Archive pour la catégorie 'Commentaires d’actualité & humeurs'

2025-198. Nous avons lu et nous recommandons chaleureusement : « La France en son âme » du Révérend Père Jean-François Thomas s.j.

Mercredi des Quatre-Temps d’hiver,
17 décembre 2025.

Vignette Tolbiac lisant - blogue

       L’ouvrage que nous présentons ci-dessous est déjà publié depuis la fin de l’hiver de cette année 2025 qui s’achève, aux éditions Via Romana : nous nous étions promis d’en parler dans les modestes pages de ce blogue depuis fort longtemps – et nous vous demandons humblement de nous pardonner de ne pas l’avoir fait plus tôt -, mais, puisqu’il en est ainsi, nous profiterons de cette publication tardive, en cette période marquée par les cadeaux, pour suggérer à tous nos lecteurs, s’ils ne l’ont déjà fait, de s’offrir à eux-mêmes ce petit ouvrage (170 pages à peine) et de ne pas hésiter non plus à l’offrir, sans retenue, aux personnes de leur entourage capables de réflexion… et d’espérance.

La France en son âme - Père Jean-François Thomas

Quatrième de couverture :

   Le déclin de la France suscite l’inquiétude croissante de nos compatriotes. La France, « le plus beau royaume après celui du Ciel », semble frappée par le virus d’une désintégration inéluctable.
   Le Père Jean-François Thomas se porte à son chevet pour tenter d’identifier les causes, les idées et les acteurs à l’origine de ce nouveau mal français, avec comme ressorts principaux l’abandon par nos élites du bon sens et la relégation générale et obstinée du surnaturel.
   Au fil de ses réflexions, habité par la conviction que le Christ agit au cœur de notre histoire, il rappelle aux fils prodigues et désorientés que nous sommes la réalité des charismes extraordinaires octroyés par la Providence à notre nation. Pour lui, le retour à l’accomplissement des promesses de notre baptême est la condition première de l’espérance et du sursaut.
   Depuis notre première reine sainte Clotilde, l’onction de Clovis, l’Occident chrétien de Charlemagne, les leçons politiques et spirituelles de Jeanne d’Arc, la patiente œuvre d’éducation sous l’Ancien Régime, la vertu de courtoisie si propre à l’esprit français et les splendeurs de nos architectes, poètes et philosophes, est tombée la nuit des fausses Lumières qui obscurcit désormais l’humanité livrée à la tyrannie de la Révolution française dont l’inventaire des crimes constitue à lui seul une preuve éclatante de l’action du Malin.
   Le Père Jean-François Thomas aime et fait aimer la vérité, il cultive la longue mémoire contre ceux qui promeuvent l’abolition de tous les liens de piété et de fidélité traditionnelles. Il réconcilie l’ordre et le progrès, car « l’équipage lumineux qui traversa notre royaume n’est pas une apparition passagère du fait avéré que notre terre de France est terre de sainteté ».

   Prêtre jésuite né en 1957, Jean-François Thomas fut professeur de philosophie et missionnaire aux Philippines où il se consacra à la sauvegarde des enfants des rues. Il a notamment publié chez Via Romana quatre livrets de Méditations quotidiennes (2022-2023) et Les Vertus méditées (2023).

frise lys

Entretien avec le Révérend Père J.F. Thomas
au sujet de cet ouvrage

dans une émission de TV Libertés [à 12 mn 15 s]
(faire un clic droit sur l’avatar ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

Image de prévisualisation YouTube

Vignette Tolbiac lisant - blogue

2025-197. Quatre-Temps d’hiver : le jeûne a toujours été l’aliment de la vertu.

Mercredi des Quatre-Temps d’hiver.

Bartolome Esteban Murillo - Annonciation

Bartolome Esteban Murillo (1617-1682) : Annonciation (vers 1660),
[Musee de l'Ermitage, Saint-Petersbourg].

       « Nous entrons dans un nouveau stade de la préparation de Noël. On nous a dit d’abord : « Le Roi vient », puis : « Jérusalem s’apprête », ensuite : « Il est au milieu de vous ». Aujourd’hui, l’Eglise nous montre le Fils de Dieu sous la forme humaine : le Roi revêt les haillons de l’humaine nature. Les messes des Quatre-Temps nous présentent les antécédents de la naissance et de l’avènement du Seigneur.

   Comme introduction à ces solennités d’une antiquité vénérable, donnons ici un sermon de Quatre-Temps du pape Saint Léon :

   « Mes très chers, notre souci pastoral nous porte à vous prêcher conformément au temps et à l’usage liturgique.
Nous célébrons le jeûne du dixième mois (décembre, comme son nom l’indique, était le dixième mois). Dans ce jeûne, nous offrons à Dieu, l’Auteur de tous biens, après avoir achevé la récolte de tous les fruits, un digne sacrifice de tempérance. Car quelle œuvre peut être plus efficace que le jeûne, par lequel nous nous rapprochons de Dieu, nous résistons au démon, nous triomphons des vices séducteurs ?
En effet, toujours le jeûne a été l’aliment de la vertu. La sobriété produit les pensées chastes, les résolutions raisonnables, les conseils salutaires.
Par la mortification volontaire on meurt aux convoitises de la chair. L’esprit est renouvelé pour la pratique de la vertu.
Mais comme nous ne pouvons pas faire notre salut par le jeûne seul, complétons-le par la miséricorde envers les pauvres. Donnons à la vertu ce que nous enlevons au plaisir. Que la privation de ceux qui jeûnent soit un soulagement pour les pauvres. Efforçons-nous de protéger les veuves, d’aider les orphelins, de réconcilier ceux qui sont en discorde, de recueillir les étrangers, de secourir les affligés, de vêtir ceux qui sont nus, de soigner les malades. Ainsi celui d’entre nous qui aura offert à Dieu, l’Auteur de tous biens, le sacrifice de ses œuvres de charité comme un bon travailleur, méritera de recevoir comme salaire le royaume céleste.
Ainsi donc, jeûnons mercredi, vendredi et samedi, veillons ensemble (célébrons l’office de nuit) auprès de l’Apôtre Saint Pierre, afin que, par son intercession, nous puissions obtenir ce que nous demandons par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il ».

   Les Quatre-Temps comptent parmi les usages les plus anciens de l’année liturgique et remontent aux tout premiers temps de l’Eglise romaine. Ils sont plus anciens que l’Avent, et le pape Saint Léon (vers 450) nous a laissé toute une série de beaux sermons de Quatre-Temps.

   C’était originairement une fête d’action de grâces pour les récoltes. Il n’y en avait que trois, après chacune des trois récoltes principales : le blé, le vin et l’huile — les plus importants symboles naturels de la liturgie. Les fidèles apportaient à l’Offrande la dîme de leurs récoltes, pour les besoins du Sacrifice, de l’Eglise et des pauvres — et ceci est un exemple pour nous.

   Néanmoins ces époques sont aussi des jours de renouvellement spirituel.
L’homme, au milieu de ses occupations matérielles, oublie trop facilement ses intérêts éternels ; c’est pourquoi il est bon qu’à chaque saison il se rappelle la pensée de Dieu et fasse réflexion sur l’état de son âme.
Si le carême est l’époque de la retraite spirituelle annuelle, les Quatre-Temps sont celle du renouvellement intérieur. Ce sont des semaines de sérieux, mais non de tristesse et de pénitence. Le jeûne est moins une manifestation de pénitence qu’une dîme joyeusement offerte à Dieu et qui doit nous inciter à l’aumône. Le sacrifice de la charité miséricordieuse doit être offert en même temps que celui du jeûne (Saint Léon).

   En devenant jours d’ordination (le samedi), les Quatre-Temps ont revêtu un caractère particulier.
Le samedi des Quatre-Temps de décembre était le principal jour d’ordination (en ce jour les fidèles doivent prier spécialement pour obtenir de Dieu de bons prêtres).

   Cependant, dans la suite des temps, les Quatre-Temps ont été insérés dans la trame de l’année liturgique et chacune de ces semaines a pris une nuance particulière. Les Quatre-Temps de décembre signifient une préparation plus intense à la fête de Noël.

   Les derniers grands préparatifs pour la venue du Christ se font pendant ces semaines, comme l’attente de Noël trouve sa plus haute expression dans les antiennes O » (cf. > ici).

Dom Pius Parsch *, in « Guide dans l’année liturgique ».

* : pour ce qui concerne cet auteur nous renvoyons à l’avertissement que nous avons déjà publié > ici.

Putti - blogue

Quelques rappels toujours utiles :

   Pour Saint Léon le Grand, il est certain que le jeûne des Quatre-Temps est d’institution apostolique. On ne peut que déplorer le fait que, même dans les milieux traditionnels, ces jours de jeûne soient mésestimés et que l’on s’en dispense facilement.

   Rappelons aussi avec une insistance – que certains ne manqueront sans doute pas de trouver lourde et dérangeante -, que le 24 décembre, Vigile de la Nativité, est aussi un jour de jeûne et d’abstinence : si le jeûne cesse avec les premières vêpres de Noël, l’abstinence, elle, reste de rigueur jusqu’au retour de la Messe de Minuit (laquelle – ainsi que son nom l’indique commence à minuit – et n’est donc pas une « messe anticipée du jour de Noël » ni une « messe vespérale de la Nativité », célébrée à 18, 19 ou 21 heures). Le repas du soir du 24 décembre pour plus de vingt siècles de générations de catholiques doit donc consister en un repas frugal (sans viande, où le poisson est autorisé, se aussi sans d’alcool).
Dans nos campagnes vivaroises, c’était souvent la morue (alors un poisson de pauvres) qui, après la soupe de légumes (sans lard), était servie avec des pommes de terre cuites à l’eau ou à la vapeur.
Il n’y avait évidemment pas de dessert, puisque celui-ci (ou ceux-ci : qu’on pense aux 13 desserts de Provence) étaient servis lors du réveillon, c’est-à-dire la deuxième veillée (d’où le préfixe « re »), avec des boissons chaudes, au retour de la Messe de minuit.
La première veillée, autour de l’âtre – dans lequel on avait allumé la « bûche de Noël » (grosse bûche d’arbre fruitier qui devait tenir jusqu’au retour de la Messe de minuit et qui est bénite selon un rituel familial particulier) -, se passait en chants et pieuses lectures dans l’attente de l’heure à laquelle on partirait pour l’église.
Aux âges de foi, le peuple chrétien ne se rendait d’ailleurs pas à l’église juste pour la Messe, mais, avant elle, pour le chant des matines suivies des laudes.

Tolbiac.

putti et chat devant une assiette vide

2025-194. De l’anniversaire de l’encyclique « Quas primas » publiée le 11 décembre 1925.

11 décembre,
Fête de Saint Damase 1er, pape et confesseur (cf. > ici) ;
Mémoire du 4ème jour dans l’octave de l’Immaculée Conception (cf. ici) ;
Mémoire de la férie de l’Avent ;
Anniversaire de la publication de l’encyclique « Quas primas » (11 décembre 1925 – texte complet ici).

Vitrail du Christ-Roi

       S’il est certains anniversaires de publications de documents qui n’ont « qu’un » intérêt historique, ou d’autres pour lesquels prévaut surtout le caractère anecdotique, ce n’est pas le cas de ce 11 décembre, jour anniversaire de la publication de l’encyclique de Pie XI « Quas primas » sur la Royauté universelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

   Il ne manquera certes pas de « spécialistes » – ecclésiastiques ou pas – (ah ! ces fameux « spécialistes » que les médias ont l’art de faire apparaître à la demande sur les plateaux télévisuels ou radiophoniques pour débiter avec un ton assuré – à défaut d’être véritablement docte – des leçons bien apprises afin qu’elles tiennent lieu de nouveaux dogmes !) pour vous dire que ce texte est « daté », qu’il dépend d’un contexte historique certain qui n’est plus le nôtre, ou je ne sais quoi d’autre encore, pourvu que leurs auditeurs en viennent à être convaincus que cette encyclique n’a plus aucune actualité réelle ou que, du moins, elle a besoin d’une « relecture » ou d’une « réinterprétation », à la lumière « des joies et des espoirs, des tristesses et des angoisses des hommes de ce temps »

   On trouvera même des théologiens, voire des hiérarques de la Sainte Eglise, pour affirmer, comme cela avait été rétorqué in illo tempore à Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre lors de discussions un peu tendues, à Rome, dans le milieu des « années 80 » du précédent siècle, que, de nos jours, un pape ne signerait plus pareille encyclique
Singulier aveu, profondément révélateur !

Couronne

   Bref ! Ce 11 décembre est l’anniversaire de la parution de l’encyclique « Quas primas », et, qu’on le veuille ou non, ce texte appartient au Magistère ordinaire de la Sainte Eglise catholique romaine.
Le texte tel qu’il est écrit, et non ses relectures ou réinterprétations.
Le texte tel qu’il a voulu être publié par le Pontife qui y a apposé sa signature, et non tel que le voudraient de prétendus exégètes postconciliaires du Magistère antérieur.

   N’en déplaise aux thuriféraires de la « laïcité », le Christ unique Rédempteur, est le Seigneur des sociétés et des peuples dès ici-bas. Il est Roi universel dès à présent ; et les nations en tant que telles, avec leurs gouvernants et gouvernements doivent se soumettre à Lui.
Sa Royauté ne procède pas de ce monde, mais elle doit s’exercer sur ce monde, et non pas uniquement quand « Il reviendra pour juger les vivants et les morts », à la consommation des siècles ! « Opportet illum regnare » (1 Cor. XV, 25).

   A deux semaines des célébrations de la naissance du Verbe incarné, il n’est pas inutile de redécouvrir et d’approfondir (car on n’aura jamais fini d’approfondir ce mystère !) la Royauté universelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ – puisque l’Incarnation et la venue de la Deuxième Personne de la Très Sainte Trinité dans notre chair constituent une partie des titres sur lesquels se fonde la doctrine de la Royauté du Christ – et d’affirmer « à temps et à contre-temps » que cette Royauté ne peut en aucune manière être exclue de la sphère publique.

   Royauté universelle.
Royauté qui doit s’exercer sur tous les hommes et toutes les sociétés.
Royauté qui se doit déployer dans les sphères législative, judiciaire et exécutive de tous les Etats !

   L’hymne des vêpres de cette fête le chante sans aucune ambiguité :

   « Te natiónum prǽsides honóre tollant público, colant magístri, júdices, leges et artes éxprimant. / Submíssa regum fúlgeant Tibi dicáta insígna : mitíque sceptro pátriam domósque subde cívium ! »

   Que les chefs des nations Vous rendent des honneurs publics, que les maîtres et les juges Vous adorent, que les lois et les arts Vous expriment. /  Que soumis et consacrés à Vous resplendissent les insignes des rois : et soumettez à Votre doux sceptre la patrie aussi bien que les demeures des citoyens !

   Or ce sont justement ces strophes-là que la néoliturgie issue du concile vaticandeux a supprimées de l’offices réformé de la fête du Christ-Roi, fête détournée de son sens et de son esprit originel, ainsi que nous n’avons de cesse de le rappeler depuis de nombreuses années (cf. > ici).
C’est, ne manquons pas l’occasion de le redire au passage, la preuve en acte – s’il en était besoin – que la pseudo réforme liturgique a bien réellement voulu opérer un changement doctrinal, et qu’elle récuse les leçons voulues par Pie XI lorsqu’il institua cette fête comme un remède à la sécularisation, une réparation de l’apostasie publique, et le moyen d’accélérer le retour des âmes vers le Christ par l’accroissement de Son Règne.

Couronne

   Cette doctrine de la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, outre ses dimensions théologique, liturgique et pastorale, est bien véritablement politique.

   Il n’est pas exact de prétendre que les religieux ne « doivent pas faire de politique ».
Ils ont, au contraire, l’obligation de s’en mêler activement parce que 1) foi et morale ne peuvent être dissociées, et que 2) la politique est, dans la conception philosophique classique – héritée du Stagirite [Aristote] -, la science morale de la vie en société, la morale de l’ordre social, la nécessaire science des voies relatives au bien commun.
A ce titre, « dans l’ordre pratique et sur le plan naturel (et non sur le plan surnaturel de la morale révélée), la morale personnelle et la morale familiale sont ordonnées à la politique » (Manifeste légitimiste de l’UCLF, 2004 p. 4).
A ce titre, la politique est le degré le plus élevé de la morale naturelle. Il est donc de la plus extrême importance que les religieux qui, par état, ont mission de transmettre la saine morale naturelle sur laquelle peut se fonder ensuite solidement l’édifice de la morale surnaturelle, s’occupent de politique.

   Les structures sociales et politiques qui doivent aider, régir et guider l’homme vers sa fin temporelle, tout en étant légitimement dans un mode d’action et un domaine de compétence distincts, sont ordonnées à sa fin surnaturelle : cette fin surnaturelle d’ailleurs purifie et sublime la fin temporelle.

   Sans renier en aucune manière le droit naturel et sans opérer de confusion, les institutions politiques qui reconnaissent le rôle public et fondateur de l’authentique Révélation, de la foi catholique et donc aussi de la Sainte Eglise catholique, ne peuvent qu’y gagner en solidité et prospérité.
L’Etat confessionnel, tel qu’il a été vécu dans ce qu’il convient d’appeler la Chrétienté, permet au Christ Rédempteur de donner aux sociétés humaines leur ordre final et parfait.
Au contraire, la sécularisation et le laïcisme sont des facteurs de désordre, de déstabilisation, de déséquilibre, de perte de repères, de crises répétées et sans cesse agravées, et finalement de désintégration de l’ordre social, ainsi que nous en voyons de nos jours le lamentable et douloureux spectacle.

Couronne

   Remarquons, pour terminer, que la publication de l’encyclique « Quas Primas », le 11 décembre 1925, est arrivée le lendemain de l’apparition de Pontevedra, au cours de laquelle le Saint Enfant Jésus et Sa Très Sainte Mère ont révélé à Sœur Lucie, l’aînée des voyants de Fatima, les desseins divins liés à l’institution de la dévotion du premier samedi de chaque mois (10 décembre 1925).

   Ne peut-on, de la manière la plus évidente qui soit – en définitive – voir dans cette « coïncidence » une forme d’indication providentielle particulièrement forte pour nous faire davantage savoir et comprendre (ce que nous savons par ailleurs par d’autres canaux, tels les enseignements des grands apôtres de la dévotion mariale) que Notre-Dame de Fatima, la dévotion au Cœur douloureux et immaculé de Marie, la spiritualité réparatrice, la pratique plus intense du sacrement de pénitence et de la sainte communion, l’oraison silencieuse et la consécration au Cœur de notre Mère céleste intimement associée à l’œuvre de la Rédemption, sont les moyens privilégiés qui nous sont donnés aujourd’hui pour travailler – selon notre modeste mesure personnelle – à restaurer la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Roi par nature et par droit de conquête, mais auxquels tant de cœurs aujourd’hui opposent le même « nous ne voulons pas qu’Il règne sur nous ! Nous n’avons pas d’autres rois que les puissances apostates d’ici-bas… » que les princes des prêtres, les pharisiens et leurs affidés crièrent jadis devant le prétoire de Pilate.

Cœur Sacré de Jésus, que Votre Règne arrive,

par le Cœur douloureux et immaculé

de Votre Très Sainte Mère !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Ex-voto de Madame Elisabeth - cathédrale de Chartres

2025-193. Condamnation des « lois laïques » par l’assemblée des Cardinaux et Archevêques de France.

   Oui, vous avez bien lu : « Condamnation des lois laïques par l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France » ; mais c’était en… 1925 !

   Ce texte est intéressant à plus d’un titre : d’un point de vue historique, certes, mais aussi et surtout parce qu’il rappelle des principes véritablement catholiques qui n’ont plus rien à voir avec les insipides verbiages sociaux-circonstantiels « pondus » par les actuels hiérarques de l’Eglise de France, qui donnent l’impression d’être totalement ignorants de ces principes.

   En raison même de ces principes affirmés clairement, ce texte est intemporel.
On regrette toutefois…
1) premièrement – et ce n’est pas anodin ! – que les armes surnaturelles ne sont pas mentionnées parmi les moyens de lutte contre le laïcisme ;
2) et secondement que dans les paragraphes III-2 et III-3, perce déjà une espèce d’utopisme ou de naïveté quant à l’efficacité des démarches avec des personnes qui sont – par le fait même qu’ils deviennent des « élus de la république » et nonobstant leur « bonne volonté » – les prisonniers d’une idéologie fondamentalement anti-chrétienne.

Vitrail du Christ-Roi - blogue

Déclaration de l’Assemblée

des Cardinaux et Archevêques de France

sur les lois dites de laïcité

et sur les mesures à prendre pour les combattre

I. Injustice des lois de laïcité :

   1. Les lois de laïcité sont injustes d’abord parce qu’elles sont contraires aux droits formels de Dieu. Elles procèdent de l’athéisme et y conduisent dans l’ordre individuel, familial, social, politique, national, international. Elles supposent la méconnaissance totale de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Evangile. Elles tendent à substituer au vrai Dieu des idoles (la liberté, la solidarité, l’humanité, la science, etc.) ; à déchristianiser toutes les vies et toutes les institutions. Ceux qui en ont inauguré le règne, ceux qui l’ont affermi, étendu, imposé, n’ont pas eu d’autre but. De ce fait, elles sont l’œuvre de l’impiété, qui est l’expression de la plus coupable des injustices, comme la religion catholique est l’expression de la plus haute justice.

   2. Elles sont injustes ensuite, parce qu’elles sont contraires à nos intérêts temporels et spirituels. Qu’on les examine, il n’en est pas une qui ne nous atteigne à la fois dans nos biens terrestres et dans nos biens surnaturels. La loi scolaire enlève aux parents la liberté qui leur appartient, les oblige à payer deux impôts : l’un pour l’enseignement officiel, l’autre pour l’enseignement chrétien ; en même temps, elle trompe l’intelligence des enfants, elle pervertit leur volonté, elle fausse leur conscience. La loi de Séparation nous dépouille des propriétés qui nous étaient nécessaires et apporte mille entraves à notre ministère sacerdotal, sans compter qu’elle entraîne la rupture officielle, publique, scandaleuse de la société avec l’Eglise, la religion et Dieu. La loi du divorce sépare les époux, donne naissance à des procès retentissants qui humilient et déclassent les familles, divise et attriste l’enfant, rend les mariages ou partiellement ou entièrement stériles, et de plus elle autorise juridiquement l’adultère. La laïcisation des hôpitaux prive les malades de ces soins dévoués et désintéressés que la religion seule inspire, des consolations surnaturelles qui adouciraient leurs souffrances, et les expose à mourir sans sacrements.

   On pourrait développer ces considérations à l’infini, y ajouter et montrer que le laïcisme, dans toutes les sphères, est fatal au bien privé et public.

   Dès lors, les lois de laïcité ne sont pas des lois. Elles n’ont de loi que le nom, un nom usurpé ; elles ne sont que des corruptions de la loi, des violences plutôt que des lois, dit Saint Thomas : Magis sunt violentiae quam leges [Ia, IIae, q. 96, art. IV. Traduction : « des lois de cette sorte sont des violences plutôt que des lois »]. Ne nous nuiraient-elles que dans l’ordre temporel, en soi, elles ne nous obligeraient pas en conscience, tales leges (scil. leges contrariae bono humano), non obligant in foro conscientiae [ibid. Traduction : « de telles lois (c’est-à-dire contraires au bien humain), n’obligent pas en conscience »]Mais comme les lois de laïcité attentent aux droits de Dieu, comme elles nous atteignent dans nos intérêts spirituels ; comme, après avoir ruiné les principes essentiels sur lesquels repose la société, elles sont ennemies de la vraie religion qui nous ordonne de reconnaître et d’adorer, dans tous les domaines, Dieu et son Christ, d’adhérer à leur enseignement, de nous soumettre à leurs commandements, de sauver à tout prix nos âmes, il ne nous est pas permis de leur obéir, nous avons le droit et le devoir de les combattre et d’en exiger, par tous les moyens honnêtes, l’abrogationLeges posunt esse injuste per contrarietatem ad bonum divinum, sicut leges tyrannicae inducentes ad idolatriam vel ad quodcumque aliud quod sit centra legem divinam : et tales leges nullo modo licet observare, quia sicut dicitur, Act. IV, « Obedire oportet Deo magis quam hominibus » [ibid. Traduction : « Les lois peuvent être injustes par leur opposition au bien divin ; telles sont les lois tyranniques qui poussent à l’idolâtrie ou à toute autre conduite opposée à la loi divine : il n’est jamais permis d’observer de telles lois car, « il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes » (Ac. 5, 29)].

Vignette typographique Christ-Roi - blogue

II. Mesures à prendre pour combattre les lois de laïcité :

   Deux tactiques. La première consisterait à ne pas heurter de front les législateurs laïcs ; à essayer de les apaiser et d’obtenir qu’après avoir appliqué leurs lois dans un esprit de modération, ils finissent par les laisser tomber en désuétude. Il est possible qu’avec certains hommes investis du pouvoir et moins mal disposés, cette méthode ait quelque chance de succès. On citerait des cas dans l’Histoire où elle a réussi. De plus, elle aurait l’avantage de ne point exaspérer les adversaires et de ne point provoquer de leur part des mesures d’autant plus redoutables qu’elles seront inspirées par un sentiment plus irrité. Cependant, cette tactique présente plusieurs inconvénients graves.

   1 – Elle laisse les lois debout. A supposer qu’un ministère ou plusieurs ministères n’en usent qu’avec bienveillance, ou cessent d’en user contre les catholiques, il dépendra d’un nouveau gouvernement de les tirer de l’oubli, de leur rendre leur vigueur et leur efficacité. Danger qui n’est pas imaginaire, car de notre temps le pouvoir passe continuellement d’un parti relativement tolérant à un parti extrême. Il suffit que le premier se soit montré un peu conciliant pour que le second, par réaction, ne garde à notre endroit aucun ménagement. Depuis des années, nous assistons à ce flux et à ce reflux de la persécution religieuse qui, au fond, s’est toujours aggravée. Elle habitue les esprits, fussent-ils sincèrement catholiques, à regarder comme justes, comme compatibles avec la religion les lois de laïcité ; elle favorise ces hommes qui, oscillant perpétuellement entre le laïcisme et le catholicisme, sont prêts à toutes les concessions pour gagner des voix à droite et à gauche, pour entrer dans un ministère, et, n’essayant que d’atténuer quelques effets du laïcisme, en laissent subsister le principe, et en pratique lui sacrifient à peu près complètement le catholicisme. On dira qu’une attitude de conciliation nous a valu quelques faveurs particulières. Petits avantages quand on songe à l’immense courant d’erreur qui envahit les âmes et les entraîne à l’apostasie ! Petits avantages qui nous enchainent et nous empêchent de réagir contre nos adversaires !

   2 – Les plus malfaisantes de ces lois continuent à agir, quelles que soient les intentions des ministères successifs. Au moment des accalmies apparentes auxquelles nous avons eu trop de confiance, les écoles athées fonctionnaient sans arrêt ; on préparait des dossiers contre les Ordres religieux, et l’attribution des biens ecclésiastiques se poursuit sournoisement et surement.

3 – Cette politique encourage nos adversaires, qui, comptant sur notre résignation et notre passivité, se livrent chaque jour à de nouveaux attentats contre l’Église. En somme, les lois de laïcité se sont multipliées au point de réduire chaque jour davantage la reconnaissance du domaine divin sur nous et le champ de nos droits et de nos libertés. Ces pensées frapperont singulièrement quiconque se rappellera la série des lois dont nous sommes les victimes, quiconque invoquera le témoignage de l’histoire pendant le dernier demi-siècle.

   C’est pourquoi la majorité des catholiques vraiment attachés à leur foi demande qu’on adopte une attitude plus militante et plus énergique. Elle demande que, sur tous les terrains, dans toutes les régions du pays, on déclare ouvertement et unanimement la guerre au laïcisme et à ses principes jusqu’à l’abolition des lois iniques qui en émanent ; que, pour réussir, on se serve de toutes les armes légitimes.

Vignette typographique Christ-Roi - blogue

III. Moyens à employer :

   Ces moyens peuvent se ramener à trois : 1. Action sur l’opinion ; 2. Action sur les législateurs ; 3. Action sur le gouvernement.

III-1. Action sur l’opinion. 

   L’action sur l’opinion s’exercera par la propagande de la vérité ; par la dénonciation des préjugés qui égarent le peuple en l’aveuglant ; par les démonstrations extérieures.

   a) La propagande sera féconde si elle est persévérante ; si, tous d’accord, les catholiques font retentir partout la même note de réprobation contre les injustices de la législation : neutralité (mensongère d’ailleurs et impossible), et laïcité de l’enseignement, école unique, divorce, spoliation du clergé, ostracisme des Congrégations, athéisme de l’Etat et des institutions domestiques, sociales, charitables, politiques, si les Lettres épiscopales, les Semaines religieuses, les Bulletins paroissiaux, les revues, la presse, les affiches, les conférences, les catéchismes, donnent le même son de cloche.

   Après avoir montré que les individus, les familles, les nations doivent à Dieu et à Notre-Seigneur un culte officiel, intérieur, extérieur ; une soumission de l’intelligence, de la volonté, de l’activité, il sera et nécessaire de faire ressortir les avantages temporels qu’apporte dans tous les ordres la religion catholique, les maux sans nombre que causent, à cet égard, les lois de laïcité. Par exemple, la foi en une autre vie et en un Juge suprême, l’éducation et la morale chrétiennes, la doctrine évangélique du mariage et de son indissolubilité sont les ennemies du fléau de la dépopulation ; l’incrédulité, l’école laïque, le divorce en sont les complices. Aucune loi n’est aussi favorable à l’éducation des jeunes esprits et des jeunes cœurs que la loi chrétienne, tandis que la science et la morale ont gravement perdu en brisant avec l’Eglise.

   L’application des lois de laïcité a couté à la France des milliards qui auraient pu être épargnés, servir au soulagement des malheureux, accroître la richesse et les réserves du pays, lui assurer au dehors un prestige grandissant. Malgré ces dépenses ruineuses, les malades, les orphelins, les pauvres, les vieillards n’en ont été que plus mal soignés. Que sont devenues, sous le régime du laïcisme, l’impartialité des tribunaux, la liberté des individus, des familles, des officiers, des magistrats, des instituteurs, des fonctionnaires, des mourants ; la participation de meilleurs citoyens aux emplois publics, la justice commutative ou distributive, les relations des classes, l’unité, la paix intérieure, la conscience professionnelle, etc. ? Léon XIII revenait souvent à ces considérations qui émeuvent la multitude.

   b) Il faudrait encore confondre les préjugés qui égarent le peuple en l’aveuglant. En voici quelques-uns :

  • La loi, juste ou injuste, est la loi ; on est tenu de lui obéir.
  • Les lois de laïcité sont intangibles (alors que les autres peuvent être changées et que les Parlements passent leur vie à les changer).
  • Attaquer les lois laïques, c’est attaquer la République (comme si la législation et la Constitution n’étaient pas distinctes ; comme si les républicains les moins suspects n’attaquaient pas les lois qu’ils ont eux-mêmes votées, et jusqu’à la Constitution dont ils sont les auteurs. La vérité est que les catholiques devront toujours combattre le laïcisme quel que soit le régime – régime monarchique ou républicain – qui l’aura mis en vigueur).
  • Il faut séparer la religion et la politique. (Il ne faut pas les séparer, il faut les distinguer et les concilier.)
  • La religion est affaire privée. (La religion est affaire privée, affaire domestique, affaire publique. La société comme l’individu, doit au vrai Dieu des adorations et un culte).
  • La religion n’a rien à voir dans la politique. (La religion laisse à chacun la liberté d’être républicain, royaliste, impérialiste, parce que ces diverses formes de gouvernement sont conciliables avec elle ; elle ne lui laisse pas la liberté d’être socialiste, communiste ou anarchiste, car ces trois sectes sont condamnées par la raison et par l’Eglise. A moins de circonstances particulières, les catholiques sont tenus de servir loyalement les gouvernements de fait aussi longtemps que ceux-ci travaillent au bien temporel et spirituel de leurs sujets ; ils ne leur est pas permis de prêter leur concours aux mesures injustes ou impies que prennent les gouvernements ; ils sont obligés de se rappeler que la politique, étant une partie de la morale, est soumise, comme la morale, à la raison, à la religion, à Dieu. C’est d’une façon analogue qu’il convient de réfuter les autres préjugés répandus dans la population.)

   A cette action sur l’opinion par la propagande se rattache la question des publicistes et des conférenciers. Il est très désirable que ceux-ci soient formés et préparés sérieusement ; qu’ils ne se contentent pas de formules universelles, generalia non movent, de phraséologies vagues et vides, mais qu’ils fassent preuve de précision, de compétence, de force, de clarté ; qu’en particulier ils étudient les traités de la foi, de l’Eglise et de l’Etat.

   c) Action sur l’opinion par les manifestations extérieures. En cet ordre, la prudence nous prescrit de procéder suivant ses préceptes, d’éviter la témérité, de prendre toutes les précautions nécessaires. Mais il est sûr que les manifestations extérieures, bien préparées, impressionneront la foule en lui donnant l’idée, qu’elle n’a pas, de notre nombre, de notre unité, de notre puissance et de la volonté inébranlable où nous sommes, de revendiquer nos droits jusqu’à la victoire. « L’opinion, disait dernièrement un de nos cardinaux, se prononce pour ceux qui se battent bien ». Elle abandonne ceux qui s’abandonnent eux-même.

nika

III-2. Action sur les législateurs. 

   Cette action peut aboutir à quelques résultats heureux.

  • a) Par des pétitions envoyées aux députés, aux sénateurs de chaque département. Il conviendrait que ces pétitions vinssent de tous les groupements : groupements de pères de famille, d’anciens combattants, de Jeunesse catholique, de cheminots, de veuves de guerre ; des Ligues féminines catholiques, des personnalités les plus considérables de la banque, de l’industrie, du commerce, etc. Ces pétitions seraient adressées à tous les parlementaires, sans exception, et si un ministre appartenait à la contrée, on aurait soin de lui faire tenir ces protestations et ces réclamations.
  • b) Des personnages considérables voudraient qu’on allât plus loin et que l’on donnât à tous les catholiques la consigne de refuser leurs voix aux candidats qui ne seraient pas en théorie et en pratique, les adversaires du laïcisme et des œuvres neutres. Dans l’esprit de ces hommes graves, la théorie du moindre mal, poussée au-delà des bornes, nous a valu des échecs et des malheurs de plus en plus irréparables que nous aurions pu conjurer, au moins en partie, par une attitude plus ferme.

nika

III-3. Action sur le gouvernement.

   Ce qui remue l’opinion et les Chambres atteint déjà le gouvernement, mais il faut l’aborder directement. Socialistes, communistes, fonctionnaires, ouvriers, commerçants nous donnent l’exemple. Quand une loi ou un décret leur déplaît ou leur nuit, ils n’estiment pas suffisante les interpellations de leurs représentants à la Chambre ou au Sénat, ils s’adressent eux-mêmes au pouvoir. Ils se rendent en masse aux portes des mairies, des préfectures, des ministères ; ils envoient aux titulaires de l’autorité des protestations, des délégations, des ultimatums ; ils multiplient les démarches voire les grèves ; ils assiègent et ils harcèlent le gouvernement qui a, presque toujours, finit par céder à leurs instances. Pourquoi, autant que nous le permettent notre morale, notre dignité, notre amour de la paix, fondée sur la justice et la charité, ne les imiterions-nous pas, afin d’effacer de notre code les lois qui, suivant l’énergique parole d’un de nos évêques, nous mènent « du laïcisme au paganisme » ?

   Assurément l’œuvre est immense et difficile, mais le propre de la vertu de force est d’affronter les obstacles et de braver le danger. De plus, nous disposons de troupes dont le nombre et le courage égalent au moins le nombre et le courage des autres groupements, car une multitude de chrétiens, à compter seulement ceux qui sont fervents et agissants, sont impatients d’engager la lutte. Nos cadres – paroisses, diocèses, provinces ecclésiastiques, – sont préparés.

   Ce qui a trop manqué jusqu’ici aux catholiques, c’est l’unité, la concentration, l’harmonie, l’organisation des efforts. N’auront-ils pas assez d’abnégation pour former un corps compact qui travaillera avec ensemble sous la direction de leurs supérieurs hiérarchiques ? On dira que cette attitude nous expose à des retours offensifs et impitoyables de nos adversaires. Ce n’est pas certain ; en tout cas, à quelles calamités ne nous expose pas l’attitude contraire ? Quel avenir nous attend si, satisfaits d’une légère et artificielle détente, nous nous endormons ? Jamais peut-être, depuis cinquante ans, l’heure n’a paru aussi propice ; à la laisser passer sans en profiter, il semble bien que nous trahissions la Providence.

Paris, le 10 mars 1925

Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France.

Ave Christus Rex - blogue

2025-191. « Les Sept Sacrements d’hier à aujourd’hui – Bref examen critique des nouveaux rituels ».

5 décembre 2025.

Nous avons lu, nous avons beaucoup aimé,

et nous recommandons chaleureusement cet ouvrage :

Les Sept Sacrements d’hier à aujourd’hui

Bref examen critique des nouveaux rituels

de Monsieur l’Abbé Claude Barthe

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Nous venions d’achever la lecture du petit ouvrage (100 pages) que la sagacité et la rigueur théologiques de Monsieur l’Abbé Claude Barthe vient de publier récemment aux éditions « Contretemps » (les éditions de Renaissance Catholique), et nous programmions dans ces pages une courte recension de cet excellent ouvrage, lorsque, ce jour même, nous reçûmes dans notre boite aux lettres électronique celle réalisée par l’association Paix liturgique.
Il nous paraît donc judicieux de vous encourager à prendre par vous-mêmes connaissance de cette lettre, en cliquant ici > Paix liturgique – lettre n°1312 du 5 XII 2025.

Abbé Claude Barthe - les sept sacrements d'hier à aujourd'hui

   Il ne paraît pas inutile de reproduire ici la quatrième de couverture :

   L’arbre de la messe a souvent caché la forêt des sacrements. Autrement dit, depuis soixante années les débats à propos de la réforme liturgique se sont focalisés sur le nouveau missel (constitution du pape Paul VI, Missale Romanum, 3 avril 1969). Or cette réforme de la messe s’est accompagnée, conformément à la déclaration conciliaire sur la liturgie, Sacrosanctum Concilium (4 décembre 1963) d’une refonte profonde des rituels des six autres sacrements : baptême, mariage, confirmation, pénitence devenue sacrement de la réconciliation, ordination, extrême-onction devenue sacrement des malades.

   La liturgie est traditionnellement le lieu théologique par excellence de la préservation et de la transmission de la foi. Or, le rite nouveau de la messe avait suscité des critiques dénonçant ses amoindrissements de signification. L’abbé Barthe s’est ici livré à une comparaison précise et factuelle, sacrement par sacrement, de l’ensemble des rituels de célébration des sacrements de l’Eglise. Sont mis en regard la matière (utilisée) et la forme (les paroles prononcées) constitutifs de chaque sacrement de même que l’ensemble des cérémonies avant et après la réforme conciliaire. La multiplicité des formules utilisables et le caractère moins limpide de nombre d’entre elles ont incontestablement joué un rôle dans un affaiblissement du message doctrinal. La quasi-disparition des exorcismes dans le nouveau rituel du baptême est, à cet égard, révélatrice. Cette volonté d’ « adaptation » n’a-t-elle pas manqué son but missionnaire ?

   Un travail, documenté et apaisé, à l’heure où, au-delà de la célébration de la messe, la possibilité d’utiliser les rituels traditionnels des sacrements est largement remise en cause.

rituale romanum

Quelques réflexions personnelles :

   1) Nous pensons que le travail que publie ici Monsieur l’Abbé Barthe est véritablement précieux, et qu’en l’occurrence cet ouvrage non seulement devrait figurer en bonne place dans toute bibliothèque catholique sérieuse, mais qu’il devrait en être régulièrement – sinon fréquemment – sorti pour le lire, le relire et l’approfondir.
- Ouvrage précieux parce qu’il offre à tous les fidèles (pas uniquement aux « tradis », mais également à tous les fidèles de bonne volonté qui, en toute honnêté intellectuelle, veulent connaître les raisons objectives d’une attitude qui est présentée très souvent par leurs opposants comme une simple crispation subjective ou idéologique), de manière extrèmement rigoureuse – en même temps que concise – une approche comparative sérieuse qui fait bien ressortir les problèmes soulevés, au regard de la théologie catholique traditionnelle, par les rituels des sacrements réformés dans la suite du concile vaticandeux.
- Ouvrage précieux aussi parce qu’il fournit des bases solides et des arguments sérieux à tous ceux qui se battent avec persévérance pour faire valoir et respecter leur droit le plus strict à bénéficier des sacrements selon les formes liturgiques antérieures au dit concile.

   2) Le changement évident de perspectives théologiques exprimé par la reformulation et la célébration réformée des sacrements, me rappelle bien évidemment ce passage du fameux « sermon de Lille » au cours duquel Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre n’hésitait pas à affirmer (nous mettons nous-mêmes en caractères gras la phrase la plus significative de ce paragraphe) :

   « (…) cette union voulue par les catholiques libéraux entre l’Eglise et la Révolution est une union adultère ! De cette union adultère ne peut venir que des bâtards. Et qui sont ces bâtards ? Ce sont nos rites. Le rite de la nouvelle messe est un rite bâtard. Les sacrements sont des sacrements bâtards. Nous ne savons plus si ce sont des sacrements qui donnent la grâce ou qui ne la donnent pas. Nous ne savons plus si cette messe nous donne le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ou si elle ne les donne pas. Les prêtres qui sortent des séminaires ne savent plus eux-mêmes ce qu’ils sont. C’est le cardinal de Cincinnati qui, à Rome, disait pourquoi il n’y a plus de vocations, parce que l’Eglise ne sait plus ce qu’est un prêtre. Alors, comment peut-elle encore former des prêtres si elle ne sait plus ce qu’est un prêtre ? Les prêtres qui sortent des séminaires sont des prêtres bâtards. Ils ne savent pas ce qu’ils sont. Ils ne savent pas qu’ils sont faits pour monter à l’Autel, pour offrir le Sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et pour donner Jésus-Christ aux âmes, et appeler les âmes à Jésus-Christ… »

Monseigneur Marcel Lefebvre, prédication prononcée à Lille le dimanche 29 août 1976 (cf. > ici). 

Vignette croix et calice - blogue

   3) L’ouvrage est préfacé par Son Excellence Monseigneur Athanasius Schneider, et cette seule longue préface constitue déjà en elle-même une synthèse théologique très intéressante dont il faut bien se garder d’omettre la lecture.

   4) Les titres donnés par Monsieur l’Abbé Barthe aux sous-parties de son livre sont remarquablement éloquents (et allèchants) ; citons, entre autres : « (…) un message doctrinal faible délivré par un rite flou », « Les cinq raisons pour lesquelles il faut tenir aux sacrements traditionnels », « En situation de minorité persécutée les usagers de l’ancien rite ne peuvent se permettre de lâcher du lest », « Un escamotage de la bataille contre le démon… »

   5) En cette période d’incertitude, où, particulièrement dans les diocèses de France, on a parfois l’impression de revivre des situations que ceux de ma génération et des générations précédentes ont connues dans les années 60 et 70 du précédent siècle (à croire que les évêques actuels sont d’indécrottables nostalgiques du passé !), et où certains prêtres de la nébuleuse « tradi » – toutes obédiences confondues – laissent parfois le douloureux sentiment de ne pas être les défenseurs et combattants qu’attendent les fidèles, cet ouvrage est absolument opportun et bienvenu.
Et puisque nous sommes dans une période de préparation de « cadeaux », plutôt que des babioles superficielles ou des gourmandises superfétatoires, nous suggérons de faire de l’ouvrage de Monsieur l’Abbé Barthe un véritable cadeau utile à l’attention de tous ceux de vos amis – voire de vos prêtres – qui sont capables d’en tirer profit, voire d’être surnaturellement fortifiés.

Bonne et attentive lecture à vous tous !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Tryptique des Sept Sacrements - Rogier van der Weyden

Rogier van der Weyden (v. 1399 – 1464) : triptyque des sept sacrements (vers 1445)
[Musée royal des Beaux-Arts, Anvers].

2025-186. Excita, Domine !

Samedi avant le premier dimanche de l’Avent.

Couronne de l'Avent une bougie - gif

Bonne, fervente et très sainte nouvelle année [liturgique] !

       J’ai demandé à mon papa-moine s’il avait pensé à préparer quelques lignes d’encouragement ou d’exhortation à l’intention de nos amis et lecteurs pour le commencement de l’Avent, l’entrée dans la nouvelle année liturgique, et il m’a répondu : « Oui, bien sûr que j’y ai pensé : tellement bien pensé que je te confie la très importante mission de leur écrire en te fondant sur le premier mot des collectes du vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte, et des premier, deuxième et quatrième dimanches de l’Avent… », tout en posant devant moi un missel et un Gaffiot.
Puis il s’est occupé à rentrer des bûches en chantonnant ; me laissant seul devant mon bureau !

Tolbiac à l'étude - blogue

   Me voilà donc plongé dans le missel traditionnel y recherchant avec application les dites collectes, et voici ce que j’ai trouvé :

1) Pour le vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte :

   Excita, quǽsumus. Dómine, tuórum fidélium voluntátes : ut, divíni óperis fructum propénsius exsequéntes ; pietátis tuæ remédia maióra percípiant. Per Dóminum nostrum…

   Excitez, nous Vous en supplions, Seigneur, la volonté de Vos fidèles, afin que, recherchant avec plus d’ardeur, le fruit des œuvres divines, ils reçoivent de Votre miséricorde des remèdes plus puissants. Par Notre-Seigneur…

2) Pour le premier dimanche de l’Avent :

   Excita, quǽsumus, Dómine, poténtiam tuam, et veni : ut ab imminéntibus peccatórum nostrórum perículis, te mereámur protegénte éripi, te liberánte salvári : Qui vivis et regnas…

   Excitez Votre puissance, Seigneur et venez, pour que, dans le grand péril où nous sommes à cause de nos péchés, nous puissions trouver en Vous le défenseur qui nous délivre et le libérateur qui nous sauve : ô Vous qui vivez et régnez…

3) Pour le deuxième dimanche de l’Avent :

   Excita, Dómine, corda nostra ad præparándas Unigéniti tui vias : ut, per eius advéntum, purificátis tibi méntibus servíre mereámur : Qui tecum…

   Excitez nos cœurs, Seigneur, pour préparer la route à Votre Fils unique, afin que Sa venue nous permette de Vous servir avec une âme plus pure : Lui qui avec Vous…

4) Pour le quatrième dimanche de l’Avent :

   Excita, quǽsumus, Dómine, poténtiam tuam, et veni : et magna nobis virtúte succúrre ; ut per auxílium grátiæ tuæ, quod nostra peccáta præpédiunt, indulgéntiæ tuæ propitiatiónis accéleret : Qui vivis et regnas…

   Excitez, Seigneur, Votre puissance et venez : donnez-nous le secours de Votre force infinie, et qu’avec l’aide de Votre grâce, Votre indulgente bonté nous accorde sans délai ce que retardent nos péchés : ô Vous qui vivez et régnez…

Euréka - blogue

   Frère Maximilien-Marie m’avait donné pour consigne de m’appuyer sur le premier mot de chacune de ces collectes, et, vous le constatez vous-même aussi bien que moi, ce mot est Excita, c’est-à-dire le verbe « excito » conjugué à l’impératif présent.

   Ainsi, pendant trois dimanches consécutifs, dont la péricope évangélique nous oriente spirituellement vers la préparation du retour glorieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ à la fin des temps (cela il ne faut jamais l’oublier - cf. > ici), et encore une fois à quelques jours seulement de la célébration de la Nativité du Verbe Incarné, nous nous adressons à Dieu en Lui disant : « Excitez ! ».
Nous nous adressons à Dieu en Lui donnant un ordre : « Excitez ! ».
Alors, certes, la rudesse de cet ordre est en quelque manière atténuée par une formule de politesse : mais il s’agit bien d’un impératif avec lequel la sainte liturgie nous fait nous adresser à Celui dont nous sommes les créatures, les serviteurs, les débiteurs…
Un ordre qui tient en trois syllabes : « Excita ! »

   Comme Frère Maximilien-Marie avait placé un Gaffiot sur ma table de travail, j’ai bien compris que c’était une invitation très explicite à ce que je me plongeasse dans toute la richesse des acceptions du verbe excĭtō [āvī, ātum, āre, tr.], et j’ai ainsi découvert que l’idée qui préside à tous ses divers sens, est celle d’un déplacement (avec le préfixe « ex ») qui nous fait quitter un état ou une position.
Ainsi peut-il signifier : « faire sortir », « réveiller – tirer du sommeil », « faire lever – faire se dresser », « relever » (une personne abattue), « susciter – soulever – provoquer », « exciter – aviver »…

Excita Domine !!! - Copie

   Cet approfondissement sémantique ne nous renvoie-t-il pas précisément à l’énergique exhortation de Saint Paul dans l’épître de ce premier dimanche de l’Avent : « Hora est jam nos de somno surgere : il est l’heure désormais de sortir de notre assoupissement » (Rom. XIII, 11 - cf. > ici).

   Tout est cohérent ; tout est logique ; tout est parfaitement limpide : les bons chrétiens que nous sommes ont besoin d’être « secoués », d’être tirés de leur torpeur, d’être un peu bousculés.

   Et comme nous sommes toujours un peu trop tendres avec nous-mêmes, un peu trop portés à nous ménager, un peu trop enclins à nous économiser, la Sainte Eglise place elle-même sur les lèvres des fidèles, avec une véritable insistance, des prières qui nous font demander – demander, que dis-je ? c’est bien plutôt ordonner : n’oubliez pas qu’il s’agit d’un impératif – à Dieu Lui-même de prendre les choses en mains d’une façon un peu plus vigoureuse.
C’est comme si elle nous faisait dire : « Seigneur, je suis spirituellement tout ramollo, et, pour être tout-à-fait honnête, je ne suis même pas certain que, spontanément, j’éprouve l’envie de me sortir de cet état… Alors, venez Vous-même me secouer, venez me tirer de mon indolence et de ma passivité : Excitez-moi ! »

Besoin d'être excité - blogue

   « Excitez, Seigneur, la volonté de Vos fidèles, afin que, recherchant avec plus d’ardeur, le fruit des œuvres divines, ils reçoivent de Votre miséricorde des remèdes plus puissants ! [collecte du 24ème dimanche] Excitez nos cœurs, Seigneur, pour préparer la route à Votre Fils unique, afin que Sa venue nous permette de Vous servir avec une âme plus pure ! [collecte du 2ème dimanche de l'Avent]
Et Vous-même, Seigneur, ne Vous laissez pas attendrir par nos gémissements et nos soupirs d’appitoiement sur nous-mêmes, mais : Excitez Votre puissance, Seigneur et venez, pour que, dans le grand péril où nous sommes à cause de nos péchés, nous puissions trouver en Vous le défenseur qui nous délivre et le libérateur qui nous sauve [collecte du 1er dimanche de l'Avent] Excitez, Seigneur, Votre puissance et venez : donnez-nous le secours de Votre force infinie, et qu’avec l’aide de Votre grâce, Votre indulgente bonté nous accorde sans délai ce que retardent nos péchés [collecte du 4ème dimanche de l'Avent], car il y va de notre salut éternel ! »

   Que la « divine excitation » vous titille donc sans cesse, cher Amis, et qu’elle vous maintienne à tout moment dans l’état de vigilance spirituelle et de réactivité nécessaires à votre salut : c’est la grâce que je vous souhaite. Ainsi soit-il !

pattes de chatTolbiac.

Excita Domine - blogue

Excita, Domine !

2025-185. Quand l’amour de notre belle langue française se transforme en un acte authentique de résistance.

   Le texte qui suit constitue la lettre mensuelle de la Confrérie Royale à ses membres et amis, en date du 25 novembre 2025, mais elle dépasse largement ce cadre et pourra, nous l’espérons, être utile à tous ceux qui aiment la France et la veulent mieux aimer…

Laurent de La Hyre - allégorie de la Grammaire

Laurent de La Hyre (1606-1656) : allégorie de la Grammaire (1650)
[Galerie nationale, Londres]   

«L’orthographe est quelque chose d’aussi intrinsèque à la France que son langage, que son histoire : elle a évolué dans le même mystère. 
Je ne sais quel atavisme, lorsque j’avais huit ans, m’empêchait de me tromper sur des mots difficiles comme « abbaye » ou « chanfrein ».
A qui profitera une réforme simplificatrice de l’orthographe ? Evidemment aux ignorants.
Mais qu’importe que les ignorants fassent des fautes ? Ils en ont toujours fait et on ne leur coupe pas la tête pour cela.»

Jean Dutourd

Très chers amis,

   Me pardonnerez-vous si je vous viens aujourd’hui entretenir d’un sujet qui, à première vue, n’est pas dans une thématique de piété ou de spiritualité, et ne semble pas davantage une question légitimiste ?

   A première vue, ai-je écrit.
Car, à première vue, dire que je vous vais parler d’orthographe et de grammaire pourra surprendre, voire faire hausser les épaules. D’aucuns pourraient penser : nous prend-il pour des élèves d’école primaire ?

   A première vue…
Car, en réalité, c’est de l’amour de la France – notre si chère France – que je vous veux entretenir.
Et je ne doute pas que vous aimiez la France : « La France, le plus beau royaume après celui du Ciel » (Hugo Grotius).

   Je ne peux même pas une seconde imaginer que vous puissiez ne pas être profondément épris de cette France si merveilleusement gratifiée par Dieu dans sa géographie comme dans son histoire, si prodigieusement comblée des attentions de la divine Providence qui la fit naître dans les eaux du baptistère de Reims en unissant la foi catholique et la royauté franque.

   Pour un cœur profondément chrétien et français, l’amour véritable de la France n’a rien de commun avec quelque forme que ce soit de complaisance orgueilleuse et malsaine : il est humble reconnaissance des dons de Dieu ; il n’a rien – absolument rien – de commun avec des chimères « nationalistes » et suprémacistes : il est une simple acceptation des mystérieux desseins divins, avec le rappel d’exigences particulières dans un service plus rigoureux.

   Et c’est dans cette perspective là qu’il nous faut parler de notre langue française ; notre belle, notre merveilleuse langue française !

   Complexe, subtile, exigeante – et parfois déroutante – dans ses règles. Complexe, subtil, exigeant et merveilleux outil de la réflexion et de la pensée !
C’est d’ailleurs bien en raison du fait qu’elle est un merveilleux outil de la réflexion et de la pensée que la langue française est si attaquée, si décriée, et fait l’objet d’outrages peut-être sans précédent de nos jours.
C’est ainsi qu’un certain nombre de ceux qui sont, en principe, chargés de l’enseigner et d’en transmettre les bons usages se contentent, sans enthousiasme, d’en entériner des formes décadentes, tandis que nombre de ceux qui, aux plus hauts postes de la société, devraient œuvrer pour sa préservation et son développement, conspirent à son avilissement et à son abâtardissement.

   La langue française est une part non négligeable de la France.
Comment prétendre aimer la France sans se battre pour sa langue ? C’est une question de cohérence.
Et il n’y a rien de petit et d’insignifiant dans ce combat.

   Tu aimes la France, dis-tu ? Alors pourquoi te contentes-tu de formes défectueuses et fautives quand tu te sers de sa belle et noble langue ?
Tu aimes la France ? Alors pourquoi négliges-tu les règles exactes de son orthographe et de sa prodigieuse grammaire ?
Tu aimes la France ? Montre-le, chaque jour en ne sacrifiant pas sur l’autel du laisser-aller et de la vulgarité la précise et subtile concordance des temps ou l’utilisation des temps critiqués comme « désuets ».
Tu aimes la France ? Ne collabore pas avec les ennemis de son génie en négligeant toi aussi d’utiliser le « ne » de la forme négative : « Je NE sais pas » au lieu de l’affligeantissime « J’sais pas », « je NE l’ai pas vu » en place du flemmardissime « j’l’ai pas vu »… etc.
Ce sont les détails qui font la perfection.
Ce sont ces toutes petites choses qui témoignent de la grandeur et de la vérité d’un amour.

   Tout ceux qui veulent aimer la France en vérité devraient toujours avoir sous la main quelque bon vieux livre de grammaire et un dictionnaire (pas un de ces dictionnaires que, d’année en année, on prostitue davantage au goût du jour afin d’accompagner la décadence…).
Tous ceux qui veulent aimer la France en vérité devraient avoir le goût de se plonger au moins une fois par semaine dans sa grammaire ou son dictionnaire, à titre gratuit, juste pour le plaisir de réviser une règle un peu oubliée, d’approfondir une subtilité d’usage, de découvrir quelque beau mot qui fait pleinement partie de la richesse de notre patrimoine et ne voudrait pas être relégué dans les oubliettes…

   Sans doute vous regardera-t-on – avec ironie ou agacement – comme une sorte d’original, comme un phénomène, comme un snob peut-être ou un dandy.
Qu’importe ! Vous éprouverez en définitive, avec une véritable joie intérieure, l’intense et délicieux bonheur d’être, sur ce point là aussi, un authentique résistant luttant selon sa mesure contre l’universel avilissement de la langue et de la pensée.

La restauration de la pensée, des mœurs sociales et de la politique ne passe-t-elle pas nécessairement aussi par cela ?

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Saint Jean-Baptiste de la Salle

Saint Jean-Baptiste de La Salle montrant une classe à un ecclésiastique

2025-183. Récapitulatif des publications de ce blogue relatives au vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte qui annonce la fin des temps.

Vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte :
Dimanche de l’annonce de la fin des temps.

L'abomination de la désolation - blogue

Cum vidéritis abominatiónem desolatiónis
stantem in loco sancto : qui legit, intélligat…

A – Pour le vingt-quatrième dimanche lui-même :

- Les explications de Saint Augustin sur ce point de la péricope évangélique entendue en ce dimanche : « Malheur aux personnes qui seront enceintes et à celles qui nourriront » > ici
- Un sermon de Monsieur l’Abbé H.V. à l’occasion du dimanche de l’annonce de la fin des temps > ici
- Méditation pour le soir du dernier dimanche de l’année liturgique > ici

B – Questions en rapport avec ce dimanche de l’annonce de la fin des temps :

- Quels seront les signes certains de la fin des temps ? Réponse > ici
- Les sauvés seront-ils plus nombreux que les réprouvés ? Ou bien, au contraire, y aura-t-il davantage de damnés que de sauvés ? La réponse de Saint Augustin à cette délicate question > ici
- L’apostasie des nations : textes prophétiques de Léon XIII et de Saint Pie X > ici
- L’Antéchrist… et les multiples avatars de l’Antéchrist en cette période de la vie de l’Eglise > ici

C – Varia :

- Cantique du jugement dernier > ici

cavaliers de l'Apocalypse

Les quatre cavaliers de l’Apocalypse.

2025-181. Réalisme ecclésial…

Le banquet en musique - Wolfgang Heimbach vers 1660

Wolfgang Heimbach (1615-1678) : le banquet en musique (vers 1660), détail.

       Laissez-moi, chers Amis, vous rapporter une anecdote que l’ai lue, avec certes un amusement non feint, car le trait d’esprit n’est pas dépourvu d’humour, mais aussi en le recevant avec le sérieux qui convient à tout juste réalisme, aussi mordant qu’il puisse sembler. 

   J’ai donc lu que, à l’occasion de la bénédiction abbatiale de Madame Jeanne d’Escorailles de Roussille (1655-1688), élue en 1680 à la tête de l’abbaye royale de Chelles, des festivités somptueuses avaient été organisées : il faut préciser que Madame l’Abbesse Jeanne d’Escorailles de Roussille était la sœur aînée de Marie-Angélique de Scorailles, duchesse de Fontanges (1661-1681), alors au zénith de la faveur royale.

   Devant le faste de cette fête, une dame se serait exclamée, émerveillée : « N’est-ce point ici le paradis ? »
C’est alors qu’une personne d’esprit lui aurait rétorqué :« Oh que non, Madame ! On n’y verrait point tant d’évêques… »

   Je vous laisse méditer sur le réalisme de cette réflexion qui ne se limite probablement pas – hélas ! – au contexte des mondanités du Grand Siècle, mais pourrait ne pas être dépourvu d’une effrayante actualité en ces temps.

pattes de chatTolbiac.

Bernt_Notke - Danse macabre - détail

Bernt Notke (1435-1509) : danse macabre (vers 1460), détail
[église Saint-Nicolas de Tallinn, Estonie]

123456...69

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi