Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2023-15. « Ce n’est pas la souffrance, c’est la cause qui fait le martyr. »

20 janvier,
Fête des Saints Fabien, pape, et Sébastien, martyrs.

palmes

       Vous trouverez ci-dessous, chers Amis, le texte d’un très court sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin, prononcé à l’occasion de la fête d’un martyr, ou de plusieurs, dont le nom n’a pas été retenu.
Le saint Docteur de toute façon n’y parle pas de la vie ni du supplice de ce martyr, ou de ces martyrs, mais y développe une argumentation très pertinente sur ce qui constitue le fait d’être martyr, qu’il résume en cette sentence : « Ce n’est pas la souffrance, c’est la cause qui fait le martyr ».

   Nous publions ce texte à l’occasion de la fête des Saints Fabien et Sébastien, glorieux martyrs au temps des persécutions des césars, non seulement pour eux, mais aussi dans la perspective de l’anniversaire, demain, du martyre de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XVI, puisque le Pape Pie VI a publiquement affirmé que sa mort était bien celle d’un authentique martyr : « (…) qui pourra jamais douter que ce monarque n’ait été principalement immolé en haine de la Foi et par un esprit de fureur contre les dogmes catholiques ? » (cf. > ici).
Puisque donc « c’est la cause qui fait le martyr », et que Louis XVI a été immolé en haine de la Foi catholique et de ses dogmes ainsi que l’a reconnu et proclamé la plus haute autorité spirituelle sur terre, n’hésitons pas à notre tour à l’affirmer clairement…

Saint Fabien et Saint Sébastien - église Saint-Roch à Kratecko en Croatie

Les Saints Fabien et Sébastien
représentés dans l’église Saint-Roch de Kratecko (Croatie)

palmes

Sermon CCCXXVII de Saint Augustin :
« pour une fête de martyr ».

Ce qui fait le martyr, c’est le motif pour lequel il a été mis à mort
et non l’ampleur de ses souffrances.

§ 1 -  Les martyrs en appellent au mérite de la cause qu’ils soutiennent. 

   En empruntant la parole des martyrs, nous avons chanté devant Dieu : « Jugez-moi, Seigneur, et distinguez ma cause de celle d’un peuple impie » (Ps. XLII, 1). C’est bien là le cri des martyrs.
Qui oserait dire : « Jugez-moi, Seigneur », s’il n’était pour la bonne cause ?
Les promesses et les menaces servent à tenter l’âme : charmée par le plaisir, elle est torturée par la douleur ; mais tout cela, pour le Christ, a été vaincu par les invincibles martyrs. Ils ont vaincu le monde avec ses promesses, le monde aussi avec ses rigueurs, sans être arrêtés, ni par ses caresses, ni par ses tourments. Une fois purifié dans la fournaise, l’or ne craint plus le feu de l’enfer. Aussi, parce qu’il est purifié par le feu de l’affliction, le bienheureux martyr dit-il en paix : « Jugez-moi, Seigneur ». Quel que soit le bien que Vous trouviez en moi, jugez. C’est Vous qui m’avez donné de quoi vous plaire ; voyez-le en moi, et jugez-moi. Les appâts du siècle ne m’ont point charmé, ses tourments ne m’ont point éloigné de vous : « Jugez-moi, et distinguez ma cause de celle d’un peuple impie ».
Beaucoup supportent des tourments ; avec les mêmes souffrances ils ne soutiennent pas la même cause. Que n’endurent pas les adultères, les malfaiteurs, les larrons, les homicides, les scélérats de tous genres ? Et moi, Votre martyr, que n’ai-je pas à endurer ? Mais « distinguez ma cause de celle d’un peuple impie», de celle des larrons, des meurtriers, de tous les scélérats. Ils peuvent souffrir ce que je souffre ; ils ne sauraient défendre la même cause. La fournaise me purifie, elle les réduit en cendres. Les hérétiques souffrent aussi, la plupart du temps ils se font souffrir eux-mêmes et veulent passer pour martyrs. C’est contre eux que nous nous sommes écriés : « Distinguez ma cause de celle d’un peuple impie ».

§ 2 - Ce qui prouve que c’est la cause, plutôt que la souffrance, qui fait le martyr, c’est que les coupables souffrent souvent comme les justes, c’est que le mauvais larron a souffert comme le bon, mais n’a pas été récompensé comme lui.

   Durant la Passion du Seigneur, trois croix étaient dressées ; le supplice était le même, la cause était bien différente.
A la droite était un larron, un autre à la gauche, au milieu le Juge, le Juge élevé entre l’un et l’autre pour prononcer l’arrêt du haut de Son tribunal. Il entendit l’un Lui dire : « Délivre-toi, si tu es juste !» ; et l’autre, au contraire, reprendre ainsi son compagnon : « Tu ne crains donc pas Dieu ? Nous souffrons pour nos crimes, nous ; mais Lui est juste ».
La cause de ce larron était mauvaise, et il en distinguait la cause des martyrs. N’est-ce pas ce que signifient ces mots : « Nous souffrons, nous, pour nos crimes, mais lui est juste ?»
N’est-ce pas distinguer ici la cause des martyrs de la cause des impies quand ils sont châtiés ? Lui, dit-il, est reconnu pour être juste ; nous, au contraire, nous souffrons pour nous-mêmes, pour nos crimes.

   « Seigneur !» : n’oublie pas ce que le bon larron vient de dire à son compagnon de supplice.
Le Christ, sans doute, était crucifié comme lui, mais à ses yeux Il n’était pas digne du même mépris. Pendu à côté de Lui, il voyait en Lui le Seigneur. Tous deux étaient sur la croix, la récompense n’était pas la même pour tous deux.
Mais pourquoi parler des récompenses, quand il s’agit du Christ qui les distribue ? « Seigneur, dit donc le bon larron, souvenez-Vous de moi lorsque Vous serez arrivé dans Votre royaume ».
Il Le voyait cloué, crucifié, et il espérait qu’Il régnerait ! « Souvenez-vous de moi », Lui dit-il, non pas maintenant, mais « lorsque Vous serez arrivé dans Votre royaume ». J’ai fait beaucoup de mal, je ne compte point parvenir promptement au repos ; mais contentez-Vous de ce que je souffrirai jusqu’au jour de Votre avènement. Je consens à être maintenant châtié, mais pardonnez-moi quand Vous reviendrez.
Ainsi s’ajournait-il lui-même ; mais, sans qu’il le demandât, le Christ lui offrit le paradis.
« Souvenez-vous de moi » ; quand ? « quand Vous serez arrivé dans Votre royaume ». — « En vérité, Je te l’assure, reprit le Seigneur, tu seras aujourd’hui avec Moi dans le paradis » (Luc, XXIII, 39-43). Mes disciples M’ont abandonné, Mes disciples ont désespéré de Moi ; et toi, tu M’as reconnu sur la croix, tu ne M’as point méprisé quand J’expire, tu comptes que Je régnerai : « Aujourd’hui tu seras avec Moi dans le paradis ». Je ne te quitte point.
La cause ici est différente, la peine l’est-elle ?
Il est donc bien de dire : « Jugez-moi,  Seigneur, et distinguez ma cause de celle d’un peuple impie ». Nous tous qui vivons en ce siècle, ah ! travaillons pour la bonne cause ; et si quelque accident nous survient durant la vie, que notre cause soit bonne quand nous en sortirons.

palmes

Fils de Saint Louis montez au ciel

« Fils de Saint Louis, montez au ciel ! »

2023-14. Rétrospectives des publications de ce blogue relatives à Gustave Thibon : 2008-2023.

19 janvier 2023,
22ème anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon.

   Depuis la création de ce blogue, à l’automne 2007, nous avons souvent et abondamment cité Gustave Thibon. Il nous a paru au moins utile, sinon nécessaire, de rassembler en une seule page les liens vers tous les articles où nous avons parlé de lui ou bien où nous l’avons cité.

Gustave Thibon lisant

A – Publications biographiques, bibliographiques & souvenirs personnels :

- Résumé biographique > ici
- Parution du livre « Les hommes de l’éternel » (2012) > ici
- Parution du livre « La leçon du silence » (2014) > ici
- Parution du livre « Au secours des évidences » (2022) > ici
- Parution du livre « Propos d’avant-hier pour après-demain » (2023) > ici
- De la discussion la lumière ??? [souvenir d’entretien privé - 1979] > ici
- Le témoignage de Gustave Thibon concernant Simone Weil > ici
- Gustave Thibon, l’enraciné (par Christian Chabanis) > ici

B – Textes de Gustave Thibon :

- Analyses spirituelles :

- « Libertés » [extrait de « Diagnostics » – 1940] > ici
- « Dépendance et liberté »
[extrait de « Retour au réel » – 1943] > ici
- « Eloignement et connaissance »
 [extrait de "Retour au réel" - 1943] > ici 
- « Le message de N.D. de La Salette au monde paysan » [publication pour le centenaire de l'apparition - 1946] > ici
- Christianisme et liberté 1ère partie [article de 1952] > ici
- Christianisme et liberté 2ème et 3ème parties [article de 1952> ici
- Christianisme et liberté 4ème et 5ème parties [article de 1952] > ici
- Christianisme et liberté 6ème partie [article de 1952] > ici
- Christianisme et liberté 7ème partie [article de 1952> ici
- L’un et l’unique [in « Notre regard qui manque à la lumière » – 1955] > ici
- L’intemporalité [extrait d’une conférence de 1973] > ici
- Adaptation au monde moderne ? [extrait d’une conférence de 1973ici
- « Le vieux mot chrétien de péché est encore trop pur pour eux… » [citation de "L'Echelle de Jacob"]> ici
- « A quoi servent les moines ? » [citation d’une conférence de 1966> ici
- Saint Jean de la Croix [extrait d’une conférence] > ici

- Analyses politiques :

- La révolution une maladie infectieuse [extrait de « Diagnostics » – 1940] > ici
- La révolution essaimage du vice [extrait de « Diagnostics » – 1940] > ici
- La corruption des dirigeants suscite la haine des peuples [extrait de « Diagnostics » – 1940> ici
- La destruction révolutionnaire nie les besoins éternels de l’homme   > ici
- « Ce que je hais dans la démocratie… » [citations d’une conférence de 1971] > ici
- Une cinglante critique de la pseudo démocratie républicaine [in « Entretiens avec Christian Chabanis » – 1975] > ici
- L’essence de la révolution française est d’ordre métaphysique [préface pour un livre du Rd Père Salem-Carrière – 1989] > ici
- « Quel avenir pour l’occident ? »
[cité dans « La leçon du silence » – 2014] > ici

- Poésie :

- « Deus omnium » [in « Offrande du Soir » - 1946] > ici

- Religion :

- « Dieu aura le dernier mot, mais… » [extrait de « L’équilibre et l’harmonie » – 1976] > ici
- Citations au sujet de « l’Eglise moderne » > ici

- Royauté :
Voir ci-dessous dans les entretiens et ci-dessus dans les analyses politiques…

- Sport :

- « Le sport dans la société moderne » [extrait de « L’équilibre et l’harmonie » – 1976] > ici

C – Entretiens avec Gustave Thibon (ou extraits d’entretiens) :

-  Gustave Thibon interrogé sur sa foi [entretien à un hebdomadaire – 1962] > ici
- Eglise et politique [in « Entretiens avec Christian Chabanis » – 1975] > ici
- Réponses de Gustave Thibon aux questions de journalistes, en 1993 > ici
- A propos de ses racines paysannes [
retranscription d’un entretien radiophonique de 1993] > ici
- La monarchie se définit d’abord par sa référence au transcendant [extrait d’un entretien avec Philippe Barthelet] > ici

D – Chroniques du Mesnil-Marie contenant des citations de Gustave Thibon :

- A propos de l’inversion des valeurs dans le monde et dans l’Eglise > ici
- Dans un article d’octobre 2012 > ici
- Dans un florilège de citations en juillet 2013 > ici
- Dans des commentaires d’actualité en août 2013 > ici
- Dans une chronique d’octobre 2013 > ici
- Dans une chronique de la fin novembre 2013 > ici
- Dans un florilège de réflexions et citations de la fin février 2014 > ici
- Dans une chronique de juillet 2014 > ici
- Dans une chronique et un florilège de réflexions de la fin août 2014 > ici
- Dans un ensemble de réflexions incorrectes du début janvier 2016 > ici
- Dans un ensemble de commentaires d’actualité toujours très incorrectes en mars 2017 > ici

Gustave Thibon - une vue du mas de Libian

Une vue du Mas de Libian : propriété ancestrale de la famille Thibon

2023-13. Nous avons lu et nous avons aimé : Gustave Thibon « Au secours des évidences ».

19 janvier 2023,
22ème anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon.

Gustave Thibon

Gustave Thibon (1903-2001)

   Dire que Gustave Thibon est inépuisable est au moins une litote. 

   Il est inépuisable parce que ses lecteurs n’en finissent jamais de revenir à ses ouvrages pour les relire, les méditer, les relire encore et les méditer toujours plus profondément ; il est inépuisable parce que ceux qui l’ont lu continuent de se nourrir de sa pensée, de ses réflexions, de ses interrogations et de la fulgurance des éclairs de son esprit bien au-delà de la lecture à strictement parler, puisque Thibon va ensuite alimenter, soutenir et leur permettre de développer leur propre réflexion et servir de propulsion à leur cheminement spirituel ; il est inépuisable encore parce qu’il a laissé des milliers de pages inédites et que des personnes de confiance, des années après sa mort, continuent de trier, classer et enfin publier ces pépites d’intelligence et de foi ; il est inépuisable toujours parce qu’en sus des volumes qu’il a publiés lui-même, il a également rédigé des centaines d’articles pour des revues, des recueils d’études, des journaux… etc. Peu à peu, ceux-ci sont retrouvés et publiés à nouveau, comme c’est le cas avec « Au secours des évidences ».
C’est en effet de cette manière qu’au mois de janvier 2022 est paru, chez Mame, grâce au travail de Françoise Chauvin, un nouveau volume venant allonger la bibliographie du « paysan philosophe » de Saint-Marcel d’Ardèche. Il s’agit, si je ne me trompe pas, du sixième volume posthume de celui auquel, personnellement, je dois tant, et cela a été pour moi un énième enchantement et bonheur spirituel.

   Comme à chaque fois, les phrases du « cher Gustave » - ainsi que nous l’appelions entre nous de son vivant – ne se lisent pas : elles se goûtent et se savourent, de la même manière qu’un œnologue déguste un très grand cru.

   A consommer sans aucune modération et sans aucun risque de tomber dans les travers de l’intempérance !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur       

Gustave Thibon au secours des évidences

Quatrième de couverture :

   « Les mots les plus simples suffisent à délivrer la vérité que tout homme porte en lui… Le philosophe devrait toujours garder les yeux fixés sur Socrate, fils de la sage-femme et accoucheur des esprits – de tous les esprits, y compris celui de l’esclave du Ménon », nous dit Gustave Thibon.
Dans ces pages, écrites à l’intention du grand public, une intelligence souveraine circule incognito, qui peut éclairer tout le monde sans éblouir personne. On la reconnaîtra pourtant à certains indices, en particulier celui-ci : Gustave Thibon ne se retranche jamais dans un parti pris, pas plus qu’il ne se laisse aller à la moindre concession. Unir tant de souplesse à tant de fermeté n’appartient qu’aux grads esprits, dont la marque infaillible est d’être parfaitement libres.

Citation :

   « Tout ce qu’on peut demander à l’Etat, c’est de ne pas prétendre faire notre bonheur à notre place. C’est-à-dire de se cantonner à sa tâche essentielle qui consiste à nous assurer la paix, la sécurité, la justice, tout en nous laissant la plus grande liberté possible de penser, d’aimer et d’entreprendre. Et pour cela, à l’inverse du courant centralisateur et bureaucratique qui submerge les nations modernes, il doit restreindre ses attributions au lieu de les étendre comme il le fait aujourd’hui. Le vampire a beau se déguiser en donneur de sang : par la force des choses, il retient à son profit la plus grande partie du liquide vital qu’il prélève… »

Gustave Thibon, in « Au secours des évidences », p.259.

2023-12. De Saint Théodose 1er le Grand, empereur, triomphateur de l’arianisme et du paganisme.

17 janvier,
Fête de Saint Antoine le Grand, abbé et confesseur (cf. > ici, > ici, > ici, et > ici) ;
Mémoire de Saint Théodose 1er le Grand, empereur ;
Mémoire de Sainte Roseline de Villeneuve (cf. > ici) ;
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame à Pontmain (cf. > ici, > ici et > ici).

buste moderne de Théodose dans sa ville natale de Coca

Buste moderne de Saint Théodose 1er le Grand,
dans sa ville natale de Coca (province de Ségovie – Espagne)

       Le saint empereur Théodose Ier, également appelé Théodose le Grand, n’est pas mentionné au martyrologe romain, mais figure dans plusieurs martyrologes particuliers et, tout spécialement dans ceux des Eglises d’Orient. Il fut le dernier empereur à régner sur les deux parties de l’Empire Romain, l’orientale et l’occidentale, unifiées une dernière fois sous son règne, de 379 à 395.
Saint Théodose Ier est connu, en particulier, pour avoir fait du christianisme la religion officielle de l’Empire Romain, la religion d’Etat (cf. > ici).
Il était un ardent et zélé défenseur de la foi chrétienne orthodoxe, la foi de Nicée.
Sa fête est célébrée le 17 janvier.

A – Sa vie.

   Issu d’une lignée aristocratique, Flavius Théodose est né le 11 janvier 347 à Cauca, dans la province romaine de Carthaginoise (aujourd’hui Coca dans l’actuelle province de Ségovie) : il était le fils de Théodose l’ancien, que l’on nomme souvent « le comte Théodose », et de Thermantia, tous deux chrétiens nicéens.
Il épousa Aelia Flacilla, dont il eut trois enfants ; deux fils : Arcadius et Honorius (qui lui succédèrent), et une fille, Pulcheria.
Aelia Flacilla (parfois appelée Aelia Placilla ou Aelia Plakilla) est elle aussi commémorée comme une sainte à la date du 14 septembre. Aelia, son épouse, et Pulcheria, leur fille, sont toutes deux mortes en 385.
Après la mort d’Aelia, Théodose épousa Galla, la fille de Valentinien Ier, dont il eut une fille, Galla Placidia, qui sera la mère de Valentinien III.

   Fils d’un officier supérieur de l’armée romaine, Flavius Théodose accompagna son père, le comte Théodose », en Britannia (aujourd’hui Grande Bretagne) pour réprimer la « Grande Conspiration », dite aussi « coalition barbare de 368 », qui avait vu l’alliance des Pictes de Calédonie, des Scots et Attacoti d’Irlande, et peut-être aussi de Saxons et de Francs, pour envahir la province romaine de Britannia.
En 374, il devint le commandant militaire (dux) de Mésie, sur le Danube inférieur, où il se distingua dans les batailles avec les Sarmates.
Son père ayant été disgracié puis exécuté au début de l’année 376, pour des raisons encore obscures, Théodose se retira dans ses domaines hispaniques (376-378), se tenant dans une prudente réserve.

   A cette époque, deux coempereurs, Valentinien Ier et Valens, gouvernaient l’Empire Romain : Valentinien Ier en Occident et Valens en Orient. A la mort de Valentinien Ier, le 17 novembre 375, ses fils, Valentinien II et Gratien, lui succédèrent à la tête de l’Empire Romain d’Occident. Théodose retrouva d’abord sa mission de chef d’armée contre les Sarmates, puis, à la mort de Valens à la bataille d’Andrinople (9 août 378) fut nommé, par Gratien, Auguste pour l’Orient.
Le 25 août 383, à Lyon (Lugdunum), Gratien fut assassiné lors d’une rébellion. C’est une période de grands troubles politiques. Théodose, qui a nommé 
son fils aîné Arcadius co-auguste en Orient, se retrouve unique empereur pour l’Empire Romain réunifié en 392, après la mort de Valentinien II, qui était devenu son beau-frère lorsqu’il avait épousé Galla.

   En devenant empereur pour la partie orientale, Théodose avait eu comme préoccupation principale la préservation des frontières de l’Empire menacées par les Goths retranchés dans les Balkans, si bien que, nommé Auguste en 378, ce n’est que le 24 novembre 380, que Théodose avait enfin pu entrer dans Constantinople, sa capitale. Après 380, avec le souci continu de la protection des frontières de l’empire d’Orient, il devra en outre venir en aide en Occident à son beau-frère Valentinien II qui combattait l’usurpateur Clemens Maximus (ce dernier sera exécuté le 28 août 388).
Après 
la mort de Valentinien II, Théodose donna à son second fils, Honorius, le rang d’Auguste d’Occident (janvier 393), mais dut encore faire face avec lui à une autre tentative d’usurpation du pouvoir, celle d’Eugénius, lequel fut finalement battu à la bataille de Frigidus (5 et 6 septembre 394).
Le premier jour de la bataille ne s’était pas bien passé pour les forces de Théodose, mais un brusque retournement des forces se fit le second jour après qu’il avait été réconforté par l’apparition de deux « cavaliers célestes tout vêtus de blanc » et que des vents cycloniques s’étaient levés, contrant les forces d’Eugénius, et semant le désordre dans ses troupes. Eugenius fut capturé et bientôt après exécuté.

monnaie de Théodose

Monnaie de Théodose

B – Le triomphe du christianisme nicéen.

   Bien que né dans une famille chrétienne, Théodose n’a été baptisé qu’en 380, lorsque, à Thessalonique, une grave maladie lui fit enfin comprendre qu’il était temps de passer du rang de catéchumène à celui de véritable chrétien.
Il fut été baptisé par l’évêque Ascholios de Thessalonique, après s’être assuré que celui-ci n’était pas arien.
Dès les débuts de son règne, une part considérable des activités de Théodose avait été consacrée à la défense de la foi orthodoxe et à la suppression de l’arianisme.
Le 27 février 380, avec Gratien, il signa l’édit (cf. > ici) déclarant que tous les sujets de l’Empire devaient professer la foi de Nicée.
En entrant à Constantinople (le 24 novembre 380 comme nous l’avons dit ci-dessus), Théodose commença à en expulser le parti arien. Saint Grégoire de Nazianze (cf. > ici) fut alors élu patriarche de Constantinople par le deuxième concile œcuménique, convoqué en 381.
Tout en se tenant strictement à la foi de Nicée, il tenta, mais en vain, des conciliations de paix avec les hérétiques ; il prit aussi des mesures sévères contre les rites et les temples païens, mit fin aux Jeux Olympiques (qui avaient été institués en l’honneur des dieux de l’Olympe ainsi que leur nom l’indique et comportaient des cultes païens) ; il refusa de restaurer l’autel de la Victoire au Sénat romain, et lutta contre les mœurs du paganisme (dès lors, l’homosexualité fut punie de mort) ; l’empereur cessa aussi de porter le titre de Pontifex Maximus, pontife suprême des anciens cultes de Rome (note : le titre sera relevé par le pape Théodore Ier en 642, mais alors dans le seul sens sacerdotal chrétien et en considération de la primauté romaine sur les autres patriarches).

   C’est dans ce contexte du combat, parfois ardu, contre les subsistances des cultes et des mœurs païennes qu’eut lieu le massacre de Thessalonique : en avril 390, en application des lois nouvelles, le responsable militaire d’Illyrie fit arrêter un célèbre aurige qui était coupable de mœurs infâmes ; mais la population réclamait sa libération à cause des courses de chars – divertissement très populaire – qui allaient avoir lieu : l’affaire dégénéra en émeute et plusieurs dignitaires impériaux furent assassinés. Théodose mena une répression sanglante qui fit plusieurs milliers de victimes.
Alors qu’il voulait rendre grâces à Dieu pour cette victoire sur les séditieux dans la cathédrale de Milan, qui à ce moment-là était la capitale de l’Empire, Saint Ambroise (cf. > ici), lui en interdit l’accès et l’obligea à une sévère pénitence publique, à laquelle il se soumit de manière très édifiante.

Federico Barocci - Saint Ambroise absout l’empereur Théodose Ier - Duomo de Milan - détail

Federico Fiori dit Fiori da Urbino ou Baroccio - le Baroche en français – (1535-1612) :
Saint Ambroise absolvant Théodose après sa pénitence publique (détail)
[cathédrale de Milan]

C – Sa mort, et son héritage spirituel.

   Souffrant d’hydropisie, Saint Théodose rendit son âme à Dieu, à Milan, le 17 janvier 395. Saint Ambroise prêcha son oraison funèbre (« De obitu Theodosii » P.L. XVI, 1385).
Sous son règne, pour la première fois depuis trente ans, l’Empire Romain avait été réunifié, mais aussi pour la dernière fois puisque, après sa mort, il fut à nouveau partagé entre ses fils Arcadius (empereur d’Orient) et Honorius (empereur d’Occident). Cette division marque une étape importante dans l’histoire : le monde romain ne sera plus jamais uni !
Moins d’un siècle plus tard, le 4 septembre 476, l’Empire d’Occident succombera sous les coups répétés des barbares ; tandis que l’empire d’Orient subsistera jusqu’au 29 mai 1453 (cf. > ici) : ces deux dates marquent, traditionnellement, le commencement et la fin de cette grande et riche période que nous appelons communément « le Moyen-Age ».

   Je suis bien convaincu que la carrière militaire et la manière autoritaire dont il gouverna l’Empire, en défendit les frontières contres les envahisseurs barbares, et œuvra pour l’extirpation de l’hérésie et des cultes païens, sont aujourd’hui des motifs de critiques, et peut-être même de scandale, pour nombre d’esprits « modernes » complètement émasculés par les fausses notions de « liberté religieuse », de « tolérance », d’ « acceptation » de toutes les opinions et de tous les comportements – même les plus déviants -, et cela jusque dans les rangs du clergé, même à des postes très élevés…
Pour moi, au contraire, avec les générations vigoureuses de l’antique Chrétienté, je suis profondément édifié par ce zèle pour la défense de la vraie foi et la promotion des bonnes mœurs, même si ce zèle s’est montré indiscret lors de l’affaire de Thessalonique, ce qu’il dut reconnaître et ce pourquoi il s’est soumis à une pénitence absolument exemplaire.

   Le devoir d’un authentique chef d’Etat chrétien est de mettre la puissance temporelle, dans l’ordre d’action qui est le sien, au service de la Vérité et du salut des citoyens commis à sa garde, dont il aura à rendre compte devant le tribunal divin, tout en les protégeant dans leur vie d’ici-bas.
A ce titre, je préfère de loin le zèle de Saint Théodose le Grand à l’attitude prétendument « tolérante » et « respectueuse des droits de l’homme » (ces prétendus droits inspirés par la révolte contre Dieu et Sa loi) des gouvernants modernes, qui sont responsables de la corruption et de la licence des mœurs de leurs peuples, de l’assassinat « légal » de milliards d’innocents, de l’avilissement et de la perversion des consciences, du détournement du bien commun, de l’inversion des valeur, de l’abrutissement et, peut-être, de la damnation éternelle de milliards d’êtres humains.

   Vraiment, il nous faut être fiers d’avoir eu de grands chefs d’Etat, des empereurs, des rois, des chefs de guerre, des princes et des hommes d’armes profondément chrétiens, qui ont mis leur sceptre, leur puissance et leur glaive au service du Christ Sauveur, unique Rédempteur du monde. Et nous, dans tous nos divers états de vie, clercs ou laïcs, célibataires ou mariés, responsables de familles (naturelles ou spirituelles), engagés dans les milieux professionnels ou associatifs, … etc., nous n’avons rien à renier de leurs prestigieux héritages ; nous devons tirer des leçons de leurs fautes mêmes – ainsi que de leur pénitence -, et nous devons aujourd’hui à notre tour nous montrer de véritables et dignes soldats du Christ.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Saint Théodose 1er - blogue

2023-11. Le premier miracle de Jésus.

Deuxième dimanche après l’Epiphanie.

Cana - Denys Calvaert - 1592

Denys Calvaert (1540-1619) : les noces de Cana (1592)

frise

Le premier miracle de Jésus :

Présence de Dieu :

O Jésus, je Vous supplie de renouveler aujourd’hui en moi le grand miracle que Vous avez opéré un jour en faveur des époux de Cana !

Méditation :

   1 – La liturgie commence à nous parler de la vie publique de Jésus, à présent que le cycle de Son Enfance est clos. Pendant l’octave de l’Epiphanie, elle a rappelé le Baptême du Sauveur dans les eaux du Jourdain, fait qui a marqué le début de Son apostolat ; aujourd’hui, elle nous parle de Son premier miracle destiné, comme l’Epiphanie et le Baptême, à manifester au monde Sa gloire de Fils de Dieu.
« En ce temps-là, il se fit des noces à Cana en Galilée ; et la Mère de Jésus y était. Jésus aussi fut convié aux noces… » rapporte l’Evangile du jour. Immédiatement et au premier plan à côté du Sauveur, nous trouvons la Très Sainte Vierge, dans sa maternelle fonction de médiatrice de toutes les grâces. Le miracle de Cana, le premier miracle de Jésus, s’opère par son intercession puissante jusqu’à faire anticiper l’heure du Christ. « Mon heure n’est pas encore venue », avait répondu le Sauveur à Sa Mère.
Mais cette réponse apparemment négative ne trouble pas Marie. Elle n’insiste pas. Sûre de son Fils et pleine d’une amoureuse confiance en Lui, elle dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’Il vous dira ».
Jésus est vaincu par l’humilité, la délicatesse, la foi, l’abandon confiant de Sa Mère. Pour nous prouver combien elle est puissante sur Son divin Cœur, Il condescend à son désir : le miracle est accompli.
A côté de la foi de Marie, nous pouvons admirer celle des serviteurs, ainsi que leur prompte obéissance. Suivant le conseil de Marie, ils exécutent immédiatement les ordres de Jésus : ils remplissent d’eau les urnes et vont y puiser ensuite. Pas un seul moment de doute, pas une seule protestation, mais une obéissance simple comme celle des enfants.
Apprenons à croire, à obéir, à avoir recours à la puissante intercession de Marie.

Cana - Denys Calvaert - détail 1

   2 – « L’eau était changée en vin ».
Le miracle que Jésus opéra à Cana continue à se renouveler sur nos autels d’une manière encore beaucoup plus admirable : un peu de pain et un peu de vin sont changés en Corps du Christ, et ce Corps est offert comme nourriture à nos âmes.

Voilà pourquoi, dans la Messe de ce jour, l’antienne de la Communion rapporte le passage de l’Evangile relatant la transformation de l’eau en vin. Pour nous aussi, Jésus a « réservé le bon vin jusqu’à ce moment ». C’est le vin précieux de la Très Sainte Eucharistie qui enivre nos âmes de Son Corps et de Son Sang.
Nous pourrions penser encore à une autre transformation merveilleuse que Jésus accomplit dans nos âmes au moyen de la grâce : l’eau de notre pauvre nature humaine est rendue participante de la nature divine, elle est transformée dans le vin très noble de la vie du Christ Lui-même. L’homme devient membre du Christ, fils adoptif de Dieu, temple de l’Esprit-Saint. La Très Sainte Vierge nous enseigne précisément aujourd’hui comment nous pouvons et devons favoriser en nous cette précieuse transformation : « Faites tout ce que Jésus vous dira », nous répète-t-elle, comme jadis aux serviteurs du banquet de Cana. Marie nous invite à suivre et à mettre en pratique tous les enseignements, tous les préceptes de Jésus nous indiquant la voie pour arriver à une transformation totale en Lui.
D’un cœur humble et docile, avec une foi vive et un parfait abandon, confions-nous donc à Jésus par les mains de Marie.

Cana - Denys Calvaert - détail 2

Colloque :

   Quel encouragement pour moi, ô Seigneur, de trouver aujourd’hui, à Vos côtés, Votre très douce Mère !
Près de Marie, sous son regard maternel, protégé par sa puissante intercession, tout devient facile et simple. Comme Vous avez bien fait, ô Jésus, de nous donner Votre douce Mère, de nous donner aussi une maman pour notre vie spirituelle ! Oui, Seigneur, je veux suivre le précieux conseil de Marie et faire tout ce que Vous me direz, tout ce que Vous voudrez de moi.
Je voudrais imiter l’obéissance prompte et aveugle des serviteurs du festin : obéir ainsi, toujours, en tout, à vos enseignements, conseils préceptes ; Vous obéir aussi dans la personne de mes supérieurs, même lorsque je ne vois pas l’opportunité de leurs ordres, de leurs dispositions, même lorsqu’ils me demandent des choses difficiles ou qui me semblent absurdes. Je voudrais plus encore imiter l’abandon de Votre Mère qui, avec tant de délicatesse, Vous confie et son désir d’aider les époux, et la nécessité où ils se trouvent. Votre refus apparent ne la trouble pas, elle n’insiste pas, ne demande rien, mais est certaine, profondément certaine, que Votre Cœur, infiniment bon et tendre vis-à-vis de n’importe quelle misère, y pourvoira abondamment.
O Seigneur, c’est avec une confiance semblable et un pareil abandon qu’aujourd’hui je veux Vous exposer, moi aussi, mon indigence. La voyez-Vous ? Mon âme, comme les urnes du banquet, est remplie d’eau, l’eau froide et insipide de ma misère, des faiblesses que je ne parviens pas à vaincre complètement. Avec le Psalmiste, je dis : « les eaux sont venues jusqu’à mon âme » (Ps. LXVIII, 1) et la tiennent submergée, presque noyée dans l’incapacité, l’impuissance.
Je crois, Seigneur, je crois que, si Vous le voulez, Vous pourrez changer toute cette eau dans le vin très précieux de Vitre amour, de Votre grâce, de Votre vie. Vous êtes si puissant, si miséricordieux, que ma misère, si grande soit-elle, ne Vous épouvante pas, parce que devant Vous, l’Infini, elle est toujours bien peu de chose.
De même que pendant la Sainte Messe, les gouttes d’eaux versées dans le calice, sont changées au même titre que le vin, ainsi, dans Votre Sang, ô Seigneur, prenez ma misère, plongez-la dans Votre Cœur et faites-la disparaître en Vous.

Cana - Denys Calvaert - détail 3

2023-10. Glorifions le Christ et rendons-Lui grâce de nous avoir donné l’Eau puissante qui emporte nos souillures !

13 janvier,
Octave de l’Epiphanie,
où est lu l’Evangile du baptême de Notre-Seigneur dans le Jourdain ;
Anniversaire de la mort de Saint Hilaire de Poitiers (+ 13 janvier 367 – cf. ici et > ici) ;
Anniversaire de la mort de Saint Remi de Reims (+ 13 janvier 533).

Baptême de Notre-Seigneur - Le Bacchiacca - vers 1520

Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ (vers 1520)
Francesco Ubertini appelé aussi Francesco d’Ubertino Verdi, dit Le Bacchiacca (1494-1557)

frise

13 janvier : l’octave de l’Epiphanie
et le Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ

   Le second Mystère de l’Épiphanie, le Mystère du Baptême du Christ dans le Jourdain, occupe aujourd’hui tout spécialement l’attention de l’Église. L’Emmanuel s’est manifesté aux Mages après s’être montré aux bergers ; mais cette manifestation s’est passée dans l’enceinte étroite d’une étable à Bethléhem, et les hommes de ce monde ne l’ont point connue. Dans le mystère du Jourdain, le Christ se manifeste avec plus d’éclat. Sa venue est annoncée par le Précurseur ; la foule qui s’empresse vers le Baptême du fleuve en est témoin ; Jésus prélude à sa vie publique. Mais qui pourrait raconter la grandeur des traits qui accompagnent cette seconde Épiphanie ?

   Elle a pour objet, comme la première, l’avantage et le salut du genre humain ; mais suivons la marche des Mystères.
L’étoile a conduit les Mages vers le Christ ; ils attendaient, ils espéraient ; maintenant, ils croient. La foi dans le Messie venu commence au sein de la Gentilité. Mais il ne suffit pas de croire pour être sauvé ; il faut que la tache du péché soit lavée dans l’eau. « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé » (Marc XVI, 16) : il est donc temps qu’une nouvelle manifestation du Fils de Dieu se fasse, pour inaugurer le grand remède qui doit donner à la Foi la vertu de produire la vie éternelle.

   Or, les décrets de la divine Sagesse avaient choisi l’eau pour l’instrument de cette sublime régénération de la race humaine. C’est pourquoi, à l’origine des choses, l’Esprit de Dieu nous est montré planant sur les eaux, afin que, comme le chante l’Église au Samedi saint, leur nature conçût déjà un principe de sanctification. Mais les eaux devaient servir à la justice envers le monde coupable, avant d’être appelées à remplir les desseins de la miséricorde. A l’exception d’une famille, le genre humain, par un décret terrible, disparut sous les flots du déluge.

   Toutefois, un nouvel indice de la fécondité future de cet élément prédestiné apparut à la fin de cette terrible scène. La colombe, sortie un moment de l’arche du salut, y rentra, ponant un rameau d’olivier, symbole de la paix rendue à la terre après l’effusion de l’eau. Mais l’accomplissement du mystère annoncé était loin encore.

Psautier de Saint Louis - Noé et la colombe

Noé et la colombe
(Psautier de Saint Louis, entre 1258 et 1270 – Paris, BNF)

   En attendant le jour où ce mystère serait manifesté, Dieu multiplia les figures destinées à soutenir l’attente de son peuple. Ainsi, ce fut en traversant les flots de la Mer Rouge, que ce peuple arriva à la Terre promise ; et durant ce trajet mystérieux, une colonne de nuée couvrait à la fois la marche d’Israël, et ces flots bénis auxquels il devait son salut.

   Mais le contact des membres humains d’un Dieu incarné pouvait seul donner aux eaux cette vertu purifiante après laquelle soupirait l’homme coupable. Dieu avait donné son Fils au monde, non seulement comme le Législateur, le Rédempteur, la Victime de salut, mais pour être aussi le Sanctificateur des eaux ; et c’était au sein de cet élément sacré qu’il devait lui rendre un témoignage divin, et le manifester une seconde fois.

   Jésus donc, âgé de trente ans, s’avance vers le Jourdain, fleuve déjà fameux par les merveilles prophétiques opérées dans ses eaux. Le peuple juif, réveillé par la prédication de Jean-Baptiste, accourait en foule pour recevoir un Baptême, qui pouvait exciter le regret du péché, mais qui ne l’enlevait pas. Notre divin Roi s’avance aussi vers le fleuve, non pour y chercher la sanctification, car il est le principe de toute justice, mais pour donner enfin aux eaux la vertu d’enfanter, comme chante l’Église, une race nouvelle et sainte. Il descend dans le lit du Jourdain, non plus comme Josué pour le traverser à pied sec, mais afin que le Jourdain l’environne de ses flots, et reçoive de lui, pour la communiquera l’élément tout entier, cette vertu sanctifiante que celui-ci ne perdra jamais. Échauffées par les divines ardeurs du Soleil de justice, les eaux deviennent fécondes, au moment où la tête sacrée du Rédempteur est plongée dans leur sein parla main tremblante du Précurseur.

   Mais, dans ce prélude d’une création nouvelle, il est nécessaire que la Trinité tout entière intervienne. Les cieux s’ouvrent ; la Colombe en descend, non plus symbolique et figurative, mais annonçant la présence de l’Esprit d’amour qui donne la paix et transforme les cœurs. Elle s’arrête et se repose sur la tête de l’Emmanuel, planant à la fois sur l’humanité du Verbe et sur les eaux qui baignent ses membres augustes.

   Cependant le Dieu-Homme n’était pas manifesté encore avec assez d’éclat ; il fallait que la parole du Père tonnât sur les eaux, et les remuât jusque dans la profondeur de leurs abîmes. Alors se fit entendre cette Voix qu’avait chantée David : Voix du Seigneur qui retentit sur les eaux, tonnerre du Dieu de majesté qui brise les cèdres du Liban, l’orgueil des démons, qui éteint le feu de la colère céleste, qui ébranle le désert, qui annonce un nouveau déluge (cf. Ps. XXVIII), un déluge de miséricorde ; et cette voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances » (Matth. III, 17).

Baptême de Notre-Seigneur - Le Bacchiacca - vers 1520

Le Bacchiacca : Baptême de Notre-Seigneur (détail)

   Ainsi fut manifestée la Sainteté de l’Emmanuel par la présence de la divine Colombe et par la voix du Père, comme sa Royauté avait été manifestée par le muet témoignage de l’Etoile.

   Le mystère accompli, l’élément des eaux investi de la vertu qui purifie, Jésus sort du Jourdain et remonte sur la rive, enlevant avec lui, selon la pensée des Pères, régénéré et sanctifié, le monde dont il laissait sous les flots les crimes et les souillures.

   Elle est grande, cette fête de l’Épiphanie, dont l’objet est d’honorer de si hauts mystères ; et nous n’avons pas lieu de nous étonner que l’Église orientale ait fait de ce jour une des époques de l’administration solennelle du Baptême. Les anciens monuments de l’Église des Gaules nous apprennent que cet usage s’observa aussi chez nos aïeux ; et plus d’une fois dans l’Orient, au rapport de Jean Mosch, on vit le sacré baptistère se remplir d’une eau miraculeuse au jour de cette grande fête, et se tarir de lui-même après l’administration du Baptême.
L’Église Romaine, dès le temps de saint Léon, insista pour faire réserver aux fêtes de Pâques et de Pentecôte l’honneur d’être les seuls jours consacrés à la célébration solennelle du premier des Sacrements ; mais l’usage se conserva et dure encore, en plusieurs lieux de l’Occident, de bénir l’eau avec une solennité toute particulière, au jour de l’Épiphanie.
L’Église d’Orient a gardé inviolablement cette coutume. La fonction a lieu, pour l’ordinaire, dans l’Église ; mais quelquefois, au milieu de la pompe la plus imposante, le Pontife se rend sur les bords d’un fleuve, accompagné des prêtres et des ministres revêtus des plus riches ornements, et suivi du peuple tout entier. Après des prières d’une grande magnificence, que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici, le Pontife plonge dans les eaux une croix enrichie de pierreries qui signifie le Christ, imitant ainsi l’action du Précurseur. A Saint-Pétersbourg, la cérémonie a lieu sur la Neva ; et c’est à travers une ouverture pratiquée dans la glace que le Métropolite fait descendre la croix dans les eaux. Ce rite s’observe pareillement dans les Églises de l’Occident qui ont retenu l’usage de bénir l’eau à la fête de l’Épiphanie.
Les fidèles se hâtent de puiser, dans le courant du fleuve, cette eau sanctifiée ; et saint Jean Chrysostome, dans son Homélie vingt-quatrième, sur le Baptême du Christ, atteste, en prenant à témoin son auditoire, que cette eau ne se corrompait pas. Le même prodige a été reconnu plusieurs fois en Occident.

Anton Ovsiannikov - Théophanie - tableau de 2002

En Russie, la bénédiction des eaux pour la fête de la Théophanie :
tableau de 2002 d’Anton Ovsianikov (né en 1973, atelier à Saint-Petersbourg)

   Glorifions donc le Christ, pour cette seconde manifestation de son divin caractère, et rendons-lui grâces, avec la sainte Église, de nous avoir donné, après l’Etoile de la foi qui nous illumine, l’Eau puissante qui emporte nos souillures. Dans notre reconnaissance, admirons l’humilité du Sauveur qui se courbe sous la main d’un homme mortel, afin d’accomplir toute justice, comme il le dit lui-même ; car, ayant pris la forme du péché, il était nécessaire qu’il en portât l’humiliation pour nous relever de notre abaissement. Remercions-le pour cette grâce du Baptême qui nous a ouvert les portes de l’Église de la terre et de l’Église du ciel. Enfin, renouvelons les engagements que nous avons contractés sur la fontaine sacrée, et qui ont été la condition de cette nouvelle naissance.

Dom Prosper Guéranger,
in « L’Année liturgique »

colombe du Saint-Esprit

2023-9. « Tous les rois de la terre L’adoreront, toutes les nations Lui seront assujetties »

12 janvier,
7ème jour dans l’octave de l’Epiphanie.

Jan van Boeckhorst - 1652

Jan van Boeckhorst (1604-1668) : adoration des Mages (1652)

nika

Commentaires de notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur
les versets du psaume LXXI

utilisés dans la liturgie de l’Epiphanie

* * *

       La liturgie de l’Epiphanie cite avec abondance le psaume LXXI dans lequel ont lit ces versets :

« (…) Il dominera depuis une mer jusqu’à une autre mer,
et depuis un fleuve jusqu’aux limites de la terre.
Devant Lui se prosterneront les Ethiopiens,
et Ses ennemis lécheront la poussière.
Les rois de Tharsis et les îles Lui offriront des présents ;
les rois d’Arabie et de Saba Lui apporteront des dons,
et tous les rois de la terre L’adoreront :
toutes les nations Le serviront.
Parce qu’Il délivrera le pauvre du puissant ;
et le pauvre qui n’avait point d’aide.
Il aura pitié du pauvre et de l’indigent ;
et Il sauvera les âmes des pauvres (…) »
(versets 8 à 13).

   Nous le savons, avec toute la Tradition de l’Eglise, le saint Roi David était animé de l’esprit de prophétie, et dans les psaumes il a annoncé maintes circonstances précises de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, son descendant, ainsi que les pensées et sentiments qui L’animeront dans Sa vie terrestre et jusque dans l’Eternité où, à l’Ascension, Il a fait entrer la chair glorifiée qu’Il a assumée dans Son Incarnation.
Outre donc l’annonce de la royauté glorieuse et universelle du divin Rédempteur, la Tradition a vu de manière plus précise en ces versets sus-cités, une prophétie de l’Epiphanie : d’où leur emploi dans la liturgie de cette fête.

   Notre Bienheureux Père Saint Augustin, dans son « Enarratio in psalmos » (le mot latin « enarratio » signifie tout à la fois : discours, commentaire, explication, développement…), a bien sûr commenté ces versets. Voici les paragraphes qui les expliquent et commentent :

§ 1 – commentaire du verset 8 : la domination du Messie sur toute l’étendue de la terre.

     « Il dominera depuis la mer jusqu’à la mer, et depuis le fleuve jusqu’aux extrémités de la terre » (Ps. LXXI, 8).
Ainsi doit régner Celui dont il est dit : « En Ses jours s’élèvera la justice et l’abondance de la paix, jusqu’à ce que la lune soit exaltée » (Ps. LXXI, 7). Si par lune on entend ici l’Eglise, on voit combien Il doit étendre au loin cette Eglise, puisqu’il ajoute : « Il dominera depuis la mer jusqu’à la mer ». Car la terre est environnée de cette grande mer, qu’on appelle océan, dont nous avons dans nos terres quelques portions étroites que forment ces mers si connues sillonnées par nos vaisseaux. « Depuis la mer jusqu’à la mer », ou depuis une extrémité de la terre jusqu’à l’autre, voilà ce que le Prophète assigne à la domination du Christ, dont le nom et la puissance devaient être prêchés dans l’univers entier pour le dominer.
Et pour que nous ne donnions pas un autre sens à ces paroles : « Depuis la mer jusqu’à la mer », le Prophète ajoute : « Depuis le fleuve jusqu’aux extrémités de la terre ». Or, « jusqu’aux extrémités de la terre », était exprimé dans ces paroles : « Depuis la mer jusqu’à la mer ». Mais quand le Prophète nous parle « du fleuve », il veut dire que le Christ a commencé à signaler Sa puissance sur le fleuve du Jourdain, où Il choisit Ses disciples, où Il fut baptisé et où l’Esprit-Saint descendit sur Lui alors que cette voix se fit entendre du ciel : « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé » (Matth. III, 17).
Tel est donc le point de départ de Sa doctrine : c’est de là que l’autorité de cet enseignement céleste s’est répandue jusqu’aux confins de la terre, que l’Evangile du Royaume des cieux a été prêché dans l’univers entier, pour servir de témoignage à toutes les nations : puis arrivera la fin de toutes choses.

§ 2 – Commentaire du verset 9 : la domination du Messie sur tous les peuples est prioritairement celle qui se fait par le triomphe de la doctrine catholique.

   « Devant Lui les habitants de l’Ethiopie se prosterneront, et Ses ennemis baiseront  la poussière » (Ps. LXXI, 9).
Les Ethiopiens désignent ici les nations, c’est la partie pour le tout, et le Prophète choisit ici la nation la plus reculée 
sur les confins de la terre. « Ils se prosterneront en Sa présence », est-il dit, pour « ils L’adoreront ».
Or, comme il doit naître en diverses contrées de la terre des schismes qui porteront envie à l’Eglise catholique répandue dans le monde entier ; comme ces schismes se diviseront et porteront chacun le nom de son auteur ; comme ils s’attacheront aux hommes qui les ont provoqués, jusqu’à combattre même cette gloire du Christ resplendissante chez tous les peuples, voilà que le Prophète a ces paroles : « Les Ethiopiens se prosterneront devant Lui », et ajoute : « et Ses ennemis baiseront la poussière » : c’est-à-dire, aimeront les hommes et porteront envie à cette gloire du Christ, qui a fait dire : « Elevez-vous, Seigneur, au-dessus des cieux, et que Votre gloire apparaisse à la terre » (Ps. CVII, 6).
L’homme a mérité, par son péché, d’entendre : « Tu es terre, et tu retourneras dans la terre » (Gen. III, 19). Or, baiser cette terre, c’est-à-dire se soumettre avec joie à l’autorité de ces hommes frivoles, les aimer, y trouver ses délices, c’est contredire les Saintes Ecritures, qui préconisent l’Eglise catholique, dont le règne s’étendra, non plus sur quelque partie de la terre, comme il en est des schismes, mais qui envahira successivement l’univers entier et jusqu’aux Ethiopiens, c’est-à-dire aux plus éloignés, comme aux plus dépravés des hommes.

Jan van Boeckhorst - adoration des Mages - détail

§ 3 – Commentaire des versets 10 & 11 : la vérité de cette prophétie éclate non seulement dans la visite des Mages à l’Epiphanie, mais aussi dans la conversion des nations païennes entraînées par leurs Souverains qui se convertissent. Et même lorsque, auparavant, ils persécutaient l’Eglise, les princes de la terre offraient à Dieu des victimes pures !

   « Les rois de Tharsis et des îles Lui apporteront des présents ; les rois des Arabes et de Saba Lui amèneront des offrandes. .

(Ps. LXXI, 10-11).
Il n’est pas besoin d’expliquer ce passage, mais d’en contempler la vérité. Elle éclate aux yeux, non seulement des fidèles qui en tressaillent, mais des infidèles qui en gémissent.
A moins peut-être que nous ne demandions le sens de « ces offrandes qu’on doit amener ». Car on amène ce qui peut marcher. Or, serait-il ici question de victimes à immoler ? Loin de nous de croire à une telle justice en Ses jours (cf. verset 7). Mais les offrandes préconisées par ce verset, nous semblent désigner les hommes que l’autorité des rois amène au sein de l’Eglise du Christ, bien que ces rois aient aussi amené à Dieu des présents par leurs persécutions, en immolant des martyrs, sans savoir ce qu’ils faisaient.

§ 4 – Commentaire du verset 12 : les rois de la terre eux-mêmes sont, dans l’ordre spirituel, des pauvres, affligés par la puissance de Satan. Le Messie est venue apporter le salut à tous, rois et peuples, parce qu’ils avaient tous également besoin.

   Le Prophète expliquant pourquoi les princes doivent rendre au Christ un si grand honneur, et toutes les nations Le servir, ajoute : « Parce qu’Il arrachera le pauvre des mains du puissant, ce pauvre qui n’a personne pour soutien » (Ps. LXXI, 12).
Ce pauvre, cet indigent, c’est le peuple qui croit en Lui. Et dans ce peuple il est aussi des rois qui L’adorent, qui ne dédaignent pas de paraître pauvres et indigents, c’est-à-dire qui confessent leurs péchés, qui sentent le besoin de la gloire de Dieu, afin que ce Roi, Fils du Roi (cf. verset 2), les délivre du puissant.
Or, ce puissant est le même que le Prophète vient d’appeler calomniateur, et qui tient, non de sa propre force, mais des péchés des hommes, le pouvoir de les soumettre à sa tyrannie. C’est pourquoi il est appelé le fort, et ici le puissant. Mais celui qui a humilié le calomniateur (expression employée au verset 4), et qui est entré dans la maison du fort, afin de le garrotter et de lui enlever ses dépouilles (cf. Luc XI, 21-22), a « délivré aussi le faible des mains du puissant, et le pauvre qui était sans appui ». Nulle autre force, nul autre juste, pas même un ange n’eût pu le faire. Comme ces pauvres n’avaient aucun appui, le Christ est venu les sauver.

§  5 – Commentaire du verset 13 : l’action salvatrice du Christ Rédempteur qui non seulement remet les péchés mais satisfait à la justice et apporte la grâce à Ses fidèles.

   Mais on peut objecter : Si l’homme était au pouvoir du démon à cause de ses péchés, ces mêmes péchés plaisaient-ils donc au Christ pour qu’Il délivrât le pauvre des mains du puissant ? Loin de là ! Lui-même doit « pardonner au pauvre et à l’indigent » (Ps. LXXI, 13), c’est-à-dire remettre les fautes à l’homme humble, qui n’a pas confiance dans ses propres mérites, qui n’espère point son salut de sa propre force, mais qui sent le besoin de la grâce du Sauveur.
« Et il sauvera les âmes des pauvres ». Le Prophète nous signale ainsi le double effet de la grâce ; et dans la rémission des péchés, quand il dit : « Il pardonnera au pauvre et à l’indigent » ; et dans la part qui nous est donnée à la justice, quand il ajoute : « Il sauvera les âmes des pauvres ». Nul en effet ne peut sans la grâce de Dieu se procurer le salut, qui est la justice parfaite. Car l’accomplissement de la loi, c’est la charité, et la charité n’existe point en nous par notre propre force, mais elle est répandue dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné (cf. 
Rom. V, 5).

Jan van Boeckhorst - adoration des Mages - détail (2)

nika

2023-8. L’Epiphanie manifeste cette Pierre angulaire annoncée dans les Saintes Ecritures sur laquelle est édifiée l’Eglise en laquelle sont unis les fidèles issus du Judaïsme et de la Gentilité.

11 janvier,
6ème jour dans l’octave de l’Epiphanie ;
Mémoire de Saint Hygin, pape et martyr.

       Voici le sixième et dernier des sermons pour l’Epiphanie que l’on trouve dans le septième volume des « Oeuvres complètes de Saint Augustin » traduits par l’abbé Raulx, relatifs aux sermons des fêtes et panégyriques : il achève un cycle de méditations que le Saint Docteur d’Hippone a proposées à ses fidèles – et à nous-mêmes dix-sept siècles plus tard – pour leur donner d’entrer dans toute la profondeur du mystère de la Manifestation du Christ Sauveur à travers les citations de la Sainte Ecriture et les figures prophétiques de l’Ancien Testament qui annonçaient ce mystère, dans lequel, nous les catholiques majoritairement issus de la Gentilité, célébrons notre appel au salut, salut que le peuple Juif a majoritairement rejeté.

Gérard David - Bréviaire d'Isabelle de Castille - 1490 - British Library Londres

Gérard David : enluminure du bréviaire d’Isabelle de Castille (1490)
[conservé à la British Library, à Londres]

Etoiles

Sermon CCIV de notre Bienheureux Père Saint Augustin

sixième sermon pour l’Epiphanie

* * *

§ 1 – Il y a deux manifestations, deux Epiphanies, du Christ Sauveur : à Sa naissance, aux bergers, et aujourd’hui, avec Sa manifestation aux Mages.

   Nous célébrions, il y a quelques jours, la naissance du Seigneur ; nous célébrons aujourd’hui Son Epiphanie, expression d’étymologie grecque qui signifie manifestation, et qui rappelle ces mots de l’Apôtre : « Il est grand sans aucun doute le mystère de piété qui s’est manifesté dans la chair » (1 Tim. III, 16).
Il y a donc deux jours où le Christ S’est manifesté. Dans l’un Il a quitté, comme homme, le sein de Sa Mère, Lui qui est éternellement, comme Dieu, dans le sein de Son Père. C’est à la chair qu’Il S’est montré alors, puisque la chair ne pouvait Le voir dans Sa nature spirituelle : au jour donc de Sa naissance Il a été contemplé par des bergers de la Judée.
Et aujourd’hui, le jour de Son Epiphanie ou de Sa manifestation, Il a été adoré par des Mages de la Gentilité. Aux uns il fut annoncé par des anges, aux 
autres par une étoile ; et comme les anges habitent le ciel et que les astres en sont l’ornement, on peut dire qu’aux bergers et aux Mages les cieux ont raconté la gloire de Dieu.

§ 2 -  Aujourd’hui s’accomplit la prophétie qui désigne Jésus-Christ comme la Pierre angulaire sur laquelle viennent se rejoindre et s’unir les Juifs et les Gentils.

   C’est que pour les uns et les autres venait d’apparaître la Pierre angulaire, « afin de fonder sur elle, comme s’exprime l’Apôtre, les deux peuples dans l’unité de l’homme nouveau, d’établir la paix, de les changer tous deux en les réconciliant avec Dieu par le mérite de la croix, pour en former un seul corps ».
Qu’est-ce en effet qu’un angle, sinon ce qui sert à lier deux murs qui viennent de directions différentes et qui se donnent là comme le baiser de paix ?
La circoncision et l’incirconcision – en d’autres termes, les Juifs et les Gentils – étaient ennemis entre eux, à cause de la diversité, de l’opposition même qu’établissaient, d’une part le culte du seul vrai Dieu, et d’autre part le culte d’une multitude de faux dieux. Ainsi les uns étaient rapprochés, les autres éloignés de Lui ; mais Il a attiré à Lui les uns comme les autres « en les réconciliant avec Dieu pour former un seul corps, détruisant en Lui-même leurs inimitiés, comme ajoute immédiatement l’Apôtre. Il a aussi, en venant, annoncé la paix et à vous qui étiez éloignés, et à ceux qui étaient près de lui ; car c’est par lui que nous avons accès les uns et les autres auprès du Père dans un même Esprit » (Ephés. XI, 11-22).
N’est-ce pas mettre en quelque sorte sous nos yeux ces deux murs qui partent de points opposés et ennemis ; puis cette Pierre angulaire, Jésus Notre-Seigneur, auquel Se rattachent les deux ennemis et en qui ils font la paix ? Je veux parler ici des Juifs et des Gentils qui ont cru en Let à qui Il semble qu’on ait dit : Et vous qui êtes près, et vous qui êtes loin, « approchez de Lui, et soyez éclairés, et vous n’aurez point la face couverte de confusion » (Ps. XXXIII, 6). Il est écrit d’ailleurs : « Voici que je pose en Sion une Pierre angulaire, choisie, précieuse ; et quiconque aura foi en Elle ne sera point confondu » (1 Pierre II, 6).

§ 3 – Saint Augustin enseigne aussi qu’en cette fête de l’Epiphanie se réalise une autre prophétie, au début du livre d’Isaïe : celle de l’âne et du bœuf, qui représentent les fidèles venus de la Gentilité et du Judaïsme.

   Les cœurs dociles et soumis sont venus des deux côtés, ils ont fait la paix et mis fin à leurs inimitiés ; les bergers et les Mages ont été comme les prémices de ce mouvement. C’est en eux que le bœuf a commencé à connaître son maître et l’âne l’étable de son Seigneur (Isaïe I, 3).
Celui de ces 
deux animaux qui a des cornes représente les Juifs, à cause des deux branches de la croix qu’ils ont préparée au Sauveur ; et celui qui a de longues oreilles rappelle les Gentils desquels une prophétie disait : « Le peuple que Je ne connaissais point M’a obéi, il M’a prêté une oreille docile » (Ps. XVII, 45). Quant au Maitre du bœuf et de l’âne, Il était couché dans la crèche et semblait servir aux deux animaux une même nourriture. C’était donc la paix et pour ceux qui étaient loin et pour ceux qui étaient près. Aussi les bergers d’Israël, qui étaient tout près, se présentèrent au Christ le jour même de Sa naissance, ils Le virent et tressaillirent de bonheur ce jour-là. Plus éloignés, les Mages de la Gentilité n’arrivèrent à Lui qu’aujourd’hui, plusieurs jours après Sa naissance ; aujourd’hui seulement ils Le virent et L’adorèrent.
Ne devions-nous donc pas, nous qui sommes l’Eglise recrutée parmi les Gentils, célébrer solennellement ce jour où le Christ S’est manifesté aux prémices de la Gentilité, comme nous célébrons solennellement aussi cet autre jour où Il est né parmi les Juifs, et consacrer par une double fête la mémoire de si imposants mystères ?

§ 4 -  Saint Augustin revient sur la symbolique de la Pierre angulaire et de la jonction des deux peuples en Elle : il montre, par la figure prophétique du patriarche Jacob, qu’il y avait dans le Judaïsme deux partis, l’un réprouvé et l’autre béni ; il conclue son discours en exaltant la Pierre angulaire sur laquelle repose l’Eglise aujourd’hui triomphante.

   Quand on se rappelle ces deux murailles de la Judée et de la Gentilité qui viennent  s’unir à la Pierre angulaire pour y conserver l’unité d’esprit dans le lien de la paix (Ephés. IV, 3), on ne doit pas s’étonner de voir le grand nombre des Juifs réprouvés. Parmi eux étaient des architectes, c’est-à-dire des hommes qui prétendaient être docteurs de la loi ; mais, comme s’exprime l’Apôtre, « ils ne comprenaient ni ce qu’ils disaient, ni ce qu’ils affirmaient » (1 Tim. I, 7). Cet aveuglement d’esprit leur fit rejeter la Pierre placée au sommet de l’angle (cf. Ps. CXVII, 22) ; cette Pierre, néanmoins, ne serait pas la Pierre angulaire si par le ciment de la grâce elle n’unissait dans la paix les deux peuples d’abord opposés.
Ne voyez donc point dans la muraille formée par Israël les persécuteurs et les assassins du Christ, ces hommes qui ont renversé la foi sous prétexte d’affermir la loi, qui ont rejeté la Pierre angulaire et attiré la ruine de leur infortunée patrie. Ne pensez pas à ces Juifs répandus en si grand nombre dans tout pays pour rendre témoignage aux saints livres qu’ils portent partout sans les comprendre. Ils sont pour ainsi dire la jambe boiteuse de 
Jacob ; car ce patriarche eut la jambe blessée et comme paralysée (Gen. XXXII, 25), pour figurer d’avance la multitude de ses descendants qui s’écarteraient de ses voies.
Voyez au contraire, dans la sainte muraille formée par leur nation pour s’unir à la Pierre angulaire, ceux qui représentent la personne bénie de Jacob ; car Jacob était à la fois boiteux et béni ; boiteux pour désigner les réprouvés, béni pour figurer les saints.
Voyez donc dans cette sainte muraille la foule qui précédait et qui suivait l’âne monté par le Sauveur, en s’écriant : « Béni Celui qui vient au nom du Seigneur » (Matth. XXI, 9). Pensez aux disciples choisis parmi ce peuple et devenus les Apôtres. Pensez à Étienne, dont le nom grec signifie couronne et qui reçut le premier, après la Résurrection, la couronne du martyre. Pensez à tant de milliers d’hommes 
qui sortirent des rangs des persécuteurs, après la descente du Saint-Esprit, pour devenir des croyants. Pensez à ces Eglises dont l’Apôtre parle ainsi : « J’étais inconnu de visage aux Eglises de Judée attachées au Christ. Seulement elles avaient ouï dire : Celui qui autrefois nous persécutait annonce maintenant la foi qu’il s’efforçait alors de détruire ; et elles glorifiaient Dieu à mon sujet » (Gal. I, 22-24).
Telle est l’idée qu’il faut se former de la muraille d’Israël pour la rapprocher de cette muraille de la Gentilité qui se voit partout ; on comprendra ainsi que ce n’est pas sans raison que les Prophètes ont représenté d’avance Notre-Seigneur comme la Pierre angulaire : de l’étable où Elle fut posée d’abord, cette Pierre S’est élevée jusqu’au haut des cieux.

Gérard David Bréviaire d'Isabelle de Castille - détail

Etoiles

2023-7. « Cette gloire que les Mages saluaient dans l’avenir, nous la voyons dans le présent ! »

10 janvier,
5ème jour dans l’octave de l’Epiphanie ;
Anniversaire de la naissance de Sainte Philomène (cf. > ici).

       Nous continuons notre progression dans l’étude des sermons de notre Bienheureux Père Saint Augustin pour l’Epiphanie : ce cinquième sermon, se fondant sur les précédents approfondissements, nous apporte encore quelques lumières nouvelles.

étoile resplendissante

Sermon CCIII de notre Bienheureux Père Saint Augustin

cinquième sermon pour l’Epiphanie

?????????????????????????????????

§ 1 – Sens du mot Epiphanie et de cette fête.

   Le mot Epiphanie, qui vient du grec, peut se traduire par manifestation. C’est donc pour S’être aujourd’hui manifesté aux Gentils que le Rédempteur de tous les Gentils a établi cette fête pour la Gentilité tout entière ; et après avoir, il y a quelques jours, célébré Sa naissance, nous célébrons aujourd’hui Sa manifestation.
Né il y a treize jours, Jésus-Christ Notre-Seigneur a été aujourd’hui même, dit la tradition, adoré par les Mages. L’adoration a eu lieu : nous en avons pour garant la vérité évangélique.
Quel jour a-t-elle eu lieu ? Une fête aussi solennelle le proclame partout avec autorité.

§ 2 – C’est à cette date que des hommes issus de la Gentilité ont commencé à être chrétiens, aussi l’Epiphanie est-elle une fête tout particulièrement importante pour l’Eglise, puisque c’est le jour où les chrétiens issus du Judaïsme et ceux issus de la Gentilité deviennent une seule Eglise dans le Christ Pierre angulaire. 

   Puisque les Mages ont connu, les premiers d’entre les Gentils, Jésus-Christ Notre-Seigneur ; puisque, sans avoir encore entendu Sa parole, ils ont suivi l’étoile qui leur a apparu (Matth. II, 1-12), et dont l’éloquence céleste et visible leur a tenu lieu de la parole du Verbe encore enfant ; ne semblait-il pas, n’était-il pas véritablement juste que les Gentils vissent avec reconnaissance le jour où fut accordée la grâce du salut aux premiers d’entre eux, et qu’ils le consacrassent à Notre-Seigneur Jésus-Christ pour Le remercier et Le servir solennellement ?
Les premiers d’entre les Juifs qui furent appelés à la foi et à la connaissance du Christ, sont ces pasteurs qui, le jour même de Sa naissance, vinrent de près Le contempler. Ils y furent invités par les Anges, comme les Mages par une étoile. Il leur fut dit : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux » (Luc II, 14) ; et pour les Mages s’accomplit cet oracle : « Les cieux racontent la gloire de Dieu » (Ps. XVIII, 2). Les uns et les autres, toutefois, furent comme les premières pierres de ces deux murs de direction différente, la 
circoncision et l’incirconcision ; ils coururent se réunir à la Pierre angulaire, afin d’y trouver la paix et de se confondre dans l’unité (Ephés. II, 11-22).

§ 3 - Si les Juifs ont eu le privilège d’avoir été appelés les premiers à cette grâce, les Gentils semblent, d’après l’Ecriture, y avoir apporté une humilité plus profonde.

   Cependant les premiers louèrent Dieu de ce qu’ils avaient vu le Christ, et non contents d’avoir vu le Christ les seconds L’adorèrent.
Les uns furent appelés les premiers à la grâce, les autres montrèrent une humilité plus profonde.
Ne dirait-on pas que, moins coupables, les bergers ressentaient une joie plus vive du salut qui leur venait du ciel, tandis que, plus chargés de crimes, les Mages imploraient plus humblement le pardon ?
Aussi les divines Ecritures montrent-elles dans les Gentils plus d’humilité que dans les Juifs. N’était-il pas gentil ce centurion qui après avoir fait au Seigneur un accueil si cordial, se proclama indigne de Le recevoir dans sa demeure, ne voulut pas qu’Il y vînt voir son serviteur malade, mais seulement qu’Il décrétât sa guérison (Matth, VIII, 5-10), Le retenant ainsi dans son cœur, quand pour L’honorer davantage il L’éloignait de sa demeure ? Aussi le Seigneur s’écria-t-Il : « Je n’ai pas découvert une telle foi en Israël ». N’était-elle pas une gentille aussi, cette Chananéenne qui après avoir entendu le Seigneur la traiter de chienne, et déclarer qu’elle n’était pas digne qu’on lui jetât le pain des enfants, ne laissa pas de demander les miettes qu’on ne refuse pas à une chienne, méritant ainsi de n’être plus ce qu’elle ne nia point avoir été ? Elle aussi entendit le Seigneur S’écrier : « ô femme, que ta foi est grande » (Matth. XV, 21-28). Oui, parce qu’elle s’était rapetissée elle-même, l’humilité avait agrandi sa foi.
Ainsi donc les bergers viennent de près voir le Christ, et les Mages viennent de loin L’adorer.
Cette humilité a mérité au sauvageon d’être greffé sur l’olivier franc et, contre sa nature, de produire des olives véritables (Rom. XI, 17) ; la grâce changeant ainsi la nature.

§ 4 – Ici Saint Augustin se livre à une interprétation symbolique fondée sur la numérologie sacrée qu’il affectionne particulièrement : les quatre points cardinaux, les trois Personnes divines, les détails de la vision de Saint Pierre, le nombre des Apôtres… Ainsi les douze jours qui se sont écoulés entre la naissance du Sauveur et l’adoration des Mages, paraissent désigner que les Gentils devaient se convertir dans le monde entier.

   Le monde entier était couvert de ces sauvageons amers ; et une fois greffé par la grâce le monde entier s’est adouci et éclairé. Des extrémités de la terre accourent des hommes qui disent avec Jérémie: « Il n’est que trop vrai, nos pères ont adoré le mensonge » (Jérem. XVI, 19). Et ils viennent, non pas d’un côté seulement, mais comme l’enseigne l’Evangile de saint Luc, « de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Midi », pour prendre place avec Abraham, Isaac et Jacob, au festin du Royaume des cieux (Luc XIII, 29).
Ainsi c’est des quatre points cardinaux que la grâce de la Trinité appelle à la foi l’univers entier.
Or ce nombre quatre multiplié par trois, est le nombre sacré des douze Apôtres, lesquels paraissaient figurer ainsi que le salut serait accordé aux quatre parties du monde 
par la grâce de l’auguste Trinité. Ce nombre était marqué aussi par cette nappe immense que saint Pierre aperçut, remplie de toutes sortes d’animaux (Act. X, 11), représentant tous les Gentils. Suspendue aux quatre coins elle fut à trois reprises descendue du ciel puis remontée : trois fois quatre font douze. Ne serait-ce pas pour ce motif que durant les douze jours qui suivirent la naissance du Seigneur, les Mages, les prémices de la Gentilité, furent en marche pour aller voir et adorer le Christ, et méritèrent d’être sauvés eux-mêmes ainsi que d’être le type du salut de tous les Gentils ?

§ 5 – Magnifique conclusion : les Mages sont nos pères dans la foi, et ce dont ils furent les prémices, nous en voyons l’accomplissement dans la diffusion de l’Eglise parmi tous les peuples.

   Ah ! célébrons donc ce jour encore avec la plus ardente dévotion ; si nos pères dans la foi ont adoré le Seigneur Jésus couché dans un humble réduit, nous aussi adorons-Le maintenant qu’Il habite au ciel. Car cette gloire que les Mages saluaient dans l’avenir, nous la voyons dans le présent. Les prémices des Gentils adoraient l’Enfant attaché au sein de Sa Mère ; les Gentils adorent aujourd’hui le Triomphateur siégeant à la droite de Dieu Son Père.

Adoration des Rois - Vitrail St-Pierre Mâcon

L’adoration des Rois Mages
(Mâcon – église Saint-Pierre)

1...89101112...84

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi