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2010-30. Pas meilleurs que les autres…

Samedi 26 juin 2010.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Comme la petite « bande dessinée » que j’avais publiée l’autre jour (cf.> www) a semblé plaire à un certain nombre d’entre vous, je me suis à nouveau faufilé dans les classeurs de Frère Maximilien-Marie pour vous en choisir une autre. Finalement mon choix d’aujourd’hui a été motivé par le fait que cette page m’a paru assez bien correspondre aux lectures que nous entendrons demain dans la Messe du cinquième dimanche après la Pentecôte (épître: 1ère épître de St Pierre III, 8-15; Evangile: Matth.V, 20-24), puisqu’elles nous exhortent à ne pas avoir une religion de surface et d’apparences, mais à rechercher  la pratique la plus authentique qui soit des vertus chrétiennes afin de tendre à la sainteté évangélique.

C’est en effet beaucoup plus par l’exemple que par des discours que les chrétiens peuvent et doivent témoigner des transformations que la Foi, l’Espérance et la Charité opèrent dans leur vie. Pour être crédibles il leur faut avoir une vraie cohérence, sinon ceux qui critiquent l’Eglise en faisant ressortir que les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres n’ont pas tort!

En achevant ce court message, je reprends donc pour chacun d’entre vous le souhait que le Prince des Apôtres écrivait aux premiers fidèles et qui conclut l’épître de ce dimanche: « Dominum autem Chritum sanctificate in cordibus vestris : sanctifiez le Christ Seigneur dans vos coeurs! »

Lully.

 (Nota :  pour voir  la B.D. dans un plus grand format, avec le pointeur de la souris faire un clic droit puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

Pas meilleurs que les autres

2010-28 : L’encyclique « Miserentissimus Redemptor ».

Nous pensons important de publier le texte suivant,
1) parce que ce texte précise bien l’esprit particulier de la réparation qui est indissociablement lié à la dévotion envers le Coeur adorable de Notre-Seigneur,
2) parce que ce texte est assez difficile à trouver (il n’en existe pas de traduction française sur le site officiel du saint-Siège alors qu’on y trouve les textes anglais, espagnol, italien et latin!!!)
et enfin 3) parce que ce texte garde une très grande actualité.

On parle de l’amour du Coeur de Jésus sans expliquer que cet amour est trop souvent méconnu et méprisé et que l’essentiel du message confié à Sainte Marguerite-Marie et authentifié par l’Eglise est un appel à la réparation…

coeurdejsus.jpg

Lettre Encyclique
« Miserentissimus Redemptor »
de Sa Sainteté le Pape Pie XI
sur
notre devoir de réparation envers le Sacré-Coeur de Jésus

- 8 mai 1928 -

Introduction : La promesse du Christ d’assister son Église.

Notre Rédempteur très miséricordieux venait d’opérer, sur le bois de la Croix, le salut du genre humain ; sur le point de remonter de ce monde vers son Père, il dit à ses Apôtres et à ses disciples pour les consoler : Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde. Cette parole, outre qu’elle est très agréable à entendre, est génératrice d’espérance et de sécurité, c’est elle, Vénérables Frères, qui Nous réconforte toutes les fois que, du haut de ce Siège, comme d’un observatoire élevé, Nous parcourons du regard soit l’ensemble de la société humaine entière, accablée de maux et de misères si nombreuses, soit l’Église elle-même, livrée à des attaques et à des embûches incessantes.

C’est cette divine promesse qui, à l’origine, éleva le courage des Apôtres abattus, les enflamma d’un zèle ardent pour répandre à travers le monde entier la semence de la doctrine évangélique; c’est elle encore qui, dans la suite, a soutenu l’Église dans sa lutte victorieuse contre les portes de l’enfer. L’assistance de Notre Seigneur Jésus-Christ, il est vrai, n’a jamais fait défaut à son Église. Toutefois, son secours et son appui furent d’autant plus présents qu’elle était assaillie de dangers ou de calamités plus graves ; les remèdes les mieux en rapport avec les conditions des temps et des circonstances lui étant alors fournis par cette divine Sagesse qui atteint avec force d’une extrémité à l’autre et dispose tout avec douceur.

Objet de l’Encyclique, son opportunité.

Même en ces derniers temps on ne peut vraiment dire que la main du Seigneur se soit raccourcie, et plus spécialement lorsqu’une erreur s’insinua et se propagea si loin que l’on pût craindre que, les âmes détournées de l’amour de Dieu et de la familiarité avec lui, les sources mêmes de la vie chrétienne vinssent, en quelque sorte, à se dessécher. Les plaintes que le Christ très aimant fit entendre dans ses apparitions à Marguerite-Marie Alacoque, les désirs aussi et les volontés qu’il signifia à l’adresse des hommes et pour leur bien, certains peut-être les ignorent encore, d’autres les négligent. C’est pour cette raison, Vénérables Frères, que Nous voulons vous entretenir quelques instants du devoir qui nous incombe de faire amende honorable au Cœur sacré de Jésus, pour Nous servir de l’expression courante. Nous avons la conviction que vous déploierez votre zèle pour instruire chacun de vos fidèles de toute la doctrine que Nous allons vous transmettre et que vous les encouragerez à la mettre en pratique.

I – Le Coeur de Jésus :

A.  Symbole de charité et de paix.

Parmi les nombreuses preuves de l’infinie bonté de notre Sauveur, il en est une qui brille d’un éclat tout particulier. Alors que la charité des fidèles allait se refroidissant, ce fut la charité même de Dieu qui se proposa pour être honorée d’un culte spécial, et les trésors de sa bonté se répandirent largement, grâce à la forme du culte rendu au Cœur sacré de Jésus, dans lequel sont cachés tous les trésors de la science et de la sagesse.

Jadis, à la sortie de l’arche de Noé, Dieu notifia par un signe son pacte d’amitié avec le genre humain, en faisant briller un arc resplendissant dans les nuées. De même, à l’époque si troublée où se répandait l’hérésie, perfide entre toutes, du jansénisme qui étouffait l’amour et la piété dus à Dieu, en le présentant moins comme un Père digne d’amour que comme un juge à craindre pour sa sévérité implacable, Jésus vint, dans sa bonté infinie, nous montrer son Cœur sacré tel un symbole de paix et de charité offert aux regards des peuples; c’était un gage assuré de victoire dans les combats. Aussi Notre prédécesseur d’heureuse mémoire, Léon XIII, considérant justement, dans sa Lettre encyclique Annum sacrum, l’admirable opportunité du culte envers le Cœur sacré de Jésus, n’hésitait pas à dire : »Quand l’Église, encore toute proche de ses origines, gémissait sous le joug des Césars, une croix apparut dans le ciel à un jeune empereur; elle était le présage et la cause d’un insigne et prochain triomphe. Aujourd’hui, un autre symbole divin d’heureux augure apparaît à nos yeux : c’est le Cœur très sacré de Jésus, surmonté de la croix et resplendissant d’un éclat incomparable au milieu des flammes. Nous devons placer en lui toutes nos espérances, c’est à lui que nous devons demander le salut des hommes, et c’est de lui qu’il faut l’attendre. »

B. Synthèse de la religion.

Et c’est à juste titre, Vénérables Frères. Car ce signe éminemment propice et la forme de dévotion qui en découle ne renferment-ils point la synthèse de la religion et la norme d’une vie d’autant plus parfaite qu’elle achemine les âmes à connaître plus profondément et plus rapidement le Christ Seigneur, à l’aimer plus ardemment et à l’imiter avec plus d’application et plus d’efficacité ? Qu’on ne s’étonne point dès lors que Nos prédécesseurs aient constamment défendu cette forme si excellente de dévotion contre les accusations de ses détracteurs, qu’ils l’aient couverte de louanges et qu’ils aient mis tout leur zèle à la propager, suivant les exigences des temps et des lieux. Sous le souffle de Dieu, la piété des fidèles envers le Cœur sacré de Jésus n’a point cessé de croître ; d’où l’éclosion de toutes parts des confréries vouées à la diffusion du culte du Sacré-Cœur; de là encore l’usage de la communion du premier vendredi du mois, conforme aux désirs du Christ-Jésus lui-même, et maintenant répandu à peu près partout.

II. Formes du culte du Sacré-Coeur :

A. La consécration au Sacré-Cœur.

Parmi toutes ces pratiques de la dévotion au Sacré-Cœur, il en est une remarquable qui mérite d’être signalée, c’est la pieuse consécration par laquelle, offrant à Dieu nos personnes et tous les biens que nous tenons de son éternelle bonté, nous les vouons au divin Cœur de Jésus. Ce devoir de piété que Notre-Seigneur voudrait voir tous les hommes lui rendre et qu’il réclame moins en raison de ses droits qu’en vertu de son immense amour pour nous, il l’enseigna lui-même à Marguerite-Marie, la très fidèle servante de son Cœur. Elle et son directeur spirituel, Claude de la Colombière, furent les premiers à le lui offrir; avec le temps, d’autres ont suivi : des hommes isolés d’abord, puis des familles, des associations, enfin même des magistrats, des villes et des nations. 

B. Pratique et diffusion de cette consécration.

Au siècle dernier et jusqu’au nôtre, des impies en sont venus, par leurs machinations, à faire repousser l’empire du Christ et à provoquer une guerre ouverte contre l’Église; on promulgue des lois et des décrets contraires au droit divin aussi bien qu’au droit naturel, bien plus, on clame dans des assemblées: Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous. Mais, en revanche, par la consécration dont Nous venons de parler, une voix unanime éclate, celle des fidèles du Sacré-Cœur, s’opposant vaillamment à celle de ses ennemis, pour venger sa gloire et affirmer ses droits: Il faut que le Christ règne – Que votre règne arrive. Voilà pourquoi, fort heureusement, le genre humain tout entier – que le Christ, en qui seul tout peut être restauré, possède par droit de nature – fut, au début de ce siècle, consacré au Sacré-Cœur par Léon XIII, Notre prédécesseur de glorieuse mémoire, aux applaudissements de l’univers chrétien.

Ces débuts si heureux et si réconfortants, ainsi que Nous le disions dans Notre Lettre encyclique Quas Primas en donnant suite aux vœux persévérants et nombreux des évêques et des fidèles, Nous avons pu, avec la grâce de Dieu, les compléter et les parachever quand, à l’issue de l’Année Sainte, Nous avons institué la fête du Christ Roi de l’univers et prescrit de la célébrer solennellement dans toute la chrétienté. Ce faisant, Nous n’avons pas seulement mis en lumière l’empire souverain du Christ sur toutes choses, sur la société tant civile que domestique et sur chaque homme en particulier, mais Nous avons encore fait entrevoir les joies de ce jour, heureux entre tous, où le genre humain, de son plein gré, se soumettra à la souveraineté infiniment douce du Christ-Roi. Pour cette raison, Nous avons ordonné que dès lors chaque année, au jour fixé pour cette fête, on renouvelât cette consécration, pour en obtenir des grâces plus certaines et plus abondantes, au profit de l’union de tous les peuples par les liens de la charité chrétienne et de la paix dans le Cœur du Roi des rois et du Seigneur des seigneurs.

C. La réparation due au Sacré-Cœur.

A tous ces hommages, et principalement à cette consécration si féconde, que vient sceller en quelque sorte la fête solennelle du Christ-Roi, il faut ajouter encore autre chose. C’est le sujet, Vénérables Frères, dont il Nous plaît de vous entretenir plus longuement dans cette Lettre : à savoir l’amende honorable ou la réparation selon l’expression courante à offrir au Cœur sacré de Jésus. Si, dans la consécration, le but premier et principal pour la créature est de rendre à son Créateur amour pour amour, il s’ensuit naturellement qu’elle doit offrir à l’égard de l’amour incréé une compensation pour l’indifférence, l’oubli, les offenses, les outrages, les injures qu’il subit: c’est ce qu’on appelle couramment le devoir de la réparation. 

1) Motif de justice.

Si les mêmes raisons nous obligent à ce double devoir, cependant le devoir de réparation et d’expiation s’impose en vertu d’un motif encore plus impérieux de justice et d’amour : de justice d’abord, car l’offense faite à Dieu par nos crimes doit être expiée, et l’ordre violé doit être rétabli par la pénitence; mais d’amour aussi, car nous devons « compatir au Christ souffrant et saturé d’opprobres », et lui offrir, selon notre petitesse, quelque consolation. Tous nous sommes des pécheurs ; de nombreuses fautes nous chargent; nous avons donc l’obligation d’honorer Dieu non seulement par notre culte, par une adoration qui rend à sa Majesté suprême de légitimes hommages, par des prières qui reconnaissent son souverain domaine, par des louanges et des actions de grâces pour son infinie bonté; mais à ce Dieu juste vengeur nous avons encore le devoir d’offrir satisfaction pour nos innombrables péchés, offenses et négligences. Ainsi à la consécration, par laquelle nous nous donnons à Dieu et qui nous mérite d’être voués à Dieu, avec la sainteté et la stabilité qui, suivant l’enseignement du Docteur angélique sont le propre de la consécration, il faut donc ajouter l’expiation qui répare entièrement les péchés, de peur que, dans sa sainteté, la Souveraine Justice ne nous repousse pour notre impudente indignité et, loin d’agréer notre offrande, ne la rejette.

2) Nécessité de cette réparation.

En fait, ce devoir d’expiation incombe au genre humain tout entier. Comme nous l’enseigne la foi chrétienne, après la déplorable chute d’Adam, l’homme, infecté de la souillure originelle, esclave de la concupiscence et des plus lamentables dépravations, se trouva ainsi voué à la perte éternelle. De nos jours, des savants orgueilleux nient ces vérités et, s’inspirant de la vieille erreur de Pélage, vantent des vertus innées de la nature humaine qui la conduiraient, par ses seules forces, jusqu’aux cimes les plus élevées. Ces fausses théories de l’orgueil humain, l’Apôtre les réfute en nous rappelant que, par nature, nous étions enfants de colère. Dès les débuts, en réalité, la nécessité de cette expiation commune a été reconnue, puisque, cédant à un instinct naturel, les hommes se sont efforcés d’apaiser Dieu par des sacrifices même publics.

3) Sa subordination au sacrifice du Christ.

Mais aucune puissance créée n’aurait jamais suffi à expier les crimes du genre humain si le Fils de Dieu n’avait assumé la nature humaine pour la relever. Le Sauveur des hommes l’a lui-même annoncé par la bouche du Psalmiste : Vous n’avez voulu ni sacrifice ni oblation, mais vous m’avez formé un corps; vous n’avez pas agréé les holocaustes pour le péché. Alors j’ai dit : Me voici, je viens. Et de fait, il s’est vraiment chargé de nos infirmités, il a porté lui-même nos douleurs; il a été broyé à cause de nos iniquités; il a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, détruisant l’acte qui était écrit contre nous et nous était contraire avec ses ordonnances; et il l’a fait disparaître en le clouant à la croix… afin que, morts, au péché, nous vivions pour la justice. 

4) Notre participation.

La surabondante Rédemption du Christ nous a fait remise de toutes nos fautes. Cependant, par une admirable disposition de la Sagesse divine, nous devons compléter dans notre chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Église. En conséquence, aux louanges et aux réparations « dont le Christ s’est acquitté envers Dieu au nom des pécheurs » pouvons-nous, et même devons-nous ajouter encore nos louanges et nos expiations. Mais nous ne devons jamais l’oublier, toute la vertu d’expiation découle uniquement du sacrifice sanglant du Christ, qui se renouvelle sans interruption, d’une manière non sanglante sur nos autels, car « c’est toujours une seule et même victime, c’est le même qui s’offre maintenant par le ministère du prêtre et qui s’offrit jadis sur la croix; seule la manière d’offrir diffère. » C’est pour cette raison qu’au très auguste Sacrifice eucharistique les ministres et le reste des fidèles doivent joindre leur propre immolation, de sorte qu’ils s’offrent eux aussi comme des hosties vivantes, saintes, agréables à Dieu. Bien plus, saint Cyprien ne craint pas d’affirmer que « le sacrifice du Seigneur n’est pas célébré avec la sainteté requise si notre propre oblation et notre propre sacrifice ne correspondent pas à sa Passion ». Pour cette raison encore, l’Apôtre nous exhorte à « porter dans notre corps la mort de Jésus, » à nous ensevelir avec Jésus et à nous greffer sur lui par la ressemblance de sa mort non seulement en crucifiant notre chair avec ses vices et ses convoitises en fuyant la corruption de la concupiscence qui règne dans le monde, mais encore en manifestant la vie de Jésus dans nos corps et, unis à son éternel sacerdoce, à offrir ainsi des dons et des sacrifices pour nos péchés.

A ce sacerdoce mystérieux et à cette mission de satisfaire et de sacrifier ne participent pas seulement les ministres choisis par notre Pontife, le Christ Jésus, pour l’oblation immaculée qui se doit faire en son nom divin depuis l’Orient jusqu’à l’Occident mais encore le peuple chrétien tout entier, appelé à bon droit par le Prince des Apôtres race élue, sacerdoce royal; car soit pour eux-mêmes, soit pour le genre humain tout entier, les fidèles doivent concourir à cette oblation pour les péchés, à peu près de la même manière que le Pontife choisi parmi les hommes est établi pour les hommes en ce qui concerne les choses de Dieu.

Plus notre oblation et notre sacrifice ressembleront au sacrifice du Christ, autrement dit plus parfaite sera l’immolation de notre amour-propre et de nos convoitises, plus la crucifixion de notre chair se rapprochera de cette crucifixion mystique dont parle l’Apôtre, plus abondants seront les fruits de propitiation et d’expiation que nous recueillerons pour nous et pour les autres. Car entre les fidèles et le Christ il existe une admirable relation, semblable à celle qui relie la tête aux divers membres du corps; mais de plus, par cette mystérieuse communion des saints que professe notre foi catholique, les hommes et les peuples non seulement sont unis entre eux, mais encore avec Celui-là même qui est la tête, le Christ. C’est de lui que tout le corps, coordonné et uni par le lien des membres qui se prêtent un mutuel secours et dont chacun opère selon sa mesure d’activité, grandit et se perfectionne dans la charité. C’est la prière qu’avant de mourir le Christ Jésus, médiateur entre Dieu et les hommes, adressait lui-même à son Père : Que je sois en eux et vous en moi, afin qu’ils soient parfaitement un. 

D. Motif d’amour pour la réparation.

1) L’union des fidèles dans le Christ.

Par conséquent, de même que l’union avec le Christ trouve son expression et sa confirmation dans l’acte de consécration, de même l’expiation sert de prélude à cette union en effaçant les péchés, elle nous perfectionne en nous associant aux souffrances du Christ, elle la parachève enfin en offrant des victimes pour le prochain. Ce fut là bien certainement la miséricordieuse intention de Jésus quand il nous présenta son Cœur portant les insignes de la Passion et d’où s’échappaient des flammes d’amour; en nous découvrant ainsi la malice infinie du péché, d’une part, et en nous faisant admirer, d’autre part, l’infinie charité du Rédempteur, il voulait nous inspirer une haine encore plus vive du péché et plus d’ardeur à répondre à son amour.

2) La réparation mendiée par Notre-Seigneur.

Du reste, l’esprit d’expiation ou de réparation a toujours tenu le premier et principal rôle dans le culte rendu au Sacré Cœur de Jésus; rien n’est plus conforme à l’origine, à la nature, à la vertu et aux pratiques qui caractérisent cette dévotion; d’ailleurs, l’histoire, les usages, la liturgie sacrée et les actes des Souverains Pontifes en portent témoignage. Dans ses apparitions à Marguerite-Marie, quand il lui dévoilait son infinie charité, le Christ laissait en même temps percevoir comme une sorte de tristesse, en se plaignant des outrages si nombreux et si graves que lui faisait subir l’ingratitude des hommes. Puissent les paroles qu’il employait alors ne jamais s’effacer de l’âme des fidèles : « Voici ce Cœur ― disait-il ― qui a tant aimé les hommes, qui les a comblés de tous les bienfaits, mais qui, en échange de son amour infini, non seulement ne reçoit pas de reconnaissance, mais ne recueille que l’oubli, la négligence et des injures, et cela parfois de la part de ceux-là même qui sont tenus de lui témoigner un amour spécial. »

Pour l’expiation de ces fautes il recommandait, entre autres, comme lui étant particulièrement agréables, les pratiques suivantes : participer, dans un esprit d’expiation, aux saints Mystères en faisant la « communion réparatrice »; y joindre des invocations et des prières expiatoires pendant une heure entière, en faisant, comme on l’appelle justement, « l’heure sainte »: exercices qui non seulement ont été approuvés par l’Église, mais qu’elle a enrichis d’abondantes indulgences. 

3) Considération du Christ dans sa Passion.

Mais, dira-t-on, quelle consolation peuvent apporter au Christ régnant dans la béatitude céleste ces rites expiatoires ? Nous répondrons avec Saint Augustin : « Prenez une personne qui aime : elle comprendra ce que je dis. » Nulle part d’ailleurs ces paroles ne trouvent une application plus juste.

Toute âme aimant Dieu avec ferveur, quand elle jette un regard sur le passé, peut voir et contempler dans ses méditations le Christ travaillant pour l’homme, affligé, souffrant les plus dures épreuves, pour nous autres hommes et pour notre salut, presque abattu par la tristesse, l’angoisse et les opprobres ; bien plus, « broyé sous le poids de nos crimes, il nous guérit par ses meurtrissures ». Tout cela, les âmes pieuses ont d’autant plus de raison de le méditer que ce sont les péchés et les crimes des hommes commis en n’importe quel temps qui ont causé la mort du Fils de Dieu; ces mêmes fautes, maintenant encore, causeraient la mort du Christ, entraîneraient les mêmes douleurs et les mêmes afflictions, puisque chacune d’elles, ainsi qu’on l’admet, est censée renouveler à sa manière la Passion du Seigneur : Crucifiant de nouveau pour leur part le Fils de Dieu et le livrant à l’ignominie. Que si, à cause de nos péchés futurs, mais prévus, l’âme du Christ devint triste jusqu’à la mort, elle a, sans nul doute, recueilli quelque consolation, prévue elle aussi, de nos actes de réparation, alors qu’un ange venant du ciel lui apparut, pour consoler son cœur accablé de dégoût et d’angoisse.

Ainsi donc, ce Cœur sacré incessamment blessé par les péchés d’hommes ingrats, nous pouvons maintenant et même nous devons le consoler d’une manière mystérieuse, mais réelle, d’autant que le Christ lui-même se plaint, par la bouche du Psalmiste, ainsi que la liturgie sacrée le rappelle, d’être abandonné de ses amis : Mon cœur a attendu l’opprobre et la misère; j’ai espéré celui qui s’affligerait avec moi et il n’est point venu, celui qui me consolerait et je ne l’ai point trouvé.

4) Les souffrances du Corps Mystique.

Ajoutons encore que la Passion du Christ se renouvelle, et d’une certaine manière elle se poursuit et s’achève, dans son corps mystique qui est l’Église. Car, pour nous servir encore des paroles de saint Augustin : « Le Christ a souffert tout ce qu’il devait souffrir ; la mesure de ses souffrances est désormais à son comble. La dette de souffrances était donc payée dans la Tête, mais elle demeurait entière dans son corps ». Le Seigneur Jésus lui-même a bien voulu nous l’apprendre, quand il disait à Saul, respirant encore la menace et la mort contre les disciples : Je suis Jésus que tu persécutes. Il laissait ainsi nettement entendre que les persécutions déchaînées contre l’Église visaient et atteignaient le divin Chef de l’Église lui-même. C’est donc à bon droit que, souffrant toujours en son corps mystique, le Christ veut nous avoir pour compagnons de son expiation. Notre situation envers lui l’exige également, car, puisque nous sommes le corps du Christ et ses membres chacun pour notre part, tout ce que souffre la tête, les membres le doivent souffrir aussi ».

E. Nécessité actuelle de la réparation

1) L’Église persécutée.

A quel point cette expiation, cette réparation sont nécessaires, surtout de nos jours, on le comprendra sans peine, comme Nous le disions au début, en considérant d’un regard le monde plongé dans le mal. De partout, en effet, montent vers Nous les gémissements des peuples dont il est vrai d’affirmer que les chefs ou les gouvernants se sont dressés et ligués contre le Seigneur et son Église. En ces pays, tous les droits, divins ou humains, se trouvent confondus. Les églises sont abattues, ruinées de fond en comble, les religieux et les vierges consacrées sont expulsés de leur demeure, livrés aux insultes et aux mauvais traitements, voués à la famine, condamnés à la prison, des multitudes d’enfants et de jeunes filles sont arrachés du sein de l’Église leur mère; on les excite à renier et à blasphémer le Christ; on les pousse aux pires dégradations de la luxure; le peuple entier des fidèles, terrorisé, éperdu sous la continuelle menace de renier sa foi ou de périr, parfois de la mort la plus atroce. Spectacle tellement affligeant qu’on y pourrait voir déjà l’aurore de ce début des douleurs que doit apporter l’homme de péché s’élevant contre tout ce qui est appelé Dieu ou honoré d’un culte.

2) Le mal parmi les chrétiens.

Mais plus attristant encore, Vénérables Frères, est l’état de tant de fidèles que le baptême a lavés dans le sang de l’Agneau immaculé et comblés de grâces; à tous les rangs de la société il s’en trouve qui, aveuglés par une ignorance incroyable des choses divines, empoisonnés d’erreurs, se traînent dans le vice, loin de la maison du Père; nul rayon de lumière de la vraie foi ne les éclaire, nulle espérance de la félicité future ne les réjouit, nulle ardeur de la charité ne les anime et ne les réchauffe; ils semblent vraiment être plongés dans les ténèbres et assis à l’ombre de la mort. Bien plus : chez les fidèles grandit l’indifférence à l’égard de la discipline ecclésiastique et des institutions anciennes qui forment la base de toute vie chrétienne, régissent la famille et protègent la sainteté du mariage, l’éducation des enfants est négligée, sinon faussée, par une affection trop indulgente; l’Église est frustrée de son droit d’élever la jeunesse chrétienne; dans la vie courante, la pudeur chrétienne est lamentablement oubliée, surtout dans la mode féminine; on ne voit que poursuite effrénée des biens passagers, que prédominance sans frein des intérêts civils, que recherche immorale de la faveur populaire, rébellion contre l’autorité légitime, enfin mépris de la parole divine, aboutissant à un affaiblissement grave, sinon à la perte de la foi.

3) Le mal parmi les clercs.

A ces maux vient mettre un comble soit la mollesse ou la lâcheté de ceux qui – tels les disciples endormis ou fugitifs, chancelant dans leur foi – désertent misérablement le Christ agonisant dans l’angoisse ou entouré par les satellites de Satan, soit la perfidie de ceux qui, à l’exemple du traître Judas, ont l’audace de participer au sacrifice de l’autel de manière sacrilège ou de passer à l’ennemi. On ne peut vraiment pas s’empêcher de penser que les temps prédits par Notre-Seigneur semblent être proches, où, à cause des progrès incessants de l’iniquité, la charité d’un grand nombre se refroidira.

4) L’esprit de réparation.

Il n’est pas un seul fidèle qui puisse méditer ces choses sans s’enflammer d’amour pour le Christ souffrant, avec un zèle plus vif, tous voudront expier leurs fautes et celles d’autrui, réparer les torts faits à l’honneur du Christ et travailler au salut éternel de leurs âmes. Comme elle est vraie cette parole de l’Apôtre: Là où la faute abonda, la grâce surabonda, et comme, en un sens, elle peut servir à peindre notre époque! Car en dépit de la perversité croissante des hommes, il est merveilleux de voir grandir, sous l’inspiration du Saint-Esprit, le nombre des fidèles des deux sexes qui, d’un zèle plus ardent s’efforcent de réparer tant d’insultes au divin Cœur, n’hésitent pas à s’offrir eux-mêmes comme victimes au Christ.

Celui qui médite, en effet, avec amour sur tout ce que Nous venons de rappeler, s’en imprégnant, si l’on peut dire, jusqu’au plus profond de son être, ne peut faire autrement que de ressentir de l’horreur pour tout péché et de s’en abstenir comme du mal souverain, plus encore, il s’appliquera à s’abandonner tout entier à la volonté de Dieu et à réparer les outrages faits à la divine Majesté par tous les moyens en son pouvoir : prières incessantes, souffrances librement consenties, épreuves éventuelles patiemment acceptées; en un mot, par une vie entièrement consacrée à ce désir d’expiation.

5) Les associations réparatrices.

De là sont nées toutes ces familles religieuses d’hommes et de femmes qui, rivalisant en quelque sorte avec l’Ange du Jardin des Oliviers, s’imposent, jour et nuit, le devoir de consoler Jésus; de là encore ces confréries pieuses, approuvées par le Siège apostolique et enrichies d’indulgences, qui, elles aussi, ont assumé ce devoir d’expiation en s’imposant la pratique d’exercices religieux et de vertus en rapport avec cette tâche; de là, enfin, puisqu’on ne peut tout dire, les réparations offertes à l’honneur divin sous forme d’amendes honorables et de cérémonies solennelles, non pas seulement de la part de fidèles isolés, mais aussi, ça et là, de paroisses, de diocèses et de cités.

6) La Fête du Sacré-Cœur, fête de réparation.

C’est pourquoi, Vénérables Frères, de même que la pratique de la consécration, après des débuts modestes, s’est bien vite répandue au loin et a reçu finalement de Notre confirmation tout l’éclat désirable, de même Notre plus vif désir est de sanctionner officiellement de notre autorité apostolique la pratique déjà connue et propagée de l’expiation et de l’amende honorable et de la voir célébrée solennellement dans tout l’univers catholique.

Dans ce but, en la fête du Sacré Cœur de Jésus – qu’à cette occasion Nous décidons d’élever au rang de double de première classe avec octave – Nous décrétons et ordonnons que chaque année, dans toutes les églises du monde entier, on récite solennellement, d’après la formule jointe à cette lettre, la protestation ou amende honorable a Notre-Seigneur, dans laquelle toutes nos fautes sont déplorées, et hommage est rendu aux droits violés de notre Roi et de notre Seigneur très aimant.

7) Les effets qu’on peut en attendre.

Sans nul doute, Vénérables Frères, l’institution de cette solennité sainte et sa généralisation dans l’Église universelle produiront des fruits nombreux et excellents non seulement pour chacun en particulier, mais pour la société tout entière, religieuse, civile ou familiale. Notre Rédempteur lui-même a promis, en effet, à Marguerite-Marie que « tous ceux qui, de la sorte, honoreraient son Cœur seraient comblés d’abondantes grâces célestes « . Les pécheurs même, en regardant celui qu’ils ont transpercés se sentiront émus par les gémissements et les pleurs de l’Église entière, déploreront à leur tour les insultes adressées au Souverain Roi et rentreront en eux-mêmes; ils craindront qu’endurcis dans leurs fautes ils ne pleurent trop tard et en vain sur lui, lorsqu’ils verront venir sur les nuées du ciel celui qu’ils ont transpercé. Quant aux justes, ils deviendront plus justes encore et plus saints; ils se voueront tout entiers et avec une ardeur renouvelée au service de leur Roi, qu’ils voient si méprisé, si attaqué, si souvent outragé, par-dessus tout, ils brûleront de zèle pour procurer le salut des âmes, en ayant toujours présente à la mémoire la plainte la divine Victime : A quoi donc sert mon sang ? et aussi la joie qu’éprouvera le Cœur sacré de Jésus pour un seul pécheur faisant pénitence !

Notre souhait le plus vif et Notre espoir le plus ferme, c’est que la justice de Dieu, qui eût, dans sa miséricorde, pardonné à Sodome pour dix justes, pardonne plus volontiers au genre humain, parce que la communauté tout entière, de tout lieu et de toute race, aura répandu ses instantes supplications et ses réparations efficaces, en union avec le Christ, son Médiateur et Chef.

Conclusion : Marie réparatrice.

A Nos vœux et à Nos efforts, que Marie la Vierge très bienveillante et la Mère de Dieu daigne sourire, elle qui nous donna Jésus notre Rédempteur, qui l’éleva, qui l’offrit comme victime au pied de la croix, et qui, par sa mystérieuse union avec le Christ et par une grâce particulière reçue de lui, fut aussi Réparatrice et est pieusement appelée de ce nom. Plein de confiance en son intercession auprès du Christ qui, seul Médiateur entre Dieu et les hommes, a voulu cependant s’associer sa Mère comme avocate des pécheurs et comme dispensatrice et médiatrice de ses grâces, Nous vous accordons du fond du cœur, comme gage des faveurs célestes et en témoignage de Notre bienveillance paternelle, à vous, Vénérables Frères, ainsi qu’à tous les fidèles confiés à vos soins, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre le 8 mai 1928, la septième année de Notre Pontificat.

PIE XI, PAPE.

2010-26 : Les préludes à la fondation de l’Ordre de la Visitation.

Nous l’avons déjà dit, le quatrième centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation, en raison des liens qui unissent le Refuge Notre-Dame de Compassion à cette famille religieuse (cf. > ici), est une invitation à se replonger dans l’esprit de Saint François de Sales et fournit l’occasion de nouveaux approfondissements.

A l’occasion du dimanche de la Sainte-Trinité, nous avons retracé la manière dont s’était passée l’ouverture du premier monastère dans la maison dite « de la Galerie » (cf. ici), mais il n’est pas inutile de rappeler ce que furent les préludes à la fondation de l’Ordre.

Saint François de Sales

En accédant au sacerdoce, puis en étant élevé à l’épiscopat, Saint François de Sales ne se trouva pas seulement affronté aux erreurs doctrinales du protestantisme et aux ravages humains et spirituels qu’il avait provoqués dans les populations, mais il fut également aux prises avec les désordres du clergé et le relâchement des ordres monastiques. En 1604, il écrivait au Pape Clément VIII : « Il est très affligeant qu’entre plusieurs monastères établis dans ce diocèse, on n’en puisse à peine trouver un seul où la discipline ne soit ébranlée et même tout à fait foulée aux pieds, en sorte qu’on ne voit plus même un vestige de l’antique et céleste ferveur…« 

Le saint évêque comprenait avec beaucoup de souffrance intérieure qu’il était vain de vouloir porter ses diocésains à vivre avec ferveur et générosité pour Dieu, si les âmes dédiées à Son service continuaient à donner le mauvais exemple.  Il aura fort à faire pour réformer son clergé et mettre en oeuvre les décisions du Concile de Trente concernant l’admission et la formation aux Ordres Sacrés, la « formation continue » des prêtres et la discipline ecclésiastique.

Pour le clergé régulier également il dut prendre des mesures énergiques ; c’est ainsi qu’il remplaça les chanoines réguliers du monastère Notre-Dame d’Abondance, qui n’étaient plus que six – âgés ou infirmes – et incapables d’assurer décemment le culte divin, par les cisterciens de la réforme des Feuillants, remplis de ferveur. Il dut aussi mener une lutte serrée contre les bénédictins relâchés du prieuré de Talloires pour les obliger à se corriger ou à quitter les lieux.

En 1603, dans une lettre au Nonce Apostolique à la Cour de Turin,  Monseigneur de Sales observait que pour réussir à assainir les instituts religieux « il faudrait un réformateur de grande autorité et prudence« . Il avait trop d’humilité pour penser qu’il puisse l’être  lui-même : il est cependant bien vrai que Dieu le destinait à avoir une influence déterminante sur le renouveau de la vie religieuse en général. « Réformateur », Saint François de Sales le sera en devenant fondateur. En effet, non seulement son action en faveur d’une vie religieuse profondément accordée à l’esprit de l’Evangile va donner sa pleine mesure par la fondation de l’Ordre de la Visitation, mais il va se faire que l’esprit particulier qu’il insufflera à cette nouvelle famille religieuse prédisposera l’Ordre à être le lieu privilégié des révélations du Sacré-Coeur, grâce auxquelles l’ensemble des communautés religieuses et l’Eglise tout entière seront ensuite revivifiées.

En 1604, Monsieur de Genève (ses contemporains l’appelaient ainsi : on donnait aux évêques le titre de « Monsieur » suivi du nom de leur évêché) accepta de prêcher le carême à Dijon. C’est ainsi qu’il va entrer en relation d’amitié avec la famille du Président du Parlement de Dijon, Monsieur Frémyot : il y a d’abord le fils, Monseigneur André Frémyot qui vient d’être nommé archevêque de Bourges et n’est pas encore sacré (c’est Saint François de Sales qui lui confèrera la consécration épiscopale), et il y a surtout Jeanne-Françoise, l’une des deux filles.

Jeanne-Françoise Frémyot baronne de Chantal

Jeanne-Françoise Frémyot est née à Dijon le 23 janvier 1572 (elle plus jeune que Saint François de Sales de 4 ans et demi). Elle n’a que 18 mois lorsque sa mère meurt. Son père lui fit donner une éducation soignée. Elle fait montre dès sa jeunesse d’un esprit vif, d’une volonté ferme et d’une foi profonde. A 20 ans elle a épousé le baron Christophe de Rabutin-Chantal dont elle est très éprise : c’est un mariage heureux! Mais au cours de l’hiver 1600, Christophe est mortellement blessé au cours d’une partie de chasse. Il meurt après neuf jours de terribles souffrances, mais dans des dispositions spirituelles admirables. La jeune veuve a 28 ans et quatre enfants : l’aîné, Celse-Bénigne (*), a tout juste 6 ans ; derrière lui viennent trois filles.

Tout en assumant ses devoirs de mère et de bru, la jeune veuve s’engage dans les voies de la sainteté : elle consacre de longues heures à l’oraison, aux visites charitables auprès des pauvres et des malades, assiste les mourants… Son humilité et sa patience font l’admiration de son entourage. Elle prend pour directeur spirituel un religieux plein de zèle et de ferveur, certes, mais qui dont les qualités de discernement sont fort réduites. Insatisfaite, elle se sent toutefois liée à lui par des voeux qu’il l’a contrainte à prononcer. En 1602, un jour où elle prie Dieu de lui donner un guide spirituel selon son coeur, elle a soudain la vision d’un évêque habillé comme pour dire la messe, tandis qu’une voix lui dit : « Voici le guide bien-aimé de Dieu et des hommes, entre les mains duquel tu dois reposer ta conscience. » Deux ans plus tard, pressé par son père de venir suivre les exercices du carême à Dijon, elle reconnait du premier coup d’oeil en Saint François de Sales, lorsqu’il monte en chaire, l’évêque de sa vision.

Monsieur de Genève aussi, du haut de la chaire, reconnut Madame de Chantal : avant de venir à Dijon, se préparant dans la retraite à ses prédications de carême, il avait vu en esprit une femme de taille plus élevée que la moyenne, au visage empreint de modestie, portant la robe des veuves. Il demanda qui était cette dame à Monseigneur Frémyot, qui fut bien aise de lui dire que c’était sa soeur et qui la lui présenta peu après. Saint François de Sales reçut les confidences de la jeune femme, la libéra de ses voeux imprudents et – après de longues prières – finit par lui déclarer le 5 août suivant qu’il avait acquis la certitude que Dieu voulait qu’il accepte d’être son conseiller spirituel.

Il faudra cependant plusieurs années de maturation pour que la pieuse baronne soit prête à la fondation que Dieu a révélée au saint évêque. D’abord parce qu’il faut que Madame de Chantal lève les obstacles familiaux, et en particulier attende que ses enfants puissent se passer d’elle…

A la Pentecôte 1607, Saint François de Sales s’assure des dispositions de Madame de Chantal. La Révérende Mère de Chaugy – biographe des premières moniales de la Visitation – a relaté ainsi cet entretien :

« Après la messe, avec un visage grave et sérieux, tout recueilli en Dieu, il lui dit : « Ma fille, je suis résolu de ce que je veux faire de vous ». « Et moi, dit-elle, Monseigneur et mon Père, je suis résolue d’obéir ». Sur cela elle se mit à genoux, le bienheureux l’y laissa et se tint debout à deux pas d’elle : « Oui, il faut entrer à Sainte Claire ». « Mon Père, je suis toute prête ». « Non, dit-il, vous n’êtes pas assez robuste, il faut être soeur de l’hôpital de Beaune ». « Tout ce qui vous plaira ». « Ce n’est pas encore ce que je veux, dit-il, il faut être Carmélite ». « Je suis prête d’obéir », répond-elle. Ensuite il lui proposa diverses autres conditions pour l’éprouver et il trouva que c’était une cire amollie par la chaleur divine et disposée à recevoir toutes les formes d’une vie religieuse, telle qu’il lui plairait. Et là-dessus, il lui déclara fort amplement le dessein qu’il avait de notre cher Institut » (Mère de Chaugy, p.95).

Madame de Chantal confiera plus tard qu’à l’énoncé des projets de Monseigneur de Sales elle fut remplie d’un immense bonheur car « je sentis aussitôt une grande correspondance intérieure avec une douce satisfaction et lumière, qui m’assurait que telle était la volonté de Dieu ».

Il faudra encore trois années pour arriver à l’ouverture du premier monastère : trois années riches d’échanges, de mûrissements et de lumières célestes avant qu’au soir du dimanche de la Sainte-Trinité 6 juin 1610 les trois premières Mères et la première Soeur puissent entrer dans la petite maison « de la Galerie » au bord du lac, et y commencer la vie de communauté.

Frère Maximilien-Marie

Armoiries de la Visitation

(*) Celse-Bénigne de Rabutin-Chantal épousera Marie de Coulanges qui,  en 1626, lui donnera une fille, prénommée elle aussi Marie. Marie de Rabutin-Chantal épousera en 1644 Henri de Sévigné : la célèbre marquise épistolière est donc la petite-fille de Sainte Jeanne de Chantal.

2010-19. « Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c’est notre sainte religion… »

8 mai…

Le 8 mai 1429, Sainte Jeanne d’Arc fit son entrée triomphale dans la ville d’Orléans dont elle avait fait lever le siège mené depuis plusieurs mois par les troupes anglaises.
Cette date marque le renouveau de l’espérance pour les peuples de la France envahie, humiliée, désemparée… Chaque année, les fêtes johanniques d’Orléans célèbrent le souvenir de ce haut fait et du retentissement qu’il eut par tout le Royaume.

Le 24 juin 1920 – quelques semaines après la canonisation de Jehanne (16 mai 1920) – à l’initiative de Joseph Fabre, une loi fut adoptée qui instituait le deuxième dimanche du mois de mai comme fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc.
Aussi lorsque en 1922 le Pape Pie XI la déclara patronne de la France en second (expression qui est préférable à celle de « patronne secondaire ») - la patronne principale étant Notre-Dame de l’Assomption – , la fête liturgique de Sainte Jeanne d’Arc (le 30 mai) devint une fête qui, dans toute la France, se devait d’avoir une célébration reportée au dimanche. La solennité en fut alors naturellement fixée non pas au dimanche qui suivait le 30 mai, mais également au deuxième dimanche de mai pour la faire correspondre à la fête nationale.

Nous ne pouvons que déplorer et réprouver la manière dont, dans le calendrier liturgique réformé, la célébration de la fête de Sainte Jeanne d’Arc a été rétrogradée par les instances épiscopales françaises au mépris de toutes les règles liturgiques, pour des raisons qui semblent tout à fait idéologiques. Le tristement célèbre Pierre Cauchon, vendu à l’envahisseur et ennemi de la légitimité dynastique, aurait-il eu une descendance dans les évêques du XXème siècle ?

Pour marquer la célébration de la fête nationale et la solennité de Sainte Jeanne d’Arc, je livre aujourd’hui à votre méditation ces lignes extraites de l’éloge de Jeanne d’Arc (elle n’était alors même pas béatifiée) prononcé dans la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans le 8 mai 1844 par Monseigneur Louis-Edouard Pie, qui n’était encore que vicaire général du diocèse de Chartres, et deviendrait quelques années plus tard évêque de Poitiers.

2010-19. « Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion... » dans Lectures & relectures lenepveujeannedarcausigedorlanscopie

« Souffrez qu’en face des autels, je proclame ces grands principes qui seront toujours compris en France : que c’est la justice qui élève les nations, et que c’est le péché qui les fait descendre dans l’abîme ; qu’il est une Providence sur les peuples, et qu’en particulier il est une Providence pour la France ; Providence qui ne lui a jamais manqué, et qui n’est jamais plus près de se manifester avec éclat que quand tout semble perdu et désespéré ; que le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c’est notre sainte religion catholique, et qu’un Français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l’avenir de son pays.

(…) Jehanne d’Arc est de Dieu ; elle est l’envoyée de Dieu ; elle n’a cessé de le dire. Et quel Français se sentirait le triste courage de nier le témoignage des paroles de Jehanne, si magnifiquement confirmé par le témoignage de ses oeuvres et par le témoignage de sa vie et de sa mort? Et cela pour ne pas vouloir reconnaître cette vérité si consolante, savoir : que Dieu aime la France et qu’au besoin il la sauve par des miracles.

« Prince de Bourgogne, écrivait Jehanne à l’ennemi de son Roi, je vous fais asçavoir de par le Roy du Ciel, pour votre bien et votre honneur, que vous ne gaignerez point bataille à l’encontre des loyaulx Françoys et tous ceux qui guerroyent contre le Roy Jhésus, Roy du Ciel et de tout le monde ; s’il vous plaît aguerroyer, allez sur le Sarrazin.« 

Vous l’entendez, Messieurs, le saint royaume de France, le royaume des loyaux Français, c’est le royaume de Dieu-même ; les ennemis de la France, ce sont les ennemis de Jésus. Oui, Dieu aime la France, parce que Dieu aime son Eglise, rapporte tout à son Eglise, à cette Eglise qui traverse les siècles, sauvant les âmes et recrutant les légions de l’éternité ; Dieu, dis-je, aime la France, parce qu’il aime son Eglise, et que la France, dans tous les temps, a beaucoup fait pour l’Eglise de Dieu. Et nous, Messieurs, si nous aimons notre pays, si nous aimons la France, et certes nous l’aimons tous, aimons notre Dieu, aimons notre foi, aimons l’Eglise notre Mère, la nourrice de nos pères et la nôtre.

Le Français, on vous le dira du couchant à l’aurore, son nom est CHRETIEN, son surnom CATHOLIQUE. C’est à ce titre que la France est grande parmi les nations ; c’est à ce prix que Dieu la protège, et qu’il la maintient heureuse et libre. Et si vous voulez savoir en un seul mot toute la philosophie de son histoire, la voici : « Et non fuit qui insultaret populo isti, nisi quando recessit a cultu Domini Dei sui : et il ne s’est trouvé personne qui insultât ce peuple, sinon quand il s’est éloigné du Seigneur son Dieu » (Judith V, 17). »

blasonjdarc dans Memento

Voir aussi le discours du Cardinal Eugenio Pacelli sur la Vocation de la France, prononcé dans la chaire de Notre-Dame de Paris le 13 juillet 1937 > ici.

Prière (pour neuvaine) et cantique en l’honneur de Sainte Jeanne d’Arc > ici.

2010-17. Le prêtre doit annoncer la Foi authentique de l’Eglise et non ses idées personnelles.

Il me paraît de la plus haute importance de publier ici le texte intégral de la catéchèse dispensée par notre Saint-Père le Pape Benoît XVI le mercredi 14 avril 2010 à l’occasion de l’audience générale sur la Place Saint-Pierre. J’ai eu l’immense bonheur d’assister à cette audience*. Le Maître Chat Lully publiera prochainement un compte-rendu de mon pèlerinage qu’il vous avait annoncé (cf. > www) mais il me paraît primordial de vous faire parvenir sans tarder cet enseignement du Souverain Pontife.

Frère Maximilien-Marie.

A l'audience générale du mercredi 14 avril 2010 le Saint-Père se tourne vers nous et nous bénit.

Notre Saint-Père le Pape bénit notre groupe à son arrivée.

Chers amis,

En cette période pascale qui nous conduit à la Pentecôte et qui nous amène également aux célébrations de clôture de l’Année sacerdotale, programmées les 9, 10 et 11 juin prochains, j’ai à cœur de consacrer encore certaines réflexions au thème du ministère ordonné, en m’arrêtant sur la réalité féconde de la configuration du prêtre au Christ Tête, dans l’exercice des tria munera qu’il reçoit, c’est-à-dire des trois charges d’enseigner, de sanctifier et de gouverner.

Pour comprendre ce que signifie agir in persona Christi Capitis – dans la personne du Christ Tête – de la part du prêtre, et pour comprendre également quelles conséquences dérivent du devoir de représenter le Seigneur, en particulier dans l’exercice de ces trois fonctions, il faut expliciter avant tout ce que l’on entend par « représentation ».

Le prêtre représente le Christ. Qu’est-ce que cela veut dire, que signifie « représenter » quelqu’un? Dans le langage commun, cela veut dire – généralement – recevoir une délégation de la part d’une personne pour être présente à sa place, parler et agir à sa place, car celui qui est représenté est absent de l’action concrète. Nous nous demandons : le prêtre représente-t-il le Seigneur de la même façon? La réponse est non, car dans l’Eglise, le Christ n’est jamais absent, l’Eglise est son corps vivant et le Chef de l’Eglise c’est Lui, présent et œuvrant en elle. Le Christ n’est jamais absent, il est même présent d’une façon totalement libérée des limites de l’espace et du temps, grâce à l’événement de la Résurrection, que nous contemplons de façon spéciale en ce temps de Pâques.

C’est pourquoi, le prêtre qui agit in persona Christi Capitis et en représentation du Seigneur, n’agit jamais au nom d’un absent, mais dans la Personne même du Christ ressuscité, qui se rend présent à travers son action réellement concrète. Il agit réellement et réalise ce que le prêtre ne pourrait pas faire : la consécration du vin et du pain, afin qu’ils soient réellement présence du Seigneur, l’absolution des péchés. Le Seigneur rend présente Son action dans la personne qui accomplit ces gestes. Ces trois devoirs du prêtre – que la Tradition a identifiés dans les diverses paroles de mission du Seigneur : enseigner, sanctifier, et gouverner – dans leur distinction et dans leur profonde unité, sont une spécification de cette représentation concrète. Ils sont en réalité les trois actions du Christ ressuscité, le même qui aujourd’hui, dans l’Eglise et dans le monde, enseigne et ainsi crée la foi, rassemble son peuple, crée une présence de la vérité et construit réellement la communion de l’Eglise universelle ; et sanctifie et guide.

Le premier devoir dont je voudrais parler aujourd’hui est le munus docendi, c’est-à-dire celui d’enseigner. Aujourd’hui, en pleine urgence éducative, le munus docendi de l’Eglise, exercé de façon concrète à travers le ministère de chaque prêtre, apparaît particulièrement important. Nous vivons dans une grande confusion en ce qui concerne les choix fondamentaux de notre vie et les interrogations sur ce qu’est le monde, d’où il vient, où nous allons, ce que nous devons faire pour accomplir le bien, la façon dont nous devons vivre, quelles sont les valeurs réellement pertinentes. En relation à tout cela, il existe de nombreuses philosophies opposées, qui naissent et qui disparaissent, créant une confusion en ce qui concerne les décisions fondamentales, comme vivre, car nous ne savons plus, communément, par quoi et pour quoi nous avons été faits et où nous allons.

Dans cette situation se réalise la parole du Seigneur, qui eut compassion de la foule parce qu’elle était comme des brebis sans pasteur (cf. Marc VI, 34). Le Seigneur avait fait cette constatation lorsqu’il avait vu les milliers de personnes qui Le suivaient dans le désert car, face à la diversité des courants de cette époque, elles ne savaient plus quel était le véritable sens de l’Ecriture, ce que disait Dieu. Le Seigneur, animé par la compassion, a interprété la parole de Dieu, il est Lui-même la Parole de Dieu, et il a ainsi donné une orientation. Telle est la fonction in persona Christi du prêtre : rendre présente, dans la confusion et la désorientation de notre époque, la lumière de la parole de Dieu, la lumière qui est le Christ Lui-même dans notre monde. Le prêtre n’enseigne donc pas ses propres idées, une philosophie qu’il a lui-même inventée, qu’il a trouvée ou qui lui plaît ; le prêtre ne parle pas de lui, il ne parle pas pour lui, pour se créer éventuellement des admirateurs ou son propre parti ; il ne dit pas des choses qui viennent de lui, ses inventions, mais, dans la confusion de toutes les philosophies, le prêtre enseigne au nom du Christ présent, il propose la Vérité qui est le Christ Lui-même, Sa parole, Sa façon de vivre et d’aller de l’avant. Pour le prêtre vaut ce que le Christ a dit de lui-même : « Mon enseignement n’est pas le mien » (Jean VII, 16) ; c’est-à-dire que le Christ ne se propose pas lui-même, mais, en tant que Fils, il est la voix, la Parole du Père. Le prêtre doit lui aussi toujours parler et agir ainsi : « Ma doctrine n’est pas la mienne, je ne diffuse pas mes idées ou ce qui me plaît, mais je suis la bouche et le cœur du Christ et je rends présente cette doctrine unique et commune, qui a créé l’Eglise universelle et qui crée la vie éternelle ».

Ce fait, c’est-à-dire que le prêtre ne crée pas et ne proclame pas ses propres idées dans la mesure où la doctrine qu’il annonce n’est pas la sienne, mais du Christ, ne signifie pas, d’autre part, qu’il soit neutre, une sorte de porte-parole qui lit un texte dont il ne prend peut-être pas possession. Dans ce cas aussi vaut le modèle du Christ, qui a dit : Je ne m’appartiens pas et je ne vis pas pour moi, mais je viens du Père et je vis pour le Père. C’est pourquoi, dans cette profonde identification, la doctrine du Christ est celle du Père et il est Lui-même un avec le Père. Le prêtre qui annonce la parole du Christ, la foi de l’Eglise et non ses propres idées, doit aussi dire : Je ne m’appartiens pas et je ne vis pas pour moi, mais je vis avec le Christ et du Christ et ce qu’a dit le Christ devient donc ma parole, même si elle n’est pas la mienne. La vie du prêtre doit s’identifier au Christ et, de cette manière, la parole qui n’est pas sienne, devient toutefois une parole profondément personnelle. Saint Augustin, sur ce thème, a dit en parlant des prêtres : « Et nous, que sommes nous? Des ministres (du Christ), ses serviteurs ; car ce que nous vous distribuons n’est pas à nous, mais nous le tirons de Lui. Et nous aussi nous vivons de cela, car nous sommes des serviteurs, comme vous » (discours 229 – E, 4).

L’enseignement que le prêtre est appelé à offrir, les vérités de la foi, doivent être intériorisées et vécues dans un intense chemin spirituel personnel, de manière à ce que le prêtre entre réellement en profonde communion intérieure avec le Christ lui-même. Le prêtre croit, accueille et cherche à vivre, avant tout comme sien, ce que le Seigneur a enseigné et que l’Eglise a transmis, dans ce parcours d’identification avec le propre ministère dont saint Jean-Marie Vianney est le témoin exemplaire (cf. Lettre pour l’indiction de l’Année sacerdotale). « Unis dans la même charité - affirme encore Saint Augustin - nous sommes tous des auditeurs de Celui qui est pour nous dans le ciel l’unique Maître » (Commentaires sur les Psaumes 131, 1. 7).

La voix du prêtre, par conséquent, pourrait souvent sembler la « voix de celui qui crie dans le désert » (Marc I, 3) ; mais c’est précisément en cela que consiste sa force prophétique : dans le fait de ne jamais être homologué, ni homologable, à aucune culture ou mentalité dominante, mais de montrer l’unique nouveauté capable d’opérer un profond et authentique renouveau de l’homme, c’est-à-dire que le Christ est le Vivant, il est le Dieu proche, le Dieu qui œuvre dans la vie et pour la vie du monde et nous donne la vérité, la manière de vivre.

Dans la préparation attentive de la prédication festive, sans exclure celle des autres jours, dans l’effort de formation catéchétique, dans les écoles, dans les institutions académiques et, de manière particulière, à travers ce livre non écrit qu’est sa vie même, le prêtre est toujours « professeur », il enseigne. Mais pas avec la présomption de qui impose ses propres vérités, avec l’humble et joyeuse certitude de celui qui a rencontré la Vérité, en a été saisi et transformé, et ne peut donc pas manquer de L’annoncer. Le sacerdoce en effet, personne ne peut le choisir seul, ce n’est pas une manière de parvenir à une sécurité dans la vie, de conquérir une position sociale : personne ne peut se le donner, ni le rechercher seul. Le sacerdoce est la réponse à l’appel du Seigneur, à Sa volonté, pour devenir des annonciateurs non d’une vérité personnelle, mais de Sa Vérité.

Chers confrères prêtres, le peuple chrétien nous demande d’entendre dans nos enseignements la doctrine ecclésiale authentique, à travers laquelle pouvoir renouveler la rencontre avec le Christ qui donne la joie, la paix, le salut. Les Saintes Ecritures, les écrits des Pères et des Docteurs de l’Eglise, le catéchisme de l’Eglise catholique constituent à cet égard, des points de référence indispensables dans l’exercice du munus docendi, si essentiel pour la conversion, le chemin de foi et le salut des hommes. « Ordination sacerdotale, veut dire : être immergés [...] dans la Vérité » (Homélie lors de la Messe chrismale, 9 avril 2009), cette Vérité qui n’est pas simplement un concept ou un ensemble d’idées à transmettre et à assimiler, mais qui est la Personne du Christ, avec laquelle, pour laquelle et dans laquelle vivre et c’est ainsi, nécessairement, que naît aussi l’actualité et le caractère compréhensible de l’annonce. Seule cette conscience d’une Vérité faite Personne dans l’Incarnation du Fils justifie le mandat missionnaire : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création » (Marc XVI, 15). C’est uniquement s’il est la Vérité qu’il est destiné à toute créature, et il n’est pas l’imposition de quelque chose, mais l’ouverture du cœur à ce pour lequel il est créé.

Chers frères et sœurs, le Seigneur a confié aux prêtres une grande tâche : être des annonciateurs de Sa Parole, de la Vérité qui sauve ; être Sa voix dans le monde pour porter ce qui sert au vrai bien des âmes et à l’authentique chemin de foi (cf. 1 Cor. VI, 12). Que saint Jean-Marie Vianney soit un exemple pour tous les prêtres. Il était un homme d’une grande sagesse et d’une force héroïque pour résister aux pressions culturelles et sociales de son époque afin de pouvoir conduire les hommes à Dieu : simplicité, fidélité et immédiateté étaient les caractéristiques essentielles de sa prédication, transparence de sa foi et de sa sainteté. Le peuple chrétien en était édifié et, comme c’est le cas pour les maîtres authentiques de notre temps, il y reconnaissait la lumière de la Vérité. Il y reconnaissait, en définitive, ce que l’on devrait toujours reconnaître chez un prêtre : la voix du Bon Pasteur.

* * * * * * *

* Nota : Le groupe des descendants des Zouaves Pontificaux, avec lequel je me trouvais, avait même le privilège d’être placé, seul, à côté de la statue de Saint-Pierre au pied des marches du parvis de la Basilique Vaticane sur lequel siégeait le Souverain Pontife qui est passé à plusieurs reprises juste devant notre groupe qu’il a clairement identifié et béni.

2010-16. « Nous devons suivre Jésus sur la voie du courage qui ne se laisse pas intimider par les rumeurs de l’opinion dominante. » (Benoît XVI)

Joyeuses Pâques

Vendredi de Pâques 9 avril 2010.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je ne veux pas laisser se terminer l’octave de Pâques sans vous adresser quelques lignes : j’espère que vous avez tous passé une belle et fervente Semaine Sainte, ainsi qu’une joyeuse fête de la Résurrection de Notre-Seigneur.

Cette « solennité des solennités » est le point culminant de l’année chrétienne et les grâces du Ciel y sont déversées avec une surabondance particulière. La mort et la résurrection du Seigneur Jésus-Christ marquent la victoire de Dieu sur le mal et sur la puissance démoniaque : du mystère pascal découlent toutes les grâces de notre salut et de notre sanctification. Il est donc tout à fait normal, en définitive, que le diable soit en fureur lorsque l’Eglise célèbre cette victoire ; il est tout à fait logique que la célébration des mystères du salut le mettent en rage et que, d’une manière tout à fait spéciale dans cette période, il se déchaîne contre tout ce qui porte la marque de Dieu…

Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI fait l’objet d’attaques virulentes et répétées justement parce qu’il est un homme de Dieu et parce qu’il accomplit dans l’Eglise et pour l’Eglise un travail nécessaire : travail de redressement et de restauration voulu par Dieu au service de la Vérité et pour le règne de l’authentique Charité dans les coeurs, dans l’Eglise et dans le monde entier.

Cet homme doux et intègre dérange donc les faux prophètes manipulateurs d’opinion et promoteurs d’une société soumise à cette « dictature du relativisme » qu’il a dénoncée lors de la Messe précédant le conclave qui l’a élu au Souverain Pontificat. Ce Pape dérange, à l’intérieur même de l’Eglise, tous les esprits dont la foi et la charité ont été dénaturées par le modernisme et les idéologies…

De la même manière que Caïphe fut prophète sans comprendre la portée réelle de ses paroles lorsqu’il déclara devant le Sanhédrin qu’il valait mieux « qu’un seul homme meure pour tout le peuple » (cf. Joan.XI, 49-53), un homme politique français avait déclaré, il y a environ un an, que « ce Pape commence à poser un vrai problème« … Il disait vrai : ce Pape pose un vrai problème à tous les faux prophètes et à tous ceux qui ont falsifié la foi catholique, et il est vraiment heureux que Benoît XVI soit là comme un petit grain de sable qui gêne les rouages de la machine infernale bien huilée de leur oeuvre mortifère pour les âmes et pour la société tout entière!

Ce que notre Frère Maximilien-Marie écrivait l’an dernier à pareille époque reste d’une vérité et d’une actualité qui n’iront sans doute qu’en se renforçant et en amplifiant encore:

« Ne nous faisons pas d’illusions : à l’approche de la Semaine Sainte et des solennités pascales, nous  devons  nous attendre à de nouvelles provocations ou tentatives de manipulations de l’opinion publique tendant à discréditer l’Eglise et le Pape, le Christ et son Evangile, la Foi et ses enseignements… Sans vouloir en aucune manière jouer au prophète de malheur, je puis vous annoncer que l’opposition médiatique, que l’opposition politique et que l’opposition à l’intérieur même de l’Eglise catholique contre notre Saint-Père le Pape Benoît XVI, ne font que commencer et qu’elles risquent de croître en amplitude et en virulence (…).

Que le pape “pose un vrai problème” aux hommes politiques véreux, aux francs-maçons  de toutes obédiences et aux pseudos-vertueux qui prônent le laxisme moral et la décadence, c’est un très bon signe!

Ce qu’on reproche au Pape, c’est de tenir des propos… catholiques! Or, en ce qui me concerne, je suis bien plus rassuré dans ma conscience chrétienne par les propos d’un Pontife qui ne s’embarrasse pas des modes et des pressions médiatiques, que s’il se mettait à prôner la même chose que les acteurs et les chantres d’une société affranchie des exigences de la Loi divine.

La vérité contenue dans le Saint Evangile n’a rien à voir avec les doctrines du monde, elle n’est pas sujette aux fluctuations de l’opinion publique ni aux errances de la mode. Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI ne fait qu’annoncer et énoncer des vérités qui ne sont pas du domaine de l’opinion et de la mode, rien d’étonnant donc à ce que le monde le prenne en haine.  On peut même dire que la virulence de la tempête  médiatique et le déferlement de méchanceté  dirigés contre lui sont – en définitive – le signe qu’il est le fidèle ambassadeur d’une Parole qui dérange, une Parole qui n’est pas humaine.

J’ajouterai encore ceci : si “on” ne craignait pas l’influence de Benoît XVI, il n’y aurait pas un tel déchaînement contre lui ; si les ennemis du Christ n’avaient pas une conscience  aigüe de la vérité des paroles du Vicaire du Christ, ils ne s’agiteraient pas tant ; si tous  ceux qui s’adonnent au mal, au mensonge, aux compromissions les plus répugnantes et à la promotion du vice ne se sentaient pas menacés, ils n’attaqueraient pas de la sorte celui qui dirige aujourd’hui la Sainte Eglise et la gouverne avec  autant de force et de douceur, de sagesse et de sagacité ; s’ils ne savaient pas que leur pouvoir et leur influence sont ébranlés par la simple proclamation des vérités qui découlent du Saint Evangile, ils ne s’activeraient pas autant pour essayer d’étouffer ou de dénaturer la voix paisible de celui qui en est l’interprète (…).

Cette situation conflictuelle ne peut même qu’aller croissant lorsque ces sociétés ont leurs fondements et leurs références dans des “valeurs” étrangères à la Loi divine et à la loi naturelle elle-même. Ce pourquoi je n’hésite pas à dire (et à répéter de manière insistante) que, s’il n’y a pas une adhésion fondamentale de la société civile à l’esprit de l’Evangile, on arrive nécessairement à la persécution... »

Je vous encourage à relire en totalité ces deux textes  (ici > www et  ici > www) à la lumière de l’horrible campagne médiatique orchestrée depuis des semaines contre la personne et l’action du Souverain Pontife, et en ayant fortement ancrées dans l’esprit ces paroles qu’il a prononcées à l’occasion du dimanche des Rameaux et que j’ai placées en exergue à ma chronique de ce jour : « Nous devons suivre Jésus sur la voie du courage qui ne se laisse pas intimider par les rumeurs de l’opinion dominante« .

Benoît XVI Bénédiction Urbi et Orbi Pâques 2010

Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI donnant la bénédiction Urbi et Orbi du Saint Jour de Pâques 2010.

Les 16 et 19 avril ce seront successivement le 83ème anniversaire de la naissance puis le 5ème anniversaire de l’élection au Souverain Pontificat de notre Pape bien aimé, nous aurons donc à coeur de prier d’une manière encore plus intense et plus filialement aimante pour sa personne et pour son précieux ministère. Nous prions dès à présent avec ferveur pour que Benoît XVI continue courageusement et très longtemps encore à poser de vrais problèmes à tous ceux qui dans l’Eglise et hors de l’Eglise agissent – consciemment ou non – en satellites de l’ennemi de Dieu.

Aujourd’hui même, notre Frère Maximilien-Marie prend justement la route de Rome : il va accompagner un pèlerinage sur les traces des Zouaves Pontificaux, ces soldats héroïques qui, en leur temps, s’engagèrent pour défendre le Siège Apostolique contre les attaques diaboliques qui se dissimulaient sous les couleurs toujours séduisantes de la modernité et de la conformité au monde. Si le combat des chrétiens en ce début de XXIème siècle ne prend pas exactement la même forme extérieure, il reste cependant toujours le même en ce qui concerne le fond : le combat d’une fidélité sans concession à Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie et dont l’enseignement n’est pas en conformité avec les maximes du monde.

Que le Seigneur, pour ce combat qui n’est en définitive pas le nôtre mais le Sien, arme nos âmes de ce courage qui ne se laisse pas intimider par les rumeurs de l’opinion dominante, remplisse nos esprits d’une vaillante détermination dans l’attachement à la Vérité du Christ, et fasse vivre nos coeurs d’une indéfectible et mâle charité.

Lully.

2010-13. Des raisons pour lesquelles la crypte du Mesnil-Marie sera placée sous le vocable de Sainte Philomène.

Mercredi 17 mars 2010.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’ai commencé à vous parler hier des travaux en vue de la transformation de notre vieille cave voûtée en oratoire intérieur pour notre Mesnil-Marie (cf. > www). Vous le savez peut-être déjà, cet oratoire portera le nom de Crypte Sainte Philomène, et il me faut maintenant vous en expliquer les raisons.

L’essentiel de ce que je vais vous raconter concernant Sainte Philomène, je l’ai lu dans un excellent ouvrage que l’auteur, Monsieur Jean-Louis Picoche, a envoyé à Frère Maximilien-Marie avec une belle dédicace très amicale. Je ne peux que vous recommander chaleureusement d’acquérir et de lire vous aussi ce petit livre qui, dans un style simple et agréable, se présente comme une enquête très minutieuse et rigoureuse, sous la forme d’un dialogue entre un grand père et son petit fils.
Les ouvrages consacrés à Sainte Philomène qui ont été réédités en nos temps, ont en effet été originellement publiés entre 1890 et 1930,  et ils ne collent plus vraiment à l’actualité. Le livre de Jean-Louis Picoche est donc venu à point pour actualiser nos connaissances, pour mettre un terme aux polémiques que le mystère de la jeune martyre a pu soulever, et pour renforcer notre dévotion.

Sainte Philomène par Jean-Louis Picoche

Sainte Philomène (éditions Elor)

En 1802, on découvrit dans les catacombes de Sainte Priscille, à Rome, un loculus encore inviolé qui pouvait peut-être dater du premier siècle de notre ère. Trois plaques de terre cuite fermaient ce tombeau et portaient (en les remettant en ordre) l’inscription « Pax Tecum Filumena » (« Que la paix soit avec toi Philomène ») ainsi que les dessins d’une palme, d’une fleur, de deux ancres et de trois flèches. Les ossements retirés de cette tombe étaient ceux d’une personne très jeune, de sexe féminin ; l’inscription et les symboles gravés sur les plaques de terre cuite laissaient penser qu’il s’agissait d’une martyre, sans qu’on puisse rien ajouter de plus précis.
Dûment étiquetées, ces reliques furent enfermées dans une caissette et restèrent « en attente » dans un dépôt pendant près de trois années. En 1805, elles furent concédées au curé de Mugnano del Cardinale (petite ville située à  quelque 30 km de Naples) qui avait demandé au Saint-Siège des reliques pour son église.

Pax tecum Filumena

Fac similé des plaques de terre cuite fermant le loculus où les reliques furent découvertes

Or, dès le début du voyage au cours duquel ces reliques étaient transférées depuis Rome jusqu’à Mugnano del Cardinale, « la martyre dont on ne savait rien » commença à se manifester et à attirer l’attention non seulement des passagers de la diligence mais aussi des villages qu’elle traversait : une série de miracles, principalement des guérisons soudaines et inexpliquées, jalonnèrent sa route, si bien que son arrivée à Mugnano prit l’allure d’un cortège triomphal.
Le pèlerinage commença aussitôt et la réputation de Sainte Philomène se répandit comme une trainée de poudre.
Une religieuse napolitaine aurait alors fort opportunément reçu des révélations sur la vie de cette thaumaturge dont on ignorait tout… Cette biographie devint très populaire mais elle semble aujourd’hui peu satisfaisante.
Quoi qu’il en soit, la palme et les flèches gravées sur sa tombe attestent qu’il s’agit d’une martyre, de même que le flacon contenant du sang coagulé retrouvé avec les ossements. D’autre part l’avalanche de miracles prouve que l’intercession de Sainte Philomène est puissante auprès de Dieu, et que Celui-ci se plaît à accorder des grâces signalées, des guérisons prodigieuses et des miracles spectaculaires par l’intercession de cette jeune et « célèbre inconnue » !

Autel des reliques de Sainte Philomène à Mugnano del Cardinale

Autel des reliques de Sainte Philomène (Mugnano del Cardinale)

Le miracle le moins contestable est la guérison de Pauline Jaricot, fondatrice de l’œuvre de la Propagation de la Foi et du Rosaire vivant (on trouvera sa biographie ici > www).
En 1834, Pauline, qui a 35 ans, tombe très gravement malade ; son état est jugé désespéré par les médecins. La jeune femme a entendu parler de Sainte Philomène et des miracles qui ont lieu au sanctuaire de Mugnano, elle est remplie de confiance dans l’intercession de la jeune martyre et, trompant la vigilance des médecins et de sa famille, elle part en Italie.
A Rome, elle semble à toute extrémité à tel point que le Pape Grégoire XVI, qui est venu lui rendre visite au couvent de la Trinité des Monts, lui demande de prier pour lui lorsqu’elle sera au ciel. Pleine d’une sainte audace, Pauline lui assure qu’elle va obtenir sa guérison par l’intercession de Sainte Philomène et elle fait promettre au Pape qu’il approuvera le culte de Sainte Philomène pour toute l’Eglise si elle revient guérie.
Grégoire XVI promet… convaincu qu’il n’aura pas à s’exécuter !!! Aussi quelle ne sera pas sa stupéfaction en voyant Pauline se présenter à lui, totalement et durablement guérie à son retour de Mugnano del Cardinale. Ses propres médecins examinent Pauline, la Congrégation des Rites possède déjà un dossier très volumineux sur les miracles de Sainte Philomène : Grégoire XVI confirme donc son culte pour l’Eglise universelle et fixe la date de sa fête au 11 août.
Les trois successeurs de Grégoire XVI, c’est à dire le Bienheureux Pie IX, Léon XIII et Saint Pie X, confirmèrent aussi le culte de Sainte Philomène. De très nombreux Saints (je ne peux en faire une liste complète, mais je citerai Saint Pierre-Julien Eymard, Sainte Madeleine-Sophie Barat, Saint Damien de Veuster, Saint Pierre Chanel et surtout le Saint Curé d’Ars) obtiennent d’innombrables grâces par l’intercession de Sainte Philomène et en diffusent le culte.

C’est par Pauline Jaricot que Saint Jean-Marie Vianney connut Sainte Philomène, qui devint sa sainte de prédilection. Pauline lui offrit une statue de Sainte Philomène en forme de gisant pour qu’elle soit vénérée dans la petite église d’Ars. Le prolongement de l’église d’Ars, rendu nécessaire par l’afflux des pèlerins et réalisé sur les plans de Pierre Bossan, est tout consacré à Sainte Philomène.

La famille Jaricot était également amie depuis fort longtemps avec un autre saint prêtre qui fonda au début du XIXème siècle une congrégation de religieuses hospitalières. Lui aussi connut Sainte Philomène grâce à Pauline, lui aussi reçut de Pauline une statue de la Sainte qu’il institua à perpétuité assistante générale de sa jeune congrégation : et les grâces de la jeune martyre se répandirent à profusion sur les religieuses et sur les malades…

Cette statue offerte par une miraculée de Sainte Philomène, dont le procès en béatification est engagé, à un prêtre, dont la cause est également instruite en Cour de Rome, est – selon une expression de Frère Maximilien-Marie – une « quasi relique ». Or elle se trouve aujourd’hui en notre possession!

Gisant de Sainte Philomène

La raison pour laquelle je ne vous donne pas ici le nom de ce saint prêtre ni celui des religieuses, c’est que ces dernières ont subi de nombreuses critiques et malveillances de la part d’un certain clergé. Contraintes de fermer une de leurs maisons, ce sont elles qui ont offert à Frère Maximilien-Marie cette précieuse statue, mais elles ne souhaitent pas qu’on puisse les reconnaître…

En 1961, la Congrégation des Rites retira Sainte Philomène du calendrier de l’Eglise universelle. Il semblait alors que l’absence de sources biographiques historiquement certaines était un empêchement à un culte trop développé. Bonne aubaine pour les détracteurs du culte des saints et pour ceux qui nient le merveilleux et les miracles : ils se hâtèrent de répandre la rumeur selon laquelle le culte de Sainte Philomène était désormais interdit et proclamèrent que son existence n’avait été qu’une pieuse invention…
Nos chères religieuses subirent des pressions inimaginables de la part de certaines autorités ecclésiastiques pour abandonner le culte de Sainte Philomène et  – sous le fallacieux prétexte de l’obéissance (car ce n’était pas légitime) – elles durent retirer sa statue de leur chapelle !

Une fois de plus nous nous trouvons ici en face d’un véritable abus de pouvoir de la part des prêtres dont la foi a sombré dans le modernisme.
Sainte Philomène a certes été retirée du calendrier liturgique universel, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas existé ou que l’Eglise condamne son culte. Lorsqu’une personne a été déclarée sainte, il n’est plus possible pour l’Eglise de lui retirer cette qualité. Le 13 janvier 1837, le Pape Grégoire XVI avait élevé la petite Philomène aux honneurs des autels : elle est donc bien sainte pour l’éternité.
Comme pour tous les autres saints qui ne figurent pas au calendrier universel, on peut tout à fait légitimement continuer à la vénérer en tout lieu où la dévotion envers elle est implantée. Si, effectivement, on ne sait rien de certain sur sa vie et sur les circonstances de son martyre, l’incroyable abondance des miracles obtenus par son intercession a fait d’elle l’une des plus célèbres et des plus remarquables thaumaturges des XIXème et XXème siècles.
Le XXIème siècle est à peine engagé que les grâces et les prodiges se multiplient encore lorsqu’on l’invoque, à tel point qu’aujourd’hui le sanctuaire d’Ars, qui s’était d’abord aligné sur une position de prudent retrait du culte de la « chère petite Sainte », demande à la Congrégation pour la Cause des Saints de réviser le cas de Sainte Philomène, en estimant que la réalité des miracles l’emporte sur les incertitudes de l’histoire.

Sainte Philomène - statue du Mesnil-Marie

Retirée de la chapelle des religieuses, la vénérable statue de Sainte Philomène fut littéralement « mise au placard », puisque pendant près de 40 ans (le temps de la traversée du désert) elle fut enfermée dans une armoire de sacristie. Une religieuse âgée a confié un jour à Frère Maximilien-Marie qu’elle avait toujours gardé une très grande dévotion à Sainte Philomène et qu’elle avait continué à la prier et à obtenir des grâces par son intercession ; pour cela elle se rendait devant la porte du placard où elle savait que la statue était reléguée, mais elle n’osait l’ouvrir par crainte de désobéir aux prêtres !!!…

C’est l’arrivée de cette belle statue, avec son histoire émouvante, qui a déterminé Frère Maximilien-Marie a placer sous le vocable de Sainte Philomène notre future « crypte ».  Il y a là une forme de protestation contre les abus de pouvoir qui ont conduit à jeter le discrédit sur l’existence même de la jeune martyre, et ce sera aussi une espèce de réparation pour l’injustice qu’elle a subie. Nous avons hâte que les travaux d’aménagement de cette ancienne cave soient achevés et d’y placer  la châsse de Sainte Philomène, confiants en sa très puissante intercession et sûrs qu’elle ne manquera pas de répandre ici d’abondantes grâces sur ceux qui viendront la prier avec ferveur.

Lully.

Nota :
- Prière et litanies en l’honneur de Sainte Philomène ici > www ;
- Exposé des travaux de transformation de notre ancienne cave voûtée en Crypte Sainte Philomène ici > www.

On peut aider aux travaux de la Crypte Sainte Philomène
par un don ou une offrande en son honneur > ici.

2010-11. Alter Christus.

Mercredi 3 mars 2010.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Vous le savez, vous qui êtes en lien de foi et de spiritualité avec nous, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a voulu que l’Eglise catholique vive, depuis le 19 juin 2009 et jusqu’au 19 juin 2010, une « année sacerdotale« : je vous en avais parlé au mois d’avril dernier, peu de temps après que le Souverain Pontife en a fait l’annonce (cf.> www).

Notre bien-aimé Pape a voulu que la célébration du 150ème anniversaire de la mort du Saint Curé d’Ars soit pour tous les fidèles une occasion d’approfondir le mystère du sacerdoce. En effet, la crise qui a ravagé et ravage encore une grande partie du monde catholique, a eu pour effet qu’un très grand nombre de prêtres et de fidèles ont – en partie ou totalement – perdu le sens de la vocation et du ministère des prêtres.

2010-11. Alter Christus. dans Commentaires d'actualité & humeurs rencontre1

« Tu m’a montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel! »

Parmi les excellentes initiatives de cette « année sacerdotale », il faut faire une mention spéciale du film de 30 minutes qui a été réalisé à la demande de la Congrégation pour le Clergé (c’est-à-dire l’organisme du Saint-Siège qui s’occupe de tout ce qui concerne le clergé catholique). Ce court-métrage est intitulé « Alter Christus ». Ces deux mots latins  qui signifient « autre Christ » sont extraits d’un adage très ancien : « Sacerdos alter Christus. Le prêtre est un autre Christ ». En effet le prêtre n’est pas seulement un « représentant » du Christ à la manière dont un ambassadeur représente le gouvernement d’un pays mais, par la grâce du sacrement de l’Ordre, il est configuré au Christ dans son être profond. C’est le Christ Lui-même qui agit en lui et à travers lui quand le prêtre célèbre les sacrements.

Il est possible de visionner ce film, découpé en trois parties d’une dizaine de minutes, grâce à « You Tube » où il est disponible en italien, en français, en espagnol, en allemand et en anglais. Outre des extraits particulièrement bien ciblés de discours des Papes Jean-Paul II et Benoît XVI, sont présentés les interventions et témoignages de nombreux prêtres, évêques et cardinaux tels que Monsieur le Cardinal Claudio Hummes (préfet de la congrégation pour le clergé), Monsieur le Cardinal Antonio Canizares (préfet de la congrégation pour le culte divin), Monsieur le Cardinal Julian Herranz (président émérite de la commission pour l’interprétation des textes législatifs), Monseigneur Maura Piacenza (archevêque secrétaire de la congrégation pour le clergé), Monseigneur Guido Marini (Maître des cérémonies liturgiques du Souverain Pontife)… etc.

En trente minutes sont rappelées des vérités essentielles et absolument vitales pour l’Eglise, des vérités que les fidèles n’entendent encore malheureusement pas dans un trop grand nombre de paroisses françaises, paroisses sclérosées et mourantes parce qu’elles sont encore aux mains de dangereux intégristes bloqués sur une idéologie qui se croyait d’avant-garde dans les années 1960-1970.

Ainsi donc, le prêtre n’est pas « un homme comme les autres » : son ordination en fait quelqu’un d’à part. Le prêtre doit être clairement reconnu par un habit spécifique. Le prêtre n’est pas un « modérateur » gérant une structure plus ou moins démocratique : il est investi d’une autorité divine et irremplaçable pour oeuvrer au salut et à la sanctification des âmes. Le prêtre est ordonné pour être l’homme des sacrements, et en tout premier lieu pour célébrer la Sainte Messe et administrer le sacrement de pénitence. La Messe est le renouvellement non-sanglant du Saint Sacrifice du Calvaire, sa célébration obéit à des règles strictes auxquelles les prêtres n’ont pas le droit de toucher… etc.

La Sainte Messe

La réalité de l’autel, c’est celle du Calvaire.

Les images qui accompagnent ces témoignages sont pleines de beauté et laissent clairement transparaître le sens du sacré, la beauté et la solennité qui doivent entourer la célébration des sacrements. Les « eucharisties » zim-boum-boum, les autels en contreplaqué sur lesquels on accroche des pantins fabriqués avec des rouleaux de papier toilette, les « ornements » sans tenue que l’on croyait découpés dans les drapeaux de la gay-pride, les « vases sacrés » en poterie, la distribution de la sainte communion faite n’importe comment, les prêtres aux allures de clochards avec leurs pantalons tombant en accordéons sur les chevilles …etc., la Congrégation pour le Clergé nous montre sans détours que tout cela est indigne du mystère de l’Eucharistie et du sacerdoce qui en est indissociable! Il est d’ailleurs tout à fait remarquable que certaines prises de vues sont faites lors de célébration de la Sainte Messe selon la « forme extraordinaire du rite romain ».

Je vous encourage donc à visionner ce film et, plus qu’à en être des spectateurs passifs, à en faire le support d’une véritable méditation et d’une fervente prière.

Rendons grâces à Dieu de nous avoir donné le sacerdoce, rendons grâces à Dieu pour l’exemple du Saint Curé d’Ars, rendons grâces à Dieu pour notre Saint-Père le Pape Benoît XVI qui travaille avec patience, douceur, humilité et courage à la restauration de Son Eglise!

Frère Maximilien-Marie.

Voir le film « Alter Christus »: 1ère partie, ici > www. 2ème partie, ici> www. 3ème partie, ici> www.

2010-10. Difficile équilibre…

Un difficile équilibre…

C’est parfois même un véritable exercice d’équilibriste, de funambule.
Voilà la situation dans laquelle nous placent aujourd’hui les paroles de Notre-Seigneur : Jésus nous met sur un fil, à une hauteur déjà impressionnante… et nous devons avancer en prenant conscience qu’il n’y a pas de filet tendu en dessous : un faux pas et…« splatch » !!! Nous risquons de nous faire très mal. Et non seulement nous risquons d’avoir très mal sur le coup, mais en outre nous pourrions bien rester boiteux ou handicapés pour le restant de nos jours ici-bas.

Un difficile équilibre, un très difficile équilibre!

Cependant si nous le gardons, nous nous en trouverons bien : ce sera pour nous la source d’une très grande sérénité intérieure et nous pourrons faire de véritables progrès spirituels. « En ce temps là, Jésus parla aux foules et à ses disciples en disant: Les scribes et les pharisiens siègent dans la chaire de Moïse. Donc observez et mettez en pratique toutes les choses qu’ils vous enseignent : mais n’agissez pas selon leurs exemples : en effet ils disent mais ne font pas… » (Matthieu XXIII, 1-2 – Evangile du mardi de la 2ème semaine de carême).

Le Christ en face des scribes et des pharisiens

Le Christ en face des scribes et des pharisiens.

Ces paroles étaient adressées « aux foules et aux disciples » il y a près de 2000 ans, et elles s’adressent encore à chacun d’entre nous aujourd’hui même.
Les scribes et les pharisiens siègent dans la chaire de Moïse : leur autorité est légitime pour enseigner et transmettre aux hommes la doctrine religieuse authentique (la foi et la morale qui en découle).
Quand ils transmettent cette doctrine, il est nécessaire de la mettre en pratique parce que c’est Dieu qui nous parle à travers eux. Toutefois nous avons conscience qu’eux mêmes ne règlent pas forcément leur conduite sur les bons et beaux préceptes qu’ils enseignent et, en cela, gardons-nous bien de les imiter!

Les prêtres et les évêques, les membres du clergé régulier et séculier de l’Eglise instituée par Notre-Seigneur, sont aujourd’hui pour nous ceux qui « siègent dans la chaire de Moïse » et aux enseignements desquels nous avons le devoir d’être attentifs, dans la mesure – bien évidemment – où ce qu’ils enseignent est rigoureusement conforme à la doctrine traditionnelle – foi et morale – venue des Apôtres. Toutefois, nous savons bien que, comme les scribes et les pharisiens à l’époque de Notre-Seigneur, il s’en trouve parmi eux (pas tous fort heureusement!) dont la conduite n’est pas en accord avec ce qu’ils prêchent.

Et Jésus nous dit :
– Observez et mettez en pratique toutes les choses qu’ils vous enseignent et qui sont conformes à la Tradition venue des Apôtres, mais n’agissez pas selon leurs exemples…
– Ne claquez pas la porte de mon Eglise en disant : Ces « curés » sont tous des hypocrites et donc j’envoie aussi promener tout ce qu’ils m’ont appris!
– Sachez faire la bonne distinction entre l’homme, avec ses défauts et ses péchés, et la fonction dont il est investi malgré sa faiblesse…
– Respectez la hiérarchie légitime, car c’est Moi qui l’ai établie. Elle porte Mon autorité et c’est Ma parole qu’elle vous transmet.
– Toutefois soyez sans illusion à propos des personnes : gardez-vous d’idéaliser tel prêtre, tel moine, tel évêque car – quelque saints qu’ils puissent paraître – même les meilleurs d’entre eux restent des hommes faillibles et pécheurs… tout comme vous-mêmes.
– Au jour du jugement, il leur sera demandé davantage, parce qu’ils ont reçu de Moi une mission qui exige d’eux une vraie cohérence entre leurs paroles et leurs actes.
– Je ne vous demande pas d’être aveugles : gardez votre lucidité et faites la part des choses entre ce qui vient de Moi et ce qui vient de leur fragilité…
– Mettez en pratique la Foi authentique qu’ils sont chargés de transmettre, et laissez-moi – à Moi et à Moi seul – le soin de faire justice quand l’heure sera venue!
– Il y avait parmi les pharisiens des hommes justes et droits : Nicodème et Joseph d’Arimathie par exemple… Il y a aujourd’hui dans mon Eglise des religieux, des prêtres et des évêques qui s’efforcent de faire correspondre leur vie à leur enseignement : même s’ils ne vous paraissent pas être les plus nombreux (« Le bien fait peu de bruit » dit Saint François de Sales) et même si le comportement de certains autres de mes ministres est véritablement scandaleux (et là, les médias se chargent de « faire de la pub » à ce genre de comportements), gardez la Foi et ne vous laissez pas aller au découragement. C’est en Moi et non en mes ministres qu’il faut croire.
– Il y a eu un traître parmi mes Apôtres. Comme aux autres je lui avais donné le pouvoir de chasser les démons et de faire des miracles : cela ne l’a pas empêché de devenir « fils de la perdition ». Mais surtout cela ne m’a pas empêché, Moi, d’aller jusqu’au bout de la mission que le Père céleste m’avait confiée, par amour pour vous. Il y a des traitres aujourd’hui encore parmi les successeurs de mes Apôtres, souffrez de leurs trahisons comme Mon Coeur a souffert de la trahison de Judas, mais que cela ne vous empêche pas de de rester fidèles aux grâces que le Père vous a données et vous donne encore à travers Moi!
– Exercez votre discernement… c’est bien là que je vous demande de marcher sur un fil sans vous casser la figure! Respectez la fonction hiérarchique et obéissez à ses enseignements légitimes (parce que si on demande de vous une obéissance pour des choses qui ne sont pas conformes à la Loi divine et à la discipline de l’Eglise, il y a abus de pouvoir et sur ces points-là vous ne devez pas obéir!), mais ne laissez pas les erreurs et/ou les fautes manifestes par lesquelles « ils » vous scandalisent ébranler votre Foi, votre Espérance et votre Charité!
– Quelque légitime que soit votre indignation, quelque douloureux que puisse être le constat de leurs trahisons ou de leurs indignités, c’est en Moi et non en l’homme que vous devez placer votre confiance
– Est-ce que tu pries suffisamment pour les prêtres, pour les religieux, pour les évêques? Est-ce que tu pries suffisamment et est-ce que tu offres quelques sacrifices pour qu’ils soient fidèles et saints? Est-ce que tu pries suffisamment et est-ce que tu offres vraiment des sacrifices pour avoir d’authentiques, solides et saintes vocations sacerdotales et religieuses?

Frère Maximilien-Marie.

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