Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2025-182. Leçons historiques des matines de la fête de Sainte Cécile.

22 novembre,
Fête de Sainte Cécile, vierge martyre (cf. en bas de page) ;
Mémoire de Saint Calmin, duc d’Aquitaine puis ermite, fondateur de monastères.

Orazio Gentileschi - Sainte Cécile et l'ange - National Gallery

Orazio Gentileschi (1563-1639) :
Sainte Cécile jouant de la musique avec un ange (1618-1621)
[Galerie nationale d'Art, Washington]

Leçons historiques

du deuxième nocturne des matines de la fête de

Sainte Cécile

(Bréviaire romain traditionnel)

Quatrième leçon :

   La vierge Cécile, née à Rome de parents illustres, et élevée dès son enfance dans les principes de la foi chrétienne, consacra à Dieu sa virginité. Mais dans la suite, ayant été contrainte d’épouser Valérien, elle lui tint ce discours, le soir de ses noces : « Valérien, je suis placée sous la garde d’un Ange qui protège ma virginité : c’est pourquoi ne teniez rien à mon égard, de peur d’attirer sur vous la colère de Dieu ». Vivement ému de ces paroles, Valérien n’osa point s’approcher d’elle, il ajouta même qu’il croirait en Jésus-Christ, s’il voyait cet Ange. Cécile lui ayant répondu que cela n’était pas possible à moins qu’il n’eût reçu le baptême, il déclara, dans son ardent désir de voir l’Ange, qu’il voulait être baptisé.
C’est pourquoi, d’après le conseil de la jeune vierge, il se rendit auprès du Pape Urbain qui, à cause de la persécution, se tenait caché parmi les tombeaux des Martyrs, sur la voie Appia, et il reçut le baptême de ses mains.

Orazio Gentileschi - Sainte Cécile Saint Valérien et Saint Tiburce 1606-1607

Orazio Gentileschi (1563-1639) :
Sainte Cécile, Saint Valérien et Saint Tiburce bénéficiant de la vison de l’ange (1606-1607)
[Pinacothèque de Brera, Milan]

Cinquième leçon : 

   De retour auprès de Cécile, Valérien la trouva en prière, ayant à ses côtés un Ange resplendissant d’une clarté toute divine. Cette vue le frappa d’étonnement ; mais dès qu’il fut revenu de sa frayeur, il manda auprès de lui son frère Tiburce qui, ayant été instruit par Cécile dans la foi de Jésus-Christ, et baptisé par le même Pape Urbain, mérita aussi de voir cet Ange que son frère avait vu.
Peu de temps après, tous les deux souffrirent courageusement le martyre, sous le préfet Almachius. Celui-ci n’ayant pas tardé à donner l’ordre de s’emparer de Cécile, lui demanda tout d’abord où se trouvaient les richesses de Tiburce et de Valérien.

l'enterrement de Sainte Cécile par le pape Urbain - Luis de Madrazo (1852)

Luis de Madrazo (1825-1897) :
L’enterrement de Sainte Cécile par le pape Urbain (1852)
[Musée des Beaux-Arts de Grenade, dépôt du Musée du Prado]

Sixième leçon : 

   La vierge lui ayant répondu que toutes ses richesses avaient été distribuées aux pauvres, le préfet entra dans une si grande fureur, qu’il ordonna de la ramener chez elle, pour être brûlée dans la salle des bains.
Elle y passa un jour et une nuit, sans ressentir aucunement les atteintes de la flamme. On envoya donc le bourreau qui, l’ayant frappée de trois coups de hache, et n’ayant pu lui trancher la tête, la laissa à moitié morte. Trois jours après, le dixième jour des calendes de décembre, sous l’empire d’Alexandre, son âme s’envola dans le ciel, parée de la double couronne du martyre et de la virginité.
Le Pape Urbain inhuma lui-même son corps dans le cimetière de Calixte. On a fait de sa demeure une église consacrée sous son vocable. Son corps et ceux des Papes Urbain et Lucius, de Tiburce, de Valérien et de Maxime ont été transférés dans la Ville, par le souverain Pontife Pascal Ier, et déposés dans cette même église de Sainte-Cécile.

Tombe de Sainte Cécile - confession de la basilique de Sainte-Cécile au Transtévère

Tombe de Sainte Cécile
(Basilique de Sainte Cécile au Transtévère, Rome).

Voir aussi :
- Litanies de Sainte Cécile > ici
- L’hymne médiévale « O felix Caecilia » > ici & > ici
- « L’extase de Sainte Cécile » par Raphaël > ici
- « Cantantibus organis » d’Henry du Mont > ici

2025-181. Réalisme ecclésial…

Le banquet en musique - Wolfgang Heimbach vers 1660

Wolfgang Heimbach (1615-1678) : le banquet en musique (vers 1660), détail.

       Laissez-moi, chers Amis, vous rapporter une anecdote que l’ai lue, avec certes un amusement non feint, car le trait d’esprit n’est pas dépourvu d’humour, mais aussi en le recevant avec le sérieux qui convient à tout juste réalisme, aussi mordant qu’il puisse sembler. 

   J’ai donc lu que, à l’occasion de la bénédiction abbatiale de Madame Jeanne d’Escorailles de Roussille (1655-1688), élue en 1680 à la tête de l’abbaye royale de Chelles, des festivités somptueuses avaient été organisées : il faut préciser que Madame l’Abbesse Jeanne d’Escorailles de Roussille était la sœur aînée de Marie-Angélique de Scorailles, duchesse de Fontanges (1661-1681), alors au zénith de la faveur royale.

   Devant le faste de cette fête, une dame se serait exclamée, émerveillée : « N’est-ce point ici le paradis ? »
C’est alors qu’une personne d’esprit lui aurait rétorqué :« Oh que non, Madame ! On n’y verrait point tant d’évêques… »

   Je vous laisse méditer sur le réalisme de cette réflexion qui ne se limite probablement pas – hélas ! – au contexte des mondanités du Grand Siècle, mais pourrait ne pas être dépourvu d’une effrayante actualité en ces temps.

pattes de chatTolbiac.

Bernt_Notke - Danse macabre - détail

Bernt Notke (1435-1509) : danse macabre (vers 1460), détail
[église Saint-Nicolas de Tallinn, Estonie]

2025-180. De Saint Eugène de Tolède, disciple de Saint Denis, qui évangélisa la Nouvelle Castille et fut martyrisé à Deuil.

15 novembre,
Fête de Saint Albert le Grand (cf. ici) ;
Mémoire de Saint Léopold III le Pieux, margrave d’Autriche et confesseur (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Eugène de Tolède, évêque et martyr.

    Nous sommes très heureux, en notre Mesnil-Marie, de posséder, dans un médaillon (donné par la supérieure d’un monastère qui a malheureusement fermé), une parcelle d’ossement de Saint Eugène de Tolède, évêque et martyr, pour lequel nous avons conçu une dévotion spéciale depuis qu’à Paris (il y a désormais plusieurs décennies), nous avons été paroissien de l’église qui lui est dédiée : l’une des églises où la sainte Messe latine traditionnelle est célébrée – avec une véritable magnificence – depuis 1984.

Vénération des reliques de Saint Eugène sur l'autel qui lui est dédié - Paris église Saint Eugène

Fête de Saint Eugène, à l’église Saint-Eugène et Sainte-Cécile (Paris IX) :
vénération des reliques de Saint Eugène sur l’autel qui lui est dédié
au jour de sa solennité paroissiale.

Vignette typographique saint évêque

       Saint Eugène, disciple de Saint Denis l’Aréopagite, premier évêque de Lutèce, ayant laissé, selon ses directives, son maître en Gaule, dirigea ses pas vers la péninsule ibérique où il pénétra fort avant et, par sa prédication de l’Evangile, y opéra de très nombreuses conversions : il devint ainsi le père et le fondateur de l’Eglise de Tolède, en Nouvelle Castille.

   Voulant consolider sa nouvelle fondation en établissant des liens particuliers avec Saint Denis et la première chrétienté lutécienne, il reprit le chemin des Gaules, mais il arriva à Lutèce après le martyre de Saint Denis et de ses compagnons, alors que la persécution était encore des plus vives : il fut arrêté par les satellites du préfet Sisinnius Fescenninus, à Diogilum – aujourd’hui Deuil-La-Barre - à quelque trois lieues de Lutèce.

Martyre de Saint Eugène

Martyre de Saint Eugène
(détail du vitrail de l’histoire de Saint Eugène)
[Paris IX, église Saint-Eugène et Sainte-Cécile]

   Interrogé sur sa foi, il confessa avec intrépidité l’unicité et l’unité de Dieu, ainsi que la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, unique Rédempteur, et il demeura inébranlable en face des menaces et des tentatives d’intimidation : il fut alors condamné à avoir la tête tranchée.
C’était le 15 novembre de l’an 95.

   Voulant empêcher que ses disciples ne lui donnassent une sépulture honorable, les païens jetèrent son corps dans le lac Marchais, au nord-est du village – près de Groslay -, lac au fond duquel son corps demeura plusieurs siècles, jusqu’à ce que, à l’époque mérovingienne (probablement au début du Vème siècle), l’un des notables du lieu, propriétaire de grands domaines, nommé Ercold (parfois orthographié Hercold), affligé par une grave maladie, fût gratifié d’une apparition de Saint Denis (auquel il était particulièrement dévôt, ayant élevé une église au-dessus de son tombeau).
Saints Denis lui annonça qu’il allait recouvrer la santé à condition que, après sa guérison, il fît retirer du lac Marchais le corps de son disciple Saint Eugène, et qu’il le plaçât dans un lieu convenable.

Le corps de Saint Eugène jeté dans le lac de Marchais puis retiré par Ercold - blogue

Le corps de Saint Eugène est jeté dans le lac de Marchais par les païens
puis en est retiré longtemps après par Ercold
(détail du vitrail de l’histoire de Saint Eugène)
[Paris IX, église Saint-Eugène et Sainte-Cécile]

   Sitôt qu’il fut guéri, Ercold, s’empressa d’obéir à l’ordre de Saint Denis, et le corps de Saint Eugène fut retiré de l’eau, en bon état de conservation.
La sainte et précieuse dépouille fut placée sur un char pour être rapportée vers Diogilum, mais les bœufs qui le tiraient s’arrêtèrent dans un champ qui appartenait à Ercold et refusèrent d’aller plus loin : on comprit que c’était le lieu que le saint avait choisi pour y reposer, et Ercold y fit édifier un oratoire somptueusement orné qui devint un lieu de pèlerinage.

   Au milieu du IXème siècle, en raison des menaces que représentaient les raids vikings, les reliques de Saint Eugène furent translatées à l’abbaye de  Saint-Denys. Cette translation fut l’occasion d’accorder plusieurs portions de ses reliques à différentes églises de France et d’Espagne.
Puis en 1148, Raymond, archevêque de Tolède, venu assister au concile de Reims, visita la basilique de Saint-Denys et demanda qu’on lui remît une partie des reliques de Saint Eugène pour les emmener à Tolède.

Châsse de Saint Eugène (XIIIème siècle) à la cathédrale de Tolède

Cathédrale de Tolède : châsse de Saint Eugène (XIIIème siècle)

2025-178. 10 novembre 496 : date traditionnellement admise pour avoir été celle de la bataille de Tolbiac.

10 novembre,
Fête de Saint Georges du Velay, évêque et confesseur (cf. > ici) ;
Date traditionnellement reçue comme celle de la bataille de Tolbiac : 10 novembre 496.

Vœu de Clovis à la bataille de Tolbiac Joseph-Paul Blanc 1880 - basilique de Ste Geneviève Paris

Joseph-Paul Blanc (1846-1904) :
Vœu de Clovis à la bataille de Tolbiac (1880)
[Paris, Basilique royale de Sainte Geneviève, spoliée et profanée en "Panthéon"]

Fleur de lys et lauriers - blogue vignette

   Selon une tradition qui repose pour l’essentiel sur l’Histoire des Francs, écrite par Saint Grégoire de Tours (538-594) reprise (et parfois complétée) par la Chronique de Frédégaire (vers 660), tradition qui a été popularisée dans l’enseignement depuis le XIXème siècle et toute la première moitié du XXème, c’est quinze ans après son accession au trône, donc en 496, que Clovis 1er le Grand, roi des Francs saliens, ayant reçu un appel à l’aide de son homologue roi des Francs rhénans menacé par les Alamans, remporta la victoire de Tolbiac (en latin : Tolbiacum, aujourd’hui Zülpich, en Rhénanie, proche de Cologne), au 4ème jour des ides de novembre, c’est-à-dire le 10 novembre selon notre façon courante de nommer les dates.

   Nous n’ignorons pas que, depuis le dernier quart du XIXème siècle, des historiens – laïcs ou ecclésiastiques – ont remis en question cette date de l’année 496 attribuée à la conversion et au baptême de Clovis, pour les repousser tantôt en 498, tantôt en 501, tantôt encore en 506 voire en 508…
Ils invoquent différents éléments, parfois communs, parfois divergents, afin d’arriver à des conclusions sur lesquelles ils s’opposent parfois âprement l’un à l’autre. La seule chose qui leur soit commune, en définitive, c’est leur détermination « pour en finir avec la bataille de Tolbiac, prétendu lieu du Vœu de Clovis », comme le titrait, au printemps 2025, l’article de l’un de ces historiens qui se croient contestataires alors même qu’ils sont devenus des hyper-conformistes dans leur opposition à l’histoire sainte de notre France catholique et royale.
J’en ai même trouvé qui sont arrivés à contester que le lieu du baptême de Clovis fût le baptistère de Reims, et le situent à Tours !

Fleur de lys et lauriers - blogue vignette

   Pour nous, loin de ces montagnes d’arguties, nous nous contenterons de recopier très humblement ici la traduction du texte même de Saint Grégoire de Tours, puisque nous trouvons tout simplement avec lui en présence du plus ancien récit de cet événement, celui qui en est donc le plus proche.

   Après avoir fait le récit du mariage de Clovis avec Clotilde et raconté comment la naissance de leurs premiers fils fut marquée par des tensions entre les deux époux, voici en quels termes Saint Grégoire de Tours rapporte la bataille de Tolbiac et la conversion du Roi suivie de celle de ses guerriers : 

   « (…) La reine ne cessait de supplier le roi de reconnaître le vrai Dieu et d’abandonner les idoles ; mais rien ne put l’y décider, jusqu’à ce qu’une guerre s’étant engagée avec les Alamans, il fut forcé, par la nécessité, de confesser ce qu’il avait jusque-là voulu nier.

   Il arriva que les deux armées se battant avec un grand acharnement, celle de Clovis commençait à être taillée en pièces ; ce que voyant, Clovis éleva les mains vers le ciel, et le cœur touché et fondant en larmes, il dit : « Jésus-Christ, que Clotilde affirme être Fils du Dieu vivant, qui, dit-on, donnes du secours à ceux qui sont en danger, et accordes la victoire à ceux qui espèrent en toi, j’invoque avec dévotion la gloire de ton secours : si tu m’accordes la victoire sur mes ennemis, et que je fasse l’épreuve de cette puissance dont le peuple, consacré à ton nom, dit avoir relu tant de preuves, je croirai en toi, et me ferai baptiser en ton nom ; car j’ai invoqué mes dieux, et, comme je l’éprouve, ils se sont éloignés de mon secours ; ce qui me fait croire qu’ils ne possèdent aucun pouvoir, puisqu’ils ne secourent pas ceux qui les servent. Je t’invoque donc, je désire croire en toi ; seulement que j’échappe à mes ennemis ».

   Comme il disait ces paroles, les Allemands, tournant le dos, commencèrent à se mettre en déroute ; et voyant que leur roi était mort, ils se rendirent à Clovis, en lui disant : « Nous te supplions de ne pas faire périr notre peuple, car nous sommes à toi. Clovis, ayant arrêté le carnage et soumis le peuple rentra en paix dans son royaume, et raconta à la reine comment il avait obtenu la victoire en invoquant le nom du Christ ».

   Alors la reine manda en secret Saint Remi, évêque de Reims, le priant de faire pénétrer dans le coeur du roi la parole du salut.
Le pontife, ayant fait venir Clovis, commença à l’engager secrètement à croire au vrai Dieu, Créateur du ciel et de la terre, et à abandonner ses idoles qui n’étaient d’aucun secours, ni pour elles-mêmes, ni pour les autres.
Clovis lui dit : « Très saint père, je t’écouterai volontiers ; mais il reste une chose, c’est que le peuple qui m’obéit ne veut pas abandonner ses dieux ; j’irai à eux et je leur parlerai d’après tes paroles ».

   Lorsqu’il eut assemblé ses sujets, avant qu’il eût parlé, et par l’intervention de la puissance de Dieu, tout le peuple s’écria unanimement : « Pieux roi, nous rejetons les dieux mortels, et nous sommes prêts à obéir au Dieu immortel que prêche Saint Remi ».

   On apporta cette nouvelle à l’évêque qui, transporté d’une grande joie, ordonna de préparer les fonts sacrés… »

Saint Grégoire de Tours, in « Histoire des Francs », livre 2. 

Vœu de Clovis à Tolbiac détail - blogue

2025-176. « Continuons à entretenir le souvenir de nos Rois, et cultivons la mémoire de ces souverains… »

6 novembre,
Fête de Saint Léonard de Noblat (cf. ici) ;
Anniversaire de la mort de SMTC le Roi Charles X (cf. > ici).

Armes de France & Navarre

       En ce jour anniversaire de la mort de son prédécesseur SMTC le Roi Charles X, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux le message suivant, qui établit un lien pertinent avec l’actualité politique de la France en même temps qu’il rend un hommage des plus judicieux à la pieuse mémoire d’un très grand Souverain injustement calomnié.

Charles X en costume de Sacre - détail

       Aujourd’hui nous commémorons la mort de mon aïeul Charles X, dernier Roi de France à avoir effectivement régné.
En cette année du bicentenaire de son sacre, si bien mis en valeur par le Mobilier national, il me semblait important de rendre hommage à la mémoire de ce monarque qui fut remarqué, loin des caricatures, par son esprit chevaleresque, sa grandeur d’âme, et sa bonté envers les Français.
Son départ en 1830 fut avant tout une preuve manifeste de son amour des Français, dont il refusa de répandre le sang.

   A l’heure où certains s’agrippent désespérément au pouvoir, préférant prolonger les malheurs de notre pays, le message n’est pas anodin.

   Enfin, je souhaite également saluer la fidélité et la constance des Franciscains qui veillent sur sa dépouille en Slovénie, à Gorizia.
Dans ce petit Saint-Denis de l’exil, là où sont également inhumés les membres de la famille royale partis avec le vieux Roi, c’est toute une partie de notre histoire qui repose aux confins de l’Europe.
Ces sépultures, si loin de notre patrie, sont porteuses de sens. Elles symbolisent l’absence de la monarchie en France, et la douloureuse déchirure qui a été provoquée dans notre pays par la séparation d’un peuple avec la famille qui avait tant fait pour lui et qui l’avait profondément aimé.

   Continuons à entretenir le souvenir de nos Rois, et cultivons la mémoire de ces souverains qui, malgré leurs imperfections, surent toujours cultiver ce qui manque le plus à nos politiciens : le lien charnel et affectif qu’ils entretenaient avec la France et les Français.

>>> Voir aussi la publication et la prise de parole de Monseigneur le duc d’Anjou à l’occasion de son pèlerinage sur la tombe de Charles X au couvent franciscain de la Castagnavizza (Kostanjevica), le 18 février 2017 > ici

Louis XX en prière devant le tombeau de Charles X

Louis XX en prière devant le tombeau de Charles X
dans la crypte du couvent de la Castagnavizza.

2025-175. Récapitulatif de nos publications relatives à la commémoraison des trépassés, à la mort, au Purgatoire… etc.

Délivrance des âmes du Purgatoire - image d'Epinal

A – Rappel : Indulgence plénière applicable uniquement aux défunts accordée le jour de la Toussaint et pendant toute son octave ici.

- Corollaire 1 : Sermon de Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, expliquant la doctrine catholique des indulgences ici
- Corollaire 2 : Que signifie « prier aux intentions du Souverain Pontife » lorsqu’il s’agit d’obtenir une indulgence plénière ici

B – Textes doctrinaux à l’occasion de la commémoraison solennelle des trépassés :

- Bref rappel de la foi catholique à rebours de la pensée dominante et des usages contemporains > ici
- Sermon CLXXII de notre Bienheureux Père Saint Augustin sur les devoirs à rendre aux morts > ici
- Les trois états de l’unique Eglise (et la communion des saints) > ici

C – Prières à l’intention des âmes du Purgatoire :

- Litanies pour le soulagement des âmes du Purgatoire > ici
- La prose latine « Languentibus » > ici
- Prière à la Vierge de Compassion en faveur des âmes du Purgatoire > ici
-

D – A Rome, le « Musée du Purgatoire » > ici

E – Textes variés concernant la mort, les funérailles (et les cérémonies modernistes qui en tiennent lieu), l’inhumation, le Purgatoire, les fins dernières… etc. :

- Sainte Catherine de Gènes et le « Traité du Purgatoire » > ici
- Sainte Françoise Romaine et la vision de l’enfer > ici
- BD « Les autruches » > ici
- Inhumation ou incinération ? > ici
- « Elle sera au Purgatoire jusqu’à la fin du monde » (paroles de Notre-Dame de Fatima) > ici
- A propos de l’expression « repos éternel » > ici
- Des réflexions de feu le Maître-Chat Lully en novembre 2013 > ici
- Tout ce que l’on doit subir lorsqu’on doit se rendre à des funérailles dans une église « conciliaire » > ici
- A propos d’une autre « messe » (?) de funérailles dans une église « conciliaire » > ici

Memento mori - vignette blogue

Memento mori

2025-174. Sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin sur le pardon des offenses.

21ème dimanche après la Pentecôte :
Dimanche de la parabole du débiteur impitoyable [1].

Livre d'heures - vignette blogue

Présentation :

       Dans ce sermon un peu long, mais extrèmement riche, notre Bienheureux Père Saint Augustin rappelle la parabole du débiteur impitoyable, explique que chacun de nous est représenté par ce serviteur infiniment redevable à son maître et que, comme lui, nous sommes en même temps débiteurs et créanciers… Comme lui encore, nous sommes tenus d’être miséricordieux envers ceux qui nous ont offensé si nous prétendons avoir part aux miséricordes du Seigneur.
A cette occasion, avec le génie qui le caractérise pour interpréter la symbolique des nombres divins, Saint Augustin se livre à un époustouflant développement sur le chiffre septante-sept cité par la péricope évangélique et sur le sens mystique de ce chiffre, ainsi que sur celui des nombres dix mille et cent qui paraissent dans la parabole. Il termine en faisant remarquer que toutefois le pardon ne préjudicie en rien à la correction nécessaire.

* * *

Sermon LXXXIII de Saint Augustin

sur le pardon des offenses :

   1. Le saint Evangile nous avertissait hier de n’être pas indifférents aux péchés de nos frères. « Si ton frère te manque, y est-il dit, reprends-le entre toi et lui seulement. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. Mais s’il te méprise, prends avec toi deux ou trois personnes, afin que sur la parole de deux ou trois témoins tout soit avéré. S’il les méprise aussi, dis-le à l’Eglise, et s’il méprise l’Eglise, qu’il te soit comme un païen et un publicain » [2].
A ce sujet se rapporte encore le passage qu’on a lu aujourd’hui et que nous venons d’entendre. En effet, Notre-Seigneur Jésus ayant ainsi parlé à Pierre, celui-ci poursuivit et demanda, à son Maître combien de fois il devrait pardonner à qui l’aurait offensé. Suffira-t-il de pardonner sept fois, dit-il ? « Non seulement sept fois, reprit le Seigneur, mais septante-sept fois ».
Il rapporta ensuite une parabole effroyable. Le Royaume des Cieux, disait-il, est semblable à un père de famille qui voulut compter avec ses serviteurs. Il en trouva un qui lui devait dix mille talents, et lorsqu’il eut donné l’ordre de vendre pour payer cette dette, tout ce que possédait ce malheureux, de vendre toute sa famille et de le vendre lui-même, celui-ci se jeta aux genoux de son Maître, demanda un délai et mérita la remise de sa dette. Car ce maître, touché de compassion, lui remit tout ce qu’il devait, ainsi qu’il a été dit.
Déchargé de sa dette mais esclave du péché, ce serviteur, après avoir quitté son maître, rencontra à son tour quelqu’un qui lui était redevable, non pas de mille talents, le chiffre de sa dette, mais de cent deniers. Il se mit à le serrer, à l’étouffer, et à lui dire : « Paie ce que tu me dois ». Ce dernier suppliait son compagnon, comme le compagnon avait lui-même supplié son Maître ; mais il ne trouva point dans ce compagnon ce que celui-ci avait trouvé dans le Maître. Non-seulement il refusa de lui remettre sa dette, il ne lui laissa même aucun délai ; et, acquitté généreusement par son Seigneur, il le traînait avec violence pour le contraindre à payer.
Cette conduite fâcha les autres serviteurs et ils rapportèrent à leur Maître ce qui venait de se passer. Le Maître fit comparaître ce misérable et lui dit : « Méchant serviteur, quand tu m’étais redevable d’une telle somme, par compassion, je t’ai remis le tout. Ne devais-tu donc pas prendre pitié de ton compagnon comme j’ai eu pitié de toi ? » Et il commanda qu’on lui fit payer tout ce qui lui avait été remis.

Demande de pardon - vignette blogue

   2. Cette parabole est destinée à notre instruction, c’est un avertissement pour nous détourner de nous perdre. « C’est ainsi, dit le Sauveur, que vous traitera aussi votre Père céleste, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond de son cœur ».
Ainsi, mes frères, le précepte est clair, l’avertissement utile ; et il ne peut y avoir que grand profit à obéir, à faire avec perfection ce qui est ordonné. Tout homme, en effet, est débiteur à l’égard de Dieu, et créancier à l’égard de son frère.
Qui ne doit à Dieu, sinon celui qui est absolument sans péché ?
Et à qui n’est-il pas dû, sinon à celui que personne n’a jamais offensé ?
Pourrait-on découvrir dans tout le genre humain un seul individu qui ne fût redevable à son frère à cause pour quelque faute ?
Ainsi chacun est à la fois débiteur et créancier ; et pour ce motif Dieu t’oblige de faire envers ton débiteur ce qu’Il fera Lui-même envers le Sien.
Il y a deux espèces d’œuvres de miséricorde qui peuvent servir à nous décharger et que le Seigneur a exprimé en peu de mots dans Son Evangile : « Pardonnez, dit-Il, et on vous pardonnera ; donnez, et on vous donnera » [3].
Pardonnez, et on vous pardonnera, voilà pour l’indulgence.
- Donnez, et on vous donnera, voilà pour la bienfaisance.
Il dit donc, à propos de l’indulgence : Tu veux qu’on te pardonne tes fautes, il est aussi des fautes que tu dois pardonner ; et à propos de la bienfaisance : Un pauvre mendie près de toi, et toi tu mendies près de Dieu.
Que sommes-nous quand nous prions, sinon les pauvres de Dieu ? Nous nous tenons, ou plutôt nous nous prosternons, nous supplions et nous gémissons devant la porte du grand Père de famille ; nous Lui demandons quelque chose, et ce, quelque chose est Dieu même.
Que te demande un mendiant ? Du pain. Et toi, que demandes-tu au Seigneur, sinon Son Christ, Lui qui a dit : « Je suis le pain vivant descendu du Ciel » [4] ?
Vous voulez qu’on vous pardonne ? Pardonnez. « Pardonnez, et on vous pardonnera ».
Vous demandez quelque chose ? « Donnez, et on vous donnera ».

Le débiteur impitoyable

   3. Qu’y a-t-il, dans des commandements aussi clairs, qui puisse fournir matière à difficulté ?
Le voici. A propos de ce pardon qui se demande et qu’on doit accorder, on peut se poser la question que se posa Pierre : «  Combien de fois dois-je pardonner ? demanda-t-il. Suffit-il de sept fois ? » Non, reprit le Seigneur, « Je ne te dis pas : sept fois, mais : septante-sept fois ».
- Compte maintenant combien de fois ton frère t’a manqué. Si tu trouves en lui septante-huit fautes, s’il en fait contre toi plus de septante-sept, tu peux donc travailler à te venger ?
Est-il bien vrai, est-il bien sûr que tu dois pardonner si on t’offense septante-sept fois, et que tu n’y sois plus obligé, si on te manque septante-huit fois ?
Je l’ose dire, je l’ose dire, t’eût-on offensé septante-huit fois, pardonne ! Oui, pardonne si on t’offense septante-huit fois. Et si c’était cent ? Pardonne encore. A quoi bon fixer un nombre et un autre nombre ? Pardonne, quelle que soit la quantité des torts. Ainsi donc, j’ose ne m’en pas tenir au nombre fixé par mon Seigneur ? Il fixe à septante-sept fois la limite du pardon, et j’oserai, moi, franchir cette limite ?
- Non, et je ne demande pas plus que Lui. Je Lui ai entendu dire, par l’organe de son Apôtre, et sans déterminer ni limite ni mesure : « Vous pardonnant les torts que l’un pourrait avoir envers l’autre, comme Dieu vous a pardonné par le Christ » [5]. Voilà le modèle.
Si le Christ ne t’a pardonné que septante-sept péchés, n’outrepassant pas cette limite, adopte-la aussi et ne pardonne pas davantage.
Mais si le Christ a trouvé en toi des milliers de péchés et les a pardonnés tous ; ne cesse pas de faire miséricorde et cherche à égaler ce nombre de pardons.
Ce n’est pas sans motif qu’Il a dit : « Septante-sept fois », puisqu’il n’est absolument aucune faute qu’on ne doive pardonner.
Ce serviteur qui était à la fois débiteur et créancier, redevait dix mille talents. Or dix mille talents me semblent figurer pour le moins dix mille péchés ; car je ne veux pas dire qu’un talent comprenne toutes les sortes de fautes.
Et combien lui redevait-on ? Cent deniers. Cent n’est-il pas plus que septante-sept ? Le Seigneur néanmoins s’irrita qu’il n’eût pas remis cette dette. C’est qu’il ne faut pas s’arrêter à voir que cent font plus que septante-sept ; cent deniers représentent peut-être mille sous. Mais qu’est-ce que cette somme devant dix mille talents ?

   4. Nous devons par conséquent être disposés à pardonner toutes les fautes qui se commettent contre nous, si nous voulons qu’on nous pardonne les nôtres. En considérant nos péchés et en comptant tous ceux que nous avons faits par action, par regard, par l’ouïe, par la pensée et par des mouvements sans nombre, je ne sais si avant de nous endormir nous ne nous trouverons pas chargés d’un talent tout entier.
Aussi nous supplions chaque jour, chaque jour nous frappons de nos prières les oreilles divines, nous nous prosternons et nous disons chaque jour : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » [6].
Quelles offenses ? Toutes, ou une partie ? – Toutes, répondras-tu. Donc aussi pardonne tout à qui t’a offensé. Telle est la règle, telle est la condition que tu établis ; voilà le pacte, voilà le contrat que tu rappelles lorsque tu dis dans ta prière : « Pardonnez-nous, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » .

Justice - vignette blogue

   5. Que signifie alors te nombre de soixante-sept ?
Prêtez l’oreille, mes frères, voici un mystère profond, un secret admirable.
C’est au moment où le Seigneur a reçu le baptême que l’Evangéliste Saint Luc, montre la succession, la série, l’arbre des générations qui conduisent jusqu’à la naissance du Christ [7]. Saint Mathieu commence à Abraham et vient en descendant jusqu’à Joseph [8]. Saint Luc, au contraire, fait son énumération en montant.
Pourquoi l’un descend-il, tandis que l’autre remonte ? C’est que Saint Matthieu appelait l’attention sur cette naissance qui fit descendre le Christ jusqu’à nous ; aussi est-ce à la naissance du Christ qu’il commence sa généalogie descendante. Mais Saint Luc commence au moment du baptême du Christ, baptême qui commence à nous relever ; c’est pourquoi sa généalogie est ascendante.
On y compte septante-sept générations.
Par où commence-t-il ? Remarquez : il commence par le Christ et remonte jusqu’à Adam, jusqu’à Adam qui a péché le premier, et nous a engendrés dans le péché. Il va donc jusqu’à Adam et énumère septante-sept générations. Ainsi du Christ à Adam et d’Adam au Christ, voilà nos septante-sept générations. Si donc il n’y en a aucune d’omise, nous ne devons laisser aucune faute non plus sans la pardonner. C’est pour ce motif qu’on trouve dans ces générations le nombre même que le Seigneur a consacré à propos du pardon des fautes ; pour ce motif encore la généalogie se fait au moment du baptême, qui efface tous les péchés.

   6. Ici encore, mes frères, admirez quelque chose de plus merveilleux. Le nombre de septante-sept, avons-nous dit, figure la rémission des péchés, et on le rencontre dans les générations qui remontent du Christ à Adam. Maintenant, examine avec un peu plus d’attention encore les mystères de ce nombre, sondes-en les profondeurs ; frappe plus vivement pour te les faire ouvrir.
La justice consiste dans la loi de Dieu, c’est incontestable, et cette loi est comprise dans dix préceptes. Voilà pourquoi le nombre de dix dans les dix mille talents que redevait le premier serviteur, comme dans ce décalogue mémorable qui fut écrit par le doigt de Dieu et donné au peuple par le ministère de Moïse, le serviteur fidèle. Les dix mille talents qui étaient dus, figurent donc tous les péchés commis contre les dix commandements.
L’autre serviteur était redevable de cent deniers : c’est encore le nombre dix ; car cent fois cent égalent dix mille, et dix fois dix égalent cent. L’un doit dix mille talents, et l’autre dix dizaines de deniers. C’est partout le nombre légal ; et de part et d’autre il exprime les péchés de chacun. Les deux serviteurs sont donc endettés l’un et l’autre ; l’un et l’autre sollicitent, implorent leur grâce. Mais le premier est méchant, il est ingrat ; il est cruel, il refuse de donner ce qu’il a reçu, il s’obstine à ne pas accorder ce qui lui a été octroyé quoiqu’il en fût indigne.

miséricorde - vignette blogue

   7. Attention, mes frères. Un homme vient de recevoir le baptême, il en sort acquitté, on lui a remis sa dette de dix mille talents ; et il lui arrive de rencontrer son compagnon qui est son débiteur. Mais qu’il prenne garde au péché !
Le nombre onze figure le péché ou la transgression de la loi, comme le nombre dix représente la loi même, composée dix préceptes.
Mais pourquoi y a-t-il onze dans le péché ?
Parce qu’en outrepassant dix, ou la règle établie par la loi, on arrive à onze, qui symbolise ainsi le péché.
Ce profond mystère apparut quand Dieu commanda la construction du tabernacle. Bien des nombres figurent alors, et tous marquent de grandes choses. Faites particulièrement attention aux couvertures de poil de chèvre ; il est ordonné d’en faire, non pas dix, mais onze [9], parce que cette sorte de voile rappelle comme l’aveu des fautes.
N’est-ce pas dire assez ? Veux-tu savoir comment tous les péchés sont compris dans ce nombre de septante-sept ?
Sept exprime souvent la totalité. Cela vient de ce que le temps roule dans l’espace de sept jours, et que ce nombre écoulé, le temps recommence pour suivre toujours le même cours. Ainsi se passent les siècles, et jamais en dehors de ce nombre de sept. Septante-sept désigne donc tous les péchés, puisque sept fois onze donne septante-sept ; et en employant ce nombre à propos du pardon des fautes, le Christ a voulu qu’on les remît toutes sans exception.
Ah ! que personne ne soit donc assez ennemi de lui-même pour les retenir en ne pardonnant pas ; ce serait forcer à ce qu’on ne lui remette pas les siennes, quand il prie.
Pardonne, s’écrie le Seigneur, et tu obtiendras ton pardon. Le premier, Je t’ai pardonné, pardonne au moins le dernier. Si tu ne pardonnes pas, Je te citerai de nouveau et J’exigerai tout ce que Je t’ai remis.
– La Vérité ne ment pas, mes frères, le Christ ne Se trompe ni ne Se laisse tromper. Or Il a terminé en disant : « C’est ainsi que vous traitera votre Père qui est dans les cieux ».
C’est ton Père, imite-Le donc. En ne L’imitant pas tu cherches à être déshérité par Lui : « Ainsi vous traitera votre Père qui est aux cieux, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond de son cœur » [10].
Ne dis pas du bout des lèvres : je pardonne, sans le faire dans le cœur à l’instant même.
Vois de quel supplice te menace la vengeance divine, Dieu sait avec quelle sincérité tu parles. L’homme entend ta voix, mais le Seigneur lit dans ta conscience. Si donc tu dis : Je pardonne, pardonne réellement.
Mieux valent encore des reproches sur les lèvres et le pardon dans le cœur, que des paroles flatteuses et la haine dans l’âme.

   8. Mais quel sera maintenant le langage de ces enfants indisciplinés, leur horreur pour la discipline ! Quand nous voudrons les châtier, ne diront-ils pas en se prévalant d’une autorité sainte : J’ai manqué, pardonnez-moi ? – Je pardonne.
Mais on manque encore. – Pardonne de nouveau. — Je le fais.
On pèche une troisième fois. – Une troisième fois, pardon.
A la quatrième faute, qu’il soit châtié.
Ne dira-t-il pas alors : T’ai-je offensé septante-sept fois ?
Si cette obligation endort la rigueur de la discipline, où s’arrêteront les désordres désormais sans frein ? Que faut-il donc faire ? Corrigeons par la parole, corrigeons même avec la verge, s’il est nécessaire ; mais pardonnons la faute, rejetons de notre cœur tout ressentiment.
Aussi quand le Seigneur disait : « Du fond du cœur », Il voulait que si la charité même exigeait le châtiment du coupable, la bienveillance intérieure ne fût jamais altérée.
Est-il rien de plus charitable qu’un médecin armé du fer ? A la vue du fer et du feu le malade pleure et se lamente. Le fer et le feu ne lui sont pas moins appliqués. Est-ce de la cruauté ? On ne traite pas ainsi la rigueur du médecin. Elle s’attaque à la plaie pour sauver le malade, car si on épargne l’une on perd l’autre.
Voilà, mes frères, ce que je voudrais que nous fissions envers nos frères coupables. Aimons-les de toute manière ; ne perdons jamais de notre cœur la charité que nous leur devons, et châtions-les quand il en est besoin. La discipline ne se relâcherait qu’au profit du désordre et nous mériterions d’être accusés devant Dieu, car on vient de nous lire encore ces mots : « Reprends, devant tout le monde, ceux qui pèchent, afin que les autres en conçoivent de la crainte » [11]. Il faut et il suffit, pour être dans le vrai, de distinguer les temps. Si la faute est secrète, corrige secrètement, et publiquement si elle est publique et manifeste.
Ainsi le coupable s’amendera et les autres seront saisis de crainte.

Le pardon des péchés - blogue vignette

  1.  Matth. XVIII, 22-35
  2.  Matth. XIII, 16-17
  3.  Luc VI, 37-38
  4.  Jean VI, 51
  5.  Col. III, 13
  6.  Matth. VI, 12
  7.  Luc III, 21-38
  8.  Matth. I, 1-16
  9.  Exod. XXVI, 7
  10.  1 Tim. V, 20
  11.  1 Tim. V, 20

Livre d'heures - vignette blogue

2025-173. Récapitulatif de nos publications relatives à la fête de tous les Saints.

1er novembre :
Fête de tous les Saints (double de 1ère classe avec octave commune).

Albrecht Dürer - Adoration de la Sainte Trinité

Albrecht Dürer (1471-1528) : tableau de l’adoration de la Sainte Trinité
appelé aussi retable de tous les Saints (1511)
[musée d'histoire de l'art de Vienne, Autriche]

A – Indulgence plénière applicable uniquement aux défunts accordée le jour de la Toussaint et pendant toute son octave > ici.

- Corollaire 1 : Sermon de Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, expliquant la doctrine catholique des indulgences > ici
- Corollaire 2 : Que signifie « prier aux intentions du Souverain Pontife » lorsqu’il s’agit d’obtenir une indulgence plénière > ici

B – Textes pour se préparer à la fête de tous les Saints :

- Sermon CXLI de Saint Augustin sur le Christ Vérité et Vie, qui S’est aussi fait pour nous la Voie du salut > ici
- Le fameux texte extrait de « La Cité de Dieu », sur les deux amours et les deux cités > ici

C – Le 1er novembre, jour de la fête de tous les Saints :

- Méditation pour le jour de la Toussaint > ici
- Le motet « Angeli, archangeli » d’Heinrich Isaac > ici

D – Des contes de Toussaint :

- « Des saints et des animaux » (retrouverons nous les animaux au Ciel ?) – conte en quatre parties, à partir d’ > ici
- Le conte de Saint Glinglin et de la belle Lurette (Robert Escarpit) > ici
- L’histoire de l’homme qui s’ennuyait (à partir d’une idée de Charles Péguy) > ici
-

E – Textes pour approfondir (en particulier pendant l’octave et le jour octave de la Toussaint) :

- Le 3 novembre : Sermon LXXXIV de Saint Augustin sur « les deux vies » > ici
- Le 7 novembre : Sermon LXV de Saint Augustin sur la vraie vie > ici
- Le jour octave de la Toussa
int : Comment on peut acquérir le Royaume des Cieux (texte extrait du Manuel de Saint Augustin) > ici
- Le jour octave de la Toussaint : « J’ai reçu ce qui m’était promis » (texte extrait du Pré spirituel de Jean Moschos) > ici
- Le jour octave de la Toussaint : Une B.D. sur notre vocation à la sainteté : « Camille-chenille et Edmond-papillon » > ici

F – Le 13 novembre, fête de tous les Saints de l’Ordre de Saint Augustin :

- Sermon XXXI de Saint Augustin sur les larmes et la joie des justes > ici
- La joie du Paradis (texte extrait du Manuel de Saint Augustin) > ici

A suivre :
Récapitulatif des publications de ce blogue relatives au 2 novembre (commémoraison solennelle des trépassés), au Purgatoire, aux funérailles… etc. > ici

frise gravure anges en farandole - blogue

2025-172. Où, pour la clôture du mois du Saint Rosaire, nous vous racontons comment nous avons découvert le motet « Ave gratia plena » de Cornelis Verdonck.

31 octobre,
Fête de Sainte Notburge de Cologne, vierge (cf. ici) ;
Vigile de la Toussaint (cf. ici) ;
Conclusion du mois du Très Saint Rosaire (cf. > ici).

Gravure Sainte Anne oratoire du Mesnil-Marie - blogue

Gravure de Sainte Anne avec la Vierge et l’Enfant Jésus,
dans l’Oratoire du Mesnil-Marie.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Ceux d’entre vous qui fréquentent, de manière régulière ou occasionnelle, notre Oratoire du Mesnil-Marie, ont peut-être prêté attention, près de l’autel de la Très Sainte Vierge Marie, à une gravure encadrée, sur laquelle est figurée Sainte Anne, en compagnie de la Vierge Marie, sa fille, et du Saint Enfant Jésus.

   Cette gravure, qui présente toutes les caractéristiques de la période maniériste ou du premier baroque, nous a été offerte par un ami, aujourd’hui défunt – hélas ! – qui l’avait chinée dans quelque brocante et avait pensé qu’elle pourrait être à notre goût. Comme elle est très correctement encadrée, dans un cadre doré simple mais élégant qui présente des marques d’ancienneté tout-à-fait charmantes, nous l’avons laissé tel quel.

   Lorsque nous nettoyâmes la vitre protectrice, nous pûmes noter l’inscription qui figure sur l’espèce de petite contremarche de la surélévation du trône sur lequel les deux saintes sont assises : « Mater mea et fratres mei hi sunt qui verbum Dei audiunt et faciunt : Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique – Luc VIII, 21″.
Nous remarquâmes aussi sur la gauche l’inscription « P Bailly excu » et sur la droite « M de Vos pinx ». S’il était aisé de comprendre que la seconde désignait le peintre dont s’est inspiré le graveur, pour nous (mais peut-être l’un de nos lecteurs saura-t-il nous éclairer), la première inscription demeure énigmatique premièrement parce que nous ne savons pas de quel mot « excu » est l’abréviation, et deuxièmement parce que s’il y a bien eu un célèbre graveur parisien du nom de Bailly l’initiale de son prénom  n’était pas « P » (si ce « P » est bien une initiale de prénom) puisqu’il se prénommait Jacques.

Gravure Sainte Anne oratoire du Mesnil-Marie - détail 2

- Jacques Bailly, dit Jacques Bailly l’Ancien, né en 1629 et mort en 1679, fut un peintre, miniaturiste et graveur français, honoré du titre de peintre du Roi. On ne trouve pas dans sa descendance d’homme dont le prénom commence par la lettre P. Pour l’anecdote, notons qu’il fut l’arrière-grand-père de Jean-Sylvain Bailly, connu pour avoir été le premier maire de Paris au moment de la grande révolution.
De toute façon, le style de la gravure présente des caractères antérieurs à 1650. Nous ignorons s’il y a eu d’autres graveurs dans cette lignée avant Jacques Bailly, tout comme nous n’avons pas trouvé – pour l’instant – d’autre graveur portant ce patronyme. 

- Maarten de Vos, en français Martin de Vos, né en 1532 à Anvers, où il est aussi mort le 4 décembre 1603, est un peintre flamand de sujets religieux, allégoriques ou historiques, et de portraits. Il est l’un des principaux représentants du maniérisme flamand et le précurseur de la grande école baroque d’Anvers. Ses œuvres ont très fréquemment servi d’inspiration pour des graveurs et des maîtres-verriers.
Son tableau « la Famille de Sainte Anne » est  daté de 1585. Il semble évident que ce tableau est l’inspirateur de notre gravure, même s’il existe de très grandes différences entre les deux.

Martin de Vos - la famille de Sainte Anne - blogue

Martin de Vos (1532-1603) : la famille de Sainte Anne (1585)
[musée des Beaux-Arts de Gand]

   1) Dans le tableau de Martin de Vos, ce n’est pas Sainte Anne qui se trouve juste à côté de la Vierge Marie, et à laquelle l’Enfant Jésus fait un câlin, mais Sainte Elisabeth, comme le prouve le jeune Saint Jean-Baptiste qui se trouve devant elle ; les deux autres femmes portant des enfants que l’on voit au premier plan sont les deux premières filles de Sainte Anne, laquelle se trouve dans la partie supérieure droite, debout, déposant la Vierge Marie, petite enfant, dans les bras de Saint Joachim.

   2) Dans notre gravure, Sainte Anne a été substituée à Sainte Elisabeth, tous les autres personnages ont été supprimés, et on a un « effet miroir » (ce qui était à droite dans l’original se retrouve à gauche et vice versa) ; cependant la parenté demeure évidente comme on peut le constater dans la position de l’Enfant Jésus, et par la grappe de raisin qu’il dépose dans la main de Sa Mère.

Gravure Sainte Anne oratoire du Mesnil-Marie - détail 1

Martin de Vos - la famille de Sainte Anne - détail

(sur ce détail du tableau de Martin de Vos nous avons fait jouer l’effet miroir)

   Vous aurez peut-être remarqué que, dans le haut de la gravure il se trouve une partition, portée par sept chérubins – deux d’entre eux portant des instruments de musique – voletant dans des nuées…

Gravure Sainte Anne oratoire du Mesnil-Marie - détail 3

   Jusqu’à l’année dernière, nous ne nous étions pas vraiment intéressés à cette partition, jusqu’à ce qu’un jeune ami, organiste, regardant de près cette gravure, nous déclarât : « Savez-vous que cette partition n’est pas du tout fantaisiste mais peut vraiment se chanter ? »
Toutefois les choses en restèrent là à ce moment.

   Puis, en juillet 2025, un autre ami, maître de chœur dans sa paroisse, venu nous rendre visite, s’est lui aussi intéressé à cette gravure et à sa partition ; mais cette fois nous eûmes le fin mot de l’affaire puisque quelques jours seulement après le passage de cet ami, il nous adressa un courriel nous annonçant avoir trouvé la réponse, m’expliquant que cette partition est celle d’un motet de Cornelis Verdonck (1563-1525), compositeur flamand de la fin de la renaissance plutôt « conservateur », c’est à dire défendant la manière de composer de la seconde moitié du XVIème siècle en relative opposition aux évolutions stylistiques qui vont donner naissance au baroque.

   La partition originale du motet « Ave gratia plena » est difficilement exploitable pour un non spécialiste de la musique médiévale. Elle se retrouve sur de nombreuses gravures religieuses flamandes de la fin du XVIème et du début du XVIIème siècle. Et notre ami nous en a envoyé la transcription selon les façons actuelles d’écrire la musique : qu’il en soit chaleureusement remercié !

Ave gratia plena Cornelis Verdonck - blogue

   Voilà donc comment la gravure ancienne qui nous a été offerte il y a de nombreuses années a été l’occasion d’une espèce de jeu de piste – dont je viens de vous donner les péripéties et maintenant résolu -, qui, en ce dernier jour du mois du Très Saint Rosaire, nous permet de méditer encore une fois les paroles de la salutation angélique - que nous récitons sur les grains de nos chapelets -, mises en musique par Cornelis Verdonck :

(faire un clic droit sur l’avatar ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

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