, le Saint-Père reprend le principe traditionnel, reconnu depuis des temps immémoriaux et à maintenir nécessairement à l’avenir, selon lequel «chaque Église particulière doit être en accord avec l’Église universelle, non seulement sur la doctrine de la foi et sur les signes sacramentels, mais aussi sur les usages reçus universellement de la tradition  apostolique ininterrompue. On doit les observer non seulement pour éviter les erreurs, mais pour transmettre l’intégrité de la foi, car la règle de la prière de l’Église correspond à sa règle de foi (1)».

4. Le Souverain Pontife évoque en outre les Pontifes romains qui se sont particulièrement donnés à cette tâche, notamment saint Grégoire le Grand et saint Pie V. Le Pape souligne également que, parmi les livres liturgiques sacrés, le Missale Romanum a joué un rôle particulier dans l’histoire et qu’il a connu des mises à jour au cours des temps jusqu’au bienheureux Pape Jean XXIII. Puis, après la réforme liturgique qui suivit le Concile Vatican II, le Pape Paul VI approuva en 1970 pour l’Église de rite latin un nouveau Missel, qui fut ensuite traduit en différentes langues. Le Pape Jean Paul II en promulgua une troisième édition en l’an 2000.

5. Plusieurs fidèles, formés à l’esprit des formes liturgiques antérieures au Concile Vatican II, ont exprimé le vif désir de conserver la tradition ancienne. C’est pourquoi, avec l’indult spécial Quattuor abhinc annos publié en 1984 par la Sacrée Congrégation pour le Culte divin, le Pape Jean Paul II concéda sous certaines conditions la faculté de reprendre l’usage du Missel romain promulgué par le bienheureux Pape Jean XXIII. En outre, avec le Motu Proprio Ecclesia Dei de 1988, le Pape Jean Paul II exhorta les Évêques à concéder généreusement cette faculté à tous les fidèles qui le demandaient.
C’est dans la même ligne que se situe le Pape Benoît XVI avec le Motu Proprio Summorum Pontificum, où sont indiqués, pour l’usus antiquior du rite romain, quelques critères essentiels qu’il est opportun de rappeler ici.

6. Les textes du Missel romain du Pape Paul VI et de la dernière édition de celui du Pape Jean XXIII sont deux formes de la liturgie romaine, respectivement appelées ordinaire et extraordinaire : il s’agit de deux mises en oeuvre juxtaposées de l’unique rite romain. L’une et l’autre forme expriment la même lex orandi de l’Église. En raison de son usage antique et vénérable, la forme extraordinaire doit être conservée avec l’honneur qui lui est dû.

7. Le Motu Proprio Summorum Pontificum s’accompagne d’une lettre du Saint-Père aux Évêques, publiée le même jour que lui (7 juillet 2007) et offrant de plus amples éclaircissements sur l’opportunité et la nécessité du Motu Proprio lui-même : il s’agissait effectivement de combler une lacune, en donnant un nouveau cadre normatif à l’usage de la liturgie romaine en vigueur en 1962.
Ce cadre s’imposait particulièrement du fait qu’au moment de l’introduction du nouveau missel, il n’avait pas semblé nécessaire de publier des dispositions destinées à régler l’usage de la liturgie en vigueur en 1962. En raison de l’augmentation du nombre de ceux qui demandent à pouvoir user de la forme extraordinaire, il est devenu nécessaire de donner quelques normes à ce sujet.
Le Pape Benoît XVI affirme notamment : «Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste (2)».

8. Le Motu Proprio Summorum Pontificum constitue une expression remarquable du magistère du Pontife romain et de son munus propre – régler et ordonner la sainte liturgie de l’Église (3) – et il manifeste sa sollicitude de Vicaire du Christ et de Pasteur de l’Église universelle (4). Il se propose :
a) d’offrir à tous les fidèles la liturgie romaine dans l’usus antiquior, comme un trésor à conserver précieusement ;
b) de garantir et d’assurer réellement l’usage de la forme extraordinaire à tous ceux qui le demandent, étant bien entendu que l’usage de la liturgie latine en vigueur en 1962 est une faculté donnée pour le bien des fidèles et donc à interpréter en un sens favorable aux fidèles qui en sont les principaux destinataires ;
c) de favoriser la réconciliation au sein de l’Église.

II. Les missions de la Commission pontificale Ecclesia Dei :

9. Le Souverain Pontife a doté la Commission Pontificale Ecclesia Dei d’un pouvoir ordinaire vicaire dans son domaine de compétence, en particulier pour veiller sur l’observance et l’application des dispositions du Motu Proprio Summorum Pontificum (cf. art. 12).

10. § 1. La Commission pontificale exerce ce pouvoir, non seulement grâce aux facultés précédemment concédées par le Pape Jean Paul II et confirmées par le Pape Benoît XVI (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 11-12), mais aussi grâce au pouvoir d’exprimer une décision, en tant que Supérieur hiérarchique, au sujet des recours qui lui sont légitimement présentés contre un acte administratif de l’Ordinaire qui semblerait contraire au Motu Proprio.
§ 2. Les décrets par lesquels la Commission Pontificale exprime sa décision au sujet des recours pourront être attaqués ad normam iuris devant le Tribunal Suprême de la Signature Apostolique.

11. Après approbation de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, il revient à la Commission pontificale Ecclesia Dei de veiller à l’édition éventuelle des textes liturgiques relatifs à la forme extraordinaire du rite romain.

III. Normes spécifiques :

12. À la suite de l’enquête réalisée auprès des Évêques du monde entier et en vue de garantir une interprétation correcte et une juste application du Motu Proprio Summorum Pontificum, cette Commission Pontificale, en vertu de l’autorité qui lui a été attribuée et des facultés dont elle jouit, publie cette Instruction, conformément au canon 34 du Code de droit canonique.

- La compétence des Évêques diocésains :

13. D’après le Code de droit canonique (5), les Évêques diocésains doivent veiller à garantir le bien commun en matière liturgique et à faire en sorte que tout se déroule dignement, pacifiquement et sereinement dans leur diocèse, toujours en accord avec la mens du Pontife romain clairement exprimée par le Motu Proprio Summorum Pontificum (6). En cas de litige ou de doute fondé au sujet de la célébration dans la forme extraordinaire, la Commission Pontificale Ecclesia Dei jugera.

14. Il revient à l’Évêque diocésain de prendre les mesures nécessaires pour garantir le respect de la forme extraordinaire du rite romain, conformément au Motu Proprio Summorum Pontificum.

- Le coetus fidelium (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 §1) :

15. Un coetus fidelium pourra se dire stable (stabiliter existens), au sens où l’entend l’art. 5 §1 de Summorum Pontificum, s’il est constitué de personnes issues d’une paroisse donnée qui, même après la publication du Motu Proprio, se sont réunies à cause de leur vénération pour la liturgie célébrée dans l’usus antiquior et qui demandent sa célébration dans l’église paroissiale, un oratoire ou une chapelle ; ce coetus peut aussi se composer de personnes issues de paroisses ou de diocèses différents qui se retrouvent à cette fin dans une église paroissiale donnée, un oratoire ou une chapelle.

16. Si un prêtre se présente occasionnellement avec quelques personnes dans une église paroissiale ou un oratoire en souhaitant célébrer dans la forme extraordinaire, comme le prévoient les articles 2 et 4 du Motu Proprio Summorum Pontificum, le curé, le recteur ou le prêtre responsable de l’église acceptera cette célébration, tout en tenant compte des exigences liées aux horaires des célébrations liturgiques de l’église elle-même.

17. § 1. Dans chaque cas, le curé, le recteur ou le prêtre responsable de l’église prendra sa décision avec prudence, en se laissant guider par son zèle pastoral et par un esprit d’accueil généreux.
§ 2. Dans le cas de groupes numériquement moins importants, on s’adressera à l’Ordinaire du lieu pour trouver une église où ces fidèles puissent venir assister à ces célébrations, de manière à faciliter leur participation et une célébration plus digne de la Sainte Messe.

18. Dans les sanctuaires et les lieux de pèlerinage, on offrira également la possibilité de célébrer selon la forme extraordinaire aux groupes de pèlerins qui le demanderaient (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 §3), s’il y a un prêtre idoine.

19. Les fidèles qui demandent la célébration de la forme extraordinaire ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire, ou qui s’opposent au Pontife romain comme Pasteur suprême de l’Église universelle.

- Le sacerdos idoneus (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 §4):

20. Les conditions requises pour considérer un prêtre comme «idoine» à la célébration dans la forme extraordinaire s’énoncent comme suit :
a) tout prêtre qui n’est pas empêché par le droit canonique (7), doit être considéré comme idoine à la célébration de la Sainte Messe dans la forme extraordinaire ;
b) il doit avoir du latin une connaissance de base qui lui permette de prononcer correctement les mots et d’en comprendre le sens ;
c) la connaissance du déroulement du rite est présumée chez les prêtres qui se présentent spontanément pour célébrer dans la forme extraordinaire et qui l’ont déjà célébrée.

21. On demande aux Ordinaires d’offrir au clergé la possibilité d’acquérir une préparation adéquate aux célébrations dans la forme extraordinaire. Cela vaut également pour les séminaires, où l’on devra pourvoir à la formation convenable des futurs prêtres par l’étude du latin (8), et, si les exigences pastorales le suggèrent, offrir la possibilité d’apprendre la forme extraordinaire du rite.

22. Dans les diocèses sans prêtre idoine, les Évêques diocésains peuvent demander la collaboration des prêtres des Instituts érigés par la Commission Pontificale Ecclesia Dei, soit pour célébrer, soit même pour enseigner à le faire.

23. La faculté de célébrer la Messe sine populo (ou avec la participation du seul ministre) dans la forme extraordinaire du rite romain est donnée par le Motu Proprio à tout prêtre séculier ou religieux (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art.2). Pour ces célébrations, les prêtres n’ont donc besoin, selon le Motu Proprio Summorum Pontificum, d’aucun permis spécial de leur Ordinaire ou de leur supérieur.

- La discipline liturgique et ecclésiastique :

24. Les livres liturgiques de la forme extraordinaire seront utilisés tels qu’ils sont. Tous ceux qui désirent célébrer selon la forme extraordinaire du rite romain doivent connaître les rubriques prévues et les suivre fidèlement dans les célébrations.

25. De nouveaux saints et certaines des nouvelles préfaces pourront et devront être insérés dans le Missel de 1962 (9), selon les normes qui seront indiquées plus tard.

26. Comme le prévoit le Motu Proprio Summorum Pontificum à l’article 6, les lectures de la Sainte Messe du Missel de 1962 peuvent être proclamées soit seulement en latin, soit en latin puis dans la langue du pays, soit même, dans le cas des Messes lues, seulement dans la langue du pays.

27. En ce qui concerne les normes disciplinaires liées à la célébration, on appliquera la discipline ecclésiastique définie dans le Code de droit canonique de 1983.

28. De plus, en vertu de son caractère de loi spéciale, le Motu Proprio Summorum Pontificum déroge, dans son domaine propre, aux mesures législatives sur les rites sacrés prises depuis 1962 et incompatibles avec les rubriques des livres liturgiques en vigueur en 1962.

- La Confirmation et l’Ordre sacré :

29. La permission d’utiliser la formule ancienne pour le rite de la confirmation a été reprise par le Motu Proprio Summorum Pontificum (cf. art. 9 §2). Dans la forme extraordinaire, il n’est donc pas nécessaire d’utiliser la formule rénovée du Rituel de la confirmation promulgué par le Pape Paul VI.

30. Pour la tonsure, les ordres mineurs et le sous-diaconat, le Motu Proprio Summorum Pontificum n’introduit aucun changement dans la discipline du Code de droit canonique de 1983 ; par conséquent, dans les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique qui dépendent de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, le profès de voeux perpétuels ou celui qui a été définitivement incorporé dans une société cléricale de vie apostolique est, par l’ordination diaconale, incardiné comme clerc dans l’Institut ou dans la Société, conformément au canon 266 § 2 du Code de droit canonique.

31. Seuls les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique qui dépendent de la Commission Pontificale Ecclesia Dei ainsi que ceux dans lesquels se maintient l’usage des livres liturgiques de la forme extraordinaire peuvent utiliser le Pontifical romain en vigueur en 1962 pour conférer les ordres mineurs et majeurs.

- Le Bréviaire romain :

32. Les clercs ont la faculté d’utiliser le Bréviaire romain en vigueur en 1962 dont il est question à l’article 9 §3 du Motu Proprio Summorum Pontificum. Celui-ci doit être récité intégralement et en latin.

- Le Triduum sacré :

33. S’il y a un prêtre idoine, le coetus fidelium qui adhère à la tradition liturgique précédente peut aussi célébrer le Triduum sacré dans la forme extraordinaire. Au cas où il n’y aurait pas d’église ou d’oratoire exclusivement prévu pour ces célébrations, le curé ou l’Ordinaire prendront les mesures les plus favorables au bien des âmes, en accord avec le prêtre, sans exclure la possibilité d’une répétition des célébrations du Triduum sacré dans la même église.

- Les rites des Ordres religieux :

34. Il est permis d’utiliser les livres liturgiques propres aux Ordres religieux et en vigueur en 1962.

- Pontifical romain et Rituel romain :

35. Conformément au n. 28 de cette Instruction et restant sauf ce qui est prescrit par le n. 31, l’usage du Pontifical romain et du Rituel romain, ainsi que celui du Cérémonial des Évêques en vigueur en 1962 sont permis.

Au cours de l’audience du 8 avril 2011 accordée au Cardinal Président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, le Souverain Pontife Benoît XVI a approuvé la présente Instruction et en a ordonné la publication.
Donné à Rome, au siège de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le 30 avril 2011, en la mémoire de saint Pie V.

William Cardinal Levada Président

Monseigneur Guido Pozzo secrétaire

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Notes :

(1) – BENOÎT XVI, Motu proprio Summorum Pontificum, art. 1 : AAS 99 (2007), p. 777 ; La Documentation catholique 104 (2007), pp. 702-704 ; cf. Présentation générale du Missel romain, 3e éd., 2002, n. 397.

(2) – BENOÎT XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007), p. 798 ; La Documentation catholique 104 (2007), p. 707.

(3) – Cf. Code de droit canonique, c. 838, §1 et §2.

(4) – Cf. Code de droit canonique, c. 331.

(5) – Cf. Code de droit canonique, c. 223 §2 ; 838 §1 et §4.

(6) – Cf. BENOÎT XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007), p. 799 ; La Documentation catholique 104 (2007), p. 707.

(7) – Cf. Code de droit canonique, c. 900 §2.

(8) – Cf. Code de droit canonique, c. 249 ; CONC. OECUM. VAT. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 36 ; Décr. Optatam totius, n. 13.

(9) -  Cf. BENOÎT XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007), p. 797 ; La Documentation catholique 104, p. 706

Publié dans:De liturgia, Lectures & relectures |on 13 mai, 2011 |Commentaires fermés

2011-38. Vivons pour le Bon Dieu (Chanoine Antoine Crozier).

Vivons pour le Bon Dieu - chanoine A.Crozier

Ce 10 avril marque l’anniversaire du rappel à Dieu du chanoine Antoine Crozier, prêtre lyonnais d’une très haute spiritualité, qui avait reçu la grâce insigne des sacrés stigmates (le 1er janvier 1901 au cours de la Sainte Messe qu’il célébrait à l’autel du Saint-Sacrement dans la Primatiale Saint-Jean de Lyon) et qui était lié avec le Bienheureux Charles de Foucauld par les liens d’une profonde amitié.

A cette occasion, je suis heureux de vous livrer ici le texte intégral d’un petit opuscule que le chanoine Crozier avait fait publier en 1910 (il y eut même deux éditions dans le cours de cette même année).
A ma connaissance,  ce tout petit livret dont je vous ai reproduit la couverture ci-dessus, n’a pas été réédité depuis la mort de ce saint prêtre, survenue le 10 avril 1916. Pourtant, il y a là un admirable résumé sur la manière d’atteindre à la perfection chrétienne, en un exposé aussi simple et lumineux que fondamental et riche…

Aussi, même si ce texte dépasse en longueur ce qui est habituel pour un article de blogue, j’espère qu’il sera profitable à tous les lecteurs de bonne volonté qui accepteront de le lire posément, avec l’intelligence de leur coeur, et qui s’efforceront d’en mettre les leçons en pratique, de toute la ferveur de leur âme.

Frère Maximilien-Marie.

Chanoine Antoine Crozier (1850-1916)

Le chanoine Antoine Crozier (1850-1916)

Vivons pour le Bon Dieu.

Sommes-nous de bons chrétiens?

Afin de nous en rendre compte, demandons-nous quelle est la place occupée par Dieu dans notre vie de chaque jour.
Pour un trop grand nombre de soi-disant chrétiens, cette place est bien petite. On donne à Dieu cinq minutes de prière matin et soir, le temps de la Messe, des Vêpres et du Salut le dimanche.
En dehors de cela, il n’y a rien ou pas grand’chose pour Dieu. On travaille, on mange, on dort, on souffre, ou bien on jouit, on s’amuse, on satisfait son intérêt, son ambition, ses passions, on s’occupe de sa famille, de ses affaires, de tout, en un mot, excepté de Dieu. On vit pour soi, pour le monde, pour le démon, pour rien du tout ; on ne vit pas pour Dieu.

Combien de vies sont ainsi gaspillées et méritent la condamnation portée par le Maître : « En vérité, en vérité, je vous le dis, ils ont déjà reçu leur récompense! »

Et pourtant, pourquoi sommes-nous sur la terre sinon pour aller à Dieu, pour gagner le Ciel?
Si Dieu nous a créés et nous conserve l’existence, c’est bien uniquement afin que nous procurions sa gloire, sur la terre d’abord, puis dans le Ciel pendant l’éternité.

Que devons-nous faire pour rendre gloire à Dieu?

Remplir, tout simplement, nos devoirs d’état ; nous acquitter, comme il convient, de nos occupations ordinaires.
Nous devons donc travailler, manger, dormir, souffrir, nous reposer, nous distraire, nous occuper de nos affaires, de notre famille, de nos intérêts. Tout cela nous devons le faire et le bien faire, mais pas uniquement pour nous ou pour les créatures ; nous devons le faire principalement pour Dieu, en vue de Dieu, et ainsi nous rendons gloire à Dieu.

Avec quoi devons-nous acheter le Ciel?

Par toutes nos actions, par toutes nos souffrances, par tous les détails de notre vie.
A l’exemple de l’ouvrier qui, pour gagner sa journée, doit travailler un nombre d’heures déterminé au service de celui qui l’emploie, il convient que nous vivions pour Dieu, non seulement de temps en temps et à des moments fixes, mais partout et toujours.

La devise d’un vrai chrétien, c’est donc : TOUT POUR LE BON DIEU !

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I. Quels moyens employer?

Un seul : vouloir fermement vivre pour Dieu et agir en conséquence.

1. – Avant tout, nous devons éviter ce qui déplait à Dieu, ce que sa loi défend, le péché et les occasions du péché, observer tous ses commandements, remplir tous nos devoirs  envers Lui, envers le prochain et envers nous-mêmes puis nous appliquer à bien faire toutes choses afin de les rendre bonnes et dignes d’être agréées par Lui.

2. – Ces actes bons sont comme des wagons placés sur des rails et que l’on peut diriger au nord ou au midi, en avant ou en arrière. A nous de savoir, par une intention nettement déterminée, les diriger, les aiguiller vers Dieu et non pas vers le démon, le monde ou nous-mêmes.

3. – Cette intention, il importe beaucoup de l’exprimer, de l’affirmer au moins de temps en temps. Nous le faisons en offrant à Dieu nos actes, nos souffrances, notre vie de chaque jour.
Bien que placés sur des rails, les wagons sont incapables de se mouvoir par eux-mêmes, il faut les attacher les uns aux autres à la suite de la locomotive qui les entraînera, plus ou moins vite, plus ou moins loin, suivant qu’elle sera plus ou moins forte et qu’elle aura des provisions plus ou moins grandes d’eau et de charbon.
De même l’offrande de la journée faite le matin accrochera au passage tous les actes dont cette journée sera remplie et les entrainera vers Dieu.
Plus cette offrande sera intense, plus son action sera efficace sur notre conduite et sur la réalité de notre donation.
Il est donc indispensable de bien offrir à Dieu dès le matin la journée qui commence. Cette offrande sera l’acte principal de la prière du matin
.

4. – Pour que cette offrande donne réellement à Dieu chacun de nos actes, il n’est pas nécessaire de la renouveler à chaque instant et de redire sans cesse à Dieu que tout est pour Lui. Cela n’est guère possible à l’homme au milieu des soucis et des préoccupations de la vie ; Dieu ne nous le demande pas.
Quand nous voulons aller à un endroit déterminé, nous ne renouvelons pas sans cesse la volonté d’y aller ; nous continuons simplement à marcher dans la direction voulue. Une fois lancé, le train peut encore pendant un certain temps, grâce à la vitesse acquise, continuer sa route. Nous n’avons pas besoin de faire autrement, pour aller à Dieu, qui est le terme unique et nécessaire du voyage de la vie.

5. – Néanmoins, après avoir parcouru une certaine distance, la locomotive a besoin de faire usage de la vapeur pour prendre un nouvel élan.
Pour nous aussi, il est utile que, de temps en temps dans la journée et sans arrêter notre travail, nous renouvelions rapidement notre offrande par un cri du coeur, afin d’être bien sûrs d’agir toujours pour Dieu.

6. – Au bout de quelques heures, la locomotive est obligée de s’arrêter dans une gare afin d’y reprendre de l’eau et du charbon et de pouvoir ainsi parcourir une nouvelle étape.
Combien il serait bon que nous puissions faire de même et, dans le milieu du jour, par exemple, trouver un instant afin d’y renouveler bien généreusement et à notre aise notre offrande du matin!
Ainsi tout serait très certainement fait et souffert pour le Bon Dieu. Nous pourrions acquérir sans cesse des mérites incalculables et devenir très rapidement et très simplement des millionnaires du  Ciel.
Extérieurement dans notre vie, rien ne serait changé, sinon que nos devoirs seraient remplis avec plus de soins, nos actes faits avec plus d’application.
Intérieurement tout serait changé et pour Celui qui sonde les reins et les coeurs, grâce à l’intention de notre offrande, tout aurait un prix nouveau et une valeur incomparable.
Prenons donc la douce habitude d’offrir souvent nos actions à Dieu
et nous serons sûrs de vivre vraiment pour Lui!

7. – Offrons tout à Dieu, tout, même les actions les plus minimes et les plus insignifiantes. Saint Paul l’a dit : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. »
Ces actes sont, pour ainsi dire, les fils avec lesquels nous devons travailler à faire de notre vie une belle pièce d’étoffe que nous présenterons à Dieu au dernier jour.
Or plus un tissu est beau, plus les fils dont il se compose sont nombreux et fins.
Si nous nous contentions d’offrir à Dieu les actes principaux de nos journées, nous arriverions à tisser une étoffe formée de cordages plus ou moins gros et ressemblant plutôt à un filet ou à une serpillière qu’à un riche tissu.

8. – De quoi se compose une étoffe? D’un certain nombre de fils entrelacés dont les uns forment ce qu’on nomme la chaîne et les autres la trame de l’étoffe.
Pour fabriquer le tissu, on tend avec soin sur un métier, et les uns à côté des autres les fils de la chaîne.
Pareillement en offrant à Dieu tous nos actes, en les faisant avec soin pour Lui, nous attachons, pour ainsi dire, sur ce métier merveilleux qui est notre âme, autant de fils qui nous serviront à tisser notre vie de la terre et notre vie du Ciel.

Chaque péché véniel causera une lacune plus ou moins grande dans notre vie, un trou plus ou moins important dans le tissu, comme lorsque plusieurs fils sont cassés.
Chaque péché mortel est semblable à un ouragan qui arrache tous les fils du métier, les emporte au loin et détruit tout jusqu’à ce que un acte de contrition parfaite ou l’absolution du prêtre racommodent et arrangent tout, remettent tout en place en nous permettant de reprendre le travail interrompu.

Si Dieu m’appelait à Lui aujourd’hui, qu’aurais-je de bon à Lui présenter? Que de lacunes dans ma vie, quel gaspillage des dons reçus de Lui! Oh! Je veux, comme dit Saint Paul, regagner avec acharnement le temps perdu et m’appliquer sans cesse à refaire ma vie telle que Dieu l’a voulue et préparée!
Oui, je veux tout Lui offrir afin de ne plus rien perdre, mais de bien faire vraiment 

TOUT POUR LE BON DIEU!

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II. Pour quels motifs?

1. – Si l’intention d’agir pour Dieu augmente le mérite de nos actions, nous pouvons l’augmenter encore par la valeur des motifs qui nous font agir pour Dieu.
La chaîne ne suffit pas pour former une étoffe, il faut encore la trame, c’est-à-dire ce fil unique et continu qui par le moyen de la navette passe et repasse des milliers de fois à travers les fils de la chaîne et les enlace, les unit, les maintient à leur place, en fait un tout ordonné et uniforme, et donne à l’étoffe ses nuances et ses qualités.

2. – De même si nous agissons pour Dieu, sans aucun motif (ce qui est bien difficile et nous ferait ressembler à un être inintelligent) chaque battement de notre coeur passerait à travers les actes de notre vie sans y rien mettre, aussi inutilement que la navette quand elle ne contient plus de fil.
Le fil unique dont devrait se composer la trame de notre vie, le motif qui seul pratiquement nous fait agir pour Dieu, c’est l’amour dont notre coeur est rempli pour Lui (note : le seul fait d’agir pour Dieu implique nécessairement au moins un commencement d’amour pour Dieu).

3. – Plus cet amour sera parfait et élevé, plus nos actes prendront de valeur aux yeux de Dieu.
Si par exemple j’évite un péché ou je m’acquitte d’un devoir par crainte de l’enfer, mon amour pour Dieu étant moins relevé, le fil de ma trame sera plus grossier et je ne tisserai pour ainsi dire qu’une étoffe de bure.
Si j’agis pour gagner le Ciel, ou pour remercier Dieu de ses dons, le motif de mon amour est plus noble, l’étoffe de qualité supérieure.
Si enfin j’agis en vue de faire plaisir à Dieu parce que je L’aime, Lui la Bonté, la Perfection infinies, mon amour sera plus parfait, plus pur, plus délicat, la trame de tous mes actes sera un véritable fil de soie riche et précieuse.
Ma vie commencera dès lors à être d’un grand prix aux yeux de Dieu.

Donc désormais, comme il convient,

TOUT PAR AMOUR POUR LE BON DIEU !

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4. – Pour augmenter mon mérite, qui m’empêche d’unir mes pauvres actes aux actions et aux souffrances de Jésus-Christ, et de leur donner ainsi une valeur incomparable?
J’en ai le droit puisque de par la volonté de Dieu, son Père, Jésus est mon Médiateur, mon Supplément, mon Tout chargé de compenser mon insuffisance et ma misère. Je puis donc envelopper ce simple fil de soie sorti de mon coeur du fil d’or infiniment précieux des mérites de Jésus-Christ et enrichir merveilleusement ma vie grâce à cette union bénie qu’Il me propose et qu’Il désire.
Par conséquent,

TOUT EN UNION AVEC LE SACRE-COEUR !

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5. – Enfin, je rendrai mon offrande encore plus parfaite, en la faisant à toutes les intentions du Sacré-Coeur.
A mesure que les détails de ma vie sont transformés par l’amour et l’union à Jésus, le Bon Dieu les utilise pour le plus grand bien de tous et Il en inscrit les mérites au Livre de vie en vue de ma récompense éternelle. De même, le maître paye le travail de l’ouvrier et tire tout le parti possible de l’étoffe qui lui a été livrée.
Dieu me permet néanmoins de Lui offrir mes actions et mes souffrances à des intentions particulières, pour obtenir à des âmes qui me sont chères diverses faveurs spirituelles ou temporelles. Toutefois, Il n’exauce pas mes requêtes si elles sont en opposition avec sa sainte Volonté.
Au lieu de m’attarder à énumérer de grâces qui ne conviennent peut-être pas à ces âmes, il m’est bien plus facile de faire mon offrande simplement pour l’accomplissement de toutes les intentions du Sacré-Coeur sur chacune d’elles. Ainsi je suis certain de toujours demander ce qui est le meilleur ; ma prière, écho fidèle de celle du divin Maître, est sûrement exaucée.
Et pourquoi restreindre mon offrande seulement à quelques âmes? Ne puis-je pas laisser à Jésus le soin d’en disposer à son gré pour toutes les âmes qui en ont besoin?
Voilà comment j’agis en faisant et souffrant toutes choses, en général, à toutes les intentions du Sacré-Coeur.

Une telle manière de faire est grande, généreuse ; elle témoigne d’une confiance et d’un abandon absolus envers Dieu ; donc elle ne peut que Lui être très agréable.
De plus elle rend très parfaite mon union avec le Sacré-Coeur. En offrant tout à ses intentions, j’aide véritablement le divin Sauveur à réaliser tous ses desseins d’amour sur la France, l’Eglise et le monde, je travaille avec Lui à établir partout le règne de Dieu et je participe à toute l’oeuvre qu’Il est venu accomplir sur la terre.

Ainsi mon champ d’action est aussi vaste que l’univers, mon apostolat embrasse toutes les âmes, tous les coeurs, et ma vie prend véritablement toute sa valeur et toute sa fécondité.

Donc,

TOUT AUX INTENTIONS DU SACRE-COEUR !

* * * * * * *

Conclusion :

En conséquence, tous les matins et plus souvent même, si je le puis, je réciterai du fond du coeur l’offrande suivante qui contient tous les détails capables de rendre mon amour aussi parfait et ma vie aussi méritoire que possible :

Ô Jésus, Souverain Prêtre,
Par le Coeur immaculé de Marie et avec tous ceux qui Vous aiment,
Je Vous offre et Vous consacre toutes mes prières, toutes mes actions, tutes mes souffrances, ma vie et ma mort,
Par amour pour Vous,
En union avec votre Sacré-Coeur,
A toutes les intentions de votre Sacré-Coeur.

Dans la journée, il me sera plus aisé de dire et de redire souvent pour m’encourager à bien travailler et à bien souffrir :

Tout pour votre Amour, ô Coeur de Jésus!

J’espère mener ainsi une vie vraiment chrétienne et toute surnaturelle, plaire à mon Maître et commencer dès ici-bas au milieu des luttes et des tristesses de cette terre, l’acte d’amour parfait qui sera dans le Ciel l’unique occupation de mon âme et de mon coeur pendant l’éternité.

Ainsi soit-il !

Sacré-Coeur gif

On trouvera aussi dans les pages de ce blogue
- une prière pour demander la glorification de l’abbé A. Crozier > ici
- un florilège de citations tirées de sa correspondance spirituelle > ici
- le « Chemin de Croix pour la France » du Chanoine Crozier > ici

2011-37. In memoriam : Monsieur l’abbé Bryan Houghton (2 avril 1911 – 19 novembre 1992).

Laudemus viros gloriosos, et parentes nostros in generatione sua : Louons ces hommes plein de gloire qui sont nos pères et dont nous sommes la race…“ (Eccli. XLIV,1).

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« Le plus souvent, dans la vie courante, ce sont nos occupations et nos responsabilités qui nous procurent la discipline nécessaire à la vie. Une certaine dose de discipline intérieure est par conséquent nécessaire pour passer vingt ans sans responsabilité ni emploi. C’est précisément le caractère contemplatif de la messe ancienne qui m’a donné cette nécessaire discipline. Vous avez donc devant vous un prêtre rejeté à cause de la messe ancienne, mais auquel seule la messe ancienne permet de vivre. »

Abbé Bryan Hougthon (paroles prononcées à l’occasion de ses cinquante ans de sacerdoce).

Monsieur l'Abbé Bryan Houghton

Monsieur l’Abbé Bryan Houghton (1911-1992)

Né le 2 avril 1911 dans une famille britannique anglicane mais peu religieuse et d’esprit  plutôt libéral, Bryan Houghton fut élevé dans le rejet du catholicisme romain. Selon un usage de ce temps – où dans les milieux aisées les relations familiales laissaient peu de place aux sentiments – il fut envoyé très jeune dans un pensionnat du sud de la France pour y suivre sa scolarité.

C’est là, alors qu’il n’a que neuf ans, que Bryan reçoit d’un camarade catholique une illumination qui va éclairer toute sa vie. Laissons-le en faire le récit :

« Mon audace était grande : j’avais neuf ans, il en avait quinze.

- Je suis protestant et je voudrais que tu me dises ce que c’est que la messe. J’y vais tous les jours mais je ne comprends rien.

- Oui, je t’ai vu au fond de la chapelle. Je croyais que tu étais juif.

- Non, je suis protestant. J’ai assisté à nos offices protestants. Ils sont très beaux : on y parle sans cesse de Jésus.

- C’est ça, on y parle de Jésus. Ils sont sûrement très beaux. Mais ce n’est pas la messe. Vois-tu, la messe EST Jésus.

Il hésita un moment, puis reprit :

- Vois-tu, Dieu s’est fait chair pour nous racheter sur la croix. A la Cène, il nous a laissé son Corps et son Sang sous les apparences du pain et du vin, comme gages de notre rédemption. La messe, c’est ça : la Présence réelle de Jésus-Christ. Devant un acte pareil, il n’y a rien à faire ou à dire. On ne peut que se taire.(…)

Voilà à peu près ce que fut la réponse d’Hippolyte. J’ai pu l’embellir un peu au fil des ans. Mais il m’en reste deux idées essentielles :

1. Le protestantisme parle de Jésus ; le catholicisme EST Jésus.

2. En face de la Rédemption, il n’y a de place pour aucune autre action humaine que le silence.

La messe était une liturgie dans laquelle Dieu agissait et non les hommes. Elle comportait de larges plages de silence pour permettre l’adoration de la Présence ineffable. Ce qui était dit à voix haute, l’était en latin pour limiter les interférences avec la personnalité du prêtre. Cette première expérience a joué un rôle essentiel ; il faudra l’avoir en mémoire lorsqu’il sera question des changements dans la messe, trente-cinq ans plus tard. » (in « Prêtre rejeté »)

Ces perspectives nouvelles et bouleversantes marquent Bryan à vie et vont l’amener, des années plus tard et au mépris de toutes les conventions et pressions sociales, à se convertir au catholicisme. Il a presque 23 ans. Quelque deux ans plus tard, il part à Rome afin d’y suivre les études qui le conduiront au sacerdoce.

Il est ordonné prêtre le dimanche de Quasimodo 31 mars 1940, par le cardinal Hinsley, dans la crypte de la cathédrale de Westminster. Il va ensuite exercer pendant vingt-neuf ans son ministère comme curé dans deux paroisses proches de Londres : d’abord à Slough, dans un quartier très populaire, où il crée la paroisse Saint-Antoine, puis à partir de septembre 1954 à Bury St Edmunds.

A partir des années soixante – et comme malheureusement presque partout à cette époque -, il est affronté à l’action de certains prétendus réformateurs qui prennent prétexte du second concile du Vatican pour, ni plus ni moins, vider le catholicisme de sa substance. La réforme liturgique va représenter pour lui un véritable drame : converti par la messe, l’abbé Houghton ne peut en conscience abandonner la liturgie qui exprime si magnifiquement l’intégrité de la foi catholique. Il dira un jour qu’il n’a pas abandonné l’anglicanisme et intégré l’Eglise Romaine, pour devoir y retrouver une « messe protestante ». Toutefois il ne veut pas non plus désobéir. Une seule solution lui reste donc : la démission, qui lui permettra – n’ayant plus de ministère – de bénéficier de l’autorisation de célébrer en privé la messe de son ordination.

Le 29 novembre 1969, à la veille du premier dimanche de l’Avent où, selon la volonté de Paul VI, le nouvel Ordo Missae entre en application, l’abbé Houghton se démet de sa charge de curé. Il écrit : « … La seule issue honorable est de cesser de fonctionner. Si j’utilisais la nouvelle liturgie avec la ferveur convenable, je me conduirais en hypocrite ; si je continuais à célébrer selon l’ancienne, je désobéirais. Je ne veux ni l’un ni l’autre. Ainsi donc je m’en vais comme un prêtre parfaitement loyal, avec la bénédiction de mon évêque. C’est ce qui fait la bizarrerie de ce départ… »

Voici quelques autres citations remarquables où il pose les bonnes questions au sujet de la réforme liturgique et de la pagaïe qu’elle a engendrée :

« Il y avait une question à laquelle je trouvais difficile de donner une réponse satisfaisante. Tous les prêtres avaient dit quotidiennement la messe ancienne avec le soin voulu et, apparemment, avec dévotion. Comment se faisait-il que 98 % d’entre eux acceptaient volontiers qu’elle change alors que ni le concile ni le pape n’en avait donné l’ordre. Ils avaient sauté sur cette simple permission comme les pourceaux de Gadara dans la mer. (…) Il n’était pas possible qu’ils aient aimé la messe ancienne. Ce n’était qu’un rite dont on pouvait changer comme on change de pantalon. Mais s’ils n’aimaient pas la messe, sans doute étaient-ils incapables d’adorer. Ils devaient considérer que la messe était une chose qu’ils avaient à faire, et non une chose que Dieu faisait. »

« Une des caractéristiques extraordinaires du bricolage de la messe, c’est que le prêtre jouit d’une liberté que les laïcs ont perdue. Dans l’ancienne messe, le prêtre était soumis à une stricte observance des rubriques et les laïcs pouvaient faire à peu près ce qu’ils voulaient : suivre la messe dans leur missel, lire le Manuel du Chrétien, dire leur chapelet, s’endormir… Maintenant le prêtre est libre d’inventer ce qu’il veut, mais malheur aux laïcs qui ne participent pas. Ce n’est pas la seule conséquence. Les laïcs sont toujours obligés d’assister à la messe le dimanche. Mais « la messe » n’existe plus dans le rite latin. Il y a à peu près autant de messes qu’il y a de prêtres. Est-ce que les laïcs sont obligés de se plier aux caprices du célébrant ? Il serait carrément injuste que la réponse soit oui. »

Doté d’une fortune personnelle, il quitte l’Angleterre et décide de s’installer dans le sud de la France, là où il verra le premier olivier. Ainsi fait-il halte à Viviers où il s’établit et demeure jusqu’à sa mort (1992).

L’évêque de Viviers de cette époque – le très progressiste Monseigneur  Hermil (au sujet duquel il dit un jour avec autant d’ironie que de réalisme : « Ce n’est pas un mauvais homme mais il n’a pas beaucoup de religion… ») – avait consenti à ce qu’il célébrât en semaine sa messe privée au maître-autel de la cathédrale Saint-Vincent (laquelle était d’ailleurs pratiquement désertée).

L’abbé Bryan Houghton devient une personnalité «traditionaliste» locale et célèbre le dimanche la messe de Saint Pie V pour une petite communauté de fidèles (« ..les malheureux laïcs me faisaient immensément pitié. Ils étaient à la merci des prêtres amateurs de changements et priés d’applaudir à chaque innovation… »). Les célébrations dominicales se tiennent dans diverses chapelles privées avant de s’établir, de l’autre côté du Rhône, à Montélimar, dans la chapelle Notre-Dame de la Rose.

Montélimar - chapelle Notre-Dame de la Rose

Chapelle Notre-Dame de la Rose
(XIIe siècle, remaniée aux XVIIe et XIXe siècles).

Il aurait désiré acheter cette chapelle Notre-Dame de la Rose, mais la propriétaire, la marquise de La Bruyère, subit les pressions de personnalités influentes qui finalement la dissuaderont de la lui vendre (nota : en 1980, la chapelle  est devenue propriété de l’évêché de Valence, elle reste affectée à la célébration de la messe latine traditionnelle, qui est désormais assurée par les prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre).

L’abbé Houghton côtoie Monseigneur Lefèbvre, dont il n’approuve pas toujours les décisions, et devient l’ami de Dom Gérard Calvet, dont il suit avec intérêt la fondation et les travaux pour la construction du monastère du Barroux. Il donne des conférences et il écrit : c’est ainsi qu’il publie « La paix de Monseigneur Forester »  en 1982, préfacée par Gustave Thibon (ouvrage où il proposait des solutions afin de parvenir à une paix liturgique), « Le mariage de Judith » en  1984 (réédité en 1994), « Irréligion » en 1987, « Prêtre rejeté » en 1990 (réédité en 2005 avec 27 articles en supplément).

L’abbé Bryan Houghton s’est éteint le 19 novembre 1992, victime d’une crise cardiaque : il avait 81 ans. Il a été inhumé au cimetière de Viviers.

Tombe de l'abbé Bryan Houghton au cimetière de Viviers

Hic Bryan Houghton sacerdotis
die 2 aprilis 1911 nati et 31 martii 1940 ordinati
obiit die 19 novembris 1992
R.I.P.

Lys de France

Voir aussi :
- annonce de la célébration du 20ème anniversaire de la mort de l’abbé Houghton > ici
- Compte-rendu de la célébration du 20ème anniversaire de la mort de l’abbé Houghton > ici

2011-35. « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée… »

Le 4 janvier, à l’occasion de la fête de la Bienheureuse Angèle de Foligno, nous avons publié sur ce blog l’enseignement que lui a consacré notre Saint-Père le Pape Benoît XVI lors d’une catéchèse du mercredi (cf. > ici), puis le texte particulièrement poignant de l’une des visions de la Bienheureuse dans laquelle Jésus lui enseignait « les voies de la délivrance » (cf. > ici).

Au cours de notre itinéraire spirituel du carême, il me semble qu’un autre texte de cette très grande mystique est à relire et à méditer avec attention. C’est ce passage justement célèbre dans lequel Angèle relate comment Notre-Seigneur Jésus-Christ lui fit entendre ces mots : « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée… »

2011-35.

L’Amour vrai et l’amour menteur.

(au chapitre 33ème du livre des révélations de Sainte Angèle de Foligno)

… C’était le quatrième jour de la semaine sainte, j’étais plongée dans une méditation sur la mort du Fils de Dieu, et je méditais avec douleur, et je m’efforçais de faire le vide dans mon âme, pour la saisir et la tenir tout entière recueillie dans la Passion et dans la mort du Fils de Dieu, et j’étais abîmée tout entière dans le désir de trouver la puissance de faire le vide, et de méditer plus efficacement.

Alors cette parole me fut dite dans l’âme : « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée. »

Cette parole me porta dans l’âme un coup mortel, et je ne sais comment je ne mourus pas ; car mes yeux s’ouvrirent, et je vis dans la lumière de quelle vérité cette parole était vraie. Je voyais les actes, les effets réels de cet amour, jusqu’où en vérité il avait conduit le Fils de Dieu. Je vis ce qu’il supporta dans sa vie et dans sa mort pour l’amour de moi, par la vertu réelle de cet amour indicible qui lui brûlait les entrailles, et je sentais dans son inouïe vérité la parole que j’avais entendue ; non, non, il ne m’avait pas aimée pour rire, mais d’un amour épouvantablement sérieux, vrai, profond, parfait, et qui était dans les entrailles.

Et alors mon amour à moi, mon amour pour lui, m’apparut comme une mauvaise plaisanterie, comme un mensonge abominable. Ici ma douleur devint intolérable, et je m’attendis à mourir sur place.

Et d’autres paroles vinrent, qui augmentèrent ma souffrance : « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée ; ce n’est pas par grimace que je me suis fait ton serviteur ; ce n’est pas de loin que je t’ai touchée ! »

Ma douleur, déjà mortelle, allait toujours en augmentant, et je criais : « Eh bien ! moi, c’est tout le contraire. Mon amour n’a été que plaisanterie, mensonge, affectation. Je n’ai jamais voulu approcher de vous, en vérité, pour partager les travaux que vous avez soufferts pour moi, et que vous avez voulu souffrir ; je ne vous ai jamais servi dans la vérité et dans la perfection, mais dans la négligence et dans la duplicité. »

Lorsque je vis ces choses, lorsque, je vis de mes yeux la vérité de son amour et les signes de cette vérité, comment il s’était livré tout entier et totalement à mon service, comment il s’était approché de moi, comment il s’était vraiment fait homme pour porter et sentir en vérité mes douleurs ; quand je vis en moi tout le contraire absolument, je crus mourir de douleur. Il me semblait que ma poitrine allait se disjoindre et mon coeur éclater. Et comme j’étais occupée spécialement de cette parole : « Ce n’est pas de loin que je t’ai touchée », il en ajouta une autre, et j’entendis qu’il disait : « Je suis plus intime à ton âme qu’elle-même ».

Et ma douleur augmenta. Plus je voyais Dieu intime à moi, plus je me voyais éloignée de lui. Il ajouta d’autres paroles qui me firent voir les entrailles de l’éternel amour : « Si quelqu’un voulait me sentir dans son âme, je ne me soustrairais pas à lui ; si quelqu’un voulait me voir, je lui donnerais avec transport la vision de ma face ; si quelqu’un voulait me parler, nous causerions ensemble avec d’immenses joies ».

Ces paroles excitèrent en moi un désir : ne rien sentir, ne rien voir, ne rien dire, ne rien faire qui pût déplaire à Celui qui parlait. Je sentis que Dieu demande spécialement à ses fils, à ses élus, aux élus de sa vision et de la parole divine, de n’avoir pas l’ombre d’un rapport avec son ennemi.

Il me fut encore dit : « Ceux qui aiment et suivent la voie que j’ai suivie, la voie des douleurs, ceux-là sont mes fils légitimes. Ceux dont l’oeil intérieur est fixé sur ma Passion et sur ma mort, sur ma mort, vie et salut du monde, sur ma mort, et non pas ailleurs, ceux-là sont mes enfants légitimes, et les autres ne le sont pas ».

coeurdejsuscopie dans Nos amis les Saints

2011-34. Du massacre de la forêt de Vezins, le 25 mars 1794, et de la permanence de l’esprit fondamentalement anti-chrétien de la république française.

Jeudi 24 mars 2011, 19 heures.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je redescends de l’oratoire où j’ai accompagné Frère Maximilien-Marie qui a célébré les premières vêpres de la très grande et très belle fête de l’Annonciation de Notre-Dame, et donc aussi de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Tandis que la nuit s’étend doucement sur nos montagnes, je ne vais pas gloser sur l’importance de cette fête ; je me contenterai de rappeler que la cathédrale du Puy, très important sanctuaire où notre Frère aime souvent à se rendre et qu’il se plaît à faire découvrir à ses amis, est placée sous le vocable de Notre-Dame de l’Annonciation.
Les dévots de Notre-Dame se souviendront  aussi peut-être du miracle de Notre-Dame de l’Osier, dont j’avais parlé > ici, et qui se produisit le 25 mars 1649.

Ce soir, je voudrais surtout attirer votre attention sur un évènement vraiment tragique, que l’histoire « officielle » préfère passer sous silence et dont c’est également l’anniversaire. Il s’agit des massacres qui eurent lieu le 25 mars 1794 dans la forêt de Vezins.

Vezins est une commune sise dans l’actuel département du Maine et Loire, à quelques kilomètres à l’est de Cholet.
La forêt dite de Vezins s’étend sur les communes de Nuaillé, Chanteloup et Yzernay.

Au terme de la Virée de Galerne, l’écrasement de la Grande Armée Catholique et Royale, dans les marais de Savenay, le 23 décembre 1793, décide la Convention à se livrer à une « vengeance exemplaire ».
Le général Turreau met au point un plan : il s’agit de quadriller méthodiquement toute la Vendée militaire (soit 735 communes, peuplées au début de la guerre par quelque 755 000 habitants).
Douze colonnes incendiaires ont pour ordre d’exterminer de manière systématique ceux que la Convention nomme « les brigands », femmes et enfants inclus, de saisir les récoltes et les bestiaux, d’incendier les villages et les forêts, de faire enfin de la Vendée un  « cimetière national » avant de la faire repeupler par des réfugiés républicains.

Général Turreau

Le général Turreau, organisateur des colonnes infernales.

De janvier à mai 1794, les colonnes parcourent donc la Vendée, s’adonnant aux pires exactions : incendies, viols, tortures, pillages et massacres des populations – parfois même actes de cannibalisme -, et le plus souvent sans distinction d’âge, de sexe ou d’opinions politiques (car même des personnes favorables aux républicains furent exterminées). Ces atrocités coûtent la vie à  environ 200 000 personnes et valent aux colonnes incendiaires d’être surnommées « colonnes infernales ».
Ce que les nazis ont fait à Oradour-sur-Glane, les armées de la république française l’ont fait bien avant eux : pas une fois seulement, mais des dizaines et des dizaines de fois, et cela sur des populations civiles françaises

C’est dans ce contexte que se situent les massacres de la forêt de Vezins. Le vaillant Général Stofflet avait établi son quartier général dans ces bois (mais il ne s’y trouvait pas ce jour-là) ; sous des huttes, il y avait aussi organisé une espèce d’hôpital et un grand refuge pour les populations des villages alentour.

C’est la dixième colonne infernale, sous les ordres de Crouzat, qui, le 25 mars 1794 au matin, après avoir perpétré un premier massacre à La Poterie, entra dans la forêt de Vezins, guidée par un traître, un nommé Porcher qui connaissait les lieux.

Bien que pris par surprise, il y eut néanmoins quelques Vendéens qui purent s’enfuir et qui relatèrent plus tard ce dont ils avaient été les témoins.
Tous ceux qui furent découverts furent impitoyablement massacrés : les malades et les blessés sur leurs grabats, les deux prêtres qui les assistaient, les vieillards et les enfants qui pensaient être à l’abri dans ces taillis, les femmes et les jeunes filles sur lesquelles les « bleus » se livrèrent aux outrages que l’on imagine avant de les mettre à mort.
Jusqu’au 27 mars, la colonne infernale ratissa les bois et tout ce qui fut pris vivant fut passé par le fer et le feu.

On estime à 1200 (certains auteurs vont jusqu’à 1500) le nombre des victimes de ces massacres.
Malgré les témoignages et la présence de très nombreux ossements, certains continuent à contester la réalité de ces événements.

Le document ci-dessous établit une liste partielle des victimes pour les paroisses d’Yzernay et de Chanteloup, tout en précisant : « La presque totalité des noms des victimes des grands massacres de la forêt en mars 1794 n’est connue que de Dieu seul…»

Liste partielle de victimes du massacre de la forêt de Vezins

(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format)

En 1821, une croix de bois fut élevée sur le lieu du massacre.  Un peu plus tard, on édifia un oratoire au dos duquel le comte de Colbert-Maulévrier fit bâtir en 1863 une chapelle de style néo-gothique, qui dès lors servit d’enfeu à sa famille.

Chapelle du cimetière des martyrs dans la forêt de Vezins

Chapelle de la forêt de Vezins sur les lieux du massacre.

Sur la façade de cette chapelle, de part et d’autre de l’ogive du tympan, sont les statues de  Jacques Cathelineau (cf. > www) et de Jean-Nicolas Stofflet (cf. > www).
C’est un lieu solitaire, propice au recueillement. Mais cet isolement l’a aussi – hélas ! – exposé très souvent au vandalisme.
Deux cents ans après, la même haine diabolique s’acharne encore sur la chapelle qui perpétue le souvenir des martyrs. En 1988, la statue de Stofflet avait été décapitée et la crypte  ossuaire profanée : des ossements de victimes en avaient été extraits et dispersés dans la forêt !
Depuis, on compte au moins cinq saccages : vases jetés à terre, statues renversées et brisées, bancs et prie-Dieu cassés, ex-voto lacérés, vitraux explosés, portes dégondées, inscriptions funéraires arrachées et réduites en morceaux… etc.

Plus que toutes les descriptions, la mini-vidéo suivante témoigne de cet acharnement. Elle a été filmée après les profanations perpétrées au cours de l’été 2010 :

(faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

Image de prévisualisation YouTube

Ces images me navrent le coeur et je pense qu’il en est de même pour chacun d’entre vous. Elles ne sont après tout qu’une illustration, sur une toute petite échelle, de ce qu’a accompli la « grande » révolution dans les églises et les sanctuaires du beau Royaume de France, jusque dans ses villages les plus reculés.

Je ne peux m’empêcher de voir dans les vandalismes contemporains – dont nombre d’églises, de chapelles, d’oratoires, de calvaires et de cimetières sont la cible aujourd’hui en France – , la conséquence logique des principes mêmes de cette sanglante révolution de 1789.
La constitution de l’Ancienne France, depuis Clovis, proclamait dans son préambule : « Vive le Christ qui est Roi des Francs ! ».
La république française, qui a érigé le vol en institution fondatrice pour tout ce qui concerne les biens de l’Eglise, qui a massacré prêtres, religieux et fidèles, qui a profané les sanctuaires les plus vénérables, brûlé les reliques des saints et commis les plus ignobles sacrilèges, qui a persécuté et fait prisonnier le Souverain Pontife jusqu’à le faire mourir d’épuisement et à l’enterrer civilement, … etc. n’a rien renié de ce passé et n’a fait aucune « repentance ».

Depuis plus de deux siècles, en alternance avec des périodes où elle semble se faire plus « tolérante » (sans doute pour endormir la méfiance et mieux préparer de nouvelles périodes de vexations ou de persécutions), la république française – fille des loges maçonniques – ne cesse, par paliers successifs, de surenchérir dans ses attentats contre le christianisme. Les lois qu’elle a produites pour cela sont si nombreuses qu’il faudrait un gros catalogue pour les contenir toutes.
L’antichristianisme a été le principal motif de la révolution, et il appartient à l’essence de la république qui est née d’elle !

Mais le seul salut, pour l’homme, dans sa dimension personnelle comme dans sa dimension sociale, ne réside que dans le Christ, Verbe de Dieu incarné.

En cette fête de l’Annonciation, en cet anniversaire de l’Incarnation, demandons instamment à Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Fils éternel de Dieu né de la Vierge Marie, de convertir le coeur de ceux qui travaillent aujourd’hui encore à Le chasser des structures de la société ; prions Marie, Reine de France, pour qu’elle ramène ce pays dans l’obéissance aux lois divines ; et que tous ces martyrs, qui ont versé leur sang plutôt que de renier leur foi et de se soustraire à la royauté d’amour de Jésus-Christ, intercèdent pour nous et nous gardent tous dans la fidélité, quoi qu’il puisse nous en coûter !

Lully.                                             

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Autres articles publiés sur ce blog concernant les martyrs et victimes de la révolution : les bienheureuses Martyres d’Orange (> ici), les bienheureuses Carmélites de Compiègne (> ici), les bienheureuses Ursulines de Valenciennes (> ici), le bienheureux Noël Pinot (> ici), les victimes des massacres de septembre 1792 (> ici), Jacques Cathelineau, le « Saint d’Anjou » (> ici), Louis-Marie de Lescure, le « Saint du Poitou » (< ici), Maurice d’Elbée (> ici) .

2011-31. De Saint Joseph et du Carême.


Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous sommes en Carême : j’espère que vous êtes tous animés d’une grande ferveur et remplis d’une mâle détermination pour ce grand temps du combat spirituel aux côtés de Notre-Seigneur (cf. Evangile du premier dimanche de Carême) !

Nous sommes au mois de mars, et ce mois est traditionnellement dédié à Saint Joseph.
Dans les petites bandes dessinées de Frère Maximilien-Marie, j’en ai justement trouvé une qui associe la dévotion à Saint Joseph et le temps du Carême, aussi ai-je pensé qu’elle pourrait tout à la fois vous plaire et vous être de quelque utilité spirituelle. Elle ne nécessite pas de plus ample commentaire de ma part, et je vous laisse donc la découvrir et en méditer les leçons.

Que Saint Joseph vous soit en aide pour correspondre toujours plus et mieux à l’amour du divin Coeur de Jésus!

pattes de chat  Lully.                     

Pour voir ces dessins dans un format plus grand faire dessus un clic droit
puis  : « ouvrir l’image dans un nouvel onglet »

Saint Joseph et le placage 1

Saint Joseph et le placage 2

rabot gif

Rappels :

- Message de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI pour le Carême de l’an de grâce 2011 > ici.
- Petit catéchisme sur le Carême et la pénitence > ici.
- Sermon de Saint Augustin sur le devoir que nous avons de faire pénitence > ici.

Autres bandes dessinées précédemment publiées sur ce blogue :
- « Une lettre pour toi » (> ici) ; – « La préférée de Dieu » (> ici) ; – « Concurrence » (> ici) ; – « J’enrage! » (> ici) ; – « Pas meilleur que les autres » (> ici) ; – « Grindsel le séraphin se pose quelques bonnes questions » (> ici) ; – « Comment se forment les perles » ( > ici).

Et aussi :
- Prières à Saint Joseph pour le mois de mars > ici
- Prière de Léon XIII à Saint Joseph « Nous recourrons à vous dans notre tribulation » > ici
- Salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > ici
et bande dessinée « Allez à Joseph » > ici.

2011-30. Sermon de Saint Augustin sur l’obligation de faire pénitence.

Avec le Mercredi des Cendres, nous avons commencé la grande aventure spirituelle du carême.
Nous avons cru opportun de livrer  à votre méditation ce sermon de « notre glorieux Père Saint Augustin » sur la nécessité de la pénitence.

Benoît XVI imposant les cendres

Synthèse de ce sermon : 1. La pénitence est nécessaire à tous. — 2. Cette nécessité se prouve par l’état de notre conscience et aussi dans l’Ecriture par l’exemple des Ninivites. — 3. La pénitence doit être pratiquée par les justes eux-mêmes. — 4. Personne ne peut se soustraire à la pénitence en prétextant d’être juste : une telle prétention serait à elle seule un crime. — 5. Conclusion.

Ronces

1. Dans la lecture de l’Evangile, nous avons entendu ces paroles : «Faites pénitence, car le Royaume des Cieux est proche» (Matth. IV, 17). Le Royaume des Cieux, c’est Jésus-Christ, qui sait discerner les bons d’avec les méchants et juger de toutes choses. Prévenons donc le courroux de Dieu en confessant nos péchés et, avant de paraître en jugement, purifions nos âmes de toutes leurs erreurs. Le danger serait de ne point savoir quel remède nous devons appliquer au péché ; comprenons du moins que, devant expier les causes de notre négligence, c’est pour nous une obligation de faire pénitence. Sachez, mes frères, quel amour nous a prodigué le Seigneur notre Dieu, puisqu’il veut que nous expiions nos fautes avant de paraître à son tribunal, où nous ne trouverions que la justice. Il nous prévient donc à l’avance, afin de n’avoir pas à nous traiter dans toute sa sévère équité. Si donc notre Dieu demande que de nos yeux découlent des larmes abondantes, c’est afin de nous faire recouvrer par la pénitence ce que nous avons perdu par notre négligence. Dieu connaît toute la mobilité et la fragilité humaines ; il sait que notre corps est une cause fréquente de péchés et que nos discours sont pleins d’imperfections. Voilà pourquoi il nous prescrit la pénitence, afin que par elle nous corrigions nos défauts et réparions nos fautes. Si l’homme est assuré de son pardon, il n’en doit pas moins s’inquiéter de la satisfaction. Je sais qu’ici nous sommes exposés à bien des blessures, et cependant personne ne doit désespérer, car le Seigneur est infini dans sa miséricorde et il est tout-puissant pour guérir nos langueurs.

2. Quelqu’un me dira peut-être qu’il ne trouve en lui-même aucun motif de pleurer. Mais alors qu’il rentre dans sa conscience, et il y rencontrera le souvenir toujours vivant de quelque péché. L’un soupire en raison d’une plaie du coeur, l’autre d’une injure du corps ; celui-ci est dominé par l’orgueil, celui-là brûle de telle ou telle cupidité ; ici c’est le mensonge, là c’est l’avarice qui a été peut-être jusqu’à réduire le prochain à la pauvreté ; tel a versé injustement le sang de son frère, tel s’est souillé par des relations criminelles avec une femme de mauvaise vie. Devant des plaies si grandes et si nombreuses de l’esprit ou du corps, se peut-il qu’il n’y ait lieu de pousser aucun gémissement, de verser aucune larme? Que personne ne rougisse de présenter à Dieu ses blessures. Si la honte vous empêche de découvrir vos plaies, jamais vous n’en obtiendrez le remède. Parmi les maladies, les unes sont plus faciles, les autres plus difficiles à guérir. Mais, de tous les malades, le plus difficile à soigner, c’est assurément celui qui ne veut pas l’être. C’est l’Ecriture elle-même qui en fait l’observation. Aucun de ceux qui ont cherché le remède n’a péri, tandis que celui qui l’a méprisé n’a pu échapper à la mort. Ninive était menacée de périr après trois jours si elle ne faisait pas pénitence. Voici ce qu’avait dit le Prophète : «Trois jours encore et Ninive sera détruite. Et cette parole arriva jusqu’aux oreilles du roi de Ninive ; il se leva de son siège, se dépouilla de ses vêtements, se couvrit d’un cilice et s’assit sur la cendre» (Jonas, III, 4, 6). Satisfaction bien méritoire, mes frères ; ce roi se dépouille de ses vêtements royaux et se couvre d’un cilice. Il aime mieux se sauver dans le cilice que de périr dans la pourpre. Où était alors ce faste du trône? Pour échapper au châtiment de son orgueil, il cherche un refuge dans les bras de l’humilité, afin de vous faire comprendre que Dieu attache plus de prix à l’humilité qu’à la puissance. En effet, c’en était fait du royaume de Ninive, si la pénitence n’était venue le protéger contre les châtiments du ciel.

3. Une circonstance frappante dans cette pénitente des Ninivites, c’est que le jeûne fut imposé aux enfants et aux animaux eux-mêmes. Mais pourquoi faire jeûner des enfants qui étaient sans péché? C’est que les innocents jeûnaient, afin de procurer le salut aux coupables. L’enfant implorait pardon, afin que le vieillard ne pérît pas. Le jeûne des enfants, soit encore, mais pourquoi le jeûne des animaux? Pour que la faim ressentie par les animaux prouvât mieux la pénitence des hommes ; leur rugissement devait être comme une prière lancée vers le ciel pour en faire redescendre la miséricorde en faveur des coupables. Nous aussi, mes frères, formons un saint accord entre notre coeur et notre foi, afin de crier plus efficacement vers le Seigneur notre Dieu. Les Ninivites imploraient, après s’être rendus coupables ; pour nous, sachons implorer afin que nous ne tombions pas dans le péché. Bienheureux celui que la crainte de Dieu dispense de tout châtiment et qui, pour faire le bien, n’a besoin que de connaître la loi de Dieu, et non d’en subir la punition! Il n’y a pas de châtiment à redouter pour celui qui sait craindre la justice de Dieu.

4. Quelqu’un de la foule me répondra peut-être : que puis-je craindre, puisque je ne fais aucun mal? Ecoutez cette parole de l’apôtre Saint Jean : «Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous» (I Jean, I, 8). Que personne ne vous séduise ; la pire espèce de péché, c’est de ne pas connaître ses péchés. Ceux qui les connaissent peuvent se réconcilier avec Dieu par la pénitence. Parmi les pécheurs, celui dont l’état est le plus alarmant, c’est celui qui se flatte qu’il n’y a pas eu en lui de quoi alarmer. Beaucoup de péchés sont regardés comme légers et n’en sont pas moins très-dangereux, précisément parce qu’ils ne sont pas considérés comme péchés. Le mal le plus séduisant, c’est celui qui ne paraît pas un mal. Je ne parle pas des homicides, des adultères, des mauvaises persuasions – plaise à Dieu qu’aucun chrétien ne s’y laisse entraîner!- et s’il succombe, le sentiment de son crime le portera à le pleurer aussitôt. Je parle de ces autres péchés qui passent pour beaucoup plus légers. Qui de vous pourrait se dire exempt de toute intempérance, de toute ambition, de toute jalousie, de toute cupidité, de toute avarice? Voilà pourquoi, selon la parole de l’Ecriture, je vous exhorte à vous humilier sous la puissante main de Dieu ; puisque personne n’est sans péché, que personne ne s’exempte de la pénitence, car ce serait être coupable que de se croire innocent. On peut n’avoir que des péchés légers, toujours est-il qu’on n’est jamais sans péché : «Personne n’est exempt de toute faute» (Job, XIV, 4).

5. Que ceux donc qui sont plus gravement coupables, implorent leur pardon avec plus d’instance. Que ceux qui se sont abstenus des plus grandes fautes, demandent d’en être délivrés, par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il!

Ronces

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