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2016-15. Dix conseils pour survivre à un pape calamiteux et continuer à être catholique.

L’article dont je vais publier un important extrait ci-dessous a été découvert par notre amie Béatrice sur un blogue hispanophone nommé « Con mi lupa » (c’est à dire : « avec ma loupe »), blogue qui scrute l’actualité et la commente, souvent de manière anticonformiste. Il a pour auteur un universitaire, Francisco José Soler Gil, né en 1969, qui a suivi des études de physique et de philosophie et qui, après la publication d’un livre sur la mythologie matérialiste construite aujourd’hui autour de la science, est considéré comme un « philosophe de la science ». 
Ceux qui lisent l’espagnol pourront, s’ils le désirent, se reporter au texte original ici
Pour moi, qui ne suis pas hispanisant, c’est grâce à la traduction française publiée par Béatrice le 29 octobre 2014, sur son toujours excellent site « Benoit et moi », que j’en ai pris connaissance.
J’avais alors particulièrement apprécié la teneur de cet article, et je l’avais « gardé sous le coude » en vue d’une publication ultérieure. Les réflexions que j’ai publiées précédemment (cf. > ici) à l’occasion de la fête de la Chaire de Saint Pierre, ont leur continuité logique dans la partie la plus essentielle de cet article qui est celle que j’ai retranscrite ci-dessous.

Nous remercions chaleureusement Béatrice qui a osé cette publication en langue française et qui nous autorise si aimablement à reprendre les publications de « Benoît et moi » dans ce blogue, ainsi qu’à son amie Carlota qui a assuré la traduction de ce texte.

François Boucher-St Pierre tentant de marcher sur les eaux-1766

Saint Pierre s’enfonçant dans les eaux du lac de Tibériade
(François Boucher – 1766)

Dix conseils pour survivre à un pape calamiteux
et continuer à être catholique :

* * *

« (…) La question est : alors que peut-on faire en des temps de Pape calamiteux ? Quelle attitude convient-il d’adopter en de tels temps ? Eh bien, puisque dernièrement sont devenues à la mode les listes de conseil pour le bonheur, pour contrôler son cholestérol, pour être plus positifs, pour cesser de fumer et pour maigrir, je vais me permettre, moi aussi, de proposer au lecteur, une série de conseils, pour survivre à un Pape calamiteux sans cesser de rester catholique. Pas question de dire non plus qu’il s’agit d’une liste exhaustive. Mais elle peut être utile, de toute façon.

Commençons donc :

1 – Garder son calme :
Au moment d’un naufrage, la tendance à l’hystérie est très humaine, mais n’aide pas à résoudre la moindre chose. Donc du calme. Ce n’est en effet que dans le calme que doivent se prendre des décisions convenant à chaque cas, et éviter de dire et de faire des choses que l’on aura par la suite à regretter.

2 – Lire de bons livres d’histoire sur l’Église et la papauté :
Habitués à une suite de grands Papes, le vécu d’un pontificat calamiteux peut se révéler traumatisant, si l’on n’arrive pas à le replacer dans son contexte. Lire de bons traités d’histoire de l’Église et d’histoire de la papauté aide à mieux donner sa valeur à la situation présente. Surtout parce que dans ces livres nous sont montrés d’autres cas, nombreux, par malheur ou parce que la nature humaine est ainsi, où les eaux des fontaines, à Rome, ont coulé bien troubles. L’Église souffre de faiblesses de ce genre, mais ne coule pas à cause d’elles. C’est arrivé ainsi dans le passé, et c’est ainsi que nous pouvons nous attendre à ce que cela arrive aussi dans le présent et dans l’avenir.

3 – Ne pas céder aux discours apocalyptiques :
En endurant les malheurs d’un pontificat calamiteux, certains les prennent comme des indices de l’imminence de la fin des temps. C’est une idée qui jaillit dans de telles circonstances : des textes apocalyptiques, motivés par des maux similaires, on peut les lire aussi chez les auteurs médiévaux. Mais précisément ce fait devrait nous servir d’avertissement. Cela n’a pas beaucoup de sens d’interpréter chaque orage comme si c’était déjà la dernière tribulation. La fin des temps arrivera quand elle devra arriver, et ce n’est pas à nous de vérifier le jour et l’heure. Ce qui nous revient, c’est de mener le combat de notre époque ; mais la vision globale revient à un Autre.

4 – Ne pas rester silencieux, ni regarder d’un autre côté :
Durant un pontificat calamiteux, le défaut opposé à celui d’adopter l’attitude du prophète de l’apocalypse consiste dans la minimisation des événements, le silence face aux abus, et de regarder d’un autre côté. Certains justifient cette attitude en ayant recours à l’image des bons fils qui recouvrent la nudité de Noé. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas moyen de remettre dans la bonne direction la route d’un navire si l’on ne dénonce qu’elle a dévié. D’ailleurs l’Écriture a pour cela un exemple qui correspond beaucoup plus au cas que celui de Noé : les durs mais justes et loyaux reproches de l’apôtre Paul au souverain pontife Pierre, quand ce dernier s’est laissé emporté par le regard des hommes. Cette scène des Actes des Apôtres est là pour que nous apprenions à distinguer la loyauté du silence complice. L’Église n’est pas un parti dans lequel le président doit recevoir toujours des applaudissements inconditionnels. Le Pape n’est pas le leader d’une secte mais un serviteur de l’Évangile et de l’Église ; un serviteur libre et humain, qui, en tant que tel, peut dans certaines occasions adopter des décisions ou des attitudes répréhensibles. Et les décisions et attitudes répréhensibles doivent être réprimées.

5 – Ne pas généraliser :
Le mauvais exemple (de lâcheté, de carriérisme, etc.) de quelques évêques ou cardinaux durant un pontificat calamiteux, ne doit pas nous amener à disqualifier d’une manière systématique les évêques, les cardinaux et le clergé dans son ensemble. Chacun d’entre eux est responsable de ses paroles et de ses actes ainsi que de ses omissions. Mais la structure hiérarchique de l’Église a été instituée par son Fondateur, et pour cela elle doit être respectée, malgré toutes les critiques. On ne doit pas non plus étendre la protestation à l’encontre d’un Pape calamiteux à tous ses faits et dires. Ne doivent être contestés que ceux pour lesquels la doctrine séculaire de l’Église est déviée, ou ceux où est marqué un changement de direction qui peut compromettre des aspects de la doctrine même. Et le jugement porté sur ces points ne doit pas s’appuyer sur des dires, des opinions ou des goûts particuliers : l’enseignement de l’Église est résumé dans son catéchisme. La réprobation doit porter sur les points où un Pape s’écarte du catéchisme. Pour les autres, non.

6 – Ne pas collaborer avec des initiatives à la plus grande gloire du souverain pontife calamiteux :
Si un Pape calamiteux demande de l’aide pour s’occuper de choses bonnes, il doit être écouté. Mais on ne doit pas seconder d’autres initiatives comme peuvent être, par exemple, des rencontres de foules qui servent à le montrer comme un souverain pontife populaire. Dans le cas d’un Pape calamiteux, les acclamations abondent. Donc soutenu par elles, il pourrait se sentir épaulé pour faire dévier encore plus la route du navire de l’Église. Cela ne vaut pas de dire, par conséquent, que l’on n’applaudit pas le souverain pontife, mais Pierre. En effet, le résultat est que cet applaudissement sera employé à ses fins, non en faveur de Pierre, mais du souverain pontife calamiteux.

7 – Ne pas suivre les instructions du Pape là où il y a déviation par rapport au legs de l’Église :
Si un Pape enseigne des doctrines ou essaie d’imposer des pratiques qui ne correspondent pas à l’enseignement pérenne de l’Église, dont la synthèse est le catéchisme, il ne doit pas être secondé et obéi dans son dessein. Cela veut dire, par exemple, que les prêtres et les évêques ont l’obligation d’insister sur la doctrine et la pratique traditionnelles, enracinées dans le dépôt de la foi, même au prix de s’exposer à des sanctions. De même les laïcs doivent insister en enseignant la doctrine et les pratiques traditionnelles dans leur domaine d’influence. En aucun cas, ni par obéissance aveugle, ni par peur des représailles, il n’est acceptable de contribuer à l’extension de l’hétérodoxie ou de l’hétéropraxis (ndt : doctrines ou pratiques non conformes).

8 – Ne pas soutenir économiquement des diocèses qui collaborent :
Si un Pape enseigne des doctrines ou essaie d’imposer des pratiques qui ne correspondent pas à l’enseignement pérenne de l’Église, dont la synthèse est le catéchisme, les pasteurs des diocèses devraient servir de mur d’arrêt. Mais l’histoire montre que les évêques ne réagissent pas toujours avec suffisamment d’énergie face à ces dangers. Plus encore, parfois ils secondent même, pour un quelconque motif, les desseins du souverain pontife calamiteux. Le chrétien laïc qui réside dans un diocèse régi par un pasteur qui est ainsi, doit retirer son soutien économique à son Eglise locale, tant que persiste la situation irrégulière. Évidemment, ce qui vient d’être exposé ne s’applique pas aux aides qui sont directement destinées à des fins caritatives, mais aux autres. Et cela vaut aussi pour tout autre type de collaboration, par exemple sous forme de volontariat ou de charge institutionnelle.

9 – Ne soutenir aucun schisme :
Face à un Pape calamiteux, peut surgir la tentation d’une rupture radicale. On doit résister à cette tentation. Un catholique a le devoir d’essayer de minimiser, au sein de l’Église, les effets négatifs d’un mauvais pontificat, mais sans briser l’Église ni rompre avec l’Église. Cela veut dire que si, par exemple, sa résistance à adopter des thèses déterminées ou des pratiques déterminées, fait tomber sur lui la peine d’excommunication, il ne doit pas pour cela encourager un nouveau schisme ou soutenir un de ceux déjà existant. Il faut en tant que catholique, rester patient, en toute circonstance.

10 – Prier :
La permanence et le salut de l’Église ne dépendent pas en dernière instance de nous, mais de Celui qui l’a voulue et l’a fondée pour notre bien. Dans les moments de naufrage, il faut prier, prier et encore prier, pour que le Maître se réveille et calme la tempête. Ce conseil a été mis en dernier, non pas parce qu’il est le moindre, mais au contraire le plus important de tous. Car, finalement, tout se réduit au fait que nous croyons vraiment que l’Église est soutenue par Dieu, qui l’aime et qui ne la laissera pas être détruite. Prions donc, pour la conversion des souverains pontifes néfastes, et pour qu’aux pontificats calamiteux succèdent des pontificats de restauration et de paix. Beaucoup de branches sèches auront été brisées durant l’orage mais celles qui seront restées unies au Christ, refleuriront. Plaise à Dieu que l’on puisse dire la même chose de nous ! »

Francisco José Soler Gil

François Boucher-St Pierre tentant de marcher sur les eaux-1766-détail

2016-14. Elles ne prévaudront pas, mais cela ne signifie pas qu’elles ne feront pas tout pour l’emporter et qu’elles ne remporteront pas certaines batailles.

Clefs de St Pierre

Et portae inferi non praevalebunt adversus eam.
Et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle.

(Matth. XVI. 18)

Lundi 22 février 2016 ;
Fête de la Chaire de Saint Pierre à Antioche ;
Mémoire de Sainte Marguerite de Cortone.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A l’occasion de cette fête de la Chaire de Saint Pierre, je voudrais partager avec vous quelques réflexions qui me tiennent particulièrement à coeur, sur lesquelles je médite depuis fort longtemps, et que j’estime désormais assez mûres pour vous les livrer.

Comme l’a fort bien exprimé S. Exc. Mgr. Athanasius Schneider il y a quelques semaines dans un entretien que, une fois de plus, l’excellent site « Benoit et moi » de notre amie Béatrice a eu le mérite de rendre accessible aux lecteurs francophones (cf. > ici), beaucoup de catholiques d’aujourd’hui ont hérité d’une espèce de mentalité « papolâtrique » qui n’a rien à voir avec la véritable et saine compréhension de ce qu’est le magistère du pape, ni avec la juste obéissance et la filiale révérence dues au Souverain Pontife.
Monseigneur Schneider s’exprimait ainsi :
« Si un Pape disait à l’Eglise entière de faire quelque chose qui endommage directement une vérité divine immuable ou un commandement divin, tout catholique aurait le droit de le corriger, dans une forme dûment respectueuse, mu par la révérence et l’amour pour l’office sacré, et la personne du Pape. L’Église n’est pas une propriété privée du Pape (…). Le Pape n’est que le Vicaire, pas le successeur du Christ (…). Je crois qu’à une époque où une grande partie des détenteurs de l’office du Magistère sont négligents dans leur devoir sacré, l’Esprit-Saint appelle aujourd’hui, en particulier les fidèles, à intervenir et à défendre courageusement la foi catholique, avec un authentique « sentire cum ecclesia »… »

St Pierre -détail d'un vitrail de C.E. Kempé - église St-Jacques Hunstanworth, comté de Durham

L’Apôtre Saint Pierre – détail d’un vitrail de C.E. Kempe (1837-1907)
dans l’église Saint Jacques de Hunstanworth, comté de Durham – Angleterre.

L’objection habituelle que l’on s’attire dès que l’on émet quelques réserves en face de certains comportements ou déclarations d’un pape est bien souvent du type de celle-ci : « Mais le Pape a été désigné par le Saint-Esprit ! »

Ainsi donc, à partir du moment où le Pape serait désigné par le Saint-Esprit, tout ce qu’il ferait et dirait, en toutes circonstances, se trouverait marqué d’un sceau d’absolue infaillibilité ?
C’est ce que semblent croire les « papolâtres ».
Et ce n’est pourtant pas ce à quoi la foi catholique nous demande d’adhérer.
Ces catholiques ignorants – car de telles affirmations procèdent bien de l’ignorance – feraient bien d’approfondir d’une part leur catéchisme, mais d’autre part aussi l’histoire de l’Eglise.

L’histoire objective (je ne me réfère évidemment pas à des récits calomnieux) ne manque pas de papes – de vrais papes qui, selon la foi catholique, bénéficiaient donc d’une assistance spéciale du Saint-Esprit et du privilège de l’infaillibilité – dont les déclarations ou les actes ont manqué tantôt de prudence, tantôt de la plus élémentaire vertu (qu’on pense à ces papes authentiques – car ce ne sont pas des antipapes – du temps de la « pornocratie pontificale », au Xe siècle), tantôt même d’orthodoxie dans leur enseignement ordinaire (je donnerai pour seul exemple le pape Jean XXII qui soutint, en chaire, que les âmes des justes ne bénéficieraient de la vision divine qu’après le jugement dernier ; mais Jean XXII, qui par ailleurs a aussi posé des actes parfaitement conformes à l’orthodoxie, n’est pas le seul à avoir « frôlé » l’hérésie) !

L’ « infaillibilité pontificale » – dogme auquel, comme catholique, j’adhère pleinement – ne couvre en aucune manière des faits ou des propos qui ne sont que l’expression d’une pensée personnelle (même dans des questions religieuses) ; et l’assistance du Saint-Esprit promise aux successeurs de Pierre ne concerne en aucune manière la promulgation de doctrines nouvelles ou des innovations contraires à la Tradition des Pères, mais elle s’exerce pour que les papes puissent garder inébranlablement, enseigner fidèlement, et défendre sans faiblir la Révélation confiée aux Apôtres (ce que l’on appelle le dépôt de la foi).

Ce n’est pas parce qu’un homme est pape, et qu’il reçoit de Dieu des grâces exceptionnelles – je n’en doute pas – , qu’il n’y a plus en lui aucune possibilité d’errer.
Un pape garde ses facultés humaines. Un pape garde sa liberté humaine. Et un pape peut très bien – comme vous et moi – mésuser de sa liberté, ne pas correspondre aux grâces qui lui sont données par Dieu, et leur être infidèle.
Si, du côté de Dieu, la grâce est toujours donnée à l’homme en proportion des responsabilités qui lui sont confiées, du côté de l’homme il n’y a pas toujours la correspondance à la grâce, permettant à celle-ci d’être pleinement efficace.
Si depuis tant de siècles, dans les circonstances les plus graves, la Sainte Eglise, dans sa Tradition inspirée, nous fait demander : « Ut domum Apostolicum et omnes ecclesiasticos ordines in sancta religione conservare digneris, Te rogamus, audi nos ! Pour qu’il Vous plaise de conserver dans la sainte religion le Souverain Pontife et tous les ordres ecclésiastiques, nous Vous en supplions, écoutez nous ! » (litanies des saints), n’est-ce pas justement parce qu’il y a et qu’il y aura toujours un risque d’égarement, même au plus haut de sa hiérarchie ?
Ce n’est pas non plus pour rien que, aux âges de foi, dans ces fameuses et spectaculaires danses macabres ou grandes fresques du Jugement dernier, étaient représentés, au milieu de toutes les autres catégories de fidèles, des prélats et des papes, dans la farandole que les démons entraînent vers l’enfer…

Il n’y a donc rien d’irrévérencieux à rappeler que le pape n’est pas une espèce de marionnette sans caractère ni volonté propres, dont le Saint-Esprit tirerait les ficelles et qui ne ferait strictement que ce que le « divin marionnettiste » voudrait, et seulement comme il le voudrait.

- Alors, le Saint-Esprit n’intervient donc pas directement pour l’élection du pape ?
A cette question, un certain cardinal Ratzinger avait répondu (en 1997) : « Je ne dirais pas que c’est l’Esprit Saint qui choisit dans chaque cas le pape, étant donné qu’il y a trop de preuves qui vont à l’encontre de cela ; il y a trop de papes pour lesquels ce n’est pas du tout évident que c’est l’Esprit Saint qui les aurait choisis (…). Mais comme un bon éducateur, Il nous laisse un grand espace, une grande liberté, sans nous abandonner totalement. Le rôle du Saint-Esprit devrait être entendu dans un sens plus souple que le fait d’imposer le candidat pour lequel on doit voter. Probablement la seule assurance qu’Il nous donne est que cette affaire ne peut être totalement catastrophique…»

Pas « totalement catastrophique ».
L’expression utilisée par celui qui était alors préfet de l’ex-Saint-Office est des plus intéressantes.
Déjà au Ve siècle, Saint Vincent de Lérins avait écrit sans ambiguïté : « Certains papes le Seigneur les donne, d’autres Il les tolère, d’autres encore Il les inflige ».
Nous croyons fermement que Dieu conduit Son Eglise, qu’Il la garde, qu’Il la protège, qu’Il ne laissera pas les portes de l’enfer prévaloir contre elle.
Cela ne signifie pourtant pas qu’Il ne permet pas parfois à l’enfer et à la malice humaine de « marquer des points », voire d’avoir l’impression de remporter d’importantes batailles.

Celui qui conduit l’Eglise, qui la garde, qui la protège et qui ne laissera pas l’enfer prévaloir contre elle, est aussi Celui qui avait annoncé à de multiples endroits des Ecritures inspirées que le Messie serait victorieux, que Ses ennemis seraient mis comme un escabeau sous Ses pieds, qu’Il leur fracasserait les dents et anéantirait leur puissance. Et certes il en a bien été ainsi ; toutefois, au moment de Sa douloureuse Passion, les dits ennemis avaient le sentiment, sinon la certitude, que c’étaient eux les vainqueurs, tandis qu’aux yeux des Apôtres les Ecritures ne donnaient pas l’impression de s’accomplir !

Notre-Seigneur nous a bien prévenus : les disciples ne sont pas au-dessus du Maître. Et l’Eglise – composée des disciples de Jésus-Christ – n’est pas non plus au-dessus de Son divin Epoux.

Nous croyons fermement que les portes de l’enfer ne prévaudront pas et que l’Eglise sera victorieuse.
Mais cela ne signifie pas que les portes de l’enfer ne mèneront pas des assauts, qu’elles ne feront pas tout pour l’emporter, et que, ponctuellement, elles ne remporteront pas certaines batailles.

La foi confiante et sereine dans la victoire de l’Eglise ne dispense pas de rester lucide.
La foi confiante et sereine dans la victoire finale de l’Eglise, autorise justement à dire, lorsqu’un membre de la hiérarchie, profitant de sa position, s’autorise à diffuser des opinions purement personnelles – surtout si elles ne sont pas conformes à l’enseignement des Saintes Ecritures et de la Tradition – qu’un catholique n’est pas tenu de le suivre dans cette voie.
Agir autrement serait se comporter comme si les portes de l’enfer l’avaient définitivement emporté et qu’il n’y avait plus rien à faire.

Nous sommes aussi fermement convaincus – parce que c’est la grande leçon de la Croix – que Dieu peut triompher au moment même où Ses ennemis s’imaginent que ce sont eux qui sont les vainqueurs, et qu’Il peut faire contribuer à Sa victoire ce par quoi Ses ennemis pensaient avoir triomphé de Lui.
Nous avons la ferme confiance qu’à travers des voies mystérieuses qui échappent à nos logiques et manières de faire humaines, la divine Providence fait tout concourir au bien de ceux qui aiment Dieu« Scimus autem quoniam diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum ! » (Rom. VIII, 28) – et que, malgré les éclipses passagères et en dépit de toutes les apparences, « les portes de l’enfer ne prévaudront pas » (Matth. XVI, 18).

Qu’il puisse y avoir des papes calamiteux, l’histoire de l’Eglise est là pour nous le prouver : « contra factum non datur argumentum : contre un fait il n’existe pas d’argument », nous dit le vieil adage juridique.
Ces papes calamiteux ont passé ; l’Eglise, elle, malgré tout, est restée.

Qu’il puisse y avoir encore des papes calamiteux, il serait totalement présomptueux de le nier.
Nous estimerions-nous meilleurs chrétiens que ceux des siècles passés pour avoir l’outrecuidance de penser que, en nos temps « modernes et éclairés », les papes catastrophiques appartiendraient à un passé lointain et définitivement révolu ?

L’Eglise, malgré les crises, malgré les persécutions suscitées par ses ennemis, malgré les trahisons et les défections dans les rangs de ses fidèles, malgré les péchés de ses membres, depuis le bas jusqu’au plus haut de sa hiérarchie, se relève et marche ves la victoire finale, et c’est cela qui importe.
A côté de ses authentiques bons chrétiens et de ses saints, la Sainte Eglise de Dieu a eu et aura encore, et jusqu’à la fin des temps, de très lamentables pasteurs : des évêques et des papes médiocres, des évêques et des papes indignes, des évêques et des papes gravement pécheurs, des évêques et des papes calamiteux.
Mais, même s’ils font du mal – beaucoup de mal parfois – , nous ne cessons toutefois pas de croire et d’affirmer bien haut qu’aucun d’entre eux ne pourra arriver à détruire totalement l’Eglise.

Des évêques, des cardinaux, des papes peuvent, à certains moments, ternir – et de manière tout à fait scandaleuse – , le rayonnement divin de l’Eglise, obscurcir temporairement sa lumière de vérité et sembler la mettre à la remorque des tristes modes humaines : je ne nie pas que cela soit douloureux, très douloureux, pour les vrais fidèles témoins de ce triste spectacle, mais au-delà du scandale et de la souffrance demeure la certitude absolue que le mal ne l’emportera pas : non praevalebunt ! (Matth. XVI, 18).

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

à suivre :
« Dix conseils pour survivre à un pape calamiteux et continuer à être catholique » > ici

Clefs de St Pierre

2016-13. L’allocution consistoriale « Gravissimum » du 21 février 1906.

Samedi des Quatre-Temps de printemps 20 février 2016 ;
Anniversaire de l’exécution d’Andreas Hofer (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il semblerait que, en France, les catholiques sont désormais tellement habitués à la loi du 9 décembre 1905, dite loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, qu’ils n’en voient plus du tout la malice, ni la grave offense à Dieu et à Ses droits qu’elle représente.
De nos jours, il y a même des prêtres, des évêques et des cardinaux, qui invoquent cette loi inique, conçue dans les loges maçonniques en vue d’affaiblir l’Eglise, dans le but de revendiquer « une saine laïcité » ! Ils me font penser à des dindes qui manifesteraient contre toute modification du menu traditionnel de Noël.

A l’occasion de son cent-dixième anniversaire, j’ai donc résolu aujourd’hui de publier ci-dessous le texte complet de l’allocution consistoriale « Gravissimum » (21 février 1906) par laquelle le Pape Saint Pie X, dix jours après l’encyclique « Vehementer nos » (11 février 1906), a élévé de solennelles protestations contre la loi du 9 décembre 1905 : rien ne vous empêche, bien sûr, de vous plonger (ou replonger) dans le texte de l’encyclique (voir la note 2 en bas de page), mais le texte de l’allocution reproduit ci-dessous en constitue une sorte de résumé, plus facile à lire et à retenir.
On notera que c’est véritablement en vertu de son autorité apostolique que Saint Pie X s’est exprimé, ce qui signifie que cette condamnation requiert un assentiment entier de la part des fidèles de la Sainte Eglise.

Que Dieu nous fasse miséricorde, qu’Il aie pitié de la France, et qu’Il nous donne la grâce de travailler à sa conversion et à son relèvement !

Lully.

Avertissement : Les notes explicatives, tout comme la retranscription de certains passages en caractères gras, sont de notre fait.

Tiare et clefs de Saint Pierre

Saint Pie X

Allocution Gravissimum
prononcée au consistoire du 21 février 1906
par le Pape Saint Pie X.

Vénérables Frères,

Ayant à remplir un acte très grave de Notre charge apostolique, Nous vous avons aujourd’hui convoqués.

Nombreuses sont les amertumes et les injustices infligées chaque jour, dans cette tempête désastreuse, à l’Église et à Nous, qui, malgré notre indignité, la gouvernons comme vicaire de Jésus-Christ. Mais Nous souvenant néanmoins de la patience de ce même Jésus-Christ et confiant dans Ses promesses certaines, Nous Nous efforçons de supporter l’adversité avec mansuétude ; afin que, comme Lui, Nous marchions dans l’espérance de la gloire des fils de Dieu.
Mais l’offense infligée naguère (1) à l’Église et à Nous est si grave et si violente que Nous ne pouvons la passer sous silence, et, le voudrions-Nous, Nous ne pourrions la taire sans manquer à notre devoir.

Rappel du droit et des faits

Vous devinez, Vénérables Frères, que Nous voulons parler de cette loi absolument inique, ourdie pour la ruine du catholicisme, qui vient d’être promulguée en France en vue de la séparation de l’État d’avec l’Église.

Notre récente Encyclique adressée aux évêques, au clergé et au peuple français (2) a montré pleinement combien cette loi est odieuse et contraire aux droits de Dieu et de l’Église. Mais pour ne négliger en aucun point Notre charge apostolique, Nous Nous proposons de préciser et de confirmer solennellement, en votre présence auguste, ce que Nous avons dit.

En effet, pouvons-Nous ne pas réprouver cette loi, lorsque son titre même montre sa malice et la condamne ?
Il s’agit, Vénérables Frères, de séparer violemment l’État de l’Église. Donc, telle qu’elle est, elle tend au mépris du Dieu éternel et Très-Haut, puisqu’elle affirme qu’aucun culte ne Lui est dû par l’État. Or, Dieu n’est pas seulement le Seigneur et le Maître des hommes considérés individuellement, mais Il L’est aussi des nations et des États ; il faut donc que ces nations et ceux qui les gouvernent Le reconnaissent, Le respectent et Le vénèrent publiquement.

Si l’oubli de ce devoir et ce divorce sont partout injurieux pour la majesté divine, ils sont en France une ingratitude plus grande et un malheur plus funeste.

Car si l’on considère en toute vérité l’ancienne gloire de la France, on reconnaîtra qu’elle lui vient en majeure partie, et de beaucoup, de la religion et de l’union constante avec le Saint-Siège, qui en découlait. De plus, cette union de l’Église et de l’État était sanctionnée en France par un pacte solennel (3).

Or, ce qui ne se ferait pour aucun État, si petit qu’il fût, on l’a fait pour le Siège apostolique, dont l’autorité et l’importance sont si grandes dans le monde.

En effet, au mépris de tout devoir d’urbanité, contrairement au droit des gens et aux règles des États, ce pacte, si solennel et si légitime, a été déchiré sans aucune déclaration préalable de la volonté de le rompre, par le fait d’une des parties seulement, sans égard à la foi jurée.

Et maintenant, si nous examinons la teneur même de la loi, qui ne voit que le fait de sa proposition détruit la constitution même par laquelle Jésus-Christ a façonné l’Église qu’Il a acquise par Son sang ?

Ainsi, on n’y trouve aucune mention du Pontife Romain ni des évêques. Au contraire, toute l’administration et toute la surveillance du culte public sont remises à des associations de citoyens (4) auxquelles seules, dans tout le domaine religieux, la république reconnaît des droits civils. Et si quelque contestation s’élève entre elles, ce n’est pas par les évêques ni par Nous que le litige sera jugé et tranché, mais par le Conseil d’État.

Après l’adoption de cette loi, ce qu’il faut penser, Vénérables Frères, de la liberté de l’Église, Nous l’avons exposé plus amplement dans la Lettre Encyclique rappelée plus haut (2).

Mais ici Nous dirons en résumé que, d’un côté, les évêques ne peuvent plus régir le peuple chrétien dans la pleine souveraineté de leur charge, de l’autre, on enlève au peuple chrétien le droit très sacré de professer librement sa religion ; enfin, l’action de l’Église sur la société est affaiblie sur de nombreux points ou tout fait entravée.

Or, cette violation des droits et cette diminution de liberté s’aggravent encore de ce fait que l’Église, par le seul pouvoir de la loi, au mépris de la justice et nonobstant la foi des traités, est troublée dans la légitime possession de son patrimoine.

Quant à la République, elle se délie de toute obligation de subvenir aux dépenses annuelles de la religion, dépenses que, par une convention, elle avait prises à sa charge en compensation de la spoliation officielle (5).

Condamnation sans appel

Après vous avoir fait, en raison de l’importance du sujet, ces communications, Nous rappelant les devoirs de la charge apostolique par laquelle Nous sommes tenu de protéger et de défendre par tous les moyens les droits sacrés de l’Église, Nous prononçons solennellement en votre auguste assemblée Notre sentence sur cette loi.

En vertu de la suprême autorité dont Nous jouissons comme tenant la place du Christ sur la terre, Nous la condamnons et réprouvons comme injurieuse au Dieu très bon et très grand, contraire à la divine constitution de l’Église, favorisant le schisme, hostile à Notre autorité et à celle des pasteurs légitimes, spoliatrice des biens de l’Église, opposée au droit des gens, ennemie du Siège apostolique et de Nous-même, très funeste aux évêques, au clergé et aux catholiques de France ; Nous prononçons et Nous déclarons que cette loi n’aura jamais et en aucun cas aucune valeur contre les droits perpétuels de l’Église.

Paternelle sympathie

Et maintenant, Notre cœur se tourne vers la nation française ; avec elle, Nous sommes affligé ; avec elle, Nous pleurons. Que personne ne pense que Notre amour pour elle s’est refroidi parce que Nous avons été si amèrement traité. Nous songeons avec douleur à ces Congrégations privées de leurs biens et de leur patrie (6). Nous voyons avec une paternelle inquiétude des multitudes d’adolescents réclamant une éducation chrétienne. Nous avons devant les yeux les évêques, Nos Frères, et les prêtres jetés au milieu des tribulations et exposés à des maux plus graves encore. Nous chérissons les fidèles opprimés sous cette loi ; Nous les embrassons d’un cœur paternel et plein d’amour.

L’audace et l’iniquité des méchants ne pourront jamais effacer les mérites acquis par la France, durant le cours des siècles, envers l’Église. Notre espoir est que ces mérites s’accroîtront encore quand les temps seront redevenus paisibles. C’est pourquoi Nous exhortons Nos Fils chéris à ne pas se décourager ni se laisser abattre par les épreuves et les difficultés des temps. Qu’ils veillent, fermes dans la foi ; qu’ils agissent virilement, se rappelant la devise de leurs ancêtres : Christus amat Francos (7). Le Siège apostolique sera toujours près d’eux, ne laissant jamais la Fille aînée de l’Église réclamer inutilement les secours de sa sollicitude et de sa charité.

Armoiries de Saint Pie X

Notes :
1) La loi dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat a été votée le 9 décembre 1905, soit deux mois et demi avant cette allocution.
2) L’encyclique « Vehementer nos », datée du 11 février 1906 (10 jours avant ce discours devant l’ensemble des cardinaux). On en trouvera le texte complet > ici.
3) Le « pacte de Reims », au baptême de Clovis, qui a fait naître la France de l’union sacrée de la Royauté franque avec le catholicisme.
4) La loi du 9 décembre 1905 ordonne la création d’association cultuelles, régies par des laïcs, auxquelles sera dévolue l’administration des biens des Eglises.
5) La loi de 1905 abolit le traitement versé par l’Etat aux ministres du Culte : or ce « salaire » des prêtres par l’Etat, en France, avait été établi au moment du concordat de 1801 pour compenser le vol – car c’en était un – des biens du clergé, lors de la grande révolution. En 1801, l’Eglise avait donc accepté de ne pas réclamer la restitution des biens qui lui avaient été volés, et qui avaient assuré jusqu’à la révolution la subsistance des ecclésiastiques et le fonctionnement des oeuvres éducatives et caritatives de l’Eglise de France, contre la promesse de voir ses ministres payés par l’Etat. La loi de 1905 renouvelle donc en quelque manière le vol perpétré à la révolution.
6) Depuis 1880 et jusqu’à cette loi du 9 décembre 1905, la troisième république n’a cessé de persécuter l’Eglise catholique par une surenchère de lois visant à limiter par tous les moyens l’influence de l’Eglise dans la société : en particulier par des lois de plus en plus sévères contre les congrégations religieuses qui contraignirent un grand nombre de religieux, spoliés de leurs couvents, à prendre la route de l’exil.
7) Christus amat Francos : le Christ aime les Francs (prologue de la Loi salique).

Tiare et clefs de Saint Pierre

2016-12. Et les grenouilles ?

Samedi 6 février 2016,
Fête de Saint Vaast d’Arras, catéchiste du Roi Clovis.

Grenouilles et nénuphars

Et les grenouilles ?
Y a-t-on pensé aux grenouilles ?

Nos si mignonnes et si gentilles petites grenouilles qui depuis des siècles – aussi bien sur la quiétude champêtre de nos mares que sur la plus aristocratique langueur des bassins de nos parcs – aiment à se reposer sur les sérénissimes feuilles des nénuphars et se lover jusqu’au coeur de leurs sublimes corolles…

Qui donc ira leur expliquer, aux grenouilles, que ce ne sont plus sur des feuilles de nénuphars, mais sur des feuilles de nénufars qu’elles devront se poser désormais ?
Quel ministre ou quel commissaire du peuple osera semer le trouble – voire peut-être le désarroi – dans la conscience et dans la vie de nos charmants petits batraciens ?
Quel inspecteur d’académie, ou même simple professeur des écoles, aura l’indicible cruauté de perturber profondément et durablement la paix séculaire des mares et des bassins, en y introduisant l’anarchie ?
Car même justifiée par un décret officiel, par la sanction d’un gouvernement et les doctes péroraisons des linguistes les plus à la mode, la transformation d’un nénuphar en nénufar n’est pas sans incidences sociales, politiques et psychologiques dans la noble société des grenouilles.

Et en plus, on ne leur a pas demandé leur avis aux grenouilles !
Personne n’a eu l’idée, alors que ce sont-elles qui sont tout de même concernées au premier chef, d’organiser un référendum pour leur demander s’il leur sied davantage de faire la sieste sur une feuille de nénufar plutôt que sur une feuille de nénuphar !
La cuistrerie des hommes envers de si délicates bestioles est véritablement inqualifiable.
Ne devrait-on pas la dénoncer comme un exemple flagrant de maltraitance envers ces merveilleuses grenouilles, déjà si dramatiquement menacées par le remenbrement et la suppression des haies, par la construction des autoroutes et la pollution, par l’urbanisation galopante et les poisons répandus par les firmes agrochimiques ?

A l’heure de la défense de toutes les minorités opprimées, comment l’Académie Française ose-t-elle en rajouter une louche et accepter que l’on transforme les nénuphars en nénufars ?
L’ersatz, en effet, n’est en rien anodin.
Un nénuphar, c’est noble. Un nénuphar, c’est beau. Un nénuphar, c’est vraiment extraordinaire : il y a derrière chaque feuille et chaque fleur de nénuphar, un gage de beauté et de qualité.
Mais un nénufar, cela n’a plus aucun charme.
C’est même déprimant, tellement c’est commun, tellement c’est trivial.
Déprimant, oui !
Et qui paiera les antidépresseurs et les consultations chez les psychothérapeutes animaliers pour nos ravissantes grenouilles, qui ne manqueront pas d’être profondément affectées d’avoir dû abandonner leurs sublimes nénuphars pour de vulgaires nénufars ?

A l’heure où tout est mis en oeuvre pour éduquer les jeunes générations à la solidarité et à la lutte contre toutes les formes d’oppression induites par l’inquiétant retour de fascismes larvés, comment un ministère de l’éducation nationale peut-il prescrire une telle mesure révisionniste, attentatoire aux séculaires libertés batraciennes ?
Nos grenouilles ont un droit imprescriptible à leurs nénuphars : ne les leur enlevons pas pour leur substituer de simples nénufars !
Aujourd’hui, je suis solidaire avec les grenouilles : je suis grenouille à nénuphar !

Et comment, lors même qu’Elle vient de promulguer une très salutaire encyclique sur l’écologie et qu’Elle se montre habituellement attentive à la défense de tous les droits menacés par les pharisaïsmes sans coeur, Sa Sainteté le Pape ne prêche-t-Elle pas une croisade oecuménique mondiale pour la défense des nénuphars menacés par les nénufars, substitution qui s’avèrera gravissime pour nos soeurs les grenouilles ?
« En vérité, en vérité, Je vous le déclare, le moindre tourment orthographique que vous aurez fait subir à l’un de ces nénuphars dont la survie est essentielle à la vie et à l’équilibre du petit peuple des mares et des bassins, c’est à Moi que vous l’aurez fait ! »

Patte de chat Lully.

grenouille gif

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 6 février, 2016 |8 Commentaires »

2016-3. L’unique solution : une résurrection décidée de l’antique âme de l’Europe et de sa foi chrétienne.

Jeudi 14 janvier 2016,
Fête de Saint Hilaire de Poitiers (cf. > actualité de St Hilaire).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La situation présente de l’Occident – qui fut autrefois la Chrétienté – est gravissime.

Tandis que de récents événements, à Cologne par exemple (cf. > ici) mais pas uniquement, sont occultés ou minimisés par certains ; tandis que la grande majorité des politiques et politiciens – mais aussi des chefs religieux – semble sourde et aveugle (il ne m’appartient pas de dire s’il s’agit d’aveuglement et de surdité volontaires, ou si cela est dû à un défaut d’intelligence et à une incurable incapacité de porter un jugement sain : quos vult perdere Juppiter dementat) ;  il existe malgré tout des observateurs lucides et des analystes qui ont gardé le simple bon sens.

Nous sommes une fois de plus infiniment reconnaissants à notre amie Béatrice, du site « Benoît et moi » (que nous recommandons toujours aussi chaleureusement), d’avoir rappelé, justement à l’occasion de ce qui s’est passé à Cologne (cf. > ici), la conférence remarquable qu’avait prononcée en septembre 2000 le regretté cardinal Biffi, alors archevêque de Bologne (j’avais déjà eu l’occasion de parler de lui > ici), au sujet de l’immigration.
Tout ce long exposé, qui avait alors valu à son auteur une réprobation quasi unanime, mérite – plus de quinze ans après – d’être relu et médité.
On en trouve la traduction dans les archives de « Benoît et moi » > ici.

Pour moi, comme une sorte de « mise en bouche » incitative à aller lire ou relire le texte de cette conférence, je me permets d’en recopier ci-dessous la conclusion, d’une plus que brûlante actualité.
On notera qu’en septembre 2000, dans cette conclusion, le cardinal Biffi renvoyait à des propos qu’il avait tenus une dizaine d’années auparavant (au début des années 90 du précédent siècle donc), preuve supplémentaire de sa lucidité.

J’ajoute simplement que si à vues humaines et d’un point de vue simplement social et politique il est est aujourd’hui, en 2016, plus que largement trop tard, je demeure néanmoins inébranlablement convaincu que, spirituellement et surnaturellement, il n’est jamais trop tard.

La seule condition, c’est qu’il y ait suffisamment d’âmes valeureuses et généreuses qui se livrent totalement à l’action de la grâce de Dieu !

Lully.

Le marché aux esclaves-Otto Pilny 1910

Le marché aux esclaves – Otto Pilny (1910)

L’unique solution :
une résurrection décidée de l’antique âme de l’Europe
et de sa foi chrétienne.

« Dans une interview, il y a une dizaine d’années, on m’avait demandé avec beaucoup de candeur et un optimisme admirable : « Vous soutenez donc que l’Europe sera chrétienne ou ne sera pas ? »
Il me semble que ma réponse d’alors peut servir à la conclusion de mon entretien d’aujourd’hui.
J’estime quant à moi, disais-je, que l’Europe redeviendra chrétienne ou deviendra musulmane. Ce qui me paraît sans avenir, c’est la « culture du néant », de la liberté sans limites et sans contenu, du scepticisme vanté comme une conquête intellectuelle ; culture qui semble être l’attitude largement dominante dans les peuples européens, tous plus ou moins riches de moyens, mais pauvres de vérité.
Cette « culture du néant », qui est soutenue par l’hédonisme et par un esprit libertaire insatiable, ne sera pas en mesure de résister à l’assaut idéologique de l’Islam. Seule la redécouverte de l’événement chrétien comme unique voie de salut pour l’homme, et donc seule une résurrection décidée de l’antique âme de l’Europe, pourra donner une autre issue à cette confrontation inévitable.
Malheureusement, ni les « laïques » ni les « catholiques » ne semblent s’être encore rendus compte du drame qui se profile.
Les « laïques », en s’opposant de toutes les façons à l’Eglise, ne s’aperçoivent pas qu’ils combattent la force la plus efficace pour défendre la civilisation occidentale et ses valeurs de rationalité et de liberté. Ils pourraient s’en apercevoir trop tard.
Les « catholiques », en laissant s’estomper en eux la conscience de la vérité possédée, et en substituant au souci apostolique le pur et simple dialogue à tout prix, préparent inconsciemment (humainement parlant) leur propre disparition.
L’espérance réside en ceci : que la gravité de la situation puisse un jour inciter à un réveil efficace de la raison et de la foi antique.
C’est notre souhait, notre engagement et notre prière. »
armoiries du cardinal Giacomo Biffi
Armoiries du cardinal Giacomo Biffi,
avec sa devise : 
« Là où se trouve la foi, là est la liberté »
Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 14 janvier, 2016 |2 Commentaires »

2016-2. Félines et impertinentes réflexions aux premiers jours de janvier 2016.

Vendredi soir 8 janvier 2016,
Troisième jour dans l’octave de l’Epiphanie.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

L’année nouvelle a tout juste une semaine, et j’ai déjà plein de réflexions qui trottent dans ma petite tête de chat.
Je dois dire au passage que, aux premières heures du jour de l’an, tandis que je me livrais à l’inspection matinale quotidienne de mes terres, j’ai été blessé en raison de l’agression d’un chat sauvage qui rôde dans le hameau à la faveur de la pénombre. Ma convalescence – avec de longues heures d’immobilité – me laisse donc beaucoup de temps pour m’adonner à la réflexion et à la méditation.

Je veux partager quelques unes de ces réflexions avec vous, et – tout de go – commencer par vous livrer cette citation de Gustave Thibon car on ne peut trouver de meilleure introduction à la suite de mes propos :
« Toutes les époques ont leurs lacunes et leurs erreurs. Si l’on me demandait quel est le défaut majeur de la nôtre, je répondrais sans hésitation que c’est la confusion et le renversement des valeurs » (in « L’équilibre et l’harmonie »).

Lully convalescent

Le Maître-Chat Lully en convalescence

Commençons par une note ironique, cela ne fait pas de mal…

Ce 8 janvier, les médias ont fait leurs choux-gras du vingtième anniversaire de la mort de l’ancien président de la république François Mitterrand.
Frère Maximilien-Marie m’a amusé en me racontant la devinette que lui avait posée à l’époque l’un de ses élèves :
– Frère, savez-vous pourquoi on a enterré François Mitterrand à Jarnac ?
– … ?
– Parce qu’on n’a pas trouvé de village nommé « Jroultoulmondedanlafarine »!

Félix le chat riant

Charlie.

La religion officielle – et obligatoire – de ce quinquennat semble se résumer dans cette profession de foi : « je suis Charlie ».
Du coup le pseudo anticonformisme de cette publication ordurière devient un conformisme auquel tous doivent sacrifier.

Felix le Chat perplexe

Je ne peux m’empêcher d’admirer la cohérence de nos contemporains, qui reprennent en choeur – comme des Coréens du nord – la devise du Grand Orient et vont se livrer à des rites véritablement cultuels au pied de la statue de la gueuse : bougies, incantations, minutes de silence quasi religieuses, cantiques laïcs célébrant « Marianne » promue déesse de la liberté, de l’égalité et de la fraternité… etc., avec la conscience grave de poser des gestes forts contre le terrorrisme.
Quand je parle de cohérence, c’est bien sûr par antiphrase : cette république – prétendue incarnation de la liberté d’expression, de la fraternité universelle et du « vivre ensemble » - , voudriez-vous me rappeler comment elle s’est imposée à la France ? N’est-ce pas au prix de massacres indescriptibles, de la guillotine et de la « Terreur » ?

Félix le Chat 100 pas

Suffit-il qu’une bouddhiste, un israélite, un mahométan et un chrétien affirment croire en Dieu puis répètent : « Je crois en l’amour », pour qu’on doive en conclure que tous les croyants du monde – quelle que soit l’entité en laquelle ils croient – sont dans une quête de Dieu égale et semblable, nécessairement constructive et porteuse d’espérance ?

Evidemment non !
Sauf dans les rêves enfumés de vintages baba-cools aux cerveaux lobotomisés par les effets des substances « euphorisantes » qu’ils ont consommées pendant ces longues nuits où tout le monde « fait l’amour » avec tout le monde !

baba cool

Petites litanies pour les temps où les fumées de Satan ont envahi le sanctuaire :

De la contagion de l’erreur, délivrez-nous Seigneur !
Des doctrines perverses, délivrez-nous Seigneur !
De la démangeaison d’entendre des nouveautés, délivrez-nous Seigneur !
De la prolifération des hérésies, délivrez-nous Seigneur !
De la fausse théologie, délivrez-nous Seigneur !
De la peste moderniste, délivrez-nous Seigneur !
De l’apostasie cléricale, délivrez-nous Seigneur !
Du subjectivisme des prêtres, délivrez-nous Seigneur !
De la « créativité » sacerdotale, délivrez-nous Seigneur !
De la perfidie épiscopale, délivrez-nous Seigneur !
Du relativisme pontifical, délivrez-nous Seigneur !
Des hérésiarques mitrés, délivrez-nous Seigneur !
De « l’esprit du concile », délivrez-nous Seigneur !

et puis aussi :

De la liturgie bugninienne, délivrez-nous Seigneur !

Felix le Chat perplexe

Avec Frère Maximilien-Marie, nous aimons bien lire, quand nous en avons l’occasion, les bulletins de « L’Ami de la Religion et du Roi » publiés à l’époque de la Restauration.

Le « meuste », c’est lorsque nous découvrons les chroniques et les nouvelles – politiques ou religieuses – exactement au jour anniversaire des événements qu’elles rapportent.
Ainsi, le 6 janvier, avons-nous eu le bonheur de découvrir le compte-rendu suivant, relatant la célébration de la fête de l’Epiphanie, à Troyes le 6 janvier 1816, il y a exactement deux-cents ans :

ARR 17 janvier 1816

Il est vrai que l’évêque de Troyes en question était alors Son Excellence Monseigneur Etienne-Antoine de Boulogne qui, quoique d’abord fervent thuriféraire de Napoléon, pour avoir ensuite soutenu la cause du pape Pie VII, s’était vu suspendu, enfermé au secret dans le donjon de Vincennes, puis exilé par l’usurpateur.
Rétabli à la tête de son diocèse au retour du pouvoir légitime, c’est lui qui, par la volonté expresse de Sa Majesté le Roi Louis XVIII, prononça l’oraison funèbre du Roi-martyr, le 21 janvier 1815 à la basilique de Saint-Denis lors des funérailles solennelles de Louis XVI et de Marie-Antoinette (cf. > ici).
Monseigneur de Boulogne avait aussi publié une « Instruction pastorale sur l’amour et la fidélité que doivent les Français au Roy » .

Et là je n’ai pas pu m’empêcher de penser que si Dieu nous faisait bientôt la grâce d’une véritable restauration royale, il faudrait que celle-ci soit accompagnée d’une profonde conversion des évêques et du clergé de France, sans quoi ils seraient du nombre des plus farouches adversaires d’une authentique royauté chrétienne…

Scapulaire Sacré-Coeur

Frère Maximilien-Marie m’a autorisé à recopier ci-dessous les résolutions pour l’année 2016 qu’il a publiées sur sa page Facebook et que je fais aussi miennes :

Prolégomènes : 
Ne vont être énoncées ci-dessous que des résolutions « publiques » et uniquement des résolutions publiques. Les résolutions qui concernent le for interne n’appartiennent qu’à moi et, bien évidemment, au Grand Patron qui règne dans les Cieux et au service duquel, vaille que vaille, je m’efforce de rester fidèle malgré mes imperfections et ma faiblesse.

1ère résolution :
Toujours plus de zèle pour témoigner de la Vérité catholique et pour la défendre.

2ème résolution (corollaire de la première) :
Appeler un chat un chat… et fripon qui mérite de l’être lorsqu’il se rend coupable de trahison de la Vérité.

3ème résolution :
Toujours plus d’ardeur royaliste monarchiste et légitimiste.

4ème résolution (corollaire de la troisième) :
Sus à la révolution ! Sus à l’esprit des « lumières » !
Sus aux mensonges républicains ! … etc.

5ème résolution :
Faire ce que l’on doit faire avec un « max » de sérieux mais sans « se prendre soi-même au sérieux ».

6ème résolution (corollaire de la cinquième) :
Du second degré, un « max » de second degré… et même un « Frère Max » de second degré.

7ème résolution (corollaire des six précédentes) :
Ben en fait, tout ça, ça veut dire que je continue comme avant mais en essayant de passer à l’échelon au-dessus…

Péroraison :
Je vais donc être encore plus insupportable à certains, encore plus « poil à gratter » pour beaucoup, encore plus politiquement incorrect, encore plus religieusement casse-pieds…

Felix le Chat enthousiaste

Et je termine, comme j’ai commencé, avec une citation de Gustave Thibon :
« Aux époques classiques, les institutions morales, politiques ou religieuses dépassaient et soutenaient les hommes qui les représentaient. 
La monarchie était plus que le roi, le sacerdoce plus que le prêtre, le mariage plus que les époux. 
Cela rendait possible parfois de mépriser un roi ou un pape sans que le principe de la monarchie ou de la puissance pontificale fût infirmé. Que l’on pense aux invectives d’une sainte comme Catherine de Sienne contre le clergé de son temps, et à un grand catholique comme Dante qui depuis l’enfer apostrophait le pape régnant ! 
Aujourd’hui, comme dans toutes les périodes de décadence, nous assistons au phénomène inverse : les institutions ne sont tolérées et aimées que dans l’individu. »

pattes de chatLully.

Epiphanie - la galette des chats

2015-103. Le sac de Rome : un châtiment miséricordieux.

Mercredi soir 2 décembre 2015,
dans l’Ordre de Saint-Augustin la fête du Bienheureux Jean de Ruysbroeck.

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce mercredi 2 décembre, dans Corrispondenza Romana, le professeur Roberto de Mattei a publié un rappel historique qui doit être regardé comme une véritable parabole pour notre temps, au vu des évènements actuels dans l’Eglise et dans le monde.
Notre amie Béatrice en a publié la traduction dans Benoît et moi, et nous nous empressons de la répercuter ci-dessous : car il faut bien se souvenir – il en a toujours été ainsi dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, et dans toute l’histoire de l’Eglise – que lorsque « la coupe est pleine », Dieu châtie.
Les châtiments divins consistent bien souvent à abandonner les hommes aux conséquences de leurs iniquités. Mais ce faisant – à rebours des conceptions erronées de la miséricorde couramment répandues aujourd’hui, qui ne sont souvent que sensiblerie humaine – , à travers le « châtiment » Dieu exerce au plus haut point une authentique miséricorde, celle qui permet la conversion, la pénitence, l’expiation et, in fine, le salut éternel.

Ainsi du sac de Rome en 1527.
Ainsi peut-être des événements qui pourraient se produire en nos temps.

Lully.

frise

le sac de Rome en 1527

Le sac de Rome, tableau de Francisco Javier Amérigo Aparicio (1884).

Le sac de Rome : un châtiment miséricordieux.

L’Eglise vit une époque d’égarement doctrinal et moral. Le schisme a explosé en Allemagne, mais le pape ne semble pas réaliser l’ampleur de la tragédie. Un groupe de cardinaux et d’évêques a préconisé la nécessité d’un accord avec les hérétiques. Comme il arrive toujours dans les pires heures de l’histoire, les événements se succèdent très rapidement.

Le dimanche 5 mai 1527, une armée descendue de Lombardie atteignit le Janicule. L’empereur Charles-Quint, rendu furieux par l’alliance politique du pape Clément VII avec son adversaire, le roi de France François Ier, avait envoyé une armée contre la capitale de la chrétienté. Ce soir-là, le soleil se coucha pour la dernière fois sur la beauté éblouissante de la Rome de la Renaissance. Environ 20 mille hommes, italiens, espagnols et allemands, dont les mercenaires lansquenets, de confession luthérienne, se préparent à prendre d’assaut la ville éternelle. Leur commandant leur avait donné la permission de piller. Toute la nuit, la cloche du Capitole sonna à la volée pour appeler les Romains aux armes, mais il était trop tard pour improviser une défense efficace. A l’aube du 6 mai, à la faveur d’un épais brouillard, les lansquenets se ruèrent à l’assaut des murs, entre Sant’Onofrio al Janicolo et Santo Spirito in Sassia (note du traducteur : deux églises romaines). Les gardes suisses se rassemblèrent autour de l’obélisque du Vatican, décidés à rester fidèles à leur serment jusqu’à la mort. Les derniers d’entre eux furent sacrifiés sur l’autel de la basilique Saint-Pierre. Leur résistance permit au pape de prendre la fuite, avec quelques cardinaux. A travers le Passetto del Borgo, un passage reliant le Vatican au Chateau Saint-Ange, Clément atteignit la forteresse, seul rempart resté contre l’ennemi. Du haut des gradins le pape assista au terrible carnage commencé avec le massacre de ceux qui avaient afflué vers les portes du château pour trouver un abri, tandis que les malades de l’hôpital Santo Spirito in Sassia étaient trucidés à coups de lance et d’épée .

La licence illimitée de voler et de tuer dura huit jours et l’occupation de la ville, neuf mois. « L’enfer n’est rien en comparaison de l’aspect qu’a maintenant Rome », lit-on dans un rapport vénitien du 10 mai 1527, reproduit par Ludwig von Pastor (1).

Les religieux furent les principales victimes de la fureur des lansquenets. Les palais des cardinaux furent pillés, les églises profanées, des prêtres et des moines tués ou faits esclaves, les religieuses violées et vendues sur les marchés. On vit des parodies obscènes de cérémonies religieuses, des calices de messe utilisés pour s’enivrer parmi les blasphèmes, des hosties consacrées rôties dans des poêles et données en nourriture aux animaux, des tombeaux de saints violés, les têtes d’apôtres, comme celle de Saint André, utilisées pour jouer à la balle dans les rues. Un âne fut revêtu d’habits ecclésiastiques et conduit à l’autel d’une église. Le prêtre qui refusa de lui donner la communion fut mis en pièces. La ville fut outragée dans ses symboles religieux et dans ses souvenirs les plus sacrés (2).

Clément VII, de la famille des Médicis n’avait pas répondu à l’appel de son prédécesseur Adrien VI pour une réforme radicale de l’Eglise. Martin Luther répandait ses hérésies depuis dix ans, mais la Rome des Papes continuait à être immergée dans le relativisme et l’hédonisme. Les Romains, toutefois, n’étaient pas tous corrompus et efféminés, comme semble le croire l’historien Gregorovius. Ces nobles, tels Jules Vallati, Giambattista Savelli et Pierpaolo Tebaldi, qui, hissant une bannière avec l’enseigne « Pro Fide et Patria« , opposèrent l’ultime résistance héroïque au Pont Sixte (note du traducteur : pont sur le Tibre) ne l’étaient certes pas ; pas non plus les élèves du Collège Capranica, qui accoururent et moururent au Pont Saint-Esprit pour défendre le pape en danger. A cette hécatombe l’institution ecclésiastique romaine doit le titre de « Almo ». Clément VII se sauva et gouverna l’Église jusqu’en 1534, affrontant, après le schisme luthérien, celui anglican, mais avoir assisté sans pouvoir rien faire au pillage de la ville, fut pour lui plus dur que la mort elle-même.

Le 17 Octobre 1528, les troupes impériales abandonnèrent une ville en ruines. Un témoin oculaire, un Espagnol, nous offre un tableau terrifiant de la ville un mois après le sac : « A Rome, capitale de la chrétienté, aucune cloche ne sonne plus, aucune église n’est ouverte, on ne dit plus de messe, il n’y a plus ni dimanche ni jour de fête. Les riches boutiques des marchands servent d’écuries pour les chevaux, les plus splendides palais sont dévastés, de nombreuses maisons ont été incendiées, d’autres réduites en pièces, privées de portes et de fenêtres, les rues sont transformées en fumier. C’est l’horrible puanteur des cadavres : les hommes et les bêtes ont la même sépulture ; dans les églises, j’ai vu des cadavres rongés par les chiens. Je ne trouve rien d’autre à comparer à cela, sauf la destruction de Jérusalem. Maintenant, je reconnais la justice de Dieu, qui n’oublie pas, même si elle vient tard. A Rome se commettaient ouvertement tous les péchés : sodomie, simonie, idolâtrie, hypocrisie, tromperie ; c’est pourquoi nous ne pouvons pas croire que cela soit arrivé par hasard. Mais par la justice divine » (3).

Le Pape Clément VII commanda à Michel-Ange le Jugement Dernier dans la Chapelle Sixtine comme pour immortaliser le drame que l’Église de Rome avait subi durant ces années,. Tous comprirent qu’il s’agissait d’un châtiment du Ciel. Il y avait eu des avertissements, comme [par exemple] un éclair de foudre tombé sur le Vatican et l’apparition d’un ermite, Brandano da Petroio, vénéré par les foules comme « le fou du Christ », et qui le jour du Jeudi Saint 1527, tandis que Clément VII bénissait la foule à Saint-Pierre, avait crié : « Bâtard sodomite, pour tes péchés Rome sera détruite. Confesse toi et convertis toi, parce que dans quatroze jours, la colère de Dieu s’abattra sur toi et sur la ville ».

L’année précédente, fin août, les armées chrétiennes avaient été défaites par les Ottomans sur le champ de Mohacs. Le roi de Hongrie Louis II Jagellon mourut dans la bataille et l’armée de Soliman le Magnifique occupa Buda. La vague islamique semblait inexorable en Europe.
Et pourtant, l’heure du châtiment fut, comme toujours, l’heure de la miséricorde. Les hommes d’église réalisèrent à quel point, follement, ils avaient poursuivi l’attrait du plaisir et de la puissance. Après le terrible sac, la ville changea profondément. La Rome jouisseuse de la Renaissance se transforma en la Rome austère et pénitente de la Contre-Réforme.

Parmi ceux qui souffrirent du Sac de Rome, figurait Gian Matteo Giberti, évêque de Vérone, mais qui résidait alors à Rome. Emprisonné par les assiégeants, il jura qu’il n’abandonnerait jamais sa résidence épiscopale, s’il était libéré. Il tint parole, retourna à Vérone et il se consacra avec toutes ses énergies à la réforme de son diocèse, jusqu’à sa mort en 1543. Saint-Charles Borromée, qui sera le modèle des évêques de la Réforme catholique s’inspirera de son exemple.

Etaient également à Rome Carlo Carafa et saint Gaétan de Thiene qui, en 1524, avaient fondé l’Ordre des Théatins, un institut religieux raillé pour sa position doctrinale intransigeante et pour l’abandon à la divine Providence au point d’attendre l’aumône sans jamais la demander. Les deux co-fondateurs de l’ordre furent emprisonnés et torturés par les Lansquenets et échappèrent miraculeusement à la mort. Lorsque Carafa devint cardinal et président du premier tribunal de la Sainte Inquisition romaine et universelle, il voulut à ses côtés un autre saint, le Père Michele Ghislieri, un dominicain. Les deux hommes, Carafa et Ghislieri, sous les noms de Paul IV et de Pie V, seront les deux papes par excellence de la Contre-Réforme catholique du XVIe siècle. Le Concile de Trente (1545-1563) et la victoire de Lépante contre les Turcs (1571) démontrèrent que, même dans les heures les plus sombres de l’histoire, avec l’aide de Dieu, la renaissance est possible : mais aux origines de cette renaissance, il y avait eu le châtiment purificateur du Sac de Rome.

Professeur Roberto de Mattei

Notes de l’auteur :
(1) Histoire des papes, Desclée, Rome, 1942, vol. IV, 2, p. 261.
(2) voir aussi André Chastel, le Sac de Rome, Einaudi, Turin 1983 ; Umberto Roberto, Roma capta. Il Sacco della città dai Galli ai Lanzichenecchi, Laterza, Bari 2012.
(3) L. von Pastor, Histoire des papes, cit., p. 278.

Professeur Roberto de Mattei

Professeur Roberto de Mattei

2015-98. De quelques réflexions sur les conditions d’une authentique et solide restauration royale.

Lundi soir 23 novembre 2015,
Fête de Saint Clément 1er, pape et martyr.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce jour d’hui, 23 novembre 2015, a marqué le cent-soixante-quinzième anniversaire du rappel à Dieu de Louis Gabriel Ambroise, vicomte de Bonald, chevalier de Saint-Louis, baron-pair de France et membre de l’Académie Française.

Millau - buste de Louis de Bonald

Buste de Louis de Bonald à Millau.

La présentation et l’analyse de la très intéressante pensée de Louis de Bonald va bien au-delà des limites et du cadre de mon modeste blogue ; aussi ne puis-je que renvoyer mes lecteurs qui voudraient l’approfondir aux textes mêmes de ce grand auteur, ou à ce qui en a été publié par des auteurs de confiance (comme par exemple sur l’excellent site Vive le Roy, ici > de la souveraineté, ou ici > du gouvernement représentatif, ou encore ici > droit divin).

Pour aujourd’hui, en me contentant de leur donner pour exergue l’une des plus fameuses citations de celui qui demeure l’une des voix les plus autorisées et l’un des penseurs les plus solides de la contre-révolution, je voulais alimenter votre réflexion de quelques pensées sur les conditions d’une authentique et solide restauration royale

Lully.

frise lys

« La révolution a commencé par la déclaration des droits de l’homme :
elle ne finira que par la déclaration des droits de Dieu ».
                                                                                                                          Louis de Bonald.

1) – Il y a un assez grand nombre de personnes qui se disent favorables à la royauté ; mais, parmi elles, on trouve un très large éventail de conceptions, parfois très opposées les unes aux autres : qu’y a-t-il de commun entre un « orléaniste » et un « légitimiste » (pour ne parler que des deux grands courants royalistes) ? Il n’est même pas certain que, si l’on demandait aux uns et aux autres de définir le mot « roi » qu’ils ont en commun, on obtienne la même notion.
Parmi les royalistes on en trouve un assez grand nombre qui se dit « légitimiste », c’est-à-dire soutenant les droits dynastiques de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou ; mais, parmi ces « légitimistes », existe encore un certaine variété d’idées divergentes, voire absolument incompatibles entre elles. Il y a ceux qui, à la suite du Comte de Chambord, tiennent fermement aux principes de la monarchie capétienne traditionnelle, et il y a ceux qui s’accommoderaient d’une royauté qualifiée de « moderne » dont la quasi seule différence avec l’actuelle cinquième république consisterait dans le fait qu’au lieu d’un président de la république élu, il y aurait à la tête de l’Etat Louis XX et ses successeurs.
La restauration royale à laquelle nous aspirons, à laquelle nous travaillons, est celle d’une monarchie traditionnelle pleinement conforme aux principes et traditions de celle qui a succombé sous les coups de la sinistre révolution : pas une royauté parlementaire, ou « constitutionnelle », comme on en trouve en plusieurs pays d’Europe aujourd’hui.

2) – On trouve également un nombre assez important de personnes favorables à la royauté, qui vivent avec l’illusion que le seul fait de placer un roi (Louis XX par exemple, mais un certain nombre de « survivantistes » ou de « providentialistes » partagent aussi ce genre d’idées en promouvant leurs candidats – connus ou cachés -) à la tête de la France telle qu’elle se trouve aujourd’hui, comme une espèce de « deus ex machina », pour que, comme par enchantement, tout se retrouve automatiquement changé, amélioré, renouvelé.
Il m’est arrivé de recevoir des messages que je qualifie volontiers de délirants : des personnes sans nul doute enthousiastes, mais à mon avis manquant pour le moins de réalisme (si ce n’est d’équilibre intellectuel et psychologique), qui m’écrivent qu’elles sont prêtes, dès aujourd’hui ou dès demain, à conduire le Prince à Reims et, là, à demander à l’archevêque de lui conférer le Sacre !
S’imaginent-elles être de « nouvelles Jeanne d’Arc » ?
En tout cas, d’après elles, sitôt la cérémonie achevée, la France serait transformée et, telle la « Belle au bois dormant » au contact des lèvres du prince charmant, se réveillerait catholique et royale…
Les « zinzins » de cette sorte (qui, en plus, sont très souvent animés d’un zèle indiscret et tapageur), à mon avis, portent un tort considérable à l’idée royale.

3) - Vouloir, aujourd’hui, restaurer en France une royauté, d’un claquement de doigts, relève d’un manque de réalisme absolu. Or le réalisme est, philosophiquement, l’un des piliers de la monarchie légitime.
La restauration monarchique ne sera pas le début du renouveau que nous espérons et auquel nous travaillons, avec nos faibles moyens actuels : elle en sera la clef de voûte, l’achèvement.
La restauration royale, en France, ne se pourra faire que sur les fondements solides d’une restauration spirituelle, d’une pleine restauration catholique. Elle ne sera pas simplement politique, dans le sens où elle ne consistera pas à remplacer le système républicain actuellement en place par un système monarchique, de la même façon que l’on opère un simple ravalement de façade ou comme un changement de décor au théâtre. Il faudra – ni plus ni moins – revenir au Pacte de Reims, acte fondateur de la monarchie traditionnelle en ce Royaume, acte fondateur qui a été renouvelé, réitéré et réactualisé à chacun des Sacres de nos Souverains.

4) – Aussi, pour travailler efficacement au rétablissement d’institutions monarchiques stables et pérennes, faut-il commencer par travailler à la conversion des mentalités, des intelligences, des coeurs, des esprits et des âmes.
C’est bien – malgré le remarquable travail des Chevaliers de la Foi, malgré l’action de la Congrégation, et malgré le soutien et les convictions sincères du Roi Charles X – parce qu’elle a échoué dans le domaine de la conversion profonde et générale des Français (conversion à tous les niveaux : intelligences, moeurs, mentalités, esprits et âmes) que la Restauration de 1815 n’a pas pu se maintenir, malgré ses brillantes réussites économiques et militaires.
La façade, aussi belle fut-elle, avait seulement masqué et non renouvelé les mentalités polluées et viciées par les idées révolutionnaires : elle n’avait pas restauré en profondeur la compréhension et l’amour religieux du mystère sacré de la Royauté traditionnelle qui ne peut s’épanouir et subsister que dans une Chrétienté vivante, individuellement et socialement.

5) – L’expérience me montre encore que beaucoup de royalistes, beaucoup de légitimistes, ont en vérité peur des exigences d’une telle restauration, peur des conséquences que cela entraînerait dans leur propre vie, finalement peur d’avoir à mettre en oeuvre une vraie et absolue cohérence entre leurs idées et leurs moeurs, leurs paroles et leur mode de vie.
Ils vivent dans une espèce de pieuse nostalgie, qui ne les contraint pas à renoncer à l’esprit du monde ni à leurs continues compromissions avec les modes et avec l’air du temps : ils n’ont pas envie de se convertir.
Ils se précipitent, la bouche en coeur, aux « coquetèles », aux bals et aux cérémonies où l’on annonce la présence du Prince, mais ils prennent bien garde de s’engager – surtout si cela impose quelque sacrifice et si cela exige de la persévérance – dans un travail de fond.
Ils sont de pauvres courtisans, ils ne seront jamais de valeureux chouans.

6) – Il est indubitable que l’un des premiers et des plus urgents devoirs des légitimistes, aujourd’hui, consiste à acquérir non seulement une nécessaire formation intellectuelle – philosophique, historique, doctrinale… etc. – , mais, en outre et par-dessus tout, une encore plus nécessaire et solide formation spirituelle.
La vie spirituelle des légitimistes ne peut seulement consister dans une honnête connaissance du catéchisme, et dans une pratique religieuse régulière mais trop formelle ; elle doit imprégner, animer vivifier tout leur quotidien.
C’est parce qu’il sera l’incarnation d’un catholicisme fort et décomplexé (comme l’on dit aujourd’hui), épanoui et rayonnant, que le témoignage des légitimistes sera conquérant.

7) – La restauration de la monarchie légitime sera un miracle de la grâce, quelque chose qui ressemblera – dans l’ordre social et politique – à la résurrection du corps de Lazare en putréfaction, quelque chose de plus grand encore que le miracle du sursaut national suscité par l’intervention de ce doigt de Dieu dans notre histoire que fut Sainte Jeanne d’Arc.
Mais les miracles ont un prix : de la même manière que le rachat et le salut des âmes ont pour rançon les tourments de la douloureuse Passion, la conversion de la France et son retour de fille prodigue repentante dans les bras de ce lieu-tenant de Dieu sur terre qu’est le Roi légitime, désigné par les Lois Fondamentales du Royaume, exige de nouveaux Golgotha : des prières toujours plus ferventes, des sacrifices toujours plus généreux, des pénitences volontaires toujours plus nombreuses, et des immolations secrètes dans le Gethsémani de ces nuits de l’âme et de l’esprit que connaissent les privilégiés du Coeur de Jésus…

Addenda :
a) – Que l’on ne se méprenne pas sur nos paroles. Nous sommes fermement convaincus que « de la forme donnée à la société, en harmonie ou non avec les lois divines, dépend et s’infiltre le bien ou le mal des âmes… » (Pie XII, radio-message du 1er juin 1941 pour le cinquantième anniversaire de l’encyclique « Rerum novarum ») ; si ce n’était pas le cas, nous ne militerions pas pour la restauration de la monarchie traditionnelle. Mais « la forme donnée à la société » ne peut perdurer si les individus, les familles et les corps intermédiaires qui composent cette société n’adhèrent pas aux principes qui fondent cette « forme », et si celle-ci est seulement imposée d’en-haut sur des sujets totalement passifs.
b) – Certains, parfois, insistent tellement sur le devoir fait aux chrétiens de travailler à leur perfection pour infléchir sur la marche du monde, qu’ils en arrivent presque à conclure – ou à laisser penser à leurs auditeurs – qu’il serait résolument vain de tenter d’agir ici-bas si l’on n’est pas arrivé à un haut degré de vertu, voire parvenu à la sainteté ! Semblable exagération n’est pas conforme à l’Evangile, n’est pas conforme à l’enseignement et à la pratique séculaire de l’Eglise. Certes, plus une âme est sainte et plus elle a d’influence, non seulement dans le seul domaine de la spiritualité, mais aussi sur la société des hommes : « Toute âme qui s’élève élève le monde » (Elisabeth Leseur). Toutefois, même s’il n’est pas parvenu à la perfection, même s’il lutte encore parfois douloureusement contre ses propres péchés et ses tendances désordonnées, même si sa faiblesse lui est l’occasion de chutes (et donc aussi – normalement – de relèvements !) tout chrétien, quelque imparfait qu’il soit encore, est appelé et habilité à travailler – selon sa mesure, ses capacités et sa place dans la société – pour qu’elle soit toujours plus conforme aux lois divines et aux merveilleux desseins de la Providence sur sa patrie.

Scapulaire Sacré-Coeur

« La révolution a commencé par la déclaration des droits de l’homme :
elle ne finira que par la déclaration des droits de Dieu ».
                                                                                                                          Louis de Bonald.

frise lys

2015-97. De la ruineuse pseudo pastorale des pasteurs félons.

Vendredi 20 novembre 2015,
Fête de Saint Félix de Valois.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dans l’exact prolongement du texte de Monsieur l’abbé Bryan Houghton que je livrais hier soir à votre réflexion (cf. > ici), je voudrais aujourd’hui porter à votre connaissance et méditation un autre texte, antérieur de trente ans à celui de « Prêtre rejeté » : un texte extrait cette fois d’un opuscule dont la première publication, en italien, date de 1970 (la première traduction française paraîtra deux ans plus tard – en 1972, aux éditions du Cèdre).
L’ouvrage dont il est tiré s’intitule « Il Quinto Evangelo » et a été traduit en français sous le titre « Un nouvel Evangile ».
Frère Maximilien-Marie l’eut entre les mains dès le début de sa formation religieuse, au tout début des années 80 du précédent siècle, et très régulièrement, avec le sourire satisfait d’un gourmet comblé par la qualité et la finesse du met qu’il déguste, il en savoure quelque extrait. Car le livre est véritablement savoureux.

Son auteur est Don Giacomo Biffi, qui était alors curé dans l’archidiocèse de Milan.
Né en 1928, ordonné prêtre en 1950, professeur de théologie, curé, évêque auxiliaire de Milan en 1976, archevêque de Bologne de 1984 à 2003, il fut honoré de la pourpre cardinalice dès 1985.
Monsieur le cardinal Biffi s’est distingué à plusieurs reprises par quelques courageuses interventions, à contre-courant des modes ecclésiastiques et sociétales. En 2007, Monsieur le cardinal Biffi a publié une nouvelle édition, mise à jour, de son « Quinto Evangelo », preuve que cet ouvrage – publié dans les immédiates années post-conciliaires – lui tenait à coeur et lui semblait n’avoir rien perdu de son actualité… Malheureusement !
Son Eminence a été rappelée à Dieu le 15 juillet de cette année 2015, dans sa quatre-vingt-huitième année, elle aurait fêtée le soixante-cinquième anniversaire de son ordination sacerdotale le 23 décembre prochain.

Le « Cinquième Evangile » se compose d’une trentaine de fragments dont on nous dit qu’ils sont tirés de très antiques manuscrits retrouvés en Terre Sainte.
L’extraordinaire intérêt des dits fragments réside dans le fait qu’ils nous livrent les véritables paroles de Jésus, consignées par écrit avant que l’ « institution Eglise » ne les ait modifiées. Ces citations authentiques retrouvées viennent justifier les changements intervenus dans la liturgie, dans l’enseignement de la doctrine, dans la pastorale et dans la morale « depuis LE concile ».
On l’aura compris : Don Giacomo Biffi, dès le début de ces années de folie qui ont suivi le second concile du Vatican, avec une décapante lucidité, a manié l’arme d’une sagace goguenardise pour démontrer de quelle manière ces changements, relectures et remises en question orchestrées par le clergé progressiste étaient un détournement et une trahison des véritables Evangiles, un ébranlement de fond des bases les plus solides du Christianisme.
Quarante-cinq ans après sa première publication, alors que nombre de fidèles, de prêtres, et même d’évêques et de cardinaux, continuent – hélas ! – à semer la désolation et la ruine par leurs remises en question et leur infidélité à la sainte Tradition, la salutaire ironie déployée dans ce « Cinquième Evangile » est toujours précieuse pour nous faire réfléchir sur notre propre fidélité aux véritables Paroles de vie et de salut contenues dans les Saints Evangiles.

Lully.

Cardinal Giacomo Biffi

Giacomo, cardinal Biffi (1928-2015), archevêque émérite de Bologne.

Note préliminaire :
Dans l’ouvrage de Don Giacomo Biffi, chacun des prétendus fragments « authentiques » du « véritable Evangile retrouvé » est d’abord présenté en caractère gras, avec en regard le texte de l’Evangile tel qu’il était reçu jusqu’ici, puis il fait l’objet d’un commentaire dans lequel les idées nouvelles se trouvent exposées, avec cette subtile ironie et cette désopilante sagacité qui, feignant d’adopter les arguments des démoliseurs de la foi, les dénonce ainsi d’une manière bien plus percutante qu’un long traité d’apologétique…

20

Le Royaume des cieux est semblable à un berger qui avait cent brebis et qui, en ayant perdu quatre-vingt-dix-neuf, reproche à la dernière son manque d’initiative, la met à la porte et, ayant fermé sa bergerie, s’en va à l’auberge discuter de pastorale.

Selon vous, si un homme possède cent brebis et en perd une, ne laissera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres [en lieu sûr] sur la montagne pour aller à la recherche de la brebis égarée ? Et s’il parvient à la retrouver, il en a plus de joie que ne lui en donnent les quatre-vingt-dix-neuf qu’il n’a pas perdues.

Matth. XVIII, 12-13

Commençons par applaudir les quatre-vingt-dix-neuf brebis perdues ; leur perte n’est pas une perte commune, c’est plutôt une forme de protestation contre la notion même de bergerie.
Cette image de bergerie évoque en effet l’idée d’enclos, de clôture, de ségrégation. Comment les autres pourront-ils s’unir au troupeau, si à un moment donné de leur cheminement ils se heurtent contre une barrière ?
Pour ne rien dire du fait que la vie de ghetto – à l’abri des périls mais aussi des émotions de l’aventure – finit par déformer la personnalité et par engendrer des complexes, d’infériorité ou de supériorité selon les tempéraments, dont il est bien difficile de guérir. Mieux vaut pour une brebis le risque du loup que  la certitude de l’avilissement de la bergerie.
Il peut arriver que le berger ne soit pas suffisamment perspicace pour s’en rendre compte : en ce cas, il faut avoir le courage de lui forcer la main. L’exode de masse, mentionné par la parabole, est le moyen le plus efficace pour faire entendre raison à qui s’obstine à fermer les yeux. Une fois la bergerie démolie, tous pourront revenir ensemble, brebis, loups et autres animaux, et il y aura un seul troupeau sans un seul pasteur.

Mais dans la parabole le pasteur comprend ce qui se passe, de sorte qu’il voit d’un mauvais oeil la seule brebis qui soit restée.
Cet animal – à qui il convient pourtant, en toute objectivité, de reconnaître un certain non-conformisme – suffit à lui seul à gâcher l’aventure d’une époque nouvelle : tant qu’il sera là la bergerie demeurera, et tant que la bergerie demeurera les brebis en liberté éprouveront quelque inquiétude quant à la sagesse de leur évasion. Et cela n’est pas bon : même pour se faire dévorer il faut jouir d’une certaine tranquillité intérieure.

Donc, à la porte, brebis récalcitrante ! Force nous est de te contraindre à la liberté. Ne serait-ce que parce qu’à toi seule tu fais perdre son temps à ton gardien, tu le fatigues, et ainsi tu entraves le progrès de la culture. Ce ne sera que lorsque tu auras courageusement pris le chemin de la forêt que le berger pourra discuter avec ses collègues des moyens les plus adaptés de faire prospérer un élevage. Ce ne sera que lorsqu’il n’y aura plus de bergerie (et plus de brebis) que l’on pourra élaborer en toute rigueur scientifique – sans compromis avec les conditions concrètes et avec la survivance de conceptions dépassées – une vraie et parfaite théologie pastorale.

Giacomo Biffi, « Un Nouvel Evangile » (Il Quinto Evangelo), Editions du Cèdre – 1972
(fragment N° 20, pp. 69-71).

armoiries du cardinal Giacomo Biffi

Armoiries du cardinal Giacomo Biffi,
avec sa devise : 
« Là où se trouve la foi, là est la liberté »

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