Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2010-43. « La religion possède naturellement une dimension sociale que les Etats doivent reconnaître ».

Jeudi 28 octobre 2010, fête des Saints Apôtres Simon et Jude.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Dans ma précédente chronique (cf.> www), je signalais les pèlerinages auxquels notre Frère Maximilien-Marie a eu l’occasion de participer au cours de l’été dernier. Je voudrais aujourd’hui évoquer celui de la solennité de Sainte Marie-Madeleine, à la basilique royale de Saint-Maximin, le dimanche 25 juillet 2010.

Au terme d’une semaine de festivités particulièrement remarquables, organisées avec le diocèse de Fréjus-Toulon par l’association Santo Madaleno (n’hésitez pas à aller visiter son site!), à l’occasion du 350ème anniversaire du pèlerinage de Louis XIV et de l’offrande par le Grand Roi de l’urne de porphyre dans laquelle les reliques de Sainte Marie-Madeleine furent alors déposées ainsi que du 150ème anniversaire de la translation du chef de la sainte dans le grand reliquaire où il est aujourd’hui exposé, les reliques de tous les Saints de Provence se trouvaient rassemblées à Saint-Maximin : celles de Sainte Marie-Jacobé, Sainte Marie-Salomé et de leur servante Sainte Sara avaient été amenées des Saintes-Maries-de-la-Mer ; celles de Sainte Marthe avaient été apportées de Tarascon et celles de Saint Lazare et de Saint Maximin étaient venues respectivement de Marseille et d’Aix en Provence.

Saint-Maximin 25 juillet 2010 : les reliquaires

Tous les reliquaires des Saints de Provence présentés à la vénération des fidèles dans le choeur de la Basilique de Saint-Maximin, le 25 juillet 2010.

Je ne vous ferai pas un compte-rendu détaillé de la Messe solennelle et de la grande procession de l’après-midi, mais je veux insister aujourd’hui sur les fortes paroles prononcées par Monsieur le Cardinal Franck Rodé, préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, qui était venu de Rome pour présider aux célébrations de ce beau dimanche.

Après avoir mis en valeur – bien évidemment – la figure et la sainteté de Sainte Marie-Madeleine, le Cardinal a développé des idées qui sont tout à fait accordées à l’esprit de la fête du Christ-Roi que nous allons célébrer dimanche prochain : il a en effet appelé les fidèles présents à travailler au salut de tous leurs frères et, pour cela, il les a exhortés à être des témoins courageux de leur foi, en rappelant que pour que leur témoignage porte du fruit il doit présenter une rigoureuse cohérence. Aux obstacles, parfois violents, suscités aujourd’hui par un laïcisme outrancier et par la montée d’un anti-christianisme de plus en plus virulent, les chrétiens doivent opposer une fidélité, enracinée dans l’amour véritable, nourrie par une vie spirituelle plus intense, pour qu’elle se concrétise avec encore plus de force dans leur comportement social : « La religion possède naturellement une dimension sociale que les Etats doivent reconnaître«  a martelé le Cardinal en déplorant aussi la haine de soi, exprimée par le refus de reconnaître ses racines chrétiennes, qui affecte l’Occident et l’entraine à des comportements suicidaires…

Aussi pour vous stimuler spirituellement dans la préparation de la fête du Christ-Roi, je me permets de vous recopier ci-dessous l’intégralité de la seconde partie de l’homélie du Cardinal Rodé, en vous encourageant non seulement à la lire, mais aussi à la méditer et – plus encore – à la mettre en pratique.

Lully.

Cardinal Franck Rodé

Monsieur le Cardinal F.Rodé

Seconde partie de l’homélie prononcée par Monsieur le Cardinal Franck Rodé, préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, le dimanche 25 juillet 2010 en la basilique royale de Saint-Maximin à l’occasion de la solennité de Sainte Marie-Madeleine.

(Nota : on peut trouver l’intégralité de l’homélie du Cardinal Rodé et des photos de cette mémorable journée sur le site du diocèse de Fréjus-Toulon > www)

« (…) Devant l’amour débordant et la fidélité héroïque de Sainte Marie-Madeleine, nous pouvons nous poser la question de notre fidélité, la nôtre, personnelle, et celle de notre communauté ecclésiale.

Chers Frères et Soeurs! Nous qui avons connus l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, nous sommes appelés à témoigner de cet amour et de la fidélité du Christ dans le monde. Comme dans sa vie terrestre, le Christ continue d’aimer les hommes et veut les sauver. Mais il ne le fait pas tout seul. Il nous appelle à collaborer à Son oeuvre de salut. Ce que Jésus nous demande, c’est d’être des témoins de Son amour au milieu de nos contemporains. Car l’amour qui habite dans nos coeurs ne peut pas rester caché. Il faut qu’il se manifeste au monde par des actes concrets d’amour envers les frères.

Brossons brièvement le cadre dans lequel il nous est donné de vivre notre amour et notre fidélité au Christ et à Son Eglise.

Il y a indéniablement de très belles choses dans le monde d’aujourd’hui. Prenons par exemple ces vagues énormes de solidarité qui se déclenchent lors de catastrophes naturelles. Des œuvres sociales un peu partout dans le monde venant au secours des plus démunis. Et tant d’actions, parfois très humbles, qui rendent la vie plus belle et plus heureuse.

Mais il y a aussi, dans notre société, des orientations de fond, des attitudes devant la vie, des positions devant la vérité, que le chrétien ne peut pas accepter.

Nous vivons dans une société profondément sécularisée, une société où Dieu est congédié de la scène publique. Mais il y a pire. Des lois contraires au Décalogue ont été votées. Chez certains, on constate une véritable hostilité envers Dieu et l’Eglise. Celle-ci ne cesse d’être accusée par des réseaux médiatiques, qui font d’elle la grande coupable du passé et du présent.

Manifestement, l’Europe a des problèmes avec son passé. Elle peine à l’assumer. Voici quelques années, le cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI, notait, avec un certain étonnement : « Il y a une haine de soi dans l’Occident qui est étrange et qui peut être considérée comme quelque chose de pathologique : l’Occident tente de s’ouvrir aux valeurs extérieures, mais il ne s’aime pas lui-même. De son histoire, il ne voit que ce qui est déplorable et destructeur, tandis qu’il n’est pas capable de percevoir ce qui est grand et pur ». Rappelons-nous comment, lors du débat sur la constitution européenne, on a voulu occulter la vérité historique des racines chrétiennes de la civilisation européenne. On a refusé d’admettre que le christianisme est le fondement de notre identité collective et qu’il constitue une source privilégiée d’inspiration pour la pensée et l’action de notre continent. Mais est-il possible de faire table rase de plus de quinze siècles d’histoire? Est-il possible de reléguer la foi chrétienne dans le domaine strictement privé de la conscience, sans incidence sur la société? La religion possède naturellement une dimension sociale que les Etats doivent reconnaître. Ce serait en réalité faire œuvre de justice et de sagesse politique que d’assumer notre passé chrétien et de rester fidèles aux grandes valeurs qui ont façonné les Nations européennes.

A l’heure qu’il est, cela semble difficile. Notre monde ne croit plus aux valeurs objectives. Il préfère que chacun crée son propre système, bâti sur des impressions sensibles, sur des émotions fugitives, sur des expériences éphémères. Affirmer une vérité qui se prétendrait universelle serait synonyme d’intolérance. Comme l’affirmait le cardinal Ratzinger avant le conclave qui l’a élu pape, nous vivons sous la dictature d’un relativisme, absolu et intransigeant, qui refuse à quiconque d’affirmer des valeurs et des normes qui s’appliqueraient à tous. Et pourtant, cette liberté sans norme est en soi contradictoire. On prône le droit à satisfaire tous ses désirs, on revendique comme un droit la suppression de la vie humaine dans le sein de la mère si elle n’est pas désirée. On se bat pour la sauvegarde de la terre et de ses ressources et on assassine la vie naissante.

Dans ce contexte, quel témoignage devons-nous donner en priorité?

Celui d’un Dieu vivant qui aime la vie, d’un Dieu d’amour, d’un Dieu fidèle qui nous offre Son pardon et Sa paix. Plus que jamais, notre monde a soif d’une vie qui ait du sens. Il est sensible au témoignage de l’espérance et de la joie authentique. Les chrétiens de ce temps ont donc pour première mission de vivre, simplement et joyeusement, en enfants d’un Dieu qui est Père, qui nous sauve et qui nous aime. En vivant ainsi, ils rendent témoignage, en parole et en acte, d’un Dieu en qui ils ont trouvé miséricorde. Parce que telle est notre expérience et notre joie : Dieu est pure grâce et miséricorde.

Au fond, c’est peut-être cela que le Seigneur a condamné si fermement chez les pharisiens. Ils avaient réduit Dieu à leur mesure : à une étroite justice légale. Ils observaient la loi, donc ils étaient justes, et les autres, telle Marie-Madeleine, étaient pécheurs. Or ce que Jésus nous apprend de Dieu dépasse infiniment cette perception strictement légaliste : Dieu est grâce, il est liberté, il est vie, il est amour. Quant à nous, nous sommes tous de pauvres pécheurs devant lui. Pécheurs et cependant aimés, aimés sans bornes. Voilà le témoignage, si humble et en même temps si grand, que nous sommes appelés à porter à l’homme d’aujourd’hui.

Et le témoignage d’une conscience droite, respectueuse de la vie. Car l’homme a besoin de certaines règles de vie pour marcher vers le bonheur auquel il aspire. Parmi ces règles de vie, il en est auxquelles nous ne pouvons renoncer, car elles sont le fondement même de la vie sociale. Citons en particulier la vérité dans nos relations, l’honnêteté dans les échanges économiques, le respect de l’autre, l’éthique sexuelle et matrimoniale.

A ce propos, je voudrais citer ce qu’écrivait il y a quelques années celui qui est aujourd’hui le Pasteur universel de l’Eglise. « Le mariage monogame, comme structure fondamentale de la relation entre l’homme et la femme, est en même temps comme la cellule de base de la communauté nationale. L’Europe ne serait plus l’Europe si cette cellule fondamentale de son édifice social disparaissait ou était modifiée dans son essence ». De même, les chrétiens sont porteurs d’un véritable humanisme lorsqu’ils apportent la lumière de l’Evangile dans les débats de la bioéthique, lorsqu’ils se prononcent pour le respect de la vie depuis son premier commencement, au moment de la conception, jusqu’à son dernier instant, qui est la mort naturelle.

Dans une société où nous côtoyons des indifférents et des non-croyants, demandons-nous pourquoi la foi apparaît souvent si peu séduisante, insignifiante et même inutile pour tant de nos contemporains. N’est-ce pas par manque de cohérence entre ce que nous annonçons et ce que nous vivons ? Posons-nous franchement cette question, sans crainte de nous remettre en cause : quelle relation avons-nous avec ce Dieu tel qu’il nous a été révélé par Jésus ? Est-il vraiment pour nous, pour moi, ce Dieu d’amour et de pardon qui seul peut donner sens à ma vie ? Notre foi sera vivante et rayonnante, notre rapport avec le Seigneur sera solide s’il est enraciné dans une relation étroite, intime et amoureuse avec Lui. Cette union profonde en lui trouve sa source dans la prière quotidienne, elle se nourrit de l’Eucharistie dominicale, elle s’éclaire à la lumière de Sa Parole, elle s’édifie par la méditation du Credo de l’Eglise Catholique. Notre foi sera contagieuse si elle se fait amour en acte jour après jour, tendresse au sein de la famille, compassion pour les pauvres et les petits, respect et honnêteté dans les relations sociales.

C’est au témoignage d’une vie authentiquement chrétienne que nous sommes appelés, une vie marquée par la conscience d’être des pécheurs pardonnés, vécue dans la liberté intérieure et la joie, une vie sous le signe de la gratuité et du partage. Fortifiés par notre vie intérieure de communion au Christ et guidés par l’amour envers nos frères et sœurs en humanité, nous sommes prêts au dialogue avec eux, afin de leur partager ce qui nous anime profondément. Telle est notre responsabilité chrétienne. Ne rougissons pas de notre foi, même si elle est tournée en dérision. Elle est un don de Dieu et elle est source de paix et de bonheur pour tous.

En 1924, un jeune théologien allemand d’origine italienne, Romano Guardini, considérait les problèmes de son temps. Il écrivait ces mots toujours actuels : « Si nous restons sur le plan où nous nous trouvons aujourd’hui, nous ne réussirons pas à résoudre les problèmes de notre civilisation. Ces problèmes ne seront résolus que s’ils sont affrontés par des hommes nouveaux, des hommes dont le regard soit plus pur, dont l’âme soit plus libre et le cœur plus fort. Des hommes qui vivent à un niveau plus profond de l’être, en qui opèrent les énergies de l’âme, du caractère, de la fidélité, du sacrifice, les énergies de l’esprit, de l’inconditionnel, les énergies de Dieu. Bref des hommes qui sachent prier, des contemplatifs, qui se tiennent constamment devant Dieu ».

Couronne

2010-41. Lettre de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI adressée à tous les séminaristes de l’Eglise Catholique.

En cette fête de Saint Luc l’évangéliste, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a adressé à tous les séminaristes de l’Eglise Catholique une lettre qui leur rappelle paternellement le sens de leur vocation et l’esprit dans lequel ils doivent vivre et agir dès à présent pour devenir des prêtres tels que l’Eglise et les âmes en ont besoin.

Au-delà des destinataires explicitement mentionnés, tous les fidèles liront ce texte avec intérêt pour revivifier leur compréhension de la vocation et du sacerdoce. On souhaite aussi que tous les séminaires existants et que tous les formateurs de futurs prêtres se montrent de très exacts observateurs de ce que le Souverain Pontife rappelle ici.

Enfin cette lecture doit être une incitation puissante à prier avec plus de ferveur et à offrir  avec plus de générosité des sacrifices pour demander de saintes et solides vocations sacerdotales.

La famille Ratzinger avec les deux fils séminaristes

La famille Ratzinger avec les deux frères séminaristes Joseph et Georges.

Chers Séminaristes,

En décembre 1944, lorsque je fus appelé au service militaire, le commandant de la compagnie demanda à chacun de nous quelle profession il envisageait pour son avenir. Je répondis que je voulais devenir prêtre catholique. Le sous-lieutenant me répondit : Alors vous devrez chercher quelque chose d’autre. Dans la nouvelle Allemagne, il n’y a plus besoin de prêtres. Je savais que cette « nouvelle Allemagne » était déjà sur le déclin, et qu’après les énormes dévastations apportées par cette folie dans le pays, il y aurait plus que jamais besoin de prêtres. Aujourd’hui, la situation est complètement différente. Mais, de diverses façons, beaucoup aujourd’hui aussi pensent que le sacerdoce catholique n’est pas une « profession » d’avenir, mais qu’elle appartient plutôt au passé. Vous, chers amis, vous vous êtes décidés à entrer au séminaire, et vous vous êtes donc mis en chemin vers le ministère sacerdotal dans l’Église catholique, à l’encontre de telles objections et opinions. Vous avez bien fait d’agir ainsi. Car les hommes auront toujours besoin de Dieu, même à l’époque de la domination technique du monde et de la mondialisation : de Dieu qui s’est rendu visible en Jésus Christ et qui nous rassemble dans l’Église universelle pour apprendre avec lui et par lui la vraie vie et pour tenir présents et rendre efficaces les critères de l’humanité véritable. Là où l’homme ne perçoit plus Dieu, la vie devient vide ; tout est insuffisant. L’homme cherche alors refuge dans la griserie ou dans la violence qui menacent toujours plus particulièrement la jeunesse. Dieu est vivant. Il a créé chacun de nous et nous connaît donc tous. Il est si grand qu’il a du temps pour nos petites choses : « Les cheveux de votre tête sont tous comptés ». Dieu est vivant, et il a besoin d’hommes qui vivent pour lui et qui le portent aux autres. Oui, cela a du sens de devenir prêtre : le monde a besoin de prêtres, de pasteurs, aujourd’hui, demain et toujours, tant qu’il existera.

Le séminaire est une communauté en chemin vers le service sacerdotal. Avec cela, j’ai déjà dit quelque chose de très important : on ne devient pas prêtre tout seul. Il faut « la communauté des disciples », l’ensemble de ceux qui veulent servir l’Église. Par cette lettre, je voudrais mettre en évidence – en jetant aussi un regard en arrière sur ce que fut mon temps au séminaire – quelques éléments importants pour ces années où vous êtes en chemin.

1. Celui qui veut devenir prêtre doit être par-dessus tout « un homme de Dieu », comme le décrit saint Paul (1 Tm 6, 11). Pour nous, Dieu n’est pas une hypothèse lointaine, il n’est pas un inconnu qui s’est retiré après le « big bang ». Dieu s’est montré en Jésus Christ. Sur le visage de Jésus Christ, nous voyons le visage de Dieu. Dans ses paroles, nous entendons Dieu lui-même nous parler. C’est pourquoi, le plus important dans le chemin vers le sacerdoce et durant toute la vie sacerdotale, c’est la relation personnelle avec Dieu en Jésus Christ. Le prêtre n’est pas l’administrateur d’une quelconque association dont il cherche à maintenir et à augmenter le nombre des membres. Il est le messager de Dieu parmi les hommes. Il veut conduire à Dieu et ainsi faire croître aussi la communion véritable des hommes entre eux. C’est pour cela, chers amis, qu’il est si important que vous appreniez à vivre en contact constant avec Dieu. Lorsque le Seigneur dit : « Priez en tout temps », il ne nous demande pas naturellement de réciter continuellement des prières, mais de ne jamais perdre le contact intérieur avec Dieu. S’exercer à ce contact est le sens de notre prière. C’est pourquoi il est important que la journée commence et s’achève par la prière. Que nous écoutions Dieu dans la lecture de l’Ecriture. Que nous lui disions nos désirs et nos espérances ; nos joies et nos souffrances, nos erreurs et notre action de grâce pour chaque chose belle et bonne et que, de cette façon, nous l’ayons toujours devant nos yeux comme point de référence de notre vie. Nous prenons alors conscience de nos erreurs et apprenons à travailler pour nous améliorer ; mais nous devenons aussi sensibles à tout le bien et à tout le beau que nous recevons chaque jour comme quelque chose allant de soi et ainsi la gratitude grandit en nous. Et avec la gratitude, grandit la joie pour le fait que Dieu nous est proche et que nous pouvons le servir.

2. Dieu n’est pas seulement une parole pour nous. Dans les sacrements il se donne à nous en personne, à travers les choses corporelles. Le centre de notre rapport avec Dieu et de la configuration de notre vie, c’est l’Eucharistie. La célébrer en y participant intérieurement et rencontrer ainsi le Christ en personne doit être le centre de toutes nos journées. Saint Cyprien a interprété la demande de l’Evangile : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien », en disant, entre autre, que « notre » pain, le pain que nous pouvons recevoir en chrétiens dans l’Eglise, est le Seigneur eucharistique lui-même. Dans la demande du Notre Père, nous prions donc pour qu’il nous donne chaque jour « notre » pain ; qu’il soit toujours la nourriture de notre vie. Que le Christ ressuscité, qui se donne à nous dans l’Eucharistie modèle vraiment toute notre vie par les splendeurs de son amour divin. Pour la juste célébration eucharistique, il est nécessaire aussi que nous apprenions à connaître, à comprendre et à aimer la liturgie de l’Église dans sa forme concrète. Dans la liturgie, nous prions avec les fidèles de tous les siècles – passé, présent et avenir s’unissent en un unique grand chœur de prière. Comme je puis l’affirmer à propos de mon propre chemin, c’est une chose enthousiasmante que d’apprendre à comprendre peu à peu comment tout cela a grandi, quelle expérience de foi se trouve dans la structure de la Liturgie de la Messe, combien de générations ont contribué à la former en priant !

3. Le Sacrement de Pénitence aussi est important. Il m’enseigne à me regarder du point de vue de Dieu, et m’oblige à être honnête envers moi-même. Il me conduit à l’humilité. Le Curé d’Ars a dit une fois : Vous pensez que cela n’a pas de sens d’obtenir l’absolution aujourd’hui, sachant que demain vous ferez de nouveau les mêmes péchés. Mais, – a-t-il dit – Dieu lui-même oublie en cet instant vos péchés de demain pour vous donner sa grâce aujourd’hui. Bien que nous ayons à combattre continuellement contre les mêmes erreurs, il est important de s’opposer à l’abrutissement de l’âme, à l’indifférence qui se résigne au fait d’être ainsi fait. Il est important de continuer à marcher, sans être scrupuleux, dans la conscience reconnaissante que Dieu me pardonne toujours de nouveau. Mais aussi sans l’indifférence qui ne ferait plus lutter pour la sainteté et pour l’amélioration. Et en me laissant pardonner, j’apprends encore à pardonner aux autres. Reconnaissant ma misère, je deviens plus tolérant et compréhensif devant les faiblesses du prochain.

4. Maintenez en vous la sensibilité pour la piété populaire, qui est différente selon les cultures, mais qui est aussi toujours très semblable, parce que le cœur de l’homme est, en fin de compte, toujours le même. Certes, la piété populaire tend vers l’irrationalité, parfois même vers l’extériorité. Pourtant l’exclure est une grande erreur. A travers elle, la foi est entrée dans le cœur des hommes, elle a fait partie de leurs sentiments, de leurs habitudes, de leur manière commune de sentir et de vivre. C’est pourquoi la piété populaire est un grand patrimoine de l’Eglise. La foi s’est faite chair et sang. La piété populaire doit certainement être toujours purifiée, recentrée, mais elle mérite notre amour et elle nous rend nous-mêmes de façon pleinement réelle « Peuple de Dieu ».

5. Le temps du séminaire est aussi et par-dessus tout un temps d’étude. La foi chrétienne a une dimension rationnelle et intellectuelle qui lui est essentielle. Sans elle, la foi ne serait pas elle-même. Paul parle d’«une forme d’enseignement » à laquelle nous avons été confiés dans le baptême (Rm 6, 17). Vous connaissez tous la parole de saint Pierre, considérée par les théologiens médiévaux comme la justification d’une théologie rationnelle et scientifiquement élaborée : « Toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande ‘raison’ (logos) de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15). Apprendre à devenir capable de donner de telles réponses est l’un des principaux buts des années de séminaire. Je ne peux que vous prier avec insistance : Etudiez avec sérieux ! Mettez à profit les années d’étude ! Vous ne vous en repentirez pas. Certes, souvent la matière des études semble très éloignée de la pratique de la vie chrétienne et du service pastoral. Toutefois il est complètement erroné de poser toujours immédiatement la question pragmatique : est-ce que cela pourra me servir plus tard ? Est-ce-que cela sera d’une utilité pratique, pastorale ? Il ne s’agit pas justement d’apprendre seulement ce qui est évidemment utile, mais de connaître et de comprendre la structure interne de la foi dans sa totalité, pour qu’elle devienne ainsi réponse aux demandes des hommes, lesquels changent du point de vue extérieur de générations en générations, tout en restant au fond les mêmes. C’est pourquoi il est important d’aller au-delà des questions changeantes du moment pour comprendre les questions vraiment fondamentales et ainsi comprendre aussi les réponses comme de vraies réponses. Il est important de connaître à fond la Sainte Ecriture en entier, dans son unité d’Ancien et de Nouveau Testament : la formation des textes, leur particularité littéraire, leur composition progressive jusqu’à former le canon des livres sacrés, leur unité dynamique intérieure qui ne se trouve pas en surface, mais qui, seule, donne à tous et à chacun des textes leur pleine signification. Il est important de connaître les Pères et les grands Conciles, dans lesquels l’Eglise a assimilé, en réfléchissant et en croyant, les affirmations essentielles de l’Ecriture. Je pourrais continuer encore : ce que nous appelons la dogmatique, c’est la manière de comprendre les contenus de la foi dans leur unité, et même dans leur ultime simplicité : chaque détail unique est finalement simple déploiement de la foi en l’unique Dieu qui s’est manifesté et se manifeste à nous. Je n’ai pas besoin de dire expressément l’importance de la connaissance des questions essentielles de la théologie morale et de la doctrine sociale catholique. Combien est importante aujourd’hui la théologie œcuménique ; la connaissance des différentes communautés chrétiennes est une évidence ; pareillement, la nécessité d’une orientation fondamentale sur les grandes religions, sans oublier la philosophie : la compréhension de la quête des hommes et des questions qu’ils se posent, auxquelles la foi veut apporter une réponse. Mais apprenez aussi à comprendre et – j’ose dire – à aimer le droit canon dans sa nécessité intrinsèque et dans les formes de son application pratique : une société sans droit serait une société privée de droits. Le droit est condition de l’amour. Je ne veux pas maintenant poursuivre cette énumération, mais seulement redire encore : aimez l’étude de la théologie et poursuivez-la avec une sensibilité attentive pour enraciner la théologie dans la communauté vivante de l’Eglise, laquelle, avec son autorité, n’est pas un pôle opposé à la science théologique, mais son présupposé. Sans l’Eglise qui croit, la théologie cesse d’être elle-même et devient un ensemble de diverses disciplines sans unité intérieure.

6. Les années de séminaire doivent être aussi un temps de maturation humaine. Pour le prêtre, qui devra accompagner les autres le long du chemin de la vie et jusqu’aux portes de la mort, il est important qu’il ait lui-même mis en juste équilibre le cœur et l’intelligence, la raison et le sentiment, le corps et l’âme, et qu’il soit humainement « intègre ». C’est pour cela que la tradition chrétienne a toujours uni aux « vertus théologales », « les vertus cardinales », dérivées de l’expérience humaine et de la philosophie, et en général la saine tradition éthique de l’humanité. Paul le dit aux Philippiens de façon très claire : « Enfin, frères, tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable, tout ce qu’il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaines, voilà ce qui doit vous préoccuper » (4, 8). L’intégration de la sexualité dans l’ensemble de la personnalité fait aussi partie de ce contexte. La sexualité est un don du Créateur, mais aussi une tâche qui regarde le développement de l’être humain. Lorsqu’elle n’est pas intégrée dans la personne, la sexualité devient quelque chose de banal et en même temps destructive. Nous le voyons aujourd’hui dans notre société à travers de nombreux exemples. Récemment, nous avons dû constater avec une grande peine que des prêtres ont défiguré leur ministère par l’abus sexuel d’enfants et de jeunes. Au lieu de conduire les personnes vers une humanité mature, et d’en être l’exemple, ils ont provoqué, par leurs abus, des destructions dont nous éprouvons une profonde douleur et un profond regret. A cause de tout cela peut surgir en beaucoup, peut-être aussi en vous-mêmes, la question de savoir s’il est bien de devenir prêtre ; si le chemin du célibat est raisonnable comme vie humaine. Mais l’abus, qui est à réprouver absolument, ne peut discréditer la mission sacerdotale, laquelle demeure grande et pure. Grâce à Dieu, nous connaissons tous des prêtres convaincants, pleins de foi, qui témoignent que dans cet état et précisément dans la vie du célibat, on peut parvenir à une humanité authentique, pure et mature. Ce qui est arrivé doit toutefois nous rendre plus vigilants et attentifs, justement pour nous interroger soigneusement nous-mêmes, devant Dieu, dans le chemin vers le sacerdoce, pour comprendre si c’est sa volonté pour moi. Les confesseurs et vos supérieurs ont cette tâche de vous accompagner et de vous aider dans ce parcours de discernement. Pratiquer les vertus humaines fondamentales est un élément essentiel de votre chemin, en gardant le regard fixé sur le Dieu qui s’est manifesté dans le Christ, en se laissant toujours de nouveau purifier par Lui.

7. Aujourd’hui, les débuts de la vocation sacerdotale sont plus variés et différents que par le passé. La décision de devenir prêtre naît aujourd’hui souvent au sein d’une expérience professionnelle séculière déjà commencée. Elle mûrit souvent dans la communauté, spécialement dans les mouvements, qui favorisent une rencontre communautaire avec le Christ et son Eglise, une expérience spirituelle et la joie dans le service de la foi. La décision mûrit aussi dans les rencontres tout à fait personnelles avec la grandeur et la misère de l’être humain. Ainsi, les candidats au sacerdoce vivent souvent sur des continents spirituels extrêmement divers. Il pourra être difficile de reconnaître les éléments communs du futur envoyé et de son itinéraire spirituel. C’est vraiment pour cela que le séminaire est important comme communauté en chemin au-dessus des diverses formes de spiritualité. Les mouvements sont une chose magnifique. Vous savez combien je les apprécie et les aime comme don de l’Esprit Saint à l’Eglise. Ils doivent toutefois être évalués selon la manière avec laquelle ils sont tous ouverts à la réalité catholique commune, à la vie de l’unique et commune Eglise du Christ qui, dans toute sa variété demeure toutefois une. Le séminaire est la période où vous apprenez les uns avec les autres, les uns des autres. Dans la vie en commun, peut-être difficile parfois, vous devez apprendre la générosité et la tolérance non seulement en vous supportant mutuellement, mais en vous enrichissant les uns les autres, si bien que chacun puisse apporter ses dons particuliers à l’ensemble, tandis que tous servent la même Eglise, le même Seigneur. Cette école de tolérance, bien plus, d’acceptation et de compréhension mutuelles dans l’unité du Corps du Christ, fait partie des éléments importants de vos années de séminaire.

Chers séminaristes ! J’ai voulu vous montrer par ces lignes combien je pense à vous surtout en ces temps difficiles et combien je vous suis proche par la prière. Priez aussi pour moi, pour que je puisse bien remplir mon service, tant que le Seigneur le veut. Je confie votre cheminement de préparation au sacerdoce à la protection de la Vierge Marie, dont la maison fut une école de bien et de grâce. Que Dieu tout-puissant vous bénisse tous, le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

Du Vatican, le 18 octobre 2010.

Vôtre dans le Seigneur 

BENEDICTUS PP. XVI

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Publié dans:Lectures & relectures, Textes spirituels |on 18 octobre, 2010 |5 Commentaires »

2010-39. Du 150ème anniversaire de la bataille de Castelfidardo et de la création du bataillon des Zouaves Pontificaux.

Samedi 18 septembre 2010.

Vous vous souvenez peut-être qu’au mois d’avril dernier Frère Maximilien-Marie a été en pèlerinage à Rome et dans les Marches avec l’association des descendants des Zouaves Pontificaux à l’occasion du 150ème anniversaire de la bataille de Castelfidardo (vous pouvez en retrouver le compte-rendu ici > www). Ce pèlerinage a en effet permis à tous les participants  de revenir sur les lieux où se sont illustrés ceux qui avaient généreusement mis leurs personnes au service de la défense des Etats de l’Eglise et qui se sont vaillamment battus pour défendre l’indépendance du Saint Siège.

C’est aujourd’hui, 18 septembre, l’anniversaire exact de cette fameuse bataille de Castelfidardo. Aussi vais-je en profiter pour résumer ici cette grande page d’histoire et pour vous rappeler ce que furent les Zouaves Pontificaux.

Lully.               

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I . Les Etats de l’Eglise.

Les Etats de l’Eglise, appelés aussi Patrimoine de Saint-Pierre ou Etats Pontificaux, ont été créés en 756 par une donation de Pépin le Bref au Pape Etienne II, afin d’assurer l’indépendance spirituelle du Pontife Romain qui, étant désormais lui-même souverain indépendant, ne se trouverait plus soumis à la tutelle d’un souverain laïc.

Les États Pontificaux ont été, jusqu’en 1870, l’un des plus anciens états souverains d’Europe. Ils ont connus diverses vicissitudes au cours des siècles, jusqu’à être supprimés pendant quelques années en raison des invasions françaises au moment de la révolution et du remodelage de l’Europe par Napoléon. Rétablis par le Congrès de Vienne, ils occupaient en 1860 une grande partie de l’Italie centrale, soit à peu près le territoire des actuelles provinces du Latium, de l’Ombrie, des Marches et de la Romagne. La ville de Rome en était la capitale. Les Etats de l’Eglise avaient deux grandes entrées maritimes : Civita Vecchia sur la Méditerranée et Ancône sur l’Adriatique.

Les Etats de l'Eglise en 1860

L’Italie en 1860 : en bleu les Etats de l’Eglise.

II . La révolution romaine de 1848 et les évènements jusqu’en 1860.

Elu Pape en 1846, le Bienheureux Pie IX (1792-1878) eut à faire face en 1848 à une révolution libérale et républicaine dirigée par Giuseppe Mazzini (1805-1872), fondateur du mouvement révolutionnaire « Jeune Italie » et par Giuseppe Garibaldi (1807-1882). Le Souverain Pontife avait alors dû s’enfuir de Rome, où la République avait été proclamée. Il s’était réfugié à Gaëte, dans le Royaume de Naples. Quelques mois plus tard, il avait été rétabli dans ses droits et dans sa souveraineté grâce à une intervention militaire franco-autrichienne : le corps expéditionnaire français, sous les ordres du Général Oudinot, avait débarqué à Civita Vecchia et les troupes autrichiennes avaient occupé la Romagne.

le Bx Pie IX à son avènement

Le Bienheureux Pie IX à son avènement (1846).

Le Pape Pie IX avait été rétabli sur son trône,  mais les États de l’Eglise restaient néanmoins menacés.

En effet, au Nord, Victor-Emmanuel II, roi du Piémont, voulait faire l’unité de l’Italie sous le sceptre de la Maison de Savoie et se servait de Garibaldi, qui voulait lui aussi réaliser l’unité italienne mais sous une version républicaine.

Victor-Emmanuel II voulait dans un premier temps conquérir la Lombardie, qui était sous domination autrichienne, puis annexer les Duchés de Toscane, de Parme et de Modène. Il avait pour cela besoin de l’appui de Napoléon III contre l’Autriche, et il avait promis en échange au chef d’état français la cession de la Savoie et du Comté de Nice. En mai et juin 1859, les armées piémontaises et françaises remportèrent sur les Autrichiens, les batailles de Magenta et de Solférino qui permirent à Victor Emmanuel II d’annexer au royaume de Piémont non seulement la Lombardie, les Duchés de Toscane, de Parme et de Modène mais aussi la Romagne qui appartenait aux Etats de l’Eglise. 

Ainsi donc tout en soutenant officiellement le pouvoir temporel du Pape par la présence de troupes françaises à Rome, Napoléon III – dont on connait les liens à cette branche de la maçonnerie italienne qui se nomme le carbonarisme – faisait aussi le jeu de la Maison de Savoie contre le Souverain Pontife. On voit bien ici la vérité des paroles que la Sainte Vierge en apparaissant  à La Salette avait dites à Mélanie : « Qu’il (Pie IX) se méfie de Napoléon : son cœur est double… » Le rattachement à la France de la Savoie et du Comté de Nice fut la récompense d’un double jeu et d’une trahison!

III . Le début de l’année 1860.

De son côté, Garibaldi avait débarqué en Sicile avec ses « chemises rouges » en avril 1860. Passant de la Sicile au Royaume de Naples et multipliant les actes de pillage et de terrorisme, il conquit en quelques mois tout le sud de la péninsule, contraignant le roi de Naples, François II de Bourbon et son épouse Marie-Sophie (soeur de la célèbre Sissi) à se réfugier à Rome.

Le Roi François II de Bourbon

François II de Bourbon, dernier roi de Naples.

Le Corps Expéditionnaire français du Général Oudinot avait bien pour mission de défendre le Souverain Pontife contre des menées intérieures et extérieures hostiles, mais il n’était en réalité et avant la lettre qu’une sorte de « FORPRONU« , s’interposant entre les troupes piémontaises et les troupes pontificales et s’efforçant d’éviter tout affrontement entre elles. Le double jeu diplomatique de Napoléon III les empêchait en effet d’effectuer des opérations militaires défensives ou offensives classiques.

A la suite de l’annexion de la Romagne par Victor Emmanuel II, le Cardinal Antonelli, Secrétaire d’État (Ministre des Affaires Étrangères) de Pie IX avait fait appel aux gouvernements de l’Europe catholique pour défendre militairement le Patrimoine de Saint Pierre, mais en vain.

Monseigneur François-Xavier de Mérode, alors pro-ministre des armées des États Pontificaux, décida donc d’assurer seul, sans alliés, la défense de la souveraineté temporelle du Saint Père.

Monseigneur de Mérode

Monseigneur de Mérode.

IV . Monseigneur de Mérode.

Frédéric François-Xavier de Mérode était né à Bruxelles le 26 mars 1820, fils puîné du Comte Félix de Mérode, d’antique noblesse belge, et de Rosalie de Grammont, de vieille noblesse française.

Après des études au collège des jésuites de Namur puis au collège de Juilly, près de Paris, où il s’était plus distingué par les farces qu’il faisait à ses professeurs et à ses surveillants que par ses succès scolaires, il entra à l’école militaire de Bruxelles en 1839. Il en sortit sous-lieutenant d’infanterie deux ans plus tard. D’abord affecté à Mons puis à Liège au régiment des grenadiers, il se lassa vite de la vie de garnison : il sollicita donc et obtint du roi Léopold Ier l’autorisation de participer à la conquête de l’Algérie avec l’armée française. A cette époque où l’armée belge commençait tout juste à s’organiser, après l’indépendance, conquise contre le royaume de Hollande, il n’était pas rare que certains de ses officiers allassent s’entraîner sous des drapeaux étrangers : en 1840, seize officiers belges avaient déjà précédé le sous-lieutenant de Mérode en servant de l’autre côté de la Méditerranée dans les troupes françaises.

Attaché, en août 1844, à l’état major particulier du Maréchal Bugeaud, il souhaita aussitôt participer directement aux combats et prit part à une expédition dirigée par le Général de Saint-Arnaud contre les Kabyles, peu après la bataille d’Isly. Il se distingua au cours de cette campagne et le Maréchal Bugeaud le signala pour sa bravoure : le roi Louis-Philippe lui décerna alors la Croix de la Légion d’Honneur. C’était le 27 novembre 1844, soit quatre mois seulement après son départ de Belgique. L’année 1845 le vit participer à une expédition sur la frontière algéro-marocaine contre la tribu des Flittas puis à une campagne contre les Chaouïas dans les Aurès. Il brilla notamment aux combats d’Aydoussa où il eut son uniforme percé de plusieurs balles. Entre temps le roi des Belges l’avait promu au grade de lieutenant.

Rentré à Bruxelles après dix huit mois de séjour en Afrique (janvier 1846), le lieutenant François-Xavier de Mérode, dont la vocation religieuse était latente bien avant son entrée à l’école militaire, se rendit à Rome. C’est de là  que, le 30 novembre 1847, il envoya sa lettre de démission. Léopold Ier le libéra de ses obligations le 23 décembre après l’avoir promu au grade de capitaine en second.

Entré au séminaire au début de l’année 1848, il reçut la tonsure le 17 septembre de la même année et les deux premiers ordres mineurs le 23 du même mois. Ainsi qu’il a été dit plus haut, les États Pontificaux connaissaient alors la révolution mazzinienne et garibaldienne et l’abbé de Mérode se montra « un vrai soldat sous la soutane« . Ordonné diacre le 7 avril 1849, il n’hésita pas à reprendre des habits civils pour braver la fureur des insurgés romains et pour servir la cause de l’Eglise en protégeant couvents et vases sacrés des pillages des révolutionnaires. Sa détermination ne l’empêchait pas d’être charitable : il soigna de nombreux blessés ennemis, s’attirant même les félicitations de Garibaldi!

Après l’entrée des troupes du corps expéditionnaire français dans Rome, François-Xavier de Mérode, fut ordonné prêtre le 22 septembre 1849. Il fut aussitôt nommé aumônier militaire, à Rome puis à Viterbe. Il retrouva ainsi dans le corps expéditionnaire français certains de ses anciens compagnons de sa campagne d’Afrique, très étonnés de reconnaître sous l’habit ecclésiastique le brillant officier belge qui avait été l’un des leurs quelques années plus tôt!

Alors qu’il s’apprêtait à rejoindre son diocèse belge, le 12 avril 1850, il fut attaché au Vatican comme camérier secret du Sa Sainteté et, neuf ans plus tard, nommé à la tête des armées pontificales ainsi qu’à la direction du département de la guerre du Saint Siège.

Doté d’un profond sens politique, Monseigneur de Mérode avait compris que les États de l’Église, qui avaient jusqu’alors été l’objet de la bienveillance des vieilles nations chrétiennes, avaient dorénavant l’opinion publique de l’Europe contre eux. Ayant des relations en France, il démasqua très tôt le double jeu diplomatique de Napoléon III et fit admettre au Souverain Pontife que la protection du corps expéditionnaire français n’était qu’illusoire ; ce faisant il s’attira les foudres de la diplomatie du second empire et même de ses anciens compagnons d’armes d’Afrique.

Pour Monseigneur François-Xavier de Mérode, le Patrimoine de Saint Pierre aurait bientôt à se défendre militairement et, pour sa défense, il ne pourrait plus compter que sur lui-même!

V . L’organisation de l’armée pontificale.

L’armée pontificale que Monseigneur de Mérode trouva en prenant ses fonctions était dans un état affligeant. Elle comptait moins de 10.000 hommes, mal entraînés, mal encadrés, mal équipés : les fusils dataient de l’époque napoléonienne, les canons  étaient obsolètes …etc. Depuis 1797, date du traité de Tolentino, les troupes du Saint Siège n’avaient tiré que quelques rares coups de fusil et encore seulement dans des actes de police contre les fameux brigands romains. L’ancien arsenal du Vatican n’était plus qu’un musée. Les espions piémontais et garibaldiens avaient relevé que l’unique arsenal où se trouvaient les munitions était librement accessible l’après midi, parce que le gardien faisait une longue sieste!!!

Le directeur du département de la guerre du Saint Siège, avec l’accord du Pape, fit alors appel à l’un de ses parents éloignés, qu’il avait connu en Algérie : le Général Christophe Louis Léon Juchault de La Moricière. Il le supplia de l’aider à réorganiser et commander les troupes pontificales. Héros du siège de Constantine et ancien Colonel des Zouaves, La Moricière se trouvait alors en exil à Bruxelles parce qu’il s’était opposé au coup d’état du 2 décembre 1851.

La Moricière met son épée au service de Pie IX

Le Général de La Moricière mettant son épée au service de Pie IX.

Fervent catholique, le Général de La Moricière accepta avec enthousiasme et arriva à Rome le 1er avril 1860. Il commença un rude travail de reprise en main des troupes pontificales mais, jugeant que les effectifs dont il disposait seraient certainement insuffisants en cas de conflit, il lança, conjointement avec Monseigneur de Mérode, un appel solennel aux catholiques de toute l’Europe – et du monde entier  – pour venir défendre les États de l’Église. Des comités de recrutement et de financement se formèrent rapidement, en premier lieu en Belgique et en France, et, en quelques mois, avec les 300 premiers volontaires arrivés à Rome, le Général de La Moricière put constituer un bataillon « franco-belge » dont le commandement fut confié au Général-marquis  Georges de Pimodan et au Commandant Louis de Becdelièvre (promu lieutenant-colonel après Castelfidardo).

Georges de Pimodan

Georges de La Vallée de Rarecourt Général-marquis de Pimodan.

VI . La bataille de Castelfidardo.

Pressentant une réorganisation et un accroissement rapide des effectifs des troupes pontificales, les stratèges piémontais envahirent l’Ombrie et les Marches, en septembre 1860, sans que les troupes autrichiennes qui gardaient la région ne s’interposent.Il s’agissait pour les piémontais de réaliser la jonction des territoires du nord avec ceux du sud, conquis par Garibaldi.

La Moricière se porta alors sur Ancône pour défendre ce port stratégique. C’est à Castelfidardo, petite ville de la Région des Marches – à une dizaine de kilomètres du célèbre sanctuaire de Lorette où les pontificaux passèrent la nuit en prière -, que les troupes piémontaises et les troupes pontificales se rencontrèrent, le 18 septembre 1860. Ce fut une bataille sanglante dans des conditions des plus inégales : moins de 10.000 pontificaux contre près de 60.000 piémontais!

La bataille de Castelfidardo

La bataille de Castelfidardo
(tableau conservé à l’hôtel de ville de Castelfidardo)

L’Armée pontificale fut défaite et les deux tiers des effectifs du bataillon  des « franco-belges » furent tués au combat ou grièvement blessés. Pimodan lui-même, après s’être héroïquement battu à leur tête, fut mortellement blessé et succomba à ses blessures.

Enfermé dans le port d’Ancône avec une poignée d’hommes, La Moricière soutint le siège durant dix jours sous des bombardements qui venaient à la fois de la terre et de la mer. Malgré tant d’héroïsme, il fallut cependant capituler. Après Castelfidardo, les Etats de l’Eglise se trouvèrent réduits au seul Latium.

Le héros du siège de Constantine, qui n’avait jamais connu la défaite durant toute sa carrière, resta encore quelques mois à Rome pour achever la réorganisation de l’armée pontificale, puis il rentra en France où il mourut au château de Prouzel, près d’Amiens, le 11 septembre 1865.

Cénotaphe de La Moricière

Cathédrale de Nantes : cénotaphe du Général de La Moricière.

VII . La création du bataillon des Zouaves Pontificaux.

La défaite de Castelfidardo ne découragea pas Monseigneur de Mérode. L’héroïsme des troupes pontificales face à un ennemi qui lui était six fois supérieur en nombre eut un tel retentissement dans le monde catholique que les volontaires affluèrent à Rome. En janvier 1861, avec les survivants du bataillon « franco-belge » et les nouvelles recrues, le directeur du Département de la Guerre du Saint Siège créa un bataillon de Zouaves Pontificaux.

Pourquoi ce nom? Déjà au cours de l’année 1860, le Général de La Moricière avait conçu pour le bataillon des « franco-belges », une tenue adaptée au climat de l’Italie centrale et inspirée de celles des Zouaves d’Afrique de l’armée française : une courte veste à soutaches et au col dégagé, un grand pantalon bouffant retenu par une large ceinture rouge, un petit képi à visière carrée… Cet uniforme n’avait pas soulevé l’enthousiasme des cardinaux de la Curie ; l’un d’eux avait même ironisé : « Voilà bien une une idée de français d’habiller les soldats du Pape en musulmans! »  Mais le Bienheureux Pie IX avait été conquis et donné son assentiment… En fait, l’armée pontificale n’avait eu ni le temps ni les moyens financiers pour équiper les 300 premiers « franco-belges » avec cet uniforme avant la bataille de Castelfidardo – seuls les Officiers en avaient été pourvus – mais, à partir de 1861 et jusqu’en 1870, toutes les nouvelles recrues le portèrent.

Zouave Pontifical

Le corps des Zouaves Pontificaux comptait, à sa création, environ 600 hommes de troupe, sous-officiers et officiers et il resta sous le commandement de Becdelièvre.

Par la suite, ses effectifs varièrent sensiblement au gré des fluctuations de la situation politique, militaire et financière du Saint-Siège. Ils baissent à 300 en 1863, remontent à 700 en 1865, atteignent 1.500 en 1868 pour arriver à 3.000 en 1870 lors du siège de Rome. Un second bataillon fut créé en décembre 1866 ; puis, en janvier 1867, le Corps devint un régiment à quatre bataillons. A certaines époques, le gouvernement pontifical fut, pour des motifs financiers, obligé de limiter les recrutements, et les volontaires les plus fortunés durent parfois s’équiper à leurs frais en uniforme et même en armes…

Commandant Louis de Becdelièvre

Le Commandant de Becdelièvre.

Les volontaires provenaient de différents pays : pour ce qui est du nombre, les Néerlandais dominaient (on dut même refuser – avec diplomatie – des hollandais protestants!),  venaient ensuite les Français et les Belges ; on trouve aussi dans les rangs des Zouaves des Italiens non ressortissants des États Pontificaux, des Allemands, des Autrichiens, des Suisses, des Britanniques, des Irlandais, et même un chinois…

En 1868, 130 Canadiens francophones traversèrent l’Atlantique pour se mettre au service de Sa Sainteté le Pape Pie IX.

Au total, ce sont plus de 9.000 engagements qui furent contractés en près de dix ans (nota bene : ce nombre concerne les engagements et non les individus, une même personne ayant pu souscrire plusieurs engagements dont la durée pouvait varier de six mois à un an ou quatre ans).

Si, chez les Néerlandais et les Belges, les volontaires appartenaient surtout aux classes populaires, chez les Français la noblesse représentait plus du tiers des recrues. L’on trouve de grands noms comme ceux des Ducs de Blacas, de Chevreuse, de Luynes, le Prince de Bourbon-Este. Après la bataille de Castelfidardo, en regardant la liste des morts et des blessés pontificaux le Général piémontais Cialdini aurait dit, avec un humour des plus noirs : « On croirait une liste d’invités à un bal de Louis XIV ! ». La bourgeoisie française était représentée par des médecins, des notaires, des journalistes, des commerçants aisés, des étudiants…

Ces volontaires français étaient majoritairement originaires de Bretagne et de Vendée. Huit diocèses de l’Ouest de la France ont fourni 37 % des volontaires français (le diocèse de Nantes en représente près de 12 % à lui seul). Il y eut également un nombre significatif de recrues originaires des département du nord et du sud ouest de la France. Et si l’Alsace-Lorraine et le sud sont peu représentés, c’est que ces régions ont, à partir de 1866, fourni les volontaires d’un autre corps de bataille français appelé « Légion d’Antibes » (ou encore « Légion Romaine« ).

La plupart des engagés étaient jeunes : certains n’avaient pas plus de 16 ou 17 ans, quand ils endossèrent l’uniforme des Zouaves Pontificaux. Mais l’âge n’était pas non plus un handicap qui dispensât de défendre le Pape : Monsieur de Coislin avait 65 ans lors de son premier engagement !

Les quatre frères Charette

Athanase de Charette et ses frères.

Les motivations des volontaires était essentiellement religieuses et parfois politiques. Religieuses parce que tous étaient convaincus que la puissance temporelle du Souverain Pontife était garante de son indépendance religieuse ; politiques parfois car tous les Zouaves Pontificaux issus de la noblesse étaient des royalistes, légitimistes convaincus, descendants de familles qui s’étaient illustrées dans la lutte contre la révolution : Cathelineau, Charette pour ne citer que les plus célèbres… De la même manière chez les bourgeois et dans les classes populaires le parti royaliste dominait. Garibaldi montre bien qu’il ne connaissait pas vraiment les Zouaves Pontificaux lorsqu’il juge, dans ses « Mémoires d’un chemise rouge » les militaires étrangers au service de Pie IX comme « quelques milliers de mercenaires, déchets de tous les cloaques de l’Europe » !

Les Zouaves Pontificaux ne furent pas l’unique corps militaire formé de volontaires catholiques étrangers : 5.000 Autrichiens répondirent à l’appel de Monseigneur de Mérode et du Général de La Moricière pour former cinq bataillons de « bersaglieri » (tirailleurs), 3.000 Suisses renforcèrent les régiments étrangers, 800 Irlandais créèrent le « Bataillon de Saint Patrick ».

Médaille de Castelfidardo

Médaille commémorative de Castelfidardo :
« la victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi! »

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Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 18 septembre, 2010 |2 Commentaires »

2010-38. Catéchèses de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI consacrées à Sainte Hildegarde de Bingen.

Le 17 septembre, le martyrologe fait mention de la fête de Sainte Hildegarde de Bingen.

Longtemps ignorée du grand public, cette très grande mystique a fait l’objet d’une sorte de redécouverte dans la seconde moitié du XXème siècle et jouit en nos temps d’une assez grande popularité, même en dehors de l’Eglise : ses compositions musicales font l’objet d’éditions et d’interprétations qui jouissent d’un véritable succès ; ses indications sur les bienfaits des minéraux et des plantes recueillent la plus grande attention  de nombreux scientifiques, naturopathes, botanistes, phytothérapeutes …etc. tandis que ses recettes  (de cuisine, de tisanes ou de remèdes divers) connaissent  un véritable engouement.

C’est au point qu’on peut parfois se demander s’il n’y aurait pas chez certains une volonté de « récupération », idéologique ou marchande, de Sainte Hildegarde! J’ai moi-même entendu certaines personnes, qui effaceraient volontiers le christianisme de la culture occidentale et nient la possibilité du fait mystique, recourir à des explications historiquement fausses pour pouvoir utiliser Sainte Hildegarde en dehors de toute référence chrétienne et de toute manifestation surnaturelle : ils prétendent par exemple que la grande abbesse du XIIème siècle tiendrait sa connaissance des secrets de la nature des chamanes des pays baltes… alors que les sources historiques ne mentionnent jamais qu’elle les aurait rencontrés : comment d’ailleurs une femme qui a vécue dans un cloître rhénan depuis l’âge de 8 ans eût-elle pu aller  se promener dans l’extrême nord est européen?

Au début de ce mois de septembre 2010, à l’occasion de deux catéchèses du mercredi, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a fait une présentation de Sainte Hildegarde. Il l’a replacée dans son contexte historique et spirituel, a présenté son oeuvre et en a aussi profité pour « remettre quelques pendules à l’heure » au sujet de la  mystique authentique et de la place des femmes dans l’Eglise.

Sainte Hildegarde

A. Catéchèse du mercredi 1er septembre 2010:

Chers frères et sœurs,

En 1988, à l’occasion de l’Année mariale, le vénérable Jean-Paul II a écrit une Lettre apostolique intitulée Mulieris dignitatem, traitant du rôle précieux que les femmes ont accompli et accomplissent dans la vie de l’Eglise. «L’Eglise – y lit-on – rend grâce pour toutes les manifestations du génie féminin apparues au cours de l’histoire, dans tous les peuples et dans toutes les nations ; elle rend grâce pour tous les charismes dont l’Esprit Saint a doté les femmes dans l’histoire du Peuple de Dieu, pour toutes les victoires remportées grâce à leur foi, à leur espérance et à leur amour : elle rend grâce pour tous les fruits de la sainteté féminine» (n. 31).

Egalement, au cours des siècles de l’histoire que nous appelons habituellement Moyen-Age, diverses figures de femmes se distinguent par la sainteté de leur vie et la richesse de leur enseignement. Aujourd’hui, je voudrais commencer à vous présenter l’une d’entre elles : Sainte Hildegarde de Bingen, qui a vécu en Allemagne au XIIe siècle.

Elle naquit en 1098 en Rhénanie, à Bermersheim, près d’Alzey, et mourut en 1179, à l’âge de 81 ans, en dépit de ses conditions de santé depuis toujours fragiles. Hildegarde appartenait à une famille noble et nombreuse, et dès sa naissance, elle fut vouée par ses parents au service à Dieu. A l’âge de huit ans, afin de recevoir une formation humaine et chrétienne appropriée, elle fut confiée aux soins de la maîtresse Judith de Spanheim, qui s’était retirée en clôture dans le monastère bénédictin Saint-Disibode. C’est ainsi que se forma un petit monastère féminin de clôture, qui suivait la Règle de saint Benoît. Hildegarde reçut le voile des mains de l’évêque Othon de Bamberg et en 1136, à la mort de mère Judith, devenue supérieure de la communauté, ses consœurs l’appelèrent à lui succéder. Elle accomplit cette charge en mettant à profit ses dons de femme cultivée, spirituellement élevée et capable d’affronter avec compétence les aspects liés à l’organisation de la vie de clôture. Quelques années plus tard, notamment en raison du nombre croissant de jeunes femmes qui frappaient à la porte du monastère, Hildegarde fonda une autre communauté à Bingen, intitulée à saint Rupert, où elle passa le reste de sa vie. Le style avec lequel elle exerçait le ministère de l’autorité est exemplaire pour toute communauté religieuse : celui-ci suscitait une sainte émulation dans la pratique du bien, au point que, comme il ressort des témoignages de l’époque, la mère et les filles rivalisaient de zèle dans l’estime et le service réciproque.

Déjà au cours des années où elle était supérieure du monastère Saint-Disibode, Hildegarde avait commencé à dicter ses visions mystiques, qu’elle avait depuis un certain temps, à son conseiller spirituel, le moine Volmar, et à sa secrétaire, une consœur à laquelle elle était très affectionnée Richarde de Strade. Comme cela est toujours le cas dans la vie des véritables mystiques, Hildegarde voulut se soumettre aussi à l’autorité de personnes sages pour discerner l’origine de ses visions, craignant qu’elles soient le fruit d’illusions et qu’elles ne viennent pas de Dieu. Elle s’adressa donc à la personne qui, à l’époque, bénéficiait de la plus haute estime dans l’Eglise : saint Bernard de Clairvaux, dont j’ai déjà parlé dans certaines catéchèses. Celui-ci rassura et encouragea Hildegarde. Mais en 1147, elle reçut une autre approbation très importante. Le pape Eugène III, qui présidait un synode à Trêves, lut un texte dicté par Hildegarde, qui lui avait été présenté par l’archevêque Henri de Mayence. Le pape autorisa la mystique à écrire ses visions et à parler en public. A partir de ce moment, le prestige spirituel d’Hildegarde grandit toujours davantage, d’autant plus que ses contemporains lui attribuèrent le titre de «prophétesse teutonique». Tel est, chers amis, le sceau d’une expérience authentique de l’Esprit Saint, source de tout charisme : la personne dépositaire de dons surnaturels ne s’en vante jamais, ne les affiche pas, et surtout, fait preuve d’une obéissance totale à l’autorité ecclésiale. En effet, chaque don accordé par l’Esprit Saint est destiné à l’édification de l’Eglise, et l’Eglise, à travers ses pasteurs, en reconnaît l’authenticité.

Je parlerai encore une fois mercredi prochain de cette grande femme «prophétesse», qui nous parle avec une grande actualité aujourd’hui aussi, à travers sa capacité courageuse à discerner les signes des temps, son amour pour la création, sa médecine, sa poésie, sa musique, qui est aujourd’hui reconstruite, son amour pour le Christ et pour son Eglise, qui souffrait aussi à cette époque, qui était blessée également à cette époque par les péchés des prêtres et des laïcs, et d’autant plus aimée comme corps du Christ. Ainsi sainte Hildegarde nous parle-t-elle; nous en parlerons encore mercredi prochain. Merci pour votre attention.

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B. Catéchèse du mercredi 8 septembre 2010:

Chers frères et sœurs,

Je voudrais aujourd’hui reprendre et poursuivre la réflexion sur sainte Hildegarde de Bingen, figure importante de femme au Moyen âge, qui se distingua par sa sagesse spirituelle et la sainteté de sa vie. Les visions mystiques d’Hildegarde ressemblent à celles des prophètes de l’Ancien Testament : s’exprimant à travers les expressions culturelles et religieuses de son époque, elle interprétait les Saintes Ecritures à la lumière de Dieu, les appliquant aux diverses circonstances de la vie. Ainsi, tous ceux qui l’écoutaient se sentaient exhortés à pratiquer un style d’existence chrétienne cohérent et engagé. Dans une lettre à saint Bernard, la mystique de Rhénanie confesse : «La vision envahit tout mon être : je ne vois plus avec les yeux du corps, mais elle m’apparaît dans l’esprit des mystères… Je connais la signification profonde de ce qui est exposé dans le psautier, dans l’Evangile, et d’autres livres, qui m’apparaissent en vision. Celle-ci brûle comme une flamme dans ma poitrine et dans mon âme, et m’enseigne à comprendre en profondeur le texte» (Espitolarium pars prima I-XC : CCCM 91).

Les visions mystiques d’Hildegarde sont riches de contenus théologiques. Elles font référence aux événements principaux de l’histoire du salut, et adoptent un langage principalement poétique et symbolique. Par exemple, dans son œuvre la plus célèbre, intitulée Scivias, c’est-à-dire «Connais les voies», elle résume en trente-cinq visions les événements de l’histoire du salut, de la création du monde à la fin des temps. Avec les traits caractéristiques de la sensibilité féminine, Hildegarde développe, précisément dans la partie centrale de son œuvre, le thème du mariage mystique entre Dieu et l’humanité réalisé dans l’Incarnation. Sur l’arbre de la Croix s’accomplissent les noces du Fils de Dieu avec l’Eglise, son épouse, emplie de grâce et rendue capable de donner à Dieu de nouveaux fils, dans l’amour de l’Esprit Saint(cf. Visio tertia : PL 197, 453c).

A partir de ces brèves évocations, nous voyons déjà que la théologie peut également recevoir une contribution particulière des femmes, car elles sont capables de parler de Dieu et des mystères de la foi à travers leur intelligence et leur sensibilité particulières. J’encourage donc toutes celles qui accomplissent ce service à l’accomplir avec un profond esprit ecclésial, en nourrissant leur réflexion à la prière et en puisant à la grande richesse, encore en partie inexplorée, de la tradition mystique médiévale, surtout celle représentée par des modèles lumineux, comme le fut précisément Hildegarde de Bingen.

La mystique rhénane est aussi l’auteur d’autres écrits, dont deux particulièrement importants parce qu’ils témoignent, comme le Scivias, de ses visions mystiques : ce sont le Liber vitae meritorum (Livre des mérites de la vie) et le Liber divinorum operum (Livre des œuvres divines), appelé aussi De operatione Dei. Dans le premier est décrite une unique et vigoureuse vision de Dieu qui vivifie l’univers par sa force et sa lumière. Hildegarde souligne la profonde relation entre l’homme et Dieu et nous rappelle que toute la création, dont l’homme est le sommet, reçoit la vie de la Trinité. Cet écrit est centré sur la relation entre les vertus et les vices, qui fait que l’être humain doit affronter chaque jour le défi des vices, qui l’éloignent dans son cheminement vers Dieu et les vertus, qui le favorisent. L’invitation est de s’éloigner du mal pour glorifier Dieu et pour entrer, après une existence vertueuse, dans la vie «toute de joie». Dans la seconde œuvre, considérée par beaucoup comme son chef-d’œuvre, elle décrit encore la création dans son rapport avec Dieu et la place centrale de l’homme, en manifestant un fort christocentrisme au ton biblique et patristique. La sainte, qui présente cinq visions inspirées par le Prologue de l’Evangile de saint Jean, rapporte les paroles que le Fils adresse au Père : « Toute l’œuvre que tu as voulue et tu m’as confiée, je l’ai menée à bien, et voici que je suis en toi, et toi en moi, et que nous sommes un »(Pars III, Visio X : PL 197, 1025a).

Dans d’autres écrits, enfin, Hildegarde manifeste la versatilité des intérêts et la vivacité culturelle des monastères féminins du Moyen âge, à contre-courant des préjugés qui pèsent encore sur l’époque. Hildegarde s’occupa de médecine et de sciences naturelles, ainsi que de musique, étant dotée de talent artistique. Elle composa aussi des hymnes, des antiennes et des chants, réunis sous le titre de Symphonia Harmoniae Caelestium Revelationum (Symphonie de l’harmonie des révélations célestes), qui étaient joyeusement interprétés dans ses monastères, diffusant un climat de sérénité, et qui sont également parvenus jusqu’à nous. Pour elle, la création tout entière est une symphonie de l’Esprit Saint, qui est en soi joie et jubilation.

La popularité dont Hildegarde était entourée poussait de nombreuses personnes à l’interpeller. C’est pour cette raison que nous disposons d’un grand nombre de ses lettres. Des communautés monastiques masculines et féminines, des évêques et des abbés s’adressaient à elle. De nombreuses réponses restent valables également pour nous. Par exemple, Hildegarde écrivit ce qui suit à une communauté religieuse féminine : «La vie spirituelle doit faire l’objet de beaucoup de dévouement. Au début, la fatigue est amère. Car elle exige le renoncement aux manifestations extérieures, au plaisir de la chair et à d’autres choses semblables. Mais si elle se laisse fasciner par la sainteté, une âme sainte trouvera le mépris même du monde, doux et agréable. Il suffit seulement, avec intelligence, de veiller à ce que l’âme ne se fane pas » (E. Gronau, Hildegard. Vita di una donna profetica alle origini dell’età moderna, Milan 1996, p. 402). Et lorsque l’empereur Frédéric Barberousse fut à l’origine d’un schisme ecclésial opposant trois antipapes au Pape légitime Alexandre III, Hildegarde, inspirée par ses visions, n’hésita pas à lui rappeler qu’il était lui aussi sujet au jugement de Dieu. Avec l’audace qui caractérise chaque prophète, elle écrivit à l’empereur ces mots de la part de Dieu : «Attention, attention à cette mauvaise conduite des impies qui me méprisent! Prête-moi attention, ô roi, si tu veux vivre! Autrement mon épée te transpercera! »(ibid., p. 142).

Avec l’autorité spirituelle dont elle était dotée, au cours des dernières années de sa vie, Hildegarde se mit en voyage, malgré son âge avancé et les conditions difficiles des déplacements, pour parler de Dieu aux populations. Tous l’écoutaient volontiers, même lorsqu’elle prenait un ton sévère : ils la considéraient comme une messagère envoyée par Dieu. Elle rappelait surtout les communautés monastiques et le clergé à une vie conforme à leur vocation. De manière particulière, Hildegarde s’opposa au mouvement des cathares allemands. Ces derniers – à la lettre cathares signifie «purs» – prônaient une réforme radicale de l’Eglise, en particulier pour combattre les abus du clergé. Elle leur reprocha sévèrement de vouloir renverser la nature même de l’Eglise, en leur rappelant qu’un véritable renouvellement de la communauté ecclésiale ne s’obtient pas tant avec le changement des structures, qu’avec un esprit de pénitence sincère et un chemin actif de conversion. Il s’agit là d’un message que nous ne devrions jamais oublier. Invoquons toujours l’Esprit Saint afin qu’il suscite dans l’Eglise des femmes saintes et courageuses, comme sainte Hildegarde de Bingen, qui, en valorisant les dons reçus par Dieu, apportent leur contribution précieuse et spécifique à la croissance spirituelle de nos communautés !

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2010-36. Prophétie et prière de Saint Pie X pour la France.

3 septembre, fête du saint Pape Pie X.

Profitons de la fête de ce jour pour publier un texte très célèbre mais qu’il est toujours bon et réconfortant de lire, particulièrement en nos temps de décadence sociale et spirituelle, temps d’incertitudes et de crise profonde pour notre Patrie.

Saint Pie X, qui aimait beaucoup la France et fut très affecté par les évènements douloureux qui affectèrent les catholiques français au cours de son pontificat (expulsion des congrégations, loi dite de « séparation des églises et de l’état », inventaires et vexations contre le clergé…), prononça un jour ces paroles que l’on considère comme une prophétie sur l’avenir de la France :

Saint Pie X

« Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux Fonts Baptismaux de Reims se repentira et retournera à sa première vocation.
Les mérites de tant de ses Fils qui prêchent la vérité de l’Evangile dans le monde presque entier et dont beaucoup l’ont scellée de leur sang, les prières de tant de Saints qui désirent ardemment avoir pour compagnons dans la Gloire Céleste les frères bien-aimés de leur patrie, la piété généreuse de tant de ses Fils, qui, sans s’arrêter à aucun sacrifice, pourvoient à la dignité du clergé et à la splendeur du culte catholique, et, par dessus tout, les gémissements de tant de petits enfants qui, devant les Tabernacles répandent leur âme dans les expressions que Dieu même met sur leurs lèvres, appelleront certainement sur cette nation les miséricordes Divines. Les fautes ne resteront pas impunies, mais elle ne périra jamais, la Fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de tant de larmes.
Un jour viendra, et nous espérons qu’il n’est pas très éloigné, où la France, comme Saül sur le chemin de Damas, sera enveloppée d’une Lumière Céleste et entendra une voix qui lui répètera : « Ma Fille, pourquoi Me persécutes-tu ? » . Et, sur sa réponse : « Qui es-tu, Seigneur ? », la voix répliquera : « Je suis Jésus, que tu persécutes. Il t’est dur de regimber contre l’aiguillon, parce que, dans ton obstination, tu te ruines toi-même « . Et elle, tremblante, étonnée, dira : »Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ». Et Lui : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille Aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, Mon Nom devant tous les peuples et devant les rois de la Terre ».

A l’occasion de la béatification de Jeanne d’Arc, le saint Pontife prononça aussi les paroles suivantes :

« Je n’ai pas seulement l’espérance, j’ai la certitude du plein Triomphe… Je suis affermi dans cette certitude par la protection des martyrs qui ont donné leur sang pour la foi, et par l’intercession de Jeanne d’Arc, qui, comme elle vit dans le Coeur des Français, répète aussi sans cesse au Ciel la prière : Grand Dieu, sauvez la France ! ».

Avec les mots mêmes de Saint Pie X, prions aujourd’hui pour la France:

« Ô Marie, conçue sans péché, regardez la France, priez pour la France, sauvez la France!  Plus la France est coupable, plus elle a besoin de votre intercession : un mot à Jésus reposant dans vos bras, et la France est sauvée! Ô Jésus, obéissant à Marie, sauvez la France! »

Armoiries de Saint Pie X

Le discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie XII à l’occasion
de la canonisation de Saint Pie X se trouve ici > www

2010-35. Versailles, 8 h 23, ce 1er septembre 1715 : le Grand Roi rend son âme à Dieu.

« Dieu seul est grand, mes frères et dans ces derniers moments surtout où il préside à la mort des rois de la terre ».

(J.B. Massillon : Oraison funèbre du Roi très chrétien, Louis le Grand)

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1er septembre 2010

La date du 1er septembre vient rappeler à notre souvenir le jour où le Grand Roi -Louis XIV – rendit son âme à Dieu. Il était dans sa 77ème année et avait régné 72ans sur la France.

Malgré toutes les caricatures, malgré toutes les interprétations déformantes imposées par l’histoire républicaine officielle, malgré tous les jugements simplistes, malgré toutes les représentations erronées et les fables, malgré enfin la presque interminable et désolante déclinaison des incompréhensions de ce que furent sa  véritable personnalité et son règne (à commencer par celles dont le très mesquin Saint-Simon fait étalage à presque chaque page), la figure du Roi Soleil ne cesse cependant pas d’exercer une espèce de fascination sur le monde entier.

A mon humble avis, le « Louis XIV » de François Bluche demeure l’un des meilleurs ouvrages qui a jamais été écrit : très abordable, je le recommande instamment à tous ceux qui veulent approfondir avec honnêteté leur connaissance du Grand Roi, de sa personne et de son règne.

A l’occasion du 295ème anniversaire de sa mort, je tiens à publier les lignes par lesquelles Voltaire – dans son « Siècle de Louis XIV » – a rapporté les derniers instants du Souverain.  Est-il utile de préciser que le persifleur de Ferney ne fait pourtant pas partie de mes auteurs favoris? Ses appréciations toutefois font ici montre d’un grand équilibre et de beaucoup de justesse et je souscris entièrement à cette affirmation: « …ses grandes qualités et ses actions l’ont emporté sur ses fautes ».

Buste de Louis XIV - Le Bernin

« Louis XIV fut attaqué, vers le milieu du mois d’août 1715, au retour de Marly, de la maladie qui termina ses jours. Ses jambes s’enflèrent ; la gangrène commença à se manifester. Le comte de Stair, ambassadeur d’Angleterre, paria, selon le génie de sa nation, que le roi ne passerait pas le mois de septembre. Le duc d’Orléans, qui, au voyage de Marly, avait été absolument seul, eut alors toute la cour auprès de sa personne. Un empirique, dans les derniers jours de la maladie du roi, lui donna un élixir qui ranima ses forces. Il mangea, et l’empirique assura qu’il guérirait. La foule qui entourait le duc d’Orléans diminua dans le moment. «Si le roi mange une seconde fois, dit le duc d’Orléans, nous n’aurons plus personne». Mais la maladie était mortelle. Les mesures étaient prises pour donner la régence absolue au duc d’Orléans. Le roi ne la lui avait laissée que très limitée par son testament, déposé au parlement ; ou plutôt il ne l’avait établi que chef d’un conseil de régence, dans lequel il n’aurait eu que la voix prépondérante. Cependant il lui dit : «Je vous ai conservé tous les droits que vous donne votre naissance». C’est qu’il ne croyait pas qu’il y eût de loi fondamentale qui donnât, dans une minorité, un pouvoir sans bornes à l’héritier présomptif du royaume. Cette autorité suprême, dont on peut abuser, est dangereuse ; mais l’autorité partagée l’est encore davantage. Il crut qu’ayant été si bien obéi pendant sa vie, il le serait après sa mort, et ne se souvenait pas qu’on avait cassé le testament de son père. (…)

Quoique la vie et la mort de Louis XIV eussent été glorieuses, il ne fut pas aussi regretté qu’il le méritait. L’amour de la nouveauté, l’approche d’un temps de minorité, où chacun se figurait une fortune, la querelle de la Constitution qui aigrissait les esprits, tout fit recevoir la nouvelle de sa mort avec un sentiment qui allait plus loin que l’indifférence. Nous avons vu ce même peuple qui, en 1686, avait demandé au ciel avec larmes la guérison de son roi malade, suivre son convoi funèbre avec des démonstrations bien différentes. On prétend que la reine sa mère lui avait dit un jour dans sa grande jeunesse : «Mon fils, ressemblez à votre grand-père, et non pas à votre père». Le roi en ayant demandé la raison : «C’est, dit-elle, qu’à la mort de Henri IV on pleurait, et qu’on a ri à celle de Louis XIII».

Quoiqu’on lui ait reproché des petitesses, des duretés dans son zèle contre le jansénisme, trop de hauteur avec les étrangers dans ses succès, de la faiblesse pour plusieurs femmes, de trop grandes sévérités dans des choses personnelles, des guerres légèrement entreprises, l’embrasement du Palatinat, les persécutions contre les réformés : cependant ses grandes qualités et ses actions, mises enfin dans la balance, l’ont emporté sur ses fautes. Le temps, qui mûrit les opinions des hommes, a mis le sceau à sa réputation ; et malgré tout ce qu’on a écrit contre lui, on ne prononcera point son nom sans respect, et sans concevoir à ce nom l’idée d’un siècle éternellement mémorable. Si l’on considère ce prince dans sa vie privée, on le voit à la vérité trop plein de sa grandeur, mais affable, ne donnant point à sa mère de part au gouvernement, mais remplissant avec elle tous les devoirs d’un fils, et observant avec son épouse tous les dehors de la bienséance : bon père, bon maître, toujours décent en public, laborieux dans le cabinet, exact dans les affaires, pensant juste, parlant bien, et aimable avec dignité.

D’ailleurs personne n’ignore avec quelle grandeur d’âme il vit approcher la mort, disant à Madame de Maintenon : «J’avais cru qu’il était plus difficile de mourir» ; et à ses domestiques : «Pourquoi pleurez-vous? m’avez-vous cru immortel?» donnant tranquillement ses ordres sur beaucoup de choses, et même sur sa pompe funèbre. Quiconque a beaucoup de témoins de sa mort meurt toujours avec courage. Louis XIII, dans sa dernière maladie, avait mis en musique le De profundis qu’on devait chanter pour lui. Le courage d’esprit avec lequel Louis XIV vit sa fin fut dépouillé de cette ostentation répandue sur toute sa vie. Son courage alla jusqu’à avouer ses fautes. Son successeur a toujours conservé, écrites au chevet de son lit, les paroles remarquables que ce monarque lui dit, en le tenant sur son lit entre ses bras : ces paroles ne sont point telles qu’elles sont rapportées dans foules les histoires. Les voici fidèlement copiées :

«Vous allez être bientôt roi d’un grand royaume. Ce que je vous recommande plus fortement est de n’oublier jamais les obligations que vous avez à Dieu. Souvenez-vous que vous lui devez tout ce que vous êtes. Tâchez de conserver la paix avec vos voisins. J’ai trop aimé la guerre ; ne m’imitez pas en cela, non plus que dans les trop grandes dépenses que j’ai faites. Prenez conseil en toutes choses, et cherchez à connaître le meilleur pour le suivre toujours. Soulagez vos peuples le plus tôt que vous le pourrez, et faites ce que j’ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi-même, etc.»

Ce discours est très éloigné de la petitesse d’esprit qu’on lui impute dans quelques Mémoires… »

Voltaire – « Le Siècle de Louis XIV »,  chap. XXVIII.

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2010-34. « Un homme qui n’a jamais vécu de manière superficielle » : dans sa catéchèse du 25 août, Benoît XVI est revenu sur la figure de Saint Augustin.

Notre Saint Père le Pape Benoît XVI a déjà consacré plusieurs catéchèses du mercredi à Saint Augustin dans son cycle sur les Pères de l’Eglise et les grands théologiens chrétiens (cf. > ici, et > ici et encore > ici). Lors de l’audience générale du 25 août 2010 il est revenu sur la figure de celui que l’on peut sans hésitation qualifier de plus grand des Docteurs de l’Occident.

Couronnement de la Vierge et Saint Augustin

Saint Augustin contemplant le couronnement de la T.Ste Vierge

Chers frères et sœurs,

Dans la vie de chacun de nous, il y a des personnes très chères, que nous sentons particulièrement proches, certaines sont déjà dans les bras de Dieu, d’autres parcourent encore avec nous le chemin de la vie : ce sont nos parents, notre famille, les éducateurs ; ce sont des personnes auxquelles nous avons fait du bien ou dont nous avons reçu du bien ; ce sont des personnes sur lesquelles nous savons pouvoir compter. Il est important, cependant, d’avoir également des « compagnons de voyage » sur le chemin de notre vie chrétienne : je pense au directeur spirituel, au confesseur, à des personnes avec lesquelles on peut partager sa propre expérience de foi, mais je pense également à la Vierge Marie et aux saints. Chacun devrait avoir un saint qui lui soit familier, pour le sentir proche à travers la prière et l’intercession, mais également pour l’imiter. Je voudrais donc vous inviter à connaître davantage les saints, à commencer par celui dont vous portez le nom, en lisant sa vie, ses écrits. Soyez certains qu’ils deviendront de bons guides pour aimer encore davantage le Seigneur et des soutiens valables pour votre croissance humaine et chrétienne.

Comme vous le savez, je suis moi aussi lié de manière particulière à certaines figures de saints : parmi celles-ci, outre saint Joseph et saint Benoît dont je porte le nom, ainsi que d’autres, il y a saint Augustin, que j’ai eu le grand don de connaître de près, pour ainsi dire, à travers l’étude et la prière et qui est devenu un bon « compagnon de voyage » dans ma vie et dans mon ministère. Je voudrais souligner encore une fois un aspect important de son expérience humaine et chrétienne, également actuel à notre époque où il semble que le relativisme soit paradoxalement la « vérité » qui doit guider la pensée, les choix, les comportements.

Saint Augustin est un homme qui n’a jamais vécu de manière superficielle ; la soif, la recherche tourmentée et constante de la Vérité est l’une des caractéristiques de fond de son existence ; mais pas cependant des « pseudo-vérités » incapables d’apporter une paix durable dans le cœur, mais de cette Vérité qui donne un sens à l’existence et qui est « la demeure » dans laquelle le cœur trouve la sérénité et la joie. Son chemin, nous le savons, n’a pas été facile : il a pensé trouver la Vérité dans le prestige, dans la carrière, dans la possession des choses, dans les voix qui lui promettaient un bonheur immédiat ; il a commis des erreurs, il a traversé des moments de tristesse, il a affronté des échecs, mais il ne s’est jamais arrêté, il ne s’est jamais contenté de ce qui lui apportait seulement une étincelle de lumière ; il a su regarder au plus profond de lui-même et il s’est rendu compte, comme il l’écrit dans les « Confessions », que cette Vérité, ce Dieu qu’il cherchait de toutes ses forces était plus proche de lui que lui-même. Il avait toujours été à ses côtés, il ne l’avait jamais abandonné, il était dans l’attente de pouvoir entrer de manière définitive dans sa vie(cf. III, 6, 11 ; X, 27, 38). Comme je le disais en commentant le récent film sur sa vie, saint Augustin a compris, dans sa recherche tourmentée, que ce n’est pas lui qui a trouvé la Vérité, mais que c’est la vérité elle-même, qui est Dieu, qui l’a cherché et qui l’a trouvé (cf. L’Osservatore Romano, jeudi 4 septembre 2009, p.8 ). Commentant un passage du troisième chapitre des Confessions, Romano Guardini affirme que saint Augustin comprit que Dieu est « gloire qui nous jette à genoux, boisson qui étanche la soif, trésor qui rend heureux, [...il eut] la certitude apaisante de celui qui a finalement compris, mais également la béatitude de l’amour qui sait : Cela est tout et me suffit » (Pensatori religiosi, Brescia 2001, p. 177).

Toujours dans les Confessions, au Livre neuf, notre saint rapporte une conversation avec sa mère, sainte Monique dont on célèbre la fête vendredi prochain, après-demain. C’est une très belle scène : sa mère et lui sont à Ostie, dans une auberge, et de la fenêtre ils voient le ciel et la mer, et ils transcendent le ciel et la mer, et pendant un moment ils touchent le cœur de Dieu dans le silence des créatures. Et ici apparaît une idée fondamentale dans le chemin vers la Vérité : les créatures doivent se taire si l’on veut qu’apparaisse le silence dans lequel Dieu peut parler. Cela reste vrai aussi à notre époque : on a parfois une sorte de crainte du silence, du recueillement, de penser à ses propres actions, au sens profond de sa propre vie, on préfère souvent ne vivre que le moment qui passe, en ayant l’illusion qu’il apportera un bonheur durable ; on préfère vivre, parce que cela semble plus facile, de manière superficielle, sans penser ; on a peur de chercher la Vérité ou on a peut-être peur que la Vérité nous trouve, nous saisisse et change notre vie, comme cela s’est produit pour saint Augustin.

Chers frères et sœurs, je voudrais dire à tous, même à ceux qui traversent un moment de difficulté dans leur chemin de foi, à ceux qui participent peu à la vie de l’Eglise ou à ceux qui vivent « comme si Dieu n’existait pas », de ne pas avoir peur de la Vérité, de ne jamais interrompre le chemin vers celle-ci, de ne jamais cesser de rechercher la vérité profonde sur soi-même et sur les choses avec l’œil intérieur du cœur. Dieu ne manquera pas de nous donner la Lumière pour nous faire voir et la Chaleur pour faire sentir à notre cœur qu’il nous aime et qu’il désire être aimé.

Que l’intercession de la Vierge Marie, de saint Augustin et de sainte Monique nous accompagne sur ce chemin.

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

2010-33. Du troisième anniversaire du motu proprio « Summorum Pontificum cura » et de quelques questions qui lui sont relatives.

Mardi 24 août 2010, fête de l’apôtre Saint Barthélémy.

Le 14 septembre prochain sera le troisième anniversaire de l’entrée en vigueur du motu proprio « Summorum Pontificum cura« .

Vous le savez, par ce texte majeur (dont on trouvera ici la traduction française la plus correcte > www), notre Saint Père le Pape Benoît XVI, heureusement régnant, a été amené à préciser un certain nombre de points concernant la célébration de la Messe selon le rite romain, tout particulièrement – mais pas uniquement pour qui veut bien lire avec intelligence – en ce qui concerne la « forme extraordinaire » de ce rite romain, c’est à dire le rite romain antique (appelé de manière courante et abusivement simplificatrice « Messe de saint Pie V »).

Ce troisième anniversaire revêt une véritable importance parce que le Souverain Pontife écrivait aux évêques, dans la lettre qu’il leur adressait en même temps que le motu proprio : « Je vous invite en outre, chers Confrères, à bien vouloir écrire au Saint-Siège un compte-rendu de vos expériences, trois ans après l’entrée en vigueur de ce Motu Proprio ».

Nous ne pouvons que nous réjouir pour tous les fruits de grâce et de paix qui résultent de ce motu proprio partout où il est réellement appliqué.

Mais force est de constater qu’il n’est pas appliqué partout – loin s’en faut! – et que des évêques et des prêtres s’autorisent de refuser à des fidèles et à d’autres prêtres le droit que le Souverain Pontife leur a reconnu.

Je ne suis certes qu’un tout petit chat et je ne prétends pas tout savoir, néanmoins je connais de manière certaine des diocèses dont les évêques – à moins de mentir au Pape – n’auront aucun compte-rendu à lui écrire parce qu’ils n’ont rien fait de concret pour répondre aux demandes des fidèles qui souhaitaient et ne cessent pas de souhaiter l’application des dispositions prévues par « Summorum Pontificum cura« .

De félin à félin, j’ai bien envie d’écrire à mon confrère le très auguste chat du Pape pour l’informer de choses que certains prélats ne voudraient peut-être pas dire au Souverain Pontife ou qu’ils présenteraient de manière non conforme à la vérité…

Nos Seigneurs les Evêques de France et leurs collaborateurs – à quelques exceptions près – se sont souvent ingéniés à faire croire qu’ils ne savent pas lire ou qu’ils ne comprennent pas le sens, pourtant simple et clair, des mots employés par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI. Certains ont carrément enterré le document dans le silence ; d’autres l’ont interprété de la manière la plus restrictive qui soit et – dans leurs excès de libéralité!- ne veulent finalement appliquer que le motu proprio « Quatuor abhinc annos » du 3 octobre 1984. Ils montrent par là  (s’il est encore besoin de le faire) que le modernisme dont ils sont pénétrés a toujours au moins un quart de siècle de retard : alors qu’ils se prétendent « hommes de progrès tournés vers l’avenir », ils ne sont en réalité – je me plais à le redire avec insistance – que les intégristes des idéologies qui se sont introduites dans l’Eglise à la faveur du second concile du Vatican ; idéologies qu’ils ont voulu faire passer pour « l’esprit du concile » mais qui, comme toutes les idéologies, ne sont que des systèmes d’erreurs désertifiantes et mortifères.

Dans un grand nombre de paroisses, les curés se sont bien gardés d’informer les fidèles de l’existence et du contenu du motu proprio et, partant, de leur expliquer leurs droits. Les personnes de bonne volonté ont parfois dû déployer des trésors de patience et de persévérance pour avoir des réponses à leurs questions après les annonces des médias  (à commencer par le journal « la Croix ») qui, selon leur habitude, ont titré avec des slogans sans faire un vrai travail d’information.

Voilà pourquoi, avec la permission de mon papa, je vous reproduis ci-dessous la question que lui a posée, il y a quelques temps, une catholique « ordinaire » et la réponse que Frère Maximilien-Marie lui a faite. Je vous laisse donc à cette lecture…

Lully.

La Sainte Messe catholique dans sa liturgie classique

Question de Michèle:

« Cher Frère, je me pose cette question : Pourquoi le pape Benoit XVI veut-il remettre la messe en latin? Nous ne comprendrons plus rien même si ces messes sont très belles, et il y a le risque que beaucoup de fidèles déserteront les églises. J’ai l’impression que Benoît XVI est en train de démolir tout ce que le pape Jean-Paul II a construit. Qu’en pensez vous? »

Et voici la réponse de Frère Maximilien-Marie:

« Chère Michèle, votre question est tout à fait symptomatique d’une confusion qui a été semée dans les esprits des catholiques depuis près de 40 ans, confusion qui est entretenue aussi bien par les médias que par une grande partie du clergé en Occident…

1) Vous m’écrivez : « Pourquoi le pape Benoît XVI veut-il remettre la messe en latin?« 

Cette question contient déjà plusieurs erreurs…
D’abord parce qu’il faut être convaincu que notre Saint-Père le Pape n’agit pas selon des goûts ou des idées personnels, et que la question de la restauration de la liturgie latine n’est pas le « caprice » de quelqu’un qui aurait des idées rétrogrades…!!! Ensuite, il faut savoir que la langue latine n’a JAMAIS été abolie dans la liturgie de l’Eglise latine.
Le second concile du Vatican, dans sa « Constitution sur la divine liturgie » ( De sacra Liturgia N°36 § 1, N°54, N°101, N°114, N°116…) affirme de manière solennelle et sans ambiguïté que la langue latine est la langue officielle de la liturgie romaine, de même que le chant grégorien en est le chant propre.

Le second concile du Vatican a permis que certaines parties de la messe puissent être lues dans les langues vulgaires, pour faciliter la compréhension (c’est le cas pour les lectures par exemple) mais il demande expressément que les fidèles sachent prier et chanter ensemble en latin les parties de l’ordinaire (au minimum: le Gloria in excelsis Deo, le Credo, le Sanctus, l’Agnus Dei, le Pater, et les antiennes à la Sainte Vierge…).

En demandant que le latin soit remis à sa juste place dans la liturgie, le Souverain Pontife ne fait que rappeler ce que doit être la bonne application du second concile du Vatican. Il ne veut pas « remettre », il veut simplement faire appliquer la loi existante qui est largement  bafouée et trahie par les prêtres, les évêques et les équipes liturgiques, tout spécialement en France.

2) Vous écrivez ensuite : « Nous ne comprendrons plus rien même si ces messes sont très belles et il y a le risque que beaucoup de fidèles déserteront les églises.« 

Réponse:
Pendant des siècles, la liturgie a été célébrée en latin dans tout l’occident ; or d’une manière générale les gens avaient (nous dit-on) un moindre degré d’instruction qu’à notre époque, et pourtant cela ne les faisait pas « déserter les églises ». Elles étaient au contraire plus remplies qu’à l’heure actuelle!

Aujourd’hui, en France, la moyenne d’âge est plus basse dans les églises où la liturgie est célébrée de manière traditionnelle, en faisant une grande place au latin, que dans les paroisses ordinaires où tout est en langue vernaculaire. De la même manière, les congrégations religieuses et les séminaires qui ont le plus de recrutement sont ceux où il y a le plus de tradition latine…

Cet argument de la « non compréhension » est faux.  Premièrement parce qu’il existe des missels qui présentent le texte latin avec sa traduction française en regard : il n’est point besoin d’avoir un doctorat en théologie pour se débrouiller avec. Après une rapide formation et un peu de pratique un enfant même est capable de suivre la messe avec son missel. Deuxièmement, je sais par expérience que même les gens qui ont le moins de capacités intellectuelles sont capables d’apprendre des prières en latin, des chants en latin, en connaissant le sens de ce qu’ils chantent ou qu’ils récitent : ils n’en feront pas nécessairement une traduction mot à mot, mais ils ont la compréhension du sens général et de l’esprit de la prière. Troisièmement, je vous ferai aussi remarquer, dans un tout autre registre, que des tas de gens reprennent des chansons de variétés en langue anglaise, sans forcément avoir fait des études d’anglais – il leur suffit d’en connaître plus ou moins vaguement le sens – et ce n’est cependant pas un argument pour supprimer la diffusion des chansons en anglais sur les radios françaises!!!!!!!

En outre, ce n’est pas parce que un chant est en français qu’il est forcément compréhensible… même par ceux dont c’est la langue maternelle. La production liturgique en langue française a multiplié des chansonnettes stupides et vides de sens, voire porteuses d’erreurs spirituelles et doctrinales, et encore une fois mon expérience me montre que quantité de fidèles, dans les églises, chantent ces « trucs » dont ils ne comprennent pas les paroles françaises qu’on leur fait brailler!

J’ajouterai enfin quelque chose qui peut paraître dur, mais qui est cependant JUSTE : si les catholiques, et mêmes les prêtres et les évêques, ne veulent pas obéir aux textes du concile tels qu’ils sont et ne veulent pas obéir au Pape, eh bien qu’ils fichent le camp plutôt que d’entretenir la confusion et les erreurs dans les églises : au moins les choses seront claires! S’ils ont envie de fabriquer leurs « célébrations » selon des idées et des fantaisies personnelles, en ne tenant pas compte de la loi de l’Eglise et des textes officiels concernant la liturgie catholique, ils ne sont en fait plus catholiques dans leurs têtes et dans leurs coeurs et il vaut mieux qu’ils partent plutôt que de semer le désordre et d’entretenir la confusion…

3) Vous dites : « J’ai l’impression que Benoît XVI est en train de démolir tout ce que le pape Jean-Paul II a construit.« 

Réponse:
Sur le plan de la liturgie, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI ont tous les trois demandé  à plusieurs reprises que tous les fidèles sachent les prières principales en langue latine. Peu de temps après la fin du concile, en 1974, constatant avec effroi que le chant latin et grégorien avait pratiquement disparu des paroisses malgré les textes officiels, Paul VI a fait publier et a envoyé à tous les évêques du monde un petit recueil intitulé « Jubilate Deo » qui contenait les chants latins et grégoriens qui devaient être maintenus dans TOUTES les paroisses et communautés… Ce livret n’a pas été reçu dans les paroisses françaises…!!!

4) Vous semblez ne pas faire la distinction entre la Messe dite « de Saint Pie V », qui a été en fait la forme de la célébration depuis Saint Grégoire le Grand jusqu’en 1969 (et qui était donc la messe en vigueur au moment du second concile du Vatican), et la « messe en latin ». « Messe en latin » et « Messe de Saint Pie V » ne sont pas des synonymes.

La Messe latine antique, dite de Saint Pie V, est certes célébrée en latin (mais on peut y proclamer les lectures en langue vulgaire). La Messe réformée, dite de Paul VI, introduite en décembre 1969, est depuis lors (en principe) celle qui est célébrée dans les paroisses ordinaires. Mais le missel de Paul VI a été aussi promulgué en latin et – selon les principes rappelés par le second concile du Vatican – il devrait largement être utilisé en latin dans les paroisses. Les pèlerins qui se rendent à Lourdes peuvent y assister à la messe internationale qui est une célébration de la messe de Paul VI entièrement en latin : c’est la « messe en latin », mais ce n’est pas la messe dite « de Saint Pie V ».

Benoît XVI a clairement expliqué qu’il y a deux formes pour célébrer l’unique rite romain : l’une appelée « forme ordinaire » correspond au missel réformé publié par Paul VI en 1969 et complété par Jean-Paul II ; l’autre appelée « forme extraordinaire » (qui correspond à la Messe dite « de Saint Pie V » célébrée partout dans l’Eglise latine jusqu’en 1969). Pour l’une comme pour l’autre forme le latin reste la langue officielle et normale.

Les fidèles qui sont attachés à la forme antérieure du missel (celui qui a été en usage jusqu’en 1969), ont vu reconnaître la légitimité de leurs aspirations à cette manière de célébrer, par le motu proprio « Summorum Pontificum cura » du 7 juillet 2007.
Toutefois Benoît XVI n’a pas voulu imposer la Messe de Saint Pie V partout contrairement à ce que certains médias et prêtres ont stupidement répété : il a demandé qu’on respecte et qu’on fasse droit aux fidèles qui demandent cette forme de célébration qui, il l’a bien précisé, n’a JAMAIS été interdite (là encore contrairement à ce qui avait été dit et pratiqué depuis une quarantaine d’années)… Il a également demandé que les prêtres et les fidèles qui célèbrent selon la « forme ordinaire » le fassent avec un grand respect des règles liturgiques, et il montre lui-même l’exemple.

* * *

Ma réponse est longue, j’en ai conscience, mais j’espère qu’elle vous aura  donné satisfaction en vous permettant d’y voir plus clair.

Je ne vous cache pas que je suis surpris chaque fois qu’on me pose ce genre de question, parce qu’il me semble que tout est parfaitement limpide dans les textes officiels : mais on se demande si les journalistes et les prêtres eux-mêmes savent lire puisqu’ils racontent ensuite des tas de calembredaines et que c’est ainsi que la confusion est semée, entretenue et savamment orchestrée.

Armoiries de Benoît XVI

2010-32. Centenaire du Serment anti-moderniste (1er septembre 1910).

Le 1er septembre 1910, par le motu proprio «Sacrorum antistitum» le Pape Saint Pie X promulguait le « Serment anti-moderniste ».

Pour lutter contre les idées pernicieuses et destructrices de la foi, telles que le naturalisme, le libéralisme, le panthéisme et l’évolutionnisme spéculatif en matière dogmatique, Saint Pie X avait promulgué en 1907 l’encyclique «qui condamnait  avec vigueur ces erreurs modernes. Il jugea nécessaire de compléter cet enseignement par une cérémonie de prestation de serment par laquelle chaque nouveau prêtre, le jour de son ordination sacerdotale, ou quiconque parmi les clercs devant accéder à une chaire d’enseignement ou à un office ecclésiastique (et même les laïcs appelés à enseigner dans les universités catholiques), devait solennellement abjurer, toutes les inexactitudes doctrinales dénoncées par la sus-dite encyclique.

En 1917, lors de la publication du Code de Droit Canonique, ce serment fut mis en tête de l’ouvrage. Mais cinquante ans plus tard, en 1967, dans les illusoires euphories de « l’après concile », Paul VI l’abrogea : plus de quarante années de recul nous permettent d’apprécier la pertinence et la sagacité d’une telle mesure…!!!

Même si Jean Paul II, en 1998, par la lettre apostolique « Ad tuendam Fidem« , a institué un nouveau serment destiné à garantir la fidélité des théologiens et des prêtres, on peut néanmoins dire que cette  dernière profession de foi n’a pas la même vigueur ni la même précision que le « Serment anti-moderniste« . Aussi, puisque nous approchons du centième anniversaire de la publication de ce dernier, il nous paraît opportun d’en publier ici le texte qui appartient toujours aux « Symboles et définitions de la Foi catholique ».

Saint Pie X

Moi, N…, j’embrasse et reçois fermement toutes et chacune des vérités qui ont été définies, affirmées et déclarées par le magistère infaillible de l’Eglise, principalement les chapitres de doctrine qui sont directement opposés aux erreurs de ce temps.

- Et d’abord, je professe que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être certainement connu, et par conséquent aussi, démontré à la lumière naturelle de la raison « par ce qui a été fait » [Rom. I,20], c’est-à-dire par les œuvres visibles de la création, comme la cause par les effets.

- Deuxièmement, j’admets et je reconnais les preuves extérieures de la Révélation, c’est-à-dire les faits divins, particulièrement les miracles et les prophéties comme des signes très certains de l’origine divine de la religion chrétienne et je tiens qu’ils sont tout à fait adaptés à l’intelligence de tous les temps et de tous les hommes, même ceux d’aujourd’hui.

- Troisièmement, je crois aussi fermement que l’Eglise, gardienne et maîtresse de la Parole révélée, a été instituée immédiatement et directement par le Christ en personne, vrai et historique, lorsqu’il vivait parmi nous, et qu’elle a été bâtie sur Pierre, chef de la hiérarchie apostolique, et sur ses successeurs pour les siècles.

- Quatrièmement, je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des apôtres jusqu’à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; pour cette raison, je rejette absolument l’invention hérétique de l’évolution des dogmes, qui passeraient d’un sens à l’autre, différent de celui que l’Eglise a d’abord professé. Je condamne également toute erreur qui substitue au dépôt divin révélé, confié à l’Epouse du Christ, pour qu’elle garde fidèlement, une invention philosophique ou une création de la conscience humaine, formée peu à peu par l’effort humain et qu’un progrès indéfini perfectionnerait à l’avenir.

- Cinquièmement, je tiens très certainement et professe sincèrement que la foi n’est pas un sentiment religieux aveugle qui émerge des ténèbres du subconscient sous la pression du cœur et l’inclination de la volonté moralement informée, mais qu’elle est un véritable assentiment de l’intelligence à la vérité reçue du dehors, de l’écoute, par lequel nous croyons vrai, à cause de l’autorité de Dieu souverainement véridique, ce qui a été dit, attesté et révélé par le Dieu personnel, notre Créateur et notre Seigneur.

Je me soumets aussi, avec la révérence voulue, et j’adhère de tout mon cœur à toutes les condamnations, déclarations, prescriptions, qui se trouvent dans l’encyclique Pascendi et dans le décret Lamentabili, notamment sur ce qu’on appelle l’histoire des dogmes.

De même, je réprouve l’erreur de ceux qui affirment que la foi proposée par l’Eglise peut être en contradiction avec l’histoire, et que les dogmes catholiques, au sens où on les comprend aujourd’hui, ne peuvent être mis d’accord avec une connaissance plus exacte des origines de la religion chrétienne.

Je condamne et rejette aussi l’opinion de ceux qui disent que le chrétien savant revêt une double personnalité, celle du croyant et celle de l’historien, comme s’il était permis à l’historien de tenir ce qui contredit la foi du croyant, ou de poser des prémices d’où il suivra que les dogmes sont faux ou douteux, pourvu que ces dogmes ne soient pas niés directement.

Je réprouve également la manière de juger et d’interpréter l’Ecriture sainte qui, dédaignant la tradition de l’Eglise, l’analogie de la foi et les règles du Siège apostolique, s’attache aux inventions des rationalistes et adopte la critique textuelle comme unique et souveraine règle, avec autant de dérèglement que de témérité.

Je rejette en outre l’opinion de ceux qui tiennent que le professeur des disciplines historico-théologiques ou l’auteur écrivant sur ces questions doivent d’abord mettre de côté toute opinion préconçue, à propos, soit de l’origine surnaturelle de la tradition catholique, soit de l’aide promise par Dieu pour la conservation éternelle de chacune des vérités révélées ; ensuite, que les écrits de chacun des Pères sont à interpréter uniquement par les principes scientifiques, indépendamment de toute autorité sacrée, avec la liberté critique en usage dans l’étude de n’importe quel document profane.

Enfin, d’une manière générale, je professe n’avoir absolument rien de commun avec l’erreur des modernistes qui tiennent qu’il n’y a rien de divin dans la tradition sacrée, ou, bien pis, qui admettent le divin dans un sens panthéiste, si bien qu’il ne reste plus qu’un fait pur et simple, à mettre au même niveau que les faits de l’histoire : les hommes par leurs efforts, leur habileté, leur génie continuant, à travers les âges, l’enseignement inauguré par le Christ et ses apôtres.

Enfin, je garde très fermement et je garderai jusqu’à mon dernier soupir la foi des Pères sur le charisme certain de la vérité qui est, qui a été et qui sera toujours « dans la succession de l’épiscopat depuis les apôtres », non pas pour qu’on tienne ce qu’il semble meilleur et plus adapté à la culture de chaque âge de pouvoir tenir, mais pour que « jamais on ne croie autre chose, ni qu’on ne comprenne autrement la vérité absolue et immuable prêchée depuis le commencement par les apôtres.

Toutes ces choses, je promets de les observer fidèlement, entièrement et sincèrement, et de les garder inviolablement, sans jamais m’en écarter ni en enseignant ni de quelque manière que ce soit dans ma parole et dans mes écrits. J’en fais le serment; je le jure. Qu’ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Evangiles.

Armoiries de Saint Pie X

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