Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2020-98. Sainte Claire d’Assise, épouse vierge du Christ humble et pauvre.

12 août,
Fête de Sainte Claire d’Assise.

Isidore Arredondo - Sainte Claire met en fuite les sarrasins - 1693 Musée du Prado Madrid

Sainte Claire mettant en fuite les païens mahométans en brandissant devant eux  la Sainte Eucharistie
(Isidore Arredondo – 1693 – Madrid, musée du Prado)

Sainte Claire d’Assise,
épouse vierge du Christ humble et pauvre

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 15 septembre 2010

Chers frères et sœurs,

L’une des saintes les plus aimées est sans aucun doute sainte Claire d’Assise, qui vécut au XIIIe siècle, et qui fut contemporaine de saint François. Son témoignage nous montre combien l’Eglise tout entière possède une dette envers des femmes courageuses et riches de foi comme elle, capables d’apporter une impulsion décisive au renouveau de l’Eglise.

Qui était donc Claire d’Assise ?
Pour répondre à cette question, nous possédons des sources sûres : non seulement les anciennes biographies, comme celles de Thomas de Celano, mais également les Actes du procès de canonisation promu par le Pape quelques mois seulement après la mort de Claire et qui contiennent les témoignages de ceux qui vécurent à ses côtés pendant longtemps.

Née en 1193, Claire appartenait à une riche famille aristocratique. Elle renonça à la noblesse et à la richesse pour vivre dans l’humilité et la pauvreté, adoptant la forme de vie que François d’Assise proposait. Même si ses parents, comme cela arrivait alors, projetaient pour elle un mariage avec un personnage important, à 18 ans, Claire, à travers un geste audacieux inspiré par le profond désir de suivre le Christ et par son admiration pour François, quitta la maison paternelle et, en compagnie de son amie, Bona de Guelfuccio, rejoignit en secret les frères mineurs dans la petite église de la Portioncule. C’était le soir du dimanche des Rameaux de l’an 1211. Dans l’émotion générale, fut accompli un geste hautement symbolique : tandis que ses compagnons tenaient entre les mains des flambeaux allumés, François lui coupa les cheveux et Claire se vêtit d’un habit de pénitence en toile rêche. A partir de ce moment, elle devint l’épouse vierge du Christ, humble et pauvre, et se consacra entièrement à Lui. Comme Claire et ses compagnes, d’innombrables femmes au cours de l’histoire ont été fascinées par l’amour pour le Christ qui, dans la beauté de Sa Personne divine, remplit leur cœur. Et l’Eglise tout entière, au moyen de la mystique vocation nuptiale des vierges consacrées, apparaît ce qu’elle sera pour toujours : l’Epouse belle et pure du Christ.

L’une des quatre lettres que Claire envoya à sainte Agnès de Prague, fille du roi de Bohême, qui voulut suivre ses traces, parle du Christ, son bien-aimé Epoux, avec des expressions nuptiales qui peuvent étonner, mais qui sont émouvantes : « Alors que vous Le touchez, vous devenez plus pure, alors que vous Le recevez, vous êtes vierge. Son pouvoir est plus fort, Sa générosité plus grande, Son apparence plus belle, Son amour plus suave et Son charme plus exquis. Il vous serre déjà dans Ses bras, Lui qui a orné votre poitrine de pierres précieuses… Lui qui a mis sur votre tête une couronne d’or arborant le signe de la sainteté » (Première Lettre : FF, 2862).

En particulier au début de son expérience religieuse, Claire trouva en François d’Assise non seulement un maître dont elle pouvait suivre les enseignements, mais également un ami fraternel. L’amitié entre ces deux saints constitue un très bel et important aspect. En effet, lorsque deux âmes pures et enflammées par le même amour pour le Christ se rencontrent, celles-ci tirent de leur amitié réciproque un encouragement très profond pour parcourir la voie de la perfection. L’amitié est l’un des sentiments humains les plus nobles et élevés que la Grâce divine purifie et transfigure.
Comme saint François et sainte Claire, d’autres saints également ont vécu une profonde amitié sur leur chemin vers la perfection chrétienne, comme saint François de Sales et sainte Jeanne-Françoise de Chantal. Et précisément saint François de Sales écrit : « Il est beau de pouvoir aimer sur terre comme on aime au ciel, et d’apprendre à s’aimer en ce monde comme nous le ferons éternellement dans l’autre. Je ne parle pas ici du simple amour de charité, car nous devons avoir celui-ci pour tous les hommes ; je parle de l’amitié spirituelle, dans le cadre de laquelle, deux, trois ou plusieurs personnes s’échangent les dévotions, les affections spirituelles et deviennent réellement un seul esprit » (Introduction à la vie de dévotion, III, 19).

Après avoir passé une période de quelques mois auprès d’autres communautés monastiques, résistant aux pressions de sa famille qui au début, n’approuvait pas son choix, Claire s’établit avec ses premières compagnes dans l’église Saint-Damien où les frères mineurs avaient préparé un petit couvent pour elles. Elle vécut dans ce monastère pendant plus de quarante ans, jusqu’à sa mort, survenue en 1253.

Une description directe nous est parvenue de la façon dont vivaient ces femmes au cours de ces années, au début du mouvement franciscain. Il s’agit du compte-rendu admiratif d’un évêque flamand en visite en Italie, Jacques de Vitry, qui affirme avoir trouvé un grand nombre d’hommes et de femmes, de toute origine sociale, qui « ayant quitté toute chose pour le Christ, fuyaient le monde. Ils s’appelaient frères mineurs et sœurs mineures et sont tenus en grande estime par Monsieur le Pape et par les cardinaux… Les femmes… demeurent ensemble dans divers hospices non loin des villes. Elle ne reçoivent rien, mais vivent du travail de leurs mains. Et elles sont profondément attristées et troublées, car elles sont honorées plus qu’elles ne le voudraient, par les prêtres et les laïcs » (Lettre d’octobre 1216 : FF, 2205.2207).

Jacques de Vitry avait saisi avec une grande perspicacité un trait caractéristique de la spiritualité franciscaine à laquelle Claire fut très sensible : la radicalité de la pauvreté associée à la confiance totale dans la Providence divine. C’est pour cette raison qu’elle agit avec une grande détermination, en obtenant du Pape Grégoire IX ou, probablement déjà du Pape Innocent III, celui que l’on appela le Privilegium Paupertatis (cf. FF, 3279). Sur la base de celui-ci, Claire et ses compagnes de Saint-Damien ne pouvaient posséder aucune propriété matérielle. Il s’agissait d’une exception véritablement extraordinaire par rapport au droit canonique en vigueur et les autorités ecclésiastiques de cette époque le concédèrent en appréciant les fruits de sainteté évangélique qu’elles reconnaissaient dans le mode de vie de Claire et de ses consœurs. Cela montre que même au cours des siècles du Moyen-Age, le rôle des femmes n’était pas secondaire, mais considérable. A cet égard, il est bon de rappeler que Claire a été la première femme dans l’histoire de l’Eglise à avoir rédigé une Règle écrite, soumise à l’approbation du Pape, pour que le charisme de François d’Assise fût conservé dans toutes les communautés féminines qui étaient fondées de plus en plus nombreuses déjà de son temps et qui désiraient s’inspirer de l’exemple de François et de Claire.

Dans le couvent de Saint-Damien, Claire pratiqua de manière héroïque les vertus qui devraient distinguer chaque chrétien : l’humilité, l’esprit de piété et de pénitence, la charité.
Bien qu’étant la supérieure, elle voulait servir personnellement les sœurs malades, en s’imposant aussi des tâches très humbles : la charité en effet, surmonte toute résistance et celui qui aime accomplit tous les sacrifices avec joie. Sa foi dans la présence réelle de l’Eucharistie était si grande que, par deux fois, un fait prodigieux se réalisa. Par la seule ostension du Très Saint-Sacrement, elle éloigna les soldats mercenaires sarrasins, qui étaient sur le point d’agresser le couvent de Saint-Damien et de dévaster la ville d’Assise.

Ces épisodes aussi, comme d’autres miracles, dont est conservée la mémoire, poussèrent le Pape Alexandre IV à la canoniser deux années seulement après sa mort, en 1255, traçant un éloge dans la Bulle de canonisation, où nous lisons : « Comme est vive la puissance de cette lumière et comme est forte la clarté de cette source lumineuse. Vraiment, cette lumière se tenait cachée dans la retraite de la vie de clôture et dehors rayonnaient des éclats lumineux ; elle se recueillait dans un étroit monastère, et dehors elle se diffusait dans la grandeur du monde. Elle se protégeait à l’intérieur et elle se répandait à l’extérieur. Claire en effet, se cachait: mais sa vie était révélée à tous. Claire se taisait mais sa renommée criait » (FF, 3284).
Et il en est véritablement ainsi, chers amis : ce sont les saints qui changent le monde en mieux, le transforment de manière durable, en insufflant les énergies que seul l’amour inspiré par l’Evangile peut susciter. Les saints sont les grands bienfaiteurs de l’humanité !

La spiritualité de sainte Claire, la synthèse de sa proposition de sainteté est recueillie dans la quatrième lettre à sainte Agnès de Prague.
Sainte Claire a recours à une image très répandue au Moyen âge, d’ascendance patristique, le miroir. Et elle invite son amie de Prague à se refléter dans ce miroir de perfection de toute vertu qu’est le Seigneur Lui-même. Elle écrit : « Heureuse certes celle à qui il est donné de prendre part au festin sacré pour s’attacher jusqu’au fond de son cœur [au Christ], à Celui dont toutes les troupes célestes ne cessent d’admirer la beauté, dont l’amitié émeut, dont la contemplation nourrit, dont la bienveillance comble, dont la douceur rassasie, dont le souvenir pointe en douceur, dont le parfum fera revivre les morts, dont la vue en gloire fera le bonheur des citoyens de la Jérusalem d’en haut. Tout cela puisqu’Il est la splendeur de la gloire éternelle, l’éclat de la lumière éternelle et le miroir sans tache. Ce Miroir, contemple-Le chaque jour, ô Reine, épouse de Jésus Christ, et n’arrête d’y contempler ton apparence afin que… tu puisses, intérieurement et extérieurement, te parer comme il convient… En ce Miroir brillent la bienheureuse pauvreté, la sainte humilité et l’ineffable charité » (Quatrième lettre FF, 2901-2903).

Reconnaissants à Dieu qui nous donne les saints qui parlent à notre cœur et nous offrent un exemple de vie chrétienne à imiter, je voudrais conclure avec les mêmes paroles de bénédiction que sainte Claire composa pour ses consœurs et qu’aujourd’hui encore les Clarisses, qui jouent un précieux rôle dans l’Eglise par leur prière et leur œuvre, conservent avec une grande dévotion. Ce sont des expressions où émerge toute la tendresse de sa maternité spirituelle : « Je vous bénis dans ma vie et après ma mort, comme je peux et plus que je le peux, avec toutes les bénédictions par lesquelles le Père des miséricordes pourrait bénir et bénira au ciel et sur la terre les fils et les filles, et avec lesquelles un père et une mère spirituelle pourraient bénir et béniront leurs fils et leurs filles spirituels. Amen » (FF, 2856).

Voir aussi le testament de Sainte Claire > ici

Corps de Sainte Claire - Assise

Corps de Sainte Claire (Assise, basilique Sainte-Claire)

2020-97. Charité et humilité.

Méditation sur les textes de la Sainte Ecriture
lus à la Sainte Messe
du
10ème dimanche après la Pentecôte

Simon Vouet la Charité (vers 1640 - Louvre)

Simon Vouet : la Charité (vers 1640)

« 1 – La liturgie nous présente aujourd’hui, comme dans un tableau d’ensemble, à travers les textes de la Messe, les traits fondamentaux de l’âme chrétienne. Avant tout, elle nous montre cette âme vivifiée par l’Esprit-Saint qui répand en elle Ses dons (cf. Saint Paul dans l’épître de ce jour – 1 Cor. XII 2-11).
L’Apôtre nous parle des « charismes », c’est-à-dire de ces grâces spéciales, telles que le don des langues, de la science, des miracles, …etc. accordées par l’Esprit-Saint avec une particulière abondance à l’Eglise primitive. Bien qu’étant très précieux, ces dons sont cependant inférieurs à la grâce et à la charité, car celles-ci peuvent conférer à l’âme la vie surnaturelle, alors que les charismes peuvent être donnés ou non par surcroît, sans en augmenter ni diminuer pour autant l’intensité.
Saint Thomas fait observer que, tandis que la grâce et la charité sanctifient l’âme et l’unissent à Dieu, les charismes, par contre, sont ordonnés à l’utilité du prochain et peuvent subsister même en celui qui ne possède pas la grâce.
Du reste, Saint Paul aussi – et précisément dans la même épître dont nous lisons aujourd’hui un passage à la Messe – après avoir énuméré tous ces dons extraordinaires, conclut par la fameuse affirmation : tout cela n’est rien sans la charité. Celle-ci est toujours la vertu « centrale », la caractéristique fondamentale de l’âme chrétienne, et aussi le plus grand don que l’Esprit-Saint puisse répandre en nous.
Si le divin Paraclet ne vivifiait nos âmes par la charité et la grâce, qui lui est inséparablement unie, personne ne pourrait accomplir le moindre acte ayant valeur surnaturelle, même pas l’homme le plus vertueux : « Personne ne peut dire « Jésus est Seigneur », si ce n’est sous l’action de l’Esprit-Saint » affirme l’Apôtre.
De même que l’arbre privé de sève vitale ne peut donner des fruits, ainsi l’âme non vivifiée par l’Esprit-Saint ne peut poser des actions de valeur surnaturelle. Voilà, encore une fois, le grand prix de la grâce et de la charité, dont le moindre degré vaut plus que tous les dons extraordinaires qui, s’ils peuvent disposer les âmes au bien, n’ont cependant le pouvoir ni d’engendrer, ni d’augmenter en nous la vie divine ».

le pharisien et le publicain - fresque de l'abbaye d'Ottobeuren

Le pharisien et le publicain : fresque de l’abbaye d’Ottobeuren (Bavière)

« 2 – L’Evangile (Luc XVIII, 9-14) nous montre une autre caractéristique fondamentale de l’âme chrétienne : l’humilité. La charité, il est vrai, lui, est supérieure, parce qu’elle nous communique la vie divine ; toutefois, l’humilité a une très grande importance parce qu’elle débarrasse le terrain pour faire place à la grâce et à la charité. C’est l’enseignement que nous donne aujourd’hui Jésus, sous une forme très vive et concrète, dans la parabole du pharisien et du publicain. L’Evangile nous dit expressément que Jésus parlait en vue de quelques gens « persuadés de leur propre justice et pleins de mépris pour les autres » ; le pharisien en est le prototype et les représente à merveille. Le voici, assuré d’être juste et gonflé de ses mérites : je ne suis ni voleur, ni adultère, je jeûne et paie la dîme. Que peut-on prétendre de plus ? Mais cet homme superbe ne voit pas qu’il lui manque ce qu’il y a de meilleur : la charité, puisqu’il se déchaîne contre les autres, les accuse, les condamne : « je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ni non plus comme ce publicain ».
N’ayant pas de charité envers le prochain, il ne peut en avoir envers Dieu.
De fait, entré dans le temple pour prier, il a été incapable de formuler le moindre acte d’amour, d’adoration et, au lieu de louer Dieu pour Ses bienfaits, il n’a fait que se louer lui-même.
En réalité cet homme est incapable de prier parce qu’il n’a pas la charité, et il ne peut la posséder, parce qu’il est plein d’orgueil : « Dieu résiste aux superbes, et Il donne Sa grâce aux humbles » (Jac. IV, 6), c’est pourquoi le pharisien retourne chez lui condamné, moins par le Seigneur qui aime toujours user de miséricorde, que par son orgueil, qui empêche en lui l’œuvre de la miséricorde.
Tout autre est l’attitude du publicain : c’est un pauvre homme, il sait qu’il a péché, il est conscient de sa misère morale ; lui non plus ne possède pas la charité, parce que le péché suscite en lui un obstacle ; cependant, il est humble, très humble, et se confie dans la miséricorde de Dieu : « O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur ! » Et Dieu qui aime Se pencher sur les humbles, le justifie à l’instant même : son humilité a attiré sur lui la grâce du Très-Haut.
Saint Augustin n’a-t-il pas dit que « Dieu aime mieux l’humilité dans les choses mal faites, que l’orgueil dans celles qui sont bien faites ! »
Ce ne sont pas nos vertus, nos bonnes actions, qui nous justifieront, mais la grâce et la charité que l’Esprit-Saint répand dans nos cœurs « comme Il veut », oui, mais toujours en proportion de notre humilité ». 

Rd. Père Gabriel de Sainte-Marie-Madeleine,
in « Intimité divine », vol. 2 pp.242-245

frise

2020-96. Où le Maître-Chat Lully revient pour rappeler quelques salutaires leçons sur les dangers du relâchement de ceux dont on devrait au contraire attendre davantage d’édification.

Lettre d’outre-tombe
adressée par

Monseigneur le Maître-Chat Lully
à
celui qui fut ici-bas son humain de compagnie

Lully au crayon

Mon cher Papa-moine,

Ce sera demain le dixième dimanche après la Pentecôte et, avec tous les fidèles de la Sainte Eglise qui pratiquent le rite latin traditionnel, tu entendras le chant de la péricope évangélique dite « parabole du pharisien et du publicain » (Luc XVIII, 9-14).
Depuis le paradis des chats, où je suis établi en un poste d’observation privilégié qui me permet de pénétrer avec plus d’acuité encore que je n’en avais sur terre dans les replis – pas toujours édifiants – de la psychologie des hommes, il m’est permis de t’adresser, de temps en temps, quelques lignes, à fin, du moins l’espèré-je de tout cœur, de t’apporter consolation et force, et pour te stimuler dans tes bonnes dispositions.

Je te l’ai toujours dit, dans le temps où j’étais auprès de toi, et tu en avais de toute façon une compréhension plus aiguë qu’un très grand nombre de tes congénères, il faut craindre bien plus que la peste – et infiniment plus que ce coronavirus qui alimente aujourd’hui les peurs de tes contemporains et, surtout, les peu glorieuses manigances des hommes de l’ombre -, la mentalité pervertie d’un très grand nombre de fidèles et de clercs de la Sainte Eglise catholique, notre mère.
Nous savons bien que ce n’est ni la religion en sa réalité intrinsèque, ni la Foi révélée par le Christ, ni la Sainte Eglise par elle-même, qui sont les causes de ce que nous déplorons en ces fidèles et en ces clercs : cela tombe sous le sens pour tout homme intelligent, mais en ces temps de virulence accrue de l’antichristianisme il est toutefois bon de le redire.
C’est ici que se vérifie – une fois de plus, hélas ! – la vérité de l’antique adage latin attribué à Saint Grégoire le Grand : Corruptio optimi pessima - La corruption de ce qu’il y a de meilleur est la pire des choses.
Nous savons bien, nous ne savons que trop, que ce qui est ici en cause ce sont les tendances viciées de l’homme blessé par le péché originel.
Le drame survient lorsque des fidèles ou des clercs, qui devraient trouver dans la vertu de religion, dans la Foi divine reçue de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans tous les trésors de grâce, de purification et de sanctification offerts par la Sainte Eglise, les remèdes à leurs blessures et les forces pour vaincre les tentations, cessent d’avoir une conscience suraiguë de leur fragilité, se relâchent dans le combat spirituel, pactisent avec les subtiles et quasi insensibles séductions de l’esprit du monde, et s’imaginent plus ou moins consciemment qu’à partir du simple moment où ils sont catholiques pratiquants, religieux ou ministres ordonnés, ils se trouveraient établis de manière stable et définitive dans un état d’impeccabilité qui les exempterait de vigilance, d’effort et de lutte, alors qu’il est en tout autrement.
C’est bien parce qu’ils sont catholiques pratiquants, religieux ou clercs, que Dieu leur fait un devoir plus strict et une obligation très grave d’être encore davantage exigeants avec eux-mêmes !

C’est un sujet sur lequel il y aurait beaucoup à dire, beaucoup à écrire.
Et d’ailleurs, durant les quelque vingt siècles de la vie de l’Eglise, les prédicateurs, les moralistes, les saints et les docteurs ont insisté encore et encore sur les mille et un aspects de cette redoutable responsabilité qui est faite à tous les baptisés en général, mais d’une manière plus particulière encore aux consacrés, de ne jamais baisser la garde, et de se montrer toujours plus exigeants avec eux-mêmes et plus inexorablement méticuleux dans leur tendance à la perfection et leur recherche de la sainteté, se souvenant des graves avertissements de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Car à celui à qui on a donné beaucoup, on demandera beaucoup ; et de celui à qui on a confié beaucoup, on exigera davantage » (Luc XII, 48) ; et encore : « Vous êtes le sel de la terre. Que si le sel perd sa vertu, avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes » (Matth. V, 13).

Maintenant que je ne suis plus constamment auprès de toi pour te rappeler sans cesse à ces exigences (puisque c’est la vocation spécifique que Dieu donne aux chats auprès de leurs humains de compagnie, et plus encore lorsque ce sont des religieux), j’espère que tu ne te relâches pas et que tu veilles chaque jour à mettre en pratique les exemples que je t’ai donnés quotidiennement pendant nos treize années de vie commune…
Il t’est bien assez donné à toi-même de souffrir de toutes les indélicatesses qui découlent de ces déplorables relâchements de la vigilance dans la très exigeante pratique des vertus que l’on constate avec grande tristesse chez de nombreux fidèles ou ecclésiastiques, pour que tu ne doives pas t’exciter chaque jour à davantage d’efforts et de fermeté dans une intraitable rigueur.

Tu as été avec douleur et affliction le témoin de la chute lamentable d’un certain nombre de religieux et de prêtres.
Déjà, dans ton enfance, dans ces désastreuses années qui ont suivi le concile vaticandeux, tu as vu des prêtres qui défroquaient, préférant l’amour d’une créature charnelle à celui qu’ils avaient exclusivement et solennellement promis à Dieu au pied de Ses autels !
Mais cela ne s’est pas limité à cette période de folie et de « remise en question » qui a accumulé les ruines ; tout au long de tes bientôt quarante années de vie religieuse, tu as appris les défections, les trahisons de tant de consacrés.
Aujourd’hui encore, tu reçois l’annonce de scandales et de chutes pitoyables de prêtres que tu as connus, aux Messes desquels tu as assisté, des mains desquels tu as reçu la sainte communion… En l’apprenant, il t’est donné de ressentir une infime part de la douleur du divin Cœur de Jésus dans Sa Passion, abandonné, délaissé et trahi par ceux auxquels Il avait accordé Ses prédilections.

Ces prêtres, ces consacrés qui défaillent n’avaient-ils pas la vocation ?
Les longues années passées au séminaire ou dans leurs maisons de formation auraient probablement débusqué de fausses vocations. Du moins se prend-on à le croire pour ne pas désespérer complètement du discernement et du bon sens de ceux qui dirigent ces établissements…
Or donc, si la vocation était authentique à l’origine et que cependant ces prêtres ou religieux ont failli, la seule explication à leur chute réside dans leur attiédissement, dans leur manque de ferveur, dans leur relâchement dans le combat spirituel, et dans leur accoutumance coupable à cet état de tiédeur et de médiocrité.
Certes, seul Dieu, qui sonde les reins et les cœurs, peut être leur juste Juge et, à nous Ses créatures, il n’est pas donné de connaître ce qui n’appartient qu’à Dieu.
En revanche, constatant objectivement les faits de l’extérieur, cela doit porter tout fidèle, tout religieux et tout prêtre à davantage de générosité et d’ardeur dans sa vie personnelle, pour que, se sachant lui aussi faillible et pécheur, il se livre avec plus de pugnacité et d’acharnement aux combats qu’il lui appartient de soutenir en propre.

J’aurais encore beaucoup de choses à t’écrire, mon cher Papa-moine, mais il y a déjà là matière à de longues réflexions et méditations. Je te laisse donc t’y livrer avec assiduité et t’adresse avec ces lignes un chat-leureux ronronnement du paradis.

pattes de chatLully.  

mains jointes - prière

2020-93. Saint Alphonse a eu une vision à la fois réaliste et optimiste des ressources de bien que le Seigneur donne à chaque homme et il a donné importance aux élans et aux sentiments du cœur, ainsi qu’à ceux de l’esprit, pour pouvoir aimer Dieu et son prochain.

2 août,
Fête de Saint Alphonse-Marie de Liguori, évêque et confesseur ;
Fête de Notre-Dame des Anges et indulgence de la Portioncule (cf. > ici).

St Alphonse-Marie de Liguori - vitrail de la cathédrale de Carlow

Saint Alphonse-Marie de Liguori en prière
(détail d’un vitrail de la cathédrale de Carlow – Irlande)

* * * * * * *

Saint Alphonse a eu une vision à la fois réaliste et optimiste des ressources de bien que le Seigneur donne à chaque homme et il a donné importance aux élans et aux sentiments du cœur, ainsi qu’à ceux de l’esprit, pour pouvoir aimer Dieu et son prochain.

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
délivrée le mercredi 30 mars 2011
à l’occasion de l’audience pontificale générale.

Chers frères et sœurs,

Je voudrais aujourd’hui vous présenter la figure d’un saint docteur de l’Eglise à qui nous devons beaucoup, car ce fut un éminent théologien moraliste et un maître de vie spirituelle pour tous, en particulier pour les personnes simples. Il est l’auteur des paroles et de la musique de l’un des chants de Noël les plus populaires en Italie et pas seulement : Tu descends des étoiles.

Appartenant à une noble et riche famille napolitaine, Alphonse Marie de Liguori naquit en 1696. Doté de nombreuses qualités intellectuelles, il obtint à seulement 16 ans une maîtrise de droit civil et canonique. Il était l’avocat le plus brillant du barreau de Naples : pendant huit ans il gagna toutes les causes qu’il défendit.
Toutefois, dans son âme assoiffée de Dieu et désireuse de perfection, le Seigneur le conduisait à comprendre que la vocation à laquelle il l’appelait était une autre. En effet, en 1723, indigné par la corruption et l’injustice qui viciaient le milieu juridique, il abandonna sa profession — et avec elle la richesse et le succès — et il décida de devenir prêtre, malgré l’opposition de son père.
Il eut d’excellents maîtres, qui l’initièrent à l’étude de l’Ecriture Sainte, de l’histoire de l’Eglise et de la mystique. Il acquit une vaste culture théologique, qu’il mit à profit quand, quelques années plus tard, il entreprit son œuvre d’écrivain.
Il fut ordonné prêtre en 1726 et il se lia, pour l’exercice de son ministère, à la Congrégation diocésaine des Missions apostoliques. Alphonse commença une action d’évangélisation et de catéchèse dans les couches les plus humbles de la société napolitaine, auxquelles il aimait prêcher, et qu’il instruisait sur les vérités fondamentales de la foi. Un grand nombre de ces personnes, pauvres et modestes, auxquelles il s’adressait, s’adonnaient souvent aux vices et accomplissaient des actes criminels. Il leur enseignait avec patience à prier, les encourageant à améliorer leur façon de vivre. Alphonse obtint d’excellents résultats : dans les quartiers les plus misérables de la ville se multipliaient les groupes de personnes qui, le soir, se réunissaient dans les maisons privées et dans les échoppes, pour prier et pour méditer la Parole de Dieu, sous la direction de plusieurs catéchistes formés par Alphonse et par d’autres prêtres, qui rendaient visite régulièrement à ces groupes de fidèles. Quand, suivant le désir de l’archevêque de Naples, ces réunions furent tenues dans les chapelles de la ville, elles prirent le nom de « chapelles du soir ». Elles furent de véritables sources d’éducation morale, d’assainissement social, d’aide réciproque entre les pauvres : les vols, les duels, la prostitution finirent presque par disparaître.

Même si le contexte social et religieux de l’époque de saint Alphonse étaient bien différent du nôtre, les « chapelles du soir » apparaissent comme un modèle d’action missionnaire auquel nous pouvons nous inspirer également aujourd’hui pour une « nouvelle évangélisation », en particulier des plus pauvres, et pour construire une coexistence humaine plus juste, fraternelle et solidaire. Une tâche de ministère spirituel est confiée aux prêtres, alors que des laïcs bien formés peuvent être des animateurs chrétiens efficaces, un authentique levain évangélique au sein de la société.

Après avoir pensé partir pour évangéliser les peuples païens, Alphonse, à l’âge de 35 ans, entra en contact avec les paysans et les pasteurs des régions intérieures du royaume de Naples et, frappé par leur ignorance religieuse et par l’état d’abandon dans lequel ils se trouvaient, il décida de quitter la capitale et de se consacrer à ces personnes, qui étaient pauvres spirituellement et matériellement.
En 1732, il fonda la Congrégation religieuse du Très Saint Rédempteur, qu’il plaça sous la protection de l’évêque Tommaso Falcoia, et dont par la suite il devint lui-même le successeur.
Ces religieux, guidés par Alphonse, furent d’authentiques missionnaires itinérants, qui atteignaient aussi les villages les plus reculés en exhortant à la conversion et à la persévérance dans la vie chrétienne, en particulier au moyen de la prière. Aujourd’hui encore les Rédemptoristes, présents dans de nombreux pays du monde, avec de nouvelles formes d’apostolat, continuent cette mission d’évangélisation. Je pense à eux avec reconnaissance, en les exhortant à être toujours fidèles à l’exemple de leur saint fondateur.

Estimé pour sa bonté et pour son zèle pastoral, en 1762 Alphonse fut nommé évêque de Sant’Agata dei Goti, un ministère qu’il quitta en 1775 avec l’autorisation du Pape Pie VI, à la suite des maladies dont il était atteint.
Ce même Pape, en 1787, en apprenant la nouvelle de sa mort, qui eut lieu après de grandes souffrances, s’exclama : « C’était un saint ! ». Et il ne se trompait pas : Alphonse fut canonisé en 1839, et en 1871 il fut déclaré Docteur de l’Eglise.
Ce titre lui convient pour de nombreuses raisons. Tout d’abord parce qu’il a proposé un riche enseignement de théologie morale, qui exprime de manière adaptée la doctrine catholique, au point qu’il fut proclamé par le Pape Pie XII « Patron de tous les confesseurs et moralistes ». A son époque, s’était diffusée une interprétation très rigoriste de la vie morale également en raison de la mentalité janséniste qui, au lieu d’alimenter la confiance et l’espérance dans la miséricorde de Dieu, fomentait la peur et présentait un visage de Dieu revêche et sévère, bien éloigné de celui que nous a révélé Jésus. Saint Alphonse, en particulier dans son œuvre principale intitulée Théologie morale, propose une synthèse équilibrée et convaincante entre les exigences de la loi de Dieu, gravée dans nos cœurs, pleinement révélée par le Christ et interprétée de manière faisant autorité par l’Eglise, et les dynamismes de la conscience et de la liberté de l’homme, qui précisément dans l’adhésion à la vérité et au bien permettent la maturation et la réalisation de la personne. Alphonse recommandait aux pasteurs d’âmes et aux confesseurs d’être fidèles à la doctrine morale catholique, en assumant, dans le même temps, une attitude charitable, compréhensive, douce, pour que les pénitents puissent se sentir accompagnés, soutenus, encouragés dans leur chemin de foi et de vie chrétienne. Saint Alphonse ne se lassait jamais de répéter que les prêtres sont un signe visible de la miséricorde infinie de Dieu, qui pardonne et illumine l’esprit et le cœur du pécheur afin qu’il se convertisse et change de vie. A notre époque, où on voit de clairs signes d’égarement de la conscience morale et — il faut le reconnaître — un certain manque d’estime envers le sacrement de la confession, l’enseignement de saint Alphonse est encore de grande actualité.

A côté des œuvres de théologie, saint Alphonse rédigea de très nombreux écrits, destinés à la formation religieuse du peuple. Le style est simple et plaisant. Lues et traduites dans un grand nombre de langues, les œuvres de saint Alphonse ont contribué à façonner la spiritualité populaire des deux derniers siècles. Certaines d’entre elles sont des textes à lire avec un grand intérêt encore aujourd’hui, comme Les Maximes éternellesLes gloires de MarieLa pratique d’amour envers Jésus Christ, une œuvre — cette dernière — qui représente la synthèse de sa pensée et son chef-d’œuvre. Il insiste beaucoup sur la nécessité de la prière, qui permet de s’ouvrir à la Grâce divine pour accomplir quotidiennement la volonté de Dieu et poursuivre la sanctification personnelle.
Au sujet de la prière, il écrit : « Dieu ne refuse à personne la grâce de la prière, par laquelle on obtient l’aide pour vaincre les concupiscences et les tentations. Et je dis, et je réponds et je répondrai toujours, tant que j’aurai vie, que tout notre salut réside dans la prière ». De là vient son célèbre axiome : « Qui prie se sauve » (Grand moyen de la prière et opuscules semblables. Œuvres ascétiques II, Rome 1962, p. 171). Il me revient à l’esprit, à cet égard, l’exhortation de mon prédécesseur, le vénérable serviteur de Dieu Jean-Paul II : « Nos communautés chrétiennes doivent devenir d’authentiques “écoles” de prière… Il faut alors que l’éducation à la prière devienne en quelque sorte un point déterminant de tout programme pastoral » (Lett. ap. Novo Millennio ineunte, nn. 33.34).

Parmi les formes de prière conseillées avec ferveur par saint Alphonse se détache la visite au Très Saint Sacrement ou, comme nous l’appellerions aujourd’hui, l’adoration, brève ou prolongée, personnelle ou communautaire, devant l’Eucharistie. « Assurément — écrit Alphonse — parmi toutes les dévotions celle d’adorer Jésus sacrement est la première après les sacrements, la plus chère à Dieu, et celle qui nous est la plus utile… Oh, quel délice d’être devant un autel plein de foi… et lui présenter nos nécessités, comme fait un ami avec un autre ami intime !» (Visites au Saint Sacrement et à la Sainte Vierge pour chaque jour du mois. Introduction).
La spiritualité alphonsienne est en effet éminemment christologique, centrée sur le Christ et son Evangile. La méditation du mystère de l’Incarnation et de la Passion du Seigneur sont fréquemment l’objet de sa prédication. Dans ces événements en effet la Rédemption est offerte « copieusement » à tous les hommes.
Et précisement parce qu’elle est christologique, la piété alphonsienne est aussi absolument mariale. D’une grande dévotion pour Marie, il en illustre le rôle dans l’histoire du salut : associée à la Rédemption et Médiatrice de grâce, Mère, Avocate et Reine. En outre, saint Alphonse affirme que la dévotion à Marie nous sera d’un grand réconfort au moment de notre mort. Il était convaincu que la méditation sur notre destin éternel, sur notre appel à participer pour toujours à la béatitude de Dieu, tout comme sur la tragique possibilité de la damnation, contribue à vivre avec sérénité et engagement, et à affronter la réalité de la mort en conservant toujours toute sa confiance dans la bonté de Dieu.

Saint Alphonse de Liguori est un exemple de pasteur zélé, qui a conquis les âmes en prêchant l’Evangile et en administrant les sacrements, s’unissant à une façon d’agir marquée par une bonté sereine et douce, qui naissait de l’intense rapport avec Dieu, qui est la Bonté infinie. Il a eu une vision à la fois réaliste et optimiste des ressources de bien que le Seigneur donne à chaque homme et il a donné importance aux élans et aux sentiments du cœur, ainsi qu’à ceux de l’esprit, pour pouvoir aimer Dieu et son prochain.

En conclusion, je voudrais rappeler que notre saint, de manière analogue à saint François de Sales — dont j’ai parlé il y a quelques semaines — insiste pour nous dire que la sainteté est accessible à chaque chrétien : « Le religieux comme religieux, le séculier comme séculier, le prêtre comme prêtre, le mari comme mari, le marchand comme marchand, le soldat comme soldat, et ainsi de suite pour tout autre statut » (La pratique de l’amour envers Jésus Christ. Œuvres ascétiques I, Rome 1933, p. 79).
Rendons grâce au Seigneur qui, avec sa Providence, suscite des saints et des docteurs en des lieux et en des temps différents, qui parlent le même langage pour nous inviter à croître dans la foi et à vivre avec amour et avec joie notre être chrétiens dans les actions simples de chaque jour, pour avancer sur le chemin de la sainteté, sur la route vers Dieu et vers la joie véritable. Merci.

châsse de Saint Alphonse-Marie de Ligori

Châsse de Saint Alphonse-Marie de Liguori
(Pagani – Campanie)

2020-90. « Le roi saint inspire vos travaux. Il est votre modèle au plan divin comme terrestre » (Louis XX).

Vendredi 24 juillet 2020,
Vigile de Saint Jacques le Majeur, apôtre ;
Mémoire de Sainte Christine, vierge et martyre.

Cahiers de l'université d'été Saint-Louis

« (…) La place que vous donnez à l’étude vous a amené à publier plusieurs Cahiers de l’Université Saint Louis d’un grand intérêt. Chacun de ces Cahiers et le Site « bibliothèque » Vive Le Roy qui les prolonge et multiplie leur audience, forment en effet un corpus. Cette pensée bien étayée et cohérente guide ensuite votre action au sein des différents cercles. Grâce au partage par internet votre influence peut atteindre et inspirer tous ceux qui cherchent les voies d’un renouveau pour notre pauvre pays qui se défait, trahi par les porteurs d’idéologies pernicieuses. L’arbre se juge à ses fruits…Vous faites partie de ceux qui préparent les récoltes futures ».

Louis XX          

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Hier (cf. > ici), dans son très encourageant message à l’occasion de la trentième Université d’été Saint-Louis, dont la citation ci-dessus est extraite, notre Souverain Légitime a souligné la qualité des instruments d’étude et de formation développés par l’UCLF.
En effet, l’Union des Cercles Légitimistes de France propose – si vous ne l’aviez pas encore compris à la lecture de nombreuses publications dans ce modeste blogue, je vous le rappelle une fois de plus – un très important Programme d’études politiques qui est la base nécessaire de cette « pensée bien étayée et cohérente » louée par Sa Majesté.
Les Cahiers de l’Université Saint-Louis publiés chaque année, constituent une synthèse de la pensée royaliste facilement utilisable dans le cadre d’un travail en cellule d’étude.
A l’occasion de chacune de ces Universités d’été, de nouveaux textes illustrant la pensée légitimiste sont publiés.
L’édition de l’Université d’été 2020 est dès à présent disponible et téléchargeable : voir > ici.

Nous ne pouvons qu’encourager nos amis à les télécharger et à les étudier afin de « (faire) partie de ceux qui préparent les récoltes futures » eux aussi.

Couverture cahiers université d'été 2020

2020-89. « Cette fidélité nous permet d’être toujours présents et de témoigner de la France éternelle, afin de maintenir possible la voie de la restauration ».

Jeudi 23 juillet 2020,
Fête de Saint Jean Cassien, abbé et confesseur ;
Mémoire de Saint Apollinaire, évêque et martyr ;
Mémoire de Saint Liboire, évêque et confesseur.

Comme chaque année depuis 30 ans, l’Union des Cercles Légitimistes de France (UCLF) propose une université d’été qui, cette année, vient de recevoir un long message de félicitations et d’encouragement de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX.
Au delà de l’aspect circonstanciel de ce message, et c’est ce qui explique sa longueur, notre Souverain Légitime reconnaît l’importance et les qualités du travail accompli par l’Union des Cercles Légitimistes de France, en même temps qu’il en profite pour insister encore une fois sur la fidélité sans faille qu’il convient de garder à la pensée politique du Comte de Chambord, en laquelle l’UCLF s’est toujours inscrite.

On s’attachera donc à lire avec la plus grande attention ce nouveau message royal et à en bien comprendre toutes les composantes ainsi que les conséquences logiques… 

affiche de l'université d'été Saint-Louis 2020

Chers Amis de l’Université Saint Louis,

Je suis doublement heureux de vous adresser ce message aujourd’hui. Tout d’abord parce qu’il s’adresse à des jeunes dont le rôle de reconstruction sera si important pour l’avenir de notre pays ; ensuite parce que cette Université d’Été fête aujourd’hui ses trente ans, preuve de sa qualité comme de son utilité, et qu’il m’est agréable ainsi d’en féliciter les organisateurs.

Souvent dans mes interventions je salue la fidélité qui s’écrit en termes d’années. Persévérer au milieu des difficultés, sans se décourager est la preuve d’une vraie fidélité reposant sur des convictions fortes qui font qu’aucune embûche n’arrête ni l’espérance, ni l’engagement. Cette fidélité est celle que vous avez vis-à-vis de la royauté qui a fait la France. Fidélité à la dynastie capétienne dont il me revient, aujourd’hui, d’être le successeur légitime et à la royauté traditionnelle d’où nous tirons notre force. Cette fidélité nous permet, notamment depuis 1883, d’être toujours présents et de témoigner de la France éternelle, afin de maintenir possible la voie de la restauration. Elle nous distingue des autres types de régimes qui, ne reposant pas sur l’onction sacrée, c’est-à-dire sur un principe supérieur aux hommes et à leur égoïsme, ne peuvent ni durer d’où la succession ininterrompue de régimes depuis 1830, ni encore moins, garantir le bien commun et la souveraineté sans lesquels il n’y a pas de société politique. L’un et l’autre furent les fondements de l’œuvre des Capétiens.  Ces fondements gardent au 21ème siècle leur force. Il n’y aura pas de société stable, de progrès, permettant l’épanouissement de tous et en particulier des familles, sans un retour aux fondamentaux. Le Comte de Chambord l’avait compris et c’est pourquoi il a refusé, en son temps, le programme que certains voulaient lui imposer au nom d’une modernité qu’il aurait fallu accepter sans bénéfice d’inventaire. Ce ne fut pas la démarche du Comte de Chambord.  En effet, au dernier quart du dix-neuvième siècle, il en percevait déjà les méfaits. Contrairement à la société ordonnée de l’Ancien Régime, celle issue de la Révolution n’avait plus de limites. Cette société sans ordre et où la transcendance est bannie, est rapidement devenue une société désordonnée où les plus forts dominent. Ce que nous vivons actuellement n’en est que le prolongement que le Comte de Chambord aurait voulu voir éviter à la France : l’homme déshumanisé, la vie comptant pour rien, les familles sacrifiées, le mariage galvaudé, les enfants à l’éducation et à l’instruction négligées voire perverties, les manipulations des esprits comme des corps n’ayant que pour but de briser les lois de la vérité et de la nature.

Cette société, vous le refusez et pour cela, vous vous formez tant spirituellement qu’intellectuellement. Votre Université d’été, la trentième, s’inscrit dans cette si nécessaire démarche de réflexion. N’est-il pas symbolique qu’à l’origine votre rencontre se soit intitulée « camp chouan », c’est-à-dire le camp du refus et de la rupture, le camp de ceux qui s’engagent. Depuis 2000, vous parlez d’Université Saint Louis pour bien montrer que vous placez le combat encore plus haut, c’est celui des principes. Le roi saint inspire vos travaux. Il est votre modèle au plan divin comme terrestre.

La place que vous donnez à l’étude vous a amené à publier plusieurs Cahiers de l’Université Saint Louis d’un grand intérêt. Chacun de ces Cahiers et le Site « bibliothèque » Vive Le Roy qui les prolonge et multiplie leur audience, forment en effet un corpus. Cette pensée bien étayée et cohérente guide ensuite votre action au sein des différents cercles. Grâce au partage par internet votre influence peut atteindre et inspirer tous ceux qui cherchent les voies d’un renouveau pour notre pauvre pays qui se défait, trahi par les porteurs d’idéologies pernicieuses. L’arbre se juge à ses fruits…Vous faites partie de ceux qui préparent les récoltes futures.

Je ne peux terminer ce message sans des mots d’encouragement. Les premiers s’adressent aux participants à l’Université Saint-Louis qui prennent de leur temps pour parfaire leur formation. Elle vous permettra de prendre des responsabilités dans la société. C’est la meilleure voie pour faire refleurir les lys.  Nous n’avons pas besoin de nostalgie, mais d’engagements. Cela, je le redis chaque fois qu’il m’est demandé, en tant que chef de Maison et héritier des rois de France, ce qu’il faut faire. Ma réponse est toujours la même, quelle que soit votre vocation, engagez-vous pleinement au service du bien commun, avec conscience, en ayant le sens des responsabilités, sociales, familiales, éducatives, économiques et le souci de remplir votre devoir d’état. C’est de cela que la France a besoin ; avoir des éveilleurs pour la guider et montrer les chemins. La France capétienne s’est constituée ainsi au cours des siècles. Il nous appartient à tous de faire que, notre volonté aidant et avec le secours de Dieu, ce soit de nouveau le vrai combat pour l’avenir.  En retrouvant confiance en elle, la France pourra aussi rayonner et apporter au monde qui en manque tant actuellement, le nécessaire supplément d’âme.

Les seconds encouragements que j’adresse vont à vos responsables, tout d’abord et en général, à ceux de l’Union des Cercles légitimistes pour qu’ils continuent à être une des nombreuses composantes de notre famille de pensée riche d’expériences variées et complémentaires ; et, ensuite, plus spécialement, à ceux qui animent l’Université Saint-Louis. Ils accomplissent un remarquable travail de méthode et de doctrine qu’ils savent confronter aux besoins de notre temps. Le programme de cette année en est une nouvelle preuve puisqu’il porte, notamment, sur les dérives totalitaires, ou des régimes dits « forts », bien éloignés, malgré les formes qu’ils se donnent parfois, de la royauté. Loin des propos superficiels, dont nous sommes tous abreuvés, cette connaissance fine est essentielle. Elle n’est pas aisée car elle va à contre-courant du prêt à penser. Elle demande beaucoup de travail en amont. Elle fait partie de l’acte de transmettre qui est au cœur de la démarche capétienne : que chaque génération transmette non seulement ce qu’elle a reçu et qui ne doit pas être dilapidée, mais, en plus, qu’elle apporte sa pierre à l’édifice. Moi-même, père de famille, voulant  transmettre à mes enfants, je sais combien cette tâche est difficile. Elle demande beaucoup de patience et d’humilité nécessaire pour attendre, avec persévérance et sans se lasser, de voir la graine germer. Ces qualités sont celles dont les organisateurs de l’Université Saint-Louis font preuve. Qu’ils en soient remerciés et que leur exemple donne envie à d’autres de développer et de poursuivre ce modèle. Le trentième anniversaire est l’occasion pour moi de le leur dire.

Que Saint Louis vous inspire et protège la France.

Louis,
Duc d’Anjou

Armes de France & Navarre

2020-88. « Pour nous catholiques, la conversion sincère des cœurs et des âmes demeure la priorité. »

Dimanche soir 19 juillet 2020,
7ème dimanche après la Pentecôte ;
Mémoire de Saint Vincent de Paul (cf. > ici, > ici et > ici).

A la fin de l’après-midi de ce dimanche, au lendemain même de l’incendie qui a ravagé une partie de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Nantes, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux un nouveau message relatif à ce dramatique événement.

En voici le texte, dans lequel nous nous permettons de mettre en caractères gras quelques passages particulièrement forts :

Incendie de la cathédrale de Nantes - 18 juillet 2020

Passée la première stupeur devant un nouveau lieu de culte détruit par les flammes, le temps de la réflexion arrive avec la publication par le diocèse de Nantes des photos du terrible incendie qui vient de frapper la Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul.
C’est une vision comme on ne les voit que dans les pays en guerre, comme chez nos chers et si persécutés frères Chrétiens d’Orient.

Ma première pensée se tourne vers les catholiques atteints en leur cœur.
Au-delà des dégâts matériels qui pourront être réparés, c’est surtout toute la vie sacramentelle du diocèse qui est atteinte, désorganisée.
L’Eglise de France n’a pas besoin d’épreuves de ce genre.
Ce nouveau drame arrive à un bien mauvais moment puisque les chrétiens n’étaient pas encore remis du confinement qui leur avait été imposé pour des raisons sanitaires, limitant grandement la pratique religieuse et l’accès au culte.

Avec cette nouvelle épreuve est-ce le temps d’une remise en cause profonde à opérer pour enfin répondre à la phrase si prophétique de Saint Jean Paul II, « France qu’as-tu fais des promesses de ton baptême ? ».
Pour nous catholiques, la conversion sincère des cœurs et des âmes demeure la priorité.
La France peu à peu n’a-t-elle pas perdu le sens de ses cathédrales, parce que l’histoire a voulu, qu’elles soient les plus belles du monde, en ne les appréciant plus qu’uniquement comme des témoignages culturels ?
En les voyant brûler nous sommes pourtant confrontés à une toute autre réalité. Une cathédrale qui brûle c’est avant tout un chemin vers Dieu, vers l’espérance et vers le salut des hommes qui se brouille.

En cette année johannique cette nouvelle épreuve par le feu est un symbole fort.

Que Saint-Pierre et Saint Paul, fondateurs de l’Eglise, et que Sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France, soutiennent les catholiques éprouvés et ouvrent les yeux aux Français.

intérieur de la cathédrale de Nantes après l'incendie

Que l’on nous permette quelques mots de commentaires :

Notre Roi légitime montre une fois de plus en ce communiqué à quel point il est conscient de la charge et des responsabilités que la Providence, par le moyen des Lois fondamentales du Royaume, a placées sur ses épaules : il est le « Fils aîné de l’Eglise » et s’exprime en cette qualité.

Le Roi est catholique, et il affirme clairement sa foi catholique.
Le Roi est, selon l’expression consacrée par les siècles, l’ « Evêque du dehors » : cela signifie que s’il n’appartient pas à la hiérarchie consacrée par le sacrement de l’Ordre chargée du gouvernement de l’Eglise, sa mission temporelle de Roi Très Chrétien à la tête du Royaume des Lys est néanmoins ordonnée au salut des âmes de ses sujets.
A ce titre, suivant en cela l’exemple de Saint Louis, son ancêtre et son saint patron, Sa Majesté, au-delà de l’expression de son indignation et de sa souffrance en face des graves dégâts matériels causés à la cathédrale de Nantes, manifeste une fois de plus sa capacité à prendre du recul par rapport à l’émotion du moment, pour nous amener à réfléchir sur les causes profondes, les causes morales et spirituelles, qui favorisent la genèse de semblables drames, non seulement préjudiciables au patrimoine architectural et artistique, mais plus encore dommageables au patrimoine spirituel et à la vie cultuelle et sacramentelle des catholiques.

Voilà pourquoi les appels de notre Roi à « une remise en cause profonde », la mention de la « priorité » de « la conversion sincère des cœurs et des âmes », l’invocation des saints Pierre et Paul et de sainte Jeanne d’Arc afin que leurs prières « ouvrent les yeux des Français », sont ce qu’il nous faut non seulement retenir, mais méditer, approfondir, et par dessus tout concrétiser dans chacune de nos existences afin d’œuvrer efficacement à une authentique restauration royale, qui ne peut passer que par les voies d’une fidélité renouvelée à l’alliance scellée dans les fonts baptismaux de Reims, ainsi que l’avait rappelé le pape Jean Paul II lors de son premier voyage apostolique en France en juin 1980. 

Notre Roi a témoigné a plusieurs reprises déjà que la question de Jean Paul II, citée ici encore une fois, – « France, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? » - est fondamentale pour lui.
Dans la continuité de son précédent message publié à l’occasion de la fête de Saint Henri (cf. > ici et > ici), Sa Majesté montre à l’évidence que, comme Henri V l’avait exprimé : « Il faut pour que la France soit sauvée que Dieu y entre en Maître, pour que j’y puisse régner en Roi ».

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Tribune du Grand Orgue de la cathédrale de Nantes après l'incendie

2020-87. En quelques phrases concises, Sa Majesté nous a donné une grande leçon politique dont il convient de bien comprendre toute la portée…

Jeudi 16 juillet 2020,
Fête de Notre-Dame du Mont Carmel (cf. > ici).

Henri V comte de Chambord

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ainsi que je vous l’écrivais hier (cf. > ici), le communiqué de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, notre Souverain légitime, publié à l’occasion de la fête de Saint Henri est un message d’une portée politique absolument remarquable dont il convient de bien prendre la mesure et de comprendre toute la portée.

Commençons donc, si vous le voulez bien, par relire avec attention ces phrases qui ont trait au Comte de Chambord :
« (…) Peu de princes sont aussi méconnus que ce dernier et voient leur pensée pareillement travestie.
Pourtant, alors que la France se défait un peu plus chaque jour, que les Français sont toujours plus mis à la peine et voient leurs libertés chaque jour plus bafouées, la pensée de ce roi apparaît dans toute sa force et son originalité.
Le Comte de Chambord a refusé avec courage et abnégation de « couronner la Révolution ». Il avait déjà largement perçu les effets néfastes des nouvelles institutions basées sur un droit dévoyé au profit des majorités changeantes et pour lesquelles la souveraineté n’est plus un absolu.
Pour Henri V il était encore temps, par la restauration de la monarchie traditionnelle, de ne pas accepter les fausses valeurs issues d’idéologies qui ne mènent qu’à la mort et à la disparition de la société.
Le drapeau blanc était le signe de cette rupture nécessaire. Sans doute moins perceptible à son époque, cette rupture nécessaire est aujourd’hui d’une profonde actualité.
Pour Henri V, à la suite de tous les rois de France, la fonction royale avait d’abord pour mission de contribuer au bien commun sans lequel il n’y a pas d’avenir possible. Cela est toujours vrai (…). »

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Soyons donc très attentifs aux mots et recevons ce que nous dit Sa Majesté :

1) Le Comte de Chambord est un prince « méconnu » et sa pensée est « travestie » :

« Peu de princes sont aussi méconnus que ce dernier et voient leur pensée pareillement travestie », nous dit notre Roi.
En commençant l’évocation de son prédécesseur, Louis XX ne veut-il pas nous faire comprendre qu’il est temps de cesser une bonne fois pour toutes de rabâcher les poncifs véhiculés au sujet de ce Prince dont l’histoire officielle fait un être borné et rétrograde, et que – c’est bien plus grave, hélas ! – un certain nombre de royalistes rendent responsable de l’échec de la restauration monarchique après l’écroulement du second empire et avant l’installation de la troisième république ?
Pour ces derniers, il eût importé de rétablir institutionnellement la royauté à tout prix, et plus encore à n’importe quel prix, c’est-à-dire en sacrifiant les principes mêmes de la royauté traditionnelle. Mais sacrifier les principes, c’est condamner inéluctablement à mort l’institution monarchique qui repose sur eux !

Bien souvent, ceux qui accablent de reproches le Comte de Chambord en le rendant définitivement coupable de l’échec de la restauration, s’attachent davantage au décorum et aux apparences de la royauté qu’à son essence ; ils seraient prêts à de nombreuses compromissions (en particulier en ce qui concerne le lien intrinsèque et substantiel de la monarchie française avec la Foi catholique et à ce qui en découle, spécialement la morale familiale, économique et sociale) pour sauver les apparences, et s’accommoderaient très facilement d’une forme de gouvernement comparable aux systèmes « couronnés » que l’on trouve aujourd’hui en Belgique, en Hollande, en Espagne… etc.
Ainsi, même s’ils nient de l’être, ces censeurs de l’attitude du Comte de Chambord ne sont en réalité rien moins que des libéraux qui ne font pas grand cas des principes fondamentaux de la royauté traditionnelle.

Par ces quelques mots : « Peu de princes sont aussi méconnus que ce dernier et voient leur pensée pareillement travestie », notre Roi légitime nous invite donc à approfondir notre connaissance du véritable Comte de Chambord et nous encourage, de ce fait, à étudier sa pensée, car il y a bien une pensée construite et raisonnée du Comte de Chambord : une pensée qui « apparaît dans toute sa force et son originalité », une pensée qui n’a rien à voir avec les caricatures simplistes qui en sont faites par des ignorants suffisants et satisfaits de leur crasse inculture.

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2) L’attitude du Comte de Chambord fut toute de « courage et abnégation » :

Sa Majesté se propose en quelques mots de nous éclairer sur l’attitude du Comte de Chambord : « Le Comte de Chambord a refusé avec courage et abnégation de « couronner la Révolution »

- « Couronner la révolution », c’est ce qu’ont fait à leur manière les usurpateurs – les deux Buonaparte et Louis-Philippe d’Orléans – et l’histoire nous montre où cela les a conduits…
« Couronner la révolution », c’est ce que voudraient les insensés – combien de fois n’ai-je pas entendu pareille sornette dans la bouche de certains royalistes ! – qui aujourd’hui réclament que le Prince Louis de Bourbon se présente aux élections républicaines pour recueillir une majorité de suffrages et restaurer ensuite la royauté sur la base d’une pseudo-légitimité qui lui viendrait des urnes, consacrant le faux principe – blasphématoire et étranger à la monarchie traditionnelle – selon lequel l’autorité serait une délégation de la « nation » ou une émanation de la « souveraineté populaire » !!!
« Couronner la révolution », ce serait encore accepter une couronne sous laquelle on ne remettrait pas en question la « déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789, ni les lois contraire à la morale catholique (divorce, contraception, avortement, euthanasie, reconnaissance d’unions civiles contraires à la nature rendues équivalentes au mariage…) ni la « séparation de l’Eglise et de l’Etat » …etc.
« Couronner la révolution », c’est ce qu’accepterait sans difficulté le Prince Jean d’Orléans qui, en octobre 2018 dans un entretien accordé à un grand quotidien parisien (cf. note en bas de page), s’affirmait grand admirateur de la constitution de la cinquième république et se verrait bien à la tête de la France avec un type de gouvernement semblable, à la seule différence qu’un roi héréditaire y remplacerait un président élu.
« Couronner la révolution », c’est, cela ressort à l’évidence de la manière dont Sa Majesté énonce les choses, ce que ne veut pas Louis XX.

- Courage : En employant ce mot, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon fait ressortir que c’eût été lâcheté et trahison pour le Comte de Chambord que recevoir la couronne qui lui était due au prix de l’acceptation des faux principes issus de la philosophie du siècle des « lumières », de la révolution et du parlementarisme.

- Abnégation : parce que renonçant à l’exercice du pouvoir plutôt que de trahir les justes principes de ce pouvoir, le Comte de Chambord a en même temps renoncé à être bien vu de ses contemporains, bien vu de l’histoire officielle, et bien vu même d’une partie des légitimistes (ou prétendus tels).
Il a renoncé à une forme de gloire terrestre, et il a renoncé à quantité d’avantages personnels, pour vivre en exil, incompris du plus grand nombre et moqué de beaucoup, plutôt que de trahir sa conscience, plutôt que de trahir la doctrine royale héritée de ses prédécesseurs Hugues Capet, Saint Louis, Henri IV, Louis XIV…  plutôt que de trahir la confiance et l’espérance des authentiques légitimistes, plutôt que de trahir la pureté de l’héritage remis par la divine Providence entre ses mains !

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3) L’attitude du Comte de Chambord est le fait d’une profonde lucidité politique :

« Il avait déjà largement perçu les effets néfastes des nouvelles institutions basées sur un droit dévoyé au profit des majorités changeantes et pour lesquelles la souveraineté n’est plus un absolu.
Pour Henri V il était encore temps, par la restauration de la monarchie traditionnelle, de ne pas accepter les fausses valeurs issues d’idéologies qui ne mènent qu’à la mort et à la disparition de la société » continue Louis XX.
Plusieurs expressions fortes émaillent ces deux phrases magnifiques :
- Parler d’ « un droit dévoyé au profit des majorités changeantes », c’est condamner les lamentables pantomimes électorales avec leurs pitoyables cortèges de flagorneries, de « promesses qui n’engagent que ceux qui y croient », et de mensonges qui tissent les courses aux mandats républicains.
Cette condamnation se fonde sur un droit pérenne, stable, immuable, fondé sur la Vérité.
La juste souveraineté, la juste autorité sont les émanations d’un droit divin, d’un droit objectif, délié (c’est le sens du mot « absolu » : qu’on pense à ce qu’est l’absolution qui délie une âme du joug de ses péchés) des fluctuations humaines qui sont les conséquences des « majorités changeantes », conséquences des troubles des passions, et conséquences du conflit entre les intérêts subjectifs.
- « La restauration de la monarchie traditionnelle » est l’unique moyen d’échapper aux « fausses valeurs issues d’idéologies qui ne mènent qu’à la mort et à la disparition de la société » : constat sans appel, puisque l’histoire même nous démontre par les faits que les idéologies mortifères des XIXe et XXe siècles (capitalisme, marxisme et ses avatars, nazisme, nationalisme, libéralisme… etc.) sont toutes filles de la révolution qui mit à bas la « monarchie traditionnelle ».

Ces paroles de notre Roi sont sans équivoque. En rendant justice à la lucidité du Comte de Chambord, elles nous rappellent qu’il ne faut point faire de concessions ni de compromissions avec la révolution mais que le combat légitimiste n’a qu’un seul but : « la restauration de la monarchie traditionnelle »

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4) L’attitude du Comte de Chambord non seulement n’est pas dépassée mais, avec le temps, elle a gagné en pertinence et en actualité :

« Alors que la France se défait un peu plus chaque jour, que les Français sont toujours plus mis à la peine et voient leurs libertés chaque jour plus bafouées, la pensée de ce roi apparaît dans toute sa force et son originalité ».
Monseigneur le Duc d’Anjou affirme sans ambiguïté qu’il y a une solution forte et originale capable d’enrayer le processus de décadence de notre France et d’enfermement des Français dans les liens d’une dictature qui ne dit pas son nom mais s’exerce de manière de plus en plus coercitive : « la pensée de ce roi », la pensée d’Henri V. « Pour Henri V, à la suite de tous les rois de France, la fonction royale avait d’abord pour mission de contribuer au bien commun sans lequel il n’y a pas d’avenir possible. Cela est toujours vrai. »
Une autorité souveraine indépendante des « majorités changeantes », déliée (absolue) de la tyrannie d’un « droit dévoyé » et des « idéologies qui ne mènent qu’à la mort » peut seule « contribuer au bien commun » sur des principes objectifs découlant de la nature des choses voulue par Dieu.

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5) « L’affaire du drapeau blanc » n’est pas un détail insignifiant lié à une « crispation » engendrée par une excessive étroitesse d’esprit, mais elle est le signe d’une attitude politique éclairée et « nécessaire » que Louis XX justifie pleinement :

« Le drapeau blanc était le signe de cette rupture nécessaire. Sans doute moins perceptible à son époque, cette rupture nécessaire est aujourd’hui d’une profonde actualité », ajoute encore notre Roi.
Cette phrase est tellement limpide et forte qu’elle se passe de tout commentaire : l’acceptation du drapeau tricolore repose sur l’abandon des principes de la monarchie traditionnelle, ce pourquoi le remplacement du drapeau de la république par le drapeau blanc de la Restauration s’impose aujourd’hui avec encore davantage de nécessité qu’en 1873 !

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Ainsi, par ce message de la Saint-Henri 2020, à l’occasion de la fête patronale de son prédécesseur Henri V en l’année du bicentenaire de sa naissance, Monseigneur le duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, se place clairement dans la parfaite continuité de la ligne politique du Comte de Chambord.

Ceux donc qui, tout en affirmant la légitimité dynastique de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon et ses droits à la Couronne, critiquent la monarchie capétienne traditionnelle, et voudraient la moderniser, la transformer en royauté constitutionnelle, ou encore conserver le drapeau tricolore – sur lequel par exemple on ajouterait les armes de France au centre -, se trouvent ici totalement désavoués par quelques phrases remarquablement ciselés, puisque leur habile concision est riche d’une portée infinie.

Nous sommes donc dans une profonde gratitude à l’adresse de Sa Majesté pour ce message qui vaut un manifeste politique, qui réjouit les cœurs de tous ceux qui sont investis dans la défense et la promotion de la monarchie traditionnelle et œuvrent à sa pleine restauration, et qui les remplit d’une magnifique espérance, car « la fonction royale (a) pour mission de contribuer au bien commun sans lequel il n’y a pas d’avenir possible ».

Que Dieu bénisse et protège Sa Majesté !

Vive le Roi Louis XX !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Louis de Bourbon 19 janvier 2020

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX
(à la Chapelle expiatoire en janvier 2020)

Note :
« Le Figaro » - 9 octobre 2018 : entretien accordé par le Prince Jean d’Orléans > ici, où l’on peut lire par exemple « Il faut rétablir la Constitution dans la perspective tracée par de Gaulle » ou encore « (…) notre Constitution n’est pas à abolir mais à transformer et à accomplir dans la perspective, inaboutie, que le général de Gaulle avait tracée au cours de son long dialogue avec mon grand-père« .

2020-85. Nous avons lu et nous avons aimé « Les Martyres d’Orange », par Alexis Neviaski.

9 juillet,
Fête des Bienheureuses Martyres d’Orange ;
Au couvent de Picpus, à Paris, la fête de Notre-Dame de Paix.
palmes
Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,
Dans les pages de ce blogue (très précisément > ici), feu le Maître-Chat Lully avait déjà succinctement évoqué les trente-deux religieuses guillotinées à Orange du 6 au 26 juillet 1794 : religieuses appartenant à plusieurs Ordres monastiques, mais pour le plus grand nombre Religieuses du Très Saint-Sacrement (appelées de ce fait « Sacramentines »), et provenant de plusieurs monastères ou couvents du Comtat ou de Provence.
Toutes furent jugées et exécutées à Orange, d’où le nom de « Martyres d’Orange » qui leur est habituellement donné.
Liturgiquement, on parle de la Bienheureuse Madeleine de la Mère de Dieu et de ses trente-et-une compagnes, vierges et martyres.
Cette année 2020 est celle du 95ème anniversaire de leur béatification (qui fut célébrée à Rome le 10 mai 1925), et nous nous réjouissons grandement de ce que, depuis plusieurs mois déjà, leur cause de canonisation a été réactivée par l’archidiocèse d’Avignon.
C’est dans la nouvelle dynamique insufflée à leur culte que les éditons Artège ont publié il y a quelques mois (novembre 2019), un nouvel ouvrage intitulé « Les Martyres d’Orange », que nous avons lu avec le plus grand intérêt et (en particulier parce que d’autres ouvrages plus anciens sont aujourd’hui difficiles à trouver) que nous nous permettons de recommander à nos amis.
Nous émettons seulement une réserve pour la postface, dont la lecture ne présente de toute manière pas grand intérêt, car sa creuse redondance semble vouloir à tout prix et à n’importe quel prix en profiter pour nous refourguer un concile vaticandeux et ses pseudo-prophètes, qui n’ont pas grand’chose à voir avec le très édifiant martyre de ces religieuses qui n’eussent sans aucun doute pas davantage souscrit à « Gaudium et Spes » et à « Dignitatis humanae » qu’elles ne le firent au serment de « liberté-égalité » !
Cela mis à part, le corps de l’ouvrage est un bon résumé de ce que fut la réalité de la révolution et nous fait entrer dans la très belle histoire de ces martyres, racontée dans un style alerte et vivant qui nous les rend extraordinairement proches et attachantes.
Vous trouverez donc ci-dessous, pour achever cette rapide présentation, le texte de la « quatrième de couverture » et une brève notice sur leur auteur que, à plusieurs détails significatifs dans la lecture de cet ouvrage, l’on comprend familier de la pratique de la liturgie latine traditionnelle : la liturgie intensément vécue et aimée des ces moniales exemplaires.
Les Bienheureuses Martyres d'Orange au pied de l'échafaud
Quatrième de couverture :
Le rideau s’ouvre en 1788 : une nouvelle supérieure vient d’être élue au monastère du Saint-Sacrement de Bollène. Madeleine de la Fare, en religion Sœur du Coeur du Marie, est une femme de caractère. Et il en faudra pour mener la communauté à travers la tourmente révolutionnaire qui s’annonce…
Bientôt rattachées à la France, les terres pontificales du Comtat Venaissin sont touchées par les lois qui persécutent l’Église, et somment les religieuses d’apostasier. Mais celles-ci répondent : « La loi humaine ne peut me commander des choses opposées à la loi divine.» En refusant de prêter le serment de « liberté-égalité » devant la commission populaire d’Orange, elles savent leur mort certaine. Cependant, aucune des détenues n’hésite et leur courage édifie jusque sur l’échafaud.
Les 32 martyres d’Orange ont été béatifiées en 1925. Alors que s’ouvre leur procès de canonisation, ces religieuses témoignent de la fécondité de l’attachement au Christ envers et contre tout. Disposant de sources parfois inédites, Alexis Neviaski nous entraîne dans une fresque historique captivante, qui fera référence sur ces héroïnes de la Révolution.

Les martyres d'Orange - Alexis Neviaski

L’auteur :
Conservateur général du patrimoine, Alexis Neviaski est docteur en histoire. Son dernier livre, « Le père Jacques. Carme, éducateur, résistant », est paru chez Tallandier en 2015.
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