2025-186. Excita, Domine !
Samedi avant le premier dimanche de l’Avent.

Bonne, fervente et très sainte nouvelle année [liturgique] !
J’ai demandé à mon papa-moine s’il avait pensé à préparer quelques lignes d’encouragement ou d’exhortation à l’intention de nos amis et lecteurs pour le commencement de l’Avent, l’entrée dans la nouvelle année liturgique, et il m’a répondu : « Oui, bien sûr que j’y ai pensé : tellement bien pensé que je te confie la très importante mission de leur écrire en te fondant sur le premier mot des collectes du vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte, et des premier, deuxième et quatrième dimanches de l’Avent… », tout en posant devant moi un missel et un Gaffiot.
Puis il s’est occupé à rentrer des bûches en chantonnant ; me laissant seul devant mon bureau !

Me voilà donc plongé dans le missel traditionnel y recherchant avec application les dites collectes, et voici ce que j’ai trouvé :
1) Pour le vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte :
Excita, quǽsumus. Dómine, tuórum fidélium voluntátes : ut, divíni óperis fructum propénsius exsequéntes ; pietátis tuæ remédia maióra percípiant. Per Dóminum nostrum…
Excitez, nous Vous en supplions, Seigneur, la volonté de Vos fidèles, afin que, recherchant avec plus d’ardeur, le fruit des œuvres divines, ils reçoivent de Votre miséricorde des remèdes plus puissants. Par Notre-Seigneur…
2) Pour le premier dimanche de l’Avent :
Excita, quǽsumus, Dómine, poténtiam tuam, et veni : ut ab imminéntibus peccatórum nostrórum perículis, te mereámur protegénte éripi, te liberánte salvári : Qui vivis et regnas…
Excitez Votre puissance, Seigneur et venez, pour que, dans le grand péril où nous sommes à cause de nos péchés, nous puissions trouver en Vous le défenseur qui nous délivre et le libérateur qui nous sauve : ô Vous qui vivez et régnez…
3) Pour le deuxième dimanche de l’Avent :
Excita, Dómine, corda nostra ad præparándas Unigéniti tui vias : ut, per eius advéntum, purificátis tibi méntibus servíre mereámur : Qui tecum…
Excitez nos cœurs, Seigneur, pour préparer la route à Votre Fils unique, afin que Sa venue nous permette de Vous servir avec une âme plus pure : Lui qui avec Vous…
4) Pour le quatrième dimanche de l’Avent :
Excita, quǽsumus, Dómine, poténtiam tuam, et veni : et magna nobis virtúte succúrre ; ut per auxílium grátiæ tuæ, quod nostra peccáta præpédiunt, indulgéntiæ tuæ propitiatiónis accéleret : Qui vivis et regnas…
Excitez, Seigneur, Votre puissance et venez : donnez-nous le secours de Votre force infinie, et qu’avec l’aide de Votre grâce, Votre indulgente bonté nous accorde sans délai ce que retardent nos péchés : ô Vous qui vivez et régnez…

Frère Maximilien-Marie m’avait donné pour consigne de m’appuyer sur le premier mot de chacune de ces collectes, et, vous le constatez vous-même aussi bien que moi, ce mot est Excita, c’est-à-dire le verbe « excito » conjugué à l’impératif présent.
Ainsi, pendant trois dimanches consécutifs, dont la péricope évangélique nous oriente spirituellement vers la préparation du retour glorieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ à la fin des temps (cela il ne faut jamais l’oublier - cf. > ici), et encore une fois à quelques jours seulement de la célébration de la Nativité du Verbe Incarné, nous nous adressons à Dieu en Lui disant : « Excitez ! ».
Nous nous adressons à Dieu en Lui donnant un ordre : « Excitez ! ».
Alors, certes, la rudesse de cet ordre est en quelque manière atténuée par une formule de politesse : mais il s’agit bien d’un impératif avec lequel la sainte liturgie nous fait nous adresser à Celui dont nous sommes les créatures, les serviteurs, les débiteurs…
Un ordre qui tient en trois syllabes : « Excita ! »
Comme Frère Maximilien-Marie avait placé un Gaffiot sur ma table de travail, j’ai bien compris que c’était une invitation très explicite à ce que je me plongeasse dans toute la richesse des acceptions du verbe excĭtō [āvī, ātum, āre, tr.], et j’ai ainsi découvert que l’idée qui préside à tous ses divers sens, est celle d’un déplacement (avec le préfixe « ex ») qui nous fait quitter un état ou une position.
Ainsi peut-il signifier : « faire sortir », « réveiller – tirer du sommeil », « faire lever – faire se dresser », « relever » (une personne abattue), « susciter – soulever – provoquer », « exciter – aviver »…

Cet approfondissement sémantique ne nous renvoie-t-il pas précisément à l’énergique exhortation de Saint Paul dans l’épître de ce premier dimanche de l’Avent : « Hora est jam nos de somno surgere : il est l’heure désormais de sortir de notre assoupissement » (Rom. XIII, 11 - cf. > ici).
Tout est cohérent ; tout est logique ; tout est parfaitement limpide : les bons chrétiens que nous sommes ont besoin d’être « secoués », d’être tirés de leur torpeur, d’être un peu bousculés.
Et comme nous sommes toujours un peu trop tendres avec nous-mêmes, un peu trop portés à nous ménager, un peu trop enclins à nous économiser, la Sainte Eglise place elle-même sur les lèvres des fidèles, avec une véritable insistance, des prières qui nous font demander – demander, que dis-je ? c’est bien plutôt ordonner : n’oubliez pas qu’il s’agit d’un impératif – à Dieu Lui-même de prendre les choses en mains d’une façon un peu plus vigoureuse.
C’est comme si elle nous faisait dire : « Seigneur, je suis spirituellement tout ramollo, et, pour être tout-à-fait honnête, je ne suis même pas certain que, spontanément, j’éprouve l’envie de me sortir de cet état… Alors, venez Vous-même me secouer, venez me tirer de mon indolence et de ma passivité : Excitez-moi ! »

« Excitez, Seigneur, la volonté de Vos fidèles, afin que, recherchant avec plus d’ardeur, le fruit des œuvres divines, ils reçoivent de Votre miséricorde des remèdes plus puissants ! [collecte du 24ème dimanche] Excitez nos cœurs, Seigneur, pour préparer la route à Votre Fils unique, afin que Sa venue nous permette de Vous servir avec une âme plus pure ! [collecte du 2ème dimanche de l'Avent]…
Et Vous-même, Seigneur, ne Vous laissez pas attendrir par nos gémissements et nos soupirs d’appitoiement sur nous-mêmes, mais : Excitez Votre puissance, Seigneur et venez, pour que, dans le grand péril où nous sommes à cause de nos péchés, nous puissions trouver en Vous le défenseur qui nous délivre et le libérateur qui nous sauve [collecte du 1er dimanche de l'Avent] ; Excitez, Seigneur, Votre puissance et venez : donnez-nous le secours de Votre force infinie, et qu’avec l’aide de Votre grâce, Votre indulgente bonté nous accorde sans délai ce que retardent nos péchés [collecte du 4ème dimanche de l'Avent], car il y va de notre salut éternel ! »
Que la « divine excitation » vous titille donc sans cesse, cher Amis, et qu’elle vous maintienne à tout moment dans l’état de vigilance spirituelle et de réactivité nécessaires à votre salut : c’est la grâce que je vous souhaite. Ainsi soit-il !

Excita, Domine !





















