Archive pour la catégorie 'Commentaires d’actualité & humeurs'

2011-82. Quelques réflexions après Assise-3 (Professeur R. de Mattei)

Mercredi 2 novembre 2011.

Le n° 242 de « Correspondance Européenne«  vient de me parvenir ce soir. Il contient des « réflexions » du Professeur Roberto de Mattei sur la réunion d’Assise qui s’est tenue le 27 octobre dernier. Comme nous avions publié sur ce blogue, en janvier (cf. > www) puis quelques semaines plus tard (cf. > www) les textes pertinents signés par le Professeur de Mattei demandant avec insistance un éloignement de toute forme de syncrétisme et de tout risque de mauvaise interprétation, nous pensons intéressant de reproduire ci-dessous sa première analyse après l’évènement.

Assise basilique

En tant que signataire d’un appel à Sa Sainteté Benoît XVI pour qu’Il revienne sur Sa décision de célébrer le vingt-cinquième anniversaire du premier rassemblement interreligieux à Assise, et le rassemblement ayant eu lieu, je ne peux m’empêcher d’exprimer quelques réflexions à ce propos.

Quel que soit le jugement que l’on porte sur cette troisième rencontre d’Assise, il faut souligner qu’elle a certainement représenté une correction objective de route par rapport aux deux rencontres précédentes, surtout en termes de risque de syncrétisme. À ce sujet, il faut lire attentivement le discours que le Cardinal Raymond Leo Burke a adressé lors du Congrès intitulé : Pélerins de la Vérité vers Assise, qui s’est déroulé le 1er octobre dernier à Rome proposant une possible clé d’interprétation de l’événement.

Au cours de la « Journée de réflexion, dialogue et prière pour la paix et la justice dans le monde » qui s’est déroulée le 27 octobre, il n’y a pas eu un seul moment de prière de la part des présents, ni en commun, ni en parallèle, comme cela avait en revanche été le cas en 1986, avec les différents groupes religieux réunis dans différents endroits de la ville de Saint François. Du reste chacun sait que celui qui à l’époque était le cardinal Ratzinger avait évité de participer à cette rencontre, et que son absence avait alors été interprétée comme une prise de distance à l’égard des équivoques que cette initiative allait générer.

Benoît XVI a voulu donner à ce rassemblement du 27 octobre un visage autre que celui des rassemblements précédents : le visage, comme l’a expliqué le cardinal Burke, « d’une rencontre interreligieuse dans le sens d’un dialogue interculturel, appuyé sur la rationalité, bien précieux de l’Homme en tant que tel ». Deux textes nous permettent de comprendre la pensée de Benoît XVI en matière de « dialogue » : la première est la lettre envoyée par le Saint Père au philosophe Marcello Pera, déjà Président du Sénat, à l’occasion de la sortie de son livre Perché dobbiamo dirci cristiani (Pourquoi nous devons nous déclarer Chrétiens) (Mondadori, Milan 2008). Dans cette lettre, Benoît XVI écrivait qu’ « un dialogue interreligieux, au sens strict du terme, est impossible, mais qu’il est d’autant plus urgent de mettre en place un dialogue interculturel qui approfondisse les conséquences culturelles des décisions religieuses de fond. Dans ce cas, le dialogue, une correction mutuelle, et un enrichissement réciproque sont possibles et nécessaires ».

Le second document est également une lettre du Saint Père, adressée cette fois le 4 mars 2011 au pasteur luthérien Peter Beyerhaus, qui avait manifesté au Saint Père sa crainte face à la nouvelle convocation de la journée d’Assise. Benoît XVI lui écrivait : « Je comprends fort bien votre préoccupation quant à votre participation à la rencontre d’Assise. Mais il fallait de toute façon marquer cette commémoration, et après tout, il me semblait que le meilleur moyen était que je m’y rende moi-même, pour tenter ainsi de déterminer la direction du tout. Néanmoins, je ferai tout pour rendre impossible une interprétation syncrétiste ou relativiste de l’événement, et pour qu’il soit bien établi que je croirai et je confesserai toujours ce que j’avais rappelé à l’attention de l’Église avec Dominus Iesus ».

Effectivement, il n’y a pas eu, au moins apparemment, d’interprétation syncrétiste ou relativiste de l’événement, ou du moins elle a été atténuée, et pour cette même raison, les médias ont accordé bien peu de place à l’événement. Pourtant, un autre aspect d’Assise-3 suscite des perplexités que l’on ne peut passer sous silence.

L’on peut nouer un dialogue interculturel avec des croyants d’autres religions, non pas sur une base théologique, mais sur la base rationnelle de la loi naturelle. Or la loi naturelle n’est rien d’autre que le Décalogue, le devoir des deux préceptes de Charité : amour de Dieu et amour du prochain, exprimés dans les deux tables remises à Moïse par Dieu Lui-même. Il est possible que, bien qu’ils professent les fausses religions, il se trouve des croyants d’autres religions qui cherchent à respecter cette loi naturelle qui est universelle et immuable, car commune à tout être humain (l’entreprise est du reste très ardue sans l’aide de la Grâce). La loi naturelle peut constituer un « pont » qui portera ces « infidèles » à la plénitude de la Vérité, y compris la Vérité surnaturelle.

En revanche, le dialogue avec ceux qui ne croient dans aucune religion, c’est à dire avec les athées convaincus, est largement plus problématique. Car la loi naturelle ne se compose pas seulement des sept commandements qui règlent la vie entre les hommes, mais d’un ensemble de dix commandements, dont les trois premiers imposent de rendre un culte à Dieu. La Vérité exprimée par le Décalogue est que l’Homme doit aimer Dieu par-dessus toutes les créatures, et aimer ces dernières selon l’ordre établi par Lui. L’athée refuse cette Vérité, et il est dépourvu de cette possibilité de se sauver qui est offerte, même si c’est de façon exceptionnelle, aux croyants d’autres religions. Et si l’on peut concevoir l’ignorance non coupable de la vraie religion catholique, on ne peut concevoir l’ignorance non coupable du Décalogue, parce que sa loi est inscrite « sur les tables du cœur humain par le doigt même du Créateur »(Rm. 2, 14-15).

Il y a bien sûr la possibilité d’une recherche ou d’un « pèlerinage » vers la Vérité, y compris de la part des non-croyants. C’est ce qui se passe lorsque le respect du Deuxième Commandement (l’amour du prochain) pousse progressivement à en chercher le fondement dans le Premier Commandement (l’amour de Dieu). C’est la position de ceux que l’on appelle les « athées dévôts », comme Marcello Pera et Giuliano Ferrara qui, comme l’a fait remarquer à juste titre Francesco Agnoli dans son article : « (Io cattolico pacelliano, dico al card. Ravasi che ad Assisi ha sbagliato atei »(Moi, catholique pacellien, je dis au cardinal Ravasi qu’à Assise il s’est trompé d’athées), “Il Foglio”, 29 octobre 2011), « ont fait un bon bout de chemin avec les croyants, et ce chemin ils le font continuellement, en faisant fonctionner la raison ». Ces derniers, aujourd’hui, se montrent à l’égard de certains préceptes du Décalogue plus fermes et plus observants que de nombreux Catholiques. Mais les athées convoqués à Assise n’ont rien de « dévôt » : ils appartiennent à cette catégorie de non-croyants qui méprisent non seulement les trois premiers commandements, mais toute la Table du Décalogue.

C’est une position que la philosophe et psychanalyste Julia Kristeva a reprise dans le quotidien “Corriere della Sera” (28 octobre 2011) –  qui a publié in extenso son intervention à Assise, intitulé : « Un nuovo umanesimo in dieci principi » (Un nouvel Humanisme en dix Principes). À la différence d’autres spécialistes laïcs, Kristeva a revendiqué une ligne de pensée qui, partant de la Renaissance, arrive à l’Illuminisme de Diderot, Voltaire et de Rousseau, y compris le marquis de Sade, Nietzsche et Sigmund Freud, c’est à dire cet itinéraire qui, comme l’ont démontré d’éminents spécialistes de l’athéisme, du père Cornelio Fabro (Introduzione all’ateismo moderno, Studium, Rome 1969) au philosophe Augusto Del Noce (Il problema dell’ateismo, Il Mulino, Bologne 2010), porte précisément à ce nihilisme, que la psychanalyse française, sans pour autant nier sa propre vision athée et permissive de la société, voudrait contrer, au nom d’une « complicité » collaborative entre humanisme chrétien et humanisme sécularisé. L’issue de cette coexistence pacifique entre le principe athée d’immanence et un vague rappel de la religiosité chrétienne ne peut être que le panthéisme, cher à tous les modernistes, anciens et contemporains.

Le point sur lequel Assise-3 risque de représenter un dangereux avancement dans la confusion qui tenaille actuellement l’Église est celui que tous les médias ont largement souligné, à savoir : l’extension de l’invitation à Assise, – en plus de celle adressée aux représentants des différentes religions du monde entier -, également à des athées et à des agnostiques, sélectionnés parmi les plus éloignés de la métaphysique chrétienne. Nous nous demandons quel dialogue peut être possible avec ces « non-croyants » qui nient à la racine la loi naturelle.

La distinction entre les athées « combattants » et athées « collaborateurs » risque d’ignorer la force agressive contenue dans l’athéisme implicite, qui ne s’exprime pas de façon militante, mais qui de ce fait même est plus dangereux. Les athées de l’UAAR (Union des Athées et des Agnostiques rationalistes) ont au moins quelque chose à enseigner aux Catholiques : ils professent leurs erreurs avec un esprit de militantisme dont les Catholiques ont totalement abdiqué pour défendre leurs vérités. C’est ce qui se passe par exemple lorsque l’on critique les croisades, qui n’ont pas été une déviation de la Foi, mais des entreprises encouragées officiellement par des Papes, exaltées par les saints, fondées sur la Théologie et régies, pendants des siècles, par le Droit canonique.

Si à l’époque l’Église s’est trompée, alors est-ce que ceux qui aujourd’hui prêchent qu’il faut être « cool » et qu’il ne faut pas s’imposer face aux ennemis, extérieurs et intérieurs, qui les harcèlent, ne se trompent pas ? Et si l’Église, comme nous le savons, ne se trompe pas dans Son enseignement, alors quelle devrait être l’ultime règle de Foi du Catholique dans des moments de confusion comme celui que nous sommes en train de traverser ?

Voilà des questions que tout simple fidèle a le droit de poser, avec respect, aux autorités suprêmes de l’Église, au lendemain de ce 27 octobre 2011.

Roberto de Mattei

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 2 novembre, 2011 |2 Commentaires »

2011-79. Notre belle langue française : doit on mettre la marque du pluriel aux jours de la semaine ?

   Beaucoup ne comprennent pas toujours les subtilités de notre belle langue française et pourtant, quand on veut bien se donner la peine de réfléchir, on se rend compte que tout est d’une absolue rigueur logique : il suffit de faire marcher son intelligence !

Mais il est aussi malheureusement vrai que, d’une manière générale, le monde contemporain ne favorise pas la réflexion personnelle. Nous vivons dans un système de « prêt à penser », d’appauvrissement du vocabulaire et – par contre coup – de limitation des outils de la réflexion, de réduction des capacités d’analyse et de synthèse… etc.

La consigne de nombre d’institutions aujourd’hui ne pourrait-elle pas se résumer par ces mots : « Ne vous fatiguez pas, nous vous dirons ce que vous devez penser! »
C’est donc un vrai plaisir pour moi, en vous rappelant ces règles, de vous dire haut et fort : pensez par vous-mêmes et méfiez-vous de tous ceux qui prétendent vous simplifier l’effort de réflexion personnelle !

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Doit-on mettre la marque du pluriel aux jours de la semaine ?

   Eh bien oui ! Lundi, mardi …etc. sont des noms communs soumis aux mêmes règles d’accord que les autres noms communs.
On écrit donc : tous les lundis et tous les dimanches.
Sauf que… vous vous doutez bien que cela ne peut pas être aussi simple!

   Lorsque ce même jour est suivi de la mention d’un laps de temps, la semaine par exemple, il faut tenir compte du nombre de ces jours dans cet intervalle de temps ; dans une semaine, il n’y a qu’un seul lundi et on écrit donc : tous les lundi de chaque semaine.
Vous suivez toujours ?

   Donc si on passe au mois, il y a cette fois plusieurs jours qui sont un lundi dans un mois et on écrit donc : la réunion a lieu les premier et troisième lundis de chaque mois.
Au passage, vous remarquerez que premier et troisième sont au singulier puisqu’il n’y a qu’un premier et qu’un troisième dans un mois. Mais les deux ensemble (sans s) sont un pluriel.

   C’est dans ce même ordre d’idée qu’on écrit : tous les dimanches matin et tous les mardi soir de chaque semaine. Dans le premier cas, matin est au singulier car il n’y a qu’un seul matin dans une journée en revanche il y a plusieurs dimanches. Dans le deuxième cas, il n’y a qu’un seul mardi dans la semaine d’où le singulier et il n’y a toujours qu’un seul soir dans un mardi.

dyn002original100160gif2582326252bfec892843f9590a88cd226fbca7f.gifLully.

« Note à benêts » : je vous ferai une interrogation écrite un de ces prochains jeudis !

2011-78. Jean Madiran a présenté à Rome son livre sur l’Accord de Metz

   Comme chaque année, le retour de la date du 11 octobre nous vaut quelques commentaires ou publications au sujet du second concile du Vatican, dont les travaux débutèrent le 11 octobre 1962.
Quelques uns des poncifs continûment rabâchés avec force approximations, erreurs et mensonges, que j’avais lus ce matin m’avaient franchement mis en rogne, aussi le bulletin n° 241 de Correspondance Européenne, organe de liaison du Centro Lepanto, est-il arrivé à point.

   Fort de l’autorisation que m’a donné le Professeur Roberto de Mattei – que je remercie encore une fois très chaleureusement – j’ai décidé de reproduire ici le septième article du bulletin, parce qu’il est justement en rapport avec le second concile du Vatican.
Un certain nombre d’entre vous le savent déjà, puisque les faits remontent à l’été 1962 et furent rendus publics quelque six mois plus tard, afin d’obtenir de l’URSS la venue d’observateurs orthodoxes russes au concile, Jean XXIII s’était engagé – par l’intermédiaire du cardinal Tisserant – à ce que le dit concile n’émette aucune condamnation ni critique du communisme!

   Cette vérité historique, à laquelle Jean Madiran a consacré un ouvrage qui vient d’être traduit en italien et qu’il est allé présenter à Rome (c’est l’objet de l’article reproduit ci-dessous), a un caractère absolument effrayant, mais elle nous aide toutefois à prendre un sain recul : l’optimisme béat et les envolées emphatiques des intégristes conciliaires sont en effet infiniment plus mortifères et stériles que le réalisme paisible d’un Benoît XVI, qui sait tirer les leçons de l’histoire et peut véritablement conduire l’Eglise en dehors des ornières où de fausses interprétations l’ont embourbée depuis bientôt cinquante ans!

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

l'Accord de Metz

    »Cet accord marque l’un des épisodes les moins glorieux de l’Histoire récente de l’Église catholique. L’Accord de Metz a été connu trop tard, et il reste encore bien des aspects inconnus à tirer au clair. Celui-ci est intervenu le 13 août 1962. On était à deux mois de l’inauguration du Concile Vatican II, lorsqu’a été stipulé dans cette ville française un accord entre le cardinal Tisserant et l’archevêque orthodoxe, Monseigneur Nicodème. On a découvert par la suite que ce dernier était un espion à la solde des Soviétiques. L’accord, en effet, prévoyait que le Kremlin permette d’envoyer au Concile quelques représentants de l’Église orthodoxe en échange de la promesse d’un silence total sur le communisme.

   L’absence de condamnation du marxisme et des crimes perpétrés par les régimes qui lui étaient liés a entraîné des conséquences pernicieuses, tant dans l’Histoire du monde que dans l’Histoire de l’Église, contribuant à retarder la fin de la Guerre Froide, et délégitimant l’autorité du Catholicisme, car empêchant toute possibilité de condamnation de tout type d’aberration de la modernité dans les années futures.

   L’accord de Metz a été révélé pour la première fois six mois seulement après sa signature, grâce aux enquêtes menées par la revue “Itinéraires”, dirigée par Jean Madiran. Cinquante ans plus tard presque, le livre de ce journaliste français a été traduit en italien sous le titre : “L’accordo di Metz” tra Cremlino e Vaticano, et a été publié par la maison d’édition Pagine, avec une Préface et une Postface du Professeur Roberto de Mattei. Sur l’initiative de la maison d’édition et de la   Fondazione Lepanto, l’ouvrage a été présenté au public à Rome, au Palais Ferrajoli, le 20 septembre dernier, en présence de l’auteur, de l’éditeur de Pagine, Luciano Lucarini, du journaliste, écrivain et parlementaire, Gennaro Malgieri, et du Professeur Roberto de Mattei.

   Malgieri a défini Madiran comme étant l’«un des maîtres de notre génération» et comme un auteur à contre-courant, «une référence du Catholicisme traditionnel». L’accord de Metz, d’après Malgieri, a permis à la culture communiste de «pénétrer dans les murs du Vatican, conditionnant toute l’Église» et causant «de graves conséquences, y compris dans la société civile», de par le sécularisme de masse dont nous supportons aujourd’hui les conséquences au plus haut degré. Cet accord «mettait en circulation une fausse monnaie : l’idée que le communisme pouvait être domestiqué». Les hiérarchies ecclésiastiques des années conciliaires ont ensuite commis l’erreur de se compromettre avec l’ennemi, au lieu de mettre les fidèles en garde, comme a osé le faire courageusement le grand dissident Alexandre Soljenitsyne. Les Pères du Concile se sont illusionnés de pouvoir, par l’accord de Metz, «adoucir les persécution anti-chrétiennes qui se déroulaient derrière le Rideau de Fer, alors que le résultat fut qu’elles n’ont fait que s’accroître», comme l’a noté Malgieri.

   Comment a-t-il été possible qu’au sein de l’Église catholique, tant de personnes aient ignoré le danger qui provenait de l’impérialisme communiste? D’après le Professeur de Mattei, les causes sont nombreuses et complexes, et elles trouvent leurs racines dans la théologie moderniste, qu’avait condamnée bien des années auparavant Pie X. L’Ostpolitik du Vatican des ces années-là «encourageait la docilité à l’égard de toutes les manifestations du monde moderne, dont le communisme représentait– comme l’a souligné de Mattei –  la plus nette expression». Au cours de ces années, certains souhaitaient directement mettre un «terme à l’ère de Constantin» au cours de laquelle l’Église, «au lieu de progresser dans Son Évangélisation, comme cela s’était passé à partir de la conversion de Constantin, cédait à l’esprit du monde, et s’y subordonnait». Or, en fin de compte, le Concile a péché par manque de vision à long terme, dans la mesure où, dans son ambition d’accueillir  – comme cela est manifesté de façon particulièrement claire dans Gaudium et Spes – l’«esprit de notre temps», «il n’a pas su voir venir la crise de la modernité qui devait, quelques années plus tard, engendrer Mai 68». Parmi les nombreuses conséquences doctrinales que l’Église a subies à la suite du Concile, figure (comme l’a fort bien rappelé Jean Madiran lui-même dans l’un de ses livres traduit en italien : L’eresia del XX secolo (L’Hérésie du XXème siècle), «cette hérésie d’omission», qui consiste à se taire sur les principales Vérités de Foi. Comme l’a rappelé De Mattei, par exemple, «en France, le mot “consubstantiel” a été supprimé, et dans de nombreux pays, les catéchismes sont à ce point dépourvus de toute contenu théologique, que les familles doivent commencer toutes seules leur cheminement de Foi».

   En conclusion de cette rencontre, Jean Madiran a rappelé que l’accord de Metz a été découvert tardivement, du fait d’une volonté minutieuse de le dissimuler, de la part des media et des pouvoirs forts, tandis que par ailleurs «la presse des régimes communistes a accordé une vaste publicité à cet évènement». Parler à nouveau de l’accord de Metz, et faire la lumière sur cette page sombre de l’Histoire de l’Église, est une entreprise éminemment pertinente, d’autant qu’«il faut rappeler à ceux qui croient que le communisme n’existe plus, qu’à cause de cet Accord, l’Église s’est contrainte elle-même à ne plus condamner aucune aberration, et qu’aujourd’hui nous risquons d’assister à la fin de Son Magistère», pour reprendre les mots de conclusion de Jean Madiran. »

L. M.

pénétration communiste dans l'Eglise

2011-76. Souvenirs de quelques conversations avec Monsieur l’Abbé Carmignac.

   La rédaction de ces souvenirs m’avait été instamment demandée par feu Monsieur Robert Cuny, alors président de l’Association Jean Carmignac, et elle fit l’objet de publications étalées dans les bulletins n° 9, 10 et 11 des « Nouvelles de l’Association Jean Carmignac » (année 2001).
A l’occasion du 25ème anniversaire du rappel à Dieu de celui qui fut tout à la fois un très grand savant et un éminent spirituel, j’ai décidé de publier aussi ces souvenirs sur ce blogue du Maître-Chat Lully, sans – bien sûr – en modifier la teneur mais en perfectionnant la forme.

Monsieur l'Abbé Jean Carmignac

   C’est dans le cadre des rencontres annuelles estivales du groupe « Fidélité et Ouverture », que j’ai fait connaissance de Monsieur l’abbé Jean Carmignac.

   En 1983, et bien que je ne fusse alors qu’un tout jeune religieux (21 ans), il m’avait été demandé de présenter au cours des journées de prière et d’amité de  « Fidélité et Ouverture », un exposé sur la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus : le culte du Sacré-Coeur faisait en effet quelques difficultés à certains intellectuels présents et il s’agissait donc d’en rappeler les fondements scripturaires, doctrinaux et spirituels, puis de dresser le tableau de ses développements historiques qui allèrent de pair avec une intensification de la spiritualité et une grande fécondité apostolique.

   A l’issue de mon exposé, Monsieur l’abbé Carmignac tint à me parler personnellement parce qu’il voulait me préciser quelques éléments que mon ignorance de l’Hébreu ne me permettaient pas d’apprécier, et qui venaient renforcer les idées que j’avais développées.
Avec beaucoup de clarté, il m’expliqua que le mot hébreu désignant le coeur allait bien au-delà de l’acception un peu trop sentimentale que nous lui connaissons en Français, mais qu’il permet d’exprimer une dimension très profonde de la personne : ce qu’elle a de plus grand, de plus noble, de plus ressemblant à Dieu, puisque l’Ancien Testament attribue déjà un « coeur » à Dieu.
Il me cita le psaume XXXII «Cogitationes cordis ejus in generatione et generationem… Les pensées de son coeur demeurent de génération en génération …», me faisant remarquer que c’était justement ce verset que l’Eglise avait choisi pour en faire l’introït de la messe du Sacré-Coeur.

   « Pour une mentalité hébraïque, me disait-il, la pensée vient du coeur, tandis que nous autres aurions tendance à dire qu’elle vient de l’intellect ». Et il me montra que ce verset, tout en permettant de développer la notion d’histoire du salut (tellement importante… et tellement « oubliée » par les tenants d’une exégèse historico-critique), s’accordait merveilleusement à ce que je venais de développer sur l’histoire et la doctrine, la spiritualité et les aboutissements de la dévotion au Coeur de Jésus, comprise – selon l’expression du Pape Pie XI – comme la synthèse admirable de toute la religion catholique.

   C’est ainsi qu’il m’a été donné de comprendre que la science exégétique, vaste et très nuancée, de Monsieur l’abbé Carmignac s’enracinait et s’épanouissait dans une vie spirituelle authentique, profonde, vive et vivifiante, qui n’avait rien de commun avec la science froide et sèche de nombre d’intellectuels prétendument catholiques.
Pour l’abbé Carmignac, la connaissance très poussée des Saintes Ecritures était véritablement devenue une connaissance vivante et surnaturelle du Christ qu’il aimait.

   J’étais, en ces temps là, chargé d’un cours d’initiation biblique à la maison de formation de mon Institut et je m’autorisais de la bienveillance avec laquelle Monsieur l’abbé Carmignac m’avait entretenu pour lui poser quelques questions qui me tenaient à coeur.

   Je me souviens en particulier d’une conversation très libre qui eut lieu au cours d’un déjeuner. C’était à propos des traductions françaises de la Bible et des éditions courantes qu’on en trouve.
J’expliquais les réticences que j’avais à propos de la T.O.B. (traduction oecuménique de la Bible) et les discussions un peu vives que j’avais eues à ce sujet avec des confrères – religieux ou prêtres – qui considéraient cette traduction et ses notes comme un travail sérieux, scientifique et fiable, et qui n’hésitaient pas à y recourir pour la préparation de leurs sermons ou de leurs enseignements…
Avec les personnes présentes, elles aussi intéressées par ce sujet délicat, nous demandâmes donc l’avis de l’abbé Carmignac.

   Il eut un bon et fin sourire : « Que l’on ne me dise surtout pas que la T.O.B. est un ouvrage de référence, ni une traduction rigoureuse et scientifique! Et je sais de quoi je parle, puisque je suis mentionné parmi les collaborateurs de cette traduction ! »
Avec humour, il nous raconta alors comment il avait été sollicité pour effectuer la traduction et rédiger l’introduction à l’un des petits prophètes, puis de quelle manière, et contre son gré, on avait voulu publier son travail dans la T.O.B.
Sa réaction de protestation venait du fait qu’il n’avait pris conscience qu’après avoir remis le travail qu’on lui avait demandé, de ce qu’étaient les prétentions de cette publication, mais aussi ce qu’était en réalité la mentalité exégétique de la plupart des traducteurs ou commentateurs avec lesquels son propre travail serait publié…

   Plusieurs personnes demandèrent alors l’avis de l’abbé sur les traductions françaises courantes, et voulurent savoir laquelle, selon lui, était la plus recommandable pour l’usage des fidèles « ordinaires ».
Sans hésitation, il nous conseilla d’utiliser de préférence les vieilles éditions qui présentaient de sérieuses garanties de catholicité (celles publiées avec un imprimatur avant les années 50), même s’il n’en était aucune de véritablement parfaite.

   Je crois l’avoir alors amusé en lui exprimant mon enthousiasme pour la traduction du Maistre de Sacy (elle n’avait pas encore été rééditée et on ne pouvait la lire que dans des éditions du XIXème siècle !), mais il me dit qu’il comprenait mon admiration pour cette version qui alliait une réelle sûreté doctrinale à l’extraordinaire beauté de la langue classique.

   Une autre fois, nous eûmes l’occasion de revenir sur ces traductions françaises de la Bible qui se présentent « d’après les manuscrits originaux ».
J’étais irrité contre cette mention que l’on trouve au début de plusieurs éditions courantes et qui ne peut qu’abuser le commun des fidèles : en effet, ceux que l’on appelle « manuscrits originaux » ne sont que des manuscrits hébraïques de l’Ancien Testament qui ne remontent pas, pour l’ensemble, au delà du IXe siècle de notre ère : ils sont donc postérieurs de plusieurs siècles aux plus anciens manuscrits des versions grecques ou latines de ces mêmes textes.
Or, les exégètes « modernes » ont tendance à mépriser ou à tenir pour négligeables les leçons de la Vulgate ou de la version des Septante quand elles divergent d’avec celles du texte hébreu contenu dans des manuscrits plus récents.

   Je ne cachais pas que, à mon avis, le judaïsme postérieur à la destruction du Temple de Jérusalem (70 ap. J.C.) avait préféré « réviser » le texte hébreu des livres saints (en particulier lorsque les  voyelles avaient été ajoutées) quand il était trop manifestement en faveur de la foi chrétienne, plutôt que de garder telles quelles certaines prophéties, dont le texte des Septante garde l’état originel.
Et je citais Saint Jérôme – que l’on sait pourtant très attaché à la « veritas hebraica » – qui répondait à Marcella, se plaignant de ne pas avoir reçu de lettre de lui : « Quel est donc ce travail si important et si nécessaire, me direz vous, qui ne vous permet pas le plaisir d’une causerie épistolaire ? C’est la confrontation de la version d’Aquila avec le texte hébreu, étude dont je m’occupe depuis longtemps, pour voir si la Synagogue n’aurait pas fait à l’original, en haine du Christ, quelque changement ; et je ne craindrai pas d’en faire l’aveu à une amie comme vous, j’ai trouvé là bien des choses capables de corroborer notre foi ! »

   Monsieur l’abbé Carmignac donna son assentiment à mon opinion et, lorsque je lui demandais si les textes bibliques retrouvés à Qumrân, dans le cas de leçons divergentes, étaient plus proches du texte des Septante ou de celui des textes hébreux prétendûment « originaux », il répondit sans hésitation que, dans l’ensemble, les textes hébreux retrouvés à Qumrân authentifiaient les leçons de la version des Septante.

   Il ajouta alors qu’il était convaincu que le texte hébreu des Saintes Ecritures, tel qu’il était lu en Palestine à l’époque de Notre-Seigneur et des débuts de l’Eglise, était globalement le même que le texte contenu dans la version grecque des Septante en raison du fait suivant : lors du concile de Jérusalem, où fut débattu de ce qu’il fallait imposer des usages du judaïsme aux nouveaux chrétiens issus du paganisme, l’apôtre Saint Jacques, dit le Mineur, intervint à la suite de Saint Pierre en faveur de mesures prudentes de discipline qui ne gardaient des prescriptions mosaïques qu’une part minime. Il s’agissait de faciliter les relations entre les fidèles venus du paganisme et ceux qui, issus du judaïsme, restaient attachés à tous les usages mosaïques.

   L’intervention de Saint Jacques se trouve en Actes XV, 13-21. Or l’argumentation qu’il développe fait intervenir une citation du prophète Amos (IX,11-12) annonçant : « Après cela je reviendrai, et je rebâtirai le tabernacle de David qui est tombé ; je réparerai ses ruines et je le relèverai ; afin que le reste des hommes cherche le Seigneur, et aussi toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué, dit le Seigneur qui fait ces choses ». Cette leçon, on le voit, contient des perspectives de salut universel.

   La plupart des éditions modernes signalent en note que Saint Jacques cite le prophète Amos d’après le texte grec de la Septante, car le texte hébreu des prétendus « manuscrits originaux » contient cette leçon-ci : « En ces jours là, je relèverai le tabernacle branlant de David, je réparerai ses brèches, je relèverai ses ruines, je rebâtirai comme aux jours d’autrefois afin qu’ils possèdent le reste d’Edom et toutes les nations qui furent appelées de mon nom ; oracle du Seigneur qui a fait cela ». Ici, il n’est plus de trace d’un salut adressé à toutes les nations, mais l’affirmation d’une domination universelle d’Israël.

   Monsieur l’abbé Carmignac faisait alors remarquer que Saint Jacques, considéré comme l’un des plus fidèles gardiens des traditions du judaïsme dans la primitive Eglise, et qui devait donc logiquement être attaché au texte hébraïque des Saintes Ecritures plus qu’à leur version grecque, cite un texte dont le sens est conforme à celui contenu dans la traduction des Septante afin de justifier une décision qui impose aux fidèles venus du paganisme une observation minimaliste des usages mosaïques.
Les chrétiens issus du judaïsme qui avaient voulu imposer tous les préceptes de la loi juive aux nouveaux convertis se trouvaient donc un peu « désavoués » par celui des apôtres qui se trouvait le plus proche d’eux (l’abbé souriant dit même – cum grano salis – que Saint Jacques, en nos temps, serait passé pour « l’intégriste de service » !).
Si le texte hébreu du prophète Amos lu par les Juifs palestiniens avait été différent, comme il l’est aujourd’hui dans les manuscrits dits « originaux », de la leçon invoquée par Saint Jacques à l’appui de son argumentation, il leur aurait été facile de la contester, de protester en disant que le texte qu’il utilisait était une interprétation erronée de la prophétie… Or, il n’en fut rien !
« Cela signifie donc
, concluait l’abbé Carmignac, que le texte hébreu originel était conforme à ce que nous lisons aujourd’hui dans la traduction des Septante et non à la leçon actuelle que nous trouvons dans les manuscrits hébreux ».

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

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Lire aussi :
- In memoriam : Monsieur l’abbé Jean Carmignac > ici.
- le témoignage de Vittorio Messori sur l’abbé Jean Carmignac > ici.

2011-75. Témoignage de Vittorio Messori sur l’abbé Jean Carmignac.

paru dans

« Inchiesta sul Cristianismo »
(« Enquête sur le Christianisme »)

Traduction établie par Madame Marie-Christine Ceruti
et publiée avec son autorisation.

    C’est en 1984 qu’est née la « querelle » [1] entre les spécialistes de la Bible et, plus généralement, entre ceux qui étudient les origines du Christianisme. C’est à cette époque-là qu’a paru dans les librairies françaises un petit livre d’aspect modeste au titre discret « la Naissance des Evangiles Synoptiques » [1], imprimé par un petit éditeur spécialisé. Moins de cent pages dans la première édition, un peu plus dans la seconde édition parue « avec la réponse aux critiques », écrites par un auteur inconnu de la grande masse : un certain Jean Carmignac, bibliste et prêtre parisien. Rien d’extraordinaire, par conséquent, mieux, une apparence de modestie. Voire d’ennui.
Mais ici, plus que jamais, les apparences trompent : parce que si l’ « abbé » [1] Carmignac a par hasard raison, « d’entières bibliothèques devront passer dans le rayon des livres inutiles », comme l’a écrit un spécialiste. Si ces petites pages de rien disent vrai, « la lecture entière du Nouveau Testament sera à revoir » et « l’exégèse biblique du futur devra suivre des chemins complètement différents de ceux qu’elle a suivis depuis deux cents ans ». C’est ce que me disait l’auteur, réservé, doux, hostile aux polémiques, mais bien sûr de son fait, avec une demi siècle d’études super-spécialisées derrière lui.
Dans cette querelle, en fait, l’attention du public était attirée par le livre mais aussi par l’auteur, personnage hors du commun, bien qu’il fit tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas le devenir, pour être laissé en paix au milieu de ses livres et de ses études.

   Déconcertante fut, dès le premier instant, ma rencontre avec lui : l’adresse de Paris, obtenue au téléphone, ne correspondait pas à une maison, mais à une petite porte à côté d’une église, la paroisse de Saint François de Sales, dans le bourgeois 17e « arrondissement » [1].
Monté par un escalier de bois qui craquait dans le silence de ce qui ressemblait à un bâtiment inhabité, je sonnai au dernier étage à une porte, et un soupirail s’ouvrit par lequel se montra un vieillard menu, le visage effilé, les cheveux blancs, habillé – mirabile dictu! – vraiment en prêtre, avec tout ce qu’il fallait de soutane et de col blanc.
L’apparition m’indiqua une chaise sur le palier, proféra quelques monosyllabes, puis la porte se referma. Le mystère se dissipa peu après lorsque la porte se ré-ouvrit, qu’il en sortit une personne et que sortit aussi l’abbé Carmignac souriant et cordial, qui m’introduisit dans sa maison. Cette dernière, plus qu’un logement, se révéla être un dépôt de livres et de manuscrits, avec juste la place pour un petit bureau – encombré lui aussi de papiers – et un lit.
L’attente sur le palier? C’est que l’érudit, le bibliste, professeur Carmingac n’oubliait pas qu’il était aussi – surtout – un prêtre : « Je suis vicaire, ici, et chaque jour je dédie un peu de mon temps à ce que la plupart de mes confrères de France ne veulent plus faire : confession et direction spirituelle. Vous voudrez bien m’en excuser, mais je finissais juste de confesser ».
Par cela et par d’autres signes il apparaissait aussitôt clairement que Jean Carmignac appartenait à ces spécialistes de la Bible qui ne se limitent pas à traiter ces pages comme un objet quelconque d’érudition, mais comme base d’une foi vivante et vécue.

   Fils de pauvres gens de la campagne française, entré au séminaire où il se signala aussitôt pour son goût de l’étude, le jeune Carmignac fut rapidement envoyé à Rome pour se préparer à devenir professeur dans son petit diocèse.
Après avoir acquis licences et diplômes, c’est une jeune tellement au fait des études bibliques (hébraïques surtout) qui revint en France, que son évêque lui-même l’envoya à Paris, pour qu’il n’étouffât pas en province. Et puis, en 54, il obtient une bourse d’études pour Israël et c’est le premier contact avec les manuscrits de la communauté Essénienne de la Mer Morte, découverts depuis peu dans une grotte. Un monde nouveau pour l’hébraïsant qui connaissait sur le bout des doigts la langue de l’Ancien Testament mais qui s’approchait pour la première fois d’une langue sémite comme celle de Qumrân riche de nouveautés, de surprises. Il devait en devenir un des plus grands experts mondiaux.
Fondateur, directeur et, naturellement, unique rédacteur de la « Revue de Qumrân » [1] (le seul journal qui s’occupe de façon exclusive de ces textes re-émergés après deux mille ans, comme par miracle), Carmignac maintenait sa publication à un niveau d’érudition très élevé. Mais combien êtes-vous dans le monde à vous occuper de Qumrân? lui demandai-je. « A temps plein, je crois une dizaine, une douzaine au maximum… », répondit-il désarmant.

   Des écritures hébraïques de la Mer Morte aux Evangiles et à leur origine sémitique : ce fut un tournant pris en 1963, et, depuis lors, poursuivi avec détermination, jusqu’à sa mort près de vingt-cinq ans plus tard. Il me raconta comment les choses s’étaient passées.
« J’ai commencé par hasard à m’occuper de la naissance des Evangiles. En traduisant les textes de Qumrân, je constatais beaucoup de rapports avec le Nouveau Testament et j’ai pensé que je pourrais en tirer un commentaire à la lumière des documents de la Mer Morte. J’ai décidé de commencer par l’Evangile de Marc et, pour mon usage personnel, j’ai voulu voir quel son il rendait traduit dans l’hébreu de Qumrân. »
Et là commencèrent les surprises : « J’imaginais qu’une semblable traduction aurait été très difficile à cause des différences considérables entre la pensée sémitique et la pensée grecque. Et au contraire j’ai découvert aussitôt, stupéfait, que la traduction se révélait extrêmement facile. Après une seule journée de travail – c’était en avril 63 – j’étais déjà convaincu que le texte de Marc ne pouvait pas avoir été rédigé en grec : ce devait être, en réalité, la traduction grecque d’un original hébreu. Les grandes difficultés auxquelles je m’attendais avaient toutes été résolues par le traducteur hébreu-grec qui avait transposé mot pour mot, en conservant jusqu’à l’ordre des termes requis par la grammaire hébraïque ». En somme « plus j’avançais dans mon travail et plus – d’abord chez Marc et puis chez Matthieu – je découvrais que le corps visible du texte était en grec mais que l’âme invisible était sémitique, sans aucun doute possible ».

   Dans la conclusion de son petit livre – véritable pierre jetée dans la mare de l’exégèse biblique moderne – Carmignac a résumé en huit points ce qu’il définissait comme « les résultats provisoires de vingt années de recherche sur la formation des Evangiles Synoptiques ». Les mots sont mesurés, les degrés de probabilité attentivement gradués : « Primo il est certain que Marc, Matthieu et les documents utilisés par Luc ont été rédigés en langue sémitique ». Suit un deuxième point : « Il est « probable »[2] que cette langue sémitique soit l’hébreu plutôt que l’araméen ». Troisième point : « Il est « assez probable » [2] que l’Evangile de Marc ait été composé en lanque sémitique par l’apôtre Pierre lui-même ».
L’importance de ces affirmations  (calmes mais fondées sur deux décennies de travail) n’échappe pas aux experts, lesquels savent bien que déjà Erasme de Rotterdam, au XVIe siècle, avançait l’hypothèse que derrière le texte grec des trois premiers Evangiles – les Synoptiques – se trouvait un original hébreu. Ensuite, cependant, cette hypothèse fut pourchassée et rejetée au rang des thèses inadmissibles par la critique de « la philosophie des lumières » (ensuite la critique rationaliste, puis positiviste, puis historiciste) qui au XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui a dominé le camp de ce qu’on appelle « l’incroyance » et a pénétré pour finir même chez beaucoup d’experts chrétiens ; d’abord protestants mais, depuis quelques temps, aussi catholiques. Carmignac se refusait à citer des noms, à entamer des polémiques ; il voulait que ce soient les faits qui parlent pour lui. A travers ses paroles cependant (et les accusations explicites d’un autre Français, Claude Tresmontant qui, arrivé dans ces mêmes mois, bien que par d’autres voies, aux mêmes conclusions, les avait exposées lui aussi dans un livre, « le Christ Hébreu »[1]), on comprenait bien à quel point les études que le Nouveau Testament étaient, à son avis, dominées par des préjugés non scientifiques.

   On part assez souvent, me disait-il, de présuppositions indéracinables comme : « Les Evangiles « doivent » [2] être des compositions tardives, des textes dans lesquels ont conflué les préoccupations et les ajustements de la communauté primitive telles, par leur qualité et leur quantité, qu’elles rendaient pratiquement impossible d’y retrouver la voix authentique du Jésus qui prêchait en Palestine ». Il continuait en énumérant d’autres préjugés « non scientifiques » : « Les Evangiles « doivent » [2] être compris dans le contexte de la culture hellénistique, et donc « doivent » [2] avoir été composés en grec ». Et encore : « Les Evangiles « doivent » [2] être aussi le résultat d’une longue et obscure préhistoire orale parce que en eux, à chaque page, explose le surnaturel, le prodigieux : maintenant, étant donné que le miracle est impossible dans la vision « rationaliste » du monde, qu’il n’est de toute façon pas acceptable par la mentalité de tant d’intellectuels modernes, il faut supposer un temps adéquat pour que la « légende » chrétienne puisse se former, se coaguler dans les textes évangéliques, sous l’influence aussi des religions à mystères arrivées de l’Orient dans l’Empire Romain ». C’est avec des a-priori de ce genre, faisait comprendre Carmignac, que continue à travailler une grande partie de la critique biblique, celle-là précisément qui occupe jusqu’aux chaires des universités et qui domine les journaux et les maisons d’édition.

   Carmignac me rappela la longue et fatigante traduction en français du livre de A.T.Robinson, l’évêque anglican qui venant de premières positions rationalistes, « démythisatrices », se convertit en 1976 à une lecture du Nouveau Testament conforme à l’antique tradition chrétienne. Carmignac lui-même prépara aussitôt la traduction, mais les interventions – manifestes et occultes – du « lobby » [3] de certains spécialistes en avaient empêché la publication. Paolo Sacchi, l’hébraïsant de l’université de Turin, dans un des premiers compte rendu sur le livre-bombe de Carmignac jugeait « évidente » la thèse de la composition en langue sémitique des Evangiles, à tel point que, écrivait-il, « on se demande spontanément avec quel poids les problèmes idéologiques ont pesé sur la recherche biblique pour que jusqu’à aujourd’hui la thèse opposée ait prévalu ». En réalité, continuait Sacchi, qui est un des spécialistes les plus estimés en cette matière, « toutes la question est grevée de problèmes idéologiques et je doute donc que la thèse de Carmignac soit retenue. Je crains même qu’elle ne finisse comme celle de Robinson ».

   En effet, Sacchi fit une prophétie facile. Pierre Grelot, prêtre, bibliste célèbre de l’Institut Catholique de Paris, une des plus grandes universités catholiques, est intervenu comme la foudre avec vingt-deux observations critiques qui s’efforçaient de démolir, même de tourner en ridicule le travail de son collègue et confrère Carmignac. Lequel répondit avec autant de contre-observations.
La critique finale de Grelot disait : « En ce qui concerne Carmignac, ses hypothèses constitueront peut-être la base de l’exégèse des Evangiles vers l’an deux mille. Je pense plutôt qu’elles dormiront dans le cimetière des hypothèses mortes. On ne peut exclure que, de temps en temps, un érudit les déterre : mais en vain! J’aurais du moins jeté par avance, avec une certaine peine, quelques pelletées de terre sur leur tombe : les hypothèses de ce genre méritent bien un tel hommage ».
Réponse de Carmignac à une telle agression : « Je prie le Seigneur de nous accorder à tous deux, à M.Grelot et à moi, une bonne santé jusqu’à l’an deux mille (et même au-delà). Et j’invite l’ « abbé » (1) Grelot à nous rencontrer alors, au jour et au lieu qui lui plairont, pour que nous constations ensemble lequel des deux aura été le meilleur prophète ».

   Le souhait de l’abbé Carmignac ne s’est pas réalisé. Et personne ne peut dire si sur sa fin subite a de quelque façon pesé l’amertume due à ce qu’il a défini dans une lettre privée comme « une authentique persécution » organisée par ses collègues, souvent confrères dans le sacerdoce. En effet, avant la publication de son petit livre, il était estimé et étudié par ceux-là même qui ensuite se refusèrent à le saluer et, ce qui est pire, lui fermèrent les portes des maisons d’édition, si bien qu’il se vit contraint d’écrire en anglais de publier ainsi à l’étranger, comme si elle était un texte clandestin, cette oeuvre dans laquelle il comptait donner des preuves irréfutables de ses affirmations et qu’il pas eu le temps de terminer.

   Mais pourquoi la certitude de Carmignac a-t-elle suscité tant de réactions dures et méchantes : cette certitude (atteinte à l’issue d’un travail acharné l’ayant conduit à retrouver jusqu’à 90 traductions hébraïques du Nouveau Testament) que Matthieu, Marc et les documents utilisés par Luc ont été écrits non pas en grec mais dans une langue sémitique?
Comme me l’expliqua de vive voix le vieux savant, en me rappelant ce qu’il avait écrit, si la langue des Evangiles à l’origine était l’hébreu (ou l’araméen, même s’il penchait, lui, pour la première éventualité), c’était le signe qu’ils ont été composés alors que le Christianisme naissant était encore confiné en Palestine et n’avait pas déjà explosé dans les territoires de l’Empire, où pour se faire comprendre il fallait s’exprimer en grec, l’anglais de l’époque.

   Mais alors, observait-il, « toute la datation des Evangiles doit être révisée et située à une date antérieure. Si vraiment, comme cela semble certain, les Evangiles ont été écrits en hébreu, ils « collent » aux évènements, ils rapportent des paroles et des faits contrôlables directement par ces témoins encore vivants, sur les lieux même où ils se sont passés. Ce ne sont donc pas des compositions suspectes du point de vue historique, elles n’ont pas été soumises à ces longues manipulations de la communauté croyante dont parle l’exégèse aujourd’hui dominante. Il s’agit au contraire de documents historiques, presque de chroniques, de toute première main : et par conséquent leur niveau de crédibilité s’élève d’un coup, les certitudes de la foi viennent s’appuyer sur des confirmations historiques ».

   Si on tient la datation qui jusqu’à présent est reconnue presque partout, Marc aurait été composé vers l’an 70, date cruciale parce que c’est celle de la destruction de Jérusalem par les Romains, avec en conséquence la disparition définitive de ce monde hébreu qui avait été celui de Jésus et de ses premiers disciples ; Matthieu et Luc auraient été composés entre 80 et 90 ; Jean à la fin du siècle (quelqu’un s’est avancé même jusqu’à parler de 170…).
Carmignac observait (et avec lui Robinson, Tresmontant et d’autres exégètes qui émergent ça et là) que déjà autour de l’année 50 le Christianisme a explosé en dehors du monde palestinien. Donc, à partir de ce moment il aurait été inutile, pis dangereux, d’écrire dans une langue locale les documents de la foi. Si l’original des Evangiles est vraiment sémitique, c’est parce qu’ils ont été écrits aussitôt, entre l’an 30 (date probable de la mort de Jésus) et l’an 50 ou à peine plus tard.

   A travers des considérations qu’ici la place empêche d’exposer, le savant solitaire enfermé dans son ermitage parisien proposait cette datation : Marc n’a pas été écrit postérieurement à 42-45 et ce serait Saint Pierre lui-même qui l’aurait écrit, même si l’Evangile a pris le nom de son traducteur grec, peut-être par un acte d’humilité de la part du chef des Apôtres. Matthieu aurait été écrit vers l’an 50 et Luc peu après, en grec, mais en utilisant des documents écrits en hébreu. Et Jean? La réponse de Carmignac témoigna de son scrupule d’érudit : « Je suis spécialiste des Synoptiques seuls, je ne peux pas prendre de position précise ».
Il donna cependant des indications battant elles aussi en brèche l’opinion dominante : « Avec une méthode absolument a-scientifique, la majorité des experts part de la théologie présumée qu’exprimerait chaque évangéliste pour dater le texte. C’est dire qu’on utilise une méthode philosophique, théologique (un certain concept de « l’évolution de la pensée religieuse ») et non, comme il serait cependant correct, une méthode philologique et historique ». On est arrivé ainsi à l’axiome selon lequel Jean serait nécessairement très tardif, parce qu’il porterait des traces évidentes de l’approfondissement de la théologie des Synoptiques et parce qu’il serait marqué par une mentalité hellénistique. Mais en réalité cette présumée « mentalité hellénistique » a été retrouvée par Carmignac – et par d’autres spécialistes – dans des documents absolument hébraïques et sûrement antérieurs à l’année 70 ap.J.C. que sont les rouleaux de Qumrân.
Il me dit : « Si, par hypothèse, un jour on ne savait plus quand ont vécu les écrivains français et si, pour en reconstruire la chronologie, on appliquait les méthodes philosophiques et non philologiques utilisées pour le Nouveau Testament, les spécialistes soutiendraient sûrement avec une certitude absolue que Montaigne – mort en 1592 – était un écrivain du XXe siècle et que Claudel – mort en 1955 – écrivait au contraire au XVIe siècle! »

   Quoi qu’il en soit, l’enjeu ici est de la plus haute importance : l’objet du débat implique les biblistes mais concerne tout le monde, ce n’est certes pas un problème de rats de bibliothèque. Il s’agit des bases mêmes de la foi, de la personne de Jésus de Nazareth et de la possibilité qu’il soit vraiment ce que les croyants croient qu’il est.
Les études doivent continuer, en se confondant avec les faits objectifs et en abandonnant (s’ils veulent vraiment s’appeler « scientifiques ») les préjugés, les paresses, voire la défense de positions dominantes acquises.
Certes, comme dans tout « roman policier » qui se respecte, des raisons il y en a de part et d’autres : Carmignac lui-même m’a rappelé plusieurs fois que ses idées n’étaient que des hypothèses de travail, même si elles sont bien fondées. Il ne voulait pas même sortir à découvert : « Me pardonnera-t-on d’avoir écrit ce petit livre? J’ai eu du mal à me décider à le publier parce que mon plan était de continuer les recherches jusqu’à la limite extrême, d’en exposer les résultats dans de gros volumes scientifiques et seulement alors de m’adresser au grand public avec un livre de vulgarisation comme celui que j’ai proposé maintenant. Mais beaucoup d’amis m’ont fait remarquer que je risquais d’être au cimetière avant de terminer ces volumes et que depuis de longues années me recherches ne réussissaient pas à modifier mes premières conclusions, et, par conséquent, que je pouvais commencer à les divulguer. J’expose les résultats de vingt ans de recherches : elles m’ont amené à certaines convictions, je voudrais les faire connaître, en étant bien conscient qu’elles ne sont pas du tout conformes à la mode actuelle. Au lecteur et au temps la tâche de juger… »
Il ajouta avec cet air doux, avec ce sourire qui tout de suite frappaient chez lui : « Je n’en veux à personne, même si beaucoup m’en veulent. Je crois être sincère dans ma recherche de la vérité. Si on me présente des preuves convaincantes je suis toujours prêt – je le dis devant Dieu – à améliorer ou même à modifier mes conclusions actuelles ».

   Dans cette ligne de refus de l’intransigeance fanatique, de désir de ne pas alimenter les polémiques, il a voulu que, dans la traduction italienne, ne soit pas publié l’appendice avec sa réplique aux 22 « observations critiques » de Pierre Grelot.
« Je crois ne pas m’être trompé – disait-il – mais si j’ai raison ce sera le temps qui fera émerger la vérité, non les batailles de nous autres experts, avec le risque de compromettre la charité ».

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(1) en français dans le texte.
(2) en italiques dans le texte.
(3) en anglais dans le texte.

A lire également :
- « In memoriam : Monsieur l’Abbé Jean Carmignac » > ici.
- Frère Maximilien-Marie nous livre ses souvenirs de quelques conversations avec Monsieur l’abbé Jean Carmignac > ici.

2011-74. In memoriam : Monsieur l’Abbé Jean Carmignac (1914-1986).

Vendredi 30 septembre 2011,
fête de Saint Jérôme.

Saint Jérôme étudiant les Saintes Ecritures

   Je veux profiter de la fête de Saint Jérôme, le « Prince de l’exégèse chez les latins », pour publier simultanément trois textes importants, par leur longueur autant que par leur contenu, qui ont un rapport certain aux Saintes Ecritures et qui, une fois de plus, risquent de ne pas plaire à certains, j’en ai bien conscience.

   Saint Jérôme demeure un modèle pour tous les fidèles en raison du zèle avec lequel il s’est nourri spirituellement de la Bible, dont il a cherché à vivre les enseignements avec toute l’ardeur d’un très riche tempérament ; il est aussi un modèle pour tous les savants, biblistes, chercheurs, traducteurs, exégètes et commentateurs de la Sainte Ecriture, en raison de la rigueur scientifique conjuguée avec une stricte fidélité aux enseignements de l’Eglise, dont il fit montre dans ses travaux.

   Ce n’est cependant pas de Saint Jérôme que je veux vous entretenir, mais de l’un de ses plus éminents continuateurs et modernes émules, dont ce 2 octobre 2011 marque le 25ème anniversaire du rappel à Dieu : je veux parler de Monsieur l’abbé Jean Carmignac.

   Parmi les très grandes grâces que la divine Providence a accordées à Frère Maximilien-Marie, il y a eu celle d’avoir un peu connu et approché Monsieur l’abbé Carmignac, dont il parle toujours avec vénération et admiration parce qu’il fut tout à la fois un très grand savant et un homme d’une très haute spiritualité.
Il est donc impossible de laisser passer ce 25ème anniversaire sans rappeler qui il fut et ce que furent ses travaux, ce qui – inévitablement – nous portera à dire un mot des polémiques qu’ils ont suscitées.

   Je vais pour cela reprendre ici des éléments qui ont été déjà publiés, en particulier sur le site de notre chère Association Jean Carmignac, qui a pour but de faire connaître l’oeuvre spirituelle et scientifique de ce prêtre et, à sa suite, celle de tous les chercheurs qui défendent comme lui l’historicité des Evangiles, en s’appuyant sur des arguments incontestables émanant de sciences telles que l’histoire, la philologie, l’archéologie, la papyrologie… etc.

Qui   est   l’abbé   Jean   Carmignac ?

Monsieur l'Abbé Jean Carmignac

   Il naquit à Paris, le vendredi 7 août 1914, et y passa sa petite enfance, mais en juillet 1919 ses parents s’installèrent en Lorraine, dont Madame Carmignac était originaire, et le petit Jean grandit donc à Marey, village situé à quelque vingt kilomètres au sud de Vittel. L’abbé dira lui-même à propos de cette enfance en milieu rural : « Je me sens profondément ‘paysan’ et j’ai si bien pris l’accent des Vosges que je le garde toujours, paraît-il ».

   A l’âge de 12 ans, son attrait pour le sacerdoce est déjà mur et sa décision irrévocable : « Très jeune j’ai voulu consacrer ma vie à quelque chose d’utile et j’ai bien vite compris que rien ne serait plus utile que de devenir prêtre et de travailler au salut des âmes ».
Après avoir triomphé de l’opposition de son père (qui avait duré quatre ans), il entre au petit séminaire de Mattaincourt (1925-1931), puis au grand séminaire de Saint-Dié (1931-1934).
Ses maîtres sont frappés par sa vive et brillante intelligence, par son goût des études en même temps que par sa foi profonde, si bien que, pour répondre au désir que Pie XI avait exprimé à l’évêque de Saint-Dié d’avoir un étudiant de son diocèse à Rome, c’est lui qui fut désigné pour le Séminaire Français Pontifical. Il y resta de 1934 à 1939 et obtint des licences en théologie et en Ecriture Sainte. C’est aussi à Rome qu’il commença l’étude de l’Hébreu biblique.
Mais bien évidemment Rome n’est pas seulement pour lui un lieu d’études supérieures. Il dira de ces années : « …. (ce) fut un  enchantement à la fois intellectuel et spirituel : l’Italie m’a beaucoup marqué et j’ai laissé à Rome la moitié de mon coeur« .

   Il avait été ordonné sous-diacre à Saint-Dié le 11 octobre 1936, diacre à Rome le 19 décembre 1936 et prêtre le samedi saint 27 mars 1937, dans la chapelle du grand séminaire de Saint-Dié.
Il achève ses études à Rome alors que la guerre va éclater. Toutefois l’abbé Carmignac n’est pas mobilisé, parce qu’il est atteint de lésions pulmonaires.

   Il est d’abord nommé professeur d’Ecriture Sainte et de Morale Fondamentale au grand séminaire de Saint-Dié, où il crée aussi un cours d’Hébreu.
Bientôt, parce que beaucoup de prêtres professeurs sont au front ou en camps de prisonniers, on lui ajoute l’économat. Il lui faut trouver de quoi nourrir quotidiennement 175 personnes, en période de rationnements : « De nuit j’allais avec une camionnette à gazogène, souvent en panne, chercher du ravitaillement dans les régions agricoles et le jour je faisais mon travail de professeur ».

   Mais au bout de quelques mois à ce rythme, il est terrassé par la tuberculose. En juillet 1943 il doit partir au sanatorium du clergé, à Thorenc, où il subit deux pneumothorax.
C’est, peut-on dire, « grâce à la tuberculose » qu’il échappe à la déportation, puisqu’en novembre 1944 les Nazis envoient tous les hommes de la région de Saint-Dié à Dachau.

   L’abbé Carmignac quitte le sana de Thorenc en juin 1945 et il est nommé aumônier d’un petit hôpital, ce qui lui laisse d’amples loisirs pour approfondir ses études hébraïques de l’Ancien Testament.
Il est ensuite aumônier militaire dans des hôpitaux en Allemagne (mais sa santé y pâtit du climat), puis à nouveau aumônier d’un petit hôpital près de Saint-Dié.

   Son évêque lui propose alors de poser sa candidature pour une bourse à l’Ecole Biblique et Archéologique française de Jérusalem : l’ayant obtenue, il part en septembre 1954 pour la Terre Sainte.
Chez lui, le prêtre et le savant coexistent dans une très grande harmonie. Jérusalem est pour lui avant tout le lieu où Jésus a accompli la rédemption en souffrant pour nous par amour : « Chaque matin je célébrais la Messe au Lithostrotos, là où Jésus a été condamné par Pilate ; le vendredi je participais au chemin de la croix dans les rues de la ville ; souvent je pouvais aller prier à Gethsémani ou au Calvaire ».

    »Ma bourse comportait l’obligation de rédiger un travail pour l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. J’ai choisi l’étude du déchiffrement d’un manuscrit de la Mer Morte, et cela m’a amené à me spécialiser dans les fameuses découvertes faites à Qumrân, près de la Mer Morte. Quand j’ai quitté Jérusalem, en avril 1956, j’avais terminé la rédaction de l’ouvrage qui a été publié en 1958 chez Letouzey et Ané sous le titre : « La Règle de la Guerre des Fils de Lumière contre les Fils de Ténèbres. Texte restauré, traduit, commenté ».
A mon retour en France, mon évêque a jugé qu’il valait mieux que je continue dans cette ligne et il m’a conseillé de demander un poste de vicaire auxiliaire à la paroisse Saint-Sulpice (…). Ainsi j’avais la chance de partager mon temps entre deux activités qui me passionnaient l’une et l’autre : le ministère paroissial, surtout par la confession et la direction de conscience, me fournissait l’occasion d’aider les âmes dans leur vie spirituelle, et les recherches hébraïques me faisaient mieux découvrir l’ambiance religieuse dans laquelle ont été composés nos Evangiles »
.

   Devenu l’un des plus grands experts mondiaux de l’hébreu qumrânien, l’hébreu du temps du Christ, il fonde en 1958 la « Revue de Qumrân« , seule revue au monde consacrée à ce sujet.
Tout en restant très attentif à son ministère sacerdotal (ses qualités de confesseur et de directeur spirituel ont laissé des souvenirs particulièrement riches et durables), il poursuit ses recherches et ses traductions. C’est ainsi que sont publiés chez Letouzey et Ané, en 1961 et 1964, les deux volumes des « Textes de Qumrân traduits et annotés ».

   C’est peu après que l’existence de l’abbé Carmignac va connaître un tournant dramatique : « (…) ma vie a été bouleversée par un évènement dont vous aurez peut-être du mal à comprendre l’importance. Quand j’ai appris qu’une nouvelle traduction française du « Notre Père » allait contenir la formule « ne nous soumets pas à la tentation », j’ai été indigné, d’abord parce que cette traduction est fausse, et surtout parce qu’elle constitue un outrage à Dieu, qui n’a jamais soumis personne à la tentation. J’ai donc protesté auprès des autorités responsables de cette erreur, mais je n’ai pas réussi à les faire modifier cette regrettable traduction. Persuadé que la vérité finit toujours par s’imposer, je me suis mis à préparer une thèse de doctorat sur le « Notre Père ». Je l’ai soutenue le 29 janvier 1969 et elle est parue en juillet de la même année avec le titre : « Recherches sur le Notre Père » (Letouzey et Ané); c’est un gros volume de 608 pages, qui pèse plus d’un kilo! Plus tard je l’ai abrégé en un petit volume de vulgarisation : « A l’écoute du Notre Père« .

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    »Bien entendu, cette opposition, que ma conscience m’imposait à la fois par loyauté scientifique et par respect de Dieu, n’a pas été appréciée par les autorités ecclésiastiques et j’ai dû quitter mon poste à Saint-Sulpice pour me réfugier à la paroisse Saint-Louis d’Antin, puis en 1967 à la paroisse Saint-François de Sales… »

   L’abbé Carmignac va donc rester à Saint François de Sales jusqu’à la fin de sa vie, de plus en plus écarté du ministère : en 1981, il confiait à Frère Maximilien-Marie qu’on ne lui laissait plus célébrer que la messe de 7h du matin – messe au cours de laquelle il n’utilisa jamais la traduction fautive et blasphématoire du Notre Père, puisqu’il la célébrait en latin! – et que son curé ne lui permettait pas de prêcher aux messes dominicales (sauf en période de vacances quand les autres vicaires étaient absents), ni de faire le catéchisme… Il peut continuer son ministère de confession et de direction spirituelle (parce que les autres prêtres n’en veulent pas) et emploie tout le reste de son temps à ses recherches bibliques.

   L’opposition à son encontre prendra même la tournure d’une véritable persécution (par ses confrères!) et retardera pour un temps ses publications scientifiques, lorsque on commencera à apprendre que ses travaux exégétiques sur les sémitismes attestent l’origine hébraïque des Evangiles ainsi qu’une datation proche des événements qu’ils relatent.
En 1979 il publie « Mirage de l’Eschatologie, Royauté, Règne et Royaume de Dieu… sans Eschatologie« , où il dénonce la grave et fréquente confusion entre les notions de « fin des Temps » et de « Royaume de Dieu », livre fondamental pour la compréhension du Nouveau Testament et de l’Apocalypse en particulier.

   Travaillant pendant plus de vingt ans à accumuler tout le matériel nécessaire à une publication scientifique capable de convaincre ses pairs du substrat hébraïque des Evangiles, il collationne à travers toute l’Europe plus de quatre-vingt rétroversions des Evangiles en Hébreu et, tout en publiant cinq tomes de ces rétroversions entre 1982 et 1985, il réalise la première rétroversion en hébreu qumrânien de l’Evangile selon Saint Marc, travail très important pour la confirmation de ses hypothèses.

   Mais voyant courir le temps encore nécessaire pour achever l’ouvrage scientifique décisif qu’il préparait sur les sémitismes – dont, répétons-le, découle sa conviction de savant de l’origine hébraïque des Evangiles et de leur datation proche des événements relatés – il se décida en 1984 à publier l’essentiel de ses conclusions dans le livre « La Naissance des Evangiles synoptiques« , dont les rééditions postérieures comportent ses réponses, point par point, aux virulentes critiques dont ce livre fut l’objet.

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   Atteint d’une grave bronchite, il meurt dans la solitude le 2 octobre 1986, à Paris.

   Monsieur l’abbé Carmignac laissait de très abondantes notes et études, et même le manuscrit d’un ouvrage quasi prêt pour la publication.
Quelques lignes rédigées d’une écriture tremblante sur une enveloppe à l’hôpital désignaient un exécuteur testamentaire et demandaient que l’ensemble de ses papiers soit déposé à l’Institut Catholique de Paris afin d’y créer un fond d’études et de recherches dans la continuité de ses propres travaux.

   Nous connaissons, par le témoignage direct de la personne qui prépara les cartons de documents dans l’appartement de l’abbé après sa mort, l’importance de ce qui fut envoyé aux archives de l’Institut Catholique… mais nous sommes bien forcés de dire aussi que les dernières volontés de l’abbé ne furent pas respectées :

- pendant des années, les personnes qui demandèrent à avoir accès au « fond Carmignac » se heurtèrent à une fin de non recevoir (et aujourd’hui encore il faut faire face à une soupçonneuse inquisition pour obtenir de parcimonieuses autorisations de consultation) ;
- un éditeur polonais, qui avait reçu de l’abbé les droits pour la publication de son étude sur le Benedictus et le Magnificat, finit, quelque quinze ans après la mort de l’abbé, par obtenir le manuscrit pour sa publication en langue polonaise, mais il dut s’engager à ne pas céder les droits pour la parution en langue française ;
- tout porte à penser (mais ce jugement n’engage que moi) que l’abbé Pierre Grelot (1917-2009), exégète de tendance moderniste de l’Institut Catholique qui s’opposa de manière violente aux conclusions de l’abbé Carmignac, s’est emparé de certains documents laissés par l’abbé Carmignac ;
- il semblerait aussi, de par le témoignage reçu par Frère Maximilien-Marie d’un prêtre professeur d’Ecriture Sainte, aujourd’hui décédé, qui avait quelques relations à l’archevêché de Paris du temps de feu le Cardinal Lustiger, que ce dernier soit intervenu pour faire retirer du « fond Carmignac » légué à l’Institut Catholique un certain nombre de documents importants dont on ne peut dire aujourd’hui ni où ils sont ni si on les reverra un jour…

   La disparition prématurée du cher abbé Carmignac (il n’avait que 72 ans lorsqu’il nous fut enlevé, et il avait dit en 1981 à Frère Maximilien-Marie : « L’entreprise dans laquelle je me suis lancé pourrait me demander facilement vingt ans de recherches et de travaux ! ») a été une perte considérable pour la véritable exégèse scientifique catholique, mais – malgré les oppositions pleines de hargne qu’il a suscitées et les multiples tentatives pour ensevelir ses conclusions scientifiques et sa mémoire – ses travaux sont au nombre de ceux qui ont ouvert une brèche considérable dans la chape de béton armé que le modernisme faisait peser sur le monde des études bibliques.

   L’Association Jean Carmignac, déjà citée au début de ce bref exposé, demeure en particulier l’un des organes les plus fidèles à l’esprit qui anima ce très grand savant, ce prêtre, ce spirituel hors du commun, cet homme de Dieu!

Lully.

Pour approfondir :
- Témoignage de Vittorio Messori sur l’abbé Carmignac > ici.
- Frère Maximilien-Marie nous livre ses souvenirs de quelques conversations avec Monsieur l’abbé Carmignac > ici.

2011-71. Pour un combat cohérent…

Avec l’autorisation de l’auteur, que nous remercions très chaleureusement, nous reproduisons ci-dessous l’éditorial du N°83 de « La Blanche Hermine » (publication bimestrielle de la Fédération Bretonne Légitimiste – renseignements et abonnements : F.B.L. – B.P. 10307 – 35703 Rennes Cedex 7).
Monsieur Pierre Bodin, qui signe cet article, est également le président en exercice de l’Union des Cercles Légitimistes de France (U.C.L.F.).
Sans doute ce texte pourrait appeler des développements, ou être explicité par certains exemples… Mais outre le fait que je n’ai pas le temps de m’y consacrer présentement, je pense que nos lecteurs seront assez intelligents pour faire le lien avec tel ou tel scandale de ces derniers mois, qui a suscité des protestations ou manifestations dont nous ne nions pas les intentions louables, mais qui en définitive n’ont eu qu’un effet médiatique inverse, ainsi que le fait remarquer Monsieur Bodin.

Ainsi que l’affirmait en son temps Joseph de Maistre : « La contre-révolution n’est pas une révolution contraire, mais le contraire de la révolution ».
Il y a donc une question de cohérence essentielle, pour tous ceux qui en sont convaincus, à ne pas se servir des outils mêmes de la révolution pour tenter un authentique et sérieux travail contre-révolutionnaire.

Frère Maximilien-Marie.

Grandes armes de France

Pour un combat cohérent :

Les profondes mutations qui affectent notre pays ne peuvent laisser indifférents les catholiques et, au-delà, tous ceux qui reconnaissent l’impérieuse nécessité du respect de la loi naturelle.
Profanations, sacrilèges et blasphèmes se multiplient et rien ne semble pouvoir arrêter les progrès de l’anti-culture de la mort.
Depuis 1830, depuis la chute de la monarchie légitime, la législation a supprimé, l’une après l’autre, les dispositions visant à interdire les agressions contre la religion.
Au nom des « Droits de l’Homme » et de la tolérance, toutes les attaques sont autorisées, tout au moins envers l’Église Catholique.

Les oppositions à cette dégénérescence de la société ont été nombreuses. Si l’on ne considère que leur aspect politique, il est possible de les classer en deux grandes catégories, les défensives et les offensives.

Parmi les défensives, on peut distinguer d’abord celles qui sont purement réactionnelles. Elles sont le plus souvent le fait de personnes qui se soucient fort peu du bien commun ou qui se contentent habituellement de se lamenter sur l’état de la société mais, touchées de près par un événement ou sensibilisées occasionnellement à une cause, elles réagissent. Leur échec est assuré et leur réaction aboutit même souvent à un effet inverse, leur adversaire se parant à bon compte du statut de victime de leur intolérance.

Mais les opérations défensives peuvent aussi être plus réfléchies, plus structurées. Laissant délibérément de côté les événements imprévus, les organisateurs repèrent le scandale annoncé et préparent la riposte : l’avant (la mobilisation), le pendant (les opérations) et l’après (l’exploitation médiatique).

Pour séduisante qu’elle soit, cette tactique est aussi le plus souvent vouée à l’échec parce que le pouvoir médiatique des adversaires est aujourd’hui infiniment plus fort.

Surtout, la défense seule ne peut s’en prendre qu’aux effets. C’est oublier le conseil de Goethe : « On veut combattre le mal à la place où il se montre et l’on ne s’inquiète nullement du point où il prend son origine, d’où il exerce son action » (1).

Les politiques offensives ont au moins le mérite de viser l’origine, la source première des maux. Encore faut-il ne pas se tromper sur les remèdes à mettre en oeuvre.
Chacun ici garde en mémoire l’erreur politique du pape Léon XIII prônant le ralliement à la république.
Combien d’autres cherchent sincèrement à combattre efficacement le mal et sont prêts pour cela à faire alliance avec d’autres révolutionnaires, à épouser des idéologies contraires à la loi naturelle. Comme le pape du ralliement, ils espèrent envers et contre tout que la loi du nombre jouera un jour en leur faveur ; ils oublient que ce qui semblait encore réalisable en 1892 dans une France chrétienne à 90% l’est moins que jamais aujourd’hui dans un pays qui ne compte plus que 4,5% de pratiquants.
Dans notre démocratie française, la loi du nombre n’a jamais été qu’un mirage.

Averti par l’échec de son prédécesseur, saint Pie X conseillera différemment les Français : « Qu’ils soient persuadés (…) qu’il lui [l'Église] suffit de reprendre, avec le concours des vrais ouvriers de la restauration sociale, les organismes brisés par la Révolution et de les adapter, dans le même esprit chrétien qui les a inspirés, au nouveau milieu créé par l’évolution matérielle de la société contemporaine : car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes » (2).

Par « les organismes brisés par la Révolution », le saint Pape désigne clairement la monarchie traditionnelle et les corps intermédiaires.
Durant quatorze siècles, la monarchie légitime a su s’adapter sans jamais renier les principes qui ont fait sa grandeur.
Si après deux cents ans d’interruption l’adaptation exige un grand effort, elle est réalisable, à condition que les combattants acceptent de s’imprégner des principes.

Inutile de tergiverser, l’heure n’est pas aux compromissions, elle est à la cohérence. Rappelons-nous l’avertissement du Comte de Chambord : « Mais la France, cruellement désabusée par des désastres sans exemple, comprendra qu’on ne revient pas à la vérité en changeant d’erreur, qu’on n’échappe pas par des expédients à des nécessités éternelles » (3).

N’engageons pas nos forces dans des réactions vouées à l‟échec, l’heure est au rassemblement, au service de la monarchie légitime, seule institution capable de tarir la source de la décadence.

Pierre Bodin

1 – Cité dans « L’Action », de Jean Ousset, p.18 – Édition 1972.
2 -  Saint Pie X – « Notre charge apostolique ».
3 – Comte de Chambord – Manifeste du 5 juillet 1871.

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2011-67. Lettre n°298 de « Paix Liturgique » : les fausses promesses de Mgr. Blondel…

L’association Paix Liturgique publie dans sa lettre n°298, en date du 31 août 2011, la suite de son étude du cas du diocèse de Viviers (nous en avions répercuté la première partie ici > www), l’un des rares diocèses de France désormais dans lequel le motu proprio « Summorum Pontificum » ne reçoit toujours pas d’application en dépit de la demande des fidèles…

la Sainte Trinité avec les Saints.

VIVIERS (2) : LES FAUSSES PROMESSES DE MGR BLONDEL, DISCRET ÉMULE DE MGR ROUET, AU SUJET DE LA CÉLÉBRATION DE LA FORME EXTRAORDINAIRE DANS SON DIOCÈSE

Dans le cadre de notre série d’enquêtes sur les diocèses totalement privés de l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum, nous nous sommes penchés dans notre lettre 292 sur le cas du diocèse de Viviers. Nous avons à cette occasion parcouru l’historique de la liturgie traditionnelle en Ardèche et souligné sa complète disparition depuis l’arrivée à la tête du diocèse de l’actuel évêque, Mgr François Blondel.

Nous vous révélons aujourd’hui, document à l’appui, le sort réservé par celui-ci à l’application du Motu Proprio.

I – La demande diocésaine

À l’origine de la demande dans le diocèse de Viviers, il y a plusieurs familles qui, après avoir essuyé des fins de non-recevoir dans leurs paroisses respectives, ont décidé de se concentrer sur une demande unique.

Les représentants de cette demande, MM. Jacques Reboul et Philippe Brun, après avoir rencontré le curé de Largentière, l’abbé Nougier, ont écrit à Mgr Blondel pour lui demander de bénéficier des bienfaits du Motu Proprio Summorum Pontificum. Ce courrier, rédigé en octobre 2010, a reçu, dès novembre de la même année, une réponse de l’évêque. Cette réponse rapide – un point au crédit de Mgr Blondel – , nous vous la faisons découvrir ci-dessous, accompagnée de nos commentaires, tant elle est symbolique de l’état d’esprit de certains de nos prélats pour qui la générosité est non seulement limitée mais aussi rétractable !

II – La réponse de Mgr Blondel

Viviers, le 19 novembre 2010

Messieurs,

Monsieur l’Abbé Henri Meissat, Vicaire Épiscopal, et Monsieur l’Abbé Bernard Nougier, curé de la paroisse St Joseph en Pays de Ligne, m’ont remis de votre part en date du 14 octobre 2010 la demande d’application du Motu Proprio Summorum Pontificum.

Ils m’ont apporté témoignage de l’état d’esprit qui était le vôtre au cours de la réunion qu’i1s avaient eue avec vous et de l’assurance que vous leur aviez donnée d’agir au nom d’un groupe stable.

J’ai donc pris en compte votre demande. Voici ce que je compte organiser pour y répondre.

Le célébrant que je désigne est Monsieur l’Abbé Henri Goin, ancien curé de la Cathédrale, ayant actuellement une responsabilité aux archives diocésaines et qui est un très bon latiniste.

Avec l’accord du curé de la paroisse Charles de Foucauld Le Teil/Viviers, l’église sera l’église Saint-Laurent à Viviers.

Le premier samedi de chaque mois y sera célébrée la messe selon le rituel de 1962. Les lectures de la Parole de Dieu seront celles du missel du rite ordinaire car je tiens à ce que vous soyez ainsi en communion avec toutes les communautés du diocèse. Ces lectures de la Parole de Dieu seront faites en français.

Cette messe, célébrée (à 17h30 ?) sera considérée comme une messe paroissiale. Les annonces qui seront faites seront celles de la paroisse et du diocèse. La quête sera affectée à la paroisse.

Monsieur l’Abbé Meissat organisera une réunion entre Monsieur l’Abbé Goin et vous-mêmes où il sera alors décidé de la date à laquelle aura lieu la première célébration.

Et nous ferons le point dans six mois.

Ayant ainsi répondu, je pense, à la demande qui était la vôtre, Je vous prie de croire, Messieurs, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs et de ma prière.

François BLONDEL
Évêque de Viviers

III – Les réflexions de Paix liturgique

1) Certes, et c’est à mettre au crédit de Mgr Blondel, tout comme le délai relativement court dans lequel il a donné sa réponse aux demandeurs, nous ne pouvons qu’apprécier la forme de sa réponse : écrite et circonstanciée. Cela n’est malheureusement pas si fréquent, tant de curés et d’évêques – quand ils se donnent la peine de répondre ! – se contentant d’un refus sec par oral ou noyant leur réponse sous un fleuve de considérations catéchético-pastorales.

2) Mgr Blondel conclut sa lettre par la formule : « Ayant ainsi répondu, je pense, à la demande qui était la vôtre… ». Soit, mais Mgr Blondel pouvait-il sérieusement et honnêtement penser qu’il répondait à la demande ?
Sur quatre points, sa réponse porte en effet à discussion :
- le lieu : certes, Viviers est le siège épiscopal mais la demande avait été faite à Largentière… à 50 km de là, ce qui, par les routes ardéchoises, représente 50 minutes de trajet ;
- le jour : la messe accordée est une messe du samedi soir ce qui, selon les règles canoniques en vigueur pour la liturgie traditionnelle, n’est pas une messe dominicale puisque le missel de 1962 ne prévoit pas de messe anticipée au samedi ;
- la fréquence : la célébration n’est offerte qu’une fois par mois ce qui ne satisfait que partiellement le désir du groupe stable de fidèles de vivre sa foi au rythme de la forme extraordinaire ;
- le « bricolage » liturgique : en indiquant que les lectures seront celles du lectionnaire ordinaire, Mgr Blondel fixe une condition tellement contraire à l’esprit du Motu Proprio que l’instruction Universæ Ecclesiæ, publiée le 13 mai 2011, spécifie précisément dans son article 24 que “Les livres liturgiques de la forme extraordinaire seront utilisés tels qu’ils sont”, ajoutant à son article 26, si besoin est, que ces lectures sont celles “de la Sainte Messe du Missel de 1962”. On aura noté, au passage, le motif théologique donné par Mgr Blondel : les lectures communes comme signe de communion avec les communautés diocésaines…

3) À la réception de la réponse de l’évêque, les demandeurs n’ont soulevé que les deux points concernant le lieu et le lectionnaire et exprimé le vœu qu’ils soient corrigés. Depuis, l’évêché s’est fait silencieux. Du coup, dix mois après le courrier de Mgr Blondel, la première célébration n’a jamais eu lieu.

4) Si la question du lieu de la célébration ne peut être tranchée que par une nouvelle discussion entre les demandeurs et le diocèse, celle de la célébration “bricolée” – structure de la messe de 1962 avec lectures de 1970 – a en revanche été clairement réglée par l’instruction Universæ Ecclesiæ.

Peut-on donc espérer que le 14 septembre prochain, alors que l’Église universelle fêtera les 4 ans du Motu Proprio, Mgr Blondel fasse aux demandeurs ardéchois la bonne surprise de leur accorder enfin la célébration, même mensuelle, même le samedi après-midi, de la forme extraordinaire du rite romain mais bel et bien de la forme extraordinaire et pas d’une liturgie de son invention ?

Missel romain traditionnel

2011-66. Sociétés multiculturelles : leurres, échecs et catastrophes imminentes…

Mercredi 31 août 2011

Nous trouvons ce matin, dans notre boite aux lettres électronique, le bulletin n°239 de « Correspondance européenne« , organe de liaison du « Centro Lepanto ». Comme à l’accoutumée, cette livraison contient de nombreux éléments de réflexion et d’analyse d’un très grand intérêt. Forts de l’autorisation qui nous a été donnée par Monsieur le Professeur Roberto de Mattei (qu’il en soit remercié une fois de plus), nous reproduisons ici un article signé des seules initiales C.B.C. consacré au leurre du multiculturalisme à l’occasion des récents et dramatiques évènements qui ont agité la Grande-Bretagne.

Grande-Bretagne : incendie consécutif aux émeutes été 2011

Grande-Bretagne : premiers soubresauts.

Les récentes émeutes qui ont éclaté à Londres et dans quelques autres villes d’Angleterre ont démontré un fois de plus que le multiculturalisme est une utopie qui risque de coûter très cher un jour aux pays européens.

Les reportages n’ont pas pu passer à côté du fait que c’est dans les quartiers multiethniques qu’elles ont pris naissance, mais cette constatation n’a pas suffi à en identifier la cause.
Le décodage officiel persiste à présenter les faits comme la face visible d’un profond malaise social. On parle d’ “exclusion sociale”, comme si la responsabilité était du côté des Anglais qui n’ont pas fait assez pour accueillir cette masse humaine et l’intégrer à leur société.
Tant qu’on s’attachera à cette fausse lecture, les Etats européens seront dans l’impossibilité d’apporter un remède efficace aux troubles qui se multiplient à la suite de l’immigration de masse.

Le premier mythe à tuer est celui de la société multiculturelle ou multiethnique.
Il n’existe pas de société multiculturelle ou multiethnique. On peut avoir le multiculturalisme ou la multiethnicité, mais alors on n’a pas de société. Et si l’on veut une société, il faut nécessairement qu’elle soit “uniculturelle” ou “monoethnique”, ou que tout au moins les minorités culturelles ou ethniques soient absorbées ou contenues dans un seul modèle dominant et suffisamment fort.

En Europe, c’est l’inverse qui se produit : le modèle est faible et ne s’impose pas à des minorités toujours plus envahissantes et conquérantes.
Dans ces conditions, on assistera immanquablement à un morcellement de la société en sous-groupes rivaux et agressifs, tandis que la masse majoritaire des natifs adoptera un profil bas et sera paralysée par la peur.

Ce qui s’est passé à Londres est la conséquence inévitable de l’immigration de masse quasiment incontrôlée que pratiquent les Etats européens depuis plusieurs décennies.
Du souci d’intégrer les immigrants, on est passé à “l’acceptation de leurs différences” réputées “enrichissantes”, pour aboutir aujourd’hui à la désintégration du corps social et du système juridique.
Vu la faible réaction du pouvoir politique et son incapacité – ou sa mauvaise volonté – à comprendre ce qui se passe, ces émeutes vont devenir endémiques dans les grandes villes européennes, et de plus en plus destructives.
Aux vitrines brisées et magasins pillés vont succéder les morts d’homme. Aux groupes difficiles à identifier et se rassemblant apparemment spontanément vont succéder les gangs organisés, armés et jouissant de l’impunité de ghettos et de zones de non-droit.

Chaque année qui passe voit rentrer, avec le consentement criminel des pouvoirs politiques, des centaines de milliers d’immigrés et se constituer un foyer incontrôlable de violence et de guerre interne.
Les pays européens ont encore la capacité de faire face. Il est faux de dire que rien n’arrêtera la marée humaine en provenance du sud. Il est encore possible de fermer les frontières et de renvoyer les immigrés illégaux. Il est possible de renvoyer les étrangers criminels et dépendants. C’est le vœu languissant de la majorité de la population en Europe. Chaque sondage confirme que les Européens veulent stopper l’immigration de masse. Encore récemment, une enquête détaillée par le quotidien norvégien “Aftenposten” montre que 53,7 % des Norvégiens sont favorables à un arrêt de l’immigration (7 juillet 2011). Il ne reste à cette majorité que d’arriver au pouvoir, ce qui, en démocratie, est particulièrement difficile. (C. B. C.)

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