Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2021-5. « Si chaque baptisé était habité par la foi d’un Louis XVI, la morgue républicaine se serait effacée depuis longtemps.»

Prédication du Révérend Père Jean-François Thomas s.j.
à la Messe solennelle de Requiem
célébrée à la pieuse mémoire de Sa Majesté le Roi Louis XVI

Eglise Saint-Eugène-Sainte-Cécile
Paris

jeudi 21 janvier 2021

frise lys deuil

Nous sommes encore une fois infiniment reconnaissants envers le Révérend Père Thomas qui nous a adressé le texte de la prédication qu’il a donnée en l’église Saint-Eugène & Sainte-Cécile de Paris à l’occasion de la Sainte Messe solennelle de Requiem qui a été célébrée ce jeudi 21 janvier 2021, à l’occasion du 228ème anniversaire du martyre de SMTC le Roi Louis XVI, et qui nous a autorisés à le publier dans les pages de ce blogue.

apothéose de louis XVI

L’apothéose de Louis XVI
(gravure de l’époque de la Restauration)

 Trois lys blancs

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Mes chers Frères,

Le ciel est bas et gris en ce Paris du 21 janvier 1793. La foule est dense tout au long du sinistre cortège amenant le fils de saint Louis à l’échafaud. Elle l’est encore plus autour de cette guillotine dont le couperet tombe avec un bruit sec et sifflant à 10h 10. Louis-Marie Prudhomme, cet imprimeur et éditeur jacobin du journal Les Révolutions de Paris (qui mourra de sa belle mort à Paris sous la Restauration), écrit, lyrique et prophétique : « Un citoyen monta sur la guillotine, et plongeant son bras nu dans le sang de Capet qui s’était amassé en grande abondance, il en prit des caillots plein la main et en aspergea par trois fois la foule des assistants qui se pressaient au pied de l’échafaud pour en recevoir chacun une goutte sur le front. – Frères, disait le citoyen en faisant son aspersion, frères, on nous a menacés que le sang de Louis Capet retomberait sur nos têtes ; eh bien ! qu’il y retombe. » Quelques dix-huit cents ans auparavant, des mots semblables avaient été prononcés, -tant les hommes sont toujours et partout de la même étoffe, sous le ciel de Jérusalem : « Pilate voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau et se lava les mains devant le peuple, disant : Je suis innocent du sang de ce juste : voyez vous-mêmes. Et tout le peuple répondant, dit : Son sang sur nous et sur nos enfants !» (Matthieu, XXVII.24-25). Le sang que les prêtres du Temple répandaient sur les têtes lors des sacrifices était purificateur, comme le sera, éminemment et de façon définitive, le Sang du Maître crucifié par et pour le péché des hommes. Sur la place de la Révolution, ancienne place Louis XV, en ce matin d’hiver, la singerie et la parodie sacrilèges des sans-culottes imitant diaboliquement l’aspersion sainte et trinitaire avec le sang du Lieutenant du Christ vont prendre la France dans l’étau de son propre parjure. Oui, le sang versé est retombé sur nos têtes, et il ne cesse d’y couler, non point pour notre rachat puisque la république n’a jamais fait acte de repentir, – elle qui pourtant a souvent la repentance à la bouche lorsqu’il s’agit de dégrader un peu plus l’honneur flétri de notre pays, mais pour notre terrible destinée d’héritiers dépouillés et errants, vivant dans les guenilles spirituelles d’un faste perdu. « Le sang de Louis Capet est de l’eau bénite » dira un des enragés assistant à l’exécution tandis que la foule bat des mains. La terre de France, celle qui avait reçu l’eau du baptême de Clovis et de ses guerriers, celle qui avait été purifiée par le sang de tant de martyrs, a bu le sang du Roi et des victimes de la Révolution. Ce sang innocent ne crie pas vengeance car telle n’est pas l’attitude du témoin qui donne sa vie pour la foi. La punition est celle que s’inflige notre pays en refusant de courber la tête et de tourner le dos à ses erreurs et à ses crimes. Les révolutionnaires voulurent réduire à néant l’âme millénaire de la France en créant un monde nouveau, libéré de Dieu, mais ils ne réussirent qu’à instaurer des ténèbres qui ne cessent de s’épaissir puisque les « valeurs républicaines » sont le plus souvent des armes contre le droit naturel et la grâce surnaturelle.

Il est légitime de s’appliquer à retracer le martyre de Louis XVI, vraiment tué par haine du divin. L’Église, en France, n’a guère combattu, sauf exceptions, pour canoniser le Roi, la Reine, le malheureux Dauphin, Madame Élisabeth et tous ceux assassinés eux aussi comme symboles d’une société, certes pécheresse, mais vivant sous le regard de Dieu. Notre Roi pourtant, sans calcul ni affectation, imita dans son abaissement la Passion de Notre Seigneur. L’abbé Edgeworth, accompagnant le condamné jusqu’au dernier instant, rapporta comment Louis XVI, refusant d’avoir les mains liés, se laissa faire lorsque son ultime confesseur lui dit, dans les larmes et au milieu des roulements de tambours : «  Sire, dans ce nouvel outrage, je ne vois qu’un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense. » Et le Roi de répondre, les yeux vers le ciel : « Assurément, il ne faut rien de moins que son exemple pour que je me soumette à un pareil affront. » Puis, s’adressant aux bourreaux : «  Faites ce que vous voudrez, je boirai le calice jusqu’à la lie. » Une telle attitude de noblesse, de courage et d’abandon à la divine volonté n’est pas une posture, et ses ennemis eux-mêmes ne s’y sont point trompés car les bougres étaient tout entiers pétris de farine chrétienne. Le procureur-syndic de la Commune Pierre Manuel, qui participa aussi aux massacres de juin et de septembre 1792, et qui se repentira par la suite, déclara, pour s’en lamenter, au journal La Révolution de 92 le 18 janvier 1793, trois jours donc avant l’exécution : « Si Louis XVI subit son jugement, comme il n’est plus possible d’en douter, la mort de Louis de Louis XVI sera la mort d’un saint. » Prudhomme, dans Les Révolutions de Paris, écrira de même : « Les prêtres et les dévotes qui déjà cherchent sur le calendrier une place à Louis XVI parmi les martyrs, ont fait un rapprochement de son exécution et de la Passion de leur Christ. » Hébert, dans l’épouvantable publication Le Père Duchesne, partagera une prédiction semblable : « Le pape va en faire un nouveau saint ; déjà les prêtres achètent ses dépouilles et en font des reliques ; déjà les vieilles dévotes racontent des miracles de ce nouveau saint. » Hélas, si les petites gens et le bas clergé ne se trompèrent point sur la conformité étonnante, presque un décalque, entre la mort du Roi et la Passion du Sauveur, la prophétie des révolutionnaires, qui eurent là une conviction unanime, ne trouva aucun écho à Rome, ni alors, ni par la suite, et le haut clergé de la Restauration ne montra guère d’enthousiasme à élever le Roi martyr sur les autels car sa mort soulignait trop les lâchetés, les abandons et les apostasies de cette époque tragique. Le bourreau Sanson semble avoir reçu plus de lumière surnaturelle lorsqu’il envoie une lettre au journal Le Thermidor, publiée le 22 février 1793 : «  Et pour rendre hommage à la vérité, il (le roi) a soutenu tout cela avec un sang-froid et une fermeté qui nous a tous étonnés. Je reste très convaincu qu’il avait puisé cette fermeté dans les principes de la religion dont personne plus que lui ne paraissait pénétré ni persuadé. » La voix des ennemis et des persécuteurs fait plus autorité que les panégyriques faciles pour affirmer et révéler la vérité. Tel fut le cri du centurion et des soldats gardant les condamnés du Golgotha lorsque Notre Seigneur expira : « Vraiment, celui-ci était le fils de Dieu. »

Par sa mort ignominieuse, Louis XVI scelle de façon glorieuse sa vocation de Lieutenant du Christ. Il n’est jamais aussi grand, – lui qui, contrairement à la légende entretenue y compris parmi les nobles de la Cour, ne fut jamais médiocre et petit, que lorsqu’il offre sa vie pour son Dieu et pour ses peuples. Lorsque le 2 septembre 1792, furent massacrés, au couvent des Carmes de la rue de Vaugirard, bien des prêtres et des religieux, dont le père général des Eudistes, Hébert qui était le confesseur de Louis XVI, les révolutionnaires trouvèrent sur tous les corps une image au double Cœur, Celui Sacré de Jésus et Celui Immaculé de Marie, et une prière à la Très Sainte Vierge « que les personnes pieuses sont invitées à réciter tous les jours pour le Roi. » Elle commence par ces mots : « Divine mère de mon Sauveur, qui, dans le temple de Jérusalem avez offert à Dieu le Père, Jésus-Christ son fils et le vôtre, je vous offre à vous-même notre roi bien-aimé Louis XVI. C’est l’héritier de Clovis, de sainte Clothilde, de Charlemagne, le fils de la pieuse Blanche de Castille, de saint Louis, de Louis XIII, de la vertueuse Marie de Pologne et du religieux prince Louis dauphin, que je vous présente. » Voici donc le roi présenté par ses sujets au Maître de tous, ceci dans un acte d’offrande qui ne peut conduire qu’au sacrifice suprême car, comme Jésus dans le temple des holocaustes, tout agneau doit finir égorgé. Sur l’échafaud, Louis XVI connaît le dernier rite de son sacre de Reims. Celui qui fut oint doit verser son sang, non point pour la malédiction des bourreaux mais pour le pardon de ceux qui ne savent ce qu’ils font. La garde révolutionnaire eut ordre de couvrir toute tentative de prise de parole du Roi près de la guillotine. Il parla cependant mais ne fut entendu que de quelques-uns, qui rapportèrent tous les mêmes paroles : « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute, je pardonne à mes ennemis, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. » Puis, plaçant la tête sous le couperet : « Je remets mon âme à Dieu. »

Le Roi a pardonné, comme Notre Seigneur a pardonné, mais nous sommes marqués comme Caïn car l’orgueil du régime politique dans lequel nous essayons de survivre n’a jamais voulu fléchir. Depuis plus de deux siècles, malgré quelques éclaircies trop brèves, la révolution philosophique et bourgeoise, a poursuivi ses méfaits, vidant peu à peu de sa substance l’âme de la France en légalisant tous les crimes, toutes les immoralités, en imposant sa marque sur tout être et sur toute chose. La république installée dans les palais royaux croit sans doute que son règne durera mille ans. Elle se trompe, car les colosses ont toujours des pieds d’argile. Elle n’est qu’une pauvresse face à l’héritage des siècles et ses géants sont lilliputiens comparés à nos ancêtres les plus humbles. Il est tentant de la moquer et de la mépriser, en rejetant sur elle toutes les causes de nos maux, mais nous ne devons pas oublier que nous participons de son jeu, ne serait-ce que par notre silence et notre inaction. Dédaigner ne suffit pas. Louis XVI a été roi jusqu’au bout, même dépouillé de ses titres, de son pouvoir, de sa liberté. Il le fut car d’abord chrétien. Georges Bernanos s’adressait ainsi aux Français durant la dernière guerre : « Le grand malheur de ce monde, la grande pitié de ce monde, ce n’est pas qu’il y ait des impies, mais que nous soyons des Chrétiens si médiocres, car je crains de plus en plus que ce soit nous qui perdions le monde, que ce soit nous qui attirions sur lui la foudre. »

Si chaque baptisé était habité par la foi d’un Louis XVI, la morgue républicaine se serait effacée depuis longtemps. Le Roi ne s’est pas contenté de demeurer sur la défensive. Il a vécu et parlé en lieutenant du Christ jusqu’à la fin. Ceux qui approchaient Notre Seigneur lui donnaient le titre de « Fils de David ». Louis XVI fut fils de saint Louis, et plus encore, fils du Christ après avoir été son serviteur et son lieutenant. À l’image de son Souverain, il s’humilia lui-même en se faisant obéissant jusqu’à la mort. Qu’il intercède pour nous, pauvres soldats toujours dans la tourmente et sous la mitraille.

 Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

P.Jean-François Thomas s.j.
Cœur Immaculé de Marie, Refuge des pécheurs, s. Marcel
16 janvier 2021

Pour revoir l’intégralité de la Messe solennelle de Requiem
célébrée ce jeudi 21 janvier 2021
en l’église Saint-Eugène & Sainte-Cécile à Paris,
faire un clic droit sur l’image ci-dessous,
puis « ouvrir dans un nouvel onglet »

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frise lys deuil

2021-2. « A quoi sert de lutter au-dehors contre les ennemis de notre foi si, sous l’étiquette chrétienne, nous partageons au-dedans leur matérialisme et leur culte des fausses valeurs ? »

2001 – 19 janvier – 2021

Vingtième anniversaire du rappel à Dieu
de

Gustave Thibon

frise

Entretien avec Gustave Thibon - sept 1962

Il y a quelques semaines, passant devant la vitrine d’un bouquiniste, j’y vis exposé un ouvrage d’histoire locale qui avait pour moi beaucoup d’intérêt : j’entrais pour l’acquérir.

Quelles ne furent pas ma surprise et mon immense émotion d’y trouver à l’intérieur quelques pages pliées, détachées d’une revue dont rien ne me permet l’identification aujourd’hui (mais dont il est aisé de donner la date puisqu’au verso de l’un des feuillets se trouve un programme de radio et de télévision pour la semaine du 23 au 29 septembre 1962).

Qu’est-ce qui suscita une telle émotion ?
Ces feuillets contiennent sur deux pages (de format A4) un entretien exclusif avec Gustave Thibon : mon cher Gustave Thibon, mon inclassable Gustave Thibon, mon grandissime et incommensurable Gustave Thibon, mon « maître » (qui m’eût sans nul doute vertement repris de lui donner ce titre), celui auquel, après Dieu, je puis affirmer sans hésitation que je dois d’avoir pu, à partir de l’âge de 14 ans, passer des bribes incomplètes d’un catholicisme pollué par les scories du modernisme – qui, dans les paroisses et les établissements scolaires catholiques, triomphait à la suite du concile vaticandeux – à la Foi complète et authentique de la Sainte Eglise, celui qui à la manière d’un Socrate contemporain, a été l’accoucheur de mon adhésion personnelle entière, volontaire, résolue et ferme au Christ Jésus Notre-Seigneur !

A l’occasion du vingtième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon (19 janvier 2021), je suis heureux de pouvoir porter à votre connaissance le texte complet de cet article, signé seulement de ces deux initiales « G.M. ».
Cet entretien publié en septembre 1962 (juste avant l’ouverture du second concile du Vatican !) demeure d’une acuité et d’une pertinence inouïes.

Introduction entretien Thibon sept 1962

Intitulé de l'article

1° – Nous vous voyons vivre votre christianisme.
A quel moment de votre vie avez-vous pris conscience de sa richesse et des obligations qu’il entraîne ?

La révélation du christianisme, avec sa richesse et ses obligations, s’est offerte à moi relativement tard. Bien sûr, j’étais un enfant pieux ; j’ai toujours gardé un souvenir lumineux de ma première communion, mais j’ai cessé de pratiquer vers l’âge de quinze ans et j’ai vécu encsuite, pendant sept ou huit ans, dans une indifférence presque absolue à l’égard du problème religieux.

Je suis donc presque un converti. Et ma conversion a commencé par l’étude de la philosophie. La lecture des grands philosophes – de Hegel en particulier à qui je dois mon premier contact vécu avec la métaphysique – m’a révélé que l’univers avait un ordre et un sens et que j’étais solidaire d’une destinée qui transcendait à l’infini les vœux et les horizons de ma chétive personnalité. J’ai découvert ensuite saint Thomas d’Aquin dont la vision du monde et de Dieu a répondu pleinement à mes exigences intellectuelles, puis, à travers le thomisme et la grâce aidant, j’ai retrouvé la foi chrétienne.

Ce qui m’attache par-dessus tout au christianisme, c’est la personne et la présence du Christ, homme et Dieu et médiateur entre Dieu et l’homme. Je ne peux mieux préciser ma position qu’en citant ces quelques lignes écrites jadis en réponse à la question : « Pourquoi êtes-vous chrétien ? » « Je suis chrétien parce que j’ai soif d’un Dieu qui ne soit ni ténèbre pure ni moi-même – d’un être qui, tout en me ressemblant jusqu’au centre, soit aussi tout ce qui me manque. Parce qu’en ce monde je veux tout bénir et ne rien diviniser. Parce que je veux garder simultanément le regard clair et le cœur brûlant. Parce que je sens que l’aventure humaine débouche sur autre chose qu’un creux désespoir, une creuse interrogation ou une creuse insouciance. Parce que j’ai besoin de lumière dans le mystère et de mystère dans la lumière. Parce que je veux avoir la force de bâtir et de vivre et celle, plus grande encore, d’espérer dans l’éboulement et dans la mort. »

2° – Votre christianisme est-il un stimulant à votre action ou pensez-vous que, fixant des limites, il est une gêne pour l’action publique ?

Le christianisme n’a jamais apporté la moindre gêne à ma pensée et à mon action. Il admet dans son sein les opinions et les tendances les plus diverses, à condition qu’elles ne s’opposent pas à la vérité révélée. Dans bien des pays et face aux menaces des totalitarismes, l’Eglise constitue le dernier refuge social de la liberté. Sans doute faut-il distinguer entre les aspects temporels et locaux du christianisme et sa tradition éternelle. C’est la même différence qu’entre l’écorce et la sève d’un arbre. Les écorces sont caduques et se renouvellent, mais la sève reste identique à elle-même et demeure. Et comme la sève m’intéresse infiniment plus que l’écorce, la fidélité à ma foi n’a jamais été pour moi une contrainte.
Certes, le christianisme ne permet pas tout. Mais les défenses qu’il nous impose sont des garde-fous qui nous permettent d’avancer plus vite sur le chemin de la vérité et de l’amour. La « voie étroite » n’est pas une impasse ; elle est bornée à droite et à gauche, mais elle débouche sur l’infini.
Un christianisme bien compris et pleinement vécu, n’entrave à aucun degré le développement de la personnalité : il lui fournit, au contraire, un cadre organique et un but. Un peu comme les artères qui, loin d’être une prison pour le sang, assurent partout sa libre circulation. Les liens qui nous attachent à Dieu ne sont pas des chaînes, mais des instruments de délivrance. Le mot de Sénèque résume tout : parere Deo libertas est, obéir à Dieu, c’est la liberté.

3° – Certains pays vivent à l’heure des Catacombes.
Croyez-vous que la conception du monde proposée par Jésus-Christ doive et puisse s’imposer à l’humanité ?

Je ne serais pas chrétien si je ne pensais pas que la religion du Christ peut et doit s’imposer à l’humanité tout entière. Mais quant à savoir où, quand et comment elle s’imosera en fait, c’est là un problème qui me dépasse totalement. Je n’ai aucune vocation pour la prophétie, et, par ailleurs, les enseignements de l’histoire doivent nous rendre très circonspects dans nos anticipations sur l’avenir.
Il est possible que l’Eglise de Dieu doive traverser une longue période de nuit et d’épreuve. Les voies de Dieu ne sont pas nos voies. Au IVe siècle de notre ère, après la paix de Constantin, l’avenir de l’humanité semblait appartenir au christianisme. Qui aurait pu prévoir alors que l’Empire romain et chrétien allait s’effondrer et surtout que l’Islam étenrait son ombre pour de longs siècles sur la moitié de la chrétienté ?

Nous devons lutter de toutes nos forces pour le triomphe temporel et social du christianisme, mais sans verser dans la religion du succès extérieur et sans oublier, en cas d’échec, que notre Dieu est un « Dieu caché dont les œuvres les plus hautes s’accomplissent dans l’invible ». Le Christ n’a-t-il pas dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde » et : « Je ne donne pas comme le monde donne » ? Si Dieu veut que sonne pour nous l’heure des catacombes, cette perspective ne doit pas nous effrayer, car l’Eglise qui souffre gagne souvent en pureté intérieure ce qu’elle perd en puissance temporelle.
Je ne prédis pas de tels malheurs et je souhaite qu’ils ne se produisent pas. J’exprime seulement ma confiance à l’égard d’une certaine vision optimiste et progressiste de l’histoire qui, lorsqu’elle est démentie par l’événement (comme nous en avons eu plusieurs fois la preuve depuis le début du siècle), plonge ses fidèles dans le désarroi et les incline à douter de la puissance ou de la bonté divines. Je crois qu’il est dangereux de prévoir et de prédire une évolution de l’humanité par laquelle l’Eglise militante s’acheminerait graduellement vers un état analogue à celui de l’Eglise triomphante. L’Evangile nous enseigne que le bon grain et l’ivraie resteront toujours ici-bas mêlés l’un à l’autre et mystérieusement solidaires l’un de l’autre et qu’ils ne seront séparés que dans la vie éternelle. La seule chose dont nous soyons certains, c’est que, quelles que soient les épreuves qui nous attendent, le Christ n’abandonnera jamais ceux qui croient en lui. « La puissance divine est capable d’inventer un espoir là où il n’y a plus d’espoir et une voie dans l’impossible », disait saint Grégoire de Nysse…

Dès qu’on parle des dangers qui menacent le christianisme, chacun pense aussitôt à un triomphe éventuel du marxisme qui se présente non seulement comme une révolution sociale, mais comme une vision globale de l’univers et une religion athée. Mais le seul péril n’est pas là ; il est aussi à l’intérieur de la civilisation occidentale elle-même, dans son matérialisme grandissant, dans son culte presque exclusif du plaisir, du confort, de la facilité, de la sécurité et de la vie extérieure, dans cette érosion générale de la substance humaine qui se traduit par l’oubli des valeurs vitales et spirituelles. L’expérience nous montre que c’est dans les pays qui se situent à la pointe du progrès technique, économique et social qu’on observe les plus grands déséquilibres biologiques et moraux : lassitude de vivre, crise familiales, névroses, suicides, etc.
C’est là que doit porter d’abord notre effort, car à quoi sert de lutter au-dehors contre les ennemis de notre foi si, sous l’étiquette chrétienne, nous partageons au-dedans leur matérialisme et leur culte des fausses valeurs ?
Bergson disait que « le corps de l’homme, démesurément agrandi par la technique, avait besoin d’un supplément d’âme ». En fait, la science est en voie de nous affranchir de la pesanteur matérielle, mais nous restons soumis, comme nos aïeux, à une pesanteur plus cruelle : celle de nos passions et de nos péchés.
Un surcroît de vie spirituelle est donc plus nécessaire que jamais pour rétablir l’équilibre entre notre réalité intérieure et notre pouvoir sur les choses, et je crois de toute mon âme que le christianisme seul est capable de nous l’apporter.

signature de Gustave Thibon

Gustave Thibon - 1962

Détail de la photographie de Gustave Thibon en 1962 qui illustre l’article ici reproduit

2020-127. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »

Mercredi 23 décembre 2020,
Mercredi avant la fête de la Nativité,
Commémoraison de Saint Dagobert II, roi d’Austrasie et martyr ;
Anniversaire de la sainte mort de la Vénérable Thérèse de Saint Augustin,carmélite (cf. > ici) ;
Anniversaire du massacre de Savenay (23 décembre 1793).

Vous trouverez ci-dessous, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, la lettre que, en qualité de Prieur de la Confrérie Royale, il m’est revenu d’adresser ce jour à ses membres et sympathisants. Je me suis autorisé à penser qu’elle pourrait aussi être profitable à plusieurs d’entre vous.

Messe Rorate 23 décembre 2020 - 1

Messe « Rorate » célébrée avant le lever du jour à la seule lueur des cierges et chandelles
le mercredi 23 décembre 2020

Lanterne de Noël

« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »

Lettre mensuelle aux membres et amis
de la
Confrérie Royale

à l’occasion de la
fête de Noël
- 25 décembre 2020 -

Rappel :

Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Saine Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.

* * * * * * *

« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »

A quelques heures seulement du moment où la liturgie de notre Mère la Sainte Eglise va nous inviter une fois encore à laisser notre joie spirituelle s’exhaler, en reprenant le chant des anges dans la nuit de Bethléem – « Gloria in excelsis Deo et in terra pas hominibus bonae voluntatis : gloire à Dieu dans les hauteurs et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté ! » -, il me revient de vous rejoindre, bien chers Amis, membres et sympathisants de notre chère Confrérie Royale, pour cette étape mensuelle du « 25 du mois ».

Le 25 du mois… en décembre.

Vous le savez, mais je me permets néanmoins de vous le rappeler, notre « rendez-vous spirituel mensuel » a été fixé à cette date par les fondateurs de la Confrérie Royale en référence à la fête de la Nativité de Notre-Seigneur, célébrée le 25 décembre, parce que la fête de Noël est aussi, par les dispositions admirables de la divine Providence, l’anniversaire de la naissance de notre France.

En effet, la France est née dans les fonts baptismaux de Reims en ce 25 décembre de l’an 496 alors que Sa Majesté le Roi Clovis recevait la grâce du Saint Baptême.

Il faut le dire et le redire inlassablement : avant cette Noël 496, il y avait la Gaule romaine, divisée, affaiblie, livrée au pouvoir de nombreux envahisseurs barbares, et hérétiques pour la plupart, mais à compter du baptême de Clovis il y aura désormais le Royaume catholique des Francs, dans lequel les anciens Gallo-romains vont s’intégrer avec joie, Royaume des Francs par lequel la foi catholique, la foi de Nicée, va s’imposer, va triompher, va reconquérir les âmes que les hérétiques ariens lui avaient ravies.

La France est née de la rencontre de la foi catholique et de l’institution royale franque, elle est née de l’alliance qu’elles ont contractée dans la personne de Clovis, lorsque, suivi par l’élite de ses guerriers et dignitaires, il reçut le Saint Baptême des mains de Saint Remi.

Ce « pacte de Reims », ainsi que l’a nommé le Pape Saint Pie X, nous autres, membres de la Confrérie Royale, autant qu’il est en notre pouvoir, par la prière, l’offrande et le sacrifice, nous le réactualisons en quelque manière en nos âmes et en nos corps même, à chaque 25 du mois, portant – vive et forte – l’espérance de sa pleine reviviscence par la restauration du Roi Très Chrétien sur le trône de France, et la restauration de la monarchie traditionnelle.

Messe Rorate 23 décembre 2020 - 2

Messe « Rorate » célébrée avant le lever du jour à la seule lueur des cierges et chandelles
le mercredi 23 décembre 2020

Malgré les temps mauvais…

Et cependant les temps sont mauvais, bien mauvais…

J’ai reçu, toutes ces dernières semaines, les confidences – presque comme des soupirs – de tant et tant de personnes qui m’ont déclaré être si éprouvées par les circonstances présentes qu’elles n’ont pas l’enthousiasme des autres années pour préparer Noël, pour préparer leurs âmes à la joie de Noël, pour préparer tout l’environnement habituellement si doux et consolant de cette fête qui est par excellence la fête des familles chrétiennes…

Les inquiétudes sont certes légitimes, au vu de ce qui se trame machiavéliquement dans l’ombre et dont nous assistons au dévoilement progressif à travers les apparents incohérences et atermoiements des actuels usurpateurs du pouvoir, en France et dans le monde.

Nul ne peut, à vues humaines, se réjouir lorsqu’il regarde avec discernement et lucidité l’instauration d’une véritable dictature planétaire, tyrannie affublée des oripeaux du souci du bien-être des peuples : un prétendu bien-être tronqué de toute dimension surnaturelle et ordonné au règne de Mammon.

La mascarade, aussi rigoureuse et inflexible qu’elle veuille être, n’aura qu’un temps et ne pourra pas davantage perdurer que la tour de Babel dont elle est une variante moderne, nous devons en avoir la certitude.

Il y aura sans doute beaucoup de souffrances, beaucoup de larmes… beaucoup de sang même !

Mais la persécution n’est-elle pas la grande fête des véritables fidèles de Jésus-Christ, heureux de placer leurs pas dans ceux de leur divin Maître portant Sa Croix rédemptrice ?

Si nous sommes de vrais disciples, nous ne pouvons réellement craindre (malgré les frissons qu’éprouve si spontanément notre nature fragile à cette perspective) de suivre Notre-Seigneur souffrant, mais par cette souffrance-même triomphant de toutes les forces du mal !

Devant la Crèche, dans nos maisons et dans nos églises, contemplons amoureusement Celui qui S’est incarné « pour nous les hommes et pour notre salut » : le bois de la mangeoire qui Lui sert de berceau préfigure celui de Sa Croix ; les langes dont Il est emmailloté (ces langes qui sont les signes auxquels les bergers doivent Le reconnaître) annoncent l’emmaillotement funèbre qui semblera Le tenir prisonnier du tombeau.

L’Enfant-Dieu de la Crèche nous ouvre les bras, nous ouvre Son Cœur et nous dit en silence au cœur de notre cœur : « Ne crains point : Je suis là, et Je serai là… Sois-Moi fidèle chaque jour et Ma grâce ne te fera point défaut… Je serai ta force… Suis-Moi sans crainte avec le maximum de générosité… »

Messe Rorate 23 décembre 2020 - 3

Messe « Rorate » célébrée avant le lever du jour à la seule lueur des cierges et chandelles
le mercredi 23 décembre 2020

« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »

Nous savons, nous en sommes certains, nous le croyons, parce que tout au long des quinze siècles de l’ « histoire sainte » du Royaume de France, depuis le Baptême de Clovis jusqu’à nos jours, les faits sont là, indéniables dans leur vérité tenace, et que les faits sont appuyés par les exemples et les paroles des saints, la France, notre France, a été voulue par Dieu catholique et royale.

Les dons de Dieu sont sans repentance et la vocation donnée par Lui à la France subsiste en dépit de l’apostasie officielle et des infidélités accumulées.

Le cri des Francs « Dieu le veult ! » lancé avec enthousiasme en réponse à la prédication du Bienheureux Urbain II, doit aujourd’hui jaillir de nos cœurs avec une conviction renouvelée, avec une ardeur galvanisée et non érodée par les contradictions présentes.

« Dieu le veult ! » : Dieu, qui n’est point inconstant en Ses desseins providentiels et qui a fait la France catholique et royale dans la sainte nuit de Reims à la Noël 496, veut la restauration du Royaume de France, veut la restauration de la monarchie traditionnelle « de droit divin », veut la restauration du Fils aîné de l’Eglise – seul Roi légitime – à la tête du Royaume des Lys !

Ainsi donc, si « Dieu le veult ! », notre foi et notre espérance doivent s’en trouver fortifiées et régénérées, notre zèle et notre ardeur doivent en recevoir un accroissement de vigueur et de pugnacité, notre générosité doit puiser dans le divin Cœur du Petit Roi qui nous tend les bras dans Sa Crèche un dynamisme décuplé au service de Son lieu-tenant sur la terre de France : l’aîné des descendants de Hugues Capet, de Saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV, Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX.

« Dieu le veult ! » : et donc « si Dieu est pour nous qui sera contre nous ? » (Rom. VIII, 31b).

Cette parole inspirée de Saint Paul doit nous habiter et nous garder dans une inébranlable confiance : quelles que soient les épreuves qui nous attendent, quelles que soient les vexations et les tracasseries multipliées par un pouvoir impie, quelles que soient les souffrances qu’il faudra endurer, « pour Dieu et pour le Roi », comme le firent avant nous Vendéens et Chouans, la grâce du Roi du Ciel ne nous sera pas refusée.

« Si Dieu est pour nous qui sera contre nous ? » Oui, qui ? Le démon ? La franc-maçonnerie?Le gouvernement de la république ? Les lois liberticides ? Les forces de police ? La prison ? Les brimades ? Les persécutions ?…

En tout cela nous serons vainqueurs, en suivant Jésus de la Crèche au Calvaire !

En tout cela, par Lui, avec Lui et en Lui, nous accomplirons notre vocation de catholiques et de Français fidèles aux dispositions de Dieu sur le Royaume des Lys !

En tout cela nous nous montrerons serviteurs de Dieu et de Son lieu-tenant sur la terre de France, et – quoi qu’il doive nous en coûter – nous serons les grands vainqueurs !

« Si Dieu est pour nous qui sera contre nous ? »
Dans cette conviction toute surnaturelle,
je vous souhaite, bien chers Amis,
un très beau, très fervent et très saint Noël !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,
Prieur.
Mercredi 23 décembre 2020,
en l’anniversaire de la mort de la vénérable Thérèse de Saint-Augustin,
née Madame Louise de France, fille de SM le Roi Louis XV.

Messe Rorate 23 décembre 2020 - 4

Messe « Rorate » célébrée avant le lever du jour à la seule lueur des cierges et chandelles
le mercredi 23 décembre 2020

Lanterne de Noël

2020-121. L’espérance au sein des temps mauvais.

25 novembre 2020,
Fête de Sainte Catherine d’Alexandrie, vierge et martyre.

Nous sommes heureux de reproduire ici le texte de la lettre mensuelle à l’intention des membres et amis de la Confrérie Royale, dont nous pensons qu’au-delà de ses destinataires originaux elle peut être d’un grand profit spirituel pour les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Blason de la Confrérie Royale

Lettre mensuelle aux amis et sympathisants de la Confrérie Royale

25 novembre 2020

Rappel :

Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.

La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.

Christ en gloire - vitrail

L’espérance au sein des temps mauvais.

L’Apôtre, s’adressant aux Éphésiens, les exhorte de cette manière : « Ayez donc soin, mes frères, de marcher avec circonspection, non comme des insensés, mais comme des hommes sages, rachetant le temps, parce que les jours sont mauvais. » (V. 15-16). Rien n’a changé depuis lors. L’homme ne s’est point bonifié car le progrès n’est qu’un mythe. Bien au contraire, il a multiplié, avec son intelligence dévoyée, tous les moyens nécessaires pour rendre les jours encore plus mauvais alors qu’il rendait sa vie plus confortable et à l’abri du souci. À l’évolution technique et scientifique correspondent exactement la régression morale et l’appauvrissement spirituel. Saint Augustin, lui aussi vivant en des temps troublés, commenta ainsi saint Paul : « Deux choses, mes frères, rendent les jours mauvais : ce sont la méchanceté et la misère. Oui, c’est la méchanceté et la misère humaines qui font passer de mauvais jours. Considérés au point de vue de la durée, les jours sont réguliers ; ils se succèdent et mesurent le temps avec ordre ; le soleil se lève, il se couche, les temps passent régulièrement. En quoi ces temps blesseraient-ils l’homme, si les hommes ne se blessaient eux-mêmes ? Aussi n’y a-t-il que deux choses, je le répète, pour rendre les jours mauvais, savoir la misère et la méchanceté humaines. Il est vrai, la misère est le lot commun, il n’en doit pas être ainsi de la méchanceté. Depuis la chute d’Adam et son expulsion du paradis, les jours n’ont jamais été que misérables. Demandons à ces enfants qui viennent de naître, pourquoi ils débutent dans la vie par des pleurs, quand ils pourraient également rire. On naît et on pleure immédiatement ; combien de jours s’écoulent ensuite avant qu’on rie ? Je l’ignore. Or en pleurant ainsi dès sa naissance, chaque enfant prophétise ses malheurs ; ses larmes attestent ses souffrances. Il ne parle pas encore, et déjà il est prophète. Et que prédit-il ? Qu’il vivra dans la peine ou dans la crainte. Oui, lors même qu’il se conduirait sagement et serait du nombre des justes, exposé de toutes parts aux tentations, il vivra constamment dans la crainte.  » ( Sermon CLVII ) Ainsi, selon le docteur de l’Église, sommes-nous condamnés à jamais à la misère, de par notre condition humaine pécheresse, mais, en revanche, nous avons tout pouvoir, avec l’aide de la grâce et par la pratique des vertus, pour éviter la méchanceté et pour en réduire l’empire sur le monde. Pourtant, nous ne sommes guère zélés pour cette tâche et le mal fleurit, fructifie, étale son embonpoint, bien plus que la lumière. Nous ne pouvons pas ruser avec le temps car il ne prend pas de congés. En revanche, nous pouvons l’infléchir vers le haut ou vers le bas alors qu’il poursuit sa course. Les périodes de l’histoire où il prit de la hauteur sont rares. Ce sont des âges d’or, comme le siècle de saint Louis, qui ne durent guère et ne se reproduisent presque jamais. Cela ne signifie pas que le redressement n’est pas possible et que la victoire de la méchanceté est systématique.

Pour qu’une société soit armée le plus efficacement possible contre le déferlement du mal, elle doit s’en donner les moyens et, en priorité, adopter un régime de gouvernement qui laisse le plus de chance à la vérité de pousser le temps vers la transcendance. Par expérience malheureuse, nous savons que la république à la française ne peut pas être cette source d’autorité légitime. Elle patauge dans le sang de sa prise de pouvoir, sans avoir jamais exprimé aucun regret, et elle s’est instaurée comme une nouvelle et unique religion, affirmant que ses lois, même les plus iniques, se situent au-dessus de la Loi divine qu’elle nie et combat. Nous constatons que la république à la française est aux abois, exsangue mais cachant cette débilité sous de prétentieux oripeaux et des refrains idéologiques brassant les fameuses « valeurs de la république ». Il ne me souvient pas, dans ma jeunesse, à l’école laïque, avoir jamais entendu la répétition jusqu’à la nausée de ce mantra désormais obligatoire. Il faut dire qu’il demeurait encore un semblant de christianisme détaché de son terreau et sécularisé dans l’instruction publique de ce temps. Le seuil niant le temps et l’histoire de ce pays n’avait pas encore été totalement franchi. C’est chose faite et ne demeurent plus en présence que des rengaines devenues folles à force de rabâchage. Heinrich Heine marchait à visage découvert lorsqu’il définissait ainsi sa lutte pour la démocratie républicaine : « Nous ne nous battons pas pour que le peuple accède aux droits de l’homme, mais pour que l’homme accède aux droits divins. » Et pour aller encore plus loin en écartant Dieu définitivement. Comment un tel système politique pourrait-il être capable d’affronter les violences qui défient notre temps mauvais ? Il ne peut que faire fausse route en brandissant encore et sans cesse ses slogans auxquels plus personne n’adhère.

Nous avons atteint un point de non retour. Certaines voix s’élèvent, y compris parmi des catholiques traditionnels, pour inviter à un changement de modèle démocratique, comme si cela pouvait suffire à tout instaurer de nouveau dans le Christ. Cette erreur est mortelle, elle ne conduit qu’à une impasse. Nicolas Gomez Davila notait dans ses Carnets d’un vaincu : « Changer de gouvernement démocratique pour un autre gouvernement démocratique revient à changer les bénéficiaires du pillage. » Et encore : « La démocratie ignore la différence entre vérités et erreurs ; elle ne distingue qu’opinions populaires et opinions impopulaires. » Il est donc impossible de s’extirper du cercle mortel de la misère et de la méchanceté sous la bride d’une telle gouvernance. Il ne suffit pas de mettre en place un roi dans un régime démocratique pour qu’un pays retrouve sa vocation chrétienne. L’exemple des monarchies plus que constitutionnelles de l’Europe du Nord suffit à prouver la faillite d’une telle illusion. Un roi n’a de sens que s’il exerce comme roi, avec tous les pouvoirs dont il est revêtu grâce à un couronnement sacré. Il ne s’agit pas de se contenter d’une sorte de succédané et tout prince portant la légitimité de la succession monarchique ne doit pas céder aux sirènes de la concession en espérant occuper un trône d’où il ne gouvernerait rien ni personne. Voilà pourquoi il faut savoir saisir le temps, l’apprivoiser et l’utiliser pour préparer un retour du divin dans la sphère des hommes. Georges Bernanos écrivait à Jean-Marie Maître en 1917 : « […] Il est vrai que nos forces morales sont à bout, et que jamais la plus brutale bêtise ne fut élevée sur un plus haut piédestal. Le monde se dispute entre la force aveugle et la niaiserie libérale. Nous n’y avons ni place ni lieu. C’est ici que Dieu nous attend. » C’est dire qu’il serait scandaleux que nous pactisions avec des formes de gouvernements qui entretiennent les temps mauvais en place d’essayer de les contrôler ou de les dépasser.

S’engager ainsi pour combattre les temps funestes a pour conséquences un sacrifice intégral, sans demi mesure, et le refus des compromissions. Lors de la terrible crise de conscience à la veille de la condamnation de l’Action française par le pape Pie XI, le même Bernanos écrit très justement à Robert Valery-Radot en octobre 1926 : « Le sacrifice qu’on nous demande est tel, engage si cruellement tout notre être, que nous ne le ferons qu’à coup sûr, et qu’à Dieu. S’il ne s’agit que de convenances, d’opportunité, de déférence filiale et autres calembredaines, je ne suis pas prêt, pour ma part, à emprunter le petit harmonium de Maritain pour aller renier en musique, à Bierville (NDA : lieu de réunion de la Jeune République de Marc Sangnier) ou ailleurs, notre passé et nos morts. » Bernanos enfoncera le clou dans ce texte très fort qu’il publia dans Marianne, pourtant à l’opposé des idées monarchiques, à la demande son ami Emmanuel Berl en avril 1935. Il répète haut et fort qu’il n’est ni démocrate, ni républicain, et il en précise la raison : « Nos pères servaient un prince, une famille, c’est-à-dire des hommes comme eux. La fidélité d’un homme à un homme peut avoir ses petitesses, du moins suppose-t-elle une conscience humaine pour donner l’ordre, une autre pour l’exécuter. Bref, un maître parle en personne et sous sa propre responsabilité. Ça vaut toujours mieux que de s’entendre commander au nom de la Justice ou de la Patrie par des guignols du genre de Gambetta ou de Clemenceau qui répètent comme des perroquets, avec le creux convenable, « la Patrie veut ! », « la Démocratie exige ! » alors que la démocratie ou la patrie seraient bien empêchées de leur fermer le bec. » Il suffit de changer les noms pour constater que la situation n’a pas changé d’un iota. Le chaos français actuel est une conséquence de la prise de pouvoir par une « bureaucratie » non seulement nationale mais dorénavant européenne et mondialiste qui permet aux dirigeants politiques de s’exonérer de toute responsabilité personnelle lorsqu’ils prennent des décisions qui conduisent à la mort du pays dans les domaines de la santé et de la sécurité, de l’identité culturelle et de la marque religieuse. Un état qui n’est capable que d’afficher sa prétention au « blasphème », sous couvert de liberté d’expression, se condamne à épouser les temps mauvais. Un prince, même médiocre, aurait au moins le souci de l’unité de ses peuples divers, tout en établissant un socle que tous devraient reconnaître.

Par notre foi, nous savons que l’ordre naturel doit être soumis à l’ordre surnaturel, même s’il y a distinction entre les deux et que le trône n’est pas confondu à l’autel. Nous subissons, depuis cinq républiques, un régime qui ne reconnaît aucune autonomie d’ordres différents et qui refuse de sentir au-dessus de sa tête une Loi qui le juge et qui devrait l’inspirer. Les efforts successifs pour rétablir un ordre juste ont tous échoués, sorte de malédiction qui s’abat sur notre pays infidèle. Cependant la dernière page n’est pas signée. Il est normal que la vérité semble être vaincue. Ce n’est pas fausse consolation que de le dire. Le culte de l’humanité par elle-même, profonde apostasie, finira par s’écrouler, comme tous les autres règnes historiques de Satan. En attendant, nous sommes au sein de la tempête des temps mauvais. Ces derniers sont impuissants à réduire en cendres l’espérance qui nous a été remise en mains propres au jour de notre baptême.

P. Jean-François Thomas s.j.
Dédicace du Très-Saint-Sauveur
S. Théodore
9 novembre 2020

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Autres textes du Rd Père Thomas publiés dans les pages de ce blogue :

- « Obéissance au réel et civilisation » > ici
- « De l’homme d’honneur dans la médiocrité de ce temps » > ici
- Homélie pour le 21 janvier 2017 > ici
- « Du respect des grandeurs d’établissement » > ici
- « De la conjuration sans fin » > ici

2020-118. « Le seul barrage efficace contre l’islamisation de notre société, contraire à notre histoire, notre héritage et à nos valeurs profondes ! »

Le jeudi 29 octobre 2020, au tout début de la matinée, un fanatique mahométan a tué trois catholiques dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption de Nice.
Dans la journée de ce même jeudi, le Secrétariat de Monseigneur le Duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, publia le communiqué suivant, par lequel, une fois encore, notre Souverain légitime, avec une compatissante humanité et une lucide gravité, énonce les vérités qui conviennent en pareille circonstance.

Nous prenons la liberté de publier en caractères gras les passages les plus importants de ce message, et nous nous permettons ensuite d’y ajouter quelques commentaires… 

frise lys deuil

Nice basilique Notre-Dame de l'Assomption

Nice, basilique Notre-Dame de l’Assomption
dans laquelle un fanatique mahométan a tué trois personnes
le jeudi 29 octobre 2020

frise lys deuil

Un nouvel attentat terroriste vient de se dérouler ce matin dans la cathédrale de Nice, faisant trois victimes supplémentaires, qui viennent s’ajouter à une liste déjà longue. Trois martyrs, dois je plutôt dire, car assassinés lâchement, de manière barbare, parce que Français et Catholiques.

Mes pensées, ma compassion et ma prière sont d’abord pour eux, pour leurs familles et leurs proches, mais aussi pour le clergé, celui de la cathédrale et celui de toute la France, ainsi que pour tous les Français catholiques ainsi menacés.

Au moment où la messe dominicale s’avère plus que jamais indispensable au soutien de leur Foi et de leur moral, et malgré le durcissement des mesures sanitaires, je demande avec force aux autorités responsables de leur garantir la liberté de culte chaque dimanche dans des conditions de sécurité renforcée.

Plus que jamais, la France a besoin de retrouver le fil et la fierté de son identité chrétienne. C’est le seul barrage efficace contre l’islamisation de notre société, insidieuse ou violente, mais dans tous les cas contraire à notre Histoire, notre héritage et à nos valeurs profondes.

Continuons à prier et implorer inlassablement Marie Reine de France, St Michel Archange et tous les Saints et Saintes de France de protéger notre pays et de nous donner toujours plus de courage, de Force et de Foi, dans l’espérance, face aux épreuves qui viennent.

Louis,
Duc d’Anjou

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frise lys deuil

Quelques réflexions et commentaires
au sujet de cette déclaration royale du 29 octobre 2020 :

1 – Monseigneur le Duc d’Anjou va à l’essentiel en mettant en évidence, dès sa deuxième phrase, que les trois personnes tuées dans cet attentat l’ont été en haine de la France et de la religion catholique.
Car même si, dans les faits, la France officielle est apostate et beaucoup de Français sans religion, voire animés de sentiments hostiles envers l’Eglise, dans la mentalité de beaucoup de mahométans il y a malgré tout une identification entre la France et le catholicisme.
En soi, cela n’est pas faux puisque la France est née au baptême de Clovis de la rencontre, de l’union, de l’alliance du peuple Franc et de la foi catholique : la France est par essence catholique et royale.
L’assassin, venu sur notre sol à seule fin de commettre ces crimes abominables, s’est dirigé vers une église, et s’y est attaqué à trois individus « parce que Français et Catholiques ».
Etonnante « profession de foi » de l’enfer peut-on dire (puisque c’est le démon qui inspire de tels actes de haine sanglante), après toutes les grandes et larmoyantes déclarations sur la « laïcité » qui avaient suivi l’exécution de Monsieur Samuel Paty : à travers ces assassinats niçois, il manifeste qu’il sait bien, lui, que l’essence de la France est issue du catholicisme et que c’est justement pour cela qu’il a tant de haine contre elle !

2 – La lucidité de Monseigneur le Duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, lui permet aussitôt de prendre du recul et de l’altitude par rapport à l’émotion superficielle du moment, et, après les familles et les proches de ceux auxquels il n’hésite pas à attribuer le titre de martyrs, de manifester son soutien à tout le clergé de France, à tous les Français catholiques, parce que, comme nous l’avons souligné, la haine qui s’est exprimée dans cet acte terroriste est par essence anticatholique et antifrançaise.
Alors même que, la veille au soir, les annonces de l’occupant de l’Elysée, complétées peu après par celles de son premier ministre, laissaient prévoir de nouvelles restrictions imposées à l’exercice du culte catholique, notre Roi, tout au contraire, affirme de manière péremptoire l’importance de la Sainte Messe dominicale et l’impérieux devoir qui incombe aux responsables de l’ordre public de garantir la liberté et la sécurité du culte catholique.
Les paroles de Sa Majesté sont fortes et sans ambiguïté. Ce n’est pas la « laïcité » qui fera la force et l’unité de la France, mais c’est en renouant le fil de l’histoire sainte de notre pays, rompu par la satanique révolution : « Plus que jamais, la France a besoin de retrouver le fil et la fierté de son identité chrétienne » !

3 – Monseigneur le Prince Louis, à rebours de la langue de bois des politiciens républicains, et à rebours de la langue de buis de certains hommes d’Eglise toujours prompts à se faire des lèche-babouches, dénonce « l’islamisation de notre société ». Il en voit tous les dangers, et tire avec insistance la sonnette d’alarme. Il en va de la survie et de la permanence de la France, puisque l’islam est « contraire à notre Histoire, notre héritage et à nos valeurs profondes ». Contraire, et donc incompatible.

4 – Tous les messages de notre Roi légitime se terminent par une note spirituelle et un appel à prier pour la France, et ce message n’échappe pas à la règle : Louis XX se place résolument dans la lignée des Rois Très Chrétiens ses ancètres et prédécesseurs. Cette fois, outre l’invocation de Notre-Dame et des Saints de France, il nous exhorte à recourir particulièrement à la prière à Saint Michel archange, le grand vainqueur du démon.

5 – Enfin, sans se départir d’une profonde espérance surnaturelle, il est à noter que Monseigneur le Prince Louis achève cette fois son communiqué par la mention des « épreuves qui viennent ».
Comme toutes les personnes intelligentes et lucides, Sa Majesté voit clairement que nous allons au-devant de grandes difficultés, voire tribulations, et Elle ne nous berce pas d’illusions : nous vivons des temps durs, nous allons en connaître de plus durs encore peut-être. Mais en disant cela, Louis XX nous exhorte paternellement en même temps au courage et à la force, en nous indiquant la source à laquelle nous les puiserons : les vertus théologales. 

Saint Michel gif

2020-116. Fidèle aux principes de la royauté française sans tomber dans les excès de toutes les apparentes modernités parées du nom de progrès, là où il n’y a souvent que travestissement de l’ordre naturel.

Au début du mois d’octobre 2020, s’est tenu à Vannes un colloque historique organisé par un cercle légitimiste non-adhérent à l’UCLF, consacré au bicentenaire de la naissance du Comte de Chambord, de jure SMTC le Roi Henri V.
A l’occasion d’une cérémonie d’hommage qui s’est déroulée au monument érigé en l’honneur d’Henri V en face de la basilique de Sainte-Anne d’Auray, a été lu ce message de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure SMTC le Roi Louis XX, son successeur légitime.

Dans ce message, comme dans les précédents que Sa Majesté a déjà consacrés cette année à l’évocation de la grande figure de son prédécesseur, Louis XX insiste une fois de plus sur la fidélité aux principes de la monarchie traditionnelle : voilà pourquoi, au-delà du caractère circonstanciel de ce message, il nous faut à notre tour recevoir et transmettre cette insistance, à travers laquelle notre Roi légitime nous montre la voie que doivent suivre les Légitimistes, et la voie du seul redressement possible pour notre France.

Henri V - monument Sainte Anne d'Auray

Le Comte de Chambord, de jure SMTC le Roi Henri V,
représenté en costume de sacre,
Monument élevé à Sainte-Anne d’Auray

lys.gif

Chers Amis, Chers fidèles du Comte de Chambord et de la Légitimité

Nous commémorons à quelques jours près le 200e anniversaire de sa naissance le 29 septembre 1820 au Palais des Tuileries à Paris.

29 septembre 1820 – 3 octobre 2020. Deux siècles que l’on aborde avec une certaine émotion.

Deux siècles, cela peut paraître long et pourtant comme le Comte de Chambord est proche de nous, pour ce qu’il représente, comme héraut de la légitimité monarchique, mais aussi pour ce dont témoignent ses actions et ses écrits.

Deux siècles après sa naissance, Henri, duc de Bordeaux, Comte de Chambord, l’enfant du miracle, demeure un des personnages incontournables de l’histoire de France. Ce monument en témoigne. Souvent, il est qualifié de seul monument élevé à la mémoire du Comte de Chambord. Il me semble qu’il serait plus juste de dire qu’il s’agit du seul monument élevé en France en souvenir d’un roi qui n’a pas régné… pour montrer toute la place qu’il tient dans l’histoire… Sur ce monument c’est bien le roi qui est figuré et non le Prince. Il est représenté en costume de sacre, c’est-à-dire en dépositaire de la royauté légitime qui trouve son pouvoir dans la conjonction de l’hérédité et de l’onction. Quel symbole !

N’est-ce pas ainsi qu’il était considéré par nombre de ses contemporains, qui l’appelaient avec révérence Henri V. Ce Roi sans couronne exerçait un grand pouvoir moral. Rien ne pouvait se faire sur le plan intérieur comme extérieur, sans que les regards se tournent vers lui. « Qu’allait dire ou penser le Comte de Chambord ? ».

Il était présent dans tous les grands débats de son époque : politique religieuse à travers ses rapports avec la Papauté et avec nombre d’Évêques ; politique internationale face aux nationalités naissantes ; réorganisation de l’agriculture confrontée aux nouvelles techniques, aux engrais industriels et au début de la mécanisation ; questions institutionnelles avec le grand débat du moment entre centralisation et décentralisation ; sans oublier la politique coloniale, qui s’ouvrait dans un contexte nouveau sous la pression anglaise et pour laquelle la France devait marquer son originalité, c’est-à-dire ne pas tout sacrifier au commerce et à la finance, mais veiller aussi au respect des hommes.

Son message, sur bien des points, demeure toujours actuel. En effet, né dans un siècle qui a connu beaucoup de changements, il a su rester fidèle aux principes de la royauté française sans tomber dans les excès de toutes les apparentes modernités parées du nom de progrès, là où il n’y a souvent que travestissement de l’ordre naturel. Au contraire, le Comte de Chambord a su faire le tri entre le bon grain et l’ivraie au service de la Vérité et du Bien commun.

Le voici ici entouré de sainte Jeanne d’Arc dont on commémore également cette année le centenaire de la canonisation, de sainte-Geneviève, de Du Guesclin et de Bayard. La Foi et le courage. Il ne pouvait être mieux entouré !

Avant de déposer une gerbe en hommage au Comte de Chambord, je voudrais ajouter une chose : quelques jours avant d’entrer dans l’année du bicentenaire, ce monument a bénéficié de la protection des Monuments Historiques. Comment ne pas y voir le signe que le Comte de Chambord fait bien partie de ce qui constitue l’histoire de France. Ainsi en ce jour je tiens à exprimer tous mes remerciements à ceux qui ont contribué à cette reconnaissance. Ma gratitude va en particulier au baron d’Audiffret, propriétaire des lieux qui les entretient avec grande fidélité.

A tous et à vous ici présents, merci de votre fidélité au Comte de Chambord et à ce qu’il incarne.

Louis, Duc d’Anjou

Monument comte de Chambord

Sainte-Anne d’Auray : Détail du monument du Comte de Chambord
sous les feux du soleil levant :
statues de Du Guesclin, Bayard et Sainte Jeanne d’Arc
(la statue de Sainte Geneviève se trouve à l’arrière)

grandes armes de France

2020-113. Une des marques les plus éclatantes que j’ai reçues de la protection de Dieu…

Mercredi 30 septembre 2020,
Dans l’Eglise universelle, fête de St Jérôme, docteur de l’Eglise (cf. > ici, > ici et > ici) ;
Fête de St Grégoire l’Illuminateur, apôtre de l’Arménie.

1820 – 30 septembre – 2020

Médaille frappée pour la naissance du duc de Bordeaux

L’une des nombreuses médailles frappées à l’occasion de la naissance du duc de Bordeaux
le 29 septembre 1820 :
1 – A l’avers : « Il renaît pour consoler sa patrie »
H.C.F.M. Dieudonné duc de Bordeaux né le 29 sept. 1820
[Note : H.C.F.M. sont les initiales de Henri Charles Ferdinand Marie] ;
2 – Au revers : « De cette tige antique s’il tombe une fleur une autre renaît ».

Trois lys blancs

Dans sa parution du samedi 30 septembre 1820 (N°641), le bulletin catholique et légitimiste « L’Ami de la Religion et du Roi » annonça en ces termes la naissance de « l’Enfant du miracle » qui était survenue la veille (cf. > ici).
Cette courte publication nous permet de lire avec édification les lignes par lesquelles, dans les heures qui suivirent cette heureuse naissance, cause de tant de consolations et de tant d’espérances, SMTC le Roi Louis XVIII annonça la nouvelle à Son Eminence le Cardinal Archevêque de Paris, Monseigneur Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord.
La lecture de ces lignes ne cesse pas d’être pour nous la source d’une profonde édification.

Ami de la Religion et du Roi 30 septembre 1820 - 1

Ami de la Religion et du Roi 30 septembre 1820 - 2

Ami de la Religion et du Roi 30 septembre 1820 - 3

Médaille pour la naissance du duc de Bordeaux

Une autre des médailles frappées à l’occasion de la naissance du duc de Bordeaux
le 29 septembre 1820 :
« Fata aspera vinces » que l’on peut rendre par : « tu vaincras les rigueurs de la fatalité ».
A l’avers, cette médaille représente les profils superposés du duc et de la duchesse de Berry, sans légende ;
le revers, ici reproduit, montre le jeune duc de Bordeaux, nu, étranglant dans chaque main un serpent ailé.
Cette représentation reprend la figure mythologique d’Hercule, fils de Jupiter, à la naissance duquel Junon jalouse avait envoyé des serpents pour le tuer dans son berceau, allusion évidente à l’acharnement des méchants contre la race bénie des Bourbons qui,
malgré l’assassinat du duc de Berry destiné à ruiner la dynastie, a reçu en cette naissance un providentiel don divin.

Trois lys blancs

2020-112. « Il est né l’enfant du miracle ! »

1820 – 29 septembre – 2020

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Claude-Marie Dubufe - Naissance du duc de Bordeaux

La naissance d’Henri-Dieudonné d’Artois, duc de Bordeaux
Tableau de Claude-Marie Dubufe

Sept mois et demi après l’assassinat de son père, événement dramatique que nous avons évoqué > ici, naquit « l’enfant du miracle » : Henri-Dieudonné d’Artois, titré duc de Bordeaux à sa naissance, plus connu sous le nom de « Comte de Chambord », de jure SMTC le Roi Henri V.
Cette naissance fut célébrée par tout le Royaume avec une liesse que nous pouvons difficilement imaginer aujourd’hui : tous les arts la magnifièrent, les prédicateurs rivalisèrent d’éloquence pour exhorter les fidèles à l’action de grâces et pour stimuler leur ferveur « catholique et royale », les démonstrations de joie populaire se multiplièrent… Vraiment ce 29 septembre 1820 fut la démonstration que la royauté des Bourbons est bien d’essence paternelle, et que sous leur sceptre la France est une famille de familles.
Dans l’abondante production littéraire et poétique que suscita l’enthousiasme joyeux de la naissance du futur  Henri V, j’ai choisi de vous livrer aujourd’hui en premier lieu, cette ode d’Alphonse de Lamartine.

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Ode sur la naissance du duc de Bordeaux

par Alphonse de Lamartine

Versez du sang ! frappez encore !
Plus vous retranchez ses rameaux,
Plus le tronc sacré voit éclore
Ses rejetons toujours nouveaux !
Est-ce un dieu qui trompe le crime ?
Toujours d’une auguste victime
Le sang est fertile en vengeur !
Toujours échappé d’Athalie
Quelque enfant que le fer oublie
Grandit à l’ombre du Seigneur !

Il est né l’enfant du miracle !
Héritier du sang d’un martyr,
Il est né d’un tardif oracle,
Il est né d’un dernier soupir !
Aux accents du bronze qui tonne
La France s’éveille et s’étonne
Du fruit que la mort a porté!
Jeux du sort ! merveilles divines !
Ainsi fleurit sur des ruines
Un lis que l’orage a planté.

Il vient, quand les peuples victimes
Du sommeil de leurs conducteurs,
Errent aux penchants des abîmes
Comme des troupeaux sans pasteurs !
Entre un passé qui s’évapore,
Vers un avenir qu’il ignore,
L’homme nage dans un chaos !
Le doute égare sa boussole,
Le monde attend une parole,
La terre a besoin d’un héros !

Courage ! c’est ainsi qu’ils naissent !
C’est ainsi que dans sa bonté
Un dieu les sème ! Ils apparaissent
Sur des jours de stérilité !
Ainsi, dans une sainte attente,
Quand des pasteurs la troupe errante
Parlait d’un Moïse nouveau,
De la nuit déchirant le voile,
Une mystérieuse étoile
Les conduisit vers un berceau !

Sacré berceau ! frêle espérance
Qu’ une mère tient dans ses bras !
Déjà tu rassures la France,
Les miracles ne trompent pas !
Confiante dans son délire,
A ce berceau déjà ma lyre
Ouvre un avenir triomphant;
Et, comme ces rois de l’Aurore,
Un instinct que mon âme ignore
Me fait adorer un enfant !

Comme l’orphelin de Pergame,
Il verra près de son berceau
Un roi, des princes, une femme,
Pleurer aussi sur un tombeau !
Bercé sur le sein de sa mère,
S’il vient à demander son père,
Il verra se baisser leurs yeux !
Et cette veuve inconsolée,
En lui cachant le mausolée,
Du doigt lui montrera les cieux !

Jeté sur le déclin des âges,
Il verra l’empire sans fin,
Sorti de glorieux orages,
Frémir encor de son déclin.
Mais son glaive aux champs de victoire
Nous rappellera la mémoire
Des destins promis à Clovis,
Tant que le tronçon d’une épée,
D’un rayon de gloire frappée,
Brillerait aux mains de ses fils !

Sourd aux leçons efféminées
Dont le siècle aime à les nourrir,
Il saura que les destinées
Font roi, pour régner ou mourir ;
Que des vieux héros de sa race
Le premier titre fut l’audace,
Et le premier trône un pavois,
Et qu’en vain l’humanité crie
Le sang versé pour la patrie
Est toujours la pourpre des rois !

Tremblant à la voix de l’histoire,
Ce juge vivant des humains,
Français ! il saura que la gloire
Tient deux flambeaux entre ses mains
L’un, d’une sanglante lumière
Sillonne l’horrible carrière
Des peuples par le crime heureux ;
Semblable aux torches des furies
Que jadis les fameux impies
Sur leurs pas traînaient après eux !

L’autre, du sombre oubli des âges.
Tombeau des peuples et des rois.
Ne sauve que les siècles sages,
Et les légitimes exploits :
Ses clartés immenses et pures,
Traversant les races futures,
Vont s’unir au jour éternel ;
Pareil à ces feux pacifiques,
Ô Vesta ! que des mains pudiques
Entretenaient sur ton autel !

Il saura qu’aux jours où nous sommes,
Pour vieillir au trône des rois,
Il faut montrer aux yeux des hommes
Ses vertus auprès de ses droits ;
Qu’assis à ce degré suprême,
Il faut s’y défendre soi-même,
Comme les dieux sur leurs autels ;
Rappeler en tout leur image,
Et faire adorer le nuage
Qui les sépare des mortels !

Au pied du trône séculaire
Où s’assied un autre Nestor,
De la tempête populaire
Le flot calmé murmure encor !
Ce juste, que le ciel contemple,
Lui montrera par son exemple
Comment, sur les écueils jeté,
On élève sur le rivage,
Avec les débris du naufrage,
Un temple à l’immortalité !

Ainsi s’expliquaient sur ma lyre
Les destins présents à mes yeux ;
Et tout secondait mon délire,
Et sur la terre, et dans les cieux !
Le doux regard de l’espérance
Eclairait le deuil de la France :
Comme, après une longue nuit,
Sortant d’un berceau de ténèbres,
L’aube efface les pas funèbres
De l’ombre obscure qui s’enfuit.

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Médaille commémorative de la naissance du duc de Bordeaux

L’une des nombreuses médailles commémoratives de la naissance du duc de Bordeaux,
futur Henri V, dit le « Comte de Chambord » :
L’avers représente Saint Michel archange, fêté le 29 septembre par la liturgie catholique,
et le revers représente la duchesse de Berry présentant son fils nouveau-né, « l’enfant du miracle »,
avec cette légende :
« Dieu nous l’a donné , nos cœurs et nos bras sont à lui »

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2020-111. La vie et l’enseignement de Saint Cyprien de Carthage présentés par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

16 septembre,
Fête des Saints Corneille et Cyprien, pontifes et martyrs ;
Anniversaire de la mort de SMTC le Roi Louis XVIII (cf. > ici).

Saint Cyprien de Carthage - Eglise Saint-Cyprien de Londres

Saint Cyprien de Carthage
(détail d’un vitrail de l’église Saint-Cyprien de Londres)

* * * * * * *

Catéchèse de Sa Sainteté le pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience générale du
mercredi 6 juin 2007

Chers frères et sœurs,

Dans la série de nos catéchèses sur les grandes personnalités de l’Eglise antique, nous arrivons aujourd’hui à un éminent évêque du IIIème siècle, saint Cyprien, qui « fut le premier Evêque en Afrique à recevoir la couronne du martyre ». Sa réputation est également liée – comme l’atteste le diacre Pontius, qui fut le premier à écrire sa vie – à la production littéraire et à l’activité pastorale des treize années qui s’écoulèrent entre sa conversion et le martyre (cf. Vie 19, 1 ; 1, 1).

Né à Carthage dans une riche famille païenne, après une jeunesse dissipée, Cyprien se convertit au christianisme à l’âge de 35 ans. Il raconte lui-même son itinéraire spirituel :  « Alors que je gisais encore comme dans une nuit obscure », écrit-il quelques mois après son baptême, « il m’apparaissait extrêmement difficile et pénible d’accomplir ce que la miséricorde de Dieu me proposait… J’étais lié aux très nombreuses erreurs de ma vie passée et je ne croyais pas pouvoir m’en libérer, tant je secondais mes vices et j’encourageais mes mauvais penchants… Mais ensuite, avec l’aide de l’eau régénératrice, la misère de ma vie précédente fut lavée ; une lumière souveraine se diffusa dans mon cœur ; une seconde naissance me transforma en un être entièrement nouveau. De manière merveilleuse, chaque doute commença alors à se dissiper… Je comprenais clairement que ce qui vivait auparavant en moi, dans l’esclavage des vices de la chair, était terrestre, et que ce que l’Esprit Saint avait désormais engendré en moi était, en revanche, divin et céleste » (A Donat, 3-4).

Immédiatement après sa conversion, Cyprien – non sans être envié et en dépit de ses résistances – fut élu à la charge sacerdotale et à la dignité d’évêque.
Au cours de la brève période de son épiscopat, il affronta les deux premières persécutions ratifiées par un édit impérial, celle de Dèce (250) et celle de Valérien (257-258). Après la persécution particulièrement cruelle de Dèce, l’évêque dut s’engager vaillamment pour rétablir la discipline dans la communauté chrétienne. En effet, de nombreux fidèles avaient abjuré, ou bien n’avaient pas adopté une attitude correcte face à l’épreuve. Il s’agissait des lapsi – c’est-à-dire de ceux qui étaient « tombés » -, qui désiraient ardemment revenir au sein de la communauté. Le débat sur leur réadmission finit par diviser les chrétiens de Carthage en laxistes et en rigoristes.
Il faut ajouter à ces difficultés une grave épidémie de peste, qui ravagea l’Afrique et qui fit naître des interrogations théologiques angoissantes, tant au sein de la communauté, que dans la confrontation avec les païens. Il faut rappeler, enfin, la controverse entre Cyprien et l’évêque de Rome, Etienne, à propos de la validité du baptême administré aux païens par des chrétiens hérétiques.

Dans ces circonstances réellement difficiles, Cyprien révéla de grands talents pour gouverner :  il fut sévère, mais non inflexible avec les lapsi, leur accordant la possibilité du pardon après une pénitence exemplaire ; il fut ferme envers Rome pour défendre les saines traditions de l’Eglise africaine ; il se démontra très humain et empli de l’esprit évangélique le plus authentique en exhortant les chrétiens à apporter une aide fraternelle aux païens durant la peste ; il sut garder une juste mesure en rappelant aux fidèles – qui craignaient trop de perdre la vie et leurs biens terrestres – que pour eux la véritable vie et les véritables biens ne sont pas ceux de ce monde ; il fut inébranlable dans sa lutte contre les mœurs corrompus et les péchés qui dévastaient la vie morale, en particulier l’avarice. « Il passait ainsi ses journées », raconte alors le diacre Pontius, « lorsque voilà que – sur ordre du proconsul – le chef de la police arriva à l’improviste dans sa villa » (Vie 15, 1). Le jour même, le saint évêque fut arrêté et, après un bref interrogatoire, il affronta avec courage le martyre entouré de son peuple.

Cyprien rédigea de nombreux traités et lettres, toujours en rapport avec son ministère pastoral. Peu enclin à la spéculation théologique, il écrivait surtout pour l’édification de la communauté et pour le bon comportement des fidèles. De fait, l’Eglise est le thème qui lui est, de loin, le plus cher. Il fait la distinction entre l’Eglise visible, hiérarchique, et l’Eglise invisible, mystique, mais il affirme avec force que l’Eglise est une seule, fondée sur Pierre. Il ne se lasse pas de répéter que « celui qui abandonne la chaire de Pierre, sur laquelle l’Eglise est fondée, se donne l’illusion de rester dans l’Eglise » (L’unité de l’Eglise catholique, 4). Cyprien sait bien, et il l’a exprimé à travers des paroles puissantes, que, « en dehors de l’Eglise il n’y a pas de salut » (Epistola 4, 4 et 73, 21), et que « celui qui n’a pas l’Eglise comme mère ne peut pas avoir Dieu comme Père » (L’unité de l’Eglise catholique, 4).
Une caractéristique incontournable de l’Eglise est l’unité, symbolisée par la tunique sans coutures du Christ (ibid., 7) :  une unité dont il dit qu’elle trouve son fondement en Pierre (ibid., 4) et sa parfaite réalisation dans l’Eucharistie (Epistola 63, 13). « Il n’y a qu’un seul Dieu, un seul Christ », admoneste Cyprien, « une seule est son Eglise, une seule foi, un seul peuple chrétien, liés en une solide unité par le ciment de la concorde :  et on ne peut pas diviser ce qui est un par nature » (L’unité de l’Eglise catholique, 23).

Nous avons parlé de sa pensée concernant l’Eglise, mais il ne faut pas oublier, enfin, l’enseignement de Cyprien sur la prière. J’aime particulièrement son livre sur le « Notre Père » qui m’a beaucoup aidé à mieux comprendre et à mieux réciter la « prière du Seigneur »:  Cyprien enseigne comment, précisément dans le « Notre Père », la juste façon de prier est donnée aux chrétiens ; et il souligne que cette prière est au pluriel, « afin que celui qui prie, ne prie pas uniquement pour lui. Notre prière – écrit-il – est publique et communautaire et, quand nous prions, nous ne prions pas pour un seul, mais pour tout le peuple, car nous ne formons qu’un avec tout le peuple » (L’oraison du Seigneur, 8). Ainsi, la prière personnelle et la prière liturgique apparaissent solidement liées entre elles. Leur unité provient du fait qu’elles répondent à la même Parole de Dieu. Le chrétien ne dit pas « Mon Père », mais « Notre Père », même dans l’intimité d’une pièce close, car il sait bien qu’en chaque lieu, en chaque circonstance, il est le membre d’un même Corps.

« Prions donc, mes frères très aimés », écrit l’évêque de Carthage, « comme Dieu, le Maître, nous l’a l’enseigné ». C’est une prière confidentielle et intime que celle de prier Dieu avec ce qui est à Lui, d’élever vers Ses oreilles la prière du Christ. Que le Père reconnaisse les paroles de Son Fils, lorsque nous récitons une prière :  que celui qui habite intérieurement dans l’âme soit présent également dans la voix… En outre, lorsque l’on prie, il faut avoir une façon de s’exprimer et de prier qui, avec discipline, maintienne le calme et la discrétion. Pensons que nous nous trouvons devant le regard de Dieu. Il faut être agréables aux yeux de Dieu, aussi bien à travers l’attitude du corps que le ton de la voix… Et lorsque nous nous réunissons avec nos frères, et que nous célébrons les sacrifices divins avec le prêtre de Dieu, nous devons nous rappeler de la crainte référentielle et de la discipline, ne pas disperser aux quatre vents nos prières avec des voix altérées, ni lancer avec un verbiage impétueux une requête qui doit être demandée à Dieu avec modération, car Dieu est l’auditeur non de la voix, mais du cœur : « non vocis sed cordis auditor est » (3-4). Il s’agit de paroles qui restent valables aujourd’hui aussi et qui nous aident à bien célébrer la Sainte Liturgie.

En définitive, Cyprien se situe aux origines de cette tradition théologique et spirituelle féconde, qui voit dans le « cœur » le lieu privilégié de la prière.
En effet, selon la Bible et les Pères, le cœur est au plus profond de l’homme, le lieu où Dieu habite. C’est en lui que s’accomplit la rencontre au cours de laquelle Dieu parle à l’homme, et l’homme écoute Dieu ; l’homme parle à Dieu, et Dieu écoute l’homme :  le tout à travers l’unique Parole divine. C’est précisément dans ce sens – faisant écho à Cyprien – que Smaragdus, abbé de Saint-Michel sur la Meuse au cours des premières années du IX siècle, atteste que la prière « est l’œuvre du cœur, non des lèvres, car Dieu ne regarde pas les paroles, mais le cœur de l’orant » (Le diadème des moines, 1).

Très chers amis, faisons nôtre ce « cœur à l’écoute », dont nous parlent la Bible (cf. 1 R 3, 9) et les Pères :  nous en avons tant besoin ! Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons pleinement faire l’expérience que Dieu est notre Père, et que l’Eglise, la sainte Epouse du Christ, est véritablement notre Mère.

Armoiries de Benoît XVI

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