2025-171. Dans la situation catastrophique du monde présent, la solution ne passera que par l’agenouillement de l’intelligence dévoyée devant son Créateur.
25 octobre,
Journée particulière de prières et d’offrandes pro Rege et Francia, pour les membres de la Confrérie Royale.
Voici le texte de la lettre mensuelle à l’intention des membres et sympathisants de la Confrérie Royale envoyée à l’occasion du 25 octobre 2025, dans le contexte si particulier de la déliquescence des pseudo institutions de la cinquième république et de la crise politique et sociale qui en résulte, pour la France, tandis que partout ailleurs aussi dans le monde, la décadence s’accélère…
Rudolf, chevalier von Alt (1812-1905) : ruines d’une église (1849)
Le royaume divisé
En temps de crise, lorsque le monde tangue et glisse vers l’abîme qui l’a toujours attiré, il est bon de se souvenir qu’un chrétien croit, à juste titre, que la terre, comme le ciel, est soumise à la volonté divine.
Or, bien souvent, y compris ceux qui se disent les plus fidèles à la foi considèrent qu’il existe des exceptions à cette règle, non point quelques-unes, mais un nombre considérable et infini. Tel est l’héritage des Encyclopédistes qui a touché tous les esprits, même ceux qui s’en défendent, et, avant eux, de la Renaissance, époque qui a tout dissocié.
Lorsque l’unité est cassée et que l’intelligence préfère le multiple, le signal d’alarme est tiré et l’odeur de soufre s’engouffre par la brèche. Un poème de Paul Verlaine met le doigt sur l’éclatement mortel :
« “Le seul savant c’est encore Moïse !” / Ainsi disais-je et pensais-je autrefois, / Et quand j’y pense encore et, sans surprise / Me le redis avec la même voix, / Ma conviction, que tous les problèmes / Étalés en vain à mon œil naïf / N’ont point mise à mal, séducteurs suprêmes, / T’affirme à nouveau, dogme primitif. / La doctrine profane et l’art profane / Ont quelque bon, mais s’ils agissent seuls, / C’est comme des spectres sous des linceuls. / La Genèse est claire, elle est diaphane, / Et par elle je crois avec ardeur / En Dieu, mon fauteur et mon créateur. » (Poèmes divers, Acte de foi)
A partir de Moïse, et ensuite grâce à l’Incarnation et à la plénitude de la Révélation, le dogme est un et toute connaissance s’attache à lui. La plénitude fut sans doute atteinte au moyen âge, avec des synthèses comme celle de saint Thomas d’Aquin. Ensuite tout s’effiloche, non pas brutalement mais presque silencieusement, chaque égratignure passant presque inaperçue sur le moment.
La vieille synthèse héritée de Dieu fut alors divisée, comme ces propriétés dont les héritiers s’opposent et se déchirent, comme ces appartements nobles et bourgeois morcelés par les bolcheviks y installant plusieurs familles séparées par des cloisons.
Ainsi les sciences se séparèrent-elles peu à peu du tronc commun.
Avec le Christ, la science s’était attachée à la Croix qui est dressée entre le ciel et la terre, et elle remplissait sa mission en décrivant les relations entre la matière et l’esprit. Saint Ignace d’Antioche parlait de la science comme élevant
« jusqu’au faîte, par la machine de Jésus-Christ qui est sa Croix, avec le Saint-Esprit pour câble, les pierres du temple destinées à l’édifice que construit Dieu le Père. » (Lettre aux Ephésiens)
La science devenue folle, folle d’elle-même et de sa puissance qui semble illimitée, n’édifie plus, au sens de construire et au sens d’attirer les intelligences vers le haut.
Un homme comme Ernest Hello, bien méconnu aujourd’hui mais qui influença tant les écrivains de Dieu au XIXe et XXe siècles, alerta sur cette chaîne brisée, en vain. Le saint Curé d’Ars avait regardé Hello comme ayant reçu de Dieu le génie par ce souci de reconstituer l’unité perdue. Stanislas Fumet dit de lui, magnifiquement :
« Il (Hello) voit. Il voit que tout s’enchaîne, que tout fait à tout “l’aumône du rayonnement”. Il constate que, dans les sphères hautes et basses, tout n’est qu’un entretien varié de Celui dont on parlait à Jérusalem depuis que ces ténèbres inexplicables étaient descendues sur la terre dans la journée du Vendredi. Il regarde et il admire. Il entend le bruit des grandes eaux qui se répondent. Il se mêle en tremblant au concert des cataractes. » (Ernest Hello ou Le Drame de la Lumière)
Ce renouvellement de la vision de l’homme sur la Création est plus que jamais nécessaire puisque la science, désormais autonome de tout lien avec la surnature, conduit l’humanité, à une vitesse de plus en plus incontrôlable, vers des points de non-retour qui mettent en péril, non seulement sa survie, mais surtout son âme.
Un homme comme Monseigneur Robert Hugh Benson, en 1907, avait vu clair, dans son roman dystopique The Lord of the World, en prophétisant toutes les dérives actuelles, avant même Aldous Huxley et George Orwell. Il souligne ceci à propos de ce nouveau monde qui s’est émancipé de toute dépendance :
« C’était un monde d’où Dieu s’était retiré, mais en le laissant dans un état de profonde satisfaction de soi-même, dans un état dépourvu d’esprit comme de crainte, mais admirablement pourvu de toutes les conditions du bien-être. » (Le Maître du Monde)
Dans une préface à son ouvrage, ce prêtre catholique converti de l’anglicanisme précise que son écrit est
« une parabole, illustrant la crise religieuse qui, suivant toute vraisemblance, se produira dans un siècle, ou même plus tôt encore, si les lignes de nos controverses d’aujourd’hui se trouvent prolongées indéfiniment [...] car celles-ci ne peuvent manquer d’aboutir à la formation de deux camps opposés, le camp du Catholicisme et le camp de l’Humanitarisme, et l’opposition de ces deux camps, à son tour, ne peut manquer de prendre la forme d’une lutte légale, avec menace d’effusion de sang pour le parti vaincu. »
Hello, Benson, C.S Lewis, Chesterton, Bloy, Bernanos, Claudel, et bien d’autres, sont de ces apôtres, critiqués et méprisés pour leur « catholicisme effréné », qui ont crié que l’Evénement de la Rédemption était triomphant et qu’il était la clef de l’unité entre tous les domaines de la réalité désormais séparés par le péché d’orgueil.
Nous nous rendons bien compte, dans la situation catastrophique du monde présent, que la solution ne passera que par l’agenouillement de l’intelligence dévoyée devant son Créateur. A chacun d’apporter sa petite contribution, sa pierre, pour l’édification de cette restauration de tout grâce à la « machine » de Notre-Seigneur.
P. Jean-François Thomas s.j.
7 octobre 2025 – Notre Dame du Très Saint Rosaire






































