Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2018-74. De Simone Weil ; du témoignage que lui a rendu Gustave Thibon ; et de son baptême in articulo mortis.

1943 – 24 août – 2018

75ème anniversaire de la mort
de
Simone Weil

Simone Weil

Simone Adolphine Weil est née à Paris le 3 février 1909.
Son père, Bernard Weil est issue d’une famille israélite d’origine alsacienne installée à Paris depuis plusieurs générations.  Sa mère, Salomea, était née dans l’empire russe. Trois ans avant Simone, était né un garçon, André, qui sera l’un des plus célèbres mathématiciens du XXe siècle (mort à Princeton, aux Etats-Unis, en 1998).
Bernard Weil étant chirurgien militaire, sa famille le suivra dans ses diverses affectations au cours de la première guerre mondiale. Simone n’a reçu aucune éducation religieuse. Elle écrira plus tard : « J’ai été élevée par mes parents et par mon frère dans un agnosticisme complet ».
A l’âge de 16 ans, au mois de juin 1925, elle est reçue au baccalauréat de philosophie. Après trois ans de classes préparatoires au Lycée Henri IV, où elle suit les cours du philosophe Alain, elle entre à 19 ans (1928) à l’Ecole normale supérieure. Reçue à l’agrégation de philosophie à 22 ans (1931) elle commence alors à enseigner dans divers lycées de province, en particulier au Puy-en-Velay où elle va prendre fait et cause pour les ouvriers en grève et soutenir le mouvement syndicaliste marxiste, ce qui causera un scandale.
Au cours de l’été 1932, elle se rend en Allemagne pour étudier la montée en puissance du mouvement national-socialiste qu’elle analyse avec une grande lucidité. Pendant l’année universitaire 1934-1935, elle abandonne l’enseignement pour embrasser la condition ouvrière : travail à la chaîne, conditions de travail avilissantes, rebuffades, faim, épuisement… Elle en gardera des maux de tête qui ne la quitteront plus. Elle reprend l’enseignement, prend une part active aux grèves de 1936, puis – malgré un pacifisme déterminé – s’engage un temps aux côtés des « rouges » au début de la guerre civile en Espagne. Rien de tout cela ne le prédestinait à se rapprocher du christianisme, tout au contraire !

Pourtant, dès l’automne 1935, en voyage au Portugal, elle est bouleversée par les chants « d’une tristesse déchirante » d’une procession de femmes et elle en retire « la certitude que le christianisme est par excellence la religion des esclaves » (sic) et qu’elle ne peut pas faire autrement que d’y adhérer !
En 1937, alors qu’elle s’est rendue à Assise, dans la chapelle de la Portioncule (Notre-Dame des Anges), elle est saisie par « quelque chose de plus grand que moi » qui la contraint à se mettre à genoux pour la première fois de sa vie.
Enfin, pour la Semaine Sainte 1938, elle va suivre tous les offices à l’abbaye de Solesmes, découvrant la Passion du Christ qui entre en elle à travers la beauté des paroles et des chants de la liturgie. Peu de temps après, elle vit une véritable expérience mystique qu’elle décrit sans fioriture par ces mots :  « Le Christ lui-même est descendu et m’a prise ».
Elle prend alors contact avec des prêtres, des religieux, qu’elle interroge. Elle étudie aussi les autres religions, découvre et approfondit Saint Jean de la Croix et Saint Thomas d’Aquin…
Un dominicain de Marseille, le Rd. Père Joseph-Marie Perrin (1905-2002) devient l’un de ses interlocuteurs privilégiés et va jouer un rôle essentiel dans sa maturation spirituelle. C’est lui qui, en juin 1941, envoie un courrier à Gustave Thibon pour lui demander d’accueillir Simone au Mas de Libian, à Saint-Marcel d’Ardèche.

En effet, en juin 1940, la famille Weil a fui la capitale et a trouvé refuge à Marseille : c’est à ce moment que Simone a pris contact avec le Rd. Père Perrin pour l’interroger sur le dogme catholique, qui, d’une certaine manière, la rebute autant qu’il l’attire.
La demande du Père Perrin à Thibon n’enthousiasme pas ce dernier qui a raconté :
« La première rencontre s’est produite au carmel d’Avignon, dont j’étais l’ami à l’époque. Je lui ai donné rendez-vous pour discuter de son séjour chez moi, car le Père Perrin, un excellent ami, m’avait écrit au printemps de 1941 : « J’ai dans mon bureau une jeune fille israélite, agrégée de philosophie et militante d’extrême gauche, qui désirerait faire un  séjour à la campagne et participer aux travaux agricoles ». Elle était alors exclue de l’enseignement par les lois d’exception qui sévissaient à l’époque. Inutile de vous dire que je fus d’abord un peu alarmé à la pensée de garder quelqu’un chez moi pendant des semaines et peut-être des mois, mais, je ne sais pourquoi, pour obliger un ami, parce que les Juifs étaient repoussés ou persécutés à ce moment-là, j’ai cru devoir accepter et nous nous sommes donné rendez-vous à Avignon. Là, nous nous sommes mis d’accord sur les conditions de son séjour et, quelques jours après, elle est arrivée « avec armes et bagages », comme elle disait, à l’autobus du soir » (in « Entretiens avec Christian Chabanis » p.111).
Dans d’autres circonstances, notre cher Gustave racontait, non sans humour, que dès le premier coup d’œil lors de cette première rencontre, il avait été en quelque sorte choqué par le peu de soin que Simone accordait à sa tenue vestimentaire : « Mon Dieu, qu’elle était mal fagotée ! », nous disait-il avec une expression inimitable !!!
Il continue : « C’est ici que je l’ai accueillie. Elle a passé plusieurs semaines, participant aux travaux agricoles qu’elle faisait de son mieux, mais trouvant toujours qu’elle était trop bien traitée. Une très grande amitié s’est nouée entre nous immédiatement. Elle a demandé ensuite à travailler dans une équipe d’agriculteurs où elle serait inconnue, où elle pourrait partager le sort des travailleurs anonymes, car elle avait l’idée très ancrée – et c’était un des leitmotive de son existence – que pour connaître le réel dans son âpreté, dans sa crudité, il faut n’avoir aucun de ces « rembourrages » qui sont fournis par les titres, les diplômes, les amitiés, la fortune, etc., qui amortissent le choc de la dure nécessité, et par conséquent se trouver au plus bas de l’échelle sociale, de façon à recevoir toute la pesanteur de ce monde ; pour cela, être ouvrier anonyme lui paraissait la condition la plus favorable. C’est précisément ce qu’elle a fait. Mais, pendant le séjour de quelques semaines qu’elle a fait chez moi, je ne dirai pas que ce fut une rencontre, mais la rencontre. Nous parlions tout à l’heure de la communication : eh bien, je crois avoir éprouvé avec elle la communication intérieure à l’état pur. On m’a souvent reproché de majorer l’œuvre de Simone Weil par amitié. C’est exactement le contraire qui s’est produit. Au début, je n’ai éprouvé aucune espèce d’amitié, j’ai plutôt senti, je ne dirai pas de la répulsion – le mot serait beaucoup trop fort -, mais un manque alarmant de sympathie. L’amitié est venue ensuite de la révélation de la grandeur : je n’ai donc rien eu à majorer. J’ai été en quelque sorte vaincu malgré moi par la pureté de cette âme, par la qualité de cet esprit » (« Entretiens avec Christian Chabanis » pp.112-113).

De prime abord, tout semble les opposer. Par leurs tempéraments aussi bien que par leur milieu respectif, leur manière de penser et de réagir. Là encore, Gustave Thibon avait quelques anecdotes qu’il résume ainsi : « Nous passions une partie de notre temps à nous disputer ». Mais il ajoute aussitôt : « Mais c’était en quelque sorte des disputes transparentes, car – et c’est un grand témoignage en faveur de la sainteté d’un être – je n’ai jamais observé chez elle, quelles que soient la divergence des opinions et la vivacité de la discussion, la moindre réaction d’un moi blessé, la moindre trace de susceptibilité. Elle affirmait fortement ses convictions, mais ignorait totalement la vanité littéraire » (« Entretiens avec Christian Chabanis » p.114).
Dans la préface à « La Pesanteur et la Grâce », le premier livre de Simone Weil dont il assurera la publication (1947),  Gustave Thibon affirme qu’il n’a jamais éprouvé chez aucun être la sensation d’un contact aussi tangible avec le surnaturel – une approche d’une évidence telle qu’il ne put s’y dérober -, et qu’il a réalisé avec elle la plus haute amitié de sa vie d’esprit.
En effet, lorsqu’elle quitte le Mas de Libian pour retourner à Marseille, à l’automne 1941, Simone laisse à Gustave ses cahiers, l’invitant à en publier la substance sous son nom à lui : « La main qui tient la plume avec le corps et l’âme qui y sont attachés sont des infinitésimaux de nième importance » lui écrit-elle en les lui confiant.
Thibon n’en fera rien : il fera un choix dans ces cahiers de manière à les rendre accessibles à un large public. De la sorte, « La Pesanteur et la Grâce » fut un succès et acquit une très grande audience, révélant une mystique de premier ordre.
Gustave Thibon, évoquant d’abord pour beaucoup d’auteurs qui ont publié des choses sublimes « le contraste décevant entre leurs œuvres où se jouent les reflets du ciel et la vanité de leur vie privée, captive des passions terrestres », ajoute : « Simone Weil fut un pur témoin – un être en qui le génie de l’expression s’unissait à une orientation inconditionnelle et permanente vers la perfection intérieure. Son œuvre écrite est la traduction fidèle de son âme ; rien dans son style de vie et dans sa conduite envers le prochain ne démentait son message. Je n’ai jamais connu d’être plus transparent, j’entends plus docile à la pénétration de la lumière (…). Simone Weil était de ces êtres prédestinés qui, selon le mot de l’Apôtre, vivent « comme s’ils voyaient l’invisible ». Et qui dit lumière dit vérité. La soif, l’exigence de vérité était la passion centrale de Simone Weil (…) » (in « Ils sculptent en nous le silence » pp. 199-200).
Un peu plus loin, il ajoute :
« Vraie devant Dieu, Simone Weil était véridique dans tous ses rapports avec les hommes. Aucune trace chez elle de ces combinaisons teintées de demi-mensonges qui sont l’étoffe de la plupart des bonnes relations sociales. Elle disait toute sa pensée à tout le monde, sans le moindre souci de déplaire, si durs que soient pour le prochain les effets de cette abrupte franchise. Un seul exemple : je lui avais donné à lire un de mes manuscrits. Et voici son jugement : « J’ai trouvé, dans tout ce que vous avez écrit, quatre ou cinq formules à peu près satisfaisantes ». Et elle ajoutait, consciente de la susceptibilité des écrivains : « Je suis presque certaine que cette sincérité me coûtera votre amitié, mais que vaudrait une amitié mêlée de mensonge ? » Cette absence totale de diplomatie lui valut d’ailleurs de solides inimitiés. Son conctact excluait toute demi-mesure : on n’avait le choix devant elle qu’entre l’éblouissement et le refus.
Et de cet être pur émanait une vertu purificatrice. On sentait, en sa présence, l’inconsistance des alliages trop humains de la vie religieuse. Après Saint Jean de la Croix qu’elle admirait sans réserve, elle affirmait que le cheminement de l’âme vers Dieu ne doit se confondre avec aucun état d’âme, positif ou négatif, et qu’il consiste au contraire dans une orientation permanente ves le « Bien pur et impossible » sans égard aux circonstances extérieures ou intérieures. Ainsi l’aiguille aimantée de la boussole marque invariablement le nord quelle que soit la température ambiante. L’accès au divin exige le dépassement de tout l’humain… »
(ibid. pp. 201-202).

C’est à Saint-Marcel d’Ardèche que Simone entreprend la lecture intégrale du Nouveau Testament. Toutefois, à ce moment-là, elle n’hésite pas à dire au Rd. Père Perrin que, bien que conquise par l’Amour du Christ, elle ne pense pas être appelée au baptême… Quelque chose lui manque encore qui ne s’accomplira que dans les ultimes jours de sa vie terrestre.

A la mi-mai 1942, la famille Weil s’embarque pour les Etats-Unis d’Amérique. Mais aussitôt arrivée à New-York, Simone est rongée par l’inquiétude intérieure que lui procure une situation qu’elle juge trop confortable en des temps où tant d’hommes vivent l’angoisse, la détresse, la misère, l’incertitude du lendemain, la terreur des horreurs liées à cette guerre : elle reprend donc le bâteau pour la Grande-Bretagne où elle arrive en novembre 1942. Elle s’engage activement dans la résistance mais, rapidement déçue par ce qu’elle constate auprès de Charles de Gaulle et dans son entourage, elle démissionne. Sa santé est gravement altérée par toutes les privations qu’elle s’impose et on découvre qu’elle est rongée par la tuberculose.
Le 15 avril 1943, Simone Weil est admise au Middlesex Hospital de Londres, puis transférée le 17 août au sanatorium d’Ashford, dans le Kent. C’est là qu’elle rend le dernier soupir, lors d’une crise cardiaque, le 24 août 1943, âgée de 34 ans et demi.
Elle est enterrée au cimetière catholique d’Ashford.

La plupart des notices biographiques qui lui sont consacrées affirment qu’elle est morte sans baptême.
Mais le Rd. Père Perrin et Georges Hourdin sont catégoriques, après avoir reçu le témoignage de Simone Deitz, une juive convertie au catholicisme, amie de Simone Weil présente à son chevet lors de ses derniers jours : Simone Weil a demandé à Simone Deitz de la baptiser, in articulo mortis.
Ce témoignage semble avoir été ignoré de Gustave Thibon.
Il n’y a toutefois aucune raison de douter des affirmations de Simone Deitz, et c’est donc revêtue de la robe immaculée des néophytes que l’âme de Simone Weil, au terme d’une vie aux rebondissements multiples et d’un cheminement spirituel tout-à-fait surprenant, s’est présentée aux portes du paradis ce 24 août 1943.

C’est à Thibon que nous empruntons la conclusion de cette modeste contribution au 75ème anniversaire du rappel à Dieu de cette femme d’exception : « Je tiens Simone Weil pour le plus grand auteur spirituel de notre époque. Ce qui m’alarme, c’est que notre époque ait accordé une plus large audience au message d’un Teilhard de Chardin qu’à celui d’une Simone Weil. Notre époque, a dit Debidour, avait à choisir entre le symptôme et le remède de son mal : elle a choisi le symptôme. Le diagnostic est exact » (in « Entretiens avec Christian Chabanis », p.115).

Tombe de Simone Weil - Ashford (Kent)

Tombe de Simone Weil
cimetière catholique d’Ashford (Kent)

2018-73. « L’incomparable vertu du support des maussades et fâcheux prochains ».

21 août,
Fête de Sainte Jeanne-Françoise de Chantal ;
Mémoire de Saint Privat, premier évêque du Gévaudan et martyr ;
7ème jour dans l’octave de l’Assomption ;
Anniversaire de la naissance de Saint François de Sales (cf. > ici).

Vray portrait de la Rde Mère de Chantal

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je vous ai déjà entretenu du gros volume des « Epistres spirituelles de la Mère Jeanne-Françoise Frémiot baronne de Chantal Fondatrice et première Supérieure de l’Ordre de la Visitation Saincte Marie » (1644), que nous possédons dans notre bibliothèque et dont j’avais eu l’occasion d’extraire pour vous une très belle lettre (cf. > ici).

Je voudrais aujourd’hui, livrer à votre lecture – et surtout à votre méditation – une autre lettre de cette très grande sainte. Je pense, en effet, qu’elle peut être utile à beaucoup d’âmes, car au-delà des circonstances particulières en lesquelles se trouvait la destinataire de cette missive (il s’agissait de la supérieure d’un monastère, qui se trouvait attaquée et calomniée par une personne extérieure), chacun peut profiter des sages conseils et avis que Sainte Jeanne-Françoise de Chantal prodigue ici : n’arrive-t-il pas très souvent que ceux qui veulent avancer dans les voies de la perfection et le service de Dieu se trouvent eux aussi en butte aux calomnies et aux propos malveillants de personnes – et même de très pieuses personnes -, aveuglées ou égarées par la passion ?
C’est d’ailleurs une réalité d’une constance absolue depuis Notre-Seigneur Lui-même, Lequel a été critiqué, rejeté, calomnié, livré aux païens et aux tourments de la Passion par les princes des prêtres et les plus rigoureux observateurs des préceptes religieux.
Il en sera ainsi pour Ses fidèles disciples jusqu’à la fin des temps…

Lully.

Note :
Sans rien altérer du style de Madame de Chantal, pour des raisons de compréhension nous avons travaillé à rendre la ponctuation et l’orthographe conformes aux règles actuelles de la langue française.

Epitre 101 Sainte Jeanne de Chantal

« Ma très chère fille, vous voilà en un exercice tout propre à vous faire devenir sainte : certes vous avez bon besoin d’un grand courage, mais j’espère que Dieu vous le fortifiera tous les jours davantage : ne vous abattez point, je vous en conjure : faites profit de ces riches occasions que Dieu vous présente pour acquérir la vraie humilité, douceur et patience ; et surtout cette grande leçon des saints, qui est l’incomparable vertu du support des maussades et fâcheux prochains.
Ma fille, regardez souvent notre Sauveur, parmi les diverses souffrances de Sa Passion : voyez comme on le baffoue, méprise et vilipande. Et enfin, Père, dit-Il, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.
Cette pauvre chère personne ne sait certes que c’est qu’elle fait, car la passion la transporte : mais patience ! Allez avec Notre-Seigneur : remettez entièrement entre Ses mains sacrées la charge qu’Il vous a commise, et particulièrement celle ce cette pauvre âme, et vous y confiez. Vous verrez bientôt le calme et votre Maison pleine de bénédictions ; comme certes elle est, puisque la sainte union règne en toute la famille.
Cela n’est rien d’avoir une brebis qui s’écarte du troupeau. Portez votre Croix, généreusement : supportez avec une gaie douceur et patience tout ce que l’on dit de vous et de votre Maison : étant sans fondement, ni vérité, il passera et s’étouffera, et la bonne renommée subsistera.
Cependant profitez de cette occasion, je vous en conjure, car jamais peut-être n’en aurez-vous une semblable, pour vous conformer à Notre-Seigneur. Embrassez et chérissez tous ces mépris : cachez-les dans votre sein et vous enrichissez d’un si précieux trésor. Ne regardez ni la langue ni la main qui vous frappe, mais voyez en tout cela la seule très sainte volonté de Dieu, qui vous veut rendre conforme à Lui par cette tribulation.
Mais tenez-vous ferme et constante dans l’enclos d’une très humble générosité et d’une extraordinaire douceur, charité, égalité et modestie : ne laissez échapper une seule parole de ressentiment, et parlez sobrement avec support et charité.
Je vous prie, que chacun connaisse que l’esprit de Dieu habite en vous, et en vos filles. Ne refusez aucune soumission, s’il en faut faire, et dites toujours que vous ferez tout ce qui vous sera conseillé, et que Monseigneur l’Evêque ordonnera, que tout votre désir est de vivre en onbservance et paisible en votre Communauté.
Dieu soit votre Protecteur, ma très chère fille, et vous tienne en Sa main. »

armoiries de l'ordre de la visitation.gif

2018-71. Echos de l’université d’été légitimiste Saint-Louis.

Vendredi 17 août 2018,
Dans l’Ordre de Saint-Augustin, fête de Sainte Claire de Montefalco, vierge ;
Mémoire de Saint Carloman, confesseur ;
Mémoire de Saint Hyacinthe, confesseur ;

Mémoire de Sainte Jeanne Delanoüe, vierge ;
Mémoire du 3ème jour dans l’octave de l’Assomption ;
5ème anniversaire du rappel à Dieu de M. l’Abbé C.-P. Chanut (cf. > ici).

Logo UCLF

L’Union des Cercles Légitimistes de France (UCLF) est aujourd’hui l’unique structure à proposer une université d’été authentiquement légitimiste, baptisée « Université Saint-Louis ». Cette institution s’est développée malgré de nombreuses attaques, critiques et basses manœuvres, et perdure lors même que ceux qui ont tenté de la mettre à bas ont jeté l’éponge…
L’édition 2018 a été un réel succès et nous vous invitons à en lire un compte-rendu ici.

Quel est le « secret » de sa réussite ?
La solidité d’un enseignement rigoureusement fidèle aux principes de la royauté capétienne traditionnelle.
Tandis que certains ne voient dans la Légitimité qu’un prétexte à des mondanités et que d’autres voudraient faire le tri dans la doctrine monarchique traditionnelle et composer avec les idées de la révolution, l’UCLF tient fermement et inébranlablement la ligne de la continuité : celle tenue par Monseigneur le comte de Chambord, de jure Sa Majesté le Roi Henri V, et dont Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, avait rappelé la pertinence et l’actualité lors de son déplacement à Sainte-Anne d’Auray en 2015 (cf. > ici)

Les « cahiers » de cette Université Saint-Louis 2018 sont déjà disponibles et téléchargeables gratuitement : il ne faut surtout pas se priver de les enregistrer et de les étudier. C’est > ici.
Excellente occasion aussi pour recommander très instamment l’ « Introduction à la Légitimité » qui peut elle aussi être téléchargée gratuitement > ici.

Ce sont là de véritables trésors qui sont à votre disposition.
Et que l’on ne me dise pas que c’est difficile à lire et à comprendre ! Je comprendrais à la limite que des collégiens de « banlieue défavorisée » émettent semblable objection, mais pas mes lecteurs !
Dans un monde où de moins en moins de personnes font l’effort de lire en s’attachant à comprendre ce qu’ils lisent, c’est certes aller à contre-courant, mais j’espère que mes lecteurs ne manquent ni de caractère ni de volonté tenace pour cela, et c’est cette volonté seule – une vraie volonté pas des sentiments velléitaires – qui est nécessaire à l’intelligence de ces textes, au risque de rester dans la superficialité et de n’avoir aucune véritable racine en Légitimité !

Ainsi que le dit le fameux encouragement faussement attribué à Virgile : « Macte animo, generose puer, sic itur ad astra : Allez, courage, noble enfant, c’est ainsi qu’on s’élève vers les étoiles ! »

lys 2

2018-68. Des chanoines pour la France.

Lundi 13 août 2018,
Fête de Sainte Radegonde, reine des Francs et veuve ;
Commémoraison des Saints Hippolyte et Cassien, martyrs ;
Commémoraison de Saint Jean Berchmans.

Sainte Radégonde vitrail de l'église Saint-Laon de Thouars - détail

Sainte Radegonde, reine des Francs,
fondatrice de monastères et moniale,
portant le reliquaire de la Sainte Croix
(détail d’un vitrail de l’église Saint-Laon de Thouars)

Fleur de Lys

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A l’occasion de ma chronique relatant notre séjour en Provence pour la Semaine Sainte, je vous ai raconté notre visite à l’église Sainte-Thérèse du Trayas (cf. > ici). Je vous annonçai alors la prochaine parution d’un entretien avec nos très chers amis Messieurs les Chanoines Frédéric et Sébastien Goupil, accueillis dans son diocèse par Son Excellence Monseigneur l’Evêque de Fréjus et Toulon afin d’y mener à bien la fondation d’un Ordre de chanoines séculiers voués à la prière pour la France : l’Ordre de Saint-Remi.

La fête de Sainte Radegonde me paraît tout indiquée pour porter à votre connaissance l’ « intervioue » que je vous promettais il y a quatre mois :  comme la très grande majorité de nos souveraines, et avant d’entrer elle-même dans la vie monastique, cette sainte Reine a en effet  toujours encouragé les fondations religieuses et soutenu les œuvres vouées à obtenir du Ciel des grâces pour le Royaume.

Il y a toutefois un changement dont je dois vous informer tout de suite : depuis notre visite du 26 mars au Trayas, Monseigneur l’Evêque a un peu rapproché « nos » deux chanoines de Toulon – où l’un et l’autre travaillent à l’évêché quelques jours par semaine – ; au début du mois de juin, ils ont donc laissé le presbytère du Trayas et l’église Sainte-Thérèse que je vous avais présentée, pour résider au presbytère du Val.
Le Val est une petite ville de plus de 4.000 âmes, voisine de Brignoles, à quatre lieues à peine de la basilique royale de Sainte Marie-Magdeleine à Saint-Maximin.

S’ils habitent (pour l’heure, car ce n’est encore qu’une étape) au presbytère du Val, ils ne sont néanmoins pas en charge de la paroisse, qui a son propre curé.
Il est en effet important d’insister sur le fait que Messieurs les Chanoines n’ont pas vocation à prendre en charge un ministère curial (même s’il peut arriver qu’ils rendent service occasionnellement dans des paroisses) : la vocation canoniale est une vocation particulière, différente de l’appel au ministère paroissial. Le code de droit canonique actuellement en vigueur (canon 510) demande d’ailleurs à ce que les paroisses ne soient plus unies à un chapitre de chanoines.

Le texte qui suit a d’abord été publié dans le bulletin mensuel du diocèse de Fréjus-Toulon n°226 (mars 2018) dans une forme plus brève et repris sur plusieurs sites d’information (par exemple > ici).
J’ai expressément souhaité que ce texte court soit un peu plus développé et j’ai demandé à nos amis de le compléter afin de bien préciser certains points : le résultat est ce que vous allez découvrir ci-dessous, que j’ai reçu ces jours-ci, car ce texte mûri a été dûment vérifié par les autorités dont dépendent Messieurs les Chanoines.
Il m’apparaît d’autant plus important de le publier que je sais que diverses erreurs ont circulé au sujet de nos amis Messieurs les Chanoines Goupil. On a entendu dire qu’ils auraient abandonné la célébration de la Sainte Messe latine traditionnelle : c’est faux ! On a prétendu qu’ils seraient devenus « biritualistes » : c’est également faux ! On a raconté qu’ils ne seraient plus chanoines : c’est archi-faux, puisqu’ils le sont même davantage qu’ils ne l’étaient auparavant ! On a même contesté leur droit à une tenue de chœur spécifique : c’est encore une grossière erreur ! …etc. … etc.
Ceux qui colportent de telles rumeurs feraient mieux de se renseigner avant de raconter n’importe quoi, ou bien l’on finira par penser qu’ils se livrent à des calomnies volontaires (faut-il rappeler que la calomnie est un péché contraire au huitième commandement de Dieu, et que ce n’est pas parce qu’on est prêtre que cela donnerait un droit à y contrevenir ?).

Mais je vous laisse découvrir le texte de cet entretien, auquel je vous demande d’accorder une attention profonde.

Lully.

Fleur de Lys

chanoines-frederic-et-sebastien-goupil

Messieurs les Chanoines Frédéric et Sébastien Goupil,
fondateurs de l’Ordre de Saint-Remi

Fleur de Lys

« Des chanoines pour la France »

- Messieurs les Chanoines, pouvez-vous vous présenter ?

Nous sommes les chanoines Frédéric et Sébastien Goupil, deux Normands, frères de sang et de sacerdoce, âgés de 37 et 35 ans, ordonnés par S.Em. le cardinal Burke respectivement en 2009 (Année du Sacerdoce) et 2012 (Année de la Foi).

- Pourquoi dit-on « chanoines » ? Présentez-nous votre fondation de l’Ordre de saint Remi ?

Nous avons été formés et ordonnés dans l’Institut du Christ Roi, dont « les membres vivent à la manière des chanoines » (cf. > ici) selon ses Constitutions approuvées par Rome en 2008. En juin 2017, après deux ans de réflexion sur notre projet de fondation, nos supérieurs ont jugé qu’il ne correspondait pas aux buts et structure de l’Institut, et nous ont autorisés à rencontrer des évêques. Nous avons été accueillis en octobre avec grande bienveillance par Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, devenu le 1er janvier dernier notre Ordinaire – c’est-à-dire notre supérieur ecclésiastique – pour nous aider à mener à bien la fondation de l’Ordre de saint Remi (cf. > ici), dont le cœur serait un collège de chanoines séculiers. Il nous a confié : « L’objet – la prière pour la France – me paraît très-fondé, et répondre à une heureuse intuition ».

Il existe encore aujourd’hui beaucoup de chanoines réguliers, des religieux qui vivent en communauté, menant une vie et exerçant un apostolat selon la Règle de Saint-Augustin : les Prémontrés en sont les plus célèbres.

Les seuls chanoines séculiers qui subsistent en France sont les chanoines de cathédrale. Avec la raréfaction du clergé, les prêtres honorés d’un canonicat ont souvent par ailleurs une charge pastorale dans une paroisse, et n’habitent plus le quartier des chanoines qui entourait jadis l’église cathédrale. Peu de cathédrales ont donc encore des offices réguliers au chœur, ce qui est pourtant la raison d’être des chapitres cathédraux : porter la prière du diocèse dans la liturgie solennelle quotidienne.

Nos ancêtres connaissaient un autre type de chanoines séculiers : les chanoines attachés aux églises collégiales, celles-ci étant fondées à une intention particulière, comme le salut des fondateurs et de leur famille, mais aussi pour le pays tout entier, les Rois Très-Chrétiens ayant parsemé le sol de France de fondations monastiques ou canoniales dans ce but.

Attaché à une église par sa prébende, chaque chanoine habitait sa propre maison et rejoignait ses confrères plusieurs fois au cours de la journée pour chanter l’Office divin et participer aux célébrations solennelles de la Liturgie. Le gouvernement était collégial, d’où le nom de « collège » porté par la société desdits chanoines, au contraire des abbayes et monastères, au gouvernement monarchique (par un abbé ou prieur). Il n’y avait pas normalement de vie communautaire stricte. La formation était soignée : beaucoup de saints ou de grands évêques passèrent par les écoles cathédrales ou collégiales dans leur enfance.

Les collégiales furent bien évidemment saccagées – voire détruites – par les révolutionnaires de 1789. Soulignons d’ailleurs que nombreux furent les chanoines séculiers à donner leur sang pour « Dieu et le Roi » : jusqu’à un tiers (18 sur 64) des martyrs de l’Île-Madame ! Cela n’est pas anodin, et manifeste l’importance non négligeable qu’ils eurent dans l’histoire de la France catholique.

Si les collégiales sont désormais vides ou transformées en églises paroissiales, c’est à Napoléon Bonaparte qu’on le doit malheureusement. Dans son souci de centralisation, ce dernier voulut calquer l’organisation des diocèses sur celle des départements. Aux préfets devaient correspondre les évêques (ainsi surnommés les « préfets violets »…), et aux maires : les curés. Il ne put mettre fin aux chapitres de cathédrale, constituant comme le sénat de l’évêque, mais refusa de laisser se reformer les autres, considérés trop indépendants.

Je n’ai pas connaissance de tentative de restauration des chapitres collégiaux en France depuis 200 ans… C’est le projet que nous portons, à la disposition des successeurs des Apôtres. Sans nous figer pour l’instant sur une église particulière, la structure d’Ordre permettrait de réunir, en une société de chanoines, des prêtres séculiers qui pourraient être attachés aux églises ou chapelles qui lui seraient confiées. Dépassant le collège canonial, nous envisageons d’accepter également d’autres membres :

  • des bénéficiers – ecclésiastiques ou laïcs – engagés au service actif des chanoines ;

  • des ecclésiastiques affiliés, tout en appartenant à une autre communauté ou diocèse ;

  • des membres simples, vivant à distance de notre esprit axé sur l’École française de spiritualité,

épanouis dans la célébration de la Liturgie latine traditionnelle qui nous est consubstantielle, et ancrés dans le désir primordial et « non négociable » de vraie sainteté, grâce à l’émulation et la communion des Saints.

- Comment cette vocation  s’est-elle imposée à vous ?

C’est une bien longue et complexe histoire ! Depuis mon enfance brûle au fond de mon âme le désir de contribuer à la fidélité de la France à sa vocation spéciale de Fille aînée de l’Eglise, héritée de ses Rois (car n’oublions pas que c’est pour notre pays un titre « consort »… je vous renvoie aux nombreuses interventions papales depuis que la Gaule est devenue France). Il faudrait un livre entier pour tout relater (rires), mais pour résumer, je voudrais prendre une image concrète, qui pour moi illustre cette vocation soumise au discernement de l’Église enseignante.

Depuis des siècles, se trouve dans la basilique Saint-Pierre de Rome, au cœur de la Chrétienté, une chapelle (cf. > ici), anciennement appelée « Capella regum Francorum », dédiée à la prière pour la France, et consacrée à sainte Pétronille (fille de saint Pierre et patronne de nos rois) et où j’eus d’ailleurs l’émouvante grâce l’an dernier d’offrir le Saint-Sacrifice ; quelle insigne grâce pour notre Patrie : connaît-on pareil privilège ?! Une Messe y est célébrée chaque 31 mai pour la France, tous les Français de Rome y étant invités. Et le reste de l’année, c’est un autel très demandé par les prêtres de passage. Pour la petite histoire, la Pieta de Michel-Ange avait même été commandée pour cette chapelle…

En 1889, le pape Léon XIII offrit une lampe d’argent, suspendue devant l’autel et dont l’inscription dédicatoire porte : « Elle semblera prier sans cesse pour la France ». Mon âme de jeune Français, et qui plus est de prêtre, fond de tristesse de voir dans cette belle lampe, dans ce lieu – pardonnez le mot – fatidique, « sembler briller »… une ampoule électrique !!! La France (l’ambassade, le clergé, chaque Français) n’a-t-elle pas les moyens d’entretenir une vraie flamme, quand on ne connaît pas d’autre nation honorée d’un tel privilège ?! L’Ordre de saint Remi veut s’offrir comme huile de cette lampe votive, afin de brûler liturgiquement dans le sanctuaire mystique et extraterritorial de la prière pour la France.

Plusieurs (familles, clercs) nous ont déjà encouragés : qu’ils soient ici chaleureusement remerciés. L’amitié dans le Clergé nous tient à cœur, et je suis frappé de constater que les Saints français du Siècle des Saints (le XVIIe…) étaient tous amis, ou du moins se connaissaient tous ou presque !

- Votre arrivée en Provence est-elle une étape pour de futurs développements ?

Mgr l’Évêque a bien saisi qu’il s’agirait d’une « base arrière » : nous avons vocation à servir là où les évêques de France feront appel à nous. Mais un indéfectible lien nous attachera toujours à cette province bénie, berceau de la Chrétienté européenne et racine de la Fille aînée de l’Église, les plus proches disciples de Notre-Seigneur y ayant débarqué miraculeusement, en premier lieu desquels sainte Marie-Madeleine évidemment, saint Lazare et sainte Marthe, sainte Marie de Cléophas et sainte Salomé, etc.

- En quoi consistera votre vie canoniale ?

Nous avons pour charisme la présence chorale qui est le cœur de notre vocation centrée sur la sainte Liturgie, « source et sommet de la vie de l’Église » (Sacrosanctum Concilium, 10). Le reste de la journée doit se passer dans une relative retraite, favorisant une vie nourrie d’étude – nous travaillons chacun une licence ecclésiastique – et de prière personnelle. Nous ne sommes pas faits pour gérer des paroisses, et le Droit de l’Église sépare bien désormais chapitre et paroisse (canon 510 § 1) ; notre ministère est complémentaire de celui des autres prêtres séculiers (diocésains ou de communautés), que nous sommes d’ores et déjà appelés à seconder par des confessions, prédications, directions spirituelles, etc. ainsi que par le service des Curies diocésaines (chancellerie, secrétariat).

Nous avons à cœur également, plusieurs fois par an, d’assurer l’aumônerie de pèlerinages et de retraites spirituelles dans le but de faire prendre conscience à nos contemporains de la si belle vocation et mission qui incombe à notre pays, comme l’ont souligné tant de saints et de papes au cours de l’histoire. Nous espérons que de nombreux autres jeunes clercs auront dans leur pays le même élan : le salut d’un pays et de tous ses habitants est chose trop sérieuse et même cruciale pour ne pas avoir des ecclésiastiques consacrés à cette œuvre… au moins dans chaque capitale ! Mais cela dépasse notre propre mission : à bon entendeur…

Saint Remi nous a portés mystiquement sur les fonts baptismaux de Reims en la personne de Clovis Ier, Fils aîné de l’Église. Il lui revenait de recevoir le patronage de cette petite œuvre consacrée à la prière – principalement liturgique – pour la fidélité de la France aux promesses de son Baptême. Lorsque le pape Jean-Paul II adressa ses mémorables paroles, en juin 1980, j’avais deux semaines. Devenus des hommes, nous voulons répondre à cet appel solennel lancé par le Père commun de la Chrétienté.

- Comment vous aider ?

En priant sérieusement pour nous, saint François de Sales enseignant que toute œuvre inspirée de Dieu connaît la Croix. Et pour que nous soyons bien dociles à la divine grâce.

En nous faisant dire des Messes pour le salut de la France, ce qui est la plus efficace des prières.

Le site du diocèse de Fréjus-Toulon organise aussi une récolte de dons pour les questions plus matérielles, soutien inévitable du spirituel (voir > ici)… « la grâce ne détruisant pas la nature » mais au contraire s’appuyant sur elle « et l’achevant » (S. Thomas d’Aquin : Somme de théologie ; I, q. 1, a. 8, sol. 2) !

Et enfin en nous rejoignant dans cette grande aventure, car c’en est une !

Je tiens cependant à préciser, à souligner, à marteler – comme nous le dîmes à Mgr Rey lors de notre première rencontre – que l’Ordre de saint Remi n’a pas vocation à avoir le monopole de la prière pour la France. Nous sommes prêts à nous associer à toute initiative de bonne volonté et fidèle aux principes chrétiens, à la doctrine sociale de la Sainte Église et au « génie français » évoqué par saint Pie X, loin de tout chauvinisme ou nationalisme. Mais nous avons un charisme propre, qui n’est par définition pas l’apanage ou la vocation de tout un chacun : appartenir à un chapitre séculier de chanoines (ou le servir et seconder), dans une liturgie particulière, selon un esprit particulier, avec une histoire spéciale également. Au nom de l’Église, Mgr Rey a courageusement pris sur lui de nous conduire dans l’étape si spéciale d’une institution qu’est la période de fondation, et qui demande d’en bien soigner les bases afin de fonder sur le roc (cf. Matth. VII, 25). Priez pour nous, mais priez aussi pour lui !

Quelques précisions importantes – à noter :
- En sus des dons, qui leur sont nécessaires pour vivre et pour développer la fondation (voir > ici), il n’est pas inutile de préciser que Messieurs les Chanoines de l’Ordre de Saint-Remi reçoivent volontiers des offrandes de Messes : pour vos intentions particulières et familiales bien sûr, mais il faut aussi souligner qu’il est particulièrement indiqué de s’adresser à eux lorsque l’on souhaite offrir des Saintes Messes pour la France, pour la Famille Royale, à l’occasion des grandes fêtes du Royaume ou pour les anniversaires importants de notre histoire royale… etc.
Pour les contacter : 
courriel : ordredesaintremi@gmail.com
adresse postale : Ordre de Saint Remi
                             Presbytère - Rue du Prieuré
                         
   83413 Le Val
Site de la paroisse du Val : leval.frejustoulon.fr

- En ce qui concerne les dons :
Les dons permettent de recevoir une déduction fiscale (reçu fiscal sur demande) de l’association diocésaine de Fréjus-Toulon (ADFT) dont dépend l’Ordre.
Les chèques de dons sont à libeller au nom de ADFT ORDRE DE SAINT REMI.
L’argent récolté est bien entièrement reversé à l’Ordre.
 
- En ce qui concerne les offrandes de Messes :
En accord avec le diocèse de Fréjus-Toulon, les chèques de Messes sont à libeller au nom du prêtre célébrant (> « M. le chanoine Goupil » peut suffire ») en précisant bien l’intention exacte sur une feuille les accompagnant. 
   > Pour un défunt, merci d’ajouter une croix à son nom ; exemple : Alphonse de Bourbon (+). 
   > Pour un vivant ou un défunt, merci de toujours indiquer au moins le prénom, afin qu’il soit prononcé en latin au Memento.
Si vous libellez ADFT ORDRE DE SAINT REMI, l’offrande sera ensuite reversée à l’un des prêtres de l’Ordre.
Contrairement aux dons, les offrandes de Messes ne peuvent pas donner lieu à une déduction fiscale, étant le règlement contractuel d’un service.
Les offrandes recommandées par la Conférence des évêques de France sont de :
   > 17 euros pour une Messe
   > 55 euros pour un triduum de Messes
   > 170 euros pour une neuvaine de Messes.
Les trentains grégoriens (30 Messes d’affilée pour un défunt) sont également acceptés : merci de contacter l’Ordre.
Les Messes pour la propre sanctification du donateur sont à recommander, même si bien oubliées.

Blason Ordre de Saint-Remi

Blason de l’Ordre de Saint-Remi

2018-64. « Etre offert pour la victoire » – Abbé Christian-Philippe Chanut.

In memoriam :

1948 – 7 août – 2018
70ème anniversaire de la naissance
de
Monsieur l’abbé Christian-Philippe Chanut
et
5ème anniversaire de son rappel à Dieu
2013 – 17 août – 2018

frise lys deuil

Monsieur l’abbé Christian-Philippe Chanut est né le 7 août 1948, à Talence. Il fut rappelé à Dieu le 17 août 2013.
Même si ces lignes sont beaucoup trop modestes pour saluer comme il convient la pieuse mémoire de ce prêtre dont nous étions honorés de la délicate amitié (ainsi que nous l’avions exprimé > ici), il nous est toutefois impossible de ne pas marquer dans ces pages ce double anniversaire : à quelques jours d’intervalle, le 70ème anniversaire de sa naissance et le 5ème anniversaire de sa mort.

Celui qui tentera un jour d’écrire une biographie véritablement exhaustive et totalement juste de l’abbé Chanut aura fort à faire s’il veut rendre dans toute sa vérité la figure d’un savant rigoureux et nuancé et d’un prêtre à la qualité spirituelle incomparable, sans exclure évidemment le rôle unique qu’il a joué dans le mouvement légitimiste sous les règnes de nos Souverains Alphonse II et Louis XX en sa qualité de Grand Aumônier de France.

Pour nous, aujourd’hui, relisons et méditons les paroles profondes qu’il prononça lors d’une méditation à l’occasion d’un pèlerinage de Paris à Chartres pour la Pentecôte. Ce qu’il enseigna, il le mit lui aussi en pratique dans cette longue maladie qui nous l’a ravi trop tôt.

Ce texte est extrait du précieux ouvrage publié par notre ami Jean de Waifhari : « Anthologie in memoriam – Abbé Christian-Philippe Chanut, le premier Grand Aumônier de France du XXIe siècle », aux éditions Exaltare Saint-Louis.
C’est nous qui nous permettons, dans le cours du texte, d’en marquer quelques passages en caractères gras, parce qu’il nous semble plus particulièrement important d’en souligner l’actualité pérenne et l’absolue nécessité en ces temps…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

anthologie in memoriam -abbé Christian-Philippe Chanut

« Etre offert pour la victoire »

« Chacun de nous, sans doute depuis longtemps déjà, connaît nombre de ces beaux et admirables textes qui nous parlent de la vocation de la France. Nous aimons, à des moments privilégiés, les lire et les entendre, et alors, se produit parfois en nous comme une sorte de bouleversement intérieur qui envahit tout notre être d’un étrange enthousiasme. Mais, après que ces textes si forts et si grands nous ont comme élevés sur une montagne merveilleuse, force nous est de redescendre dans notre ordinaire vallée de larmes où toutes ces belles et formidables pensées nous apparaissent obsolètes, voire déplacées. La meilleure et la plus efficace manœuvre du démon est précisément de nous transporter bien haut avant de nous laisser retomber au plus bas pour nous ronger de toutes les ressources du pessimisme qui, après nous avoir désespérés sur les autres que nous finissons par ne plus vouloir aimer, nous fait désespérer sur Dieu qui nous abandonne aux mains des impies.

Or, le chrétien, configuré au Christ, lucide sur le monde comme le Christ, rejeté, moqué, torturé et tué avec le Christ, n’a pas d’autres armes que celles du Christ : la prière, le jeûne et l’aumône, c’est-à-dire le don de soi pour que nos ennemis deviennent nos frères. Avec la Vierge Marie, notre Mère et notre modèle, près du Christ en croix, unissons-nous à Ses souffrances et à Ses pensées pour être associés à Sa victoire. C’est assurément ce que fit la France, dans les terribles heures de la guerre de Trente Ans, lorsqu’elle se consacra à la Sainte Vierge Victorieuse de l’Assomption, en priant face et devant la statue de Notre-Dame des Douleurs.
Où que nous nous tournions dans l’histoire sainte de notre patrie, nous ne trouverons de résurrection qu’après que de pieuses âmes aient assumé les grandes tribulations dans la prière, la pénitence et la charité : voilà ce qui soutint les Gaules chrétiennes lors des invasions barbares et qui culmine dans l’exemple de Sainte Geneviève contre le péril Hun ; voilà d’où jaillit la France au baptême de Clovis ; voilà les saintes reines des terreurs mérovingiennes ; voilà les saints moines, avec les pèlerins des siècles de fer ; voilà le saint Roy Louis avec sa couronne d’épines ; voilà Sainte Jeanne d’Arc jusqu’au bûcher ; voilà les massacrés des guerres religieuses ; voilà les martyrs de la Révolution…
Comprenons, enfin, que si Dieu nous a déjà donné la victoire, c’est pour autant que, comme Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face, nous saurons nous offrir en holocauste, souffrant en nous, comme dit Saint Paul, ce qui reste à souffrir des souffrances du Christ.
Les voyons-nous, ces saints, au jour de la victoire ?
L’Apocalypse nous les montre autour du trône de l’Agneau immolé, attachés à Lui par la clarté fulgurante de sa parole et par toutes les grâces reçues du sacerdoce, vêtus de la robe blanche et portant à la main leurs palmes : ce sont les palmes du sang versé des martyrs, et ce sont aussi les palme œuvres secrètes des fidèles.

Ô Seigneur, par le ministère de votre Saint Archange Michel, apprenez-nous à combattre avec vos armes, assurez-nous de votre grâce, afin et pour, que nous sachions, au-delà des impressions et des sensations, que nous ne gagnons avec Vous qu’en priant, en nous mortifiant et aimant par amour de Vous ! Ainsi soit-il. »

Jean de Waifhari :
« Anthologie in memoriam – Abbé Christian-Philippe Chanut, le premier Grand Aumônier de France du XXIe siècle »,
Editions Exaltare Saint-Louis – pp. 217-218

frise lys deuil

2018-63. « Ainsi tu parviendras à l’inaltérable paix de l’éternité ».

Sermon LXXVIII de
notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur
la Transfiguration de NSJC

Transfiguration - église Saint-Rémi - Bruxelles

Vitrail de la Transfiguration
(église Saint-Rémi, Bruxelles)

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 § 1 – Dans cet événement, Notre-Seigneur a voulu nous donner une idée de Son Royaume, et Son Royaume désigne les fidèles prédicateurs de Sa parole.

Il nous faut contempler, mes bien-aimés, et expliquer le spectacle saint que le Seigneur présenta sur la sainte montagne. C’est de cet évènement qu’Il avait dit : « Je vous le déclare, en vérité, il y en a quelques-uns ici présents qui ne goûteront pas la mort qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme dans son royaume » (Matth. XVI, 28).

Voici le commencement de la lecture qui vient de nous être faite. « Six jours après avoir prononcé ces paroles, Il prit avec Lui trois disciples, Pierre, Jean et Jacques, et alla sur la montagne ». Ces disciples étaient ceux dont Il avait dit : « Il y en a ici quelques-uns qui ne goûteront point la mort qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme dans Son royaume ».
Qu’est-ce que ce royaume ? Question assez importante. Car l’occupation de cette montagne n’était pas la prise de possession de ce royaume. Qu’est-ce en effet qu’une montagne pour qui possède le ciel ? Non-seulement les Écritures nous enseignent cette différence, mais nous la voyons en quelque sorte des yeux de notre coeur.

Or Jésus appelle Son royaume ce que souvent Il nomme le royaume des cieux. Mais le royaume des cieux est le royaume des saints ; car il est dit : « Les cieux racontent la gloire de  Dieu » ; et aussitôt après : « Il n’y a point de langues ni d’idiomes qui n’entendent leurs voix » ; les voix de ces mêmes cieux. « L’éclat s’en est répandu sur toute la terre, et leurs paroles ont retenti jusqu’aux extrémités de l’univers » (Ps. XVIII, 4-5). N’est-ce donc pas des Apôtres et de tous les prédicateurs fidèles de la parole de Dieu qu’il est fait ici mention ? Ces mêmes cieux régneront avec le Créateur du ciel, et voici ce qui s’est fait pour le démontrer.

§ 2 – Ses vêtements sont la figure de Son Eglise qu’Il doit associer à Sa gloire et où règne l’unité représentée par Moïse et Elie.

Le Seigneur Jésus en personne devint resplendissant comme le soleil, Ses vêtements blancs comme la neige, et avec Lui s’entretenaient Moïse et Elie.
Jésus Lui-même, Jésus en personne parut resplendissant comme le soleil, marquant ainsi qu’Il était la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde (Jean I, 9). Ce qu’est ce soleil pour les yeux de la chair, Jésus l’est pour les yeux du coeur ; L’un est pour les âmes ce que l’autre est pour les corps.

Ses vêtements représentent ici Son Eglise ; car ils tombent s’ils ne sont portés et maintenus.
Paul était dans ces vêtements comme l’extrémité de la frange ; aussi dit-il. « Je suis le moindre des Apôtres » (1 Cor. XV, 9) ; et ailleurs : « Je suis le dernier des Apôtres » (ibid. IV, 19). Or la frange est ce qu’il y a de moindre et d’extrême dans le vêtement. Aussi, comme cette femme qui souffrait d’une perte de sang fut guérie en touchant la frange de la robe du Seigneur (Luc VII, 44), ainsi l’Église des gentils se convertit à la prédication de Paul. Eh ! qu’y a-t-il d’étonnant que l’Église soit figurée par de blancs vêtements, puisque nous entendons le prophète Isaïe s’écrier : « Vos péchés fussent-ils rouges comme l’écarlate, Je vous blanchirai comme la neige » (Isaïe I, 18) ?

Que peuvent Moïse et Elie, la loi et les prophètes, s’ils ne communiquent avec le Seigneur ? Qui lira la loi ? qui lira les prophètes, s’ils ne rendent témoignage au Fils de Dieu ? C’est ce que l’Apôtre exprime en peu de mots. « La loi dit-il, fait seulement connaître le péché, tandis qu’aujourd’hui, saris la loi, la justice de Dieu a été manifestée » : voilà le soleil ; « annoncée par la loi et les prophètes » : voilà l’aurore.

§ 3 – Il convient qu’il y ait une tente unique sur la sainte montagne.

Pierre est, témoin de ce spectacle, et goûtant les choses humaines à la manière des hommes : « Seigneur, dit-il, il nous est bon d’être ici ». Il s’ennuyait de vivre au milieu de la foule, il avait trouvé la solitude sur une montagne où le Christ servait d’aliment à son âme. Pourquoi en descendre afin de courir aux travaux et aux douleurs, puisqu’il se sentait envers Dieu un saint amour et conséquemment des moeurs saintes ?
Il cherchait son propre bien ; aussi ajouta-t-il : « Si vous voulez, dressons ici trois tentes : une pour vous, une pour Moïse et  une autre pour Elie ». Le Seigneur ne répondit rien à cette demande, et toutefois il y fut répondu.
En effet, comme il parlait encore, une nuée lumineuse descendit et les couvrit de son ombre. Pierre demandait trois tentes, et la réponse du ciel témoigna que nous n’en avons qu’une, celle que le sens humain voulait partager. Le Christ est la Parole de Dieu, la Parole de Dieu dans la loi, la Parole de Dieu dans les prophètes. Pourquoi, Pierre, chercher à la diviser ? Cherche plutôt à t’unir à elle. Tu demandes trois tentes : comprends qu’il n’y en a qu’une !

§ 4 - Jésus seul est appelé le Fils unique de Dieu. 

Pendant que la nuée les couvrait et formait comme une seule tente au dessus d’eux, une voix sortit de son sein et fit.entendre ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ! »  Là se trouvaient Moïse et Elie. La voix ne dit pas : Ceux-ci sont mes Fils bien-aimés.
Autre chose est d’être le Fils unique, et autre chose des enfants adoptifs.
Celui qui Se trouve aujourd’hui signalé est Celui dont Se glorifient la loi et les prophètes : « Voici, est-il dit, Mon Fils bien-aimé, en qui J’ai mis mes douces complaisances ; écoutez-Le » ; car c’est Lui que vous avez entendu dans les prophètes, Lui aussi que vous avez entendu dans la loi ; et où ne L’avez-vous pas entendu ?

Ils tombèrent à ces mots la face contre terre.
Voilà donc dans l’Eglise le royaume de Dieu. Là en effet nous apparaissent le Seigneur, la loi et les prophètes : le Seigneur dans la personne du Seigneur même, la loi dans la personne de Moïse et les prophètes dans celle d’Elie. Ces deux derniers figurent ici comme serviteurs et comme ministres, comme des vaisseaux que remplissait une source divine ; car si Moïse et les prophètes parlaient et écrivaient, c’est qu’ils recevaient du Seigneur ce qu’ils répandaient dans autrui.

§ 5 – En relevant Ses Apôtres il annonce qu’Il ressuscitera Ses fidèles pour leur faire partager Sa félicité suprême.

Le Seigneur ensuite étendit la main et releva Ses disciples prosternés. « Ils ne virent plus alors que Jésus resté seul ».
Que signifie cette circonstance?

Vous avez entendu, pendant la lecture de l’Apôtre, que « nous voyons maintenant à travers un miroir, en énigme, mais que nous verrons alors face à face », et que les langues cesseront lorsque nous posséderons l’objet même de notre espoir et de notre foi (1 Cor. XIII, 12, 8-9). Les Apôtres en tombant symbolisent donc notre mort – car il a été dit à la chair : « Tu es terre et tu retourneras en terre » (Gen. III, 19) -, et notre résurrection quand le Seigneur les relève.
Mais après la résurrection, à quoi bon la loi ? à quoi bon les, prophètes ? Aussi ne voit-on plus ni Elie ni Moïse. Il ne reste que Celui dont il est écrit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu » (Jean I, 1).
Il ne reste plus que Dieu, pour être tout en tous (1 Cor. XV, 28). Là sera Moïse, mais non plus la loi. Nous y verrons aussi Elie, mais non plus comme prophète. Car la loi et les prophètes devaient seulement rendre témoignage au Christ, annoncer qu’Il devrait souffrir, ressusciter d’entre les morts le troisième jour et entrer ainsi dans Sa gloire (Luc XXIV, 44-47) ; dans cette gloire où se voit l’accomplissement de cette promesse adressée à ceux qui L’aiment : « Celui qui M’aime, dit-Il, sera aimé de Mon Père, et Moi aussi Je l’aimerai ». Et comme si on Lui eût demandé : Que lui donnerez-Vous en témoignage de Votre amour ? « Et Je Me  montrerai à lui » poursuit-Il (Jean XIV, 21).
Quelle faveur ! Quelle magnifique promesse ! Dieu te réserve pour récompense, non pas quelque don particulier, mais Lui-même. Comment, ô avare, ne pas te contenter des promesses du Christ ? Tu te crois riche, mais qu’as-tu si tu n’as pas Dieu ? et si ce pauvre l’a, que ne possède-t-il point ?

§ 6 -  Mais avant de connaître la gloire, il faut d’abord travailler à la mériter.

Descends, Pierre ! tu voulais te reposer sur la montagne : descends ! annonce la parole ! insiste à temps, à contre-temps ! reprends, exhorte, menace, en toute patience et doctrine (2 Tim. IV, 2) ! travaille ! sue ! souffre des supplices, afin de parvenir par la candeur et la beauté des bonnes oeuvres accomplies avec charité, à posséder ce que figurent les blancs vêtements du Seigneur ! L’Apôtre ne vient-il pas de nous dire, à la gloire de la charité : « Elle ne cherche point son propre intérêt » (1 Cor. XIII, 6) ?

Il s’exprime ailleurs autrement, et il est fort dangereux de ne pas le comprendre.
Expliquant donc les devoirs de la charité aux membres fidèles du Christ : « Que personne, dit-il, ne cherche son bien propre, mais le bien d’autrui ». Or en entendant ces mots, l’avare prépare ses artifices ; il veut dans les affaires, pour rechercher le bien d’autrui, tromper le prochain, et ne pas chercher son bien propre, mais celui des étrangers. Arrête, ô avarice ! justice, montre-toi ! écoutons et comprenons ! C’est de la charité qu’il a été dit : « Que personne ne cherche son bien propre, mais le bien d’autrui ». Toi donc, ô avare, si tu résistes à ce conseil, si tu veux y trouver l’autorisation de convoiter le bien d’autrui, sacrifie d’abord le tien. Mais je te connais, tu veux à la fois et ton bien et le bien étranger. Tu emploies l’artifice pour t’approprier ce qui n’est pas à toi ; souffre donc que le vol te dépouille de ce qui t’appartient. Tu ne veux pas chercher ton bien, mais tu prends le bien d’autrui. Cette conduite est inique Ecoute, ô avare, prête l’oreille. Ces mots : « Que personne ne cherche son bien propre, mais le bien d’autrui » te sont expliqués ailleurs plus clairement par le même Apôtre. Il dit de lui-même : « Pour moi je cherche, non pas ce qui m’est avantageux, mais ce qui l’est au grand nombre, afin de les  sauver » (1 Cor. X, 24, 33).

C’est ce que ne comprenait pas encore Pierre, lorsqu’il désirait rester avec le Christ sur la montagne.
Le Christ, ô Pierre, te réservait ce bonheur après la mort. Pour le moment Il te dit : Descends travailler sur la terre, servir sur la terre, et sur la terre être livré aux mépris et à la croix. La Vie même n’y est elle pas descendue pour subir la mort, le Pain, pour endurer la faim, la Voie, pour se fatiguer dans la marche, la Fontaine éternelle pour souffrir la soif ? Et tu refuses le travail ? Ne cherche pas ton intérêt propre. Aie la charité ! annonce la vérité ! ainsi tu parviendras à l’inaltérable paix de l’éternité.

Transfiguration - église Saint-Rémi - Bruxelles - détail

2018-59. Christianisme et liberté (7ème et dernière partie).

- Christianisme et liberté -
7ème et dernière partie

L’avenir de la liberté

Pour retrouver les parties précédentes de cette conférence de Gustave Thibon donnée en 1952
1ère partie : « Déclin des libertés » > ici
2ème partie : « Nature de la liberté » > ici
3ème partie : « Esclavage et rupture des liens » > ibid.
4ème partie : « Le christianisme et la liberté » > ici
5ème partie : « Le christianisme et les libertés » > ibid.
6ème partie : « L’éducation chrétienne de la liberté » > ici

frise

L’avenir de la liberté :

« Les jeux sont clairs : la régression de la liberté coïncide avec la régression du christianisme vécu, avec l’effacement de la notion du prochain et de la fraternité humaine fondée sur la paternité divine. Les divers types d’humanité sur lesquels s’étend l’ombre de l’esclavage – le prolétaire dont le travail s’achète comme une marchandise, le contribuable cracheur d’impôts et l’assuré budgétivore, l’homme économique considéré sous le seul angle de la production ou de la consommation, l’électeur anonyme qui n’est plus qu’une unité dans une addition, le pantin humain dont la propagande tire les ficelles – se ramènent tous à un type unique : l’homme vidé du respect et de l’amour qu’on doit à une personne et traité comme une chose.
Le mot féroce de Bernanos vient ici à point : « le jour où tous les rapports entre les hommes seront réglés par la stricte justice administrative, la viande de pauvre ne vaudra pas cher sur tous les marchés de l’univers ».

La pente même du mal nous indique la voie du salut. Seul, l’avènement d’une structure sociale chrétienne peut nous apporter le maximum de liberté dans la vie individuelle, économique et politique, parce qu’il apporte en même temps ce contre-poids de morale et de charité qui équilibre et harmonise les libertés.
Il y a exactement un siècle, Donoso Cortès prononçait ces paroles prophétiques : « La liberté est morte ! Elle ne ressuscitera ni dans trois jours, ni dans trois ans, ni peut-être même dans trois siècles. Vous vous effrayez de la tyrannie que nous souffrons ? Vous vous effrayez de peu ; ce qui vous attend est bien pire… Le monde s’achemine à pas de géants vers le despotisme le plus colossal et le plus dévastateur que l’histoire ait jamais connu… Il n’y a que deux répressions possibles : l’une est intérieure et l’autre extérieure, l’une est religieuse et l’autre politique. Leurs rapports sont tels que, lorsque la température religieuse s’élève, le thermomètre de la répression tend à baisser et que, lorsque la température religieuse baisse, le thermomètre politique, la répression politique, la tyrannie montent… Or donc, si le thermomètre religieux continue à baisser, je ne sais pas où nous nous arrêterons… »

Il n’y a pas de liberté sans liens vivants, et la religion, comme l’étymologie du mot le révèle, est le lien vivant par excellence.
Si nous ne reconstruisons pas la Cité avec ce ciment de spontanéité créatrice et d’amour, il se trouvera toujours une tyrannie pour nous imposer du dehors cette unité que nous aurons perdu du dedans.
Nous sommes embarqués, dirait Pascal, et l’alternative est limpide : nous serons dem
ain ou bien les membres d’un même équipage, animés par le même amour, ou bien des forçats qui, courbés sous le même fouet, rameront sur la même galère. »

Gustave Thibon,
février 1952.

Le vaisseau de l'Eglise - Saint-Etienne du Mont

Le vaisseau de l’Eglise
(détail d’un vitrail du « cloître » de Saint-Etienne du Mont – Paris)

2018-58. Christianisme et liberté (6ème partie).

- Christianisme et liberté -
6ème partie

L’éducation chrétienne de la liberté

Pour retrouver les parties précédentes de cette conférence de Gustave Thibon donnée en 1952
1ère partie : « Déclin des libertés » > ici
2ème partie : « Nature de la liberté » > ici
3ème partie : « Esclavage et rupture des liens » > ibid.
4ème partie : « Le christianisme et la liberté » > ici
5ème partie : « Le christianisme et les libertés » > ibid.

Le Bon Pasteur mausolée de Galla Placidia Ravenne

Le Bon Pasteur
(mosaïque du mausolée de Galla Placidia – Ravenne)

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L’éducation chrétienne de la liberté :

« Cette thèse appelle immédiatement une série d’objections. L’histoire en main, on pourra nous rappeler la rigueur dogmatique de l’Eglise et ses luttes séculaires contre la libre pensée. Dans l’ordre social et politique, on soulignera les innombrables alliances entre l’autorité ecclésiastique et certains pouvoirs temporels qui firent bon marché de la liberté des hommes.
Tout cela est à la fois vrai et faux. Vrai dans l’immédiat et dans le détail, faux à longue échéance et dans l’ensemble.

Deux éléments essentiels nous paraissent caractériser l’action du christianisme dans la culture et la défense de la liberté.
L’Eglise cultive avant tout la liberté intérieure. Pour elle, les libertés extérieures découlent de cette délivrance de l’âme ; elles doivent suivre et non précéder. Sa mission primordiale n’est pas de briser les chaînes sociales, mais de donner aux hommes cette richesse spirituelle, ces réserves de moralité et d’amour qui rendent possible et fécond l’exercice extérieur de la liberté. En d’autres termes, au lieu de s’attaquer directement au pouvoir de César, elle développe d’abord en nous la part de Dieu.
La conquête chrétienne de la liberté revêt en effet deux aspects à la fois distincts et solidaires :
a) l’élan qui jaillit du fond des âmes au contact de la Révélation évangélique. L’homme, racheté par le Christ et promis à la vie éternelle, se sent et se veut libre.
b) l’homologation de cet élan par l’Eglise en tant que magistère théologique et qu’autorité sociale, la traduction de cette aspiration intérieure en termes institutionnels.
Ce second mouvement est toujours en retard sur le premier. Et il doit l’être. Le climat spirituel du christianisme favorise l’éclosion secrète des libertés, mais l’Eglise, avant de cueillir une liberté, de l’engranger et de lui donner son estampille officielle, la laisse patiemment mûrir dans les âmes et dans les mœurs. Un fruit cueilli trop vert sèche ou pourrit. Et si l’autorité religieuse freine parfois la marche en avant des éclaireurs, c’est pour laisser au gros des troupes le temps de les rejoindre. Car, dans la conquête de la liberté, il ne suffit pas de pousser des pointes, il faut aussi que les arrières soient assurés.
L’attitude de l’Eglise chrétienne en face de l’esclavage antique illustre admirablement ce point de vue. En soi, rien n’était plus directement opposé à l’idéal d’égalité et de fraternité de l’Evangile que l’institution de l’esclavage. L’Eglise naissante n’a pourtant pas attaqué de front cette institution inhumaine : elle a commencé par recommander aux esclaves d’obéir à leurs maitres et aux maitres d’être bons pour leurs esclaves, en soulignant que, devant Dieu, il n’y a ni esclaves ni maitres. Mais que signifie ce conseil, sinon ceci : obéissez et commandez dans la liberté de l’amour ; supprimez dans vos rapports la soumission servile de l’esclavage et la brutalité dominatrice du maître, c’est-à-dire détruisez au fond de vous-même la réalité invisible de l’esclavage ? Cet état d’esprit bn’a pénétré que partiellement dans les âmes ; il a suffi cependant pour modifier les mœurs et pour que l’institution de l’esclavage se détachât peu à peu comme une écorce caduque. Aussi bien, l’abolition de l’esclavage a tenu ; elle constitue un des rares progrès positifs de l’histoire, à la différence de tant d’autres révolutions qui, faute de préparation intérieure, n’ont abouti qu’à un changement d’esclavage. C’est en grande partie le cas de la Révolution française qui a remplacé le privilège du sang par le privilège de l’argent et c’est par excellence celui de la Révolution russe. Péguy parlait déjà de « ces retournements qui reviennent au même, des révolutions plus mortes que des trônes, des progrès plus cassés que la vieille habitude… » C’est là l’ornière où versent toutes les révoltes contre l’oppression extérieure qui ne s’appuient pas sur une ascension morale et une délivrance intérieure. L’histoire nous montre assez que les révoltes d’esclaves n’ont jamais servi la cause de la liberté. Enchaîné ou déchaîné, un esclave reste toujours un esclave. Le Christ mourant nous délivre, mais Spartacus, vainqueur ou vaincu, n’abolit pas l’esclavage : il arrive tout au plus à le déplacer.
Saint Pierre condense, dans un texte souverain, la distinction chrétienne entre la fausse liberté, qui n’est qu’un esclavage déchaîné, et la vraie liberté, fondée sur l’obéissance à la loi divine : « comportez-vous en hommes libres, sans faire de la liberté un voile dont se recouvre la malice, mais en agissant comme des serviteurs de Dieu ».
Cette fonction d’éducatrice de la liberté, qui est essentielle à l’Eglise chrétienne, apparaît ici dans sa plénitude. La prudence de l’Eglise en face de tant de mouvements d’émancipation intellectuelle ou sociale – cette réserve, si irritante pour les esprits d’avant-garde, tient précisément à son souci de préserver et d’accroître ces réserves de vie intérieure et de discipline morale qui, comme nous l’avons vu, constituent le socle et le garde-fou de la liberté d’action. Le christianisme s’oppose non à l’usage mais au gaspillage de la liberté. L’Enfant prodigue, après avoir dévoré sa liberté en herbe, devient un esclave gardien de pourceaux. L’apologue s’applique à merveille à l’humanité moderne : elle a gaspillé, en débordements anarchiques, son héritage de liberté et n’a plus le choix qu’entre l’esclavage absolu et le retour dans la maison du Père où l’obéissance et la liberté ne font qu’un. L’Eglise, en veillant sur notre héritage, sauve aussi notre liberté.

Le christianisme – et c’est là peut-être ce qui le distingue le plus de tous les autres courants religieux ou sociaux – est comme un creuset où la liberté, loin de se durcir dans des moules temporels, reste toujours à l’état de fusion et de disponibilité. En dépit de ses lenteurs et de ses tâtonnements (qui tiennent précisément à la vie : une mécanique serait plus rapide et plus sûre), l’Eglise chrétienne représente une puissance indéfinie de renouvellement et d’adaptation. Sa fidélité à l’éternel lui assure une liberté perpétuelle vis-à-vis du temporel. D’autres religions, d’autres civilisations ont connu des phases d’épanouissement merveilleux, mais, tôt ou tard, elles se sont figées en hiératismes ou dégradées en conformismes. Le christianisme seul, parce qu’il émane de ce lien divin qui noue la gerbe des siècles, ne s’est jamais identifié à telle ou telle forme bornée et caduque de civilisation ; il a su assimiler les unes et rejeter les autres, mais il a gardé vis-à-vis de toutes cette liberté dominatrice de l’organisme devant l’aliment ou le poison. Sans doute a-t-il connu (au moins dans son côté trop humain, car le courant de sainteté invisible n’a jamais tari dans l’Eglise) des périodes d’éclipse et de sclérose, mais il les a toujours surmontées pour retrouver, en face de circonstances et de nécessités imprévues, la même fraîcheur virginale et la même ouverture maternelle. C’est Paul, Apôtre des gentils, c’est Benoît adaptant le monachisme aux exigences du monde occidental, c’est François d’Assise ressuscitant l’idéal de pauvreté évangélique, c’est l’assimilation de Platon par les Pères de l’Eglise et d’Aristote par Thomas d’Aquin, c’est Pascal sublimant en espérance le scepticisme de Montaigne, c’est Jean de la Croix qui, dans l’Espagne de Philippe II et de l’Inquisition, jette pour toujours un pont entre la pensée chrétienne et la mystique universelle, c’est enfin (en dépit de ses déviations et de ses dangers, mais les hérésies aussi ont leur fécondité et il n’appartient qu’aux vivants d’être malades) la prodigieuse vitalité du christianisme moderne dans tous les domaines de la pensée, de l’art et de l’action. La preuve est faite depuis vingt siècles et elle se refait chaque jour sous nos yeux : à travers le désert des conformismes et le maquis de l’anarchie, le christianisme ouvre sans cesse à la liberté de nouveaux chemins – et des chemins qui mènent quelque part. Il nous impose un minimum de discipline pour nous assurer un maximum d’indépendance. Il n’est pas un frein, mais une boussole pour la liberté. Ce n’est pas voguer librement que de voguer sans boussole : la barque est d’abord le jouet des vents et des récifs jusqu’au jour où, échouée sur un écueil ou engloutie dans les flots, elle s’immobilise dans un esclavage définitif ».

A suivre :
7ème et dernière partie : « L’avenir de la liberté » >

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2018-57. Christianisme et liberté (4ème et 5ème parties).

- Christianisme et liberté -
4ème partie

Le Christianisme et la liberté

Pour lire ou relire les 1ère, 2ème et 3ème parties de cette conférence de Gustave Thibon ici puis > ici.

« Le type humain déshumanisé qui s’élabore peu à peu dans le creuset des totalitarismes et des technocraties se situe aux antipodes de l’homme chrétien. Partout, le déclin des libertés accompagne comme une ombre le recul du christianisme. La simple constatation de ce fait suffit à nous montrer que le « chemin de la liberté » s’identifie à la voie tracée par le Christ.

La démonstration est simple. Si, comme nous l’avons dit, toute liberté repose sur un lien vivant et sur un amour, le christianisme nous apporte la suprême liberté parce qu’il nous apporte le suprême amour. En lui, nous trouvons le lien absolu qui délivre. Quel est en effet l’élément, jusque là inconnu dans le monde, qui confère à la révélation chrétienne son originalité irréductible, si ce n’est la reconnaissance du rapport à la fois intime et transcendant qui lie la personne de l’homme à la personne de Dieu ?
Les Anciens avaient conçu tous les modes de retour du particulier à l’universel, du multiple à l’Un : ils n’avaient jamais pressenti ce mystères des noces de l’âme et de Dieu.
Dieu m’a créé, Dieu me connaît et Dieu m’aime électivement ; je suis unique pour cet être unique ; le lien qui nous unit n’a pas d’équivalent. Dieu ne s’est pas incarné, Dieu n’est pas mort pour l’humanité, mais pour chaque homme en particulier (j’ai pensé à toi dans mon agonie, lui fait dire Pascal, j’ai versé telle goutte de sang pour toi…). Dieu nous a aimés le premier, il est descendu jusqu’à nous, et cette quête de la créature par le Créateur qui confère à la personne humaine une valeur infinie est le grand ferment libérateur du christianisme. « Vous avez été achetés d’un grand prix, ne vous rendez pas esclaves des hommes », nous dira l’Apôtre. Mais ici encore, ici surtout, cette libération naît d’un lien et exige une obéissance. « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », c’est-à-dire attachez-vous à Dieu, imprégnez-vous de sa plénitude, ne faites qu’un avec lui et, par la vertu de cet attachement au Bien absolu et éternel, vous serez souverainement libres à l’égard des biens relatifs et temporels. C’est le grand paradoxe apparent du christianisme de nous convier à la fois au plus complet épanouissement et à la perte totale de nous-mêmes. Mais ces deux exigences ne font qu’une, car mon moi le plus profond réside dans le Dieu qui m’a créé et, en me perdant en lui, je suis souverainement libre, souverainement moi-même, parce que, alors, ma volonté épouse le jaillissement même de mon être. L’équivalence est rigoureuse : c’est celui qui nous a appelés à la « sainte liberté des enfants de Dieu », qui s’est fait « obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ».

Ce lien vivant et personnel entre l’homme et Dieu fonde le rapport des hommes entre eux, car le second commandement est semblable au premier. Aimer son prochain comme soi-même, c’est respecter avant tout cette liberté qu’il tient de Dieu. Nous arrivons ainsi à la conception évangélique et paulinienne du Corps mystique du Christ dont chaque cellule est unique (le salut est personnel : on mourra seul, dit Pascal) et soutient en même temps des échanges à la fois vierges et intimes avec les autres cellules (personne ne vit pour soi et ne meurt pour soi, dit saint Paul).
C’est l’échange intérieur qui porte sur l’être et non sur l’avoir ; c’est l’épanouissement de la solitude au cœur même de la communion : plus on est lié, plus on est libre ; plus on est aux autres plus on est soi-même.
La comparaison biologique est parfaite : chaque membre d’un organisme vivant s’épanouit d’autant plus librement qu’il est plus intimement lié, dans son être et dans ses fonctions, à l’ensemble du corps, et le cancer, prolifération anarchique, détruit d’abord le libre fonctionnement de l’organe révolté.
La notion chrétienne de prochain, le commandement qui nous enjoint d’aimer l’autre comme nous-même (ce qui signifie l’intériorité absolue de l’échange : je t’aime, non parce que tu me donnes ceci en contrepartie de cela, comme dans l’échange de type égoïste et commercial, mais parce que je suis toi et que tu es moi à travers notre source unique qui est Dieu) constitue le foyer commun et le centre régulateur de toutes les libertés individuelles ».

Véronèse - la foi guidant l'homme vers l'éternité - villa Barbaro à Maser fresque (1560-61)

Paul Véronèse : la foi guidant l’homme mortel vers la divine éternité
(fresque de la villa Barbaro, à Maser)

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- Christianisme et liberté -
5ème partie

Le Christianisme et les libertés

« On pourra objecter que cette libération chrétienne n’intéresse que le côté éternel et transcendant de l’être humain : le Royaume du Christ n’est pas de ce monde…
Mais l’homme est un – et c’est un fait historique incontestable que la Révélation métaphysique et religieuse du christianisme a pénétré, malgré la résistance de la matière et du péché, jusque dans les couches de la vie temporelle et a renouvelé les diverses structures sociales. 

Un exposé complet et cohérent ne saurait trouver sa place ici. Mais une constation globale s’impose : à la conception trop souvent pharaonique et totalitaire de la Cité antique, pyramide où chaque pierre n’avait de sens et de but qu’en fonction de la pierre terminale, on a vu se substituer peu à peu, sous l’influence du christianisme, une conception organique où chaque cellule vit de sa vie propre dans son rapport à l’ensemble du corps.
Depuis la Rome impériale jusqu’à nos jours – et en dépit des obstacles que n’ont jamais cessé de lui opposer tant de membres morts du corps de l’Eglise – la diffusion du christianisme a eu pour effet direct ou indirect de développer la liberté des individus et des groupes vivants (familles, communautés) en face des tyrannies exercées par les individus ou les collectivités.

La notion chrétienne de l’égalité des âmes devant Dieu a conduit graduellement à la suppression de l’esclavage ; elle a atténué toutes les formes d’oppression de l’homme par l’homme (rappelons pour mémoire la libération de la femme et la reconnaissance des droits de l’enfant, la formation des communautés locales et professionnelles du moyen âge, la défense des populations indigènes contre les envahisseurs coloniaux et des prolétaires contre les abus du capitalisme) ; elle a brisé les cadres rigides et les cloisons étanches des vieilles castes et favorisé, à tous les degrés de l’échelle sociale, la promotion individuelle.
Il n’est pas une seule liberté humaine (droit de posséder et droit de transmettre, droit d’entreprendre, droit de penser, etc.) que le christianisme n’ait pas stimulé, et cette immense éclosion des libertés – grâces auxquelles l’homme a pu assumer son propre destin (avec tout ce que cela comporte de risques et de chances, d’enrichissement intérieur et de contact avec le réel) – constitue l’âme de cette civilisation occidentale dont le déclin nous emplit aujourd’hui d’une angoisse encore imprégnée d’espérance.
La personne humaine, délivrée par le Christ, a pu déployer ses plus hautes possibilités : nous en voyons les fruits dans l’ordre économique, juridique, politique, culturel. Cette civilisation est indéfiniment créatrice parce qu’elle est fondée sur la liberté. L’esclave ne crée pas : il partage l’inertie de la matière inanimée. L’absence de force créatrice est commune à tous les mouvements totalitaires. Leur puissance est immense : elle est avant tout matérielle comme celle du raz de marée ou de l’avalanche. Elle construit comme on détruit : dans la matière et dans la mort. Une avanlanche peut emporter une forêt, mais non pas faire jaillir de la terre une seule herbe vivante. Camus a dit qu’il faut choisir entre l’efficacité du typhon et celle de la sève. Mais la sève de l’homme vient de Dieu…

Que cet essor du monde occidental procède avant tout de la sève chrétienne et non d’une coïncidence fortuite, deux faits globaux suffisent à l’établir.
Un simple coup d’œil sur la carte nous montre que le maximum de prospérité matérielle et d’épanouissement spirituel coïncide rigoureusement avec la zone d’expansion du christianisme.
La tension, qu’on peut vérifier tout au long de l’histoire, entre les pouvoirs totalitaires et l’Eglise du Christ nous apporte une preuve non moins convaincante de cette option fondamentale en faveur de la liberté.
Exception faite de quelques ententes toujours locales et provisoires entre l’Eglise et certaines puissances temporelles plus ou moins oppressives (lesquelles pouvaient d’ailleurs, étant donné les temps et les lieux, représenter un moindre mal), les tyrans de tout ordre ne s’y sont jamais trompés : depuis Caïphe et les Césars jusqu’aux maîtres de l’Allemagne d’hier et de la Russie d’aujourd’hui, un instinct très sûr leur a fait voir dans le christianisme leur  ennemi le plus intime et le plus dangereux. Et, dans la conjoncture présente face aux totalitarismes qui, tandis qu’ils assassinent la liberté, se parent hypocritement de son nom, alibi pour les tyrans et mirage pour les esclaves, l’Eglise constitue le dernier refuge des libertés menacées. N’est-ce pas elle qui défent pied à pied, contre la poussée envahissante du monstre anonyme, les droits irréductibles de l
a personne, de la famille et du travail ? »

A suivre :
6ème partie : « L’éducation chrétienne de la liberté » > ici

nika

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