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2008-56. Célébration du cinquantième anniversaire de la mort de Pie XII (+ 9 octobre 1958).

       En ce jeudi 9 octobre 2008, à 11h30, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI entouré des Cardinaux et des participants au Synode consacré à la Parole de Dieu, a célébré une Sainte Messe de suffrage à l’occasion du cinquantième anniversaire du rappel à Dieu de son prédécesseur le Pape Pie XII.

   Des fidèles nombreux et recueillis, certains venus à Rome de très loin pour cette circonstance, remplissaient la Basilique de Saint-Pierre au Vatican. La vénération envers le Pape Pie XII, malgré les campagnes de calomnies, grandit dans le monde et sa cause de béatification est en très bonne voie. On peut même affirmer que tous les efforts de ceux qui ont tenté de flétrir son nom et sa mémoire, ont finalement contribué à mieux étudier et à faire mieux connaître la personne et l’œuvre de ce grand Pape !

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Pour la Sainte Messe du cinquantième anniversaire du rappel à Dieu de son prédécesseur
le vénéré Pape Pie XII,
Sa Sainteté Benoît XVI portait une chasuble rouge de coupe romaine par dessus la dalmatique.

   Le chant d’entrée qui accompagnait les rites d’introduction de la Célébration eucharistique était: « In pace factus est locus eius, et in Sion habitatio eius : son repos est dans la paix et son habitation en Sion ».
L’évangile qui a été lu avant l’homélie du Saint-Père est un extrait de l’évangile selon Saint Jean (Jean V, 24-27):  » En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui écoute ma parole et croit au Père qui m’a envoyé, celui-là obtient la vie éternelle et il échappe au Jugement, car il est déjà passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité, je vous le dis : l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts vont entendre la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront. Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même, et il lui a donné le pouvoir de prononcer le Jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme ».

   Après la Sainte Messe (célébrée en rouge conformément à la tradition liturgique), le Saint-Père Benoît XVI est descendu dans les « Grottes Vaticanes » pour se recueillir sur la tombe du Pape Pie XII.

   Voici maintenant le texte de l’homélie prononcée par Benoît XVI en cette circonstance :

Messieurs les Cardinaux,
Vénérés Frères dans l’Épiscopat et le Sacerdoce,
Chers frères et sœurs,

   Le passage du livre du Siracide et le prologue de la Première Lettre de saint Pierre, proclamés comme première et deuxième lecture, nous offrent de significatives occasions de réflexion dans le cadre de cette célébration eucharistique, au cours de laquelle nous faisons mémoire de mon vénéré prédécesseur, le Serviteur de Dieu Pie XII. Cinquante ans se sont exactement écoulés depuis sa mort, survenue aux premières heures du 9 octobre 1958. Le Siracide, comme nous l’avons écouté, a rappelé à ceux qui veulent suivre le Seigneur qu’ils doivent se préparer à affronter des épreuves, des difficultés et des souffrances. Pour ne pas succomber à ces dernières – exhorte-t-il – il faut un cœur qui soit droit et constant, une fidélité à Dieu et une patience qui soient unies à une inflexible détermination à avancer sur le chemin du bien. La souffrance affine le coeur du disciple du Seigneur, comme l’or est purifié dans la fournaise. “Tout ce qui t’advient, accepte-le et, dans les vicissitudes de ta pauvre condition, montre-toi patient, car l’or est éprouvé dans le feu, et les élus dans la fournaise de l’humiliation(II, 4-5).

   Saint Pierre, de son côté, dans la péricope qui a été proposée, en s’adressant aux chrétiens des communautés d’Asie mineure qui étaient “affligés par diverses épreuves”, va encore plus loin : malgré tout, leur demande-t-il, “Vous en tressaillez de joie”(1P 1, 6). L’épreuve est en effet nécessaire, observe-t-il, “afin que, bien éprouvée, votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus Christ”(1P I, 7). Ensuite, pour la deuxième fois, il les exhorte à être joyeux, et même à exulter “d’une joie indicible et pleine de gloire”(v, 8 ). La raison profonde de cette joie spirituelle réside dans l’amour envers Jésus et dans la certitude de sa présence invisible. C’est Lui qui rend inébranlable la foi et l’espérance des croyants, même au cours des phases les plus complexes et les plus dures de l’existence.

   A la lumière de ces textes bibliques, nous pouvons lire le parcours terrestre du Pape Pacelli et son long service envers l’Église, commencé sous Léon XIII et poursuivi sous Pie X, Benoît XV et Pie XI. Ces textes bibliques nous aident surtout à comprendre la source à laquelle il a puisé son courage et sa patience au cours de son ministère pontifical qui s’est déroulé durant les douloureuses années du second conflit mondial et la période suivante, non moins complexe, de la reconstruction et des difficiles rapports internationaux, passés à l’histoire sous la significative appellation de “guerre froide”.

   “Miserere mei Deus, secundum magnam misericordiam tuam” : c’est avec cette invocation extraite du Psaume 50 que Pie XII débutait son testament. Et il poursuivait : “Ces mots que je prononçai, conscient d’être sans mérites et non à la hauteur, au moment où je donnai, en tremblant, mon acceptation à l’élection comme Souverain Pontife, je les répète maintenant avec plus de raison”. Deux années manquaient alors à sa mort. S’abandonner dans les mains miséricordieuses de Dieu : telle fut l’attitude que cultiva constamment mon Prédécesseur vénéré, le dernier des Papes nés à Rome, appartenant à une famille en relation avec le Saint-Siège depuis de nombreuses années.

   En Allemagne, où il exerça les fonctions de Nonce Apostolique, d’abord à Munich puis à Berlin jusqu’en 1929, il laissa derrière lui un souvenir emplit de gratitude, surtout pour avoir collaboré avec Benoît XV à la tentative de mettre fin à l’“inutile massacre” de la Grande Guerre, et pour avoir décelé, dès son avènement, le danger constitué par la monstrueuse idéologie nationale-socialiste, avec ses pernicieuses racines antisémite et anti-catholique. Créé Cardinal en décembre 1929, et devenu peu après Secrétaire d’État, il fut un fidèle collaborateur de Pie XI pendant neuf ans, à une époque caractérisée par les totalitarismes : le fascisme, le nazisme et le communisme soviétique, condamnés respectivement par les Encycliques Non abbiamo bisogno, Mit Brennender Sorge et Divini Redemptoris.

   “Celui qui écoute ma parole et croit (…) a la vie éternelle” (Jn V, 24). Cette assurance de Jésus, que nous avons écoutée dans l’Évangile, nous fait penser aux moments les plus durs du pontificat de Pie XII lorsque, sentant s’évanouir toute sécurité humaine, il ressentait fortement le besoin d’adhérer au Christ, unique certitude qui ne passe pas, et ce aussi au travers d’un constant effort ascétique. La Parole de Dieu devenait ainsi lumière sur son chemin, un chemin sur lequel le Pape Pacelli dut consoler les réfugiés et les persécutés, essuyer les larmes de douleur et pleurer les innombrables victimes de la guerre. Seul le Christ est la véritable espérance de l’homme; seulement en se confiant en Lui, le coeur humain peut s’ouvrir à l’amour qui gagne sur la haine. Cette conscience accompagna Pie XII au cours de son ministère de Successeur de Pierre, ministère commencé justement alors que s’accumulaient sur l’Europe et sur le reste du monde les nuages menaçants d’un nouveau conflit mondial qu’il tenta d’éviter par tous les moyens : “Le péril est imminent, mais il est encore temps. Rien n’est perdu avec la paix. Tout peut l’être avec la guerre”, s’était-il écrié dans son radio-message du 24 août 1939 (Acta Apostolici Sedis, XXXI, 1939, p. 334).

   La guerre mit en évidence l’amour qu’il nourrissait pour sa “Rome bien-aimée”, un amour témoigné par son intense oeuvre de charité qu’il accomplissait en faveur des persécutés, sans tenir compte d’aucune distinction de religion, d’ethnie, de nationalité, d’appartenance politique. Lorsqu’à maintes reprises, on lui conseilla de laisser le Vatican pour se mettre à l’abri, la ville étant occupée, sa réponse fut toujours la même, identique et décisive : “Je ne laisserai pas Rome et mon poste, même si je devais en mourir” (cf. Summarium, p. 186). Ses familiers et autres témoins firent, en outre, part de ses privations de nourriture, de chauffage, de vêtements, de commodités, qu’il s’imposait volontairement pour partager la condition de la population durement éprouvée par les bombardements et par les conséquences de la guerre (cf. A. Tornielli, Pie XII, Un uomo sul trono di Pietro). Et comment oublier son radio-message pour Noël, en décembre 1942 ? Avec une voix brisée par l’émotion, il déplora la situation des “centaines de milliers de personnes qui, sans aucune culpabilité de leur part, mais seulement pour des raisons de nationalité ou de race, sont destinées à la mort ou à un progressif dépérissement” (AAS, XXXV, 1943, p.23), se référant très clairement à la déportation et à l’extermination perpétrée contre les juifs. Souvent, c’est dans le secret et le silence qu’il a agi parce que, justement, à la lumière des situations concrètes de la complexité de ce moment historique, il avait eu l’intuition que c’est seulement de cette manière que l’on pouvait éviter le pire et sauver le plus grand nombre possible de juifs. Pour ses interventions, de nombreuses et unanimes attestations de reconnaissances lui furent adressées à la fin de la guerre, ainsi qu’au moment de sa mort, par les plus importantes autorités du monde juif, comme par exemple, par le Ministre des Affaires Extérieures d’Israël Golda Meir, qui écrivit : “Quand le martyre le plus épouvantable a frappé notre peuple, durant les dix années de terreur du nazisme, la voix du Souverain Pontife s’est élevée en faveur des victimes”, concluant avec émotion : “Nous pleurons la perte d’un grand serviteur de la paix”.

   Malheureusement, le débat historique, qui n’a pas toujours été serein, sur la figure du Serviteur de Dieu Pie XII, a oublié de mettre en lumière tous les aspects de son polyédrique pontificat. Très nombreux ont été les discours, les allocutions et les messages qu’il a adressés aux scientifiques, aux médecins, aux responsables des plus diverses catégories de travailleurs, dont certains d’entre eux sont, encore aujourd’hui, d’une extraordinaire actualité et qui continuent d’être un point ferme de référence. Paul VI, qui fut son fidèle collaborateur pendant de nombreuses années, le décrivit comme un érudit, un chercheur attentif, ouvert aux voies modernes de la recherche et de la culture, restant fermement, et avec cohérence, fidèle tant aux principes de la rationalité humaine, qu’à l’intangible dépôt des vérités de la foi. Il le considérait comme un précurseur du Concile Vatican II (cf. Angelus du 10 mars 1974). Dans cette perspective, un grand nombre de ses documents mériteraient d’être rappelés, mais je me limiterai à n’en citer que quelques-uns. Avec l’Encyclique « Mystici Corporis », publiée le 29 juin 1943 alors que la guerre faisait encore rage, il décrivait les rapports spirituels et visibles qui unissent les hommes au Verbe incarné, et proposait d’intégrer, dans cette perspective, tous les principaux thèmes de l’ecclésiologie, offrant pour la première fois une synthèse dogmatique et théologique sur laquelle se baserait la Constitution dogmatique conciliaire  « Lumen Gentium ».

   Quelques mois après, le 20 septembre 1943, avec l’Encyclique « Divino Afflante Spiritu », il fixait les normes doctrinales pour l’étude des Saintes Écritures, en mettant en relief son importance et son rôle dans la vie chrétienne. Il s’agit d’un document qui témoigne d’une grande ouverture à la recherche scientifique sur les textes bibliques. Comment ne pas rappeler cette Encyclique, alors que se déroulent les travaux du Synode qui a justement pour thème “La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise”? C’est à l’intuition prophétique de Pie XII que nous devons la première étude sérieuse des caractéristiques de l’historiographie antique, pour mieux comprendre la nature des livres sacrés, sans en affaiblir ou en nier leur valeur historique. L’approfondissement des “genres littéraires”, pour mieux comprendre ce que l’auteur sacré avait voulu dire, avait été, jusqu’en 1943, considéré comme suspect, du fait aussi des abus qui y avaient été commis. L’Encyclique ne reconnaissait pas sa juste application, déclarant illégitime son usage pour l’étude non seulement de l’Ancien mais aussi du Nouveau Testament. “Aujourd’hui, cet art – explique le Pape – que l’on a l’habitude d’appeler critique textuelle et qui est, valablement et fructueusement, utilisée dans les éditions des auteurs profanes, s’applique de plein droit aux Livres Sacrés en fonction justement du respect qui est dû à la Parole de Dieu”. Et, il ajoute : “Son objectif est, en effet, de restituer, avec toute la précision possible, sa première teneur au texte sacré, le débarrassant des déformations introduites par les fautes des copistes et le libérant des gloses et des lacunes, des transpositions de mots, des répétitions et des défauts similaires de tout ordre, qui dans les écrits transmis à la main pendant de nombreux siècles, s’infiltraient couramment” (AAS, XXXV, 1943, p.336).

   La troisième Encyclique que je voudrais mentionner est « Mediator Dei », consacrée à la liturgie, publiée le 20 novembre 1947. Avec ce Document, le Serviteur de Dieu donna l’impulsion au mouvement liturgique, insistant sur l’ « élément essentiel du culte », qui “doit être celui interne : il est, en effet, nécessaire – écrit-il – de vivre toujours en Christ, de se dédier à Lui, afin qu’en Lui, avec Lui et pour Lui on glorifie le Père. La sainte Liturgie exige que ces deux éléments soient intimement liés… Autrement, la religion devient un formalisme sans fondement et sans contenu”. Ensuite, nous ne pouvons pas, non plus, ne pas évoquer l’importante impulsion que ce Souverain Pontife donna à l’activité missionnaire de l’Église avec les Encycliques « Evangelii praecones » (1951) et « Fidei donum » (1957), mettant en relief le devoir pour chaque communauté d’annoncer l’Évangile aux personnes, comme le fera, avec une courageuse vigueur, le Concile Vatican II. L’amour pour les missions, le Pape Pacelli l’avait, du reste, manifesté dès le début de son pontificat quand, au mois d’octobre 1939, il avait voulu consacrer personnellement douze évêques provenant de pays de mission, dont un indien, un chinois, un japonais, le premier évêque africain et le premier évêque de Madagascar. Enfin, l’une des ses constantes préoccupations pastorales fut la promotion du rôle des laïcs, pour que la communauté ecclésiale puisse compter sur toutes les énergies et les ressources disponibles. Pour cela aussi, l’Église et le monde lui sont reconnaissants.

   Chers frères et sœurs, alors que nous prions pour que la cause de béatification du Serviteur de Dieu, Pie XII, se poursuive normalement, il est bon de rappeler que la sainteté fut son idéal, un idéal qu’il ne manqua pas de proposer à tous. Pour cela, il donna une forte impulsion aux causes de béatification et de canonisation de personnes appartenant à des populations diverses, de représentants de tous les états de vie, fonctions et professions, réservant une vaste place aux femmes. C’est Marie justement, la Femme du salut, qu’il montre à l’humanité comme signe de ferme espérance, en proclamant le dogme de l’Assomption durant l’Année Sainte de 1950. À notre époque qui est, comme alors, assaillie de préoccupations et d’angoisse pour son avenir ; en ce monde où, peut-être encore plus qu’alors, l’éloignement de tant de personnes de la vérité et de la vertu laisse entrevoir des scénarios privés d’espérance, Pie XII nous invite à tourner notre regard vers Marie qui est montée dans la gloire céleste. Il nous invite à l’invoquer avec confiance, pour qu’elle nous fasse apprécier toujours plus la valeur de la vie sur la terre et nous aide à diriger notre regard vers le vrai but auquel nous sommes tous destinés : cette vie éternelle qui, comme Jésus nous l’assure, est déjà possédée par celui qui écoute et suit sa parole. Amen !

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2008-42. A propos d’un pèlerinage à La Louvesc, au tombeau de Saint Jean-François Régis.

Lundi matin 28 juillet 2008.

Hier, 11ème dimanche après la Pentecôte, notre Frère est parti de très bonne heure du Mesnil-Marie, pour se rendre à La Louvesc.
Cette petite paroisse, située à presque 1100 m d’altitude, est un lieu de pèlerinage assez fréquenté depuis que Saint Jean-François Régis, jésuite affecté aux missions à l’intérieur du Royaume après les ravages des guerres religieuses, y mourut d’épuisement – le 31 décembre 1640 – et y fut enterré.
Au XIXème siècle, Sainte Thérèse Couderc, fonda dans ce même village les Soeurs de Notre-Dame du Cénacle. D’humble extraction, Mère Thérèse fut mise à l’écart et reléguée à un rang subalterne dans le sein même de sa propre congrégation lorsque celle-ci se développa, et elle arriva par cette voie d’humilité (et d’humiliations) à un très haut degré de sainteté…* Son corps – conservé intact – a été ramené dans la chapelle de la maison de fondation.
Ce sont donc deux saints canonisés que l’on peut aller vénérer et prier dans ce village de montagne. La Louvesc est à moins de soixante kilomètres du Mesnil-Marie mais, avec les routes de ces régions, il faut compter un peu plus d’une heure pour s’y rendre.

Si Frère Maximilien-Marie y est allé précisément ce dimanche 27 juillet, c’est parce qu’un jeune prêtre ordonné en septembre dernier par Son Eminence Monsieur le Cardinal Castrillon Hoyos, s’y rendait lui aussi en pèlerinage avec quelques membres de sa famille.
Faut-il préciser que ce prêtre célèbre la Sainte Messe latine traditionnelle, en conformité avec les dispositions édictées par notre Saint-Père le Pape Benoît XVI dans son motu proprio « Summorum Pontificum cura » du 7 juillet 2007 ?

Monsieur l’Abbé avait bien pris soin de contacter le curé de la basilique quelques jours plus tôt pour signaler son passage et retenir un autel pour la célébration de la Messe…
Or, malgré les directives du Souverain Pontife et nonobstant l’esprit de charité et d’authentique catholicité que ce motu proprio souhaite instaurer partout, je suis bien au regret de vous dire que l’accueil n’a pas vraiment été très chaleureux, et que le « Père curé » s’est même permis quelques réflexions qui ne donnaient pas l’impression de jaillir d’un coeur magnanime…
Bref, nos pèlerins (auxquels on avait déjà imposé une heure matinale de célébration) furent relégués dans un oratoire où il n’y avait « aucun risque » que d’autres fidèles puissent les rejoindre, et dont « l’autel » était une espèce de cube de contreplaqué peint.
Monsieur l’Abbé avait bien sûr dû apporter tout le matériel liturgique pour assurer une célébration digne et fervente du Saint Sacrifice
(cliquer sur les vignettes pour voir les photos en grand).

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Lorsque, à son retour, Frère Maximilien-Marie me fait le compte rendu de tels évènements, je dois bien vous avouer que je suis pour le moins scandalisé.

Certains, dans l’Eglise même, ont en effet pris l’habitude de qualifier – ou plus exactement de disqualifier – les fidèles qui sont attachés à la Messe latine traditionnelle en leur collant l’étiquette « intégriste » ; ce sont aussi souvent ces mêmes personnes qui se font gloire d’être des gens « ouverts » et qui se gargarisent de slogans contre l’exclusion et pour l’accueil de toutes les différences… Mais leur attitude par rapport à ce que notre Saint-Père le Pape a appelé « la forme extraordinaire du rite romain » révèle dans les faits un odieux cléricalisme, manifeste des « crispations » idéologiques que l’on peut maintenant regarder comme totalement dépassées, et m’incite à penser qu’ils sont eux-mêmes les « intégristes » d’une mode ecclésiastique qui avait cours il y a trois ou quatre pontificats mais n’est plus du tout en phase avec la réalité de l’Eglise et du monde!

Il est d’ailleurs symptomatique de constater que Frère Maximilien-Marie reçoit souvent (et ce fut le cas à plusieurs reprises en ce dimanche) des témoignages de sympathie vraiment touchants, simplement motivés par le fait qu’il porte un habit religieux.
Les prêtres ou les religieux « sécularisés » se rendent-ils compte de ce qu’ils ont perdu? Si – selon un proverbe bien connu – « l’habit ne fait pas le moine », il est néanmoins certain qu’il contribue à faire de celui qui le porte le témoin d’une réalité qui ne se limite pas aux horizons terrestres. L’Eglise considère que la vie religieuse est un signe donné aux hommes. Or, pour qu’un signe soit véritablement un signe, il convient qu’il soit… visible!

Frère Maximilien-Marie est bien sûr allé se recueillir dans la chapelle édifiée au lieu même où Saint Régis mourant eut la vision de Notre-Seigneur et de Notre-Dame qui venaient le chercher pour l’introduire dans la gloire du Paradis.
Il a particulièrement confié à l’intercession de Saint Régis tous les malades qu’on lui a recommandés (et il y en a beaucoup, hélas!).

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Recueillement dans la chapelle mortuaire de Saint Jean-François Régis.

Je terminerai ce soir par une anecdote.
Près de la basilique de Saint Régis, Frère Maximilien-Marie est entré dans une boutique où était exposée la production de plusieurs artisans de la région : maroquinerie, travail du bois, poterie, peinture sur verre, broderie…etc. Justement un tourneur sur bois faisait une démonstration et un vrai courant de sympathie est passé entre lui et notre Frère. Du coup, en plus des coquetiers et autres vases et coffrets qu’il fabrique avec habileté, il a tenu à réaliser sous ses yeux, pour la lui offrir, une statuette représentant de manière stylisée Saint Jean-François Régis revêtu de la grande cape et du chapeau à larges bords qu’il portait dans l’hiver pour parcourir les montagnes du Vivarais et du Velay. Avec cette statuette, je pense que c’est aussi la bénédiction de Saint Jean-François Régis sur notre maison qui est venue jusqu’à notre Mesnil-Marie
Mais j’ai assez parlé pour aujourd’hui et je vous laisse regarder quelques photos du travail de cet artisan (
comme plus haut il vous suffit de cliquer sur chaque vignette pour que vous puissiez voir le cliché en grand format).

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Tournage, présentation de la statuette de St Régis et dédicace.

Je vous souhaite une bonne semaine et vous dis à très bientôt pour une nouvelle chronique…

2008-42. A propos d'un pèlerinage à La Louvesc, au tombeau de Saint Jean-François Régis. dans Chronique de Lully patteschatsLully.

* Voir aussi la Prière à la Sainte Trinité, composée par Sainte Thérèse Couderc que nous publions plus loin > www, et le texte « Se livrer » > www.

2008-24. Réponse à ceux qui font grief aux fidèles de la liturgie traditionnelle de ne pas participer à la vie de leur paroisse territoriale.

       Il arrive fréquemment que l’on fasse grief aux fidèles attachés à la célébration de la Sainte Messe latine traditionnelle (et qui à cause de cela font souvent de nombreux kilomètres pour se rendre dimanches et fêtes dans une église où ce rite est célébré) de ne pas participer à la vie de leur paroisse territoriale.

   Il est vrai, en effet, qu’en des temps « normaux », dans la Chrétienté traditionnelle, les fidèles n’ont pas à vagabonder d’une église à l’autre, n’ont pas à décider par eux-mêmes de leur paroisse de rattachement, mais doivent, pour être catholiques, se rendre à l’église de leur paroisse territoriale.
J’ai bien dit :
« en des temps normaux », car la crise qui s’est manifestée et a pris une ampleur catastrophique à partir du concile vaticandeux, a bouleversé les paroisses, brouillé la compréhension de ce qu’est une entité paroissiale selon la tradition multiséculaire de l’Eglise latine, et, souvent par la faute du clergé lui-même, contraint les fidèles à fuir ce qui subsistait des paroisses en raison de l’hétérodoxie de l’enseignement et des célébrations du culte…
Mais le cléricalisme, lui, n’a point perdu de vigueur ; il a même souvent crû à l’occasion de la crise, et ces pasteurs qui font fuir les fidèles sont aussi souvent les premiers à leur reprocher
« d’aller voir ailleurs »

   Nous reprenons ci-dessous les réponses à cette objection précisées par un prêtre canoniste.
Ce texte a été publié il y a déjà plusieurs années sur le site d’une association de défense de la Messe traditionnelle dans le diocèse de Beauvais, l’association Sanctus Lucianus (dont le site est désormais fermé) et, bien que le temps passe, il n’a nullement perdu son actualité, bien au contraire…
Nous pensons donc important de diffuser ce texte. Il ne faut en effet pas se priver de faire usage de cette argumentation, auprès des curés et des évêques eux-mêmes.

La Sainte Messe

       « Le canon 515, qui définit la paroisse, le fait en partant non pas d’une idée territoriale mais d’une réalité sociale : la paroisse est un ensemble de fidèles confiés à un pasteur, qui a envers eux la même mission que l’évêque dans son diocèse, à savoir enseigner, sanctifier et gouverner son peuple (canon 519).

   Même si le canon 518 dispose que la paroisse sera, en règle générale, territoriale, la comparaison de ces canons démontre que la territorialité n’épuise pas la notion de paroisse, ce qui est précisé par le même canon qui ajoute aussitôt : « Là où c’est utile, seront constituées des paroisse personnelles déterminées par le rite, la langue… 

   Autrement dit, il est légitime d’ériger des communautés de fidèles et de les constituer en paroisses, alors même que ces fidèles demeurent dans une paroisse territoriale. Si, pour des raisons diverses (par exemple l’hostilité du clergé) il n’est pas possible d’ériger une communauté de fidèles non territoriale en paroisse, on peut l’ériger en quasi paroisse, confiée à un prêtre comme à son pasteur propre. Ceci emporte donc qu’on peut jouir d’une DOUBLE appartenance : à une paroisse territoriale (puisqu’on réside forcément quelque part à un moment ou à un autre) ET à une paroisse ou quasi paroisse personnelle. C’est en particulier le cas des militaires, et un évêque ne va pas s’élever contre cette réalité à la fois juridique et humaine. L’important, comme le souligne le code, est l’appartenance à une communauté de fidèles. Considérer que cela porte atteinte à la paroisse territoriale est confondre la fin et les moyens : l’unique fin est le salut des âmes, le reste ne sont que les moyens d’y parvenir.

   C’est aussi confondre l’Eglise, corps mystique du Christ, avec une simple administration. On ne peut ni ne doit faire de l’acharnement thérapeutique sur une paroisse territoriale. Si elle se vide de ses membres il faut regarder la réalité en face : c’est que les choses dans cette paroisse sont inadéquates.

   En outre, il convient de remarquer qu’une communauté de fidèles, avant d’être érigée en paroisse ou quasi paroisse, doit exister en réalité : la création canonique d’une paroisse, quelque qu’elle soit, répond à un besoin concret, pas à une idéologie. Ne pas vouloir accepter cette réalité de bon sens, ce serait condamner le code lui-même.

   En effet, il y a au départ un groupe de fidèles, qui pour des raisons diverses (rite, langue, cf supra) souhaitent constituer une communauté non plus seulement de fait, mais juridique. S’y opposer par principe serait aller contre la lettre et l’esprit du code.

   Enfin il ne faut pas oublier qu’une paroisse territoriale, personnelle, ou une quasi paroisse, sont créées par l’évêque qui les dote d’un pasteur propre : elles sont aussi sous sa juridiction, en communion avec lui, puisque partie intégrante de l’Eglise diocésaine dont elles constituent une force vive, l’une des nombreuses « facettes ».

   Il y a là un enrichissement qui pousse l’Eglise à adapter sa structure locale au changement des réalités humaines. L’histoire même récente le prouve abondamment : création de diocèses ou de paroisses, suppressions d’autres, création de communautés, dissolution d’autres qui n’ont plus de quoi se perpétuer. Pensons aux synodes diocésains qui ont supprimé toutes les paroisses d’un diocèse pour en créer d’autres qui précisément répondent mieux au monde d’aujourd’hui. Il en va de même pour la création de communautés fondées sur un rite ou une langue (par exemple aussi les paroisses nationales à l’étranger…).

   Ces questions nous ramènent en fait à la notion suprême qui gouverne toute l’oeuvre de l’Eglise, quel que soit le domaine : le salut des âmes. »

(Père P.L.)

Missel traditionnel - vignette blogue

2008-5. Où l’on déplore l’aveuglement des chefs.

Mardi 15 janvier

Hier, lundi 14 janvier 2008, en milieu de journée, notre Saint Père le Pape Benoît XVI a reçu en audience Monsieur le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la conférence épiscopale française, accompagné de ses deux vice-présidents, NN.SS. Hippolyte Simon et Laurent Ulrich, ainsi que du secrétaire général de la sus-dite conférence, l’abbé Antoine Hérouard.

N’étant qu’un tout petit chat, je n’ai évidemment pas assisté à cet entretien: je le confesse pourtant, je me serais volontiers fait petite souris afin de me glisser discrètement dans un coin! Mais comme ce ne fut pas le cas, ma curiosité féline est bien obligée de s’en tenir aux entrefilets que j’ai pu glaner ça et là au sujet de cette rencontre, en particulier sous la plume de Monsieur Denis Crouan, président de l’association « pro liturgia » [cf. actualité du 15/01 www]

Monsieur Crouan, généralement bien informé, rapporte donc que Monseigneur Simon aurait évoqué avec le Souverain Pontife la question du motu proprio « Summorum Pontificum cura« , n’hésitant pas à affirmer que les évêques de France avaient été « solidaires de sa volonté de permettre à des personnes qui sont – à titre exceptionnel – attachés à la forme extraordinaire (du rite romain) de se sentir bien dans la communion de l’Eglise« . Et Monsieur Crouan commente: « On ne sait pas si le Saint-Père n’a pas dû faire des efforts pour ne pas rire en entendant que les évêques avaient été « solidaires », lui qui sait tout de même les réactions pour le moins vives qui ont suivies la publication du Motu proprio« . Monseigneur Simon aurait même ajouté « qu’il n’y a pas eu de demandes pour l’application du Motu proprio ayant changé la situation, et que la façon habituelle de faire vivre le rite latin demeure la forme ‘ordinaire’ « .

Quand je lis de telles choses, je ne vous cache pas que mon poil se hérisse , que mes oreilles se couchent en arrière et que mes griffes sortent au maximum de leur extension.

Si Monseigneur l’archevêque de Clermont a bien réellement tenu de tels propos devant le Pape Benoît XVI, je me pose de sérieuses questions sur ce qui peut se passer dans sa tête: ce prélat est-il lucide? est-il sain d’esprit? fait-il preuve d’hypocrisie? ou bien est-il totalement aveuglé par l’idéologie?… A moins que ce ne soit un curieux amalgame de tous ces cas de figure? Si en effet une personne, sous une pluie battante et tenant en main un thermomètre marquant une température de 5°, me disait qu’il fait un grand et chaud soleil, je serais parfaitement autorisé à me poser des questions sur sa santé mentale, sur sa sincérité ou sur ses capacités objectives de perception du réel, mais en définitive – en dehors du fait qu’elle attraperait probablement une bonne bronchite – cela ne porterait pas à de grandes conséquences… Cependant ici c’est complètement différent, parce que les conséquences sont tout autres. Et lorsque je lis de semblables affirmations émanant d’un évêque – c’est-à-dire de quelqu’un qui doit veiller avec une sollicitude véritablement paternelle et avec un zèle nourri de charité surnaturelle sur une part de l’Eglise de Dieu, en pleine communion avec le Successeur de Saint Pierre – , je ne peux pas m’empêcher d’éprouver un sentiment de colère en pensant que l’aveuglement des chefs (et il n’y en a pas de pire que celui qui est volontaire) est désastreux pour le profit spirituel et le salut des âmes! Ce que j’écris ici n’est pas une opinion personnelle facultative, c’est l’enseignement même de Notre-Seigneur Jésus-Christ: « Ce sont des guides aveugles. Or si un aveugle conduit un aveugle, tous deux tomberont dans une fosse« (Matth. XV,14).

Quoi qu’il en soit les faits sont là pour démontrer le contraire des affirmations de Monseigneur Simon et je ne veux pas en dresser un catalogue: le voudrais-je que cela me semblerait impossible! Nous savons que la commission pontificale « Ecclesia Dei«  et la nonciature apostolique à Paris reçoivent quantité de lettres, plaintes et demandes de la part des fidèles de France attachés à la célébration du rite « antiquior » de la Sainte Messe latine, dont les démarches auprès de leurs curés ou dans les évêchés ne rencontrent qu’indifférence, négligence, mépris… On m’a même rapporté que Monsieur le cardinal Castrillon Hoyos, préfet de cette commission « Ecclesia Dei« , lorsqu’il est venu à Versailles le 8 décembre dernier pour célébrer par une grand’messe pontificale le vingt-cinquième anniversaire de l’association « Notre-Dame de Chrétienté« , est reparti avec une pleine serviette de lettres qui lui ont été remises en mains propres, et dans lesquelles des catholiques de toute la France font état de leurs difficultés pour obtenir l’application des dispositions contenues dans le motu proprio et en appellent à Rome.

Je serais tenté d’écrire que l’on trouve, chez certains guides du peuple chrétien, quelque chose de comparable à ce qui se passa pour Pharaon au temps de l’Exode: son coeur fut endurci, malgré les signes et les prodiges déployés par Moïse, et il n’écouta pas (cf. Exode VII,3). Cet endurcissement du coeur, que l’on retrouve chez les Princes des Prêtres et les pharisiens à l’époque de la vie terrestre de Notre-Seigneur, porte déjà en lui-même une forme de châtiment, et l’obstination dans cette voie est toujours la source de grands malheurs pour les peuples. Ah, comme je voudrais qu’il n’en soit pas ainsi pour la Sainte Eglise Catholique aujourd’hui! Et combien je souhaite que son unité soit réelle et véritable, autour de notre Saint Père le Pape Benoît XVI, dans la Vérité et dans la Charité…

Lully.

2007-34. In memoriam : le Révérend Père Michel André.

17 novembre,
Fête de Saint Grégoire de Tours, évêque et confesseur ;
Mémoire de Saint Aignan, évêque d’Orléans et confesseur ;
Mémoire de Saint Grégoire le Thaumaturge, évêque de Néocésarée et confesseur ;
Anniversaire de l’exécution de Dominique Allier, chef chouan (cf. > ici) ;
Anniversaire du rappel à Dieu du Rd Père Michel André (+ 17 novembre 2000) ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Dom Marie-Grégoire Girard (cf. > ici).

Angers - cathédrale Saint-Maurice

Angers : cathédrale Saint-Maurice

« Laudemus viros gloriosos, et parentes nostros in generatione sua :
Louons ces hommes plein de gloire qui sont nos pères et dont nous sommes la race… »
 (Eccli. XLIV, 1).

       Avant même la fondation des divers instituts, séminaires, fraternités ou prieurés, à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix du XXe siècle, alors qu’une espèce de frénésie révolutionnaire semblait secouer la Sainte Eglise et que, « démangés par un prurit aux oreilles », beaucoup « ne supportaient plus la saine doctrine » (cf. IIa Tim. IV, 3), il y eu des prêtres zélés et courageux qui se levèrent, et qui – méprisant les foudres et l’opprobre dont on les accabla – maintinrent la Sainte Messe latine traditionnelle (dite de Saint Pie V), contre vents et marées.

   Sans eux, sans leur prétendue désobéissance, sans leur opposition courageuse aux mesures iniques d’interdiction assénées par leurs supérieurs ecclésiastiques – mesures dont le pape Benoît XVI a affirmé que, en définitive, elles étaient nulles et sans valeur ! – le maintien du rite latin traditionnel n’aurait pratiquement pas été possible.

   Les actuels fidèles, séminaristes, prêtres et religieux qui n’ont pas connu la célébration de la Messe dans les paroisses avant les réformes postconciliaires – tout simplement parce qu’ils n’étaient pas nés – , qui ont découvert la Sainte Messe catholique (et souvent aussi grâce à elle la foi catholique tout simplement), depuis les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix du précédent siècle, doivent tout à ces résistants qu’on a pourtant souvent marqués du sceau de l’infamie, parce qu’ils ont osé tenir tête à une hiérarchie qui imposait des choses inacceptables.

   Vere dignum et justum est !
En vérité il est digne et juste de ne pas perdre le souvenir de leur nom, de garder leur mémoire en bénédiction, de transmettre la connaissance de ce qu’ils ont fait à ceux qui ne les ont pas connus, de marquer leurs anniversaires par une prière qui monte vers Dieu en action de grâces et en profonde gratitude !
Oui, il nous faut louer ces hommes glorieux, parce que leur résistance courageuse a fait d’eux nos pères par l’esprit, et parce que nous sommes les héritiers qui récoltent dans la joie ce qu’ils ont semé dans la peine et les larmes.
Même les fraternités ou instituts qui s’enorgueillissent aujourd’hui de bénéficier de toutes les confortables reconnaissances canoniques sont redevables à ces « désobéissants »! Faisons donc œuvre de justice en parlant de l’un d’eux au jour anniversaire de son rappel à Dieu.

   Le 17 novembre 2000, en effet, s’éteignit le Révérend Père Michel André : le bon Père André !

Le Rd Père Michel André

   Né à Angers, le 13 mars 1915, il fit d’abord des études de droit et de commerce.
Très lié au scoutisme, il fonda deux troupes auprès desquelles il excella comme éducateur humain et spirituel.
Il entra au noviciat des Pères du Saint-Esprit en 1937, fut ordonné prêtre en 1944, et fut envoyé l’année suivante à la Martinique.
De 1947 à 1956, il enseigna dans diverses institutions spiritaines en France, repartit en mission en Guinée de 1956 à 1958, puis fut envoyé en Argentine de 1962 à 1971.
En 1971, sur les conseils de Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre (qui avait été supérieur général des Spiritains), il rentra en France pour travailler contre les forces de dissolution qui étaient à l’oeuvre dans l’Eglise.

   Dans sa détermination de fidélité catholique, en face de la crise qui fait rage, il fonde à Angers, en 1972, l’Association Noël Pinot (A.N.P.), pour la défense de la Sainte Messe traditionnelle et le soutien aux prêtres fidèles à sa célébration.
Il fonde aussi en même temps le bulletin trimestriel « Introibo ». Ce bulletin de formation doctrinale et spirituelle connaîtra une grande diffusion (il atteindra 6000 exemplaires), et il a survécu à son fondateur.

   L’Association Noël Pinot (placée sous le patronage de cet héroïque prêtre angevin qui – revêtu par dérision des ornements sacerdotaux lorsqu’on le fit monter à la guillotine – gravit les marches de l’échafaud en récitant les prières au bas de l’autel : Introibo ad altare Dei… cf. > ici) a compté jusqu’à deux milles prêtres adhérents. Aujourd’hui encore ils sont plusieurs centaines, adhérents ou sympathisants, en France et dans le monde.
L’A.N.P. diffuse également de bons ouvrages et des objets de dévotion, permet la « récupération » d’ornements, statues, objets de culte qui seraient sans cela livrés aux brocanteurs. Elle transmet aussi des intentions et des honoraires de Messe à des prêtres qui en sont dépourvus.

   Le Père André fut un infatigable apôtre, son ministère – contredit et diffamé – gagna de nombreuses âmes au Christ.
Il fonda plusieurs chapelles pour assurer la continuité de la Messe traditionnelle bannie des églises, fonda une école, des troupes de scouts, et une petite communauté féminine : les Servantes du Divin Crucifié.
Alors que « d’autres » voudraient post-mortem s’accaparer sa mémoire et son héritage spirituel, ce sont elles qui, dans une humble discrétion et un fidèle attachement à son esprit, continuent en vérité l’oeuvre du bon Père André. Les personnes qui veulent avoir contact avec l’Association Noël Pinot peuvent le faire par courrier à cette adresse : 54, rue Delaâge – 49100 Angers, ou encore grâce aux coordonnées indiquées sur son site propre > ici.

   Monsieur Claude Mouton, bien connu dans les milieux traditionnels français pour ses ouvrages, a publié une belle biographie détaillée: « Un prêtre vrai, le Père André » (éditions de Chiré).
A Angers, les Servantes du Divin Crucifié ont également constitué un petit « musée », dans lequel sont réunis de précieux souvenirs permettant de découvrir de manière vivante et émouvante la grande figure de cet humble prêtre, vrai serviteur du Christ et de son Eglise.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Un texte du Père Michel André extrait de l’une de ses conférences spirituelles > ici

La sainte messe catholique - Mysterium Fidei

2007-24. De la Royauté du Christ à la gloire de Ses élus.

Dernier dimanche du mois d’octobre,
Fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi universel.

       Le dernier dimanche du mois d’octobre, la liturgie – dans son calendrier traditionnel auquel nous tenons d’une manière très spéciale – nous donne de fêter le Christ, Roi de l’univers.

   Il y avait une volonté explicite du Pape Pie XI dans le choix spécial de ce dimanche-là (et pas un autre), lorsqu’il institua cette fête, puisqu’il écrivait dans l’encyclique « Quas primas » du 11 décembre 1925 :

   «Plus que tout autre, le dernier dimanche d’octobre Nous a paru désigné pour cette solennité : il clôt à peu près le cycle de l’année liturgique ; de la sorte, les mystères de la vie de Jésus-Christ commémorés au cours de l’année trouveront dans la solennité du Christ-Roi comme leur achèvement et leur couronnement et, avant de célébrer la gloire de tous les Saints, la liturgie proclamera et exaltera la gloire de Celui qui triomphe en tous les Saints et tous les élus ».

2007-24. De la Royauté du Christ à la gloire de Ses élus. dans Chronique de Lully christroi02

   La réforme liturgique issue du second concile du Vatican a opéré un double déplacement de cette fête :

a) un déplacement de date : du dernier dimanche d’octobre au dernier dimanche de l’année liturgique,

et

b) un déplacement de sens : de la proclamation d’une royauté qui doit être universelle dès ici-bas – par une obéissance de tous les hommes et de toutes les sociétés à la loi d’amour et de sainteté du Christ, non seulement dans le domaine privé des consciences mais aussi dans le domaine public -, à une dimension uniquement eschatologique, c’est-à-dire une royauté qui ne s’exercera plus que dans le Royaume éternel, après le jugement dernier.

   Ce changement de perspective correspondait à un abandon pur et simple de la doctrine de la Royauté Sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

   Cette mutation du sens donné à cette fête allait de pair, sous le règne de Paul VI, avec une véritable rupture dans la pratique multiséculaire du Saint-Siège cherchant à favoriser la reconnaissance, la garantie et l’institutionalisation, dans la sphère politique et sociale, des devoirs et des droits humains en pleine conformité avec la Loi divine.

   On le sait bien, et Pie XII l’avait rappelé à plusieurs reprises de manière magistrale, la forme prise par la société temporelle, dans ses structures politiques et sociales, est véritablement déterminante pour le salut ou la perte de nombreuses âmes.
L’enjeu du salut éternel des âmes fait à l’Eglise une obligation d’intervenir
dans l’ordre temporel (sans confusion des pouvoirs toutefois), et de favoriser les structures sociétales qui sont le plus idoines à l’épanouissement de la sainteté. L’Eglise obéit en cela à la parole de Saint Paul : « Oportet illum regnare : il faut qu’Il règne ! »

   En plaçant la fête du Christ-Roi au dimanche précédant immédiatement la Toussaint, Pie XI rappelait que la Royauté Sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ s’épanouit logiquement en fruits de sanctification et prépare heureusement les âmes à la gloire céleste.
Tandis que la proclamation d’une royauté seulement eschatologique, à la fin des temps, allant de pair avec l’abandon des « revendications » traditionnelles de l’Eglise dans ses relations avec les états (par une sorte de « rousseauisme spirituel »), ne pouvait qu’entraîner une accélération du laïcisme, de l’indifférentisme, du relativisme… etc., ne pouvait que favoriser le développement de la propagation de doctrines contraires ou même foncièrement opposées à la Vérité révélée, ne pouvait être que très dangereux et dommageable pour les âmes, davantage exposées à l’erreur et aux multiples tentations du monde.

   On a bien vu que le virage consécutif à la fameuse « ouverture au monde » en laquelle on a prétendu résumer « l’esprit du concile », loin de favoriser le développement de la vie chrétienne a tout au contraire produit un déficit considérable pour ce qui est de la pratique religieuse, de la vie spirituelle des fidèles, de leur formation intellectuelle, de l’efficience des mouvements d’apostolat, du recrutement des vocations… etc.

   « Toute âme qui s’élève élève le monde » !
Et pour qu’une âme s’élève, il faut autant que possible favoriser des conditions propices à une élévation morale, intellectuelle, psychologique et spirituelle. Il faut que les cadres temporels eux-mêmes soient favorables à cette élévation.

   N’importe quel jardinier intelligent sait qu’on ne peut permettre à une plante de croître et de s’épanouir dans un terrain inapproprié et dans des conditions d’ensoleillement et d’irrigation inadaptées à sa nature.
Ce qu’un jardinier pratique obligatoirement et comme par instinct, sous peine d’accumuler les échecs, pourquoi les conducteurs spirituels du « Peuple de Dieu » l’ont-ils oublié et nié dans les faits ? Pourquoi se sont-ils comportés comme des jardiniers qui auraient détruit leurs serres et leurs systèmes d’arrosage en disant : « Ces structures sont d’un autre âge, il faut que les plantes soient responsables d’elles-mêmes et sachent mettre à profit les conditions, même défavorables, dans lesquelles elles se trouvent, afin de parvenir à leur état adulte libérées des structures étrangères à leur nature… »

   Celui que se lamente parce que « les fumées de Satan se sont introduites dans le sanctuaire » alors qu’il a lui-même contribué à ouvrir les fissures par lesquelles ces fumées se sont infiltrées manifeste – pour le moins – un singulier déficit de lucidité et de responsabilité !

   En fêtant, ensuite, tous les Saints, c’est-à-dire tous ceux qui sont parvenus à la gloire céleste – et souvent à travers des combats héroïques contre l’esprit du monde – nous n’omettrons pas de leur demander la grâce de nous donner à nous qui peinons, « gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes », la force et le courage de travailler énergiquement au rétablissement du règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ, générateur de sainteté.
Et pour que le règne du Christ s’épanouisse dans la société, il faut travailler à ce que l’idée même triomphe des erreurs du temps dans l’intelligence et dans le coeur de nos contemporains, clercs et laïcs !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

couronneroifrance Christ-Roi dans Commentaires d'actualité & humeurs

Acte de consécration du genre humain au Sacré-Coeur du Christ-Roi prescrit pour cette fête (et assorti du don d’une indulgence plénière) > ici.

2007-14. « Dies mali sunt ».

20ème dimanche après la Pentecôte.

nuages noirs

   « Les jours sont mauvais : Dies mali sunt » (Eph.V,16).
Trois petits mots qui m’ont frappé en écoutant la lecture de l’épître de la Sainte Messe de ce vingtième dimanche après la Pentecôte.
Pourquoi l’Apôtre fait-il cette remarque ?

   Parce qu’il invite avec insistance ses lecteurs à faire preuve d’une très grande circonspection et à ne pas agir en insensés : « non quasi insipientes, sed ut sapientes » : « Ayez soin, mes frères de vous conduire avec une grande prudence, non comme des imprudents mais comme des sages » (Eph.V,15-16). Ajoutant aussitôt : « Redimentes tempus quoniam dies mali sunt. Rachetant le temps parce les jours sont mauvais ».

   Les auditeurs de la Parole inspirée, en raison même de la malice inhérente au monde dans lequel ils vivent (1), sont exposés à de redoutables dangers. Des dangers plus redoutables que les malheurs et les souffrances physiques : le péril dans lequel les place la tentation ; le péril de la séparation d’avec Dieu pour toujours, c’est-à-dire de la damnation éternelle !

   Cette exposition continue aux attaques des « esprits de malice répandus dans les airs » (Eph.VI,12) constitue une véritable pollution spirituelle de l’environnement humain : de la même manière qu’un air infesté peut contaminer ceux qui le respirent, la malice des jours qui sont les nôtres peut nous affaiblir, miner la santé de nos âmes, ruiner la vigueur de nos esprits, frapper nos cœurs de mortelle langueur.

   Celui qui sait qu’une épidémie d’influenza ou de choléra sévit dans la région où il se trouve prend tout naturellement des mesures de protection et d’hygiène pour échapper à la contagion. Il serait pour le moins insensé d’agir de façon contraire !

   Et celui qui sait que l’air qu’il est exposé à respirer peut être saturé de microbes pernicieux, n’hésite pas à utiliser des moyens sanitaires pour purifier et assainir l’air des pièces où il vit.

   Saint Paul nous rappelle aujourd’hui avec beaucoup d’à-propos qu’il en est de même pour ce qui concerne la santé de l’âme.

   Ainsi donc, puisque les jours de notre existence terrestre nous exposent au danger de la contagion du mal, nous devons « racheter le temps » c’est-à-dire appliquer au cadre spatio-temporel de notre existence les grâces de la rédemption que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a obtenues par Sa douloureuse Passion.

   Dans sa sagesse inspirée, nourrie par des siècles d’expérience, la Sainte Eglise notre Mère a institué des sacramentaux qui sont une aide et une protection efficaces dans le combat que nous menons.
Les sacramentaux sont des secours spirituels, dont un très grand nombre sont liés aux inspirations ou à l’expérience des Saints. Dans ces sacramentaux, la puissance de la prière et des bénédictions de la Sainte Eglise attache à certains gestes et à certains objets matériels eux-mêmes une efficacité de grâce et de bienfaits surnaturels.
Il ne s’agit nullement de magie ou de superstition. L’efficacité des sacramentaux est conditionnée à l’exercice d’une authentique foi théologale dans un but de sanctification.

   Le rituel traditionnel de la Sainte Eglise Romaine a réuni une somme extraordinaire de bénédictions : bénédictions d’objets (de piété certes, mais pas uniquement), bénédiction pour l’eau (qui devient eau bénite) bien évidemment.
Mais trop de fidèles ignorent, et beaucoup de prêtres eux-mêmes semblent ignorer – ou du moins donnent l’impression d’ignorer (parce qu’ils n’y recourent pas ou pas assez) -, qu’il y a des bénédictions particulières liées à certaines fêtes liturgiques, ou bien à certaines circonstances de la vie « ordinaire » (comme peuvent l’être par exemple des menaces d’ordre météorologique, comme la grêle ou les tempêtes), qui concernent les lieux (maisons, étables, jardins, champs, pièces ou locaux affectés à une activité particulière), mais aussi encore les aliments, les vêtements, les instruments de travail, les remèdes et médicaments, les moyens de locomotion …etc.

   Pourquoi le rituel est-il donc si peu exploité, si peu mis à profit ?
Pourquoi ce moyen si simple de « racheter le temps » et de contrer la malice des jours dans lesquels nous vivons est-il si méconnu et par suite si limité dans son usage habituel ?
Sans vouloir porter de jugement, il semble cependant qu’on puisse répondre sans hésitation que c’est parce que l’esprit surnaturel, l’esprit de foi, est aujourd’hui profondément affaibli.

   Le modernisme sourit avec commisération des sacramentaux ; le progressisme les tourne en dérision, les supprime ou les dénature.
Combien de prêtres « conciliaires » qui, dans les paroisses, ne bénissent pas d’eau : pour eux l’eau qu’ils utilisent par exemple pour ce qui a remplacé l’absoute aux cérémonies de funérailles n’est plus qu’un symbole, n’a qu’une valeur symbolique : c’est la simple eau du robinet sur laquelle ils n’ont prononcé aucune formule de bénédiction qui se trouve dans les bénitiers et dont les fidèles aspergent le cercueil du défunt !
J’aurais des centaines de cas précis à l’appui de ce que j’affirme, mais je ne veux pas me lancer ici dans une énumération d’exemples car il y en a malheureusement beaucoup trop à déplorer et cela ne ferait que nourrir de l’amertume ou de la colère.

   Je me contenterai de relever que le « Livre des bénédictions » publié dans le contexte des réformes liturgiques consécutives au second concile du Vatican marque une régression théologique considérable, avec un alignement sur des conceptions directement inspirées par le protestantisme libéral, en contradiction avec des siècles de théologie et de pratique catholiques, en contradiction en particulier avec l’enseignement du concile de Trente. En effet ce pseudo-rituel dans une majorité de « prières de bénédiction » qu’il propose, ne bénit pas ni ne sanctifie pas les objets qui sont présentés, mais se contente d’appeler de ses vœux la faveur divine sur les personnes qui en feront usage. Arguant du fait que, étymologiquement, « benedicere » signifie « dire du bien », un très grand nombre de ces pseudo-bénédictions disent du bien de la pratique à laquelle, par exemple, tel ou tel objet servira sans que l’objet lui-même soit désormais sanctifié de manière pérenne, et sans lui attacher une grâce particulière.

   Nous sommes donc attentifs à conserver l’antique rituel pour l’administration non seulement des sacrements, mais aussi pour tous les sacramentaux, en pleine continuité avec l’usage multiséculaire. Ce rituel est tout entier marqué par l’empreinte d’une authentique théologie catholique, et il garde en sa faveur la prudence surnaturelle et la sage expérience des saints, de manière à ce que, suivant leurs pas, nous agissions « ut sapientes, non quasi insipientes : non comme des imprudents mais comme des sages » (Eph.V,15-16) !

 frise

(1) « Parce que la création a été assujettie à la vanité, non parce qu’elle l’a voulue mais à cause de celui qui l’y a soumise… » (Rom. VIII,20) et aussi : « Mundus totus in maligno positus est : le monde tout entier est sous l’empire du Malin » (1 Joan.V,19).

rituel

2007-12. Joseph et Chico.

Ce 10 octobre 2007.

       Après vous avoir parlé du pèlerinage de notre Frère à Rome, je dois maintenant vous entretenir d’un évènement littéraire qui est directement en rapport avec notre Saint-Père le Pape Benoît XVI et qui a beaucoup d’importance à mes yeux :

   En effet ces jours-ci, en Italie, les éditions du « Messager de Saint Antoine » publient une biographie du Souverain Pontife, abondamment illustrée.
Jusqu’ici rien d’extraordinaire, me direz-vous.
Mais ce qui est justement un évènement, c’est que le narrateur de cette histoire est l’un de mes congénères : Chico, le chat de la ferme de Pentling.

   Chico est un gros matou au pelage roux, âgé de neuf ans, qui vit dans la ferme voisine de la maison que le cardinal Joseph Ratzinger avait achetée pour y finir paisiblement ses jours…
Quand il y venait en vacances, Chico désertait la ferme pour s’installer chez lui, jour et nuit. Je ne crois pas trahir un secret en vous confiant qu’il a même griffé le cardinal un jour de Noël! C’est vous dire qu’il connaît bien celui qui est maintenant le Pape, et qu’il peut en parler avec autant de justesse que de précision.
N’oubliez pas que nous, les chats, nous sommes des observateurs de première classe, en même temps que nous sommes des confidents appréciés!

   Chico avait tout de suite vu que ce cardinal, occupant un poste important à la Curie romaine, était un ami des chats. Savez-vous comment?
Tout simplement parce qu’il avait fait installer dans son jardin… une statue de chat! Vous pensez bien que s’il se fut agi d’une statue de chien, Chico ne se serait pas aventuré du côté de cette maison!

   Peu après le cardinal lui a d’ailleurs confié qu’il avait à Rome deux chats magnifiques.
Je sais que la presse « pipeul », au moment de son élection, s’est interrogée pour savoir si le nouveau Pontife pourrait emmener ses chats dans le Palais Apostolique du Vatican, allant ressortir de vieilles légendes superstitieuses selon lesquelles nous serions des symboles de la présence du démon… Ce qui est insensé et outrageant!

  Mais Benoît XVI fait fi de ce genre de ragots et les deux chats, désormais parés du titre de « pontificaux » l’ont bel et bien accompagné, et ils sont même les seuls à avoir le droit de le déranger quand il travaille ou quand il joue du piano…
Il y a des « monsignori » qui en étouffent de jalousie!

Chat pianiste

   Bref, Chico le chat bavarois est un véritable ami du Pape.
Aidé de la journaliste Jeanne Perego et de la dessinatrice Donata del Molin Casagrande, il fait en 44 pages un récit passionnant et teinté d’humour de la vie du Pape, depuis cette nuit très froide du 16 avril 1927 où naquit le petit Joseph Aloïs Ratzinger, en passant par les années d’études, celles de la guerre et de la captivité, l’ordination sacerdotale et la période professorale, jusqu’à l’élection au Souverain Pontificat…

   Ici, il faut que je vous révèle une chose qui a mis un peu de tristesse au coeur de Chico : il n’a pas revu son grand ami depuis cette élection.
Il y a quelques mois, en septembre 2006, le Souverain Pontife est bien revenu à Pentling, lors de son voyage apostolique en Bavière, mais Chico a été tellement effrayé par le cortège pontifical et le remue ménage des journalistes qu’il s’est enfui à toutes jambes et qu’il s’est caché.
Il aurait pourtant tellement aimé recevoir encore les caresses de son grand ami Joseph !

   Le livre de Chico est préfacé par le secrétaire particulier du Saint Père, Monseigneur Georg Gänswein, c’est vous dire si on peut lui faire confiance pour mieux connaître ce Pape véritablement exceptionnel, puisqu’il est un grand ami des minous !

Lully.

2007-12. Joseph et Chico. dans Annonces & Nouvelles 031007gato

2007-6. Où il est question de ce qu’écrivait, en 1998, le Cardinal Joseph Ratzinger à propos de la réforme liturgique et de quelques réflexions présentes.

   Parce que les questions relatives à la Sainte Messe latine traditionnelle et au nouvel  »ordo missae » – fortement (et à juste titre) contesté -, reviennent constamment sur le tapis, j’ai voulu aller rechercher pour vous ce que le futur Benoît XVI, alors Cardinal Joseph Ratzinger, a écrit au sujet de la réforme liturgique de 1969-1970 dans « Ma vie, souvenirs » (Fayard, 1998 – aux pages 132 à 135) :

   « Le deuxième grand événement au début de mes années à Ratisbonne fut la publication du missel de Paul VI, assortie de l’interdiction quasi totale du missel traditionnel, après une phase de transition de six mois seulement.

(…) J’étais consterné de l’interdiction de l’ancien missel, car cela ne s’était jamais vu dans toute l’histoire de la liturgie. Bien sûr, on fit croire que c’était tout à fait normal. Le missel précédent avait été conçu par Pie V en 1570 à la suite du concile de Trente. Il était donc normal qu’après quatre cents ans et un nouveau concile, un nouveau pape présente un nouveau missel. Mais la vérité historique est tout autre : Pie V s’était contenté de réviser le missel romain en usage à l’époque, comme cela se fait normalement dans une histoire qui évolue. Aussi nombreux furent ses successeurs à réviser ce missel, sans opposer un missel à un autre. Il s’agissait d’un processus continu de croissance et d’épurement, sans rupture. Pie V n’a jamais créé de missel. Il n’a fait que réviser le missel, phase d’une longue évolution. La nouveauté, après le concile de Trente, était d’un autre ordre : l’irruption de la Réforme s’était accomplie essentiellement à la manière des « réformes liturgiques ». Il n’y avait pas simplement une Eglise catholique et une Eglise protestante côte à côte ; le clivage de l’Eglise se produisit presque imperceptiblement, et de la façon la plus visible comme historiquement la plus efficiente, par la transformation de la liturgie, qui prit des formes très différentes selon les lieux ; de sorte que souvent on ne distinguait pas la frontière entre ce qui était « encore catholique » et ce qui n’était « plus catholique ». Dans cette confusion, devenue possible par manque de législation liturgique uniforme et par l’existence d’un pluralisme liturgique datant du Moyen-Age, le pape décida d’introduire le Missale Romanum, livre de messe de la ville de Rome, comme indubitablement catholique, partout où l’on ne pouvait se référer à des liturgies remontant à au moins deux cents ans. Dans le cas contraire, on pourrait en rester à la liturgie en vigueur, car son caractère catholique pourrait alors être considéré comme assuré. Il ne pouvait donc être question d’interdire un missel traditionnel juridiquement valable jusqu’alors.
Le décret d’interdiction de ce missel, qui n’avait cessé d’évoluer au cours des siècles depuis les sacramentaires de l’Eglise de toujours, a opéré une rupture dans l’histoire liturgique, dont les conséquences ne pouvaient qu’être tragiques. Une révision du missel, comme il y en avait souvent eu, pouvait être plus radicale cette fois-ci, surtout en raison de l’introduction des langues nationales ; et elle avait été mise en place à bon escient par le concile.

   Toutefois, les choses allèrent plus loin que prévu : on démolit le vieil édifice pour en construire un autre, certes en utilisant largement le matériau et les plans de l’ancienne construction. Nul doute que ce nouveau missel apportait une véritable amélioration et un réel enrichissement sur beaucoup de points ; mais de l’avoir opposé en tant que construction nouvelle à l’histoire telle qu’elle s’était développée, d’avoir interdit cette dernière, faisant ainsi passer la liturgie non plus comme un organisme vivant, mais comme le produit de travaux érudits et de compétences juridiques : voilà ce qui nous a porté un énorme préjudice. Car on eut alors l’impression que la liturgie était « fabriquée », sans rien de préétabli, et dépendait de notre décision. Il est donc logique que l’on ne reconnaisse pas les spécialistes ou une instance centrale comme seuls habilités à décider, mais que chaque « communauté » finisse par se donner à elle-même sa propre liturgie.
Or, lorsque la liturgie est notre oeuvre à nous, elle ne nous offre plus ce qu’elle devrait précisément nous donner : la rencontre avec le mystère, qui n’est pas notre « œuvre », mais notre origine et la source de notre vie.
Un renouvellement de la conscience liturgique, une réconciliation liturgique qui reconnaîtrait l’unité de l’histoire liturgique, et verrait en Vatican II non une rupture mais une étape, est d’une nécessité urgente pour l’Eglise. Je suis convaincu que la crise de l’Eglise que nous vivons aujourd’hui repose largement sur la désintégration de la liturgie qui est même parfois conçue de telle manière – etsi Deus non daretur - que son propos n’est plus du tout de signifier que Dieu existe, qu’Il s’adresse à nous et nous écoute. Mais si la liturgie ne laisse plus apparaître une communauté de foi, l’unité universelle de l’Eglise et de son histoire, le mystère du Christ vivant, où l’Eglise manifeste-t-elle donc encore sa nature spirituelle ? Alors la communauté ne fait que se célébrer elle-même. Et cela n’en vaut pas la peine. Et parce qu’il n’existe pas de communauté en soi, mais qu’elle jaillit toujours et seulement du Seigneur lui-même, par la foi, comme unité, la désagrégation en toutes sortes de querelles de clochers, les oppositions partisanes dans une Eglise qui se déchire deviennent ainsi inéluctables. C’est pourquoi nous avons besoin d’un nouveau mouvement liturgique, qui donne le jour au véritable héritage du concile Vatican II. »

   Comme j’ai été très attentif aux commentaires et aux explications du texte du motu proprio « Summorum Pontificum cura », publié le 7 juillet 2007 par notre Saint-Père le Pape, je ne peux m’empêcher de penser que, maintenant qu’il a accédé au Souverain Pontificat sous le nom de Benoît XVI, Joseph Ratzinger veut mettre en œuvre ce nouveau mouvement liturgique qu’il appelait alors de ses vœux afin d’enrayer la désagrégation et la crise qu’il dénonçait avec lucidité.

   L’affirmation catégorique de ce motu proprio selon laquelle – contrairement à certaines paroles péremptoires de Paul VI, qui semblent désormais pudiquement « oubliées » – le missel traditionnel n’a jamais été aboli ni interdit, s’inscrit dans ce processus, déjà amorcé par le discours prononcé en décembre 2005 devant la Curie, qui tend en quelque sorte à renouer les fils rompus, à restaurer une continuité mise à mal par un concile ambigu et sa mise en oeuvre véritablement catastrophique…
Nous devons donc penser que pour Benoît XVI il ne s’agit pas seulement de permettre aux fidèles attachés à la « forme antérieure du rite romain », jusqu’ici tenus en suspicion et marginalisés malgré les dispositions prises par Jean Paul II, de retrouver un usage « normal » et pleinement légitimé du missel publié avant le second concile du Vatican, conformément à la pratique séculaire qui admettait la coexistence de plusieurs rites particuliers à l’intérieur du rite romain, mais bien de poser les fondements de cette « réforme de la réforme » dont il a plusieurs fois parlé.
Comment cela se fera-t-il ?
Au bout de ce processus de réforme y aura-t-il encore deux missels présentés comme deux formes – l’une ordinaire et l’autre extraordinaire – d’un même rite ? ou bien y aura-t-il une sorte de « troisième missel » qui ferait une sorte de « mix » avec des éléments, pris dans le missel de 1962 et dans celui de 1970, et qui serait appelé à les supplanter progressivement l’un et l’autre (quod optandum non mihi videtur) ? ou bien arriverons-nous à une véritable restauration du missel romain traditionnel, enrichi et amélioré en conformité avec le processus de croissance organique qui a toujours été, et à une telle correction du missel de Paul VI qu’il rentrera sagement – tel l’enfant prodigue à la maison paternelle après nombre de scabreuses aventures ! – dans le giron sûr et fécond de la liturgie pérenne de l’Eglise catholique, c’est-à-dire universelle, d’une universalité qui n’est pas seulement géographique mais aussi temporelle, affranchie des contingences des modes et des théories d’une période particulière ?
Vous le devinez, mon cœur incline à voir la réalisation de cette dernière solution.

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