Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2009-14. « Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière… »

Nous sommes heureux de retranscrire ici dans son intégralité un magnifique message rédigé par Son Excellence Monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron (source : site du diocèse de Bayonne, ici > www). Ce texte n’a pas besoin d’être très long pour recentrer les choses sur l’essentiel et pour nous redire – avec force et douceur – combien les authentiques fidèles du Christ ne doivent ni chercher à se conformer au monde ni courir après ses applaudissements. Voici une parole épiscopale comme on aimerait en entendre plus souvent, parce qu’elle va droit au but et ne se perd pas en circonvolutions absconses… Merci, Monseigneur!

Son Excellence Monseigneur Marc Aillet

Son Excellence Révérendissime Monseigneur Marc Aillet.

« Le jugement le voici : la lumière est venue dans le monde, mais les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean III, 19). Ecoute, Israël, combien la Parole de Dieu est actuelle : « Vivante en effet est la Parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants … elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur » (Hébr. IV, 12). La lumière est venue dans le monde, « et le monde ne l’a pas reconnue » (Jean I, 10), et il l’a prise en haine (cf. Jean XV, 18) ; « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jean I, 11), et même, « ils le poussèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline … pour l’en précipiter. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Luc IV, 29-30).

Le lynchage médiatique dont l’Eglise et le Saint-Père ont fait l’objet ces dernières semaines sont comme une illustration de ces paroles toujours actuelles : « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi, ils vous persécuteront » (Jean XV, 20). Les juges ont besoin aujourd’hui comme hier de « faux témoins », comme ceux qui se levèrent devant le Sanhédrin pour condamner Jésus, en déformant ses propos (cf. Marc XIV, 57-58). Si Jésus, le communiquant par excellence, n’a pas échappé à la mauvaise foi des hommes, pourquoi nous étonner que l’Eglise soit traitée ainsi? Loin de se soumettre aux lois de la communication humaine que l’on prétend lui imposer, l’Eglise ne peut se soustraire à sa mission prophétique. N’appelons pas « bourde » ou « gaffe », ce qui n’est rien d’autre qu’un témoignage rendu à la Vérité.

Ainsi en est-il des propos, remplis de vérité et de compassion, du Saint-Père sur les moyens de combattre le Sida. Les journalistes, dont certains appartiennent à la presse dite catholique, se sont emparés une fois de plus d’une petite phrase ; des politiques, souvent esclaves de l’opinion, ont renchéri, sans aucun discernement, et dénoncé les « propos irrecevables » du Saint-Père et le « discours irresponsable de l’Eglise ».

Fils et filles de l’Eglise, nous pouvons garder la tête haute, car les propos du Pape ont été confirmés par les évêques d’Afrique et par les chefs d’Etat de ces pays où le Sida fait des ravages, dénonçant le « racisme latent » de ces occidentaux qui voudraient leur imposer leurs schémas mortifères, au nom de la sacro-sainte licence sexuelle ou bien du matérialisme mercantile dont on voit bien à qui il profite. Un discours qui ne résiste pas à l’évidence des faits : selon les statistiques de l’OMS, les pays d’Afrique où le taux de distribution des préservatifs est le plus fort, la progression du SIDA est la plus élevée ; là où les catholiques sont plus nombreux et où l’on prône en priorité l’abstinence et la fidélité – y compris dans les programmes gouvernementaux- , et le préservatif en dernier recours, le SIDA est en très nette baisse, comme au Burundi ou en Angola. Devant la partialité, voire la falsification de certains médias, les catholiques doivent aller à la source de l’information et communiquer autour d’eux par tous les moyens, à commencer par l’Internet.

Mais, en dernière analyse, il faut accepter de souffrir pour le nom du Christ et ne pas s’étonner de ces campagnes de dénigrement : « Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait » (Jean XV, 19). « Mais gardez courage, nous dit Jésus, j’ai vaincu le monde » (Jean XVI, 33).

+ Marc Aillet,
évêque de Bayonne, Lescar et Oloron.

2009-8. De Saint François de Sales, des motifs présents de notre joie et de quelques impertinentes réflexions d’un chat qui essaie de réfléchir à l’actualité de l’Eglise…

Jeudi soir 29 janvier 2009.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Nous fêtions aujourd’hui Saint François de Sales, dont la spiritualité est  fondamentale pour notre « Mesnil-Marie« . Frère Maximilien-Marie, qui est affilié à l’Ordre de la Visitation, s’efforce de nous inculquer, à Chlôris et à moi-même, les enseignements de ce très grand saint. Un jour, il nous en a cité cette phrase : « On attrape plus de mouches avec une goutte de miel qu’avec un tonneau de vinaigre« ; le saint évêque de Genève voulait ainsi faire comprendre que c’est en se revêtant de la douceur et de l’amabilité de Jésus qu’on peut Lui conquérir des coeurs, tandis que les chrétiens aigris et amers, tristes et renfrognés, qui ont transformé la belle morale évangélique – fondée sur l’amour – en un moralisme rébarbatif, sont des repoussoirs et des contre-témoignages pour la foi qu’ils prétendent professer… C’est encore Saint François de Sales qui disait : « Un saint triste est un triste saint!« 

La nature était aujourd’hui à l’unisson de cette joie spirituelle que Saint François de Sales nous recommande : bien qu’il eût encore gelé assez fort ce matin (- 10° au bord de notre béalière au lever du jour), le soleil radieux qui a illuminé cette journée nous donnait un avant-goût de printemps. Avec Chlôris nous avons gambadé et joué comme des fous, ce qui faisait bien rire Frère Maximilien-Marie qui rentrait du bois. Mais je crains que ce ne soit qu’un bref interlude dans ce long hiver : les prévisions météorologiques pour le début de la semaine à venir nous annoncent encore de la neige… Or lundi ce sera le jour de la Chandeleur où  « l’hiver périt ou reprend vigueur« ! Ce sera aussi le jour où la crèche va disparaître… mais  pour nous en consoler nous mangerons de bonnes crêpes!

Ainsi donc le mois de janvier s’achève. Après les fêtes de la Nativité (dont je vous faisais le compte rendu ici > www), je ne dois pas omettre de vous signaler que nous avons – à plusieurs reprises – sacrifié (mais cela n’avait rien de pénitentiel!) à la délicieuse tradition de la galette des Rois : moments de joie partagés avec nos voisins et avec nos amis, où les chats n’étaient pas en reste…

Le Roi Lully

Mais il y a une autre grande joie sur laquelle je me permettrais ici quelques commentaires : il y a tellement de personnes qui s’en sont permis, depuis une semaine, que je ne vois vraiment pas pourquoi un chat ne le pourrait pas à son tour… D’autant plus que je me suis rendu compte que la plupart de ceux qui intervenaient sur ce sujet n’avaient ni les connaissances ni les compétences requises pour en parler et que – très souvent – il eût mieux valu qu’ils se taisassent… Las! le monde  des hommes est ainsi fait : ce sont bien souvent les gens les moins idoines pour le faire qui se posent en docteurs et prétendent communiquer aux autres « la bonne façon de penser« !

Ainsi donc, je ne vois pas pourquoi, dans ce qui concerne les affaires internes de l’Eglise, des gens qui ne veulent rien avoir à faire avec elle se croient autorisés à donner leur avis. Pourquoi tous les bons apôtres de la laïcité – prompts à s’agiter et à hurler dès qu’ils soupçonnent  l’ombre d’une ombre d’ombre « d’ingérence cléricale » – ne prêchent-ils pas d’exemple en ne se mêlant pas des affaires intérieures de l’Eglise? La levée d’une sanction canonique est une mesure disciplinaire interne à l’Eglise : de quel droit des athées, des communistes, des apostats et les membres d’autres religions se permettent-ils de donner leur avis sur cet acte de gouvernement qui ne les concerne point? On n’a pas vu le Saint-Siège s’ingérer dans les exclusions et réconciliations qui ont agité certains partis politiques, on ne l’a pas vu non plus intervenir pour donner son avis sur la nomination ou la déposition de tel rabbin ou de tel mufti…

Nombre de journalistes pratiquent la désinformation dans des proportions qui n’ont rien d’homéopathique! Ici, on lit que le concile Vatican II aurait « supprimé la messe en latin » – ce qui est évidemment faux pour toute personne normale sachant lire et capable d’ouvrir le recueil des textes du dit concile à la bonne page (mais peut-être n’est ce pas le cas des « spécialistes des questions religieuses » employés par les médias?) – et là on apprend que « Benoît XVI se réconcilie avec les intégristes » ce qui est tout aussi faux : l’excommunication et sa levée n’ayant rien à voir avec des querelles de personnes mais étant liées à des questions d’ordre purement disciplinaire. Ailleurs on affirme péremptoirement que « Rome » réhabilite un évêque « négationniste« , ce qui est également faux ; je le répète : l’excommunication et sa levée sont des actes liés à la discipline ecclésiastique ou à la doctrine catholique, mais en aucun cas aux polémiques concernant l’interprétation d’un fait historique. Quand enfin un quotidien, qui a la prétention d’être la voix de « l’Eglise-qui-est-en-France », titre « Benoît XVI s’explique« , on se demande si les journalistes ne cherchent pas à nous persuader que le Souverain Pontife se doit de rendre compte de son gouvernement tout à la fois aux « faiseurs d’opinion » et à Madame Michu, aux commentateurs du Café du Commerce et aux loges maçonniques!

Information ou intoxication? Poser la question, c’est en fait déjà y répondre!

Pour moi, qui ne suis qu’un tout petit chat, l’affaire est entendue : rien ne sert de perdre son temps à lire les commentaires, et les commentaires des commentaires – qui semblent rivaliser en inconsistance ou en partialité – il suffit de se reporter paisiblement et en toute honnêteté intellectuelle aux textes mêmes du Saint-Siège, aux paroles du Souverain Pontife lui-même et des intéressés, plutôt qu’aux gloses de la presse écrite ou parlée. Pour ce qui est de cet évènement vous pouvez tout trouver ici > www : le texte du décret pontifical  et sa présentation officielle par la salle de presse du Saint-Siège, les paroles du Saint-Père et celles de Monseigneur Fellay… etc. Je n’ai pas l’habitude de prendre mes lecteurs pour des idiots en agissant comme s’il était nécessaire de les dispenser de réfléchir et de se faire une idée par eux-mêmes. Quant à notre Saint-Père le Pape, ce n’est pas à l’opinion publique ou à telle ou telle portion des membres de l’Eglise qu’il doit rendre des comptes, mais à Dieu seul!

Cela m’amène maintenant à parler des réactions qu’on a pu observer à l’intérieur même de l’Eglise ; je voudrais en particulier mettre en évidence les contradictions de ceux qui – gens « d’ouverture et de dialogue » – ont souvent à la bouche les expressions de « respect de toutes les sensibilités« , « accueil des différences« , « écoute de ceux qui ne sont pas comme nous« … etc. Ne sont-ce pas justement ces partisans du dialogue et du refus de l’exclusion qui donnent l’impression (je ne veux pas porter de jugement sur les coeurs, je me contente de relever l’impression qu’ils donnent), qui donnent l’impression – disai-je – de vouloir bloquer et pérenniser une situation d’ « exclusion » jusqu’à la rendre irréversible?

Dans les cours de formation religieuse qu’il m’a donné, mon papa m’a expliqué que toute sanction ecclésiastique est une peine portée en vue de la guérison : ce n’est  normalement jamais de gaîté de coeur que l’autorité punit… et quand elle croit devoir le faire, ce ne doit pas être pour enfermer dans sa faute ou dans son erreur celui qui la subit. Au contraire , elle n’existe que pour l’amener à résipiscence, lui permettre de s’amender, de se corriger, en sorte que la sanction ne soit plus nécessaire… et doive donc être levé dès que les conditions pour cela paraîtront suffisantes. L’Eglise tout entière doit donc être dans la peine quand une peine d’excommunication est portée ; l’Eglise tout entière doit de même être dans la joie quand une peine d’excommunication est levée, parce qu’un terme est mis à une situation que tout le Corps Mystique se devait de ressentir comme une grande souffrance. En écrivant tout ceci, je ne veux évidemment pas porter de jugement sur le bien fondé ou sur la consistance de telle excommunication particulière – cela ne saurait appartenir à un petit chat! – je ne parle que de généralités…

Néanmoins, je ne peux que m’étonner – et maintenant je parle des circonstances présentes – de ce que tous, dans l’Eglise – à quelque degré qu’ils soient : simples fidèles ou membres du clergé -, ne manifestent pas une joie sincère et sans arrière pensée en apprenant la levée de cette excommunication qui pesait depuis plus de vingt ans sur les quatre évêques consacrés par feu Monseigneur Lefèbvre. Je ne peux que m’étonner en lisant certaines déclarations émanant de certains comités dits représentatifs qui ont du mal à cacher leur dépit et leur amertume (pour ne pas dire autre chose) : leur ton n’est pas sans évoquer certaines tirades prétentieuses de ces tribuns qui proclamaient la « patrie en danger » à grands renforts d’aboiements pour détourner l’attention des citoyens des véritables problèmes et pour avoir les mains libres de se livrer à d’autres méfaits. Les gens qui s’auto-constituent en « comités de vigilance » sont aussi très souvent les artisans de la terreur.

Entre 1970 et 1988 (je n’étais pas né mais il y a des documents qui restent, en très grand nombre, et qu’il est facile d’étudier), il est évident qu’il y eut, à l’intérieur de l’Eglise, des idéologues – je n’en dirais pas plus – qui ont tout fait pour favoriser le « schisme« , en poussant dehors ceux qui ne correspondaient pas à leurs schémas révolutionnaires : au lieu de travailler à l’unité en interprétant le second concile du Vatican  dans la continuité et non en rupture avec la Tradition de l’Eglise, ils ont favorisé de prétendues mises en application et des expériences qui n’étaient rien d’autre que des trahisons multiples et répétées du catholicisme, dans les domaines de la liturgie et de la transmission de la foi tout spécialement.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que des représentants de cette même idéologie  (car il s’agit bien d’une idéologie et non pas de la foi de l’Eglise ni de l’esprit véritable du Saint Evangile) sont encore en train d’oeuvrer pour saper – ou du moins amoindrir autant qu’ils le pourront – le très important travail d’unité, dans la Foi et dans la Charité, entrepris par notre Saint-Père le Pape.

Il y a au moins une raison  par laquelle je m’explique cette absence d’enthousiasme dont ils font montre à l’annonce de la levée de ces excommunications :  à moins d’être totalement aveugles, ils sont bien obligés de constater que – selon les propres termes employés par le vicaire  général d’un archidiocèse – « la vitalité n’est pas du côté où ils aimeraient qu’elle soit » (comprenez : notre clergé est de plus en plus âgé et ne se renouvelle pas, nos maisons religieuses sont des foyers du troisième et du quatrième âge et ferment les unes après les autres, nos assemblées dominicales ont une moyenne d’âge élevée, nous avons de moins en moins d’enfants au catéchisme… etc. tandis que  les séminaires et communautés traditionnels recrutent, que les chapelles « tradis » se remplissent et que la moyenne d’âge y est sensiblement plus basse). La levée des excommunications est un prélude à la pleine réintégration dans l’Eglise – sans qu’on puisse désormais les enfermer dans des ghettos – d’un certain nombre de prêtres catholiques, de séminaristes catholiques, de religieux catholiques, de chapelles catholiques et de fidèles catholiques qu’ils se réjouissaient de ne plus avoir dans les pattes, puisqu’ils les avaient refoulés dans les ténèbres extérieures du « schisme« .

Ils sont donc fermement résolus à s’établir en police de la pensée et en moderne inquisition pour retarder autant qu’ils le pourront la pleine communion.

D’ores et déjà ils annoncent que le chemin sera long et le dialogue « précis » (comprenez : « Nous ergoterons autant qu’il sera possible de le faire et couperons en quatre tous les cheveux de puce que nous pourrons attraper pour ralentir ce processus… »). Ah, vraiment, on admire ce  qu’ils veulent faire passer pour un zèle soudain au service de la pureté de la foi, quand ils tolèrent sans mot dire dans leurs propres juridictions des prêtres qui professent et enseignent des hérésies formelles sur des points aussi essentiels que le Saint Sacrifice de la Messe et la doctrine eucharistique, la primauté du Pontife Romain et l’Eglise, les fins dernières et en particulier le Purgatoire, les sacrements… etc. et même la divinité du Christ ou la Sainte Trinité!

Je serais vraiment peiné si je devais constater que la défense hautement revendiquée (avec des vibratos émus dans la voix et une larme d’indignation à la paupière) d’un concile « non négociable » se révêlait en réalité une crispation égoïste sur des positions dans lesquelles le bien des âmes et la charité ne sont pas la priorité!  Voilà pourquoi aujourd’hui, je me suis uni de tout mon coeur à la prière de mon papa afin de demander à Dieu pour son Eglise des pasteurs comme le fut Saint François de Sales, des pasteurs dont le coeur soit totalement habité par les sentiments de douceur, d’humilité, de miséricorde, d’abnégation, de zèle désintéressé et de charité qui animent le Coeur de Celui qui s’est Lui-même présenté comme le Bon Pasteur des âmes.

Lully.

2008-46. Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI met en évidence deux saints : Thérèse-Bénédicte de la Croix et Maximilien-Marie Kolbe :

En ce mercredi 13 août 2008, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI – rentré à Castel Gandolfo après quelques jours de repos dans la province du Sud Tyrol – , s’est montré au balcon de la Cour intérieure du Palais Apostolique pour rencontrer les fidèles rassemblés pour l’Audience générale du mercredi. Dans le discours en langue italienne, le Pape s’est arrêté sur les figures de deux Saints fêtés ces jours-ci : Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (dans le monde Edith Stein) et Saint Maximilien-Marie Kolbe. Après le Pater Noster et la Bénédiction Apostolique, le Saint Père a adressé des salutations en diverses langues aux groupes de fidèles présents.

Catéchèse du Saint-Père en langue italienne

 » Chers frères et sœurs !

Rentré de Bressanone, où j’ai pu passer une période de repos, je suis content de vous rencontrer et de vous saluer, chers habitants de Castel Gandolfo, et vous, chers pèlerins, qui êtes venus aujourd’hui me rendre visite. Je voudrais encore une fois remercier ceux qui m’ont accueilli et ont veillé sur mon séjour en montagne. Ces journées ont été des journées de détente sereine, où je n’ai pas cessé de rappeler au Seigneur tous ceux qui se confient à mes prières. Et ceux qui m’écrivent en me demandant de prier pour eux, sont vraiment très nombreux. Ils me manifestent leurs joies, mais aussi leurs préoccupations, leurs projets de vie, mais aussi les problèmes familiaux et de travail, les attentes et les espoirs qu’ils portent dans leur cœur, à côté des inquiétudes liées aux incertitudes que l’humanité vit en ce moment. Je peux assurer à tous et à chacun mon souvenir, tout particulièrement dans la célébration quotidienne de la Sainte Messe et dans la récitation du Saint Rosaire. Je sais bien que le premier service que je peux rendre à l’Église et à l’humanité est vraiment celui de la prière, parce qu’en priant je mets avec confiance dans les mains du Seigneur, le ministère que Lui-même m’a confié, avec le destin de la communauté ecclésiale et civile tout entière.

Celui qui prie ne perd jamais l’espérance, même lorsqu’il lui arrive de se trouver dans des situations difficiles et même humainement désespérées. C’est ce que nous enseignent les Saintes Écritures et ce dont l’histoire de l’Église témoigne. Combien d’exemples, en effet, nous pourrions évoquer de situations dans lesquelles la prière a vraiment été un soutien sur le chemin des saints et du peuple chrétien! Parmi les témoignages de notre époque, je voudrais citer celui de deux saints dont nous célébrons la mémoire ces jours-ci : Thérèse-Bénédicte de la Croix, Edith Stein, dont nous avons célébré la fête le 9 août, et Maximilien-Marie Kolbe que nous célèbrerons demain, 14 août, veille de la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie. Tous les deux ont terminé par le martyre leur expérience terrestre dans le camp d’Auschwitz. Apparemment, leurs existences pourraient être retenues comme une défaite, mais c’est précisément dans leur martyre que se reflète l’éclat de l’amour qui vainc les ténèbres de l’égoïsme et de la haine. On a attribué à Saint Maximilien Kolbe les paroles suivantes qu’il aurait prononcées dans la pleine fureur de la persécution nazie : « La haine n’est pas une force créatrice : c’est seulement l’amour ». Et la preuve héroïque de l’amour fut le don généreux qu’il fit de sa personne en échange de son compagnon de captivité, don qui a culminé quand il est mort de faim dans le bunker, le 14 août 1941.

Edith Stein, le 6 août de l’année suivante, à trois jours de sa fin dramatique, en approchant quelques sœurs du monastère d’Echt, en Hollande, leur a dit : « Je suis prête à tout. Jésus est même ici parmi nous. Jusqu’à présent, j’ai pu très bien prier et j’ai dit avec tout mon cœur : ‘Ave, Crux, spes unica’ ». Des témoins qui réussirent à fuir l’horrible massacre, racontèrent que Thérèse-Bénédicte de la Croix, alors qu’elle était vêtue du vêtement carmélitain et avançait consciente vers la mort, se distinguait par son comportement empli de paix et par son attitude sereine, par son comportement calme, et attentive aux nécessités de tous. La prière fut le secret de cette Sainte co-patronne de l’Europe, qui «après être parvenue à la vérité dans la paix de la vie contemplative, elle dût vivre jusqu’au bout le mystère de la Croix (Lettre Apostolique « Spes aedificandi » : Enseignements de Jean Paul II, XX, 2, 1999 pag.511).

« Ave Maria! » : ce fut la dernière invocation sur les lèvres saint Maximilien-Marie Kolbe alors qu’il tendait le bras à celui qui le tuait par une injection d’acide phénique. Il est émouvant de constater que le recours humble et confiant à la Vierge Marie est toujours source de courage et de sérénité. Alors que nous nous préparons à célébrer la solennité de l’Assomption, qui est une des célébrations mariales les plus chères à la tradition chrétienne, renouvelons notre confiance à Celle qui, du Ciel, veille avec un amour maternel sur nous à tout moment. C’est en effet ce que nous disons dans la prière familière de l’Ave Maria Lui demandant de prier pour nous «maintenant et à l’heure de notre mort».

Saint Maximilien-Marie Kolbe

2008-26. « Summorum Pontificum cura » : nouvelles déclarations du Cardinal Castrillon Hoyos.

On serait tenté d’écrire : « Le Cardinal Castrillon Hoyos a encore frappé…« 

En effet, le Président de la Commission Pontificale « Ecclesia Dei », après les déclarations faites dans l’ Osservatore Romano du 28 mars dernier que nous avions relayées ici www, a récemment récidivé.

Dans un entretien mis en ligne par Vittoria Prisciandaro (www.sanpaolo.org), puis traduit et diffusé en France par le site « Eucharistie Sacrement de la Miséricorde » (et dont nous donnerons le lien à la fin de ce texte), le Cardinal Castrillon Hoyos laisse entendre un tout autre son de cloche que la plupart de Nos Seigneurs les Evêques de France, dont les manoeuvres pour entraver la mise en application du motu proprio « Summorum Pontificum cura » sont manifestement bien connues, et dont les pseudos arguments sont ici balayés de façon magistrale.

Outre qu’on peut remarquer l’insistance de Son Eminence pour affirmer que le mouvement lefebvriste n’est pas un schisme - ce qui nous stimule à prier et à oeuvrer pour que l’Eglise catholique retrouve une totale unité dans la vérité et la charité -, nous sommes encouragés à rendre à Dieu de très ferventes actions de grâces pour la sollicitude et l’action de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI et nous sommes également invités à supplier ardemment le Ciel de nous conserver un tel Pontife. Prions aussi pour que les Evêques, en France particulièrement, cessent de renacler et soient de bons collaborateurs du Saint-Père en se libérant des entraves idéologiques surannées qui les empêchent d’avancer.

Pour lire les déclarations du Cardinal Castrillon Hoyos, cliquer sur ce lien:

http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=1305081_mgr_hoyos

2008-21. « Summorum Pontificum cura » : précision du Cardinal Castrillon Hoyos.

L’entretien avec Son Eminence Monsieur le Cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, que l’Osservatore Romano a publié en date du 28 mars 2008, n’a pas suscité de grands commentaires dans la presse épiscopale française… Faut-il s’en étonner?

Comme nous étions en déplacement et qu’il était tout occupé par les premiers travaux à entreprendre dans notre futur Mesnil-Marie, ce n’est qu’à notre retour que Frère Maximilien-Marie en a pris connaissance et qu’il m’en a ensuite fait part : nous devons au site « Eucharistie miséricordieuse » (cf.www) d’en avoir le texte, et nous remercions chaleureusement ses concepteurs d’avoir révélé la substance de cette entrevue, car jusqu’ici nous n’avons pas pu trouver une traduction française intégrale des paroles du Cardinal.

Son Eminence le Cardinal Dario Castrillon Hoyos

Je ne veux pas plagier ce compte rendu publié par « Eucharistie miséricordieuse« , vous êtes capables de vous y reporter et de le lire vous-mêmes dans son intégralité… Toutefois je veux relever ici une très intéressante remarque du Cardinal, et pour cela je vais me permettre un « copier-coller« : « … certains demandent la permission de célébrer ou d’assister à la messe tridentine, comme s’il s’agissait d’une concession ou d’un cas exceptionnel, alors que le document du pape est clair : il n’y a pas besoin de permission. Car Benoît XVI offre à tous les prêtres la possibilité de célébrer la messe traditionnelle et aux fidèles le droit d’assister à ce rite selon les conditions spécifiées dans le Motu Proprio.« 

Vous avez bien lu : il n’y a pas besoin de permission.

Il n’y a pas besoin de permission! C’est un DROIT du prêtre que de célébrer selon le missel et le rituel des sacrements en usage en 1962, c’est un DROIT des fidèles d’assister à la Sainte Messe latine traditionnelle et de recevoir sacrements et sacramentaux selon les livres liturgiques anté-conciliaires…

Il n’y a pas besoin de permission : il ne faut donc pas aller trouver les curés de paroisse ou les évêques afin de solliciter de leur « bonne volonté » (!!!) et comme si c’était une faveur exceptionnelle la célébration de la Messe ou des sacrements selon les livres liturgiques antérieurs à la réforme de Paul VI, il faut au contraire tout simplement (et respectueusement certes) faire valoir un droit auquel ni les curés ni les évêques ne peuvent s’opposer, parce que ce droit est donné à tous – prêtres et fidèles – par le Souverain Pontife.

Il n’y a pas besoin de permission. Nos Seigneurs les Evêques et Messieurs les Curés ne peuvent en aucune manière limiter ou restreindre le droit qui est affirmé et garanti par la plus haute autorité de l’Eglise, par le Vicaire du Christ! S’ils le font, ils commettent des abus de pouvoir ; s’ils le font, ils vont contre le droit des fidèles et ceux-ci sont donc habilités à recourir à une autorité supérieure et à engager une procédure à leur encontre ; s’ils le font, ils montrent clairement qu’ils ne sont pas unis au Souverain Pontife…

Il n’y a pas besoin de permission. Les fidèles qui demandent la Sainte Messe et les sacrements selon « la forme extraordinaire du rite romain » ne doivent pas – en allant « mendier » une concession – placer leurs curés ou leurs évêques devant la tentation de commettre un abus de pouvoir, contraire aux dispositions de notre Saint-Père le Pape ; ils doivent au contraire – par la fermeté respectueuse et la détermination paisible de leur attitude – leur permettre d’entrer pleinement dans une obéissance joyeuse aux dispositions du Souverain Pontife en vue du bien et de la paix de la Sainte Eglise catholique.

Sachons le dire, sachons nous en faire l’écho, sachons le faire comprendre et assimiler…

Lully.

Publié dans:De liturgia, Lectures & relectures |on 16 avril, 2008 |3 Commentaires »

2008-15. Marie au Calvaire (3ème et dernière Partie).

RÉFLEXIONS PRATIQUES

(Suite et fin du texte de Monsieur Olier, in « Vie intérieure de la Très-Sainte Vierge Marie« , chapitre XII)

Mater Dolorosa

 

 » Quelle reconnaissance ne devez-vous pas à Marie pour l’amour qu’elle vous a témoigné en endurant tant de tourments, afin de donner la vie à votre âme! Il est vrai que Jésus-Christ, père du siècle futur, est seul la source de notre vie ; mais ne pensez pas que vous puissiez pour cela vous dispenser de donner aussi à Marie des témoignages de sincère reconnaissance pour le bienfait de votre régénération? Par la volonté de Dieu, elle a été associée à Jésus-Christ, nouvel Adam, afin qu’elle contribuât de sa part à votre naissance spirituelle, en l’offrant elle-même et en s’offrant aussi de son côté avec lui comme hostie pour votre salut. Dans l’ordre naturel, vous êtes redevable de votre naissance à votre mère comme à votre père ; ainsi en a-t-il été de votre régénération. C’est pourquoi le Sage, après avoir dit : « Honorez votre père« , ajoute aussitôt, en parlant mystérieusement de Marie : « Et n’oubliez pas les gémissements de votre mère ; souvenez-vous que sans eux vous ne seriez pas né ». Votre mère, selon la chair, s’est sans doute acquis des droits à votre reconnaissance par les douleurs qu’elle a endurées pour vous ; mais ces douleurs, quelque violentes qu’elles aient pu être, n’ont été qu’une figure et une ombre légère de celles que Marie a souffertes, par amour pour vous, au pied de la Croix.

Pour vous mériter le pardon de vos péchés, il a fallu que Jésus-Christ les connût, qu’il les confessât et les détestât intérieurement devant son Père, et qu’enfin il s’abandonnât à la rigueur de sa justice, afin de recevoir sur lui les châtiments qui auraient dû tomber sur vous ; et c’est aussi ce que Marie a fait de son côté dans l’oeuvre de votre réconciliation. De quelle douleur n’a-t-elle pas été accablée à la pensée de tant de fautes que son Fils avait à expier! Pour la comprendre, il faudrait sonder la profondeur de sa charité, celle de sa sainteté incomparable, la connaissance qu’elle avait de la grandeur de Dieu que le péché outrage, et de la bassesse de la créature qui ose bien se révolter contre cette adorable Majesté. Si l’on a vu de saintes âmes verser des torrents de larmes, exercer sur leur corps d’affreuses pénitences pour des fautes très légères, à cause de la vivacité de leur amour pour Dieu, quelle idée pourrons-nous donc nous former de la componction et de la douleur de Marie, élevée à la sainteté la plus éminente qui puisse être après celle de Dieu!

Pour nous donner quelque idée de la douleur de Marie, le Saint-Esprit, par l’organe du saint vieillard Syméon, l’a comparée à celle qu’eût pu produire un coup d’épée, qui eût percé d’outre en outre le coeur de cette divine Mère. Mais cette comparaison, prise des choses sensibles, est plutôt pour aider votre imagination que pour vous donner la mesure exacte des tourments qu’elle a endurés : jamais vous ne les connaîtrez. L’Église, comme pour expliquer et commenter les paroles du saint vieillard Syméon, représente Marie le coeur percé de sept glaives. Par ce nombre de sept, qui est mystérieux, elle veut dire que cette divine Mère a souffert pour expier tous les péchés sans exception, qu’on rapporte ordinairement à sept, appelés capitaux, parce qu’ils sont la source de tous les autres ; et c’est ce qui lui fait justement appliquer ces paroles : « O vous qui passez par le chemin, venez et considérez s’il est une douleur comparable à la mienne » ; et encore ces autres paroles : « Votre contrition est vaste comme la mer« .

Savez-vous quelle était la considération qui soutenait Marie au milieu des ces angoisses inexprimables, et qui les lui faisait endurer pour votre amour avec tant de constance et de générosité? La pensée qu’un jour vous la dédommageriez en vous appropriant sa propre pénitence, c’est-à-dire en recevant dans votre coeur ces sentiments d’humiliation, de componction et d’abandon à la justice divine auxquels elle se livrait alors pour vous. Ah! si vous avez eu le bonheur de vous humilier devant Dieu et d’être touché du véritable esprit de pénitence, c’est à Marie, l’avocate des pécheurs, que vous le devez. C’est elle qui, par le grand désir qu’elle a de votre salut, a communiqué à votre âme les sentiments qu’elle avait conçus dans son coeur pour vous aider à pleurer, à détester et à expier toutes vos offenses. Sa pénitence, si agréable à Dieu et si puissante sur son coeur, est, en effet, un immense trésor qu’elle est ravie de mettre à notre disposition pour subvenir à nos nécessités. Aussi n’avez-vous jamais reçu le sacrement de Pénitence, qu’en même temps l’Église ne vous ait fait une application spéciale, non-seulement des mérites de la Passion de Notre-Seigneur, mais encore de ceux que la Très-Sainte Vierge a acquis pour vous.

Ouvrez donc votre coeur à Marie, et priez-la de le remplir de ces saintes dispositions d’humiliation, de componction et d’abandon de tout vous-même à la justice divine. Entrez dans ces sentiments toutes les fois que, récitant : Je confesse à Dieu, vous arrivez à ces paroles : la bienheureuse Marie toujours vierge ; mais spécialement lorsque vous approchez du saint Tribunal ou que vous recevez l’absolution. Rappelez-vous dans ce moment que, si Jésus-Christ est la source de toute vraie pénitence, Marie est le canal qui en amène les eaux jusqu’à nous. Recourez donc à elle comme à une fontaine intarissable et vivifiante, c’est-à-dire unissez-vous intimement à Marie, désirant d’être pénétré de ses sentiments intérieurs, d’attirer en vous son esprit pénitent, et d’être tout transformé en lui-même. Par là, vous consolerez le coeur de cette tendre Mère, vous réjouirez celui de Dieu, et vous sentirez s’augmenter dans le vôtre la confiance et l’amour, toujours inséparables d’une âme qui a le bonheur d’être en paix avec Dieu et avec soi-même.

Considérez l’amour que Marie vous a témoigné sur le Calvaire, en substituant Jésus à votre place pour l’exposer à tous les traits de la justice de son Père qui n’auraient dû tomber que sur vous. Vit-on jamais une mère sacrifier son propre fils par amour pour un enfant étranger? Marie seule en est venue à cet excès. Quoique vous fussiez alors un étranger pour elle et de plus l’enfant du démon, et par conséquent l’ennemi de Dieu et de Marie elle-même, elle n’a pas hésité à livrer à la justice divine son Fils unique, l’objet de ses complaisances, pour vous acquérir à ce prix comme son enfant d’adoption. Eussiez-vous pensé qu’elle pût avoir pour vous une telle prédilection? Y aura-t-il jamais rien de comparable? En vérité, son amour pour vous ne saurait être comparé qu’à celui du Père éternel ; mais cette comparaison est juste, puisque si Jésus est le Fils de Dieu le Père, il est également le Fils de Marie, sa véritable Mère selon la chair. Il faut donc dire d’elle, comme du Père éternel, qu’elle vous a aimé jusqu’à donner pour vous son Fils unique; qu’elle n’a pas épargné son propre Fils, et l’a livré pour vous à la mort.

En le sacrifiant ainsi, elle vous a montré qu’elle vous aimait mille fois plus qu’elle-même. N’est-il pas certain que par l’amour incompréhensible qu’elle portait à Jésus, Marie aurait été ravie de donner sa propre vie des milliers et des millions de fois pour lui si elle l’eût pu? Si donc elle a livré ce même Fils à la justice divine pour vous procurer le salut, un pareil excès d’amour vous dit assez hautement que pour vous elle se serait livrée à la mort mille fois elle-même ; peut-il y avoir rien de plus incompréhensible? Jugez par là de l’estime qu’elle fait de vous, et si elle est jalouse de posséder votre coeur tout entier.

Que pouvez-vous lui refuser après un pareil sacrifice? N’est-il pas vrai que la moindre réserve ne pourrait manquer de blesser et d’affliger la générosité, la grandeur et la délicatesse de son amour? Prenez donc la résolution de ne lui rien refuser de ce que vous savez qu’elle demande de vous, dans l’état où elle vous a placé, et de désirer toujours de faire toutes vos actions par amour pour elle. Par là, vous serez assuré de n’agir que pour le pur amour de Jésus, à qui elle serait ravie de donner et de consacrer tous les coeurs. C’est le seul moyen que vous ayez pour la dédommager du sacrifice qu’elle a fait sur-le Calvaire ; c’était la seule espérance qui pût la soutenir debout au pied de la Croix, et c’est le seul retour qu’elle attend de votre coeur s’il est reconnaissant et sensible. »

2008-14. Marie au Calvaire (2ème Partie).

Voici la suite du texte de Monsieur Olier (in « Vie intérieure de la Très Sainte Vierge Marie« , chapitre XII) :

IIIème Point :

« Sur le Calvaire, Marie se voit bien différente de ce qu’elle était à Bethléem, Là, comme Mère de celui qui est l’innocence même, Mère du Saint des saints, elle participait à la gloire que l’on rendait à son Fils ; elle prenait part aux adorations des hommes et aux acclamations des anges. Comme la Mère du Juste par essence, elle ne sentait aucun des effets de l’arrêt porté contre les mères des pécheurs. Mais sur le Calvaire, où elle est faite la mère des pécheurs, la mère des criminels, elle enfante dans la douleur et dans les angoisses, et saint Jean est le premier fruit de cette maternité, le premier-né de l’adoption, figure et symbole de tous les enfants de l’Église. En sa qualité de nouvelle Ève, pendant que le sacrifice universel est offert sur la croix en la personne de Jésus-Christ, la Très-Sainte Vierge, offrant de son côté pour les hommes cette divine Hostie, se sent aussi elle-même chargée de leurs péchés et obligée de satisfaire pour leurs crimes. Elle peut bien dire, en imitant le langage de Noémi : « Ne me regardez plus maintenant comme au jour où je mis au monde mon Fils à a Bethléem, ce paradis de volupté; en engendrant l’auteur de toute sainteté, j’étais alors la mère des saints; mais à présent que je suis la mère des pécheurs, regardez-moi au contraire comme couverte de confusion, comme noyée dans un océan d’amertume et de douleur».

De son côté Jésus, du haut de la croix, en lui adressant ces paroles : « Femme, voilà votre fils », semble lui dire : « Je ne suis pas ici comme à Bethléem, où ma naissance vous donnait tant de joie et de consolation : alors, sortant du sein du Père pour m’unir à votre âme, je portais avec moi ses parfums, ses délices et ses douceurs. Ici que vous enfantez l’Église et que je deviens un Époux de sang pour vous (1), vous êtes chargée de confusion et de honte, et vous sentez les tranchées des crimes de vos enfants». Au Calvaire, pour gage précieux de l’amour de son divin Fils, Marie reçoit le glaive de douleur, qui le fait mourir lui-même : la douleur qui perce Jésus perce aussi le coeur de sa sainte Mère. C’est aussi ce que reçoit l’Église, épouse de Jésus-Christ sur la croix. Comme les sentiments doivent être communs entre les époux, il ne lui donne non plus ici-bas d’autre partage que ses souffrances. Voilà pourquoi il disait lui-même au premier-né de la très-sainte Vierge, à saint Jean, figure de l’Église: « Pouvez-vous boire le calice que je boirai? Vous boirez mon calice, et vous serez baptisé du baptême dont je dois être moi-même baptisé » (2) ; c’est-à-dire le calice de mes souffrances et le baptême de ma mort et de ma sépulture. C’est là toute la dot qu’il fait ici-bas à son épouse, pour la rendre ensuite participante de sa gloire dans le ciel; ce qui fait dire à saint Pierre, parlant à l’Église: « Réjouissez-vous de communier aux souffrances de Jésus-Christ, afin que vous surabondiez de joie au jour de la révélation de sa gloire » (3).

Mais ce n’était pas assez pour nous que sur le Calvaire Marie devînt la mère de tous les coupables, en sa qualité de nouvelle Ève, il fallait encore qu’elle contribuât à nous réconcilier avec Dieu le Père, en détournant de dessus nos têtes les châtiments que nous méritions, et en attirant sur nous ses bénédictions et ses complaisances.

Nous avons dit que les actions du Sauveur étaient pleines de mystères, et figuraient des choses sublimes : telle fut, en particulier, l’action de Jésus, donnant saint Jean pour Fils à Marie. Ce disciple, image de tous les chrétiens, se trouvait substitué déjà à la place de Jésus-Christ, qui l’avait rempli à la Cène de son propre intérieur et de sa vie divine. Au moment donc où Marie entend prononcer ces paroles : « Voilà votre Fils« , nous considérant comme substitués à Jésus-Christ dans la personne de saint Jean, elle nous offre tous au Père éternel; et, de son côté, Dieu le Père, qui nous regarde comme ses fils adoptifs, dans la personne de ce disciple, nous comble de ses bénédictions, fulminant sur son propre Fils l’anathème et la malédiction que nous méritions tous pour nos crimes.

Sur le Calvaire, en effet, il ne traite plus Jésus comme son Fils bien-aimé. Le considérant comme criminel à cause de nous, il lui a retiré l’usage sensible de tous les dons qu’il possédait, et de tous ces augustes privilèges qu’il ne devait pas porter sur un gibet. On ne mène point à la mort un Fils de France avec ses livrées ; on lui ôte auparavant son apanage et toutes les marques de la royauté. Avant de supplicier les prêtres, on les dégrade, on les dépouille extérieurement des insignes d’une si haute dignité, de peur d’en profaner la sainteté au milieu d’un appareil de choses si criminelles. Ainsi, le Père éternel semble avoir dégradé notre Sauveur et lui avoir ôté ses marques augustes de Fils de Dieu, quoique le fond de sa dignité ne lui soit point ôté, non plus que le caractère à un prêtre; c’est-à-dire que Jésus-Christ recevant sur lui les châtiments qui nous étaient dus, le Père éternel lui retire les biens et les dons si magnifiques dont il avait comblé la partie inférieure de son âme, et qui ne devaient pas être le partage des pécheurs auxquels Jésus-Christ était alors substitué.

Si Notre-Seigneur se punit lui-même dans toute l’étendue de son zèle, comme tenant la place d’Adam et de sa postérité, qui a perverti toute sa voie ; s’il se fait, à notre place, objet de malédiction à l’égard de son Père, c’est afin de nous revêtir de son innocence, comme d’autres Jacob, et d’attirer sur nous la bénédiction qui lui était due comme Fils de Dieu. Voilà donc pourquoi, à l’heure de son agonie, il donne pour fils à sa sainte Mère ce même disciple transformé en lui ; et nous substituant tous à sa propre place dans la personne de saint Jean, il dit à Marie: « Femme, voilà votre Fils ». Il ne la nomme plus sa Mère, ayant transféré sa qualité de Fils à saint Jean, comme s’il lui répugnait, vu l’état si déplorable, si malheureux, si plein d’ignominie où il se trouve, de l’appeler la Mère d’un pendu. »

1. Exod., chap. IV, 25.

2. S. Matth., chap. XX, 22. S. Marc, chap. X, 38.

3. I. Pierre, chap. IV, 13.

Crucifixion (gravure de Missel du XVIIème siècle)

IVème Point :

« Alors fut réalisée la figure de la substitution de Jacob à Ésaü, son frère aîné, procurée par les industries de Rébecca, leur mère. Isaac était le symbole de Dieu le Père, et Rébecca, née au milieu de la Gentilité, représentait la Très-Sainte Vierge, issue d’Adam pécheur, quoique non comprise dans la malédiction, et qui devait être Mère de Jésus-Christ et de l’Église tout ensemble, signifiées par Ésaü et Jacob.

Au Calvaire, Marie accomplit en notre faveur cette figure, nous substituant nous-mêmes dans la personne de saint Jean à son Fils premier-né ; et nous revêtant dans ce moment des mérites de Jésus-Christ, elle nous présente à Dieu le Père, ainsi que Rébecca couvrit Jacob des habits précieux d’Ésaü. Il est expressément marqué dans l’Écriture que Rébecca avait les habits d’Ésaü en sa garde : c’est que les mérites de Jésus-Christ, notre aîné, sont confiés à la Très-Sainte Vierge, sa Mère et la nôtre, qui est la dépositaire de ses richesses et de ses trésors; et que, par la cession que Jésus-Christ lui a faite de tous ses droits sur ses mérites infinis, elle en devient la maîtresse et en dispose en notre faveur.

Alors Dieu le Père, à qui Marie nous présente ainsi revêtus de Jésus-Christ, nous prenant pour son propre Fils, l’objet de ses complaisances, nous bénit dans la personne de saint Jean, qui devient le sujet de la bénédiction de tout le monde. C’est Isaac qui, en bénissant Jacob son fils puîné, bénit en lui les douze tribus, c’est-à-dire toute l’Église, et qui n’a plus de bénédiction pour son fils aîné. Ou plutôt, Dieu le Père le voyant chargé de nos péchés, et étant alors son juge, ne le regarde plus comme un fils, comme un fils unique et bien-aimé, il le traite comme un étranger, comme un criminel, qui a commis lui seul les péchés les plus abominables du monde, et fait tomber sur lui toutes les injures, toutes les malédictions, tous les rebuts, tous les mépris, tous les mauvais traitements que méritaient tous les pécheurs ensemble. Dieu le Père ne semble plus connaître Jésus-Christ, son aîné. Il le traite avec la même rigueur que si c’eût été nous-mêmes, l’accablant de châtiments, le chargeant de supplices, et punissant en lui notre péché dans toute la rigueur de sa vengeance et de son courroux. Dans cette extrémité, Jésus-Christ voyant la colère et la fureur de Dieu ainsi allumées sur lui, se sert de ce qui lui reste de voix pour lui dire : « Eh! mon Dieu! mon Dieu! vous m’avez donc délaissé ». C’est ce qui le met aux derniers excès de la douleur, le noie dans les larmes, et le fait s’écrier à son Père avec de puissantes clameurs.

C’est donc l’amour de Marie pour les hommes qui la conduit au Calvaire. Aussi quelle constance ne fait-elle pas paraître ! Pour exprimer la force de son cœur et la fermeté de son âme dans la tribulation de la croix, l’Écriture sainte nous marque qu’elle était debout : « La Mère de Jésus était debout à côté de la croix ». Agar, voyant son fils aux abois, le délaisse ; elle dit qu’elle n’a pas le courage de le voir expirer, et a besoin d’un ange qui la ramène à lui, et Marie voyant son Fils sur la croix, souffrir intérieurement et extérieurement, voyant allumées contre lui la colère de Dieu et sa fureur, ce qui était pour elle un coup d’épée qui lui perçait le coeur de part en part, elle assiste courageusement et le sacrifie pour le salut du monde. La force de la vertu divine en Marie est en proportion avec celle de Jésus-Christ. Elle montre plus de force de Dieu en elle qu’il n’en a jamais paru dans toutes les créatures. Elle porte les tentations, les peines, les tribulations et les langueurs qui l’accablent de toutes parts sans faire paraître aucune sorte d’infirmité ou ces faiblesses ordinaires qui abattent le corps. Généreuse, forte et vigoureuse, malgré l’accablement des douleurs de son Fils, elle l’offre pour nous à Dieu en sacrifice, comme une mère pleine de compassion et d’amour pour ses enfants. Alors que tous les apôtres l’ont abandonné, hormis saint Jean, elle qui n’a jamais manqué de foi pour confesser le saint nom de son Fils et pour le publier le Messie, paraît ici comme la reine de Confesseurs et la reine des Martyrs; et c’est avec beaucoup de raison que l’Église lui applique en cette circonstance les paroles de l’Ecclésiastique : « Comme un cyprès j’ai été élevée sur la montagne de Sion » (1). Le cyprès est l’image de la mort, parce que, une fois coupé, il ne repousse plus ; et, pour cela, on s’en servait autrefois dans les funérailles, et on l’attachait même à la maison des morts. Sur le Calvaire, cette Mère de douleur, se tenant debout, était là comme un cyprès attaché à la maison, c’est-à-dire à l’humanité de son divin Fils, et y servait d’ornement pour signaler ses funérailles.

C’est ainsi que par sa charité, Marie, en sa qualité de nouvelle Ève, contribue à la naissance de l’Église que Jésus-Christ engendre sur la croix. La fin qu’il s’était proposée dans son Incarnation était de s’associer tous les peuples de la terre qui adoraient chacun à part quelque fausse divinité, et de ne faire qu’un seul cœur du sien propre et de tous les autres coeurs, afin de louer et de glorifier son Père dans l’unité d’un même esprit qui est le sien. Car l’Église n’est que la diffusion de la religion du cœur de Jésus-Christ ; elle est son supplément, l’explication et l’exposition des sentiments renfermés dans son coeur, l’expression des devoirs qu’il rend à Dieu son Père. Aussi sur la croix était-elle censée comprise et reposer dans son coeur, comme Ève au côté d’Adam avant qu’elle fût créée. Cette unité d’esprit avec lui était l’objet de son travail en croix, et c’est ce qui lui fait verser la dernière goutte de sang qui lui reste. Ce sang le plus cher, le plus précieux de son corps, qui avait maintenu sa vie jusqu’au moment où il expira ; ce sang, que quelques-uns disent qu’il avait gardé depuis son Incarnation, le même qu’il tira du sein de Marie, il le verse sur la Croix comme la chose la plus chère qui lui restât pour mériter de ramener à Dieu, dans une même foi et un même amour toutes les nations de la terre.

L’eau et le sang sorti de son côté signifièrent, en effet, qu’il répandrait la religion de son cœur par les sacrements spécialement par le Baptême et l’Eucharistie, qui sont le commencement et la consommation de la religion de Jésus-Christ ; celui qui est baptisé commence à vivre de la vie de Jésus, et celui qui communie à son corps et à son sang est dans la consommation de cette vie. Comme donc ces deux sacrements servent à Jésus-Christ pour engendrer et pour nourrir son Église, et qu’ils furent figurés par l’eau et le sang, sortis de son côté, les Pères disent qu’il engendra l’Église elle-même sur la Croix par cette ouverture; ce qui avait été exprimé d’avance dans la personne d’Adam ravi en extase, lorsque Dieu lui tira, d’auprès du coeur, une partie de lui-même pour lui en former une aide semblable à lui, Ève figure de l’Église. »

1. Eccli., chap. XXIV, 17.

(à suivre > ici)

2008-13. Marie au Calvaire (1ère Partie).

Vendredi de la Passion, 14 mars 2008.

Le Vendredi de la semaine de la Passion, huit jours donc avant le Vendredi Saint, c’est le jour où – en plus de la fête du 15 septembre – , on célèbre une commémoration solennelle des Douleurs de la Très Sainte Vierge Marie. Voici pourquoi nous proposons ce très beau texte à votre méditation.

Vénérable Jean-Jacques Olier,
fondateur de la Compagnie de Saint-Sulpice,

in
« Vie intérieure de la Très Sainte Vierge Marie » (chapitre XII).

Ier Point :

« Quoique Marie eût consenti à l’immolation de Jésus-Christ, en l’offrant extérieurement à Dieu dans le Temple au jour de la Purification, il était nécessaire qu’elle fût présente à son immolation sanglante, soit pour témoigner de nouveau de son consentement, soit pour accomplir les desseins de Dieu, indiqués par la prophétie que lui avait faite le saint vieillard Syméon. Mais cette fois ce n’est plus au Temple qu’elle doit se rendre, c’est hors de ce lieu et même hors de la Ville Sainte. Jérusalem, le siège de la vraie religion, figurait et rappelait aux hommes le paradis terrestre et le Ciel, d’où ils se trouvaient exclus par le péché; et comme Adam était mort hors du paradis, que d’ailleurs rien de souillé n’a d’entrée dans le ciel, Jésus-Christ, qui portait sur lui les crimes d’Adam et de tout le monde, devait être immolé hors de l’enceinte de cette ville. Voilà pourquoi, au milieu de la dispersion des apôtres, Marie, inébranlable dans la foi de Jésus-Christ et dans l’estime de sa grandeur, l’accompagne au Calvaire avec saint Jean. Elle se tient auprès de la croix, et là Jésus, qui au temps de sa vie avait semblé ne reconnaître ni père ni mère, comme lorsqu’on lui dit : « Votre mère et vos parents sont là » (1), à sa mort reconnaît publiquement sa Mère en Marie. Du haut de sa croix, la voyant près de lui avec le disciple qu’il aimait, il lui dit ces paroles: « Femme, voilà votre Fils » ; et à saint Jean : « Voilà votre mère« . Par ces paroles, voilà votre Fils, il semble dire à Marie : « Voilà une personne qui est pure, vierge et sainte, et qui pendant le reste de votre vie mortelle vous représentera quel je suis en vérité, et même quel je serai après ma résurrection, dans ma vie immortelle. Pour cela, la veille de ma mort, j’ai voulu qu’il reposât sur ma poitrine; je l’ai fait héritier de ma vie ressuscitée, que je lui ai communiquée d’avance, ainsi que de mon application intérieure à Dieu; il vous parlera donc continuellement de mes vérités, de mes lumières et de mon amour; et, vous représentant mon extérieur, il suppléera aux accidents du pain dans l’Eucharistie qui vous déroberont mes beautés extérieures. » Comme les paroles de Jésus-Christ produisent ce qu’elles expriment, par celles-ci : Voilà votre Fils, la très-sainte Vierge reçut un coeur de mère pour saint Jean; et par celles-ci : Voilà votre Mère, saint Jean reçut un coeur d’enfant pour Marie, ainsi que le remarquent les docteurs (2).

Ainsi, après avoir été sur le Calvaire semblable à l’ange confortant Notre-Seigneur au jardin des Oliviers, saint Jean devient l’ange visible de la Très-Sainte Vierge, dont il doit être le gardien et la protection, après la perte de son fils. En outre ces mêmes paroles, voilà votre fils, renfermaient pour nous un grand mystère, que nous avons à expliquer.

Dieu, voulant réformer le monde et faire une génération nouvelle, avait donné au genre humain un nouvel Adam dans la personne de Jésus-Christ. Or, pour être époux, Notre-Seigneur ne pouvait être seul. Il fallait qu’il eût une compagne, une aide ; et comme Adam, dans le paradis terrestre, avait reçu Ève pour épouse, le Fils de Dieu devait recevoir sur le Calvaire l’Église pour la sienne. Toutefois, au temps de la Passion du Sauveur, l’Église n’était point parvenue encore à l’âge nubile. Elle devait être d’abord la fille et devenir ensuite l’épouse de Jésus-Christ, comme Ève, figure expresse de l’Église, avait été la fille d’Adam, de qui elle fut tirée, et son épouse tout ensemble. Ainsi Jésus-Christ devait d’abord donner la vie à son Église, et l’ayant formée parfaite, comme Ève l’avait été, en faire aussitôt son épouse, afin de donner par elle des enfants à Dieu. »


1. Matth., chap. XII, 46; Marc, chap.
III, 32; Luc, chap. VIII, 20.

2. S. Paulini. Nol. Opera, tom. 1, 1685; in-4°. Ecce mater tua. Jam scilicet ab humana fragilitate, qua erat natus ex femina, per crucis mortem demigrans in aeternitatem Dei, ut esset in gloria Dei Patris, delegat homini jura pietatis humanne… atque fili vicissim novum filium, vice corporis sui traderet, immo, ut ita dixerim, gigneret.
Arnoldi Carnuten. Abbat. Bonoe Vallis. Biblioth. Patr. tom. XXII, p. 1268. Vices filii naturalis filius accipit adoptivus, et transfunditur in ministrum filialis affectas : formaturque et firmatur in ambobus, pietatis unicae gratus concorsque amplexus, non ex traduce naturae, sed ex munere grade.
S. Thom. a Villanov., p. 728. Pendebat Christus in cruce, moriturus, disposuit testamentum electis suis : Patri spiritum, Ecclesiae corpus, Petro Ecclesiam. Quid vero, o dilecte ! legabo tibi, ait? Ecce mater tua ! hac omnium quae possideo charissima et pretiosissima gemina. hanc tibi trado, hanc dono. O magnum dilectionis indicium! suo loco apud Matrem substituit eum, et pro se in filium, Virgini reliquit eum. Huic gratiae, quid amplius addi potest? impressit in hoc verbo Dominus statim cordi virgineo amorem quemdam maternum, in Joannem fortiorem et ardentiorem, quam solent matribus natura tribuere. Visceribus etiam Apostoli reverentiam filialem in Virginem inseruit, qualem nullus filius natura habet in matrem.
B. Petri Damian., Serm. LXIV, de S. Joanne Ev.Illa verba : Mulier, ecce filius tuus : Ecce mater tua, prorsus efficacia sunt et divinis virtutibus fulta, atque inevitabilis veritatis auctoritate subnixa. Illud enim unicum Patris Verbum, quod in cruce pendebat, substantivum et consubstantiale Patri ac sempiternum est; atque idcirco verba, quoe locutus est, quia spiritus et vita sunt, inaniter transire non potuerunt. Coelum, inquit ipse Jesus, et terra transibunt, verba autem mea non transibunt. Sicut enim dixit Matri : Hic est filius tuus; ita dixit discipulis: Hoc est corpus meum; et tantus fuit in illis verbis effectus, ut illico panis ille quem dabat, Dominicum fieret corpus. Dixit enim, et omnia facta sunt; mandavit, et creata sunt. Ex quadam itaque similitudine, si dicere audeamus, et B. Joannes non solum filii potitus est nomine; sed propter verba illa Dominica, quoddam majus necessitudinis sacramentum, apud Virginem, meruit obtinere.

Retable d'Isenheim

IIème point :

« C’est dans la personne de la Très-Sainte Vierge que le Fils de Dieu reçoit l’Église pour épouse, car Marie en était le membre le plus auguste, et elle en possédait en éminence toutes les grâces et toutes les perfections, ainsi qu’il a été dit. Aussi sur le Calvaire, comme à Cana, Marie n’apparaît que comme épouse : Femme, voilà votre fils ; comme aussi Jésus semble perdre sa qualité de fils, qu’il donne à saint Jean, pour prendre uniquement celle d’époux. Il ne la nomme donc pas sa mère, mais femme, parce qu’il s’adresse à l’Église elle-même dans la personne de Marie, comme, dans celle de saint Jean, il s’adresse à tous les chrétiens. Il faut savoir, en effet, que saint Jean, outre qu’il était à l’égard de Marie le substitut de Jésus-Christ ressuscité, à cause des dons magnifiques qu’il avait reçus à la Cène, figurait de plus tous les enfants que Jésus-Christ devait engendrer avec elle sur la Croix, contenant en abrégé toutes les prérogatives de l’Église, en sa qualité de prophète, d’apôtre, d’évangéliste, de martyr, de confesseur, de vierge.

Marie paraît donc au Calvaire auprès de Jésus-Christ comme Ève dans le paradis terrestre auprès d’Adam, pour être la mère des croyants. Mais qu’elle y parait dans une condition différente de celle d’Ève! Celle-ci se trouvait dans un lieu de délices et de voluptés : le paradis terrestre, le séjour et la couche de l’innocence, où elle était dans l’extase et l’abondance de la joie ; au lieu que la nouvelle Ève est mise avec le nouvel Adam, réparateur des pécheurs sur le Calvaire, dont Dieu le Père veut faire le lieu de leurs noces. Il les place dans le lieu des supplices, dans la demeure des criminels, dans un lieu de sang, de douleur et de délaissement, et par conséquent pour y souffrir et y être abîmés dans l’amertume. C’est, en effet, par sa pénitence, par son sang, par sa mort, que Jésus-Christ doit engendrer des enfants à Dieu ; et comme il veut que sa Sainte Mère participe à ce mystère, qu’il y ait entre elle et lui union parfaite de sentiments et de dispositions, pour tout partage c’est la douleur que Marie reçoit de son Fils, qui lui est donné sur le Calvaire, comme l’homme de douleurs.

Pour comprendre la douleur de Marie, il faut considérer l’excès de celle de Jésus-Christ. Les douleurs les plus accablantes du Sauveur naissaient, non des souffrances corporelles qu’il endurait sur la croix ; mais de la vue nette et distincte de la multitude et de la diversité des crimes dont il était chargé, et qu’il devait expier par sa pénitence. Hélas! qui saurait concevoir à quoi s’étend cette douleur! Jésus-Christ était en proie aux peines les plus sensibles qui affligent le coeur, et aux plus mortelles angoisses intérieures qui accablent l’esprit. « Nous l’avons vu, dit Isaïe, comme celui qui avait reçu sur lui les coups, qui portait les marques de la vengeance divine ; et il n’y avait rien en son corps depuis la plante des pieds jusqu’à la tête qui fût exempt de maux. »

Et toutefois, quelque grands que fussent ses tourments, ils étaient peu de chose, comparés à l’affliction, que causait à son âme la vue de son Père irrité contre lui. Jésus-Christ tenant la place des pécheurs, et s’exposant en cette qualité à son Père, pour recevoir de lui ce que chacun de nous méritait, il se voyait comme le sujet sur lequel Dieu le Père déchargeait tout son courroux. Quel tourment plus rigoureux que de savoir qu’un père est en colère contre nous, qu’il ne peut plus nous supporter, qu’il ne peut nous souffrir davantage, surtout quand nous avons été longtemps l’objet de son amour, et que nous avons reçu de lui les témoignages d’affection les plus continuels et les plus touchants !

Ce tourment était extrême pour Jésus, dont l’amour envers son Père n’avait point de bornes. Mais le voyant justement irrité contre lui, il s’abandonne entre ses mains pour porter tous les effets de sa colère et de sa vengeance, et cherche, dans la tendresse de sa Mère, ce qu’il ne rencontre plus dans celle de son Père éternel. Hélas! Marie, qui semblait seule pouvoir le consoler, lui cause une seconde mort par la vue des douleurs qu’elle éprouve elle-même des tourments de son Fils. On dit communément que Jésus-Christ souffrait de très-grandes peines par la présence de sa Mère au Calvaire; je crois qu’intérieurement il supportait avec une joie incroyable ses tourments propres, en voyant qu’ils devaient se changer pour elle-même en repos, en délices et en gloire ; mais qu’il souffrait cruellement de la vue de sa Mère, par ressentiment et par rejaillissement de ses douleurs! Ces douleurs de Marie, chargée de nos péchés, percée par la componction qu’elle ressentait de nos crimes et par la vue de son Fils en proie aux horreurs de la mort, étaient donc autant de glaives qui, sortant de son coeur, allaient traverser celui de Jésus. Le glaive de douleur qui pénétrait le coeur de la Mère faisait, en effet, mille plaies sur celui de son Fils, et les blessures que son amour pour elle lui faisait ressentir dans le fond de l’âme étaient tout autres que celles que lui portaient la haine et la cruauté des bourreaux. Ce contre-coup des douleurs de Marie lui causa une douleur plus grande que toutes les autres douleurs qu’il souffrit dans sa passion, parce que le plus grand amour fait les plus grandes plaies et les peines les plus véhémentes. Ainsi Notre-Seigneur, qui, dans sa Passion, a voulu souffrir toutes les peines possibles, a enduré dans cette occasion même les douleurs de cette Mère bien-aimée, qui étaient pour lui les plus sensibles et les plus violentes du monde. »

(à suivre > ici)

2008-10. La catéchèse de Benoît XVI sur Saint Augustin (4ème & 5ème parties).

Voici les deux dernières des cinq catéchèses du mercredi que notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a consacrées à Saint Augustin. Puissent ces textes inciter beaucoup de fidèles à se plonger dans les écrits du grand Docteur de l’Occident et à s’imprégner de ses enseignements…

Saint Augustin

Saint Augustin écrivant (enluminure médiévale)

Audience générale du mercredi 20 février 2008 :

L’importance majeure des écrits de Saint Augustin :

Chers Frères et Sœurs,

Après la pause des exercices spirituels de la semaine dernière, nous revenons aujourd’hui à la grande figure de Saint Augustin, duquel j’ai déjà parlé plusieurs fois dans les catéchèses du mercredi. C’est le Père de l’Église qui a laissé le plus grand nombre d’œuvres, desquelles je voudrais aujourd’hui parler brièvement. Quelques uns des écrits augustiniens sont d’une importance capitale, et non seulement pour l’histoire du christianisme mais pour la formation de toute la culture occidentale : l’exemple le plus clair est celui des Confessions, sans doute l’un des livres de l’antiquité chrétienne parmi les plus lus. Comme différents Pères de l’Église des premiers siècles, mais dans une mesure incomparablement plus importante, l’Évêque d’Hippone a en effet exercé une influence étendue et persistante, comme il apparaît déjà de la surabondante traduction écrite à la main de ses œuvres, qui sont vraiment très nombreuses.

Lui-même passa en revue quelques années avant de mourir, dans les Rétractations et peu après sa mort, elles furent soigneusement enregistrées dans l’Indiculus (= liste) ajoutée par son fidèle ami Possidius à la biographie de Saint Augustin, Vita Augustini. La liste des œuvres d’Augustin fut réalisée avec le but explicite d’en sauvegarder la mémoire pendant que l’invasion vandale envahissait toute l’Afrique romaine et compte bien mille trente écrits numérotés de leur auteur, avec d’autres «qui ne peuvent pas être numérotés, parce qu’il n’a apposé aucun numéro». L’évêque d’une ville voisine, Possidius, dictait ses paroles précisément à Hippone – où il s’était réfugié et où il avait assisté à la mort de son ami – et il se basait presque seulement sur le catalogue de la bibliothèque personnelle d’Augustin. Aujourd’hui, il y a plus de trois cents lettres de l’évêque d’Hippone qui ont survécu et presque six cents homélies, mais à l’origine elles était beaucoup plus nombreuses, peut-être même entre trois mille ou quatre mille, le fruit de quarante ans de prédication de l’antique orateur qui avait décidé de suivre Jésus et de parler non seulement aux grands de la cour impériale, mais aussi à la population simple d’Hippone.

Et encore ces dernières années, les découvertes d’un groupe de lettres et de certaines homélies ont enrichi notre connaissance de ce grand Père de l’Église. «Beaucoup de livres – écrit Possidius - furent composés et publiés par lui, beaucoup de sermons furent tenus dans les églises, transcrits et corrigés, aussi bien pour réfuter les différents hérétiques mais aussi pour interpréter les Saintes Écritures en vue de l’édification des saints fils de l’Église. Ces œuvres – souligne l’Évêque ami – sont si nombreuses qu’un spécialiste peut avec peine toutes les lire et apprendre à les connaître» (Vita Augustini, 18, 9).

Parmi la production littéraire d’Augustin – plus de mille publications subdivisées en écrits philosophiques, apologétiques, doctrinaux, moraux, monastiques, exégétiques, antihérétiques, en plus des lettres et des homélies – se détachent quelques œuvres exceptionnelles d’une grande portée théologique et philosophique. Avant tout, il faut rappeler déjà mentionnées les Confessions, écrites en treize livres entre 397 et 400, en louange à Dieu. Ce sont une sorte d’autobiographie sous la forme de dialogue avec Dieu. Ce genre littéraire reflète justement la vie de Saint Augustin, qui était une vie pas refermée sur elle, dispersée dans de nombreuses choses, mais vécue substantiellement comme un dialogue avec Dieu et ainsi une vie avec les autres. Le titre Confessions indique déjà la spécificité de cette autobiographie. Ce mot Confessions dans le latin chrétien développé par la tradition des Psaumes, a deux significations, qui toutefois se recoupent. Confessions indique, en premier lieu, la confession de ses faiblesses, la misère de ses péchés ; mais, en même temps, Confessions signifie louange de Dieu, reconnaissance à Dieu. Voir sa misère dans la lumière de Dieu devient louange à Dieu et action de grâce parce que Dieu nous aime et nous accepte, il nous transforme et il nous élève vers lui. Sur ces Confessions qui furent un grand succès déjà du vivant de Saint Augustin, il a écrit lui-même: «Elles ont exercé sur moi une telle action pendant que je les écrivais et l’exercent encore lorsque je les relis. Il y a de nombreux frères auxquels ces œuvres plaisent» (Retractationes, II, 6) : et je dois dire que moi aussi, (ici Benoît XVI fut très applaudit), je suis un de ces « frères ». Et grâce au Confessions, nous pouvons suivre pas à pas le chemin intérieur de cet homme extraordinaire et passionné de Dieu. Moins répandues mais tout aussi originales et importantes, sont ensuite les Retractationes, composées en deux livres autour de 427, dans lesquelles Saint Augustin, désormais âgé, accomplit une œuvre de « révision » (retractatio) de toute son œuvre écrite, laissant ainsi un document littéraire singulier et très précieux, mais aussi un enseignement de sincérité et d’humilité intellectuelle.

Le De civitate Dei – une œuvre imposante et décisive pour le développement de la pensée politique occidentale et pour la théologie chrétienne de l’histoire – fut écrite entre 413 et 426 en vingt-deux livres. Elle a été écrite à l’occasion du sac de Rome perpétré par les Goths en 410. De nombreux païens encore vivants, mais même beaucoup de chrétiens avaient dit : Rome est tombée, maintenant le Dieu chrétien et les apôtres ne peuvent pas protéger la ville. Pendant la présence de la divinité païenne, Rome était caput mundi, la grande capitale, et personne ne pouvait penser qu’elle serait tombée entre les mains des ennemis. Maintenant, avec le Dieu chrétien, cette grande ville n’apparaissait plus sûre. Donc le Dieu des chrétiens ne protègeait pas, ne pouvait pas être le Dieu auquel se fier. À cette objection, qui touchait profondément aussi le cœur des chrétiens, répond Saint Augustin par cette œuvre grandiose, le De civitate Dei, en expliquant ce que nous devons attendre de Dieu et ce que nous ne pouvons pas, quelle est la relation entre le domaine politique et le domaine de la foi, de l’Église. Même aujourd’hui, ce livre est une source pour bien définir la véritable laïcité et la compétence de l’Église, la grande espérance véritable que nous donne la foi.

Ce grand livre est une présentation de l’histoire de l’humanité gouvernée par la Providence divine, mais actuellement divisée par deux amours. Et ceci est le dessein fondamental, son interprétation de l’histoire, qui est la lutte entre deux amours : Amour de soi «jusqu’à l’indifférence de Dieu», et l’Amour de Dieu «jusqu’à l’indifférence de soi», (De civitate Dei, XIV, 28), à la pleine liberté de soi pour les autres dans la lumière de Dieu. Celui-ci, donc, est peut-être le plus grand livre de Saint Augustin, d’une importance permanente. Le De Trinitate, œuvre en quinze livres sur le noyau principal de la foi chrétienne, la foi dans le Dieu trinitaire, écrit en deux temps, est aussi très important : entre 399 et 412, les premiers douze livres, publiés à l’insu d’Augustin, qui vers 420, les compléta et revit l’œuvre entière. Ici il réfléchit sur le visage de Dieu et cherche à comprendre ce mystère du Dieu qui est unique, l’unique créateur du monde, de nous tous, et toutefois, précisément cet unique Dieu est trinitaire, un cercle d’Amour. Il cherche à comprendre le mystère insondable : justement l’être trinitaire, en trois Personnes, est la plus réelle et plus profonde unité de l’unique Dieu. Le De doctrina Christiana est par contre une véritable introduction culturelle à l’interprétation de la Bible et en définitive au christianisme-même, qui a eu une importance décisive dans la formation de la culture occidentale.

Malgré toute son humilité, Augustin fut certainement conscient de sa dimension intellectuelle. Mais pour lui, porter le message chrétien aux gens simples était plus important que de faire des grandes œuvres théologiques. Son intention très profonde, qui a guidé toute sa vie, apparaît dans une lettre écrite au collègue Evodio, dans laquelle il communique sa décision de suspendre pour l’instant la dictée des livres de De Trinitate, «parce qu’ils sont trop difficiles et je pense que peu de personnes peuvent le comprendre ; pour cela, il est plus important de rédiger d’autres textes que nous espérons plus utiles à un grand nombre» (Epistulae, 169, 1, 1). Il était donc plus utile pour lui de communiquer la foi de manière compréhensible à tous, que de ne pas écrire de grandes œuvres théologiques. La responsabilité ressentie vis-à-vis de la divulgation du message chrétien est ensuite à l’origine d’écrits comme le De catechizandis rudibus, une théorie et aussi une pratique de la catéchèse, ou le Psalmus contra partem Donati. Les donatistes étaient le grand problème de l’Afrique de Saint Augustin, un schisme africain. Ils affirmaient : la véritable chrétienté est la chrétienté africaine. Ils s’opposaient à l’unité de l’Église. Le grand Évêque a lutté contre ce schisme toute sa vie, en cherchant de convaincre les donatistes que c’est seulement dans l’unité que l’africanité peut être vraie. Et pour se faire comprendre de ceux qui étaient simples, qui ne pouvaient pas comprendre le latin du rhéteur, il a dit : je dois écrire même avec des erreurs de grammaire, dans un latin très simplifié. Et il l’a fait surtout dans ce Psalmus, une sorte de poésie simple contre les donatistes, pour aider tous les gens à comprendre que seulement dans l’unité de l’Église se réalise réellement pour tous, notre relation avec Dieu et la paix grandit ainsi dans le monde.

Dans cette production destinée à un public plus large, le nombre des homélies, souvent prononcées en improvisant, transcrites par des tachygraphes pendant la prédication et vite mises en circulation, revêt une importance particulière. Parmi celles-ci, se détachent les très belles Enarrationes en Psalmos, beaucoup lues au moyen âge. La pratique de la publication des milliers d’homélies d’Augustin – souvent sans le contrôle de l’auteur – explique leur diffusion et leur dispersion, mais aussi leur vitalité. En effet, les sermons de l’évêque d’Hippone devenaient très vite, pour la renommée de leur auteur, des textes très recherchés et servaient aussi pour d’autres Évêques et prêtres comme modèles, adaptés toujours à des nouveaux contextes.

La tradition iconographique, déjà dans une fresque du Latran remontant au VIe siècle, représente Saint Augustin avec un livre en main, certainement pour exprimer sa production littéraire, qui influença beaucoup la mentalité et la pensée chrétienne, mais pour exprimer aussi son Amour pour les livres, pour la lecture et la connaissance de la grande culture antérieure. À sa mort, il ne laissa rien, raconte Possidius, mais «il recommandait toujours de conserver avec diligence pour les générations à venir, la bibliothèque de l’église avec tous les codex», surtout ceux de ses œuvres. Dans ces œuvres, souligne Possidius, Augustin est « toujours vivant » et procure un grand bonheur à ceux qui lisent ses écrits, même si, conclut-il, « je crois que ceux qui purent le voir et l’écouter quand il parlait en église personnellement, et surtout ceux qui faisaient partie de sa vie quotidienne ont pu davantage tirer profit de son contact » (Vita Augustini, 31). Oui, même pour nous, il aurait été beau de pouvoir l’entendre de son vivant. Mais il est réellement vivant dans ses écrits, est présent en nous et ainsi nous voyons aussi la vitalité permanente de la foi pour laquelle il a donné toute sa vie.

* * * * * * *

Audience générale du mercredi 27 février 2008 :

Les trois étapes de la conversion de Saint Augustin
sont un modèle pour nos propres conversions :

Chers Frères et Sœurs,

Avec la rencontre d’aujourd’hui, je voudrais conclure la présentation de la figure de Saint Augustin. Après s’être arrêtés sur sa vie, sur ses œuvres et sur quelques aspects de sa pensée, aujourd’hui je voudrais revenir sur son histoire intérieure, qui en a fait un des plus grands convertis de l’histoire chrétienne. J’ai dédié tout particulièrement ma réflexion à son expérience pendant le pèlerinage que j’ai accompli à Pavie, l’année dernière, pour vénérer les dépouilles mortelles de ce Père de l’Église. De cette manière, j’ai voulu exprimer l’hommage de toute l’Église catholique, mais aussi lui montrer ma dévotion personnelle et toute ma reconnaissance vis-à-vis d’une figure à laquelle je me sens très lié pour le rôle qu’il a joué dans ma vie de théologien, de prêtre et de pasteur.

Aujourd’hui encore, il est possible de parcourir l’histoire de Saint Augustin grâce surtout aux Confessions, écrites en louange à Dieu et qui sont à l’origine d’une des formes littéraires les plus spécifiques de l’Occident, l’autobiographie, c’est-à-dire l’expression personnelle de la conscience de soi. Eh bien, celui qui s’approche de ce livre extraordinaire et fascinant, encore beaucoup lu aujourd’hui, s’aperçoit facilement que la conversion d’Augustin n’a pas été soudaine ni pleinement réalisée dès le début, mais peut être définie plutôt comme un véritable chemin, qui reste un modèle pour chacun de nous. Cet itinéraire trouva certainement son point culminant par la conversion et ensuite par le baptême, mais ne s’acheva pas dans cette veillée pascale de l’année 387, lorsque à Milan, le rhéteur africain fut baptisé par l’évêque Ambroise. En effet, le chemin de conversion d’Augustin continua humblement jusqu’à la fin de sa vie, au point qu’on peut vraiment dire que ses différentes étapes – on peut en distinguer facilement trois – sont une unique et grande conversion.

Saint Augustin a été un chercheur passionné de la vérité : il l’a été dès le début et ensuite pour toute sa vie. La première étape de son chemin de conversion s’est réalisée précisément dans l’approche progressive au christianisme. En réalité, il avait reçu de sa mère Monique, à laquelle il resta toujours très lié, une éducation chrétienne et, bien qu’il avait vécu pendant les années de sa jeunesse une vie assez dissipée, il ressentit toujours une profonde attirance pour le Christ, en ayant bu l’Amour pour le nom du Seigneur avec le lait maternel, comme il le souligne lui-même (cf. Confessions, III, 4,8) . Mais même sa philosophie, surtout celle inspirée par Platon, avait contribué à l’approcher encore plus du Christ en lui manifestant l’existence du Logos, la raison créatrice. Les livres des philosophes lui indiquaient qu’il y a la raison, de laquelle vient ensuite tout le monde, mais ils ne lui disaient pas comment atteindre ce Logos, qui semblait ainsi lointain. Seulement la lecture des lettres de Saint Paul, dans la foi de l’Église catholique, lui révéla pleinement la vérité. Cette expérience fut synthétisée par Augustin dans une des pages les plus célèbres des Confessions : il raconte que, dans le tourment de ses réflexions, alors qu’il s’était retiré dans un jardin, il entendit tout à coup une voix d’ enfant qui répétait une cantilène, jamais entendue auparavant : tolle, lege, tolle, lege, «prends, lis, prends, lis» (VIII, 12.29). Il se rappela alors de la conversion d’Antoine, père du monachisme, et et avec hâte il revint au codex paulinien qu’il avait peu avant entre ses mains, l’ouvrit et son regard tomba sur le passage de l’épître aux Romains où l’Apôtre exhorte à abandonner les œuvres de la chair et à se revêtir du Christ (Rom. XIII, 13-14). Il avait compris que ces paroles à cet instant lui était personnellement adressées, venaient de Dieu par l’Apôtre et lui indiquaient ce qu’il devait faire à cet instant. Ainsi il se sentit libéré des ténèbres du doute et se retrouva finalement libre de se donner entièrement au Christ : «Tu avais converti mon être à toi», commente-t-il (Confessions, VIII, 12.30). Voilà la première et décisive conversion.

Le rhéteur africain arriva à cette étape fondamentale de son long chemin grâce à sa passion pour l’homme et pour la vérité, passion qui le conduisit à chercher Dieu, grand et inaccessible. Sa foi dans le Christ lui fit comprendre que ce Dieu, apparemment si loin, en réalité ne l’était pas. En effet, Il s’était fait proche de nous, en devenant l’un d’entre nous. En ce sens, la foi dans le Christ porta à son accomplissement, la longue recherche d’Augustin sur le chemin de la vérité. Seulement un Dieu que l’on pouvait toucher, l’un de nous, était finalement un Dieu qu’on pouvait prier, pour lequel et avec lequel on pouvait vivre. Voilà un chemin à parcourir avec courage et en même temps avec humilité, dans l’ouverture à une purification permanente dont chacun de nous a toujours besoin. Mais avec cette veillée pascale de 387, comme nous l’avons dit, le chemin d’Augustin n’était pas terminé. Revenu en Afrique et après avoir fondé un petit monastère, il se retira avec quelques amis pour se consacrer à la vie contemplative et d’étude. C’était le rêve de sa vie. Maintenant, il était appelé à vivre totalement pour la vérité, avec la vérité, dans l’amitié du Christ qui est la vérité. Un beau rêve qui dura trois ans, jusqu’à lorsque il fut, malgré lui, consacré prêtre à Hippone et destiné à servir les fidèles, en continuant certes à vivre avec le Christ et pour le Christ, mais au service de tous. C’était très difficile, mais il comprit dès le début que c’est seulement en vivant pour les autres, et pas simplement pour sa contemplation privée, qu’il pouvait réellement vivre avec le Christ et pour le Christ. Ainsi, renonçant à une vie seulement de méditation, Augustin apprit, souvent avec difficulté, à mettre à la disposition des autres, le fruit de son intelligence. Il apprit à communiquer sa foi aux gens simples et vivre ainsi pour eux dans cette ville qui devint sa sienne, en réalisant sans se lasser, une activité généreuse et lourde qu’il décrit ainsi dans un de ses très beaux sermons : « Continuellement prêcher, discuter, reprendre, édifier, être à la disposition de tous – c’est une charge considérable, un grand poids, une fatigue immense » (Serm. 339, 4). Mais ce poids, il le prit sur lui, en comprenant que c’est précisément ainsi qu’il pouvait être plus proche du Christ. Comprendre qu’être au service des autres avec simplicité et humilité, était sa véritable et seconde conversion.

Mais il y a une dernière étape du chemin augustinien, une troisième conversion : celle qui le porta chaque jour de sa vie à demander pardon à Dieu. Au début, il avait pensé qu’une fois baptisé, dans la vie de communion avec le Christ, dans les Sacrements, dans la célébration de l’Eucharistie, il serait arrivé à la vie proposée par le Sermon sur la montagne : à la perfection offerte dans le baptême et reconfirmée dans l’Eucharistie. Dans la dernière partie de sa vie, il comprit que ce qu’il avait dit dans ses premières prédications sur le Sermon sur la montagne – c’est-à-dire que maintenant nous en tant que chrétiens, nous vivons cet idéal d’une façon permanente – il s’était trompé. Seul le Christ lui-même réalise vraiment et complètement le Sermon sur la montagne. Nous avons toujours besoin d’être lavés par le Christ, qui nous lave les pieds, et renouvelés en Lui. Nous avons besoin d’une conversion permanente. Jusqu’à la fin, nous avons besoin de cette humilité qui reconnaît que nous sommes des pécheurs en chemin, jusqu’au jour où le Seigneur nous donnera sa main définitivement et nous introduira dans la vie éternelle. Dans cette dernière attitude d’humilité, vécu jour après jour, Augustin est mort.

Cette attitude d’humilité profonde devant l’unique Seigneur Jésus, l’introduisit à l’expérience d’une humilité aussi intellectuelle. Augustin, en effet, qui est une des plus grandes figures dans l’histoire de la pensée, voulut depuis quelques années de sa vie soumettre à un examen lucide critique toutes ses très nombreuses œuvres. Ce furent ainsi l’origine des Retractationes (des «révisions»), qui de cette façon, insèrent sa pensée théologique, vraiment grande, dans la foi humble et sainte qu’il appelle simplement avec le nom de catholica, c’est-à-dire de l’Église. «J’ai compris – écrit-il justement dans ce livre très original (I, 19, 1-3) – qu’un seul est vraiment parfait et que les paroles du sermon de la montagne sont totalement réalisés en un seul : en Jésus Christ lui-même. Toute l’Église par contre – nous tous, y compris les apôtres – nous devons prier chaque jour : tu nous remets nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs».

Converti au Christ, qui est vérité et Amour, Augustin l’a suivi pour toute sa vie et est devenu un modèle pour chaque être humain, pour nous tous à la recherche de Dieu. Pour cela, j’ai voulu conclure mon pèlerinage à Pavie en remettant à l’Église et au monde, devant la tomba de ce grand amoureux de Dieu, ma première encyclique, intitulée « Deus caritas est« . Cette encyclique doit en effet beaucoup, surtout dans sa première partie, à la pensée de Saint Augustin. Même aujourd’hui, comme à son temps, l’humanité a besoin de connaître et surtout de vivre cette réalité fondamentale : Dieu est Amour et la rencontre avec Lui est la seule réponse aux inquiétudes du cœur humain. Un cœur qui est habité par l’espérance, peut-être encore obscur et involontaire auprès de nombreux de nos contemporains, mais qui pour les chrétiens nous ouvre déjà aujourd’hui à l’avenir, si bien que Saint Paul a écrit que «dans l’espérance nous avons été sauvés» (Rm. 8, 24). À l’espérance j’ai voulu consacrer ma seconde encyclique, « Spe salvi« , et elle aussi est largement débitrice aux confrontations avec Augustin et à sa rencontre avec Dieu.

Dans un très beau texte, Saint Augustin définit la prière comme l’expression du désir et affirme que Dieu répond en élargissant à Lui notre cœur. De notre part, nous devons purifier nos désirs et nos espérances pour accueillir la douceur de Dieu(cf. In Ioannis, 4, 6). C’est seulement, en nous ouvrant aussi aux autres, que nous pourrons être sauvé. Prions donc que dans notre vie, il nous soit chaque jour accordé de suivre l’exemple de ce grand converti, en rencontrant comme lui à tout instant de notre vie le Seigneur Jésus, l’unique qui nous sauve, qui nous purifie et nous donne la véritable joie, la véritable vie. Merci. 

armoiries de Benoît XVI

1...2930313233

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi