Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2019-8. Il convient que les fondamentaux puissent s’épanouir à nouveau…

Discours prononcé par Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX,
lors de la réception du 20 janvier 2019
suivant la Messe célébrée à la mémoire du Roi Louis XVI
à la Chapelle Expiatoire

Grandes armes de France

 

Chers Amis,

Louis XVI, nous réunit une nouvelle fois et, comme toujours, vous êtes nombreux à être fidèles à son souvenir et à ce que représente son assassinat. A travers la mémoire du roi sacrifié à son devoir, vous honorez la royauté française et ce qu’elle incarne et vous montrez aussi le manque que cette mort a produit.

Louis XVI, par sa vie et son action, a révélé combien il était soucieux de ce qu’il devait à la France. Jusqu’à la mort il a pensé à Elle et aux Français. Son Testament en témoigne, une ultime et tragique dernière fois.

Je remercie le Père Pic qui, par son homélie, nous a montré la double nature du roi, à la fois homme avec toutes ses failles et chrétien avec ses certitudes. N’est-ce pas là l’ambiguïté du pouvoir que le règne du Roi Louis XVI traduit ?

Cette convergence entre la société humaine avec ses égoïsmes et la nécessité de garder le cap du Bien commun, est au cœur de la notion de pouvoir politique. Il doit toujours être un service, une fonction pour la collectivité. La royauté française avait réussi cette synthèse, parce qu’elle était à la fois sacrée et profondément pragmatique, assise sur ses lois fondamentales qui lui donnaient une constitution avant même que le mot n’existe. Ainsi la France fut longtemps le modèle des nations.

Au moment où la tête du Roi est tombée, il y eut une rupture dans la vie sociale. Elle a perdu une de ses assises. Elle a perdu la nécessaire transcendance. 

Désormais il n’y avait plus de limites au pouvoir et tout devenait permis du moment qu’une loi ou un décret l’autorisait. Nous connaissons le ravage d’une telle approche. Elle est mère de tous les totalitarismes ;  elle cautionne les lois contre-nature qui minent la France et nombre d’autres états. Plus profondément, elle entraîne une crise morale tant le fossé se creuse entre la société légale et le pays. Il devient bien difficile de vivre, d’entreprendre, d’éduquer ses enfants, de protéger ses handicapés et ceux qu’au nom de principes abstraits pour lesquels l’homme n’a plus sa place, il faudrait laisser de côté, voire tuer.

Pourtant une société ne peut vivre longtemps, mue par les seules idéologies sans risquer de disparaître livrée notamment aux dangers extérieurs d’ennemis prêts à fondre sur elle dès lors qu’elle n’affirme plus clairement sa souveraineté ; disparaître aussi en ayant perdu conscience de l’avenir ce qui l’entraîne à des mesures mortifères.

Mais une société peut aussi retrouver les voies de son destin. Depuis plusieurs années, nous voyons en France, un désir ardent de renouer avec les traditions et le concret. Les jeunes notamment sont les acteurs de ce renouveau et cela dans tous les secteurs, privés ou publics, d’entrepreneurs, d’artisans comme de ruraux. Cela repose sur un sens du bien commun retrouvé et sur la nécessité de remettre l’homme comme échelle de toute chose. Héritage de l’antiquité gréco-romaine d’une part, héritage chrétien d’autre part.

Les fondamentaux existent donc toujours comme au temps de Louis XVI. Il convient désormais qu’ils puissent s’épanouir. Cela ne se fera que si chacun d’entre nous, dans nos familles, dans nos activités, dans nos pensées, dans nos façons de faire, nous prenons la société à bras le corps. Il n’y a pas de fatalisme dès lors qu’une espérance guide les hommes.

Il ne faut pas désespérer. Bien au contraire. La Fille aînée de l’Eglise, la patrie de Saint Louis, de Sainte Jeanne d’Arc et de tant et tant de saints et saintes, doit continuer à montrer l’exemple. Cela est nécessaire pour elle-même comme pour l’Europe qui doit, elle aussi, retrouver ses racines si elle veut tenir son rang face à la mondialisation. Ce n’est pas en abdiquant sa souveraineté que l’on peut se faire respecter des autres, mais, au contraire en affirmant, ce que l’on est.

Tel est le message de la royauté française. Vrai hier au temps de Louis XVI. Toujours vrai aujourd’hui.

Merci de m’avoir donné l’occasion de le rappeler. Ce retour sur l’essentiel est ce que je souhaite à vous tous, à vos familles et à la France pour la nouvelle année.

 Louis de Bourbon,
Duc d’Anjou.

arrivée du Roi 20 janvier 2019

L’arrivée du Roi à la Chapelle Expiatoire ce dimanche 20 janvier 2019,
accompagné du Rév. Père Augustin Pic op,
pour la Messe célébrée par Monsieur l’Abbé Thierry Laurent, curé de Saint-Roch.

frise lys

2019-7. De la discussion, la lumière ???

Samedi 19 janvier 2019,
Au diocèse de Viviers, fête de Saint Arconce, évêque et martyr ;
18ème anniveraire du rappel à Dieu de Gustave Thibon.

Gustave Thibon

Comme très souvent à cette date du 19 janvier, c’est pour moi un impérieux devoir de reconnaissance et de fidélité que de rappeler la mémoire de Gustave Thibon, entré dans son éternité il y a 18 ans, le 19 janvier 2001.

Or, en ces semaines où l’on a entendu des politiques de profession se lamenter de ce que ceux qui les contestent et chahutent refusaient de « s’assoir à la table des négociations » – présentée comme un lieu essentiel de la « démocratie » – , en ces jours où le gouvernement cherche à provoquer un  « grand débat national » paré de vertus quasi miraculeuses pour la guérison des malaises sociaux, je voudrais simplement et brièvement évoquer des propos – non écrits et non enregistrés – de Gustave Thibon, tenus au cours de l’hiver 1979-1980, alors que nous étions un petit nombre d’étudiants réunis autour de lui, dans une conversation familière.

Je ne garantis pas l’absolue littéralité des paroles qui vont suivre, mais je peux certifier que toute la substance de la pensée qu’il énonça se touve rigoureusement rendue dans cette transcription que j’en ai réalisée un peu plus tard.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

frise  

De la discussion, la lumière ???

« On vous rebat les oreilles de ce poncif : « De la discussion jaillit la lumière », mais c’est faux et archi-faux ! De la discussion ne jaillissent bien souvent que le chaos et la confusion, parce que chacun y vient avec le seul dessein de faire valoir son opinion personnelle, et non avec un authentique désir de quête de vérité objective, reposant sur les bases objectives d’un raisonnement rigoureux et d’une analyse juste, dépouillée de l’opinion subjective.
On n’enseigne plus la saine philosophie, on n’apprend plus à raisonner de manière saine, on ne veut précisément pas des fondements naturels objectifs du raisonnement et de l’analyse. Mais tout est fait au contraire pour exacerber la subjectivité et les réactions du « complexe d’excellence » qui va avec.
C’est ainsi que l’on sème le chaos mental et la confusion, dans la société et dans l’Eglise, en jouant subtilement sur les ressorts de la vanité de chacun et de l’émotion.
La lumière ne jaillit pas de la discussion, mais de l’attention à l’ordre naturel et de la contemplation des vérités éternelles ! »

aurore d'un matin d'hiver au Mesnil-Marie

Aurore d’un matin d’hiver sur le campanile du Mesnil-Marie

2019-6. Où, à la suite de la fête de Saint Antoine le Grand, le Maître-Chat vous fait part de quelques réflexions sur la place des animaux dans le mystère de la Rédemption.

Vendredi 18 janvier 2019,
Fête de la Chaire de Saint Pierre à Rome (cf. > ici).

Lully et Saint Antoine le Grand

Le Maître-Chat Lully avec la statuette de Saint Antoine le Grand

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous fêtions hier Saint Antoine le Grand, abbé, pour lequel – ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire – nous avons une grande dévotion au Mesnil-Marie.

J’ai instamment encouragé Frère Maximilien-Marie à marquer une pause dans ses innombrables activités, et à se rendre en pèlerinage auprès des précieuses reliques du « Père de tous les moines d’Orient et d’Occident », à l’abbaye de Saint-Antoine en Dauphiné.
C’est une sainte escapade qu’il accomplit habituellement une fois par an, parce qu’il y a toujours de très nombreuses intentions à recommander au pouvoir thaumaturgique particulier de Saint Antoine, et parce qu’il puise toujours pour lui-même de grandes grâces et forces spirituelles dans ce sanctuaire où le corps du saint anachorète a été ramené il y a presque mille ans.

Ce 17 janvier 2019 donc, les chaussées étant praticables – ce qui n’est pas toujours le cas en cette saison en nos contrées -, notre Frère a pris la route un peu après 6 h du matin, de manière à bénéficier de la Sainte Messe de la fête du saint à l’église Notre-Dame de Valence, où Monsieur l’abbé Dufour la célébrait à 8 h 30.

Je n’ai pas pris part moi-même à ce pèlerinage : j’ai vénéré affectueusement la petite statue du grand Saint Antoine que nous gardons au Mesnil-Marie, puis je me suis consciencieusement adonné à un véritable repos pendant l’absence de Frère Maximilien-Marie : je l’avais confié à la garde des saints anges, et ils ont bien fait « leur boulot ».
En son absence, je pouvais bénéficier d’un peu de quiétude bien méritée car je dois vous dire que, en effet, lorsqu’il est ici, je ne puis jamais être vraiment en repos avec mon papa-moine ; je ne peux jamais dormir que d’un œil… Je vous l’assure en toute connaissance de cause : ce n’est pas exactement une sinécure que de vivre avec un moine aux multiples responsabilités. S’il n’était pas aussi un authentique contemplatif, je serais parfois tenté de dire qu’il est un hyperactif !!!

Bref ! J’ajoute que toutefois, ainsi que je vous l’avais raconté in illo tempore (cf. ici), j’ai déjà eu moi-même l’occasion de me rendre dans l’abbatiale de Saint-Antoine en Dauphiné, en octobre 2016 au retour d’un petit séjour à La Salette, et de m’approcher au plus près des reliques de Saint Antoine du désert, saint auquel dans Son immense sollicitude pour Ses créatures le Bon Dieu a confié le ministère d’une particulière protection de nous autres animaux, protection sanctionnée par une bénédiction de notre Mère la Sainte Eglise (cf. > ici).

Et ce n’est que justice !
Laissez-moi, je vous prie, vous faire part aujourd’hui de quelques réflexions que j’ai mûries hier à propos de la place des animaux dans le mystère de la Rédemption.

En effet, nous autres animaux, ainsi que le rappelle Saint Paul de manière non équivoque, sans que nous en fussions en quelque manière responsables, mais par la seule faute de l’homme, nous avons été entraînés dans les conséquences de sa chute et nous en subissons les contrecoups, répercussions, résultats, fruits, prolongements et autres catastrophiques enchaînements alors que nous ne l’avons pas mérité :
« Aussi la créature attend d’une vive attente la manifestation des enfants de Dieu, car elle est assujettie à la vanité, non point volontairement, mais à cause de celui qui l’y a assujettie, dans l’espérance qu’elle-même, créature, sera aussi affranchie de la servitude de la corruption pour passer à la liberté de la gloire des enfants de Dieu, car nous savons que toutes les créatures gémissent et sont dans le travail de l’enfantement jusqu’à cette heure. Et non seulement elles, mais aussi nous-mêmes qui avons les prémices de l’Esprit. Oui, nous-mêmes nous gémissons au-dedans de nous, attendant l’adoption des enfants de Dieu, la rédemption de notre corps ! » (Rom. VIII, 19-23).

Je sais bien que Saint Paul n’est pas toujours facile à comprendre (Saint Pierre lui-même en faisait la réflexion aux destinataires de sa seconde épître – cf. 2 Petr. III, 16), mais il ne faut tout de même pas être sorti de Saint-Cyr pour voir que dans la citation de l’épître aux Romains reproduite ci-dessus l’Apôtre, lorsqu’il emploie le terme « créature » (au singulier ou au pluriel) veut désigner ce qui n’est pas humain, ce qui n’est pas appelé à l’adoption divine, à l’inhabitation du Saint-Esprit et à la vie surnaturelle, mais qui est néanmoins appelé – c’est écrit en toutes lettres – à participer selon son ordre propre au mystère du relèvement et à être un jour « affranchi de la corruption » dans le sillage de la rédemption des hommes.
Car – j’insiste – nous autres, pauvres animaux, nous subissons les suites de la faute de l’homme alors que nous n’avons pris aucune part à sa révolte, puisque nous ne sommes pas en mesure de commettre des péchés, comme vous autres hommes en accomplissez et nous en faites subir les conséquences…

Notre divin Créateur est juste et Il n’a de mépris pour aucune de Ses créatures : il est donc parfaitement conforme à Sa justice miséricordieuse que nous ayons nous aussi quelque part au mystère de la Restauration de toutes choses dans le Christ, vers lequel nous gémissons avec vous dans le travail de l’enfantement !

pattes de chat Lully.

PS : Je publierai d’ici peu quelques nouvelles photos de l’abbaye de Saint-Antoine en Dauphiné en sus de celles que j’avais déjà mises en ligne > ici.

Saint Antoine le Grand

2019-3. Nos valeurs puisent au plus profond de notre histoire !

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou,

Adresse aux Français
à l’occasion de la Fête des Rois

6 janvier 2019

Lundi 7 janvier 2019,
2ème jour dans l’octave de l’Epiphanie.

Après le bref message que Sa Majesté avait publié au soir du 31 décembre sur Twitter et que nous avions répercuté (cf. > ici), nous savions bien que notre Souverain légitime nous donnerait un texte plus important en ce début d’année, et nous l’attendions avec impatience.
D’une manière très éloquente dont le symbolisme ne peut échapper à personne, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a rendu public  ce message hier, jour de l’Epiphanie, fête des Rois.
Ce texte, qu’il convient de lire avec la plus grande attention, de relire et de méditer, nous est parvenu alors que nous étions justement en train de fêter les Rois ensemble, les deux Cercles Légitimistes du Dauphiné et du Vivarais : nous en avons entendu la lecture avec émotion et nous avons tout aussitôt rendu grâces à Dieu pour la sollicitude de notre Roi et la profondeur de cette adresse aux Français qui est un excellent rappel de l’essentiel…

En Nom Dieu, vive le Roi !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

SMTC le Roi Louis XX

Chers Français,

Votre immense cri de désespoir a marqué la fin de l’année écoulée. Désespoir de n’être plus entendus, ni écoutés comme si vos souffrances avaient moins d’importance que les normes et les règlements. Comme si votre vie quotidienne ne comptait pas ou plus. Comme si des mots pouvaient suffire à nier les réalités.

Ce cri ne doit pas demeurer vain, mais il ne s’agit pas non plus de se tromper d’objectif. Certes, si des rattrapages en de nombreux domaines, et notamment, en matière de niveau de vie sont nécessaires, ils ne doivent pas être une fin en soi cachant l’essentiel. Les mesures ne doivent pas être uniquement conjoncturelles et sectorielles.

Ce qui manque à la France depuis des dizaines d’années, c’est un projet de société partagé par tous. Un projet commun qui soude les uns et les autres et qui respecte sa souveraineté. Un projet qui réunit et entraîne sans privilégier certains aux dépens de tous les autres. L’équilibre social a été progressivement brisé parce que le bien commun a été oublié au profit des intérêts individuels ou des mirages. Prenons garde que ce ne soit pas les intérêts et les passions communautaristes qui les remplacent ! Le mal serait encore plus grand et le cri de la France serait étouffé. L’histoire rappelle que les Français ont toujours accepté les sacrifices lorsqu’ils servaient la cause commune. Ils rejettent au contraire tout ce qui est injuste.

L’histoire, heureusement, comme une bonne fée veillant sur la France, est là pour nous faire souvenir qu’il n’y a pas à désespérer. Les situations les plus catastrophiques trouvent toujours un dénouement — pensons à la Guerre de Cent Ans, aux guerres de Religion, aux revers militaires qui ont pu faire douter du destin de la Fille aînée de l’Église. Le sursaut vient chaque fois d’un retour aux sources, en cherchant à retrouver les fondements de ce qui fait notre cher et vieux pays plus que millénaire.

Le mot « valeurs » a beaucoup été employé ces derniers temps, mais il ne faut pas le contrefaire. Les valeurs ne se trouvent ni dans l’éphémère ni dans le contingent, ni dans ce qui porte atteinte à la nature humaine. Les nôtres puisent au plus profond de notre histoire. Ce sont d’abord les valeurs de l’héritage gréco-romain. Il a apporté la citoyenneté, c’est-à-dire le sens de la vie en commun tempéré par le droit. Cet immense héritage fait accepter les différences des uns et des autres dès lors que tous se retrouvent sur un projet d’avenir partagé. Il a nom : RoyaumeCouronneÉtat. Chaque génération l’a adapté. À la nôtre de le faire en s’appuyant sur les familles.

Le second fondement nous vient de la chrétienté qui a forgé l’âme de l’Europe et de la France. Elle a créé son unité, elle a fondé la grandeur de sa civilisation en faisant de chaque être humain la mesure de toute chose. Elle a libéré les esclaves, tempéré les riches, réconforté les pauvres, les malades et les sans-abris, donné du sens à l’existence.

Le socle est encore là. Il appartient à chacun de le faire vivre. Ainsi la société redonnera espoir à ceux qui souffrent. Tel est ce que je souhaite à tous en ce début d’année et notamment aux familles. Que saint Louis et sainte Jeanne d’Arc veillent sur la France et apportent aux Français l’espérance qu’ils méritent et qu’ils attendent. Ainsi notre pays retrouvera la route de l’avenir.

Louis de Bourbon,
Duc d’Anjou.

grandes armes de France

2018-101. Noël, fête royale, ou le lien entre le mystère de l’Incarnation et la Monarchie à travers l’histoire.

Lettre aux membres et amis
de la
Confrérie Royale
pour le saint jour de Noël 2018

Trois lys blancs

Mercredi 26 décembre 2018,
Fête de Saint Etienne, diacre et protomartyr (cf. > ici et > ici).

Voici la plus que très intéressante lettre mensuelle qui a été adressée aux membres et amis de la Confrérie Royale à l’occasion de la fête de Noël : ce texte – à la fois très riche de rappels historiques et très profondément spirituel – ne manquera pas, j’en suis certain, de passionner plus d’un de mes lecteurs…

En ce 25 décembre, comme chacun sait, nous n’accueillons pas le père Noël en chantant du Tino Rossi (pour ceux qui s’en souviennent encore en 2018) ni en arrachant voracement le papier cadeau entourant ces futilités matérielles qui voudraient nous faire oublier la terrible crise économique qui menace notre société… Non ! Au risque de décevoir la majorité de nos contemporains, nous célébrons aujourd’hui le grand mystère de l’Incarnation, ce jour où Dieu a de nouveau rendu visite à l’humanité pour la sauver en se manifestant aux yeux des hommes sous les traits d’un petit enfant. Bref, le plus beau cadeau que Dieu pouvait faire à chacun d’entre nous !

La relation entre le mystère de l’Incarnation et la doctrine monarchique est absolument capitale dans la religion catholique, apostolique et romaine, et spécialement en terre de France, royaume du « fils aîné de l’Église ». N’est-ce pas un 25 décembre 496 (ou 498, mais qu’importe !) que Clovis reçut le baptême dans les fonts de Reims, des mains de saint Rémi ? N’est-ce pas un 25 décembre 800 que le roi franc Charlemagne, le bras armé et vengeur des droits de l’Église et de la liberté de la Chrétienté, se vit offrir la couronne impériale de l’ancien Empire romain d’occident par le pape Léon III ? Ces deux éléments fondateurs de la monarchie chrétienne, en France et en Occident, ne sont pas anodins. Noël est une fête monarchique par excellence, une élément fondamental de la royauté sacrée.

- L’Incarnation : un fondement doctrinal de la monarchie :

Le mystère de l’Incarnation possède évidemment une dimension avant tout spirituelle. En prenant chair, le Verbe de Dieu, Fils unique du Père, vient réconcilier l’humanité déchue avec son Créateur. « Et homo factus est » (Jn I, 14), Dieu s’abaisse jusqu’à nous pour nous élever jusqu’à Lui, Dieu vient nous sauver – le prénom Jésus signifie « Dieu sauve » – et nous placer dans un état de relation avec Dieu beaucoup plus grand, beaucoup plus noble que l’état originel perdu par le péché. Par sa venue et par son œuvre de Rédemption, Jésus-Christ nous a donné un esprit filial, un « esprit d’adoption » (Rom. VIII, 15), il a fait de nous les « héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ », mais bien sûr « si toutefois nous souffrons avec lui, pour être glorifiés avec lui. » (Rom. VIII, 17)

Noël vient manifester pleinement ce salut, car la Rédemption ne commence pas au Calvaire, mais dans la grotte de Bethléem. Ce petit enfant blotti auprès de sa sainte Mère, de son père nourricier, avec pour simple compagnie le bœuf et l’âne et pour premiers visiteurs de pauvres pâtres de Judée, est déjà là pour nous sauver. Il est le Fils de Dieu fait homme. S’il attendra le jour de l’Épiphanie pour manifester, pour la première fois, sa divinité aux Mages, il ne se montre pas aux bergers comme s’il était un enfant comme les autres. L’étoile guidée par Dieu a conduit ces bergers jusque dans cette modeste étable : ce n’est pas anodin ! Un enfant, oui, mais pas n’importe quel enfant. Et si les bergers ne lisent pas, au premier instant, en raison de la simplicité de leur condition – bien que la sagesse de Dieu se manifeste d’abord aux pauvres et aux simples – les traits de la divinité dans ce frêle enfant, ils entrevoient néanmoins une réalité que tout sujet peut saisir. Laquelle ? La royauté.

 Noël Coypel Nativité

Noël Coypel, La Nativité,1665, Musée des Beaux-arts de Rennes.

 Jésus est Dieu et homme ; et, en tant qu’homme, il est le premier homme, l’homme qui va guider le peuple pour le conduire vers le salut, l’homme qui va montrer l’exemple de la sainteté, de la vertu, de la justification à tous les autres hommes. Un guide, un modèle, un roi. Oui, cet Enfant divin est « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs » (I Tim. VI, 15), il est le « prince de la Paix » annoncé par Isaïe, et « l’empire a été posé sur ses épaules » (Is. IX, 9). La prophétie d’Isaïe, cette grande annonce méditée dans le Bréviaire romain pendant l’Avent, insiste sur la royauté du Messie tant attendu. Il est venu d’abord « pour étendre l’empire et pour donner une paix sans fin au trône de David et à sa royauté, pour l’établir et l’affermir dans le droit et dans la justice, dès maintenant et à toujours. » (Is. IX, 6)

Cette royauté du Christ, proclamée au jour des Rameaux à Jérusalem, glorifiée par la liturgie de la fête du Christ Roi instaurée par Pie XI en 1925, commence donc à Bethléem. Cette royauté humaine, il la tient de son héritage, comme descendant de David. L’ascendance davidique justifie la légitimité du Christ à accéder à cette dignité suprême sur le Peuplé élu de l’antique alliance. D’ailleurs Jésus est le « Christ », l’oint, qui a reçu l’onction du sacre, l’onction royale. Mais attention ! De qui vient cette onction ? Qui confirme la légitimité royale de Jésus ? Qui, en plus de cette royauté locale, hébraïque, va accorder à Jésus une royauté universelle, une domination sur l’humanité entière, cette fois en tant que « primogenitus », le « premier-né d’un grand nombre de frères » (Rom. VIII, 29) ? Eh bien, c’est Dieu. La royauté du Christ dépasse la royauté politique d’un peuple : elle est la royauté Politique au sens premier, la domination légitime et plénière sur la Cité des hommes – la Polis avec un grand p. Et ce n’est pas juste en vertu de son humanité que Jésus est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs ; ce n’est pas aussi uniquement en tant que choisi par Dieu, comme oint à la manière de David, que Jésus peut imposer son « imperium » sur l’ensemble de la Création : c’est en tant que Fils de Dieu, en tant que Dieu, en tant que Créateur au même titre que le Père et l’Esprit saint. La royauté de Jésus est la royauté suprême de Dieu. Cela, il ne faut pas l’oublier, même au milieu des « gazouillis » de la Crèche !

- Noël, fête royale :

Si la royauté de Jésus dépasse toute royauté humaine en force et en légitimité, cette royauté en est le modèle, l’archétype. En se faisant homme, Jésus rend accessible, à travers sa nature humaine, la pratique de la vertu, le cheminement spirituel vers Dieu. Il rend aussi accessible à tout un chacun, en fonction de sa position sociale et politique, l’accomplissement des vertus associées à une charge, à une responsabilité. Bref, la royauté de Jésus est le modèle de la royauté humaine. Nous n’allons pas ici gloser sur tous les beaux traités médiévaux, ceux de l’époque carolingienne en particulier, qui ont insisté sur cette puissante analogie, en partant même de la royauté davidique, pour donner à la doctrine royale toute sa sacralité, pour rappeler aussi et surtout aux princes quels sont leurs devoirs et prérogatives.

La monarchie sacrée tire ses origines de la monarchie davidique, mais d’une monarchie davidique surélevée par l’Incarnation rédemptrice. Le mystère de Noël est donc un élément fondateur de la sacralité monarchique. Toute la cérémonie du sacre vient magnifier cette doctrine royale qui est au fond pleinement tirée des Écritures. Nous n’entrerons pas ici dans les détails des prières et des rituels de cette grande cérémonie, mais leur enracinement biblique est incontestable. 

Serment du marquis de Dangeau - Copie

Antoine Pezey, Serment du marquis de Dangeau comme grand maître des ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem le 18 décembre 1695, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 164. © RMN (château de Versailles) / Gérard Blot

À l’image du Christ, le roi de France est choisi par Dieu : sa légitimité familiale – la primogéniture mâle – est complétée par la légitimité religieuse, par la voix de l’Église. Depuis Pépin le Bref, en 751 et 754, le sacre manifeste en France, dans la lignée du baptême fondateur de Clovis, la prise de possession par Dieu du prince, qui est élevé à une dignité mystique qui le place mutatis mutandis au rang des évêques. Nous ne gloserons pas ici sur le grand débat concernant la valeur ontologique du sacre. Toujours est-il qu’à l’issue de la cérémonie, le prince n’est pas un chef politique ordinaire, garanti par la simple vox populi – modèle dont on voit de plus en plus les limites en notre époque de la démocratie triomphante (sic) – mais il est un élu de Dieu, l’oint du Seigneur, un « christ ». Privilège insigne, mais responsabilité écrasante, car son salut dépendra de sa correspondance à cette lourde mission déposée sur ses épaules. Il est devenu le « très chrétien », le monarque « par la grâce de Dieu », chargé d’assurer avant tout la protection de l’Église, donc son salut temporel. Ainsi le sacre est fondamentalement imprégné de la dimension de Noël.

La célébration de la fête de Noël donnait lieu à des usages particuliers dans le cadre de la monarchie française. La dimension liturgique occupait une place essentielle, comme en témoigne l’étiquette de Versailles sous Louis XIV, et Noël faisait partie de ces « bons jours » où le monarque communiait et s’adonnait particulièrement à la dévotion 1 :

« Pour la fête de Noël, le roi communiait le 24 décembre au matin : il assistait alors à deux messes basses successives. Il retournait à la chapelle dans l’après-midi pour les premières vêpres, et de nouveau à 10 heures du soir pour assister à l’office des matines de Noël. À minuit, les trois messes basses de Noël (messe de minuit, messe de l’aurore et messe du jour) étaient célébrées successivement, pendant que les effectifs de la Chapelle-Musique exécutaient des motets, puis chantaient l’office des laudes à partir de l’élévation de la deuxième messe. [...] Le roi quittait la chapelle un peu avant 2 heures du matin et y retournait pour assister à la messe chantée en milieu de matinée, ainsi qu’à la prédication, suivie des vêpres du roi en milieu d’après-midi. En deux jours, Louis XIV avait assisté à non moins de six messes ! »2

Bref, une continuité quasi-ininterrompue de la splendeur du culte divin à laquelle le Fils aîné de l’Église se faisait un devoir d’assister. Écoutons Saint-Simon qui, pour une fois, faisait certainement preuve d’objectivité :

« [...] il n’y avoit rien de si magnifique que l’ornement de la chapelle et que la manière dont elle étoit éclairée. Tout y étoit plein [...]. Il n’y avoit donc rien de si surprenant que la beauté du spectacle et les oreilles y étoient charmées. » 3

Parfois, à l’occasion de la grande fête, le roi procédait au toucher des écrouelles, ce pouvoir thaumaturgique communiqué au souverain au jour de son sacre. Ainsi, en 1714, « le roy, après une seconde messe dite par un chapelain, est allé toucher les malades des écrouelles au nombre de près de 400, assemblez par les soins du grand prévost dans la gallerie dite des princes. [...] Le grand aumosnier, en camail et rochet, a distribué l’aumosne aux malades à mesure que le roy les a touchez [...] » 4 Noël n’est-il pas un jour propice à la guérison des corps et des âmes ?

- Le rituel de la bénédiction du Casque et de l’Épée dans la tradition papale :

Pour conclure cette brève analyse, qui mériterait bien sûr des approfondissements que nous n’avons pas le temps de faire ici, il est opportun de mettre en valeur un usage de la Cour papale qui concerne de près la royauté chrétienne. Il s’agit, au jour de Noël, de la bénédiction par le Souverain Pontife de l’épée et du « chapeau ducal 5 ». Cette tradition s’appuie sur le récit des Macchabées 6 et remonte à l’époque d’Urbain VI (1378-1389), après le retour de la Papauté à Rome. Avant le chant des matines de Noël, le pape bénissait, revêtu de l’aube et de l’étole, une épée et un chapeau qui étaient ensuite offerts à un prince ou à un chef militaire chrétien particulièrement méritant en raison de sa piété et d’une aide particulière apportée à la défense de l’Église catholique et de la Chrétienté 7. Il s’agissait

« [d’une] épée garnie d’un pommeau d’or, et enrichie de pierreries disposées en forme de colombe, avec le foureau et le baudrier enrichis de même, et le Chapeau Ducal posé sur la pointe de l’épée. Ce Chapeau est de soie violette, fourré d’hermines et entouré d’un cordon en forme de Couronne chargée de bijoux. Le Pape envoie l’Épée et le Chapeau à quelque Prince qu’il affectionne particulièrement, ou à quelque grand Capitaine qui mérite cette distinction pour s’être signalé contre les Ennemis de la foi Chrétienne. » 8

 épée et chapeau du Roi Sobiesky

L’épée et le chapeau offerts par Innocent XI au roi de Pologne Jean III Sobieski après la victoire de Vienne sur les Turcs en 1683.

  clerc de la chambre apostolique aux matines de Noël

 Un clerc de la Chambre apostolique portant l’épée et le chapeau lors de la procession des Matines de Noël.

Ces deux ornements étaient portés en procession devant le pape, par un clerc de la Chambre, jusqu’à la chapelle où étaient chantées les matines. Lorsque le Souverain Pontife remettait lui-même ces distinctions au dux élu, il lui disait cette formule introduite par Sixte IV :

« c’est par ce glaive que nous vous déclarons le défenseur de cette puissance et de la Souveraineté Pontificale, le Protecteur du S. Siège contre les ennemis de la foi, et le boulevard de l’Église. Que par ce glaive votre bras triomphe des ennemis du S. Siège et du nom de Jésus-Christ, que le S. Esprit descende sur votre tête, et vous protège contre ceux à qui Dieu prépare ses jugemens devant la Sainte Église Romaine et le S. Siège Apostolique [...] » 9

Le rapport de cette cérémonie avec le sacre royal et la mission de défense de l’Église assumé par le monarque de droit divin est évident. On me dira peut-être que le rapport avec Noël, la grande fête de la paix, est moins patent. N’est-il pas contradictoire de bénir des symboles de guerre avant de chanter « paix aux hommes de bonne volonté » ? En l’occurrence, la remise de ces insignes a lieu à la suite d’une victoire – la guerre semble donc être terminée – et à l’occasion d’une guerre juste – contre les ennemis de l’Église, souvent contre les Turcs ottomans à l’époque moderne. La morale de l’Église n’est aucunement remise en question, et la plus grande victoire du prince ou du chef chrétien honoré par ce rituel est d’avoir apporté la paix, d’avoir, en fin de compte, rétabli « Noël » sur le monde chrétien !

monarchie britannique - épée et chapeau

La monarchie britannique a conservé l’usage de faire porter l’épée (sword of state) et le chapeau (cap of maintenance) devant le souverain, notamment lors de l’ouverture solennelle du Parlement.

Noël vient donc ici rappeler les obligations du roi très chrétien. Il est d’abord le protecteur de l’Église et le bras séculier la justice de Dieu dans l’étendue de son royaume. Il ne doit pas se servir de sa puissance militaire et coercitive pour des fins contraires au bien commun voulu par Dieu ou pour son intérêt propre. Les serments du sacre lui ont rappelé avec instance cette impérieuse responsabilité, qu’il se doit de respecter tout au long de son règne. Noël, fête de la paix de Dieu venue sur terre, est la fête des rois qui sont garants de cette paix, cette paix dont notre monde, et la France en particulier, ont tant besoin ; cette paix qui vient de Dieu et non des hommes ; cette paix que seule la Chrétienté traditionnelle peut restaurer.

Sainte fête de Noël !

Mathias Balticensis

1 Voir Alexandre Maral, La Chapelle royale de Versailles sous Louis XIV, Wavre, Mardaga, 2010, p. 260, note 40.
2 Alexandre Maral, Le Roi-Soleil et Dieu, Paris, Perrin, 2012, p. 65.
3Ibid.
4 Maral, La Chapelle royaleop. cit., p. 379.
5 Ducal, de dux, chef.
6 Lorsque Judas Macchabée alla combattre l’armée d’Antiochus, il vit en songe le prophète Jérémie qui lui présenta une épée en lui disant : « Prends cette sainte épée, c’est un don de Dieu ; avec elle tu briseras tes ennemis. » (II Macc. XV, 16).
7 Voir Gaetano Moroni, Histoire des chapelles papales, trad. A. Manavit, Paris, Sagnier et Bray, 1846, p. 385-386.
8 Jean-Baptiste Lucotte Du Tillot, Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde, Amsterdam, J. F. Bernard, 1739, t. II, p. 87.
9Ibid.

Trois lys blancs

2018-84. Louis XX, ferme défenseur de la famille traditionnelle.

Discours
de

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
duc d’Anjou,
de jure SMTC le Roi Louis XX,
prononcé le vendredi 14 septembre 2018
à Chisinau (Moldavie)
à l’occasion du
12ème congrès mondial de la famille

Famille royale

Belle scène de vie de famille prise sur le vif :
Monseigneur le Prince Louis et la Princesse Marie-Marguerite
tiennent beaucoup à vivre avec leurs enfants une authentique vie de famille simple
imprégnée des valeurs traditionnelles

Du 14 au 16 septembre, à Chisinau, en Moldavie, s’est déroulé le 12ème congrès mondial de la famille, en présence de nombreuses personnalités tant de la société civile que du monde ecclésiastique.
SAR Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure SMTC le Roi Louis XX, y était invité à prendre la parole. 

Grâce au site de l’UCLF, nous avons eu connaissance de la traduction de ce discours que notre Souverain légitime a prononcé en anglais (pour ceux qui entendent cette langue, le site de l’UCLF permet aussi d’accéder à la vidéo de ce discours > ici, ainsi qu’à la vidéo de la rencontre de Monseigneur avec le Président de la république Moldave > ici).

Déjà, après l’annonce de la grossesse de la Princesse Marie-Marguerite (cf. > ici) puis après la précision donnée par le Secrétariat de Monseigneur le duc d’Anjou en France que l’enfant attendu est un troisième garçon, le site « Boulevard Voltaire » (quel nom abominable !) avait présenté la Famille Royale comme un modèle (voir > ici).
Le discours du Prince, dont nous reproduisons ci-dessous la traduction, est donc manifestement une preuve supplémentaire de son investissement ferme et courageux dans la défense de la famille traditionnelle.
C’est en même temps un démenti cinglant aux affirmations perfides d’un certain journaliste et écrivain – lequel, du haut d’une apparence noble usurpée, se donnerait volontiers comme l’interprète autorisé de la pensée du Prince -, qui affirmait il y a quelques mois que la prise de position de Monseigneur le duc d’Anjou contre le « mariage pour tous », lui avait été en quelque sorte imposée par une faction de type intégriste mais ne correspondait pas à sa pensée véritable !

Armes de France

Monsieur le Président,
Votre Sainteté, Eminence,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Tout d’abord soyez remerciés de me donner l’occasion d’intervenir sur le sujet de la famille, à l’ouverture de ce colloque international. Ce sujet m’est cher ainsi qu’à mon épouse. Nous vivons, en effet, dans nos sociétés occidentales, un moment crucial quant au rôle et à la place accordés à l’institution familiale, confrontée à de nombreux assauts. En dressant un état des lieux et en appelant au renouveau qui s’impose, ce congrès international, placé sous la présidence du Président de Moldavie et sous le patronage du Patriarche Kyril, et du Cardinal Parolin marquera donc une étape.

Il faut connaître les manières de résister face aux attaques auxquelles la famille traditionnelle est confrontée. Elles sont multiples : accueil d’une famille nombreuse, prière, action politique, sociale ou juridique, et toujours attention et vigilance permanentes. Il n’est pas exagéré de dire que les familles, dans bien des pays, doivent s’affirmer en résistant aux nombreuses mesures insidieuses qui cherchent à les affaiblir. Des congrès comme celui-ci contribuent à cet esprit de résistance, en facilitant les échanges et les partages de connaissances. Ensemble, il est plus facile de discerner les enjeux et les risques et de réfléchir aux moyens de remédier à cette situation qui, si elle devait continuer, n’amènerait qu’à la ruine de la société, voire à celle de la Civilisation.

La question de la défense de la famille est d’une extrême gravité tant elle touche à l’essentiel. La famille par la transmission naturelle de génération en génération, est intrinsèquement liée à la vie, et l’attaquer mène à des attitudes mortifères. L’une ne peut aller sans l’autre, même si, de nos jours, certains voudraient nous égarer dans d’autres voies telles que la théorie du genre ou les méthodes contre-nature comme la gestation pour autrui, que l’on réduit souvent à ses initiales, GPA, cherchant à cacher l’horreur de la pratique que les mots évoquent. L’avenir ne se trouve pas là. Bien au contraire ! Nier la famille naturelle, c’est nier la vie. Les orateurs vont nous le rappeler.

Parlant en ouverture de ce congrès il m’appartient de poser les problèmes tels que je les vois, et cela sous trois aspects : comme chef de la Maison de Bourbon et successeur des rois de France ; comme chef de famille, comme personne engagée dans la vie sociale.

Tout d’abord en tant que Chef de la Maison de Bourbon, je me trouve héritier d’une famille qui a régné durant plus de 800 ans en France et qui, surtout, comme tous les historiens le reconnaissent, a fait d’un petit domaine un état puissant et rayonnant en Europe et au-delà.

Cette œuvre a été possible parce qu’elle fut celle d’une famille, la famille royale, Ainsi, les lois fondamentales du royaume, la Constitution de l’époque, qui ont permis son développement, étaient à l’origine une loi de famille. Pour le plus grand bien collectif, ces lois organisaient la transmission du pouvoir royal de mâle en mâle par ordre de primogéniture. Elles garantissaient ainsi la stabilité du pouvoir et assuraient une dynastie nationale. Tel est le « miracle capétien ». Loi de famille mais tout autant loi sociale puisqu’elle était basée sur un ordre et qu’il en résultait des hiérarchies naturelles entre les personnes. Si toutes n’avaient pas les mêmes devoirs, toutes devaient concourir au Bien commun. L’aîné des mâles avait le devoir d’assurer la permanence de l’Etat, rôle principal de la fonction royale, mais les autres membres de la famille y concouraient que ce soit en étant héritier de droit, fonction du Dauphin ; en assumant la régence en cas de minorité du titulaire légitime, rôle souvent des mères ou des oncles ; ou en acceptant différentes fonctions pour les princes et princesses pourvus de charges de pouvoir… Cette manière de concevoir le pouvoir des dynasties n’est pas révolue. Dans les familles royales qui subsistent en Europe, dès leur plus jeune âge, les enfants et petits-enfants, les frères et sœurs participent à la fonction royale. Comment ne pas exprimer mieux, par cette pratique, combien le roi et sa famille sont au service de la société.

Au-delà, le roi, Chef de famille, symbolisait aussi l’unité de la société en étant le modèle de toutes les familles. Le lien qui unissait les Français entre eux était, avant tout, un lien de famille allant du plus humble jusqu’au roi. Ainsi loin d’être un objet de droit, chaque français était avant tout un sujet, c’est à dire une personne aux droits inaliénables. Ce lien entre le corps social et la tête manque actuellement. Ce lien organique est peut-être l’élément le plus important que la dynastie, la famille royale, a pu apporter. Ces principes furent compris, vécus et admis dès le grand Louis IX dont l’Eglise a fait un saint à la fin du XIIIe siècle. Ils n’ont pas varié durant des siècles car ils donnaient du sens à la vie en société, cette dernière étant bien plus qu’un ensemble d’individus tenus par des lois et de règlements mais une réelle communauté engagée par un même destin collectif. Voilà pourquoi la France ne fut pas seulement une réussite politique interne, mais avant tout un modèle de civilisation à partager. Et je le dis même pour aujourd’hui alors que notre pays semble parfois oublieux de ses grands principes, au point d’en renier certains, mais, voyez-vous, la force des principes est qu’ils demeurent contre vents et marées. Alors je préfère dire qu’ils sont en sommeil ! Comme l’exprimait déjà le Comte de Chambord, la France, peut renouer, du jour au lendemain avec ce qui demeure la force de la civilisation dont elle est porteuse qui repose sur le bien commun. Fruit du double héritage gréco-romain et chrétien, il passe par le statut donné à l’être humain qui trouve d’abord à s’épanouir au sein de la famille.

Mais je voudrais venir aussi à un second point, si le Chef de la Maison de Bourbon incarne, la famille royale et ses valeurs, il est aussi un chef de famille comme vous tous. Cette famille je la ressens dans mon être, au plus profond de moi. Cette famille ce sont ceux qui m’ont précédé et à qui je dois d’être ce que je suis. Voyez-vous, il n’y a pas un jour où je ne pense à mes aïeux qui m’ont légué une histoire qui parfois me dépasse ; où je ne pense à mon frère trop tôt perdu, à mon Père, mort alors que j’étais trop jeune, à mes grands-parents, à ma chère Grand-Mère décédée il y a quelques mois. D’eux tous, je suis redevable de ce que je suis, petit maillon d’une chaîne immense. Il est absurde de vouloir croire que l’on serait des individus orphelins qui auraient tout à redécouvrir ou à attendre de l’Etat. Bien évidemment si cela s’applique à ceux qui nous ont précédés, cela est encore plus vrai pour ceux qui sont actuellement à mes côtés, chaque jour, chaque instant. Que serais-je sans ma femme, sans mes chers enfants et parmi eux j’inclue le quatrième qui est annoncé pour dans quelques mois, mais qui est déjà une personne au sein de notre famille. Cet aspect spirituel, est au cœur de la famille et fait partie de son mystère. La famille est une entité en elle-même, exactement comme le couple est plus que le mari et la femme. Ainsi s’attaquer à la famille, c’est ruiner l’équilibre naturel, c’est rompre la chaîne des générations qui va des origines du monde à ce qui sera sa fin. Cette dimension de la famille est essentielle et la remettre en cause revient à attaquer les plus grands fondements de la société humaine. Il nous appartient de la défendre, à nous parents.

Nous sommes responsables de cette cellule sociale, lieu de la vraie solidarité et rempart contre la précarité et l’isolement. Cette défense de la famille passe par celle de la vie, de sa conception à la mort naturelle et, au-delà, par le respect dû aux morts qui ne doivent pas devenir des enjeux de pouvoir; elle passe par la transmission des valeurs et notamment par l’éducation qui ne peut se limiter à l’instruction.

Voilà ce qu’il convient d’affirmer et surtout d’assumer malgré les embûches de législations souvent hostiles. Ceux qui attaquent la famille naturelle savent ce qu’ils font. Par la famille ils cherchent à atteindre la société toute entière et ses fondements. C’est ainsi que naissent les totalitarismes. Ce danger est actuel. Malheureusement !

Voyez-vous, et ce sera mon troisième point qui porte sur le rôle social de chacun d’entre nous. Il repose sur l’expérience de l’histoire et sur l’actualité récente. Lorsque certains cherchent à rompre le pacte social, s’ils combattent dans un premier temps ceux qui s’y opposent par les idées ou par les armes, très vite et toujours ils cherchent à briser les familles. Pensons à la Vendée où femmes et enfants étaient tués encore plus que les combattants eux-mêmes et de façons atroces ; souvenons-nous des Arméniens et des politiques génocidaires qui ont suivi et qui, sur bien des points du globe continuent; comme nous l’avons vu il y a encore peu, pour les chrétiens d’Orient. Chaque fois, sous le règne des totalitarismes rouge, brun et maintenant vert, les familles sont inquiétées pour ce qu’elles représentent, chaque fois il y a des séparations forcées, l’emprise sur les enfants pour en faire des enfant-soldats, et des mises en esclavages pour les filles et les femmes. Sur ce point les familles royales ont payé leur écot. Rappelons Louis XVI assassinés avec femme, fils et sœur ; Nicolas II avec femme et enfants.

Cela montre combien la famille malgré toute sa fragilité demeure pour certains l’ennemi principal. Il est donc du devoir de tous et notamment de ceux qui aspirent à des fonctions religieuses, sociales, politiques mais aussi culturelles, de défendre la famille, c’est-à-dire la vie.

Ainsi, pour terminer, après avoir rappelé le lien entre famille royale, famille naturelle et famille sociale, je ferai une proposition : pourquoi ne pas proposer à l’Unesco d’inscrire au patrimoine mondial, le modèle de la famille naturelle traditionnelle, un père, une mère, des enfants, modèle ayant fait largement ses preuves. Voilà qui insufflerait une réelle dynamique à l’institution familiale en en faisant un modèle aux valeurs irremplaçables pour demain ?

Merci de m’avoir écouté et que saint Louis, mon aïeul, le roi aux onze enfants, protège nos familles.

Prince Louis de Bourbon, Duc d’Anjou
Chisinau (Moldavie)
Vendredi 14 septembre 2018

Trois lys blancs

2018-81. De la Révérende Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié, qui joua un rôle fondamental dans la consécration du Royaume de France à Notre-Dame.

1653 – 4 septembre – 2018

365ème anniversaire du rappel à Dieu
de la
Réverende Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié
née Anne de Goulaine

frise avec lys naturel

De la même manière que l’événement fondateur qu’est le Baptême de Clovis – en lequel se fait la naissance du Royaume de France – est entouré d’une pléiade de très grands saints, ainsi aussi cet autre événement majeur de notre histoire qu’est la consécration du Royaume à Notre-Dame par SMTC le Roi Louis XIII (cf. > ici) est lui aussi entouré d’une constellation de très grandes âmes, dont la plupart ne sont malheureusement pas assez connues aujourd’hui. 
Nous aurons l’occasion de parler prochainement plus en détail du Révérend Père Joseph de Paris, capucin, né François Le Clerc du Tremblay, un personnage-clef pour le règne de Louis XIII, mais en ce 4 septembre 2018, à l’occasion de l’exact 365ème anniversaire de son rappel à Dieu, le 4 septembre 1653, il faut prioritairement évoquer la figure de l’une de ses filles spirituelles, la Révérende Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié, née Anne de Goulaine. Elle est en effet une mystique de tout premier ordre et son influence fut déterminante dans la maturation du Vœu de Louis XIII.

Rde Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié - Anne de Goulaine

La Révérende Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié avec son ange gardien

Anne de Goulaine naquit le 20 septembre 1599, au château de Poulmic, édifié sur la presqu’île de Crozon (il n’en reste rien aujourd’hui).
Elle était la troisième fille de Messire Jean de Goulaine, seigneur et baron du Faoüet, cadet du marquis de Goulaine, et de Madame Anne de Ploeuc, sœur du marquis de Tymeur.
Dès son plus jeune âge, Anne fut favorisée de grâces extraordinaires, en particulier la compagnie visible de son saint ange gardien, mais également préscience et lecture dans les âmes…
A plusieurs reprises, elle fut miraculeusement soulagée dans ses maladies et consolée par la visite des saints. En contre partie de ces faveurs célestes, elle subit aussi de manière extraordinaire des vexations et attaques diaboliques.

Ses deux sœurs ainées étant entrées dans la congrégation des Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire que venaient de fonder le Révérend Père Joseph de Paris (du Tremblay) et la Révérende Mère Antoinette de Sainte-Scholastique (née Antoinette d’Orléans-Longueville), ses parents résolurent de la marier. Mais Anne aspirait elle aussi depuis sa plus tendre enfance à la consécration totale et sa détermination inflexible, opposée au dessein de ses parents, fut à l’origine de longues années d’affrontements et de souffrances, chacun campant fermement sur ses positions.

A la mort de son père, qui rend son âme à Dieu revenu à des dispositions plus conformes aux desseins du Ciel sur sa fille, Anne ne peut toutefois pas encore réaliser sa vocation. Si sa mère a renoncé à la marier et lui laisse donner libre cours à sa dévotion, elle est cependant malade et c’est à Anne qu’incombent les responsabilités de gestion et d’administration des domaines familiaux et les devoirs mondains y afférant.
Elle passe alors la plus grande partie de ses nuits en oraison et emploie tout le temps libre que lui laisse sa charge à visiter et soigner les pauvres et les malades du voisinage.
Les vexations et sévices diaboliques s’intensifient, mais les grâces divines augmentent elles aussi : à plusieurs reprises elle est favorisée de visions de Notre-Seigneur ou de Notre-Dame.

Enfin, en 1629, une communauté de Bénédictines du Calvaire s’étant établie à Morlaix – communauté dont l’une de ses sœurs est sous-prieure -, et Madame de Goulaine ayant cédé, Anne peut réaliser sa vocation et entrer au couvent. Cela se fait donc le 4 août 1629 : Anne est âgée de 29 ans et un peu plus de dix mois, âge très avancé pour une entrée en religion à cette époque.
Ayant accompli le postulat canonique, qui est alors de trois mois, elle est admise à la vêture le 4 novembre 1629 et reçoit, en même temps que le saint 
habit, le nom de Sœur Anne-Marie de Jésus Crucifié.

Pendant son noviciat, Sœur Anne-Marie continue à être favorisée de grâces extraordinaires et à être terriblement attaquée par le démon. Ses supérieures la feront passer par de rigoureuses épreuves pour s’assurer que les voies de la jeune religieuse sont bien de Dieu. Mais force est de constater que « ce trait puissant qui la possédait et l’attirait à la conversation céleste, ne l’empêchait pas d’agir extérieurement et de vaquer aux œuvres de charité et d’obéissance et d’assister à toutes les observances ».
Le Vendredi Saint 29 mars 1630, à midi, en présence de toute la communauté assemblée, Sœur Anne-Marie reçoit les sacrés stigmates. Par la suite, tous les vendredis, ces plaies seront revivifiées.

Normalement, elle eût dû prononcer ses vœux solennels un an après sa prise d’habit, donc en novembre 1630 ; mais informés des phénomènes mystiques hors du commun dont était gratifiée la novice, les supérieurs de Paris avaient exprimé le désir d’examiner eux-mêmes la jeune religieuse avant de l’admettre à la profession solennelle. Finalement, le voyage à Paris ne put avoir lieu comme initialement prévu et la supérieure de Morlaix fut autorisée à recevoir les vœux de Sœur Anne-Marie, à condition que, sitôt après, cette dernière partirait pour la capitale.
Cette profession solennelle eut lieu le 27 juin 1631, qui était cette année-là le vendredi après l’octave de la fête du Très Saint-Sacrement, c’est-à-dire le jour que quelques années plus tard  Notre-Seigneur Lui-même désignera pour qu’y soit célébrée la fête de Son Sacré-Coeur.
Lors de cette profession, dont on peut deviner avec quelle ferveur Sœur Anne-Marie s’y prépara et l’accomplit, eut lieu un nouveau prodige : alors qu’elle venait de prononcer ses vœux devant le Saint-Sacrement exposé, un rayon sortit de la Sainte Hostie et vint se poser dans un cœur qu’elle avait dessiné au-dessous de sa signature, sur l’acte manuscrit de sa profession, y laissant une petite goutte de Sang que l’on peut encore voir aujourd’hui, puisque ce document est conservé (archives du ministère des Affaires étrangères).

Conformément aux ordres reçus, Sœur Anne-Marie de Jésus-Crucifié fut alors envoyée à Paris où elle arriva à la fin du mois d’août et où elle restera jusqu’à la fin de sa vie, c’est-à-dire pendant 22 ans.
Le couvent dans lequel elle a vécu, en bordure du Marais, est aujourd’hui détruit, son souvenir ne subsiste que par le nom d’un boulevard et d’une station de métro : « Filles du Calvaire ».
Le Révérend Père Joseph de Paris (du Tremblay) ne la ménagera pas, tout en étant absolument convaincu du caractère surnaturel divin des voies mystiques dans lesquelles elle avance : mais il est de son devoir de la prémunir contre toute espèce d’illusion, manque d’humilité, complaisance en soi-même et contre tout mouvement de vénération indiscrète. Sous sa direction ferme, Mère Anne-Marie continue à croître dans une union à Dieu toujours plus intense, en humilité et en charité, dans une vie immolée et souffrante, jusqu’au moment de sa sainte mort, survenue le lundi 4 septembre 1653, à quelques jours de son 54ème anniversaire.

Vœu de Louis XIII - Simon Vouet

Vœu de Louis XIII
par Simon Vouet (vers 1633)
Mairie de Neuilly-Saint-Front (Picardie)

Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié et le Vœu de Louis XIII :

Le Révérend Père Joseph de Paris fut surnommé, on s’en souvient, l’ « Eminence grise » : « grise » en raison de la couleur de sa bure délavée de capucin ; « Eminence » en raison du rôle très important qu’il joua auprès du Roi Louis XIII aux côtés de Son Eminence Armand du Plessis cardinal de Richelieu, dont il fut le principal et très sage conseiller.
Les Bénédictines du Calvaire, et tout spécialement celles de Paris qui avaient de fréquents contacts avec leur fondateur, le Père Joseph, étaient donc particulièrement sollicitées pour soutenir de leurs prières et de leurs sacrifices la Personne du Roi, lui obtenir toutes les grâces nécessaires dans l’accomplissement de sa charge, et seconder dans l’invisible la politique du Roi Très Chrétien.
Or les années 1635-1636 furent particulièrement critiques pour le Royaume.

Décidés à dégager la France de l’étau dans lequel la tient dangereusement la Maison de Habsbourg, le Roi et le Cardinal lui ont déclaré la guerre. Si les débuts de la campagne ont été ponctués par de brillants succès, les revers se produisent bientôt et les Espagnols envahissent les provinces septentrionales du Royaume, s’approchant dangereusement de Paris.
Déjà, depuis le début la décennie, l’idée d’un vœu du Souverain à la Vierge s’était fait jour et revenait de manière récurrente : malgré la paix d’Alais (1629) – véritable terme des guerres civiles dites « de religion » – on pouvait craindre à tout moment un sursaut de trahison des sectateurs de la religion prétendue réformée, toujours prompts à s’allier avec les ennemis du Royaume. Un Royaume dont l’avenir était incertain du fait de l’absence d’héritier…
Les ferventes supplications de tous les couvents du Royaume sont instamment sollicitées. Le Roi écrit aux évêques pour qu’ils prescrivent et instituent dans tous les diocèses des prières publiques solennelles.

Après la prise de Corbie (15 août 1636), les Espagnols arrivent aux portes de Compiègne : la route de Paris leur est ouverte.
Le Roi qui a imploré d’une manière particulière le secours de la Sainte Mère de Dieu et qui, en gage de ce recours particulier à sa protection, a offert une lampe d’argent à Notre-Dame de Paris, reçoit alors communication des révélations particulières qui ont été accordées par Notre-Seigneur Jésus-Christ à Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié.
La moniale assure que Corbie va être reprise mais surtout elle fait porter à la connaissance du pieux monarque les grands desseins de Notre-Seigneur : « Je l’aime et l’aimerai s’il Me veut donner son cœur. Pour cela il faut qu’il M’aime plus qu’il ne fait… Il n’est pas né pour lui- même, mais pour Moi et son peuple (…). Je veux aussi qu’il fasse honorer Ma Mère en son royaume en la manière que Je lui ferai connaître. Je rendrai son royaume par l’intercession de ma Mère la plus heureuse patrie qui soit sous le ciel ».
Et c’est alors que tout semblait désespéré, alors que le Roi se murait dans sa mélancolie, alors que le Cardinal – devenu l’objet des huées de la foule – semblait perdre confiance en lui-même, alors que des trahisons se tramaient dans l’armée, alors que les Parisiens commençaient à s’enfuir en direction de Chartres ou d’Orléans, qu’un sursaut d’énergie, de patriotisme et de courage se produit : en quelques jours une armée de plus de quarante mille hommes est levée avec laquelle, ayant déjoué de nouveaux complots contre sa personne et évincé les chefs incapables, le Cardinal – présent lui-même à l’armée – reconquiert Corbie le 10 novembre de cette même année 1636, conformément aux prophéties de la religieuse.

L’année 1636 s’achève sur des succès militaires et dans l’action de grâces à Dieu.
Louis XIII et le Cardinal savent désormais que l’offrande d’un luminaire d’argent – fut-il somptueux – à Notre-Dame de Paris n’est point suffisant. Plusieurs témoignages nous assurent que Louis XIII consacre de manière privée sa Personne et son Royaume à Notre-Dame dans les premiers mois de l’année 1637 : mais cela non plus n’est pas suffisant.
On conserve, en date d’octobre 1637, plusieurs brouillons sur lesquels on voit, raturé et corrigé de la main du Cardinal, un projet de prières publiques pour la consécration du Royaume à la Vierge, et des lettres patentes que Sa Majesté présente finalement au Parlement au mois de décembre 1637 : lettres patentes par lesquelles, en vertu de son autorité souveraine, il déclare se mettre personnellement, lui et son royaume, sous la protection de la Très Sainte Vierge Marie.

La suite, on la connaît : le 10 février 1638 le Roi signe et promulgue l’Edit de Saint-Germain et c’est à Abbeville, où il se trouve au milieu de ses armées, que le 15 août 1638 il accomplira lui-même les cérémonies qu’il a prescrites dans tout le Royaume à perpétuité, et que nous nous faisons encore aujourd’hui un honneur et un devoir d’accomplir fidèlement tous les 15 août.

La Révérende Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié va demeurer encore 15 ans sur cette terre après que sa « mission publique » a été conduite à sa réalisation : 15 années vécues encore dans d’extraordinaires voies de souffrance et d’amour ; 15 ans, c’est d’ailleurs aussi le temps que Notre-Dame est restée sur cette terre après l’Ascension de son divin Fils dans l’attente de Le rejoindre.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Abraham Bosse voeu de Louis XIII

Le Vœu de Louis XIII (gravure d’Abraham Bosse) 

2018-80. « Louis XVIII n’eut pas de plus incommode sujet, ni ses meilleurs ministres de collègue plus dangereux. »

1768 – 4 septembre – 2018

à propos du
250ème anniversaire de la naissance
de
François-René de Chateaubriand

François-René, vicomte de Chateaubriand, est né à Saint-Malo le 4 septembre 1768 : cela fait donc 250 ans.
Il s’est éteint à Paris dans sa 80ème année le 4 juillet 1848 : cela fait 170 ans.
Personnage complexe, Chateaubriand, qui fut parfois un assez bon serviteur de la Royauté, eut le génie de certaines phrases dont nous ne pouvons qu’admirer la justesse. Je pense par exemple à celle-ci que j’aime beaucoup : « Le trône de Saint Louis sans la religion de Saint Louis est une supposition absurde ». De là à faire du vicomte un authentique légitimiste et un grand serviteur du trône et de l’autel, il y a un précipice que je me garderai bien de franchir.
Chateaubriand fut un romantique.
Et son romantisme gâche sa pensée politique autant que sa pensée religieuse.
Si l’on ne peut nier l’influence qu’exerça son « Génie du Christianisme » sur le regain d’intérêt pour la religion catholique après la déchristianisation révolutionnaire, on doit toutefois déplorer que son argumentation se résume finalement preque uniquement en ceci : c’est vrai parce que c’est beau.
Ce sentimentalisme et ce subjectivisme – alliés à un « complexe d’excellence » démesuré – se retrouvent dans la manière dont il servira les Bourbons : s’alliant tantôt aux « ultras » tantôt aux libéraux, au gré de la rumination de ses amertumes et de ses rancœurs, il n’a pas su fonder sa pensée et son action politique sur les principes de la monarchie traditionnelle ni s’y soumettre. Si le littérateur déploie des pages admirables, ces apparences font qu’il n’en est parfois que plus dangereux. Ainsi que l’a écrit Charles Maurras : « Il est lamentable que des monarchistes puissent écrire le nom de Chateaubriand auprès de ceux de Maistre et de Bonald ».
Ce pourquoi, lors même que je ne suis pas maurrassien – loin s’en faut -, je n’hésite cependant pas aujourd’hui à publier ci-dessous l’analyse, impitoyable de juste lucidité, que Maurras a donnée de Chateaubriand dans son essai « Trois idées politiques ».
Je le fais pour donner à réfléchir à ceux qui, aujourd’hui, se prétendent légitimistes mais sombrent dans les mêmes abîmes d’incohérence que Chateaubriand et qui, en définitive, au lieu de s’en tenir à une exigeante formation, par l’étude approfondie des principes objectifs et un travail rigoureux de la pensée, en restent toujours, dans leur attachement à la Royauté, à un subjectivisme plus ou moins passéiste, romantique et sentimental, et s’illusionnent facilement ; car, alors, en prétendant servir l’idée royale et la Tradition monarchique – parfois avec beaucoup de sincérité d’ailleurs -, ils servent surtout leurs rêves, leurs ambitions et leurs propres fantasmes…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Voir aussi ce que nous avions publié à son sujet > ici

Chateaubriand vers 1828 - Pierre-Louis Delaval

François-René, vicomte de Chateaubriand
vers 1828
par Pierre-Louis Delaval

Chateaubriand ou l’anarchie.

« J’admire surtout l’égarement de la vieille France. Ce Régime ancien dont elle garde la religion, l’État français d’avant dix-sept cent quatre-vingt-neuf, était monarchique, hiérarchique, syndicaliste et communautaire ; tout individu y vivait soutenu et discipliné ; Chateaubriand fut des premiers après Jean-Jacques qui firent admettre et aimer un personnage isolé et comme perclus dans l’orgueil et l’ennui de sa liberté.

La vieille France avait ses constitutions propres, nées des races et des sols qui la composaient. Les voyages de Chateaubriand aux pays anglais marquent, avec ceux de Voltaire et de Montesquieu, les dates mémorables de l’anglomanie constitutionnelle ; il ne guérit jamais de son premier goût pour les plagiats du système britannique, libéralisme, gouvernement parlementaire et régime de cabinet.

La vieille France avait l’esprit classique, juridique, philosophique, plus sensible aux rapports des choses qu’aux choses mêmes, et, jusque dans les récits les plus libertins, ses écrivains se rangeaient à la présidence de la raison ; comme les Athéniens du Ve siècle, cette race arrivée à la perfection du génie humain avait, selon une élégante expression de M. Boutmy (note : Émile Boutmy, 1835-1906, fondateur en 1872 de l’École libre des sciences politiques, qu’il dirigera jusqu’à sa mort), réussi à substituer « le procédé logique » au « procédé intuitif » qu’elle laissait aux animaux et aux barbares ; Chateaubriand désorganisa ce génie abstrait en y faisant prévaloir l’imagination, en communiquant au langage, aux mots, une couleur de sensualité, un goût de chair, une complaisance dans le physique, où personne ne s’était risqué avant lui. En même temps, il révélait l’art romantique des peuples du nord de l’Europe. Quoiqu’il ait plus tard déploré l’influence contre nature que ces peuples sans maturité acquirent chez nous, il en est le premier auteur.

La vieille France professait ce catholicisme traditionnel qui, composant les visions juives, le sentiment chrétien et la discipline reçue du monde hellénique et romain, porte avec soi l’ordre naturel de l’humanité ; Chateaubriand a négligé cette forte substance de la doctrine. De la prétendue Renaissance qu’on le loue d’avoir provoqué datent ces « pantalonnades théologiques », ce manque de sérieux dans l’apologétique, qui faisaient rire les maîtres d’Ernest Renan. Examinée de près, elle diffère seulement par le lustre du pittoresque et les appels au sens du déisme sentimental propagé par les Allemands et les Suisses du salon Necker. On a nommé Chateaubriand un « épicurien catholique », mais il n’est point cela du tout. Je le dirais plus volontiers un protestant honteux vêtu de la pourpre de Rome. Il a contribué presque autant que Lammenais, son compatriote, à notre anarchie religieuse.

Si enfin le Génie du Christianisme lui donne l’attitude d’un farouche adversaire de la Révolution, de fait, il en a été le grand obligé.

Lorsque, ayant pris congé des sauvages de l’Amérique, François-René de Chateaubriand retrouva sa patrie, elle était couverte de ruines qui l’émurent profondément. Ses premières ébullitions furent, il est vrai, pour maudire dans un Essai (note : L’Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la Révolution française, en 1797) fameux ce qui venait d’ainsi périr. Peu à peu toutefois, l’imagination historique reprenant le dessus, il aima, mortes et gisantes, des institutions qu’il avait fuies jusqu’au désert, quand elles florissaient. Il leur donna, non point des pleurs, mais des pages si grandement et si pathétiquement éplorées que leur son éveilla, par la suite, ses propres larmes.

Il les versa de bonne foi. Cette sincérité allait même jusqu’à l’atroce. Cet artiste mit au concert de ses flûtes funèbres une condition secrète, mais invariable : il exigeait que sa plainte fût soutenue, sa tristesse nourrie de solides calamités, de malheurs consommés et définitifs, et de chutes sans espoir de relèvement. Sa sympathie, son éloquence, se détournait des infortunes incomplètes. Il fallait que son sujet fût frappé au cœur. Mais qu’une des victimes, roulée, cousue, chantée par lui dans le « linceul de pourpre », fit quelque mouvement, ce n’était plus de jeu ; ressuscitant, elles le désobligeaient pour toujours.

Quand donc la monarchie française eut le mauvais goût de renaître, elle fut bien reçue ! Après les premiers compliments, faits en haine de Bonaparte et qu’un bon gentilhomme ne refusait pas à son prince, Chateaubriand punit, du mieux qu’il le put faire, ce démenti impertinent que la Restauration infligeait à ses Requiem. Louis XVIII n’eut pas de plus incommode sujet, ni ses meilleurs ministres de collègue plus dangereux.

Enfin 1830 éclate, le délivre. Voilà notre homme sur une ruine nouvelle. Tous les devoirs de loyalisme deviennent aussitôt faciles et même agréables. Il intrigue, voyage, publie des déclarations. « Madame, votre fils est mon roi ! » La mort de Napoléon II lui donne un grand coup d’espérance ; si le duc de Bordeaux, lui aussi… ? Mais le duc de Bordeaux grandit. Cette douceur est refusée à M. de Chateaubriand de chanter le grand air au service du dernier roi ; il se console en regardant le dernier trône mis en morceaux.

La monarchie légitime a cessé de vivre, tel est le sujet ordinaire de ses méditations ; l’évidence de cette vérité provisoire lui rend la sécurité ; mais toutefois, de temps à autre, il se transporte à la sépulture royale, lève le drap et palpe les beaux membres inanimés. Pour les mieux préserver de reviviscences possibles, cet ancien soldat de Condé les accable de bénédictions acérées et d’éloges perfides, pareils à des coups de stylet.

Ceci est littéral. À ses façons de craindre la démagogie, le socialisme, la République européenne, on se rend compte qu’il les appelle de tous ses vœux. Prévoir certains fléaux, les prévoir en public, de ce ton sarcastique, amer et dégagé, équivaut à les préparer.

Assurément, ce noble esprit, si supérieur à l’intelligence des Hugo, des Michelet et des autres romantiques, ne se figurait pas de nouveau régime sans quelque horreur. Mais il aimait l’horreur ; je voudrais oser dire qu’il y goûtait, à la manière de Néron et de Sade, la joie de se faire un peu mal, associée à des plaisirs plus pénétrants.

Son goût des malheurs historiques fut bien servi jusqu’à la fin. Il mourut dans les délices du désespoir ; le canon des journées de juin s’éteignait à peine. Il avait entendu la fusillade de février. Le nécrologue des théocraties et des monarchies, qui tenait un registre des empereurs, des papes, des rois et des grands personnages saisis devant lui par la disgrâce ou la mort, n’entonna point le cantique de Siméon sans avoir mis sur ses tablettes l’exil des Orléans et la chute de Lamartine.

Race de naufrageurs et de faiseurs d’épaves, oiseau rapace et solitaire, Chateaubriand n’a jamais cherché, dans la mort et dans le passé, le transmissible, le fécond, le traditionnel, l’éternel ; mais le passé, comme passé, et la mort, comme mort, furent ses uniques plaisirs. Loin de rien conserver, il fit au besoin des dégâts, afin de se donner de plus sûrs motifs de regrets. En toutes choses, il ne vit que leur force de l’émouvoir, c’est-à-dire lui-même. À la cour, dans les camps, dans les charges publiques comme dans ses livres, il est lui, et il n’est que lui, ermite de Combourg, solitaire de la Floride. Il se soumettait l’univers. Cet idole des modernes conservateurs nous incarne surtout le génie des Révolutions. Il l’incarne bien plus que Michelet peut-être. On le fêterait en sabots, affublé de la carmagnole et cocarde rouge au bonnet. »

Charles Maurras,
in « Trois idées politiques » (1898) – chap.1

En fin d’ouvrage, Charles Maurras a ajouté plusieurs notes développées dont il me semble aussi important de reproduire la quatrième :

Note IV -  Chateaubriand et les idées révolutionnaires.

Louis XVIII n’eut pas de plus incommode sujet, ni ses meilleurs ministres de collègue plus dangereux.

M. André Maurel a publié, à la librairie de la Revue blanche, un intéressant et profitable Essai sur Chateaubriand, écrit d’ailleurs avec un enthousiasme qui n’admet point de réserve.
Malgré d’extrêmes divergences dans l’appréciation, nous nous accordons, M. Maurel et moi, sur plus d’un point de fait. J’extrais du livre les textes suivants qui sont relatifs au héros. Page 158 : « Il a désiré le pouvoir et, dès qu’il le tient, il s’ennuie. » (C’est qu’il voulait non s’en servir pour le service d’une idée mais pour en jouir, assez noblement il est vrai.) Page 173 : « À vrai dire, l’opposition était l’atmosphère de ce passionné. » (Parce que c’est là que la personnalité politique se donne commodément et impunément carrière.) Page 205 : « La liberté !… Il la proclamait seule féconde. » (Il fut, en effet, toute sa vie un libéral, ou, ce qui revient au même, un anarchiste. Je ne suis pas de ceux qui font de vaines différences entre les idées de Jules Simon et celles de Ravachol ; ces deux esprits ne connurent que des désaccords de méthode.)
Dans son analyse des écrits politiques, M. André Maurel fait ressortit que Chateaubriand demeura toujours attaché aux idées de la Révolution. Il est donc lamentable que des monarchistes puissent écrire le nom de Chateaubriand auprès de ceux de Maistre et de Bonald.
Au contraire de ces deux philosophes royalistes, ce qu’il voulait, c’était les idées de la Révolution sans les hommes et les choses de la Révolution. Il opinait de conserver la doctrine et de biffer l’histoire. Or, ceci ne se biffe pas et cela ne se peut garder dans une tête saine. Les idées de la Révolution sont proprement ce qui a empêché le mouvement révolutionnaire d’enfanter un ordre viable ; l’association du Tiers État aux privilèges du clergé et de la noblesse, la vente, le transfert, le partage des propriétés, les nouveautés agraires, la formation d’une noblesse impériale, l’avènement des grandes familles jacobines, voilà des événements naturels et, en quelque sorte, physiques, qui, doux ou violents, accomplis sous l’orage ou sous le beau temps, se sont accomplis. Je les nomme des faits. Ces faits pouvaient fort bien aboutir à reconstituer la France comme fut reconstituée l’Angleterre de 1688 ; il suffisait qu’on oubliât des principes mortels. Les effets de ces mouvements une fois consolidés et ces faits une fois acquis, l’œuvre de la nature eût bientôt tout concilié, raffermi et guéri. Mais les principes révolutionnaires, défendus et rafraîchis de génération en génération (n’avons-nous pas encore une Société des Droits de l’Homme et du citoyen ?) ont toujours entravé l’œuvre naturelle de la Révolution. Ils nous tiennent tous en suspens, dans le sentiment du provisoire, la fièvre de l’attente et l’appétit du changement. Il y eut un ancien régime. Il n’y a pas encore de régime nouveau ; il n’y a qu’un état d’esprit tendant à empêcher ce régime de naître.
M. André Maurel exagère d’ailleurs les qualités et même, je crois bien, le rôle politiques de Chateaubriand. En fermant son Essai, il convient de relire les lettres du grand homme à Mme de Duras, avec les réponses de celle-ci. Cette correspondance est un antidote assuré contre tous les panégyriques.

2018-76. « Ode sur le rétablissement de la statue de Henri IV » (Victor Hugo).

Samedi 25 août 2018,
Fête de Saint Louis, Roi de France (cf. > ici) ;
2ème centenaire du rétablissement de la statue d’Henri IV au Pont-Neuf.

Le 6 juillet dernier, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc, d’Anjou, aîné des Capétiens et descendant direct de Henri IV, de jure SMTC le Roi Louis XX, est venu à Paris pour une journée commémorative – à laquelle, malheureusement, il semble qu’on n’ait pas voulu donner toute l’importance qu’elle eût normalement mérité -, afin de célébrer le deuxième centenaire du rétablissement de la statue de Henri IV le Grand, sur le Pont-Neuf.
A cette occasion, nous avons rappelé l’histoire de cette statue, très aimée des Parisiens, et publié de larges extraits des deux allocutions prononcées par le Successeur légitime du Bon Roi Henri (cf. > ici).

Ainsi que nous le rappelions, c’est le 25 août 1818 que fut célébrée – dans une extraordinaire liesse populaire – l’inauguration de la statue restaurée du premier Roi Bourbon.
Victor Hugo – loin encore d’être le libre penseur porté aux nues par la 3ème république – était alors un jeune homme de 16 ans et demi, ardent légitimiste. Le poème qui suit traduit, en des formes assez convenues, l’enthousiasme qu’il éprouvait alors sincèrement pour les Bourbons et pour la Restauration de la Royauté légitime : un enthousiasme stimulé par les mouvements d’une foule empressée qui se portait avec une euphorie non simulée à toutes les manifestations publiques de la monarchie rétablie.

Cette « Ode sur le rétablissement de la statue de Henri IV » fut primée par un lis d’or décerné par l’Académie. Victor Hugo la placera ensuite dans le recueil « Odes et Ballades » (1826).
La première partie commence par évoquer les anciens héros et grands personnages de l’Antiquité auxquels on éleva de somptueux monuments aujourd’hui détruits et oubliés. La deuxième partie se lamente sur la destruction de la statue du Pont-Neuf, la violation des sépultures royales à Saint-Denys, et l’ingratitude de la France à l’encontre de l’un de ses plus grands Rois. La troisième partie évoque l’allégresse populaire et les transports de joie des Parisiens au rétablissement de la statue de Henri IV, pour célébrer ensuite la Restauration. Enfin la quatrième partie chante la gloire de Henri IV promise à une pérennité spirituelle plus encore qu’à celle des plus solides monuments.

Trois lys blancs
25 août 1818 rétablissement de la statue d'Henri IV au Pont-Neuf
ODE
SUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA STATUE
DE HENRI IV,
Qui a remporté le Prix du Lis d’or proposé par l’Académie ;
Par M. Victor-Marie HUGO.
Accinçunt omnes operi, pedibusque rotarum
Subjiciunt lapsus, et stuppea vincula collo
Intendunt… Pueri innuptæque puellæ
Sacra canunt, funemque manu contingere gaudent.
Virg., Æn., lib. II.

 I.

Je voyais s’élever, dans le lointain des âges,
Ces monuments, espoir de cent rois glorieux ;
Puis je voyais crouler les fragiles images
De ces fragiles demi-dieux.
Alexandre, un pêcheur des rives du Pirée
Foule ta statue ignorée
Sur le pavé du Parthénon ;
Et les premiers rayons de la naissante aurore
En vain dans le désert interrogent encore
Les muets débris de Memnon.

Qu’ont-ils donc prétendu, dans leur esprit superbe,
Qu’un bronze inanimé dût les rendre immortels ?
Demain le temps peut-être aura caché sous l’herbe
Leurs imaginaires autels.
Le proscrit à son tour peut remplacer l’idole ;
Des piédestaux du Capitole
Sylla détrône Marius.
Aux outrages du sort insensé qui s’oppose !
Le sage, de l’affront dont frémit Théodose,
Sourit avec Démétrius.

D’un héros toutefois l’image auguste et chère
Hérite du respect qui payait ses vertus ;
Trajan domine encore les champs que de Tibère
Couvrent les temples abattus (note 1).
Souvent, lorsqu’en l’horreur des discordes civiles,
La terreur planait sur les villes,
Aux cris des peuples révoltés,
Un héros, respirant dans le marbre immobile,
Arrêtait tout à coup par son regard tranquille
Les factieux épouvantés.

II.

Eh quoi ! sont-ils donc loin, ces jours de notre histoire
Où Paris sur son prince osa lever son bras ? (note 2)
Où l’aspect de Henri, ses vertus, sa mémoire,
N’ont pu désarmer des ingrats ?
Que dis-je ? ils ont détruit sa statue adorée.
Hélas ! cette horde égarée
Mutilait l’airain renversé ;
Et cependant, des morts souillant le saint asile,
Leur sacrilège main demandait à l’argile
L’empreinte de son front glacé ! (note 3)

Voulaient-ils donc jouir d’un portrait plus fidèle
Du héros dont leur haine a payé les bienfaits ?
Voulaient-ils, réprouvant leur fureur criminelle,
Le rendre à nos yeux satisfaits ?
Non ; mais c’était trop peu de briser son image ;
Ils venaient encor, dans leur rage,
Briser son cercueil outragé ;
Tel, troublant le désert d’un rugissement sombre,
Le tigre, en se jouant, cherche à dévorer l’ombre
Du cadavre qu’il a rongé (note 4).

Assis près de la Seine, en mes douleurs amères,
Je me disais : « La Seine arrose encore Ivry,
Et les flots sont passés où, du temps de nos pères,
Se peignaient les traits de Henri.
Nous ne verrons jamais l’image vénérée
D’un roi qu’à la France éplorée
Enleva sitôt le trépas ;
Sans saluer Henri nous irons aux batailles,
Et l’étranger viendra chercher dans nos murailles
Un héros qu’il n’y verra pas. »

III.

Où courez-vous ? — Quel bruit naît, s’élève et s’avance ?
Qui porte ces drapeaux, signe heureux de nos rois ?
Dieu ! quelle masse au loin semble, en sa marche immense,
Broyer la terre sous son poids ?
Répondez… Ciel ! c’est lui ! je vois sa noble tête…
Le peuple, fier de sa conquête,
Répète en chœur son nom chéri.
Ô ma lyre ! tais-toi dans la publique ivresse ;
Que seraient tes concerts près des chants d’allégresse
De la France aux pieds de Henri ?

Par mille bras traîné, le lourd colosse roule (note 5).
Ah ! volons, joignons-nous à ces efforts pieux.
Qu’importe si mon bras est perdu dans la foule !
Henri me voit du haut des cieux.
Tout un peuple a voué ce bronze à ta mémoire,
Ô chevalier, rival en gloire
Des Bayard et des Duguesclin !
De l’amour des Français reçois la noble preuve,
Nous devons ta statue au denier de la veuve,
À l’obole de l’orphelin.

N’en doutez pas, l’aspect de cette image auguste
Rendra nos maux moins grands, notre bonheur plus doux ;
Ô Français ! louez Dieu, vous voyez un roi juste,
Un Français de plus parmi vous.
Désormais, dans ses yeux, en volant à la gloire,
Nous viendrons puiser la victoire ;
Henri recevra notre foi ;
Et quand on parlera de ses vertus si chères,
Nos enfants n’iront pas demander à nos pères
Comment souriait le bon roi !

IV.

Jeunes amis, dansez autour de cette enceinte ;
Mêlez vos pas joyeux, mêlez vos heureux chants ;
Henri, car sa bonté dans ses traits est empreinte,
Bénira vos transports touchants.
Près des vains monuments que des tyrans s’élèvent,
Qu’après de longs siècles achèvent
Les travaux d’un peuple opprimé.
Qu’il est beau, cet airain où d’un roi tutélaire
La France aime à revoir le geste populaire
Et le regard accoutumé !

Que le fier conquérant de la Perse avilie,
Las de léguer ses traits à de frêles métaux,
Menace, dans l’accès de sa vaste folie,
D’imposer sa forme à l’Athos ;
Qu’un Pharaon cruel, superbe en sa démence,
Couvre d’un obélisque immense
Le grand néant de son cercueil ;
Son nom meurt, et bientôt l’ombre des Pyramides
Pour l’étranger, perdu dans ces plaines arides,
Est le seul bienfait de l’orgueil.

Un jour (mais repoussons tout présage funeste !)
Si des ans ou du sort les coups encor vainqueurs
Brisaient de notre amour le monument modeste,
Henri, tu vivrais dans nos cœurs ;
Cependant que du Nil les montagnes altières,
Cachant cent royales poussières,
Du monde inutile fardeau,
Du temps et de la mort attestent le passage,
Et ne sont déjà plus, à l’œil ému du sage,
Que la ruine d’un tombeau.

Février 1819.

Détail de la statue équestre d'Henri IV au Pont-Neuf

Notes :

  1.  La colonne Trajane s’élève près de remplacement où furent le sacrum Tiberinum et la via Caprœensis.
  2. La statue de Henri IV fut renversée à l’époque du 10 août.
  3. On sait que ce fut dans le même temps (en 1792 et 1793), qu’après avoir violé les tombes royales, on posa un masque de plâtre sur le visage de Henri, pour mouler ses traits.
  4. Suivant M. le Monnier, le tigre des déserts de Sahara, non content d’avoir dévoré ses victimes, s’acharne encore sur l’ombre de leurs squelettes. M. de Borda s’exprime, sur le même sujet, de la manière suivante : « j’ai vu des tigres d’Afrique, amenés à Damas, et enfermés dans l’immense arène de Magis-Patar, dévorer avec la plus révoltante férocité les bœufs et les hiènes qu’on leur donnait tous vivans, et, leur premier appétit satisfait, passer des journées entières à guetter l’ombre des carcasses décharnées de ces animaux. Il est probable que le mouvement de l’ombre présentait à ces tigres une apparence de vie dans ce qui n’avait pas même une apparence de corps ».
  5. Personne n’ignore l’enthousiasme avec lequel le peuple, le 13 août 1818, s’empara de la statue de Henri IV, et la traîna à force de bras au lieu où elle devait être élevée.

Trois lys blancs

Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 24 août, 2018 |1 Commentaire »
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