Archive pour la catégorie 'Commentaires d’actualité & humeurs'

2016-52. Conseils spirituels d’un « maillot jaune ».

Mardi 12 juillet 2016,
Anniversaire de l’assassinat du comte de Saillans (cf. > ici)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce n’est pas du triste anniversaire de ce jour que je veux vous entretenir, mais, puisque la treizième étape du Tour de France 2016 va se dérouler en nos contrées vivaroises, je vais profiter de cette occasion pour porter à votre connaissance une citation qui m’a été communiqué par l’un de nos bons amis, que je remercie au passage.

Si je vous donne le nom d’Edouard Louis Joseph baron Merckx vous aurez peut-être quelques hésitations, mais si je dis Eddy Merckx vous vous écrirez : « Ah oui ! Bien sûr… »
Eh bien ! c’est de ce talentueux sportif, cinq fois vainqueur du Tour de France, qu’est la citation suivante : si – tout comme moi – vous n’avez qu’un intérêt très limité pour le cyclisme (et pour le sport en général), vous ne devez néanmoins pas vous désintéresser des conseils donnés par ce « maillot jaune » qui, comme Saint Paul dans l’épître du dimanche de la Septuagésime, utilise la métaphore de la compétition sportive pour nous encourager de quelques bons conseils spirituels pour notre sanctification.

pattes de chatLully.

cycliste gif

Eddy Merckx tour de France 1969

Eddy Merckx sur le Tour de France en 1969

« Puis-je vous prier de dire à vos élèves que le cyclisme ne réussit pas à tout le monde, qu’il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus, qu’il faut beaucoup de volonté pour arriver à un résultat, tout comme pour les études ; qu’il faut ne jamais se décourager. 
Puisque vous êtes leur père spirituel, veuillez leur dire qu’il en est de même pour le salut de leur âme, que la prière est un peu le contrôle de ravitaillement où l’on reprend des forces pour reprendre la route, que la communion procure la force de vivre et de conserver sa place dans le peloton.
Je suis très croyant et la foi me soutient dans les moments les plus durs de la compétition. Dites-leur de s’approcher de la Sainte Vierge, de lui offrir leurs succès d’études en ce mois de mai, comme je l’ai toujours fait depuis ma tendre jeunesse. »

Eddy Merckx,
lettre à l’aumônier d’un collège catholique de Bilbao
(citée dans la revue « France Catholique-Ecclésia » n°1149 du 20.9.74)

chat en tricycle

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 12 juillet, 2016 |2 Commentaires »

2016-49. C’est désormais certain : des extra-terrestres interviennent dans la direction de l’Union Européenne…

Mercredi soir 29 juin 2016.

« (…) J’ai vu et entendu et écouté plusieurs des dirigeants d’AUTRES PLANETES… » a déclaré le plus sérieusement du monde le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker dans un discours au sujet du « Brexit », et je vous invite à vous assurer par vous-mêmes que je n’affabule pas…

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Si on en juge par l’impassibilité des auditeurs que l’on distingue derrière lui, de tels propos n’ont suscité, parmi les « eurodéputés », aucun étonnement, aucune surprise, pas la moindre hilarité, ni même quelque soupçon d’incrédulité.

Faut-il en conclure que tous sont au courant depuis longtemps de ces échanges inter-planétaires – voire inter-galactiques – qui président aux décisions des instances de l’Union Européenne ?

Peut-être les « eurodéputés » eux-mêmes dans leur ensemble sont-ils habituellement en lien avec les extra-terrestres ?

Ou peut-être encore qu’ils sont en réalité tous des « aliènes ».
Aliénés, on s’en doutait déjà un peu.
Mais « aliènes », voilà que nous avons désormais un témoignage de première importance en faveur de cette présomption…

pattes de chatLully.

Film Et Extra Terrestrial

2016-44. Du sage, de la lune et du doigt : actualisation d’un proverbe chinois…

Samedi 11 juin 2016,
Fête de Saint Barnabé, apôtre.

« Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt… »

Actualisation :

Quand le légitimiste montre l’ensemble cohérent – dans l’ordre naturel et dans l’ordre surnaturel conjugués en une totale harmonie – des Lois Fondamentales du Royaume et des dispositions providentielles (et même miraculeuses) qui ont fait la France depuis la Noël 496 jusqu’au 26 août 1789 (1), cet ensemble parfaitement cohérent de la raison et de la foi qui a présidé à la constitution et à la grandeur de la France, eh bien, de la même manière que cela est dénoncé dans le proverbe chinois, l’imbécile lui, ignorant le Principe, regarde la seule personne du Prince (la plupart du temps avec la lunette déformante et très réductrice de son ignorance) pour déchaîner la petitesse de sa mesquinerie… (2)

Louis XX 4 juin 2016

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
aîné des Capétiens,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX
(photo prise à l’occasion de la première communion de sa fille, la Princesse Eugénie, le 4 juin 2016)

(1) Plus que la date du 14 juillet 1789, nous retenons celle du 26 août 1789 comme représentative de la révolution et de l’apostasie de la France : c’est en effet à ce jour que fut adoptée par la pseudo assemblée constituante le texte de la « déclaration des droits de l’homme et du citoyen » qui renverse totalement l’ordre – naturel et surnaturel – voulu par Dieu en proclamant que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation, nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément » (article 3), ce qui constitue un blasphème et s’oppose directement aux enseignements des Saintes Ecritures.

(2) Ce très court article que je mets en ligne aujourd’hui est le 950e de mon blogue : il m’est l’occasion de redire brièvement que rien n’oblige ceux qui ne sont pas d’accord avec ce que j’exprime en ces pages de venir le lire : ma ligne politique est clairement définie depuis toujours, et les vieux râleurs professionels, rabâcheurs de griefs anti-légitimistes, mystico-dingo-survivantistes ou mystico-dingo-providentialistes, feraient mieux d’aller déverser leur bile malade en d’autres lieux…

pattes de chatLully.

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2016-37. A propos du film « la Résurrection du Christ ».

Des amis du Refuge Notre-Dame de Compassion ont souhaité inviter Frère Maximilien-Marie à les accompagner à une projection de « La Résurrection du Christ » : notre Frère – qui n’était pas entré dans un cinéma depuis de nombreuses années – , s’est très volontiers laissé entraîner, parce que, sans s’y être intéressé outre mesure, il avait eu des échos assez favorables au sujet de ce film.
A son retour, comme l’ont fait aussi plusieurs de ses amis, je l’ai interrogé…

Lully

La_Resurrection_du_Christ - film

Lully : Alors, que trouve-t-on dans ce film ?

Frère Maximilien-Marie :
En voici le résumé.
Au début du film, nous nous trouvons en présence d’un personnage qui marche seul dans un paysage désertique et fait halte chez un homme – Judéen ou Galiléen – qui lui offre l’hospitalité. Interrogé par son hôte qui, à sa bague (il ne porte plus l’uniforme), a reconnu un tribun romain, le voyageur va conter son histoire…

Tribun, bras droit de Pilate, Clavius est au service de l’ordre romain en Judée : sans état d’âme, et parce qu’il a de l’ambition et souhaite une carrière glorieuse, il réprime sans pitié toute tentative de soulèvement.
A l’issue d’une expédition contre des rebelles dans le désert de Judée, il revient à Jérusalem un jour que l’on comprend rapidement être le Vendredi Saint : Pilate lui ayant ordonné de faire abréger les souffrances de Jésus, Clavius se rend au lieu des exécutions et assiste donc aux derniers moments de la crucifixion ; c’est même lui qui donne l’ordre du coup de lance qui transperce le côté du Christ.
On assiste ensuite aux demandes des princes des prêtres concernant la garde du tombeau du supplicié. Le samedi, Clavius vérifie que son corps se trouve bien dans le sépulcre ; il en scelle la lourde pierre qui ferme l’entrée, et il y poste des gardes.

Quand, au matin du dimanche de Pâques, les princes des prêtres, eux-mêmes avertis par les gardes du tombeau effrayés qui sont allés leur raconter ce dont ils ont été témoins, viennent chez Pilate pour lui demander d’accréditer la version du vol du cadavre de Jésus par ses disciples afin de couper court à toute rumeur de résurrection, Clavius est chargé d’enquêter et de retrouver le corps.
Le tribun se met donc en devoir d’examiner les lieux, d’observer les indices, et surtout de trouver les disciples de Jésus et de les interroger.

Il lui apparaît très vite que les gardes du tombeau ont été payés par les princes des prêtres pour porter un faux témoignage.
Après quelques péripéties, il parvient à se faire amener Marie-Magdeleine et l’apôtre Barthélémy qui témoignent, à mots couverts, de la résurrection, chose qui lui semble évidemment absurde… jusqu’à ce que, lors d’une « descente » dans la maison où les apôtres sont réunis, il reconnaisse au milieu d’eux, vivant, celui dont il a vu le corps mort sur la croix.
En proie à un grand trouble, Clavius décide de suivre les disciples qui partent pour la Galilée : abandonnant l’armée, il devient donc un traître aux yeux de Pilate.
Les disciples l’accueillent au milieu d’eux, il les accompagne dans la pêche nocturne infructueuse sur le lac de Génésareth, est témoin de la pêche miraculeuse lorsque Jésus leur apparaît au petit matin, et peut même s’entretenir une partie de la nuit avec Jésus ; enfin il est témoin de l’Ascension.
Toutefois, alors qu’ils l’invitent à se joindre à eux, il refuse d’entrer dans le groupe des disciples et s’en va, le coeur transformé certes, mais solitaire.

Maintenant que nous connaissons l’histoire, peut-on avoir accès à vos impressions ?

Mes impressions… Il ne s’agit pas seulement d’impressions !
N’étant pas du tout cinéphile, je ne savais rien du réalisateur de ce film (d’ailleurs je n’en sais pas guère plus aujourd’hui), et je peux dire que – même après avoir vu le film – je ne sais toujours pas vraiment quelle a été son intention, car elle demeure pour moi absolument obscure : qu’a-t-il voulu faire ? quel message a-t-il voulu transmettre ? Quel est son degré de foi ou d’incroyance ? Je ne le sais pas.

Cela étant dit, je me rendais à cette projection avec un a-priori favorable.
Mais très rapidement, au fur et à mesure que le film se déroulait devant mes yeux, j’ai été gêné par des incohérences, de véritables infidélités au récit évangélique qui ne me paraissent pas anodines, des manquements – sont-ils délibérés ou procédent-ils de l’ignorance ? je ne peux le dire – importants à la Tradition reçue des Apôtres… etc.
Ce qui fait que, à la fin du film, malgré quelques très belles séquences et des prises de vue esthétiquement très réussies, c’est plutôt la déception qui prévalait en moi, parce que j’avais l’impression d’un ouvrage pour le moins inachevé, incomplet, voire frelaté

Des incohérences, dites-vous ?

Oui.
Quand un cinéaste veut produire un film qui possède une dimension historique, le spectateur est en droit d’attendre que la vérité historique soit rigoureusement respectée.

Or ce film accumule des incohérences à propos des moeurs et usages des Juifs.
Cela peut sembler des détails sans importance aux yeux de ceux qui ne savent pas, ou qui ne connaissent que très superficiellement les usages religieux du peuple Juif, mais ils sont véritablement choquants pour c
elui qui en est un peu instruit.
Je n’en donnerai pour exemple que deux :
a – le nom imprononçable de Dieu, que seul le grand prêtre sussurait une fois l’an dans le secret du Saint des Saints, est, dans ce film, prononcé un nombre incalculable de fois tant par des Juifs que par des païens romains.
b – les grands prêtres et membres du Sanhédrin, qui observaient de manière scrupuleuse les règles de pureté légale, et qui donc, surtout au moment de la grande fête de la Pâque, ne pouvaient entrer dans la demeure de l’occupant païen – comme l’a fort bien noté l’Evangéliste Saint Jean (XVIII, 28-29) – , ici entrent à plusieurs reprises jusque dans le bureau de Pilate. 

Une autre incohérence réside dans le fait que, au début du récit de Clavius, se trouve une scène de bataille entre les soldats romains qu’il commande et une troupe de rebelles dirigés par un certain Barabbas.
Même si l’on peut penser que Barabbas était un prénom porté par plusieurs hommes au temps de Notre-Seigneur, pour tout chrétien – ou même simplement pour tout homme cultivé – , le nom de Barabbas suggère immédiatement la figure du criminel qui se trouvait en prison à Jérusalem et que, le Vendredi Saint, Pilate fut contraint de libérer sous la pression de la foule stipendiée par les princes des prêtres. 

Tout laisse à penser que c’est cet homme-là que le réalisateur a voulu voir figurer dans le film, mais si c’est bien lui contre lequel Clavius combat dans le désert, c’est donc qu’il n’est pas en prison à Jérusalem pendant ce temps. La suite du film nous montre en effet le tribun rentrant à Jérusalem après qu’il a lui-même égorgé Barabbas, et nous apprenons alors que nous sommes le Vendredi Saint dans l’après-midi peu de temps avant la mort du Christ. Le film est donc incohérent avec les données de l’Evangile.

Je me répète : cela peut sembler des détails sans importance, mais à l’époque des faits ces détails ne l’étaient pas, et le spectateur est en droit d’attendre que la vérité historique soit rigoureusement respectée.

Et des infidélités aux textes évangéliques dont vous dites qu’elles ne sont pas anodines…

C’est également vrai.
Lorsque l’on veut parler d’un évènement, on consulte les sources (documents, monuments, témoignages) par lesquelles cet évènement nous est connu. 
Pour ce qui concerne la Résurrection du Christ, les sources documentaires se trouvent dans les Saints Evangiles et dans la Tradition reçue des Apôtres.
Indépendamment de la foi que l’on a ou que l’on n’a pas dans les récits évangéliques, la plus élementaire honnêteté, lorsqu’on veut représenter des scènes tirées de l’Evangile, consiste à les montrer telles qu’elles s’y trouvent décrites : en tronquer une partie et en modifier des éléments peut-il être qualifié autrement que par le mot infidélité ?

Ainsi l’apparition du Christ ressuscité dans le Cénacle le huitième jour après Pâques, apparition où l’incrédulité de l’apôtre Thomas se trouve confondue, est-elle totalement dénaturée et ne laisse-t-elle plus voir qu’un homme joyeux de se jeter dans les bras de son ami qu’il avait cru mort. Tous les détails du récit évangélique montrant la connaissance surnaturelle que le Christ ressuscité a des doutes de Thomas et des paroles précises qu’il avait prononcées pour manifester cette incrédulité, ont disparu.
La profession de foi de Thomas dans la divinité du Christ est tue. Quant aux plaies du Crucifié, plaies toujours vives et béantes selon l’Evangile puisqu’on peut y placer son doigt et sa main, elles sont ici cicatrisées et n’ont plus que l’apparence de croûtes.

De la même manière, lors de l’apparition au bord du lac de Génésareth, le dialogue entre Notre-Seigneur et Pierre se trouve singulièrement raccourci : le caractère réparateur de la triple confession exigée du chef des apôtres, et même la contrition de Pierre – explicitement mentionnée par l’Evangile – , se trouvent réduits à presque rien.
De même, l’affirmation de la primauté que lui confère alors Jésus est édulcorée.

J’ai aussi noté que le film fait une confusion complète entre les apôtres et les disciples, comme si les deux termes étaient absolument synonymes, alors que les choses sont bien claires dans l’Evangile : Notre-Seigneur était accompagné par un nombre assez important de disciples, puisque parmi ces disciples Il en désignera septante-deux auxquels Il confiera un jour une mission spéciale ; et parmi ces disciples, disctincts des septante-deux sus-mentionnés, Il choisit douze hommes auxquels Il donne Lui-même le nom d’apôtres.
Après la Résurrection, les Saints Evangiles montrent bien qu’il y a des apparitions qui n’ont lieu qu’en présence des apôtres et d’autres, comme au moment de l’Ascension, qui ont lieu en présence d’une grande foule de disciples.

Enfin, justement à propos de l’Ascension, d’une part le film place celle-ci en Galilée et non à Jérusalem comme l’atteste le récit des Actes des Apôtres ; et d’autre part, alors que le texte inspiré nous dit bien qu’ils le virent s’élever et qu’il y eut ensuite l’intervention de deux anges, le film fait disparaître Jésus – toujours les pieds sur terre – dans une espèce de soleil levant, et l’épisode s’achève par une pluie de plumes ou de flocons…
Notons aussi que le commandement de baptiser, fait par le Christ aux apôtres avant de remonter au Ciel, se trouve omis des paroles rapportées par le film.

Cela me paraît beaucoup, et comme, manifestement, le réalisateur est allé puiser dans l’Evangile, ces omissions ne me semblent pas du tout anodines, mais résultent sans aucun doute d’un parti pris délibéré.

Vous avez aussi parlé de manquements significatifs à la Tradition reçue des Apôtres.

Des manquements qui, à mes yeux, sont tout aussi graves que les infidélités aux textes évangéliques. En effet, la Tradition – avec un T majuscule – est l’un des deux canaux par lesquels Dieu a voulu que Sa Révélation nous parvienne.
Le second canal, ce sont les Saintes Ecritures.
Mais la Tradition est, d’une certaine manière, plus importante, puisque elle englobe les Saintes Ecritures et que celles-ci ne peuvent être lues et comprises qu’à la lumière de celle-là.
Je prends encore quelques exemples.

L’Evangile nous rapporte que la Crucifixion eut lieu dans un endroit appelé Golgotha, dont la Tradition nous dit que c’était une éminence : ici, elle est représentée dans une espèce de carrière, entre des falaises, au fond d’une vallée.
Le texte évangélique nous dit que Marie, Mère de Jésus, était debout au pied de la Croix, et toute la Tradition la montre digne, silencieuse, communiant en profondeur au mystère du salut qui s’accomplit : dans ce film, elle est représentée éloignée de la Croix, en arrière de la foule qui vocifère, et hurlant comme une femme au bord de la déraison.
La Tradition nous apprend que Marie-Magdeleine – que l’Evangile appelle « pêcheresse » – , n’était pas une prostituée mais une femme de la haute société adonnée à une luxueuse impureté : ici, elle est appelée « fille des rues », et presque tous les légionnaires romains lui sont passés sur le corps…
Bien pis, la caméra insiste sur un geste de Marie-Magdeleine debout derrière le Christ ressuscité : elle pose sa main sur l’épaule de Jésus, et la manière dont elle la presse dénote à la fois une grande intimité physique et une certaine forme de possession. N’est-ce pas à elle pourtant, selon l’Evangile, que, dans le jardin du matin de Pâques, Jésus a dit : « Noli me tangere – ne Me touche pas » ? Cette mise en scène n’est-elle pas une manière de suggérer que, comme le prétendent beaucoup de nos contemporains, Marie-Magdeleine aurait été la « compagne » de Jésus ?

Ces éléments me laissent à penser – je ne sais pas si c’est exact – que le réalisateur soit a délibérément négligé tout le contenu de la Tradition, soit a été empêché d’y avoir accès parce que la manière dont il a eu accès aux Evangiles s’est faite au travers d’une exégèse réductrice, – moderniste ou protestante, ce qui est à peu près la même chose – , coupée de la source vive de la Tradition.

Y a-t-il encore d’autres choses que vous souhaiteriez nous dire ?

Oui, il y a encore d’autres éléments qui m’ont déplu ou gêné.
L’apôtre Barthélémy, par exemple, fait figure d’un grand adolescent un peu simplet, à mi-chemin entre le ravi du village et le doux illuminé ; l’apôtre Pierre semble un rustre en proie à l’exaltation…
Une scène montre les apôtres assis en rond autour du feu de camp et se passant de mains en mains un morceau de pain qu’ils rompent en récitant le « Notre Père » (avec le blasphématoire « ne nous soumets pas à la tentation ») : on peut penser que le réalisateur, à travers cette « fraction du pain » a voulu représenter l’Eucharistie. Mais alors on est toujours dans cette représentation minimaliste et misérabiliste inspirée par le protestantisme, et qui a pollué la conscience d’un grand nombre de catholiques depuis trois générations…
Les rapports entre le Christ et ses disciples sont aussi présentés comme une sorte de joyeuse camaraderie : l’enseignement de Jésus qui transforme le monde, ainsi que le coeur du tribun Clavius, semble n’être plus qu’une grande fraternité universelle bornée aux horizons de ce monde-ci. Cela comblera sans doute d’aise les chrétiens-bisounours, cela me semble très gravement incomplet en ce qui concerne la substance surnaturelle de l’Evangile et sa doctrine de salut !

Je pourrais aussi dire que je n’ai pas du tout apprécié le choix de l’acteur représentant Notre-Seigneur. Je sais que cela est très subjectif, mais je l’ai trouvé sans finesse, sans noblesse, sans transcendance, sans expression, avec des sourires de publicité pour dentifrice.

Plus grave, si le Christ est montré envoyant Ses apôtres prêcher à travers le monde, on ne sait finalement pas ce qu’ils vont aller prêcher… si ce n’est peut-être, ainsi que je le disais ci-dessus, une fraternité universelle pour ce monde : les notions de salut éternel et de rédemption sont résolument absentes de ce film.

Enfin, si Clavius atteste qu’on ne peut rencontrer Jésus sans être transformé au plus profond de soi, il choisit néanmoins délibéremment de ne pas aller avec les apôtres, mais de faire sa route en solitaire : j’interprête cette image finale comme une manière d’insinuer que l’on serait libre de suivre intérieurement Jésus – un Jésus qui n’est perçu que d’une manière terrestre et subjective – , en restant totalement en dehors de l’Eglise.

ChiRho couronné

2016-30. La folle charité.

Samedi 23 avril 2016,
Fête de Saint Georges de Lydda.

Une fois de plus, nous devons au site « Benoît et moi » une remarquable publication à laquelle nous applaudissons de tout notre coeur. Et puisque notre amie Béatrice, qui a créé et anime ce site avec une sagacité acérée et un courage quotidien, nous en a donné l’autorisation, nous reprenons avec plaisir dans nos pages cet excellent texte de Juan-Manuel de Prada (auteur déjà cité et présenté > ici), traduit et annoté par Carlota.
Nous sommes d’autant plus heureux de ces très pertinentes remarques de Juan-Manuel de Prada que nous-mêmes, au Mesnil-Marie, avons relu tout dernièrement « Orthodoxie », l’ouvrage de Chesterton auquel il est ici fait référence, justement pour approfondir sa réflexion sur les « vertus chrétiennes devenues
folles »
, dans la perspective de publier quelque chose à ce sujet. Comme Juan-Manuel de Prada s’en est acquitté avec son brio coutumier, nous n’avons plus qu’à lui céder la parole…

pleurant

La folle charité.

Chesterton nous avait avertis que le mode moderne était envahi par les vieilles vertus chrétiennes devenues folles.
Et comment les vertus peuvent-elles devenir folles ? Elles deviennent folles quand elles sont isolées les unes des autres. Ainsi, par exemple, la charité chrétienne devient une folle vertu quand elle se sépare de la vérité, ou, dit d’une manière plus explicite, quand les œuvres de miséricorde corporelles s’opposent aux œuvres de miséricorde spirituelles.
Sur ce danger-là, Donoso Cortés nous avait déjà avertis, prophétisant qu’une Église qui se contenterait de s’occuper des besoins corporels des pauvres finirait pas être un instrument au service du monde qui, en même temps qu’il se montre soucieux de procurer du bien-être à ceux qui dépendent de lui, a comme préoccupation, à la base, de détruire leurs âmes.
Une Église qui serait vivement désirée pour les besoins matériels des hommes (en leur donnant le vivre et le couvert, par exemple) et ne se préoccuperait pas d’assurer le salut de leurs âmes immortelles, aurait cessé d’être l’Église, pour devenir un instrument du monde, un monde qui évidemment applaudirait à tout rompre cet activisme déboussolé.

Pour mieux comprendre les effets de cette folle charité que le monde applaudit, il convient d’avoir recours, plutôt qu’à certains théologiens grenouilles de bénitier (qui nous offriront une version sirupeuse de la charité complètement étrangère au sens extrême de cette vertu théologale), au film « Viridiana » (*), du bouffeur de curés Luis Buñuel, car les bouffeurs de curés sont toujours meilleurs théologiens que les grenouilles de bénitier. 

Dans le film de Buñuel, la protagoniste – Viridiana – se sentant coupable de la mort de son oncle, renonce à être religieuse cloîtrée et, à la place, elle décide d’accueillir chez elle un groupe de mendiants et de vagabonds à qui elle offre le vivre et le couvert (œuvres de miséricorde corporelles), en négligeant le salut de leurs âmes (œuvres de miséricorde spirituelles, qu’elle aurait peut-être assurées plus efficacement avec sa prière, dans la clôture de son couvent).
Inévitablement les mendiants et les vagabonds vont faire croire d’une manière pharisienne que la folle et activiste charité de Viridiana la sotte, les a rendus tout gentils, mais dès que l’opportunité leur est offerte, ils vont agresser et voler leur bienfaitrice ; et en même temps qu’ils commettront des vandalismes divers, ils en rajouteront en se moquant d’une manière sacrilège de sa foi, en improvisant un dîner orgiaque durant lequel ils parodieront la Dernière Cène. 

C’est le minimum que mérite celui qui fait de la charité un activisme déboussolé, en faisant entrer l’ennemi dans la maison.
Et encore avec Viridiana, dans sa culture de la folle charité, le péché d’exhibitionnisme n’est même pas commis, ce péché qui est aujourd’hui le décor préféré de la folle charité. Un exhibitionnisme qui est réalisé devant les caméras, dans une parodie choquante et sacrilège de ce que le Christ a prédit dans le Sermon de la Montagne : « Soyez attentif à ne pas faire votre justice devant les hommes pour qu’ils vous voient » ; « Quand tu donne une aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait la droite », etc. C’est que toute la prédication de Jésus est un combat sans trêve contre l’ostentation des vertus (qui, lorsqu’elles sont montrées, cessent de l’être en tant que telles) et contre ceux qui ont fait de leur ostentation pharisienne un modus vivendi.

L’authentique charité chrétienne regarde d’abord au salut de l’âme du nécessiteux ; et une fois celle-ci assurée, il s’occupe de ses besoins corporels. C’est ce que fait Saint Paul avec Onésime, l’esclave païen qu’il se charge d’abord de convertir au christianisme et de baptiser ; et qu’il envoie, une fois le salut de son âme assuré, à Philémon, pour qu’il l’accueille chez lui. 
Inverser ce processus (ou retarder sine die ce que Saint Paul s’est préoccupé de faire en premier lieu et sans retard) est une folle charité qu’évidemment le monde va applaudir à tout rompre.

Juan-Manuel de Prada.

Viridiana - le dîner des gueux

Le dîner des gueux dans le film « Viridiana ».

(*) Note de Carlota : « Viridiana » (1961) est le premier film que Luis Buñuel a tourné en Espagne, après son passage à Hollywood (1938-1941) puis son installation au Mexique, et avec dans la distribution des plus célèbres acteurs de l’Espagne franquiste, tant avant qu’après la sortie du film primé à Cannes et son interdiction en Espagne. Il s’agit d’une adaptation d’une œuvre du très prolifique romancier espagnol Benito Pérez Galdos (1843-1920), transposé au monde contemporain. La Jeune Viridiana (joué par l’actrice mexicaine Silvia Pinal), sur le point de devenir religieuse, doit rendre visite à son oncle (Fernando Rey) qui lui a payé ses études. Lors du séjour, l’oncle, impressionné par la ressemblance de sa nièce avec sa défunte épouse, l’endort et tente de la violer, mais finalement y renonce. Mais pour la garder avec lui, il lui fait croire qu’elle ne peut plus être religieuse car il l’a possédée pendant son sommeil, ce qui fait encore plus fuir sa nièce. L’oncle se suicide. La nièce qui se sent coupable, renonce à devenir religieuse et revient au domaine pour pratiquer la charité, en accueillant des gueux auxquels elle offre le vivre et le couvert mais ils l’attaquent et la volent. Survient alors Jorge (Francisco Rabal), le fils naturel de l’oncle qui prend en mains le domaine. L’histoire se termine par un ménage à trois suggéré entre la gouvernante, la nièce et son cousin jouant aux cartes.

pleurant

2016-28. « Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril, la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent où conduit la route et qui m’aident à la trouver. »

Samedi 16 avril 2016,
Fête de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > ici),
Mémoire de Sainte Marie-Bernard Soubirous.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En sus des célébrations liturgiques de ce jour, il y a un anniversaire bien cher à notre coeur que nous ne devons ni oublier, ni passer sous silence : je veux parler du quatre-vingt-neuvième anniversaire de la naissance et du baptême de notre cher et vénéré Pape Benoît XVI.

Quatre-vingt-neuf ans accomplis ce 16 avril 2016 !
Cher, très cher Pape Benoît XVI
J’aimerais pouvoir m’agenouiller encore une fois devant vous, prendre vos mains, les baiser avec effusion, et les sentir encore une fois se poser sur ma tête…
J’aimerais pouvoir vous dire ceci :
« Très Saint Père,
vous commencez votre nonantième année sur cette terre.
Sans doute vous est-il permis de vous sentir fatigué et de sentir tout le poids de l’exil… mais - dans votre très douce compassion et votre paternelle sollicitude pour nous – , acceptez que la divine Providence vous laisse encore au milieu de nous, même si votre présence est si discrète…
Ne vous pressez pas de quitter cette vallée de larmes : nous avons encore tellement besoin de vous !
La Sainte Eglise a encore besoin de vous !
Dans le silence et la solitude priants qui sont les vôtres depuis trois ans, nos coeurs n’ont cessé de vous accompagner par une gratitude fervente, et de vous être proches, unis spirituellement dans la supplication et dans l’embrassement de la Croix…
Acceptez ces voeux fidèles, des voeux qui sont plus que jamais des prières : ad multos annos !… »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Benoît XVI le 31 mars 2016

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI pris en photo le 31 mars 2016
lorsqu’il a rencontré un groupe de pèlerins Ratisbonne.

Nous sommes plus que reconnaissants à notre amie Béatrice, qui dirige avec courage et avec une persévérante fidélité quotidienne le site Benoît et moi, d’avoir su, à l’occasion de ce 16 avril 2016, découvrir pour nous la faire découvrir à nous aussi une très belle homélie « privée » prononcée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI devant des cardinaux et des amis bavarois, en 2012, à l’occasion de son anniversaire.
Nous sommes d’autant plus touchés par les paroles que prononça alors le Saint Père que nous sommes nous-mêmes ici, au Mesnil-Marie, particulièrement dévots à Saint Benoît-Joseph Labre, à Sainte Marie-Bernard Soubirous et au mystère du Samedi Saint.

Publication originale sur Benoit et Moi > ici.

« Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril,
la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent
où conduit la route et qui m’aident à la trouver. » 

Messieurs les cardinaux,
chers frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
chers frères et sœurs,

Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril, la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent où conduit la route et qui m’aident à la trouver.
En premier lieu, il y a la mémoire de sainte Bernadette Soubirous, la voyante de Lourdes ; puis il y a l’un des saints les plus particuliers de l’histoire de l’Eglise, Benoît-Joseph Labre ; et puis surtout, il y a le fait que ce jour est toujours plongé dans le Mystère pascal, dans le Mystère de la Croix et de la Résurrection et l’année de ma naissance, il a été exprimé de façon particulière : c’était le Samedi Saint, le jour du silence de Dieu, de l’apparente absence, de la mort de Dieu, mais également le jour où l’on annonçait la Résurrection.

Bernadette Soubirous, la jeune fille simple du sud, des Pyrénées — nous la connaissons et l’aimons tous. Bernadette a grandi dans la France du siècle des Lumières du XIXe siècle, dans une pauvreté difficilement imaginable. La prison, qui avait été abandonnée car trop insalubre, devint à la fin — après quelques hésitations — la demeure de la famille, dans laquelle elle passa son enfance. Il n’y avait pas la possibilité de recevoir une formation scolaire, uniquement un peu de catéchisme pour la préparation à la première communion. Mais précisément cette jeune fille simple, qui était restée pure et droite dans son cœur, avait le cœur qui voyait, était capable de voir la Mère du Seigneur et en Elle le reflet de la beauté et de la bonté de Dieu. A cette enfant, Marie pouvait se montrer et à travers elle parler au siècle et au-delà même du siècle. Bernadette savait voir, avec un cœur pur et authentique. Et Marie lui indique la source : elle peut découvrir la source, l’eau vive, pure et incontaminée ; une eau qui est vie, une eau qui donne pureté et santé. Et à travers les siècles, désormais, cette eau vive est un signe qui vient de Marie, un signe qui indique où se trouvent les sources de la vie, où nous pouvons nous purifier, où nous trouvons ce qui est incontaminé. A notre époque, à laquelle nous voyons le monde si essoufflé et dans lequel se fait ressentir la nécessité de l’eau, de l’eau pure, ce signe est d’autant plus grand. De Marie, de la Mère du Seigneur, du cœur pur provient également l’eau pure, authentique, qui donne la vie, l’eau qui dans ce siècle — et dans les siècles à venir — nous purifie et nous guérit.

Je pense que nous pouvons considérer cette eau comme une image de la vérité que nous rencontrons dans la foi: la vérité non pas simulée, mais incontaminée. En effet, pour pouvoir vivre, pour pouvoir devenir purs, nous avons besoin qu’existe en nous la nostalgie de la vie pure, de la vérité non déformée, de ce qui n’est pas contaminé par la corruption, d’être des hommes sans tâche. Voilà que ce jour, cette petite sainte, a toujours été pour moi un signe qui m’a indiqué d’où provient l’eau vive dont nous avons besoin — l’eau qui nous purifie et nous donne la vie — et un signe de ce que nous devrions être : avec tout le savoir et toutes les capacités, qui sont pourtant nécessaires, nous ne devons pas perdre le cœur simple, le regard simple du cœur, capable de voir l’essentiel, et nous devons toujours prier le Seigneur afin que nous conservions en nous l’humilité qui permet au cœur de demeurer clairvoyant — de voir ce qui est simple et essentiel, la beauté et la bonté de Dieu — et de trouver ainsi la source dont provient l’eau qui donne la vie et purifie.

Ensuite, il y a Benoît-Joseph Labre, le pieux pèlerin mendiant du XVIIIe siècle qui, après plusieurs tentatives inutiles, trouve finalement sa vocation de partir en pèlerinage comme mendiant — sans rien, sans aucun soutien et en ne gardant rien pour lui de ce qu’il recevait, si ce n’est ce dont il avait strictement besoin — , partir en pèlerinage à travers toute l’Europe, dans tous les sanctuaires de l’Europe, de l’Espagne jusqu’à la Pologne, et de l’Allemagne jusqu’à la Sicile : un saint vraiment européen ! Nous pouvons également dire : un saint un peu particulier qui, en mendiant, vagabonde d’un sanctuaire à l’autre et ne veut rien faire d’autre que prier et, avec cela, rendre témoignage à ce qui compte dans cette vie : Dieu. Il ne représente bien sûr pas un exemple à diffuser, mais il est un indicateur, un doigt tendu vers l’essentiel. Il nous montre que Dieu suffit à lui seul ; qu’au-delà de ce qu’il peut y avoir dans ce monde, au-delà de nos nécessités et de nos capacités, ce qui compte, l’essentiel est de connaître Dieu. Lui seul suffit. Et ce « seulement Dieu », il nous l’indique de manière dramatique. Et dans le même temps, cette vie réellement européenne qui, de sanctuaire en sanctuaire, embrasse tout le continent européen, rend évident que celui qui s’ouvre à Dieu, ne se retire pas du monde et des hommes, mais trouve au contraire des frères, car Dieu fait tomber les frontières, Dieu seul peut éliminer les frontières car grâce à Lui nous sommes tous frères, nous faisons partie les uns des autres; il nous montre que l’unicité de Dieu signifie, à la fois, la fraternité et la réconciliation des hommes, l’élimination des frontières qui nous unit et nous guérit. Ainsi, c’est un saint de la paix, précisément dans la mesure où c’est un saint sans aucune exigence, qui meurt pauvre de tout et qui est pourtant béni par chaque chose.

Et enfin, il y a le Mystère pascal. 
Le jour même où je suis né, grâce à la bienveillance de mes parents, je suis aussi rené par l’eau et par l’Esprit, comme nous venons de l’entendre dans l’Evangile. 
En premier lieu, il y a le don de la vie que mes parents m’ont fait à une époque très difficile, et pour lequel je dois les remercier. Mais il n’est pas évident que la vie de l’homme soit un don en soi. Peut-elle vraiment être un beau don ? Savons-nous ce qui pèse sur l’homme à cette époque sombre qui s’ouvre à lui — également à l’époque plus lumineuse qui pourra venir ? Pouvons-nous prévoir quelles difficultés, quels événements terribles il affrontera ? Est-il juste de donner la vie ainsi, simplement ? Cela est-il responsable ou trop incertain ? Il s’agit d’un don problématique, s’il reste tel quel. La vie biologique en soi est un don, et pourtant elle est entourée par une profonde question. Elle ne devient un vrai don que si, avec celle-ci, on peut donner une promesse qui est plus forte que toute mésaventure qui peut nous menacer, si celle-ci est plongée dans une force qui garantit que cela est un bien d’être homme, que pour cette personne, tout ce que l’avenir apporte est un bien. Ainsi, à la naissance doit être associée la renaissance, la certitude que, en vérité, c’est un bien d’être là, car la promesse est plus forte que les menaces. Tel est le sens de la renaissance de l’eau et de l’Esprit : être plongés dans la promesse que Dieu seul peut faire : c’est un bien que tu sois là, et tu peux en être certain, quoi qu’il arrive. J’ai pu vivre de cette certitude, rené de l’eau et de l’esprit. Nicodème demande au Seigneur : « Un vieux peut-il renaître ? ». Or, la renaissance nous est donnée dans le baptême, mais nous devons sans cesse croître dans celle-ci, nous devons toujours à nouveau nous laisser plonger par Dieu dans sa promesse, pour être vraiment renés dans la nouvelle grande famille de Dieu qui est plus forte que toutes les faiblesses et que toutes les puissances négatives qui nous menacent. C’est pourquoi aujourd’hui est un jour de grande action de grâces.

Le jour où j’ai été baptisé, comme je l’ai dit, c’était le Samedi Saint. On avait encore l’usage à cette époque d’anticiper la Veillée pascale dans la matinée, qui serait encore suivie par l’obscurité du Samedi Saint, sans l’Alléluia. Il me semble que ce singulier paradoxe, cette singulière anticipation de la lumière en un jour obscur, peut presque convenir comme image de l’histoire de notre époque. D’un côté, il y a encore le silence de Dieu et son absence, mais dans la Résurrection du Christ, il y a déjà l’anticipation du « oui » de Dieu, et en s’appuyant sur cette anticipation nous vivons et, à travers le silence de Dieu, nous entendons ses paroles, et à travers l’obscurité de son absence nous entrevoyons sa lumière. L’anticipation de la Résurrection à mi-chemin d’une histoire qui se développe est la force qui nous indique la route et nous aide à aller de l’avant.

Nous rendons grâce au bon Dieu parce qu’il nous a donné cette lumière et nous le prions afin qu’elle puisse demeurer toujours. Et en ce jour, j’ai de bonnes raisons de Lui rendre grâce ainsi qu’à tous ceux qui, toujours à nouveau, m’ont fait percevoir la présence du Seigneur, qui m’ont accompagné afin que je ne perde pas la lumière.

Je me trouve dans la dernière partie du parcours de ma vie et je ne sais pas ce qui m’attend. Je sais, toutefois, que la lumière de Dieu est là, qu’Il est ressuscité, que sa lumière est plus forte que toute obscurité ; que la bonté de Dieu est plus forte que tous les maux de ce monde. Et cela m’aide à avancer avec assurance. Cela nous aide à aller de l’avant, et en cette heure, je remercie de tout cœur ceux qui m’ont constamment fait percevoir le « oui » de Dieu à travers leur foi.

Enfin — cardinal doyen (note : il s’agissait de Monsieur le cardinal Sodano) — un remerciement chaleureux pour vos paroles d’amitié fraternelle, pour toute la collaboration de ces années. Et un grand merci à tous les collaborateurs des 30 années que j’ai passées à Rome, qui m’ont aidé à porter le poids de ma responsabilité. Merci. 

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

2016-27. « Amoris laetitia » : quinze questions très simples.

Vendredi 15 avril 2016.

Loup déguisé en brebis

« Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous sous des vêtements de brebis,
tandis qu’au-dedans ce sont des loups ravisseurs » (Matth. VII, 15).

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

L’une de nos amies a envoyé un message privé à mon papa-moine en lui demandant : « Maître-Chat ne va-t-il donc rien publier au sujet de la récente exhortation apostolique qui fait couler tant d’encre et de salive ? »
A la vérité, il me semble que ce que j’ai publié le 7 octobre dernier (voir > ici) contenait déjà tout ce que je pourrais avoir à dire à ce sujet.
Mais, si certains de mes lecteurs considéraient que cela n’est pas suffisant, je vais les inviter à se poser quinze questions très simples auxquelles il convient d’apporter aussi des réponses très simples – aussi simples que oui ou non - : il n’y a là rien qui s’apparente à une énigme échevelée, il suffit simplement aux fidèles de l’Eglise catholique de faire appel, dans le même temps, au plus élémentaire bon sens et à l’enseignement du catéchisme.

1) La Sainte Bible contient-elle de manière infaillible et sans erreur la Parole de Dieu, oui ou non ?

2) Dieu, qui a inspiré les paroles de la Sainte Ecriture, peut-Il Se tromper et peut-Il nous tromper, oui ou non ?

3) Dieu a-t-Il donné le décalogue à Moïse, oui ou non ?

4) Le décalogue a-t-il été aboli par Jésus, oui ou non ?

5) L’observance des préceptes du décalogue est-elle une obligation pour ceux qui adhèrent à la Révélation de Dieu et aux enseignements de Notre-Seigneur Jésus-Christ, oui ou non ?

6) Lorsque Dieu donne des commandements aux hommes, est-ce en vue de leur procurer le salut et le bonheur éternel, oui ou non ?

7) La désobéissance pleinement libre et responsable aux préceptes du décalogue constitue-t-elle un péché, oui ou non ?

8) Les péchés contre les commandements de Dieu peuvent-ils conduire les âmes en enfer si elles ne modifient pas leur conduite et n’en font pas pénitence, oui ou non ?

9) Ce qui a été interdit par Dieu dans les commandements qu’Il a donnés à Moïse peut-il être modifié en fonction des modes humaines ou des changements de mentalité des sociétés, oui ou non ?

10) Un être humain, même lorsqu’il est un « représentant de Dieu » (religieux, catéchiste, prêtre, évêque, ou même pape), a-t-il le pouvoir de changer ce que Dieu a ordonné ou défendu dans le décalogue, oui ou non ?

11) Un « représentant de Dieu » doit-il être suivi par les fidèles lorsqu’il use de sa position pour modifier la compréhension et l’interprétation des commandements de Dieu, oui ou non ?

12) En particulier, le non-respect des sixième et neuvième commandements de Dieu, constitue-t-il toujours un péché, oui ou non ?

13) Le péché, c’est-à-dire la désobéissance grave, pleinement libre et responsable aux commandements de Dieu, permet-il – s’il n’a pas été confessé et pardonné – de recevoir sans sacrilège la Sainte Eucharistie, oui ou non ?

14) Un homme d’Eglise qui accomplit véritablement sa mission en pleine conformité avec les commandements divins, a-t-il le droit de proposer à des âmes qui ne vivent pas dans l’obéissance aux commandements de Dieu de participer à la Sainte Eucharistie, oui ou non ?

15) Comment prouve-t-on à Dieu qu’on L’aime ?
Est-ce en ne tenant pas compte dans sa vie – et en particulier dans sa vie morale, affective et sexuelle – de ce qu’Il a prescrit ? Ou bien n’est-ce pas plutôt en obéissant à Ses commandements ?

frise

Voilà…
Chacun de ceux qui veulent aimer Dieu et accomplir Sa volonté peut, le plus sereinement du monde, entrer en lui-même pour réfléchir à ces quinze questions.
Chacun des catholiques qui a une conscience droite, correctement formée, et qui connaît le véritable catéchisme, possède en lui-même les éléments pour y répondre…

Pour un disciple fidèle de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il n’existe pas de véritable « joie de l’amour » en dehors de l’obéissance aux commandements de Dieu.
C’est la mesure de l’obéissance à Dieu qui est la mesure de l’amour de Dieu : « Car l’amour de Dieu, c’est que nous gardions Ses commandements » (1 Jn. V, 3a).
Tout ce qui prétend être de l’amour, mais qui n’est pas en conformité avec les commandements de Dieu n’est donc en vérité qu’illusion diabolique et germe de perdition éternelle.

Point n’est besoin de discutailler à l’infini ni d’écrire des centaines de pages sur « la joie de l’amour », s’il s’agit en réalité – à travers mille et un sophismes d’ordre purement humain – , de porter atteinte à la force des commandements de Dieu, de détruire l’obligation faite à tous de vivre dans la soumission aux commandements de Dieu, de déformer les consciences pour ce qui touche au péché, et de favoriser des comportements contraires à la pratique rigoureuse des commandements de Dieu.

Matthieu V, 37 : « Que votre langage soit : Oui, oui ; non, non ; car ce qui est en plus, vient du mal. Quod autem his abundantius est, a malo est ».

Galates I, 9 : « Comme nous l’avons déjà dit, ainsi je le répète : si quelqu’un vous annonce un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! Anathema sit ! ».

Lully.

frise

2016-25. « C’est une amère confession que la mienne…

…plus douloureuse qu’elle ne peut sembler,
mais elle a le mérite d’être sincère ».

- Pablo Picasso - 

Séance de portrait - carte ancienne

La séance de portrait (carte postale des années 1920)


Vendredi 8 avril 2016.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je me suis rendu compte qu’il y a fort longtemps que je ne vous ai pas adressé mes petites « Réflexions félines et citations », comme j’étais accoutumé à le faire selon un rythme à peu près mensuel.

Ce n’est pourtant pas que je n’ai rien à dire, ni de commentaire à faire.
C’est peut-être même, au contraire, parce que je prends note de beaucoup de choses – parfois trop de choses – et qu’ensuite je ne me donne pas le temps de remettre ces notes en forme et de les rédiger de manière plus léchée (pour un chat, il n’est pas de perfection concevable sans de longs et minutieux léchages) : en effet, vous autres, nos humains de compagnie, nous êtes la source de perpétuelles et profondes réflexions et interrogations…

Cela dit, je me contenterai d’une seule citation aujourd’hui.
Une citation de Picasso.
Car il se trouve que, entre autres anniversaires, le 8 avril est celui de la mort de Pablo Picasso, survenue le 8 avril 1973.

C’est une évidence pour tous ceux qui me connaissent : je ne suis pas fan – mais alors pas du tout, du tout, du tout – de l’homme Picasso, ni de sa vie, ni de ses idées, ni de son « art ».
Cet homme et son oeuvre me sont d’autant plus incompréhensibles que j’ai vu des photographies sur lesquelles il était en compagnie de chats : mais un véritable ami des chats peut-il avoir des idées aussi tordues et faire des choses aussi laides ?
Je me demande quel chat sensé, ayant pleinement conscience de toutes les grâces et beautés que le Créateur a placées en lui – le grand Léonard de Vinci n’affirmait-il pas à notre sujet : « Le plus petit des félins est un pur chef d’oeuvre » ? – , se reconnaîtrait dans ces monstrueuses caricatures par lesquelles Picasso a prétendu représenter des chats ?
Et quel chat normalement constitué serait mis en appétit par une souris dessinée par Picasso

Et bien pourtant, oui, vous m’avez bien lu, c’est une citation de ce personnage que je veux porter à votre connaissance.
Mais quelle citation !
Elle est extraite d’un ouvrage intitulé « Mystère de l’Art Sacré », qui fut publié en 1957 par feu le Révérend Père René Paroissin, des Missions Etrangères de Paris (il faudra d’ailleurs qu’un jour je vous parle de ce très excellent prêtre qui fut l’un des conseillers spirituels de notre cher Frère Maximilien-Marie).

Donc au chapitre XVI de « Mystère de l’Art Sacré », intitulé « Querelle », le Révérend Père Paroissin écrit :  » (…) Restent, en marge du sacré, les mythes de Picasso : son cubisme exacerbé et ses déformations destructrices. – Le grand écrivain italien, Giovanni Papini, a rapporté un jugement sans indulgence du peintre sur son art et qui est un triste aveu de mystification mercantile » (p. 192).
C’est aussitôt après, qu’ouvrant les guillemets, le Père Paroissin a reproduit cette « amère confession » du peintre, rapportée par G. Papini, et qui avait été publiée dans le quotidien « La Croix » du 26 avril 1952.
La voici donc (je mets en caractères gras les passages les plus remarquables) :

« Du moment que l’art n’est plus l’aliment qui nourrit les meilleurs, l’artiste peut exercer son talent en toutes les tentatives de nouvelles formules, en tous les caprices de la fantaisie, en tous les expédients du charlatanisme intellectuel.
Dans l’art, le peuple ne cherche plus consolation et exaltation ; mais les raffinés, les riches, les oisifs, les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l’étrange, l’original, l’extravagant, le scandaleux.
Et moi-même, depuis le cubisme et au-delà, j’ai contenté ces maîtres et ces critiques, avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passées en tête, et moins ils les comprenaient et plus ils m’admiraient.

A force de m’amuser à tous ces jeux, à toutes ces fariboles, à tous ces casses-têtes, rébus et arabesques,  je suis devenu célèbre et très rapidement.
Et la célébrité signifie pour un peintre ventes, gains, fortune, richesse.
Et aujourd’hui, comme vous savez,  je suis célèbre,  je suis riche.

Mais quand je suis seul à seul avec moi-même, je n’ai pas le courage de me considérer comme un artiste, dans le sens grand et antique du mot.
Ce furent de grands peintres que Giotto, le Titien, Rembrant et Goya : je suis seulement un « amuseur public », qui a compris son temps et a épuisé le mieux qu’il a pu l’imbécilité, la vanité, la cupidité de ses contemporains.

C’est une amère confession que la mienne, plus douloureuse qu’elle ne peut sembler, mais elle a le mérite d’être sincère ».

Il me semble que cela se passe de tout autre commentaire.
Ce pourquoi je ne rajoute rien et vous laisse méditer…

Patte de chatLully.

Lully 15 mars 2016

2016-19. De quelques réflexions pertinentes – mais qui paraîtront sans doute bien impertinentes à certains quand elles ne sont que de bon sens – au sujet de la récente réforme du rite du Mandatum dans la « forme ordinaire » du missel romain…

Mardi Saint 22 mars 2016,
329e anniversaire de la mort de Jean-Baptiste Lully (+ 22 mars 1687).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le 21 janvier dernier (je n’en ai pas parlé à ce moment-là parce que, vous le savez bien, chaque 21 janvier, nous avons des choses bien plus importantes et graves qui nous occupent l’esprit), la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, à la suite d’une demande expresse et insistante du pape François qui, dans la pratique, avait déjà lui-même contrevenu aux règles jusqu’alors en vigueur, a publié un décret réformant le  rite du Mandatum – ou lavement des pieds – pratiqué dans la liturgie du Jeudi Saint.

Faut-il le préciser ? La Congrégation Romaine en charge de la liturgie, par ce décret, modifie les rubriques du seul missel romain dit « de Paul VI » entré en vigueur au premier dimanche de l’Avent 1969, appelé parfois « forme ordinaire du rite romain ».
Il ne s’applique en aucune manière à la « forme extraordinaire du rite romain », c’est-à-dire à la messe dite – selon un raccourci pratique mais relativement inexact - « de Saint Pie V », en réalité le missel de 1962 utilisé dans les églises, chapelles et communautés faisant usage de la liturgie latine traditionnelle.
Ouf !…

Puisque le Refuge Notre-Dame de Compassion est attaché de manière exclusive à la pratique du rite romain antiquior, nous ne sommes donc pas directement concernés par les innovations introduites par ce décret.
Il m’est néanmoins loisible d’avoir quelque opinion à ce sujet, et – depuis deux mois – je m’étais bien promis de vous faire part, en temps opportun, de certaines de mes réflexions (pas toutes : j’en garde encore quelques unes en mon for interne).

Mandatum -  Eglise de Brushford, Somerset

Le Mandatum, ou lavement des pieds
(vitrail de l’église de Brushford, dans le comté du Somerset – Angleterre)

Dans la tradition liturgique depuis les origines, le lavement des pieds (en latin : lotio pedum) – rite institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même le Jeudi Saint, après l’institution de la Sainte Eucharistie et du sacerdoce – , est reproduit par l’Eglise chaque année lors d’une cérémonie sacrée, communément appelée Mandatum.
Le nom de Mandatum, mot latin qui signifie « commandement », donné à cette action liturgique se rapporte aux paroles mêmes de Notre-Seigneur (cf. Jean XIII, 34) qui sont reprises par l’antienne chantée au commencement du rite : « Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres, de la même manière que Je vous ai aimés, dit le Seigneur… »

Dans son « Dictionnaire pratique de liturgie romaine », le Chanoine Robert Lesage écrit :
« De tous temps, les Prélats, les Princes, les Rois et les Saints ont imité l’exemple du Christ. En France, depuis Robert le Pieux, les rois lavèrent ainsi les pieds de douze pauvres, qu’ils servaient ensuite à table, accompagnés des Princes du sang et des grands Officiers de la couronne (note *).
La coutume se conserva longtemps dans les cours chrétiennes, même protestantes. En 1907, l’Empereur d’Autriche le fit encore à douze vieillards dont la somme totale des années était de mille ans. En 1909, l’antique cérémonie, qui est célébrée chaque année dans la cathédrale de Westminster, fut rehaussée par la présence de la Reine d’Angleterre et de l’Impératrice douairière de Russie.
A Rome, il y avait autrefois deux lotiones pedum : le matin, le Pape lavait les pieds à douze Sous-Diacres, le soir à treize pauvres. Le diacre Jean nous rapporte un épisode de la vie du Pape S. Grégoire, qui vit un jour un treizième jeune homme, que personne n’avait vu entrer, s’adjoindre aux douze pauvres. Il déclara être un Ange envoyé du ciel pour montrer à Grégoire combien son geste était considéré par le Christ comme fait à Lui-même. Le savant Benoît XIV (De Festis D.N.J.C., liv. I, c. VI, n. 57) et de nombreux liturgistes ont expliqué le nombre treize par ce récit merveilleux. Mais d’autres auteurs ont donné des explications différentes : le treizième pauvre représenterait le Christ Lui-même (Sarnelli) auquel l’Eglise lave les pieds comme l’avait fait Marie dans la maison du Pharisien, ou bien S. Paul (Orlendi), ou bien encore le propriétaire du cénacle (Frescobaldi) qui aurait été joint aux Apôtres le Jeudi Saint.
Tout cela pour justifier la coutume existant en de nombreux endroits, et à Rome même, de laver les pieds à treize personnes. Le missel romain ne dit rien du nombre de ceux qui sont convoqués, mais le Cérémonial des Evêques (liv. II, c. XXIV, nn. 2, 3, 4) mentionne à plusieurs reprises le nombre de treize, tout en laissant la liberté relative à la qualité de ces personnes : pauvres, Chanoines ou autres. Dans la plupart des lieux, d’ailleurs, on les nomme « Apôtres » (…) ».

Je précise que le Chanoine Robert Lesage publia l’ouvrage sus-cité en 1952, c’est-à-dire peu de temps avant les réformes de la liturgie de la Semaine Sainte opérées sous le pontificat du Pape Pie XII, réformes dont le maître d’oeuvre fut – horresco referens – le catastrophique Monseigneur Annibale Bugnini.
Depuis l’Antiquité et jusqu’en 1955, le Mandatum était un rite pratiqué en dehors de la Sainte Messe. La réforme bugniniesque l’a intégré à la Messe du Jeudi Saint, au mépris de toute tradition et de toute cohérence.
Je profite donc de ce rappel pour vous encourager vivement à vous plonger dans les très remarquables études critiques qu’a publiées notre ami Henri Adam de Villiers au sujet de cette regrettable réforme dite « de Pie XII », sur le blogue « Liturgia » (introduction générale > ici, et pour ce qui concerne le Jeudi Saint et le Mandatum > ici).

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 1

Ainsi que cela ressort des lignes citées ci-dessus rappelant brièvement quelques éléments historiques au sujet du Mandatum, depuis toujours les personnes qui ont été choisies pour participer à ce rite – qu’il s’agisse d’ecclésiastiques ou de laïcs – ont représenté de manière symbolique les Apôtres.

Comme, d’une part, les Apôtres étaient des personnes de sexe masculin, et comme aussi, d’autre part, la tradition liturgique continue a réservé aux seules personnes de sexe masculin de tenir un rôle dans une action liturgique, il n’a jamais été question que le Mandatum fut pratiqué avec des femmes, des jeunes filles ou des fillettes, depuis les origines de l’Eglise et jusqu’à nos jours.

Jusqu’à nos jours…
C’est-à-dire jusqu’à une époque où s’affirment sans vergogne l’ignorance crasse de la doctrine divinement révélée et des traditions liturgiques antiques les mieux assurées, la confusion des esprits, les remises en question systématiques des usages les plus vénérables, les revendications des furies féministes, les modes ecclésiastiques à la remorque des idéologies ambiantes, et que sais-je encore.

C’est bien peu de chose que de dire que le sens originel du rite du lavement des pieds se trouve aujourd’hui édulcoré et dévoyé - comme d’ailleurs beaucoup d’autres éléments de la liturgie, dans la « forme ordinaire du rite romain ».
De sa compréhension mystique, héritée des Apôtres eux-mêmes et transmise par l’authentique Tradition des Pères, on est passé à une interprétation très humaine de type philanthropique et sociologique – voire socialiste – qui n’a vraiment plus grand chose de surnaturel ! 

Ainsi, selon les nouvelles directives définies par le décret de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, ceux qui sont choisis pour recevoir le lavement des pieds doivent-ils désormais être « un groupe de fidèles qui représente la diversité et l’unité de chaque portion du peuple de Dieu » (sic).
On trouve également en filigrane, derrière ce genre d’affirmation, cette pitoyable autocélébration de l’assemblée, caractéristique de la liturgie postconciliaire, qu’avait naguère dénoncée un certain cardinal Ratzinger.

Cette énième réforme du missel réformé, imposée par le pape François, à travers les termes employés par le décret du Saint-Siège qui ouvre donc le rite du lavement des pieds à des personnes de sexe féminin, laisse entendre que ces dernières doivent être catholiques (c’est du moins le sens traditionnel des mots « fidèles » et « peuple de Dieu »).
Mais on notera que le même pape François est déjà allé lui-même bien au-delà, puisque il a lavé les pieds de personnes non-catholiques : des infidèles (c’est-à-dire étymologiquement des personnes qui n’ont pas la foi), en particulier des mahométans et mahométanes…

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 2

Cette manière de faire n’est pas nouvelle, puisque ce fut le cas déjà bien avant la fin du second concile du Vatican : les modernistes de tout poil n’ont jamais attendu que les réformes – ou pseudo réformes – soient mises en oeuvre par les autorités compétentes pour s’engager dans des innovations aventureuses… jusqu’au scandale.

Dans la « forme ordinaire du rite romain », les prêtres progressistes et leurs sinistres équipes liturgiques – dont les membres semblent spécialement choisis en fonction d’une ignorance proportionnelle à leur capacité de tout oser (et là je renvoie à un fameux dialogue de Michel Audiard à propos de ceux qui osent tout : « … c’est même à ça qu’on les reconnaît ! ») – ,  ont déjà largement « exercé leur créativité » pour mettre en oeuvre avec une application toute particulière ce qui était interdit. Ils n’ont donc pas attendu le décret du Saint-Siège publié en janvier dernier pour transformer le rite du lavement des pieds en énumération à la Prévert où les ratons-laveurs se retrouvent fort opportunément à leur place.
Le Père Bergoglio lui-même, jésuite, puis évêque et cardinal, était notoirement connu pour les « libertés » et « l’audace » de ses « célébrations eucharistiques ».
Il m’est arrivé de regarder la vidéo de l’une d’elles, qui avait lieu dans un stade pour une assemblée d’enfants : cela s’apparentait davantage à ces « shows » qu’organisent les prédicateurs évangélistes sud-américains qu’à la Sainte Messe catholique. Je précise que je n’ai pas pu aller jusqu’au bout de la dite vidéo, car c’était pour moi un spectacle insoutenablement douloureux qui m’a fait verser des larmes bien amères.

Qu’on me permette ici une question à l’adresse des inconditionnels de l’admission des femmes au lavement des pieds : avez-vous bien pensé, avant la cérémonie, à certains détails très pratico-pratiques ?
Je m’explique : dans nos contrées occidentales, lorsqu’un homme est choisi pour participer au Mandatum, il n’a habituellement qu’à retirer sa chaussure et sa chaussette et à remonter légèrement le bas de son pantalon. C’est relativement simple et sans conséquences.
Mais une femme – à moins de lui imposer de participer à la cérémonie habillée comme un homme, ce qui procède là encore d’un machisme d’autant plus insoutenable qu’il ne dit pas son nom et qu’il se cache insidieusement sous le prétexte de l’égalité des sexes – , si elle est vraiment féminine, qu’elle est en jupe et qu’elle porte un collant ou des bas (car il fait encore souvent frais sous nos latitudes au moment de la Semaine Sainte), devra-t-elle retrousser sa jupe pour retirer le-dit collant devant tout « le peuple de Dieu » rassemblé, avant de se faire laver le pied par le célébrant ? L’aura-t-on prévenue avant la cérémonie pour qu’elle prenne ses dispositions – car il ne conviendrait pas qu’elle soit prise au dépourvu, mais il faut qu’elle ait eu le temps de s’épiler les jambes et de se vernir les ongles – ? Ou bien faudra-t-il instituer, avant le début du rite, un déplacement liturgique de toutes les femmes désignées pour le lavement des pieds vers un recoin discret de l’église ou dans une sacristie, afin qu’elles y retirent, à l’abri des regards fraternels, les pièces de leur habillement qui ne permettraient pas d’atteindre directement leurs pieds droits ? Mais dans ce cas, ne faudrait-il pas les obliger de revenir déchaussées des deux pieds, car il serait plutôt cocasse de les voir arriver toutes ensemble claudiquant (surtout si le pied qui reste chaussé l’est d’un escarpin à talon aiguille) ?
Vous le savez, nous autres chats avons un sens pratique souvent beaucoup plus aiguisé que ces humains qui refont le monde, l’Eglise et la liturgie dans leurs bureaux de pseudo-intellectuels en étant coupés des réalités concrètes : si je me suis permis cette question et ses développements, c’est – bien évidemment – par pure charité…

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 3

Avec ces adaptations multiformes, dont on a l’impression qu’elles vont toujours dans le sens d’un mépris de la plus authentique tradition et d’une imitation des modes du monde, la liturgie issue du second concile du Vatican me fait l’effet d’un caillou roulant sur une pente : sa vitesse s’accélère au fur et à mesure qu’il descend vers l’abîme, entraînant avec lui tout ce qui n’est pas bien accroché et qui manque de racines.
De décadence en décadence, la « forme ordinaire » devient quasi profane, de plus en plus vulgaire, se délite dans son inconsistance même, et finira par disparaître.

Nous ne la regretterons pas.
Nous ne pleurerons pas sur elle.
Peut-être même faut-il souhaiter que sa disparition totale soit hâtée…

En attendant, ce prochain Jeudi Saint, que les modernichons s’éclatent autant qu’ils le peuvent en lavant tous les pieds de « la diversité » !

Je leur suggère d’ailleurs de ne pas se limiter à une unique parité hommes/femmes, qui ne rend plus du tout compte de l’entière diversité du « peuple de Dieu », mais qu’ils enrichissent avec encore plus de soin leurs sélections pour l’admission au lavement des pieds, s’ils ne veulent pas susciter de nouvelles ségrégations.
En effet, il ne conviendrait pas d’oublier les pieds des hermaphrodites et ceux des transexuels, ni d’ailleurs – pour lutter efficacement contre l’exclusion – les roues des fauteuils roulants des culs-de-jatte !
Qu’ils n’omettent pas non plus les pieds de ces « migrants » interstellaires que sont les petit
s-hommes-verts (et les petites-femmes-vertes, bien sûr) s’il y en a qui ont stationné leur soucoupe volante sur les platanes de la place de l’église…

Pour nous, je le redis, nous ne nous sentons absolument pas concernés par toutes ces innovations dont, selon une savoureuse expression argotique qu’utilise parfois mon papa-moine, nous nous tamponnons le coquillard… avec une patte d’aligator femelle.

pattes de chatLully

Note * : voir, dans ce même blogue, l’article que j’ai publié le 28 mars 2013 : « Le dernier Jeudi Saint de la monarchie très chrétienne » > ici.

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