Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2026-90. Du Carême de la Pentecôte.

Jeudi de l’Ascension.

Vignette blogue - Veni

       Dans la liste des sept carêmes monastiques (cf. > ici) que nous pratiquons au Mesnil-Marie, il en est un que nombre de nos amis ne soupçonnent même pas : le carême de la Pentecôte.
Il ne consiste certes pas en une quarantaine – sens originel du mot carême -, puisqu’il ne s’étend que du soir de l’Ascension après les complies jusqu’aux premières vêpres de la Pentecôte, et qu’il ne couvre donc qu’une période de neuf jours, simultanément à la neuvaine préparatoire à cette si sublime fête de la Pentecôte (cf. > ici).

   D’un point de vue alimentaire, comme tous les jours d’ascèse spirituelle plus marquée, ces neuf jours sont des jours de jeûne (un seul repas, et une collation autorisée le soir), mais l’abstinence y est modérée : seuls les mets carnés sont strictement prohibés : le poisson ou les œufs (mais pas les deux en un même jour) y demeurent permis, ainsi que les laitages ou fromages et l’huile d’olive.

   Malgré le temps pascal, en effet, et même si c’est d’une manière un peu moins stricte qu’à l’occasion du grand Carême de Pâques, il demeure important que le corps soit associé à l’effort de l’esprit dans sa supplication.

Sculpture du retable du maître-autel chapelle du Cénacle Paray-le-Monial - blogue

   L’esprit qui préside à ces neuf jours d’efforts – l’ascèse physique soutenant et fortifiant la démarche spirituelle – peut être caractérisé par une discipline de plus grand recueillement et de silence intérieur plus intense, afin que le « cénacle de notre âme » se modèle sur cette retraite d’ardente supplication et d’attente fervente instituée par Notre-Seigneur Lui-même au travers des consignes données à Ses apôtres et disciples avant de S’élever dans les cieux ; la retraite de neuf jours qu’ils ont vécue enfermés dans le Cénacle de Jérusalem, étrangers à tout ce qui se passait alors dans la Ville ; la retraite au centre de laquelle se trouvait la Très Sainte Mère de Dieu, Fille bien-aimée du Père Eternel, Mère du Verbe Incarné et parfaite Epouse de l’Esprit-Saint Paraclet.

   C’est donc aussi un esprit de très grande union avec la Très Sainte Vierge, où l’on s’efforce de lui laisser au maximum le soin d’agir en nos âmes et de les préparer au renouvellement des grâces de notre confirmation, à une effusion renouvelée des dons du Saint-Esprit, au franchissement d’un nouveau palier dans notre ascension spirituelle jamais achevée, la « prenant chez nous » – selon ce qui est dit du disciple auquel elle est donnée pour Mère au pied de la Croix (Joan. XIX, 27) -, pour que le Saint-Esprit ait le désir ardent d’y venir Lui aussi, puisque, selon l’enseignement de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, partout où se trouve la Très Sainte Vierge Marie l’Esprit-Saint accourt.

   Ainsi vécue, la neuvaine préparatoire à la Pentecôte ne se résoud pas à la simple récitation d’une formule de prière une fois par jour pendant neuf jours, mais elle devient une intense aspiration qui remplit toutes nos journées et chaque instant de nos journées, pour arriver à la plénitude pentecostale dans l’incomparable flamboiement d’exultation dont les ornements rouge et or de la liturgie sont le symbole et le signe.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Vignette blogue - Veni

2026-89. Méditation pour la fête de l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Fête de l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Ascension église du Sacré-Cœur Douarnenez - blogue

Douarnenez, église du Sacré-Cœur : vitrail de l’Ascension (1901).

Présence de Dieu :

O Jésus, qui montez au ciel,
faites que j’habite, moi aussi, par le cœur, dans les cieux !

Méditation :

   1 – La pensée centrale de la liturgie de ce jour est d’élever nos cœurs vers le ciel, afin de commencer à habiter, en esprit, là où Jésus nous a précédés : « L’Ascension du Christ, dit Saint Léon, est notre propre élévation ; et le corps a l’espoir d’être un jour là où l’a précédé son glorieux Chef » (Bréviaire romain, 6ème leçon au 2ème nocurne des matines).
En effet, le Seigneur avait déjà dit, dans le discours après la dernière Cène : « Je vais vous préparer une place. Et lorsque Je m’en serai allé et que Je vous aurait préparé une place, Je reviendrai, et Je vous prendrai avec Moi, afin que là où Je suis, vous y soyez aussi » (Joan. XIV, 2-3).
L’Ascension est donc une fête de joyeuse espérance, de suave avant-goût du ciel ; en y entrant, Jésus, notre Chef, nous a donné le droit de Le suivre un jour ; et même, nous pouvons dire, avec Saint Léon, que « en la personne du Christ, nous avons pénétré au plus haut des cieux » (Bréviaire).
De même qu’en Jésus Crucifié nous sommes morts au péché, et que nous sommes ressuscités à la vie de la grâce dans le Christ ressuscité, ainsi sommes-nous également montés au ciel par l’Ascension de Jésus.
Cette participation vitale aux mystères du Christ est la grande conséquence de notre incorporation à Lui. Etant notre Chef, nous sommes totalement dépendants de Lui, nous, Ses membres, et intimement liés à Son sort. « Dieu, qui est riche en miséricorde, enseigne Saint Paul, nous a ressuscités  avec lui, à cause de l’extrême amour dont Il nous a aimés, et nous a fait asseoir dans les cieux en Jésus-Christ » (Eph. II, 4-6).
Le droit au ciel est acquis, la place est prête ; à nous de vivre de manière à l’occuper un jour. Entretemps, il nous faut réaliser la belle prière que la liturgie nous met sur les lèvres : « Accordez-nous, ô Dieu tout-puissant, d’habiter, nous aussi, en esprit, dans la céleste demeure » (collecte).
« Là où est ton trésor, là aussi est ton cœur » (Matth. VI, 21), a dit autrefois Jésus. Si Jésus est vraiment notre trésor, notre cœur ne pourra être que près de Lui, au ciel. Telle est la grande aspiration de l’âme chrétienne, si bien exprimée dans l’hymne des vêpres de la fête : « O Jésus, soyez l’aspiration de nos cœurs, la joie de nos larmes, le doux fruit de notre vie » (Bréviaire).

Ascension église du Sacré-Cœur Douarnenez - détail 1

   2 – Mais à côté de l’espérance et de la joyeuse attente du ciel, la fête de l’Ascension a aussi sa note de mélancolie.
Devant le départ définitif de Jésus, les Apôtres durent être pris d’un sentiment de désarroi : la détresse de celui qui voit s’éloigner pour toujours l’ami et le soutien le plus cher, et se retrouve seul devant les difficultés de la vie.
Le Seigneur vit l’état d’âme des Siens, et voici qu’Il les console une nouvelle fois, leur promettant la venue de l’Esprit-Saint, l’Esprit consolateur : « Il leur recommanda, lisons-nous dans l’épître, de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis… Dans peu de jours, vous serez baptisés dans l’Esprit-Saint ».
Mais cette fois encore, les Apôtres ne comprirent pas !
Comme ils avaient besoin d’être éclairés et transformés par l’Esprit-Saint pour être capables d’accomplir la grande mission qui allait leur être confiée !

   Car Jésus reprit : « Lorsque le Saint-Esprit descendra sur vous, vous serez revêtus de force, et vous Me rendrez témoignage… jusqu’aux extrémités de la terre ».
Mais pour le moment, ils sont là, autour du Maître, faibles, craintifs, perplexes, un peu comme des enfants qui voient partir leur mère pour un pays lointain et inconnu.
En effet, tandis que leurs regards sont rivés sur Lui, Jésus S’élève et une nuée Le dérobe à leurs yeux. Il faut que deux anges viennent calmer leur grand émoi et les rappeler à la réalité du fait accompli.

   Alors, se confiant dans la parole de Jésus, qui est désormais leur unique soutien, ils retournent à Jérusalem et s’enferment au Cénacle pour attendre, dans la prière, l’accomplissement de la promesse.
C’était la première neuvaine préparatoire à la Pentecôte : « Tous, dans un même esprit, persévéraient dans la prière… avec Marie, Mère de Jésus » (Act. I, 14).

   Retraite, recueillement, prière, accord entre nos frères, union avec Marie, telles sont les caractéristiques de la neuvaine qui doit nous préparer, nous aussi, à la venue de l’Esprit-Saint.

Ascension église du Sacré-Cœur Douarnenez - détail 2

Colloque :

   « O mon Dieu, ô mon Dieu, ô mon Jésus, Vous Vous en allez et Vous Vous séparez de nous !
Oh ! quelle sera l’allégresse du ciel ! Mais nous, nous restons ici-bas sur cette terre.
O Verbe éternel, que Vous a fait la créature, pour que Vous opériez tant de merveilles et montiez à présent au ciel, pour sa plus grande gloire ? Dites-moi, que Vous a-t-elle fait, pour que Vous l’aimiez tant ? Que Vous a-t-elle donné ? Que chervez-Vous auprès d’elle ? Vous l’aimez tellement que Vous Vous donnez Vous-même à elle, Vous qui êtes le Tout, car hors de Vous il n’est rien.
Vous attendez d’elle toute sa volonté et toute son intelligence, puisqu’en Vous les donnant elle Vous offre tout ce qu’elle a.
O Sagesse infinie, ô Bonté suprême, ô Amour, ô Amour si peu connu, moins encore aimé, et possédé par un si petit nombre !
Oh ! qu’elle est grande notre ingratitude, elle qui se trouve à la racine de tout mal !
O Pureté si peu connue et si peu désirée ! O mon Epoux, ô mon Epoux, à présent que Vous êtes avec Votre Humanité au ciel, assis à la droite du Père Eternel, créez en moi un cœur pu et renouvelez en moi la droiture de l’esprit ! » (Sainte Marie-Madeleine de’  Pazzi).

   « Hélas ! Seigneur, qu’il est long cet exil, et comme le désir de Vous voir le rend plus pesant encore ! O Seigneur, que peut faire une âme captive dans cette prison ?…
Mais je désire Vous contenter. Me voici, Seigneur ! S’il m’est nécessaire de vivre encore pour Vous servir en quelque chose, je ne refuse aucune des croix qui peuvent m’attendre sur terre.
Mais, hélas ! Seigneur, hélas ! ce ne sont que des paroles, je suis incapable d’autre chose ; mais que mes désirs du moins, mon Dieu, aient quelque valeur devant Vous, et puissiez-Vous ne pas considérer mon peu de mérite !
Ah ! bien pauvres sont toujours mes services, mon Dieu, même si je Vous les rendais en grand nombre !
Et alors, pourquoi resterais-je en cette vie si pleine de misères ? Uniquement pour accomplir Votre volonté. Pourrait-il y avoir plus grand profit ?
Espère donc, ô mon âme, espère !
Veille avec sollicitude, car tu ignores le jour et l’heure.
Tout passe rapidement, bien que ton désir rende long un temps qui est court.
Songe que plus tu combattras, plus tu donneras de preuves d’amour à ton Dieu, et plus tu jouiras ensuite de ton Bien-Aimé dans un bonheur et une félicité sans fin » (Sainte Thérèse de Jésus, « Exclamations » XV).

Rd. Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine ocd,
in « Intimité divine ».

vignette - Ascension

2026-88. « Elevez-Vous, ô Dieu, au-dessus des cieux !»

Mercredi qui suit le cinquième dimanche après Pâques :
Vigile de l’Ascension.

       En ce jour de vigile de l’Ascension, nous proposons à nos lecteurs le sermon CCLXII de notre Bienheureux Père Saint Augustin, dans lequel – à partir d’un simple verset du Psaume LVI : « Elevez-Vous, ô Dieu, au-dessus des cieux ! » (Ps. LVI, 12) -, il nous entraîne à considérer Notre-Seigneur Jésus-Christ dans Sa gloire.

Le Pérugin l'Ascension - blogue

Pietro di Cristoforo Vannucci, dit le Pérugin (1448-1523) : l’Ascension (1495-1498)
[Musée des Beaux-Arts, Lyon].

1 – Saint Augustin rappelle à ses auditeurs la totalité du mystère de Jésus-Christ, notre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme :

   Fils unique du Père et coéternel à Celui qui L’engendre, invisible comme Lui, comme Lui immuable, tout-puissant comme Lui, et comme Lui Dieu, vous le savez, on vous l’a appris, et vous le croyez fermement, le Seigneur Jésus S’est fait homme pour l’amour de nous ; Il a pris la nature humaine sans quitter Sa divine nature, cachant Sa puissance et montrant Sa faiblesse.
Vous le savez encore, s’Il est né, c’était pour nous faire renaître ; s’Il est mort, c’était pour nous empêcher de mourir éternellement. Aussitôt après, c’est-à-dire le troisième jour, Il est ressuscité; promettant de ressusciter nos corps à la fin des siècles. Il S’est montré à Ses disciples, pour qu’ils Le vissent de leurs yeux et Le touchassent de leurs mains ; Il voulait ainsi les convaincre de ce qu’Il S’était fait dans le temps sans rien perdre, de ce qu’Il est dans l’éternité.
Il vécut alors quarante jours avec eux, comme on vous l’a enseigné, allant et venant, mangeant et buvant, non plus par besoin, mais uniquement par puissance, et les convainquant de la réalité de Sa chair qu’ils avaient vue faible sur la croix et qu’ils voyaient immortelle, depuis qu’elle était sortie du sépulcre.

2 – La fête de Saint Léonce, fondateur de l’vêché d’Hippone, cède le pas à la solennité de l’Ascension du Seigneur :

   C’est donc aujourd’hui que nous célébrons la solennité de Son Ascension.
Aujourd’hui encore il y a pour cette Eglise une solennité particulière, l’anniversaire de l’inhumation de Saint Léonce, qui en est le fondateur. Mais que cette étoile veuille bien se laisser obscurcir par le soleil ; parlons plutôt du Seigneur, comme nous avons commencé ; un bon serviteur n’est-il pas heureux d’entendre louer son Maître ?

3 – Les chrétiens ont reçu de la Tradition apostolique la certitude de l’Ascension du Seigneur :

   Aujourd’hui donc, c’est-à-dire le quarantième jour qui suit la Résurrection, le Seigneur est monté au ciel.
Nous ne l’avons pas vu, croyons-le.
Ceux qui l’ont vu l’ont publié, ils ont répandu ce fait dans tout l’univers.
Vous connaissez ces témoins qui nous ont instruits, c’est d’eux qu’il avait été prédit : « Il n’est ni langue ni idiôme où on n’entende leur voix. Son éclat a retenti par toute la terre et leurs paroles se sont répandues jusqu’aux extrémités du monde » (Ps. XVIII, 4-5). C’est ainsi qu’elles sont arrivées jusqu’à nous et nous ont fait sortir de notre sommeil. Aussi ce jour est-il une fête dans l’univers entier.

4 – Le verset du psaume ne concerne pas Dieu le Père, mais le Verbe incarné, dont Saint Augustin énumère ici tous les abaissements :

   Rappelez-vous le psaume chanté.
A qui y est-il dit : « Elevez-Vous, ô Dieu , au-dessus des cieux » (Ps. LVI, 12) ? A qui s’adressent ces mots? Est-ce à Dieu le Père qu’il serait dit : « Elevez-Vous », puisque jamais Il n’a été dans l’abaissement ?

   Ah ! c’est à Vous de Vous élever, Vous qui avez été enfermé dans le sein de Votre Mère ; Vous qui avez été formé dans les entrailles de Celle que Vous avez formée ; Vous qui avez été couché dans une crèche ; Vous qui avez, comme les petits enfants, puisé un lait véritable dans le sein maternel ; Vous qui portez le monde et Vous laissiez porter par Votre Mère ; Vous dont le vieillard Siméon reconnut les abaissements et loua les grandeurs ; Vous que la veuve Anne vit boire à la mamelle tout en Vous proclamant le Tout-Puissant ; Vous qui pour nous avez eu faim et soif et qui Vous êtes fatigué pour nous – pourtant est-il permis au Pain de souffrir de la faim, à la Fontaine d’endurer la soif et à la Voie de Se fatiguer ? – ; Vous qui avez supporté tout cela pour l’amour de nous ; Vous qui avez dormi sans toutefois sommeiller jamais, en veillant sur Israël ; Vous enfin que Judas a vendu et que les Juifs ont acheté, mais sans Vous posséder ; Vous qui avez été saisi, garrotté, flagellé, couronné d’épines, suspendu au gibet, percé d’un coup de lance, mort et enseveli, « ô Dieu, élevez-Vous au-dessus des cieux » !

   Oui, élevez-Vous, élevez-Vous au-dessus des cieux, puisque Vous êtes Dieu !
Siégez dans le ciel, Vous qui avez été attaché à la croix.
Nous Vous attendons pour nous juger, Vous qu’on a attendu quand Vous avez été jugé.
Mais qui croirait cela, sans l’action de Celui qui tire l’indigent de la poussière et qui élève le pauvre au-dessus de la boue ?
Aussi est-ce Lui qui élève aujourd’hui Son corps jadis si pauvre et qui le place au milieu des princes de Son peuple (cf. Ps. CXII, 7-8), avec lesquels Il doit venir juger les vivants et les morts.
Avec eux donc Il place ce corps jadis indigent et Il leur dit : « Vous serez assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Matth. XIX, 28).

5 – Continuant le commentaire du verset, Saint Augustin montre que la gloire du Christ ressuscité n’est pas seulement dans les cieux où Il est monté, mais qu’elle est manifestée sur toute la terre par Son Eglise : 

   « Elevez-Vous , ô Dieu , au-dessus des cieux ». C’est un fait accompli.
Nous ajoutons : Nous n’avons pas vu et nous croyons cependant l’événement prédit autrefois par ces paroles : « Elevez-Vous, ô Dieu, au-dessus des cieux » ; mais n’avons-nous pas sous les yeux ce qui suit : « Et que Votre gloire couvre toute la terre » (Ps. LVI, 12) ?
Qu’on ne croie pas le premier événement, si l’on n’est pas témoin du second.

   Que signifie cette « gloire qui couvre toute la terre », sinon que sur toute la terre s’étend Votre Eglise, que sur toute la terre s’est répandue Votre épouse avec sa majesté, Votre bien-aimée, Votre colombe, Votre compagne ? Elle est Votre gloire !
« L’homme, dit 
l’Apôtre, ne doit point se voiler la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu ; tandis que la femme est la gloire de l’homme » (1 Cor. XI, 7). Si la femme est la gloire de l’homme, l’Eglise assurément est la gloire du Christ.

   Cette Eglise est la Sainte Eglise catholique ; c’est elle qui est répandue par tout l’univers ; elle est la moisson qui grandit au milieu de l’ivraie.
Ah ! regardez-la du haut du ciel, Vous qui, pour l’amour d’elle, avez été raillé sur le gibet.
Les Juifs alors se moquaient de Vous, et Vous priiez pour eux. Si en Vous persécutant ils ont mérité cette faveur, que n’ont pas mérité ceux qui croient en Vous ? Aussi avez-vous daigné leur faire cette promesse : « Et vous recevrez la vertu du Saint-Esprit survenant en vous, et vous Me servirez de témoins ». Où ? « A Jérusalem », où J’ai été mis à mort. A Jérusalem ? C’est trop peu ! Vous n’avez pas donné une rançon si précieuse pour cette seule cité. Ajoutez donc à Jérusalem – cette ville est trop étroite pour contenir Votre gloire : « A Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre ».
Nous voilà aux limites de la terre, pourquoi ne pas finir les disputes ?

   Qu’on ne me dise plus : L’Eglise est ici. Tais-toi, parole humaine ; écoute la divine parole : « A Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre ». C’est à ces traits que le Seigneur nous signale Son Eglise, à nous qui sommes les derniers de Ses serviteurs. C’est pourtant une mère qu’Il recommande à Ses enfants. Il prévoyait de futures querelles parmi ces fils ingrats ; il voyait d’avance les hommes qui se partageraient le bien d’autrui.
Pourquoi ne pas s’abstenir de partager ce qu’ils n’ont pas acheté ?

   L’Eglise du Christ est donc, je le répète, mes très-chers frères, cette Sainte Eglise catholique qui est répandue partout, cette Eglise qui conserve sa virginité et qui chaque jour donne la vie à des enfants.

Le Pérugin  remise des clefs à Saint Pierre - chapelle Sixtine

Pietro di Cristoforo Vannucci, dit le Pérugin (1448-1523) : la remise des clefs (1481-1482)
[Chapelle Sixtine, palais apostolique du Vatican].

2026-87. Combien y a-t-il eu de papes issus des Ordres religieux ? Deuxième partie : de la fin du grand schisme d’Occident à la fin du Moyen-Age.

12 mai,
Chez les Ermites de Saint Augustin, fête de Saint Jean Stone  (cf. ici) et du Bienheureux William [Guillaume] Tirry (cf. > ici) ;
Mémoire des Saints Nérée, Achille et Pancrace et de Sainte Domitille, martyrs.

La basilique Saint-Pierre au Vatican vers 1450

L’ancienne basilique de Saint-Pierre au Vatican vers 1450 :
reconstitution d’après les anciens documents et description
de la basilique de Constantin et de ses ajouts médiévaux,
avant son remplacement par l’actuelle basilique.

Seconde partie de notre survol historique de la papauté en réponse à la question : « Combien y a-t-il eu de papes issus des ordres religieux ou monastiques ? ».
- Première partie : Des origines à la fin du séjour avignonais – cf. > ici

- Et maintenant ci-dessous : De la fin du grand schisme d’occident jusqu’à la fin du Moyen-Age.

Claves Petri - blogue

       En 1378, après la mort de Grégoire XI, eut lieu un premier conclave qui appela au souverain pontificat Barthélémy (Bartolomeo) Prignano, archevêque de Bari, qui prit le nom d’Urbain VI.

   Mais le Sacré-Collège lui-même, qui avait fui Rome en raison du danger que lui faisait courir Urbain VI, personnage excessif et caractériel, dénonça la validité de cette élection à laquelle il avait procédé dans un complet manque de sérénité et de liberté, sous les menaces (cf. le récit que nous en avons déjà fait > ici) : les cardinaux se réunirent donc une seconde fois en conclave, à Fondi, et procéda à une nouvelle élection plus conforme aux règles canoniques. Robert de Genève fut l’élu ; il prit le nom de Clément VII, et, Rome étant occupée par Urbain VI, il alla s’installer en Avignon. Ainsi débuta le Grand Schisme d’Occident, qui allait durer jusqu’en 1417, soit presque trente-neuf années !
Trente-neuf années qui virent deux lignées de papes, l’une à Rome (Urbain VI, Boniface IX, Innocent VII et Grégoire XII) et l’autre en Avignon (Clément VII et Benoît XIII), s’excommunier mutuellement tandis que les nations chrétiennes ne savaient plus vraiment sous quelle obédience se ranger et que les saints eux-mêmes étaient divisés…

   Les combinaisons canoniques, diplomatiques et politiques s’épuisant toutes sans résultat, les cardinaux des deux obédiences (vingt-quatre au total) quelque trois-cent prélats et des ambasadeurs représentant la plupart des nations chrétiennes, se réunirent en concile à Pise en 1409 et prirent des mesures pour le moins radicales : les deux papes rivaux de Rome et d’Avignon furent accusés d’hérésie et de sorcellerie, et déposés. En suite de quoi le dit concile procéda à l’élection d’un autre pontife supposé refaire l’unité autour de lui : Alexandre V.
Les pontifes de Rome et d’Avignon refusèrent évidemment de se soumettre et excommunièrent les cardinaux qui avaient pris part au concile de Pise ; et la situation empira : la Chrétienté n’avait plus deux papes, elle en avait trois !

Alexandre V - Pierre de Candie

   D’origine grecque, né en Crête – l’île de Candie, qui appartenait alors à la république de Venise -, vers 1339, Pierre (Pietro) Philargès, dit Pierre de Candie, était entré jeune chez les Franciscains, avait étudié à Padoue, Norwich et Oxford, avait enseigné à Paris et à Padoue, et, en 1402, avait été nommé archevêque de Milan puis créé cardinal par le pape de Rome.
Elu donc par le concile de Pise le 26 juin 1409, il prit le nom d’Alexandre V. Mais son pontificat dura mois d’une année : le 3 mai 1410 il mourut subitement à Bologne, où il fut inhumé (un groupe de cardinaux lui choisit un successeur en la personne du cardinal Balthazar (Baldassare) Cossa, qui avait été élevé à la pourpre romaine par Boniface IX de Rome, et qui prit le nom de Jean XXIII, mais cela c’est une autre histoire).

   Issu de l’ordre séraphique (franciscain), Alexandre V, fut-il un « vrai pape » ou un  « antipape » ? Si, de nos jours, le qualificatif d’antipape lui est généralement accolé, il faut avoir conscience que les plus hautes autorités romaines n’en ont pas toujours jugé ainsi : c’est la raison pour laquelle – alors qu’on retrouvera un Clément VII et un Benoît XIII dans la lignée romaine, nonobstant le fait que ces noms avaient été portés par des pontifes siégeant en Avignon -, le nom d’Alexandre V, lui, ne sera pas repris par des pontifes romains postérieurs et lorsqu’il montera sur le siège de Saint Pierre Rodrigue Borgia prendra le nom d’Alexandre VI. Par ailleurs, les listes officielles des papes, jusque vers le milieu du pontificat de Pie XII, contiendront bien le nom d’Alexandre V et celui de son successeur Jean XXIII, jusqu’à ce qu’un second Jean XXIII parût en 1958 !

 Eugène IV - blogue

   Le Grand Schisme prit officiellement fin le 11 novembre 1417 avec l’élection de Martin V Colonna, à la mort duquel (+ 20 février 1431), c’est à nouveau un religieux de la famille augustinienne qui accèda au souverain pontificat : Eugène IV.

   Né à Venise en 1383, Gabriel (Gabriele) Condulmer était le neveu du pape de Rome Grégoire XII. Entré chez les Chanoines réguliers de Saint Augustin de l’abbaye établie sur l’île de Saint-Georges in Alga (l’une des îles de la Sérénissime), c’était un moine pieux et modéré. Mais, dès l’âge de 24 ans, il fut nommé évêque de Sienne par son oncle le pape : cette nomination, faite d’une manière autoritaire au mépris du droit des autorités locales, suscita la colère des Siennois, et le jeune Gabriel renonça à cette charge ; il fut nommé protonotaire à Rome avant, en 1408 (il avait donc 25 ans), d’être nommé cardinal-prêtre du titre de Saint-Clément.
Martin V lui confia des légations pontificales, et il lui succéda finalement sur le trône de Saint Pierre le 3 mars 1431, prenant le nom d’Eugène IV.

   Capable de diplomatie, Eugène IV avait été élu après s’être engagé par écrit à accorder d’importants avantages financiers aux cardinaux (!!!). Il fut beaucoup moins conciliant avec la famille de feu Martin V, les Colonna, qui se révoltèrent contre lui et lui retirèrent l’autorité sur la ville de Rome : il dut s’enfuir, déguisé en moine, sous les jets de pierres, le 4 mai 1434, et résida ensuite à Florence ou à Bologne, étant absent de Rome pendant près de dix ans !
La grande affaire de son pontificat fut le concile de Bâle-Ferrare-Florence : concile marqué par des oppositions parfois violentes entre le concile et le pape, concile qui élira même un éphémère antipape (Félix V), concile dont une partie des décisions sont hérétiques, concile qui a tenté de refaire l’unité avec les Eglises d’Orient… en vain.

   Sous le pontificat d’Eugène IV, en France, fut brûlée Sainte Jeanne d’Arc (30 mai 1431) et la Guerre de Cent-Ans entra dans sa dernière phase. C’est lui qui autorisa la fondation de l’Hôtel-Dieu de Beaune par le chancelier Rolin (1442).
A Milan, il tenta d’évincer radicalement le rite ambrosien pour imposer le rite romain, mais cette prétention, fort heureusement, échoua.

Tombe d'Eugène IV san salvaore in Lauro

Isaïe de Pise (1410-1464) : tombeau d’Eugène IV (1450-1455, détail),
Rome, basilique San-Salvatore-in-Lauro ;
autrefois érigé dans l’ancienne basilique vaticane, il a été déménagé
dans le réfectoire du couvent de cette basilique de San-Salvatore-in-Lauro
lors des travaux de démolition et de reconstruction de Saint-Pierre.

   Eugène IV s’éteignit le 23 février 1447, âgé de seulement 64 ans, après un pontificat de quinze ans, onze mois et vingt jours. Dans les dernières années, il avait pu se réinstaller à Rome.

* * * * * * *

   Cinq ans après le trépas d’Eugène IV, Constantinople succombait à l’assaut des païens mahométans et l’Empire romain d’Orient s’effondrait : le Moyen-Age prenait fin.
En Italie, c’était le Quattrocento, la première Renaissance, qui amorçait non seulement une efflorescence prodigieuse des arts et des techniques, mais aussi l’entrée dans ce que l’on appelle la modernité, où l’Eglise romaine et les papes allaient être affrontés à d’autres forces de dissolution.

   A Rome même, dès le pontificat de Nicolas V – successeur d’Eugène IV – on commença à envisager de démolir l’ancienne basilique constantinienne du Vatican, élevée au-dessus du tombeau de Saint Pierre, pour reconstruire un édifice totalement nouveau.

A suivre…

Horace Vernet - Jules II ordonne la reconstruction de la basilique Saint-Pierre

Horace Vernet (1789-1863) :
Jules II ordonne les travaux de reconstruction de la Basilique Saint-Pierre
à Bramante, Michel Ange et Raphaël (1827)
[Musée du Louvre].

2026-86. Un autre prêtre de l’Ordre de Saint Augustin martyr, également fêté le 12 mai : le Bienheureux William Tirry.

12 mai,
Chez les Ermites de Saint Augustin, fête de Saint Jean Stone  (cf. ici) et du Bienheureux William [Guillaume] Tirry ;
Mémoire des Saints Nérée, Achille, Pancrace et de Sainte Domitille, martyrs.

Bx William Tirry - blogue

       Guillaume – ou William – Tirry (en irlandais : Liam Tuiridh) est né à Cork, importante ville proche de la côte sud de l’Irlande en 1608, dans une famille honorable et aisée : il reçut le prénom de William en l’honneur de son oncle, William Tirry l’Ancien, qui était évêque catholique de Cork et Cloyne.

   Intellectuellement doué, il acquit une solide instruction générale, connaissant le latin et le grec, mais aussi, en sus de l’anglais, le gaélique littéraire et l’irlandais vernaculaire parlé dans le sud de l’île.
On ne sait pas précisément à quel moment il entra chez les Augustins, mais à dix-huit ans, ayant prononcé ses vœux, il fut envoyé poursuivre ses études  
au Collège irlandais de Valladolid, puis au Collège des Grands Augustins à Paris. Ordonné prêtre vers 1634, il fut ensuite envoyé pendant cinq années au couvent de Bruxelles.

   Aux alentours de 1640 (certains avancent la date de 1638 et d’autres celles de 1641), il revient à Cork : officiellement il y est rattaché à l’abbaye Saint-Augustin, dite l’abbaye rouge en raison du grès rougeâtre utilisé pour sa construction : édifié à la fin du XIIIème ou au tout début du XIVème siècle, ce couvent augustinien était officiellement dissous depuis 1541 mais des frères y vivaient néanmoins et occupèrent plus ou moins clandestinement les lieux pendant tout le XVIIème siècle.
Le Père William assista pendant plusieurs mois son oncle, l’évêque de Cork, puis fut chapelain ou précepteur au service de nobles familles catholiques.

   Après l’exécution du roi Charles Ier Stuart (+ 30 janvier 1649), commença la conquête cromwellienne de l’Irlande et le clergé catholique fut traqué : une loi, promulguée le 6 janvier 1653, déclarait tout prêtre catholique romain en Irlande coupable de trahison.
Le Père William Tirry exerça un ministère clandestin pendant trois années, hébergé dans la gentilhommière d’une vieille cousine : il était disponible pour toutes les personnes qui cherchaient à bénéficier de son ministère et des sacrements, et passait le reste de son temps dans la prière et la pénitence.

   Trahi par des hommes désireux de recevoir la récompense promise à ceux qui livreraient des prêtres, il fut arrêté le 25 mars 1654, revêtu des ornements sacerdotaux, alors qu’il s’apprêtait à célébrer la Sainte Messe : il fut emmené à la prison de la ville de Clonmel, où ses exemples fortifièrent et encouragèrent d’autres prêtres incarcérés.

   Au cours de son procès, il n’hésita pas à affirmer nettement sa loyauté envers le gouvernement du Commonwealth d’Angleterre en matière civile, mais, en matière religieuse, il proclama n’être tenu à obéir qu’à sa conscience, à ses supérieurs augustins et au pape.
Reconnu coupable de trahison, il fut donc sans surprise condamné à mort par pendaison.

   L’exécution, publique, eut lieu le 12 mai 1654 : il était dans sa quarante-cinquième année. Un autre frère augustin, témoin de son exécution a ranconté :

   « William, vêtu de son habit augustinien, fut conduit à l’échafaud en récitant le chapelet. Il bénit la foule rassemblée, pardonna à ses traîtres et affirma sa foi. Ce fut un moment émouvant pour les catholiques comme pour les protestants ».

   Malgré les efforts d’un pasteur puritain pour le faire taire, le Père William Tirry, après avoir déclaré à la foule qu’on lui avait promis la vie sauve s’il abjurait le catholicisme, témoigna avec force :

   « Il n’y a qu’une seule véritable Eglise, dont le chef est le pape : il faut obéir au pape et à l’Eglise ».

   Après son exécution, de nombreuses personnes se précipitèrent pour recueillir, sur des linges, le sang qui coulait de son nez pour en faire des reliques.
Il fut inhumé à quelque trois lieues de là, à Fethard, dans les ruines d’un couvent augustinien, mais sa tombe ne fut pas marquée et son emplacement est désormais perdu.
Toutefois, on note que les Augustins ont repris possession des lieux au XIXème siècle et que le couvent, en partie restauré, y est actuellement un lieu de ferveur et de rayonnement missionnaire.

   Le Père William Tirry a été béatifié, en même temps que seize autres martyrs irlandais, le 27 septembre 1992, et sa fête a été fixée au jour anniversaire de sa mort, le 12 mai.

Couvent augustinien de Fethard de nos jours

Depuis 1823, les Augustins ont repris possession du site de Fethard
et les bâtiments en ruines ont été partiellement relevés,
mais on ignore où le Bienheureux William Tirry a été inhumé.

2026-84. Saint Mamert de Vienne, qui institua les Rogations.

11 mai,
Fête de  Saint Mamert , archevêque de Vienne en Dauphiné, confesseur ;
Anniversaire de la translation des reliques de Saint Antoine le Grand (cf.  ici) ;
Anniversaire de la victoire de Fontenoy (cf.  ici).

       Au martyrologe romain, le 11 mai :

   « A Vienne, en Gaule, Saint Mamert, évêque : pour détourner des calamités imminentes, il institua en cette ville des Litanies solennelles, les trois jours précédant l’Ascension du Seigneur ; l’Eglise universelle a, dans la suite, approuvé et adopté cette pratique ».

Saint Mamert de Vienne - blogue

A fúlgure et tempestáte, líbera nos, Dómine.
A flagéllo terræmótus, líbera nos, Dómine.
A peste, fame et bello, líbera nos, Dómine.

       « L’antiquité nous a laissé peu de détails sur la vie de Saint Mamert. Mais il s’est rendu fort célèbre par l’établissement des Rogations. Ce n’est pas qu’il soit le premier auteur de ces processions saintes, que l’on fait pour attirer les bénédictions de Dieu sur les fruits de la terre ; mais, de son temps, elles étaient presque tombées en désuétude, ou bien se faisaient sans dévotion. Saint Mamert les rétablit, et, y ajoutant le jeûne à la prière, il ordonna qu’on les ferait les trois jours qui précèdent l’Ascension.
Cette pieuse réforme fut d’abord reçue de toutes les Eglises de France, suivant le décret du premier concile d’Orléans, tenu sous Clovis le Grand, et le fut ensuite de l’Eglise de Rome, par l’autorité de Léon II.

   Voici à quelle occasion Saint Mamert eut cette pieuse pensée : il occupait dignement le siège archiépiscopal de Vienne, dans lequel il avait succédé à Saint Simplicius, dans le milieu du Vème siècle. Outre les calamités publiques de toutes les Gaules, qui étaient alors exposées aux irruptions des nations barbares, spécialement des Huns et des Goths, la ville et le pays de Vienne se virent affligés par des malheurs particuliers qui les menaçaient d’une désolation universelle : cette ville était souvent ébranlée par de si effroyables tremblements de terre, que ses habitants étaient contraints de l’abandonner, de peur d’être accablés sous ses ruines ; d’ailleurs, certains feux s’embrasaient sous terre, et faisant fumer les montagnes et les forêts, en chassaient les cerfs, les ours, les sangliers et les autres bêtes sauvages, qui se sauvaient tout épouvantés dans les bourgs et dans les villes, où leur présence répandait la terreur.
Le vigilant pasteur consola, encouragea son peuple par d’éloquents discours : il fit voir dans ces malheurs autant de coups de verges d’un père courroucé, dont il fallait implorer la clémence par la soumission et par des prières ferventes et continuelles.

   Il arriva de plus que, la nuit de Pâques, le feu prit à un édifice public de Vienne, et y continua avec tant de violence, que chacun s’attendait à un embrasement général.
Mamert, qui avait déjà opéré des prodiges semblables, se prosterna devant l’autel, et ses larmes, ses prières, arrêtèrent l’incendie. Saint Avit dit expressément que les flammes s’éteignirent d’une manière miraculeuse.

   Ce fut dans cette nuit épouvantable que Mamert conçut, devant Dieu, le projet des Rogations, en régla les psaumes et les prières ; il y ajouta le jeûne, la confession des péchés, les larmes, la componction du cœur.
Quant au but de ces processions salutaires, le voici, d’après une homélie que l’on croit être de Saint Mamert, et qui se trouve parmi les sermons attribués à Saint Eusèbe d’Emèse :

   « Nous y prierons », dit-il, « le Seigneur de nous délivrer de nos infirmités, de détourner Ses fléaux de dessus nous, de nous préserver de tout malheur, de nous garantir de la peste, de la grêle, de la sécheresse et de la fureur de nos ennemis ; de nous donner un temps favorable pour la santé des corps et pour la fertilité de la terre, de nous faire jouir de la paix et du calme, et de nous pardonner nos péchés ».

   Tel est à peu près tout ce que l’on sait de Saint Mamert.
Saint Avit le nomme son parrain : spiritualem a baptismo patrem. Il bâtit à Vienne une nouvelle église en l’honneur de Saint Férréol, martyr, dint il avait transféré le corps après l’avoir découvert.
On voit un évêque Mamert au concile d’Arles de 475. C’est probablement notre saint.

   Il mourut, dit-on, en 477.
Son corps, inhumé à Vienne, fut ensuite, par l’ordre du pape Jean III et du roi Gontran, transporté à Orléans et déposé en la cathédrale de cette ville, où il était en grande vénération. Les protestants le brûlèrent dans le XVIème siècle ».

Notice de Saint Mamert in « Les Petits Bollandistes »,
par Monseigneur Paul Guérin
Tome cinquième, pp.454-455.

Procession

2026-83. Des Rogations.

Rogations et bénédiction des cultures

       Le mot latin « rogatio, -onis », formé sur le verbe « rogare » - qui signifie prier, supplier -, désigne donc, au sens premier, un rite de supplication ; en grec, cela se dit « litanéia », qui a donné notre mot français « litanies » : par une sorte de métonymie, voire même de synecdoque, les prières répétitives chantées pendant cette liturgie de supplication ont pris le nom qui désignait originellement l’ensemble de la cérémonie.

   Les processions de supplication existaient bien avant le christianisme ; on peut dire qu’elles appartiennent à toutes les religions (cf. ce que nous avons publié au sujet des processions > ici).
Les anciens Romains païens faisaient chaque année des processions de « rogations » à dates fixes dans le but de solliciter des « dieux » d’heureuses récoltes, et, selon les nécessités, ils organisaient également d’autres cortèges de supplication afin d’éloigner les calamités. La plus connue de ces processions païennes de l’ancienne Rome était célébrée le 25 avril et portait le nom de Robigalia : elle se rendait au Pont Milvius, où étaient sacrifiées au « dieu » Robigus les entrailles d’un chien ou bien celles d’un mouton.

nika

   La liturgie catholique romaine traditionnelle a quatre processions de Rogations prévues au missel : une, le 25 avril, qui est d’origine romaine, et qui a supplanté la procession païenne de l’Antiquité ; et les trois autres, fixées aux trois jours qui précèdent l’Ascension, dont l’origine se trouve à Vienne, en Dauphiné, au Vème siècle, instituées par Saint Mamert (cf. > ici).

   La procession du 25 avril a été adoptée plus tardivement dans les Eglises des Gaules, tandis que, inversement, les Rogations des trois jours précédant l’Ascension ont mis elles aussi du temps avant d’être adoptées à Rome.
Ces raisons historiques font que le missel romain antique qualifie la procession du 25 avril de « litanies majeures », et appelle « litanies mineures » les Rogations d’importation gallicane, alors qu’en France, au contraire, la procession du 25 avril est appelée « litanies mineures » et celles qui précèdent l’Ascension sont les « litanies majeures ».

   Les processions des Rogations sont un rite de pénitence institué pour appeler les bénédictions divines sur les fruits de la terre, et pour détourner les châtiments que méritent nos fautes. Voilà pourquoi, traditionnellement, ces jours sont accompagnés par le jeûne et l’abstinence.

   Jeûne et abstinence étaient prescrits par les anciens canons ecclésiastiques depuis l’Antiquité chrétienne jusqu’à l’entrée en vigueur du code de droit canonique de 1917. Ce dernier ne mentionnant plus leur obligation (alors qu’il n’abolit pas explicitement l’usage antique multiséculaire), la faiblesse humaine et les répugnances modernes aux pratiques de pénitence ont fait le reste : le jeûne et l’abstinence des Rogations ont fini par être totalement oubliés au cours du XXème siècle, voire à passer pour des originalités incongrues !!!
Je n’étonnerai personne, je crois, en ajoutant qu’au Mesnil-Marie, nous conservons l’usage antique du jeûne et de l’abstinence le 25 avril et aux trois jours avant l’Ascension, quel que soit le degré des fêtes occurrentes.

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   La fonction liturgique des Rogations se compose d’une procession, au chant des litanies des saints (dont les invocations sont doublées), de stations facultatives et de la célébration d’une Messe spéciale des Rogations (même si c’est un dimanche, mais pas toutefois si c’est un jour de fête double de première classe).
Les clercs qui sont empêchés d’assister aux processions des Rogations sont néanmoins tenus, ces jours-là, de réciter les litanies et leurs oraisons.

   A la procession et à la Messe, la couleur est le violet (s’il y a des ministres, ils revêtent pour la procession et pour la Messe les chasubles pliées), et, lorsqu’il y a l’office choral, la procession se fait après l’office de none (conformément à la discipline des jours de pénitence).
Dans les diocèses de France, il est d’usage, à l’une des croix stationnales, d’interrompre le chant des litanies pour intercaler des prières spéciales de bénédiction des champs et des fruits de la terre, et de protection contre les fléaux qui pourrait les compromettre (nous avons publié la traduction des ces prières > ici).

   La Messe des Rogations présente quelques particularités, voire ce que l’on pourrait appeler des « curiosités » : on n’y chante pas le « Gloria in excelsis Deo », mais il y a un « Alleluia » ; on n’y allume pas le cierge pascal, mais on utilise la préface de Pâques ; le « Benedicamus Domino » remplace l’ « Ite missa est » (et si, par exemple, le 25 avril arrivait pendant l’octave de Pâques, ce « Benedicamus Domino » ne serait pas suivi d’ « Alléluia »), mais le chœur ne s’agenouille pas pendant la Messe, alors qu’il doit s’agenouiller au début du chant des litanies, avant le départ en procession, ainsi qu’à la fin de la procession pour le Pater, le psaume alterné et les oraisons. Enfin le jeu de l’orgue est autorisé pendant la Messe.

On trouvera un mini « reportage » sur la procession des Rogations accomplie au Mesnil-Marie > ici

Rogations lundi 7 mai 2018 - 2

2026-82. Le 10 mai, nous fêtons Saint Jean d’Avila, remarquable prédicateur, confesseur et docteur de l’Eglise.

10 mai,
Fête de Saint Jean d’Avila, confesseur, docteur de l’Eglise ;
A Bolsena, l’anniversaire de la résurrection de Saint Georges du Velay (cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort de S.M. le Roi Louis XV (+ 10 mai 1774) ;
Anniversaire de l’assassinat de la Vénérable Elisabeth de France (+ 10 mai 1794).

Saint Jean d'Avila - blogue

       Lorsqu’il l’a proclamé Docteur de l’Eglise (le 7 octobre 2012), le pape Benoît XVI a résumé la remarquable figure de celui que nous fêtons le 10 mai en ces termes :

   « Saint Jean d’Avila a vécu au XVIème siècle. Grand connaisseur des Saintes Ecritures, il était doté d’un ardent esprit missionnaire. Il a su pénétrer avec une profondeur singulière les mystères de la Rédemption opérée par le Christ pour l’humanité. Homme de Dieu, il combinait la prière constante avec l’action apostolique.
Il se consacra à la prédication et à l’accroissement de la pratique des sacrements, concentrant ses efforts sur l’amélioration de la formation des candidats au sacerdoce, des religieux et des laïcs, en vue d’une réforme fructueuse de l’Eglise ».

   Saint Jean d’Avila, mystique et écrivain, fut l’ami et, parfois, le conseiller très apprécié des grands saints du siècle d’or espagnol, ses contemporains : Sainte Thérèse de Jésus, Saint Jean de Dieu, Saint Ignace de Loyola. Sa vie nous est connue par la biographie qu’a rédigée son disciple, le Vénérable Louis de Grenade.

   Jean naquit le 6 janvier 1499 à Almodóvar del Campo, à une centaine de kilomètres au sud de Tolède. Sa famille, aisée, était d’origine juive.
Il fut envoyé à l’Université de Salamanque pour y étudier le droit, mais ne se sentait pas fait pour ce genre d’études ; aussi, rentrant dans sa ville natale, commença-t-il par passer trois années dans la prière et la pénitence. Un père franciscain lui conseilla alors d’étudier la philosophie et la théologie, ce qu’il fit à Alcalá entre 1520 et 1526.
Ses parents étant morts, et ayant été ordonné prêtre en 1525, Jean distribua la plus grande partie de son héritage aux pauvres.
Très rapidement, il fut connu pour l’excellence de sa prédication : il exprima le désir d’être envoyé au Mexique comme missionnaire, mais l’archevêque de Séville le retint et l’affecta à la prédication en Andalousie.

Prédication de Saint Jean d'Avila - blogue

   Pendant neuf années, Jean missionna donc dans cette province, où il toucha les cœurs et convertit d’innombrables personnes de tous âges et de toutes conditions, les amenant à de notables progrès dans la vie spirituelle et la ferveur dans la pratique des sacrements : lors de la reconquête de la péninsule ibérique par les Rois catholiques, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, il y avait certes eu de nombreuses conversions du judaïsme et de l’islam, mais un grand nombre d’entre elles n’avaient été que d’apparence ou superficielles ; la prédication du saint œuvra à une pleine et entière conversion des cœurs.
Sa réputation de prédicateur fut telle qu’il fut choisi pour prononcer l’oraison funèbre de la reine Isabelle de Portugal, épouse de Charles Quint, lors de ses funérailles, le 17 mai 1538. Ce sermon acheva de gagner totalement au Christ le duc de Gandie et vice-roi de Catalogne, François de Borgia, qui peu après abandonna les honneurs du monde pour entrer dans la Compagnie de Jésus.

   Evidemment, sa fécondité apostolique suscita des jalousies, des inimitiés, des persécutions : c’est ainsi qu’il fut dénoncé pour hérésie auprès de la sainte Inquisition : ce qui lui était reproché par ses détracteurs, c’était la rigueur, jugée extrême, de ses enseignements moraux, suspectés de luthéranisme. Il connut même pendant quelques mois l’incarcération !
Mais il fut pleinement lavé de ces accusations injustes, et la sentence fut accueillie par le peuple avec des accents de triomphe.
Jean put donc reprendre ses prédications à Cordoue, à Grenade, à Séville… etc.

   Il fut aussi un épistolier, car on lui écrivait pour lui demander conseil et requérir ses avis : sa correspondance spirituelle nous est parvenue dans son intégralité. On possède aussi des extraits de ses sermons, retranscrits par ses auditeurs.

   A partir de 1554, il connut l’épreuve de la maladie, et malgré l’épuisement de son corps il continua son apostolat jusqu’à sa mort, survenue près de Montilla, dans la province de Cordoue, le 10 mai 1569, à l’âge de 70 ans et 5 mois.

Saint Jean d'Avila écrivant sous le regard du Crucifix

   Saint Jean d’Avila est un modèle dans la mise en œuvre de la Réforme catholique en Espagne.
Prêtre séculier, n’appartenant donc à aucun ordre religieux, il fut, nous l’avons dit, en lien avec les grands acteurs du renouveau de la vie religieuse, et joua en particulier un rôle non négligeable dans le développement et la diffusion de la Compagnie de Jésus. Il aspira parfois lui-même à entrer dans la Compagnie, mais en fut dissuadé par le provincial des Jésuites d’Andalousie.
Après sa mort, toutefois, il fut enseveli dans l’église des Jésuites à Montilla.

   Après une longue période d’oubli, sa béatification par Léon XIII, le 4 avril 1894, fit sortir de l’ombre ses exemples et ses enseignements spirituels. Le 2 juillet 1946, le Vénérable Pie XII l’établit saint patron de l’Andalousie ainsi que modèle et patron de tous les prêtres séculiers espagnols. Il fut ensuite canonisé par Paul VI le 31 mai 1970 et, dès l’été qui suivit, les évêques d’Espagne engagèrent les démarches pour le faire proclamer Docteur de l’Eglise, proclamation qui fut donc accomplie par Benoît XVI le 7 octobre 2012.

   Ses reliques sont présentées à la dévotion des fidèles dans l’église où il avait été inhumé en 1569, érigée en basilique Saint-Jean-d’Avila.

Note :
On trouvera un extrait d’un sermon de Saint Jean d’Avila sur l’action du Saint-Esprit dans l’âme > ici 

reliquaire de Saint Jean d'Avila à Montilla

Basilique Saint-Jean-d’Avila, à Montilla :
châsse de Saint Jean d’Avila, trente-quatrième docteur de l’Eglise. 

2026-81. Combien y a-t-il eu de papes issus des Ordres religieux ? Première partie : des origines à la fin du séjour avignonais.

8 mai,
En certains lieux, fête de Marie Médiatrice de toutes grâces (double de 2ème classe - cf ici et > ici) ;
Mémoire de l’apparition de Saint Michel archange au Mont Gargan ;
Anniversaire de la délivrance d’Orléans par Sainte Jeanne d’Arc (cf. ici).

pouvoir des clefs - blogue

       Parmi les successeurs de Saint Pierre, combien y en a-t-il qui sont issus des Ordres monastiques ou religieux ?

   La plupart des historiens modernes affirment que le premier pape issu du clergé régulier fut, au XIIème siècle, Bernard Paganelli di Montemagno, abbé du monastère cistercien des « Trois Fontaines » à Rome, qui prit le nom d’Eugène III (1145-1153), mais ils ne tiennent pas compte de la tradition augustinienne, pourtant bien établie [nous l’avons montré dans notre publication > ici ] qui nous rapporte qu’avant de succéder à Félix III (+ 492), Saint Gélase Ier (pape du 1er mars 492 au 21 novembre 496) avait été « élevé à l’école et au monastère de notre Père Saint Augustin », en Afrique – selon la leçon du martyrologe propre des Ermites de Saint Augustin – avant de fonder un monastère en Campanie puis d’être appelé à Rome par Félix III son prédécesseur immédiat.
Ainsi donc, le premier souverain pontife issu de la vie monastique ne serait pas le Bienheureux Eugène III, au XIIème siècle, mais un fils spirituel de Saint Augustin au Vème siècle.

   Au XIIème siècle encore, deuxième pape choisi dans la famille augustinienne et troisième pape qui avait été religieux avant d’être élu au souverain pontificat, nous trouvons Albert di Morra, originaire de Bénévent mais vivant sa vie religieuse au Royaume de France puisqu’il était chanoine régulier de l’abbaye Saint-Martin de Laon : il prit le nom de Grégoire VIII. Son pontificat fut court : du 21 octobre au 17 décembre 1187, date de sa mort.

Grégoire VIII

   Dans le dernier quart du XIIIème siècle, nous trouvons le premier pape issu des ordres mendiants (qui avaient vu le jour au cours de ce siècle), le premier pape dominicain : le Bienheureux Innocent V. Né Pierre de Tarentaise, entré à l’âge de 16 ans dans l’Ordre des Prêcheurs, élève de Saint Thomas d’Aquin à la Sorbonne, où il enseigna ensuite, il fut choisi par Grégoire X pour être archevêque de Lyon et Primat des Gaules, et il lui succéda en 1276  pour un court pontificat de 5 mois (21 janvier – 22 juin 1276).
Puis, douze ans plus tard, fut élu le premier pape franciscain : Nicolas IV. Né dans les Marches en 1227, entré très jeune chez les Franciscains, élu Ministre général de l’Ordre à la mort de Saint Bonaventure, Jérôme d’Ascoli, fut élevé au souverain pontificat le 22 février 1288 au terme d’un conclave qui a duré 10 mois et 19 jours (c’est le quatrième conclave le plus long de l’histoire) ; son pontificat a duré quatre ans et un mois et demi (+ 4 avril 1292).

   Son successeur – on n’ose pas dire « immédiat » puisque le conclave qui suivit la mort de Nicolas IV dura deux ans et trois mois ! – fut le fameux Saint Pierre Célestin V. Les cardinaux, qui n’étaient pourtant qu’une douzaine, étaient profondément divisés entre partisans des deux grandes familles romaines rivales : Orsini et Colonna.
Pierre (Pietro) Angeleri, plus connu par la suite sous le nom de Pierre de Morrone, était né vers 1215 et était entré à l’âge de 15 ans chez les Bénédictins, mais, très rapidement, il avait obtenu l’autorisation de mener la vie érémitique, dans une grotte, pour suivre la Règle de Saint Benoît tel que ce dernier l’avait vécue à ses débuts : étant rejoint par des disciples, il fonda une nouvelle branche – érémitique – de la famille bénédictine, qui sera appelée plus tard l’Ordre des Célestins.
Pour sortir de l’enlisement dans lequel s’épuisait le conclave, les cardinaux élirent à l’unanimité Pierre de Morrone le 5 juillet 1294, étant tombés d’accord sur la nécessité d’aller chercher un homme de Dieu hors du Sacré-Collège. Mais, dépassé (ou écrasé) par la charge, par les intrigues de la Curie et les arcanes du gouvernement de l’Eglise universelle, dès le 13 décembre de cette même année, l’octogénaire qui avait pris le nom de Célestin V abdiqua le souverain pontificat et voulut retourner à son ermitage : son pontificat a donc duré cinq mois et huit jours. Le sinistre Boniface VIII qui lui succéda le fit enfermer afin de couper court à toute contestation de la validité de sa renonciation.

St Pierre Célestin V - blogue

L’Aquila, basilique Sainte-Marie de Collemaggio :
corps de Saint Pierre Célestin V dans sa châsse (détail).

   Après le pontificat orageux de Boniface VIII et les tensions permanentes qu’il alimenta entre les pouvoirs civil et ecclésiastique, les cardinaux trouvèrent une solution de conciliation dans l’élection d’un nouveau religieux, évêque d’Ostie, le cardinal Nicolas Boccasini de Trévise, qui avait été Ministre général des Dominicains ; cet homme doux et bon, préoccupé de mettre fin aux conflits, régna sous le nom de Benoît XI du 22 octobre 1303 au 7 juillet 1304. En effet, il mourut à Pérouse après seulement huit mois et quinze jours de pontificat.
Ce deuxième pape issu de l’Ordre des Prêcheurs eut l’intelligence de frapper de nullité les bulles intempestives et abusives de son prédecesseur.
Il a été béatifié en 1734.

   Trente ans après la mort du Bienheureux Benoît XI, l’Ordre cistercien donna un second pape à la Sainte Eglise, en la personne de Jacques Fournier (vers 1285 – 1342), qui prit le nom de Benoît XII. D’humble extraction, il était entré jeune à l’abbaye de Fontfroide où ses qualités l’avaient fait choisir pour abbé. Connu pour son érudition et sa rigueur, il fut tiré de son abbaye pour être nommé à l’évêché de Pamiers, puis à celui de Mirepoix. Il s’illustra comme inquisiteur dans la poursuite des hérétiques albigeois, et Jean XXII l’éleva au cardinalat : il garda toutefois son habit blanc de cistercien, ce qui lui valu d’être surnommé « le cardinal blanc ».
Elu pour succéder à Jean XXII le 20 décembre 1334, son pontificat de sept ans, quatre mois et cinq jours, fut marqué par une forme de rigueur, par la volonté de réformer les ordres religieux dans le sens de l’austérité et de la discipline, par le refus du népotisme, par les travaux d’agrandissement du palais pontifical d’Avignon devenus nécessaires quand il constata que la situation anarchique de Rome y rendait son retour impossible, et par le début de la Guerre de Cent Ans (10 novembre 1337).
Benoît XII mourut rongé par la gangrène le 25 avril 1342.

Tombeau de Benoît XII - Notre-Dame des Doms

Avignon, basilique-cathédrale et métropole Notre-Dame des Doms :
tombeau du pape Benoît XII.

   A l’ascétique cistercien Benoît XII succéda un bénédictin : Pierre Roger de Beaufort, né en 1291 dans une famille noble limousine, entré à peine âgé de 12 ans à l’abbaye de La Chaise-Dieu (cf. > ici), qui, après avoir étudié à Paris depuis l’âge de 16 ans et soutenu un doctorat de théologie, fut successivement prieur de plusieurs monastère, abbé de l’abbaye de la Trinité à Fécamp, évêque d’Arras, archevêque de Sens, membre du Conseil royal sous Philippe VI (et peut-être chancelier de France), archevêque de Rouen (1330), et enfin cardinal du titre des Saints Nérée et Achille (1338).
Le 7 mai 1342, au terme d’une seule journée de conclave
 et à l’unanimité, le Sacré-Collège le désigna pour successeur de Saint Pierre, et il prit le nom de Clément VI : Clément VI que l’on surnommera le Magnifique.
Aux constructions de Benoît XII il fit de somptueux ajouts, que l’on appelle le Palais neuf, donnant au Palais des papes, en Avignon, l’aspect qu’il a encore de nos jours. Théologien chevroné, orateur et prédicateur d’excellence, fin diplomate, il œuvra pour le rattachement du Dauphiné à la France.
Il expira dans de grandes souffrances, occasionnées par la gravelle et des fièvres purulentes qui en découlaient, le 6 décembre 1352, au bout de dix ans, six mois et vingt-neuf jours passés à la tête de l’Eglise.
Selon sa volonté explicite, il fut inhumé dans le chœur de l’abbatiale de La Chaise-Dieu.

   Après un autre pontificat de presque dix années – celui d’Innocent VI -, un autre moine bénédictin, Guillaume de Grimoard, fut élevé au souverain pontificat : nous avons déjà présenté dans les pages de ce blogue (cf. > ici) la vie de Guillaume de Grimoard, le Bienheureux Urbain V, qui lorsqu’il fut élu à l’unanimité par le Sacré-Collège pour succéder à Innocent VI, le 28 septembre 1362 (après quinze jours d’un conclave difficile – voir > ici), n’était ni cardinal ni même évêque, mais abbé de la prestigieuse abbaye de Saint-Victor, à Marseille, en laquelle il avait fait sa profession monastique.
Urbain V, pendant les huit ans, deux mois et vingt-et-un jours de son pontificat, ne se départit jamais de ses idéaux monastiques : il encouragea les sciences et la culture, en particulier bien sûr les sciences sacrées, supports indispensables de la transmission de l’orthodoxie doctrinale et de la solide piété. On a dit de lui qu’il resta un moine sur le trône de Saint Pierre.
Profitant de circonstances politiques qui semblaient favorables, il tenta de ramener à Rome la cour pontificale, à l’automne 1367. Néanmoins, en 1370, après de très nombreuses inquiétudes et souffrances, liées aux circonstances politiques et révoltes incessantes qui ravageaient la péninsule, et  malgré les objurgations et menaces de Sainte Brigitte, il fut contraint de fuir un contexte qui menaçait encore une fois l’indépendance du pouvoir spirituel, et de revenir en Avignon, où très affaibli physiquement et torturé spirituellement par les épreuves qu’il avait dû subir, il s’éteignit le 19 décembre 1370, alors qu’il n’avait que soixante ans.
D’abord inhumé dans la métropole Notre-Dame des Doms, son corps fut ensuite transporté dans sa chère abbaye de Saint-Victor, à Marseille, mais son tombeau de style gothique flamboyant a été la victime des pillages et vandalismes successifs, et son cercueil n’a pas été retrouvé.

A suivre > ici.

Urbain V - Mende

Parvis de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Privat, de Mende :
détail de la statue de bronze du Bienheureux Urbain V.

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