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2011-1. Voeux pour l’an de grâce 2011.

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Note Liturgique :

« Le huitième jour de la Naissance du Sauveur est arrivé ; l’étoile qui conduit les Mages approche de Bethléem ; encore cinq jours, et elle s’arrêtera sur le lieu où repose l’Enfant divin. Aujourd’hui, ce Fils de l’Homme doit être circoncis, et marquer, par ce premier sacrifice de sa chair innocente, le huitième jour de sa vie mortelle. Aujourd’hui, un nom va lui être donné ; et ce nom sera celui de Jésus, qui veut dire Sauveur. Les mystères se pressent dans cette grande journée ; recueillons-les tous, et honorons-les dans toute la religion et toute la tendresse de nos coeurs. Mais ce jour n’est pas seulement consacré à honorer la Circoncision de Jésus ; le mystère de cette Circoncision fait partie d’un plus grand encore, celui de l’Incarnation et de l’Enfance du Sauveur ; mystère qui ne cesse d’occuper l’Eglise, non seulement durant cette Octave, mais pendant les quarante jours du Temps de Noël. D’autre part, l’imposition du nom de Jésus doit être glorifiée par une solennité particulière, que nous célébrerons demain. Cette grande journée offre place encore à un autre objet digne d’émouvoir la piété des fidèles. Cet objet est Marie, Mère de Dieu. Aujourd’hui, l’Eglise célèbre spécialement l’auguste prérogative de cette divine Maternité, conférée à une simple créature, coopératrice du grand ouvrage du salut des hommes. Autrefois la sainte Eglise Romaine célébrait deux Messes au premier janvier : l’une pour l’Octave de Noël, l’autre en l’honneur de Marie. Depuis, elle les a réunies en une seule, de même qu’elle a mélangé dans le reste de l’Office de ce jour les témoignages de son adoration envers le Fils, aux expression- de son admiration et de sa tendre confiance envers la Mère.« 

(Dom Guéranger – « L’Année Liturgique », premières phrases de la notice concernant le 1er janvier).

Lippi - la Circoncision (détail)

Fra Filippo Lippi – La Circoncision (détail).

Samedi 1er janvier 2011.

Du plus profond du coeur, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je vous souhaite, selon la belle tradition des voeux liée à ce « jour de l’an », une bonne et heureuse année 2011.

Au-delà de la tournure usuelle, et parfois un peu usée, voyez l’expression d’une amitié véritable qui désire pour chacun de vous, pour vos familles et pour tous ceux qui vous sont chers, que l’année civile qui commence en ce jour vous permette de vivre – autant que possible – avec ces biens précieux de la santé, de la force physique et plus encore morale, de la paix intérieure et de la joie spirituelle, qui sont des éléments si importants pour notre épanouissement terrestre, et qui entrent dans la préparation de cette plénitude éternelle que le Dieu qui nous aime veut nous donner…

Et si, en raison de la fragilité de notre condition humaine, nous ne pouvons échapper  à certaines épreuves, à certaines infirmités et aux deuils, que l’Enfant divin, dont la liturgie nous rappelle aujourd’hui qu’il a reçu son Nom signifiant « Sauveur » en versant son Sang précieux pour la première fois, vous accorde largement les grâces pour les porter avec courage et force, pour les surmonter dans la persévérance et l’espérance, pour les unir dans la foi à l’oeuvre de rédemption et de sanctification du monde à laquelle le Christ Sauveur veut nous associer à travers ces croix que permet la divine Providence…

Je termine ces voeux en vous adressant à chacun en particulier ces belles paroles que notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a prononcées hier soir, en conclusion de son homélie aux vêpres d’action de grâces pour l’année écoulée qu’il présidait dans la basilique vaticane :
« Chers frères et sœurs, nous sommes invités à regarder vers l’avenir et à le regarder avec cette espérance qui est le dernier mot du 
Te Deum : In Te, Domine, speravi : non confundar in aeternum! En Vous, Seigneur, j’ai espéré et je ne serai pas confondu pour l’éternité ». Pour nous donner le Christ, notre Espérance, c’est toujours Elle, la Mère de Dieu, la Très Sainte Vierge Marie, qui est là. Comme elle le fit pour les bergers et pour les mages, ses bras et son cœur continuent à offrir toujours plus au monde Jésus, son Fils et notre Sauveur. En Lui est toute notre espérance, car par Lui est venu pour chaque homme le salut et la paix. Amen! » (*)

Que 2011 vous soit à tous, selon la belle et antique expression héritée des siècles de foi, un véritable an de grâce, avec l’assurance de ma prière fidèle et amicale!

Frère Maximilien-Marie.

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(*) Traduction par nos soins.

2010-57. Noël 2010.

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Saint Jour de Noël, 25 décembre 2010.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

A vous tous bonnes, belles et surtout ferventes et saintes fêtes de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ! Que le divin Sauveur en sa naissance vous comble de grâces et vous apporte de nombreuses bénédictions, pour vous-mêmes et pour tous les vôtres…

Ce jour de Noël est prolongé par une octave: c’est un jour de fête qui dure une semaine entière! Cela n’est pas de trop pour méditer et approfondir l’incroyable mystère de la venue du Fils de Dieu en notre chair!

Mes voeux personnels sont brefs, ils veulent surtout vous assurer de ma prière amicale et fervente à toutes vos intentions auprès de la crèche. Je veux surtout les faire suivre de deux textes magnifiques, à lire, à méditer, et à reprendre afin de profiter de leur très grande richesse spirituelle : ce sont l’homélie de la Sainte Messe de la Nuit de la Nativité et le message du Jour de Noël précédant la bénédiction Urbi et Orbi, prononcés par notre Saint Père le Pape Benoît XVI.

Bon et Saint Noël !

Frère Maximilien-Marie.

 

Homélie prononcée au cours de la Sainte Messe de la Nuit de Noël :

Chers Frères et Sœurs!

«Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré» – par ces paroles du Psaume deuxième, l’Église commence la liturgie de la Nuit Sainte. Elle sait qu’à l’origine ces paroles appartenaient au rituel du couronnement des rois d’Israël. Le roi, qui en soi est un être humain comme les autres hommes, devient “ fils de Dieu” par l’appel et l’installation dans sa charge : c’est une espèce d’adoption de la part de Dieu, un acte de décision, par lequel il donne à cet homme une nouvelle existence, l’attire dans son propre être. De façon encore plus claire, la lecture tirée du prophète Isaïe, que nous venons d’entendre, présente le même procédé dans une situation de tourment et de menace pour Israël : “Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule” (IX, 5). L’installation dans la charge du roi est comme une nouvelle naissance. Justement comme nouveau né de la décision personnelle de Dieu, comme un petit enfant venant de Dieu, le roi constitue une espérance. Sur ses épaules repose l’avenir. Il est le détenteur de la promesse de paix. Dans la nuit de Bethléem, cette parole prophétique est devenue réalité d’une manière qui au temps d’Isaïe aurait encore été inimaginable. Oui, aujourd’hui c’est vraiment un petit enfant celui sur les épaules duquel est le pouvoir. En lui apparaît la nouvelle royauté que Dieu établit dans le monde. Ce petit enfant est vraiment né de Dieu. Il est la Parole éternelle de Dieu, qui unit l’une à l’autre humanité et divinité. Pour ce petit enfant valent les titres de dignité que le cantique de couronnement d’Isaïe lui attribue : Merveilleux Conseiller – Dieu-Fort – Père-à-jamais – Prince de la Paix (IX, 5). Oui, ce roi n’a pas besoin de conseillers appartenant aux sages du monde. Il porte en lui-même la sagesse et le conseil de Dieu. Justement dans la faiblesse du fait d’être un petit enfant il est le Dieu fort et il nous montre ainsi, devant les pouvoirs prétentieux du monde, la force propre de Dieu.

Les paroles du rituel du couronnement en Israël, en vérité, étaient toujours seulement des rituels d’espérance, qui prévoyaient de loin un avenir qui aurait été donné par Dieu. Aucun des rois salués de cette façon ne correspondait à la sublimité de ces paroles. En eux, toutes les paroles sur la filiation de Dieu, sur l’installation dans l’héritage des nations, sur la domination des terres lointaines (Ps. II,8 ) restaient seulement un renvoi à un avenir – presque des panneaux signalétiques de l’espérance, des indications qui conduisaient vers un avenir qui en ce moment là était encore inconcevable. Ainsi l’accomplissement des paroles qui commence dans la nuit de Bethléem est en même temps immensément plus grand et – du point de vue du monde – plus humble que ce que les paroles prophétiques laissaient entrevoir. Il est plus grand, parce que ce petit enfant est vraiment Fils de Dieu, vraiment “Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, engendré, non pas créé, consubstantiel (cf. note 1 en bas de page) au Père”. L’infinie distance entre Dieu et l’homme est dépassée. Dieu ne s’est pas seulement penché vers en bas, comme disent les Psaumes ; il est vraiment “descendu”, entré dans le monde, devenu l’un de nous pour nous attirer tous à lui. Ce petit enfant est vraiment l’Emmanuel, “Dieu-avec-nous”. Son royaume s’étend vraiment jusqu’aux confins de la terre. Dans l’étendue universelle de la sainte Eucharistie, il a vraiment érigé des îlots de paix. Partout où elle est célébrée, on a un îlot de paix, de cette paix qui est propre à Dieu.  Ce petit enfant a allumé parmi les hommes la lumière de la bonté et leur a donné la force de résister à la tyrannie du pouvoir. En chaque génération il construit son royaume de l’intérieur, à partir du cœur. Mais il est vrai aussi que “le bâton du tortionnaire” n’a pas été brisé. Aujourd’hui aussi marchent, bruyantes, les chaussures des soldats et toujours encore et toujours de nouveau il y a le “manteau couvert de sang“ (Is. IX, 3 et suivants). Ainsi la joie pour la proximité de Dieu fait partie de cette nuit. Nous rendons grâce parce que Dieu, comme un petit enfant, se donne entre nos mains, il mendie, pour ainsi dire, notre amour, il répand sa paix dans notre cœur. Cette joie, toutefois, est aussi une prière : Seigneur, réalise totalement ta promesse. Brise les bâtons des tortionnaires. Brûle les chaussures bruyantes. Fais que finissent le temps des manteaux couverts de sang. Réalise la promesse : “La paix sera sans fin” (Is. IX, 6). Nous te rendons grâce pour ta bonté, mais nous te prions encore: montre ta puissance. Établis dans le monde la domination de ta vérité, de ton amour – le «royaume de la justice, de l’amour et de la paix».

“Marie mit au monde son fils premier-né” (Luc II, 7). Avec cette phrase, saint Luc raconte, de manière absolument privée de pathos, le grand événement que les paroles prophétiques dans l’histoire d’Israël avaient entrevu par avance. Luc qualifie le petit enfant de “premier-né”. Dans le langage qui s’est formé dans la Sainte Écriture de l’Ancienne Alliance, “premier-né” ne signifie pas le premier d’une série d’autres enfants. La parole “premier-né” est un titre d’honneur, indépendamment de la question de savoir si ensuite suivent d’autres frères et sœurs ou non. Ainsi dans le Livre de l’Exode (IV, 22), Israël est appelé par Dieu “mon fils premier-né”, et ainsi s’exprime son élection, sa dignité unique, l’amour particulier de Dieu Père. L’Église naissante savait qu’en Jésus cette parole avait reçu une nouvelle profondeur ; qu’en lui sont résumées les promesses faites à Israël. Ainsi la Lettre aux Hébreux appelle Jésus “le premier-né”, simplement pour le qualifier, après les préparations de l’Ancien Testament, comme le Fils que Dieu envoie dans le monde (cf. Heb. I, 5-7). Le premier-né appartient de façon particulière à Dieu, et pour cela – comme dans de nombreuses religions – il devait être de façon particulière remis à Dieu et être racheté par un sacrifice substitutif, comme saint Luc le raconte dans l’épisode de la présentation de Jésus au temple. Le premier-né appartient à Dieu de façon particulière, il est, pour ainsi dire, destiné au sacrifice. Dans le sacrifice de Jésus sur la croix, la destination du premier-né s’accomplit de façon unique. En lui-même, il offre l’humanité à Dieu et unit homme et Dieu de manière telle que Dieu soit tout en tous. Paul, dans les Lettres aux Colossiens et aux Éphésiens, a développé et approfondi l’idée de Jésus comme premier-né : Jésus, nous disent ces Lettres, est le Premier-né de la création – le véritable archétype de l’homme selon lequel Dieu a formé la créature homme. L’homme peut être image de Dieu parce que Jésus est Dieu et Homme, la véritable image de Dieu et de l’homme. Il est le premier-né d’entre les morts, nous disent en outre ces Lettres. Dans la Résurrection, il a abattu le mur de la mort pour nous tous. Il a ouvert à l’homme la dimension de la vie éternelle dans la communion avec Dieu. Enfin, il nous est dit: il est le premier-né de nombreux frères. Oui, aujourd’hui il est cependant le premier d’une série de frères, le premier, c’est-à-dire, qui inaugure pour nous l’être en communion avec Dieu. Il crée la véritable fraternité – non la fraternité, défigurée par le péché, de Caïn et Abel, de Romulus et Remus, mais la fraternité nouvelle dans laquelle nous sommes la famille même de Dieu. Cette nouvelle famille de Dieu commence au moment où Marie enveloppe le “premier-né” dans les langes et le dépose dans la mangeoire. Prions-le : Seigneur Jésus, toi qui as voulu naître comme premier de nombreux frères, donne-nous la vraie fraternité. Aide-nous à devenir semblables à toi. Aide-nous à reconnaître dans l’autre qui a besoin de moi, en ceux qui souffrent ou qui sont abandonnés, en tous les hommes, ton visage, et à vivre avec toi comme des frères et des sœurs pour devenir une famille, ta famille.

L’Évangile de Noël nous raconte, à la fin, qu’une multitude d’anges de la troupe céleste louait Dieu et disait : “Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime” (Luc II, 14). L’Église a amplifié cette louange, que les anges ont entonnée devant l’événement de la Nuit Sainte, en en faisant une hymne de joie sur la gloire de Dieu. “Nous Te rendons grâce pour ton immense gloire”. Nous Te rendons grâce pour la beauté, pour la grandeur, pour la bonté de Dieu, qui en cette nuit nous deviennent visibles. L’apparition de la beauté, du beau, nous rend joyeux sans que nous devions nous interroger sur son utilité. La gloire de Dieu, d’où provient toute beauté, fait exploser en nous l’étonnement et la joie. Celui qui entrevoit Dieu éprouve de la joie, et en cette nuit nous voyons quelque chose de sa lumière. Mais le message des anges dans la Nuit sainte parle aussi des hommes: “Paix aux hommes qu’il aime”. La traduction latine de cette parole, que nous utilisons dans la liturgie et qui remonte à Jérôme, résonne autrement : “Paix aux hommes de bonne volonté”. L’expression “les hommes de bonne volonté” dans les dernières décennies est entrée de façon particulière dans le vocabulaire de l’Église. Mais quelle traduction est juste? Nous devons lire les deux textes ensemble ; nous comprenons seulement ainsi la parole des anges de façon juste. Serait erronée une interprétation qui reconnaîtrait seulement l’œuvre exclusive de Dieu, comme s’il n’avait pas appelé l’homme à une réponse d’amour qui soit libre. Serait aussi erronée, cependant, une interprétation moralisante, selon laquelle l’homme avec sa bonne volonté pourrait, pour ainsi dire, se racheter lui-même. Les deux choses vont ensemble: grâce et liberté; l’amour de Dieu, qui nous précède et sans lequel nous ne pourrions pas l’aimer, et notre réponse, qu’il attend et pour laquelle, dans la naissance de son Fils, il nous prie même. L’enchevêtrement de grâce et de liberté, l’enchevêtrement d’appel et de réponse, nous ne pouvons pas le scinder en parties séparées l’une de l’autre. Les deux sont indissolublement tressés entre eux. Ainsi cette parole est en même temps promesse et appel. Dieu nous a précédés par le don de son Fils. Toujours de nouveau Dieu nous précède de façon inattendue. Il ne cesse pas de nous chercher, de nous relever chaque fois que nous en avons besoin. Il n’abandonne pas la brebis égarée dans le désert où elle s’est perdue. Dieu ne se laisse pas troubler par notre péché. Il recommence toujours à nouveau avec nous. Toutefois il attend en retour notre amour. Il nous aime pour que nous puissions devenir des personnes qui aiment avec lui et ainsi il peut y avoir la paix sur la terre.

Luc n’a pas dit que les anges ont chanté. Il écrit très sobrement: la troupe céleste louait Dieu et disait: “Gloire à Dieu au plus haut des cieux…” (Luc II, 13 et suivants). Mais depuis toujours les hommes savaient que le parler des anges est différent de celui des hommes ; que justement en cette nuit du joyeux message, il a été un chant dans lequel la gloire sublime de Dieu a brillé. Ainsi ce chant des anges a été perçu depuis le commencement comme une musique provenant de Dieu, et bien plus, comme une invitation à s’unir dans le chant, dans la joie du cœur pour le fait d’être aimés de Dieu. Cantare amantis est, dit Augustin : chanter est le propre de celui qui aime. Ainsi, au long des siècles, le chant des anges est devenu toujours de nouveau un chant d’amour et de joie, un chant de ceux qui aiment. En ce moment, nous nous associons pleins de gratitude à ce chant de tous les siècles, qui unit ciel et terre, anges et hommes. Oui, nous Te rendons grâce pour ton immense gloire. Nous Te remercions pour ton amour. Fais que nous devenions toujours plus des personnes qui aiment avec Toi et donc des personnes de paix. Amen.

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Message lu le 25 décembre 2010 avant la bénédiction « Urbi et Orbi :

«Verbum caro factum est » – «Le Verbe s’est fait chair» (Johan. I, 14)

Chers frères et Sœurs, qui m’écoutez à Rome et dans le monde entier, je vous annonce avec joie le message de Noël : Dieu s’est fait homme, il est venu habiter parmi nous. Dieu n’est pas lointain : il est proche, ou mieux, il est l’ »Emmanuel », Dieu-avec-nous. Il n’est pas un inconnu : il a un visage, celui de Jésus.

C’est un message toujours nouveau, toujours surprenant, parce qu’il dépasse notre espérance la plus audacieuse. Surtout parce qu’il n’est pas seulement une annonce : il est un évènement, un fait, que des témoins crédibles ont vu, entendu, touché dans la Personne de Jésus de Nazareth! Étant avec Lui, observant ses actes et écoutant ses paroles, ils ont reconnu en Jésus le Messie ; et le voyant ressuscité, après qu’il ait été crucifié, ils ont eu la certitude que Lui, vrai homme, était en même temps vrai Dieu, le Fils unique venu du Père, plein de grâce et de vérité (cf. Johan. I, 14).

«Le Verbe s’est fait chair». Devant cette révélation, resurgit encore une fois en nous la question : comment est-ce possible? Le Verbe et la chair sont des réalités opposées entre elles ; comment la Parole éternelle et toute-puissante peut-elle devenir un homme fragile et mortel? Il n’y a qu’une réponse : l’Amour. Celui qui aime veut partager avec l’aimé, veut être uni à lui, et la Sainte Écriture nous présente justement la grande histoire de l’amour de Dieu pour son peuple, qui culmine en Jésus-Christ.

En réalité, Dieu ne change pas : Il est fidèle à Lui-même. Celui qui a créé le monde est le même qui a appelé Abraham et qui a révélé son Nom à Moïse : Je suis celui qui suis … le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob … Dieu miséricordieux et compatissant, riche d’amour et de fidélité (cf. Ex III, 14-15; XXXIV, 6). Dieu ne varie pas, Il est Amour depuis toujours et pour toujours. Il est en Lui-même Communion, Unité dans la Trinité, et chacune de ses œuvres et de ses paroles vise à la communion. L’incarnation est le sommet de la création. Quand dans le sein de Marie, par la volonté du Père et l’action de l’Esprit-Saint, se forma Jésus, Fils de Dieu fait homme, la création atteignit son sommet. Le principe ordonnateur de l’univers, le Logos, commençait d’exister dans le monde, dans un temps et dans un espace.

«Le Verbe s’est fait chair». La lumière de cette vérité se manifeste à celui qui l’accueille avec foi, parce qu’elle est un mystère d’amour. Seulement tous ceux qui s’ouvrent à l’amour sont enveloppés de la lumière de Noël. Il en fut ainsi dans la nuit de Bethléem, et il en est encore ainsi aujourd’hui. L’incarnation du Fils de Dieu est un évènement qui s’est produit dans l’histoire, mais qui en même temps la dépasse. Dans la nuit du monde, s’allume une lumière nouvelle, qui se laisse voir par les yeux simples de la foi, par le cœur doux et humble de celui qui attend le Sauveur. Si la vérité avait été seulement une formule mathématique, en un certain sens elle s’imposerait d’elle-même. Si au contraire, la Vérité est Amour, elle demande la foi, le « oui » de notre cœur.

Et que cherche en effet, notre cœur, sinon une Vérité qui soit Amour? Il la cherche, l’enfant, avec ses questions si désarmantes et stimulantes; il la cherche, le jeune, qui a besoin de trouver le sens profond de sa vie ; ils la cherchent, l’homme et la femme dans leur maturité, pour guider et soutenir leur engagement au sein de la famille et au travail ; elle la cherche la personne âgée, pour donner un accomplissement à son existence terrestre.

«Le Verbe s’est fait chair». L’annonce de Noël est aussi lumière pour les peuples, pour la marche collective de l’humanité. L’“Emmanuel”, Dieu-avec-nous, est venu comme Roi de justice et de paix. Son Royaume – nous le savons – n’est pas de ce monde, et pourtant il est plus important que tous les royaumes de ce monde. Il est comme le levain de l’humanité ; s’il venait à manquer, la force qui fait avancer le véritable développement ferait défaut : l’élan pour collaborer au bien commun, au service intéressé du prochain, à la lutte pacifique pour la justice. Croire en Dieu qui a voulu partager notre histoire est un encouragement constant à s’y engager, même au milieu de ses contradictions. C’est un motif d’espérance pour tous ceux dont la dignité est offensée et violée, parce que Celui qui est né à Bethléem est venu libérer l’homme de la racine de tout esclavage.

Puisse la lumière de Noël resplendir de nouveau sur cette Terre où Jésus est né et inspirer Israéliens et Palestiniens dans leur recherche d’une cohabitation juste et pacifique! Que l’annonce consolante de la venue de l’Emmanuel allège leur douleur et réconforte dans leurs épreuves les chères communautés chrétiennes en Irak et dans tout le Moyen-Orient, leur donnant apaisement et espérance pour l’avenir et stimulant les Responsables des Nations à une solidarité active envers eux. Que cela se passe aussi en faveur de ceux qui, en Haïti, souffrent encore des conséquences du tremblement de terre dévastateur et de la récente épidémie de choléra. Que ne soient pas non plus oubliés ceux qui, en Colombie et au Venezuela, mais aussi au Guatemala et au Costa Rica, ont subi récemment des calamités naturelles.

Puisse la naissance du Sauveur ouvrir des perspectives de paix durable et de progrès authentique aux populations de la Somalie, du Darfour et de la Côte d’Ivoire ; promouvoir la stabilité politique et sociale de Madagascar ; apporter sécurité et respect des droits humains en Afghanistan et au Pakistan ; encourager le dialogue entre le Nicaragua et le Costa Rica ; favoriser la réconciliation dans la Péninsule Coréenne.

Puisse la célébration de la naissance du Rédempteur renforcer l’esprit de foi, de patience et de courage chez les fidèles de l’Église en Chine Continentale, afin qu’ils ne se découragent pas à cause des limitations de leur liberté de religion et de conscience et, persévérant dans la fidélité au Christ et à son Église, qu’ils maintiennent vive la flamme de l’espérance. Que l’amour du «Dieu avec nous» donne persévérance à toutes les communautés chrétiennes qui souffrent la discrimination et la persécution, et inspire les responsables politiques et religieux à s’engager pour le plein respect de la liberté religieuse de tous.

Chers frères et sœurs, «le Verbe s’est fait chair», Il est venu habiter parmi nous ; Il est l’Emmanuel, le Dieu qui s’est fait proche de nous. Contemplons ensemble ce grand mystère d’amour, laissons-nous illuminer le cœur par la lumière qui brille dans la grotte de Bethléem! Joyeux Noël à tous!

La vidéo de cette bénédiction Urbi et Orbi de Noël 2010 :

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Note 1 : “Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, engendré, non pas créé, consubstantiel au Père”. L’homélie du Souverain Pontife a été prononcée en italien et ses paroles exactes ont donc été en citant le texte italien du symbole de Nicée-Constantinople : “Dio da Dio, Luce da Luce, generato, non creato, della stessa sostanza del Padre”. La traduction française de cette homélie, que l’on trouve sur d’autres sites, au lieu de traduire « della stessa sostanza » par : de la même substance, reprend la traduction fautive qu’on trouve dans le missel français de la liturgie de Paul VI : « de même nature », ce qui est une hérésie, dénoncée à plusieurs reprises. Nous ne pouvons accepter cette traduction hérétique et nous rétablissons le terme « consubstantiel » qui exprime la foi véritable de l’Eglise, telle que le Souverain Pontife l’a affirmée en utilisant les mots « stessa sostanza ».

2010-54. Le septième centenaire du Bienheureux Urbain V (1310-1370).

Bx Urbain V

Cette année 2010 a marqué le 7ème centenaire de la naissance  (et aussi le 640ème anniversaire de la mort) du Bienheureux Urbain V. Sa mémoire liturgique se célèbre le 19 décembre et c’est la raison pour laquelle – même si elle est, cette année, occultée par le quatrième dimanche de l’Avent -  nous voulons que ce modeste blogue se fasse l’écho de cet anniversaire.

Né en 1310 au château de Grizac, près de Florac, Guillaume de Grimoard fit à Toulouse et à Montpellier de brillantes études en lettres, sciences, philosophie et droit, entrecoupées de séjours dans la demeure familiale, aux confins des Cévennes et du Gévaudan. Rentré comme simple moine à l’abbaye bénédictine Saint-Victor de Marseille, il fut très vite apprécié comme l’un des meilleurs maîtres de son temps et enseigna le droit à Montpellier, Paris, Avignon et Toulouse. « Une foule de disciples entourait sa chaire pour recueillir avidement la doctrine qui tombait à flots de ses lèvres. »

Il fut ensuite désigné par le Pape Clément VI comme abbé de Saint-Germain d’Auxerre dont il réforma et la règle et l’administration. Envoyé comme légat du Pape en Italie, il revint pour recevoir d’Innocent VI la charge d’abbé de Saint-Victor de Marseille, avant d’être élu Pape à l’unanimité en 1362 alors qu’il n’était ni cardinal ni même évêque.

Ses huit années de pontificat furent très remplies :  il sut se rapprocher de nos frères orthodoxes, ramena dans l’unité de l’Eglise des communautés séparées, envoya un légat à Pékin et fonda le premier évêché de Chine. Courageux réformateur, au coeur d’une époque extrêmement troublée, il astreint les évêques et abbés à résider dans leurs diocèses ou leurs abbayes et obligea ces dernières à revenir à l’observance de leurs règles (il fut en particulier le restaurateur du mont Cassin). Humaniste éclairé, intellectuel de grande envergure et juriste consulté dans toute la chrétienté, il correspondit avec les plus grands esprits de son temps (Pétrarque, Boccace, Sainte Brigitte de Suède…), participa au rayonnement du savoir et de la culture de l’Europe chrétienne tant par ses enseignements que par la création des universités de Genève, Cracovie, Vienne et Pecs (Hongrie) qu’il fonda et dota ; il encouragea de nombreux artistes. Selon son vœu le plus cher il fut le premier pape d’Avignon à revenir à Rome où il se dépensa sans compter à rétablir le prestige de la papauté. En tout cela, il resta un fidèle disciple de Saint Benoît car, homme de Dieu avant tout, il avait gardé l’humilité du moine et couchait revêtu de son habit de bénédictin dans un appentis de planches.

Après sa mort, de nombreuses demandes de canonisation parvinrent à son successeur, Grégoire XI, émanant de souverains et de prélats ; mais le grand schisme d’Occident qui survint bientôt après gela toute procédure et il fallut attendre 1870 pour que le Bienheureux Pape Pie IX  l’élevât aux honneurs des autels.

Madame Claire de Gatellier, qui nous honore de son amitié, nous a autorisés à publier ici l’article où elle fait à la fois la recension de la biographie que Yves Chiron a publiée à l’occasion de ce 7ème centenaire et un rapide compte-rendu du colloque qui s’est déroulé en octobre dernier à Paris à l’initiative de l’Association des Amis du Bienheureux Pape Urbain V ; qu’elle en soit vivement remerciée.

 

Yves Chiron Urbain V

 

Urbain V, le bienheureux

par Madame Claire de Gatellier.

Cette fois encore, Yves Chiron ne nous décevra pas. Après ses ouvrages passionnants sur les papes Pie IX, Saint Pie X, Pie XI et Paul VI, cet auteur spécialiste de l’histoire de l’Eglise remonte dans le temps – 7 siècles – puisque son dernier ouvrage concerne un pape encore trop méconnu quoique bienheureux : Urbain V, avant-dernier pape d’Avignon (1310-1370).

Pourquoi parler aujourd’hui d’un pape médiéval ? Il faut lire Yves Chiron pour saisir toute la modernité de ce grand juriste, réformateur et bâtisseur, bénédictin et mécène, diplomate et amoureux de la nature, cet illustre pape bien français a beaucoup à dire aujourd’hui…

Prenons par exemple l’Angleterre. Au lendemain du voyage étonnant de Benoît XVI, magnifique succès malgré les oracles catastrophistes de la plupart des media français, il est intéressant de découvrir qu’un grand archevêque de Cantorbery, Simon de Langham, promu cardinal par Urbain V, s’est ému de voir les deux universités d’Angleterre imprégnées de naturalisme et de pélagianisme et y a porté remède avec le soutien du pape… pour un temps.

Dans cette seconde moitié du XIVe siècle, désorganisé par les deux grandes pestes et par un relâchement général des idées et des mœurs, nous avons là un pape qui, par petites touches obstinées et judicieuses a jeté les bases d’un état pontifical moderne, cherché à élever toujours plus le niveau d’instruction des clercs aussi bien que des laïcs et donné l’exemple d’une vie de moine.

Il était en effet bénédictin. Remarqué pour ses talents de juriste et professeur recherché (il enseigna à Montpellier, Toulouse et Paris) il devint père abbé de la grande abbaye Saint-Victor de Marseille juste avant de devenir pape. Mais toute sa vie, il voulut garder l’habit bénédictin et sa frugalité coutumière est restée celle d’un moine, même à cette cour si brillante qu’était Avignon.

Moine frugal pour lui-même, il n’était pourtant pas austère et s’il se nourrissait de peu et dormait « à la dure », rien n’était trop beau cependant pour les nombreuses églises ou cathédrales qu’il a richement dotées et embellies. Il aimait la nature, les oiseaux et les fleurs comme en témoignent les décorations murales du palais des papes et les vastes jardins qu’il y a fait créer. Mais toujours très pragmatique, concret et charitable, il fit en sorte que ces jardins et « vergers » « contribuent au ravitaillement des cuisines pontificales », Ils servaient aussi à alimenter la « pignotte ». Employant une bonne douzaine de personnes, cette « aumônerie du pape », selon Yves Chiron, s’occupait des largesses pontificales : « 355 repas étaient servis chaque jour » aux pauvres d’Avignon « auxquels s’ajoutaient la distribution quotidienne des petits pains d’un poids moyen de 60 grammes. Entre 6 000 et 10 000 pains étaient distribués chaque jour, parfois jusqu’à 30 000. » C’est aussi à ce pape écologiste que nous devons les jardins du Vatican.

Mais notre pape était aussi un grand réformateur. Réformateur, non pas par grands décrets, et conciles mais par des quantités de micro-décisions personnalisées. Anne-Marie Hayez, archiviste-paléographe, ingénieur au CNRS largement citée par Yves Chiron a dépouillé pas moins de 28 000 lettres d’Urbain V. Correspondances régulières avec tous les rois et empereurs de l’époque, avec les évêques, les pères abbés, les professeurs, les artistes de son temps.

Yves Chiron montre de façon fort intéressante comment, dès le début de son pontificat, Urbain V « a essayé de lutter contre le carriérisme des clercs, le cumul des bénéfices et la non-résidence, source de tant de maux spirituels. » Pour cela, il commença par commander à tous les évêques et archevêques de communiquer à ses services la liste de tous les titulaires de bénéfices. Rappelons qu’un bénéfice était une charge ecclésiastique qui permettait de recevoir des revenus même sans résider là où est cette charge. Puis il opère en trois points : réduire le cumul des bénéfices ; imposer la résidence pour les bénéfices avec « cura animarum », c’est-à-dire charge pastorale, et veiller à ce que les candidats aient les compétences requises. Avec menace d’excommunication s’il le faut…

Si, comme le dit Yves Chiron « la politique bénéficiale d’Urbain V est un premier indicateur de sa volonté de réformer l’Eglise », elle ne s’arrête pas là. Il combat aussi les Vaudois qui, en Provence et en Dauphiné préparaient les voies au protestantisme ; les Fraticelles de Naples et de Pérouse qui abusaient la bonne foi des gens par leur attitude humble et modeste ; les Sociniens de Venise qui croyaient à la parole d’Aristote plus qu’à celle du Christ, mais un Aristote revu par Averroès. Ils enseignaient l’éternité de la matière et le plus grossier panthéisme et persécutèrent Pétrarque ; le frère Denys, qui enseignait la théologie à Paris, fraticelle déguisé qui niait le droit de propriété au nom du Christ, sans parler des hérésies des universités Anglaises évoquées plus haut.

Les ordres religieux furent aussi une préoccupation constante de notre pape bénédictin. Il restaura la vie monastique qui s’était beaucoup relâchée en maints endroits. Citons simplement parmi d’autres, la restauration, au propre et au figuré du Mont Cassin, de Subiaco, la reprise en main des grands ordres dominicains, bénédictins et franciscains, la fondation suscitée et généreusement dotée par Urbain V de nombreux monastères… etc.

Bref ! si l’on veut tout savoir sur le bienheureux pape Urbain V, ses bienfaits dans le monde universitaire, ses missions et tentatives de croisade en Orient, la conversion de l’empereur Jean V Paléologue, son retour à Rome, sa sainteté même, alors il faut vraiment lire le livre. La préface, écrite par Mgr Jacolin, évêque de Mende (diocèse d’origine d’Urbain V) vaudrait à elle seule, s’il en était besoin, la lecture du livre. Résumant parfaitement la vie d’Urbain V en la replaçant dans son époque, elle resitue la vie de l’Eglise en ses fondements : les apôtres et les prophètes.

Pour conclure, citons Yves Chiron : « Sur la longue durée, est remarquable son souci de défendre les droits, spirituels et temporels de l’Eglise. Il n’a pas cherché à plaire aux princes de son temps, il n’a pas sacrifié les intérêts et la liberté de l’Eglise aux exigences des pouvoirs politiques de l’époque. Enfin, sur le plan personnel, « Ce bénédictin fut un des pontifes les plus savants, pieux et intègres de tout le XIVe siècle. »

L’association des Amis du Bienheureux pape Urbain V a commémoré le septième centenaire de sa naissance par un colloque au Collège des Bernardins, à Paris, le 9 octobre dernier. A cette occasion, Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon a souligné qu’à l’heure où l’Europe se cherche une identité, des racines, des raisons d’être, d’agir et d’espérer, Urbain V a beaucoup à dire.

Parvis de la cathédrale de Mende : statue du Bienheureux Urbain V

Statue du Bx Urbain V sur le parvis de la cathédrale de Mende.

Prière pour obtenir des grâces par l’intercession du Bienheureux Urbain V

Seigneur Notre Dieu, nous Vous rendons grâce pour le serviteur que Vous avez placé autrefois à la tête de l’Eglise, le Bienheureux Pape Urbain V, qui a vécu sous la motion de Votre Esprit Saint. Vous l’avez suscité pour qu’il soit le sage réformateur du clergé, qu’il défende les droits et la liberté de l’Eglise et propage l’évangile parmi les nations infidèles.

Faites que sa mission porte du fruit encore aujourd’hui ; nous Vous en supplions, accordez-nous la grâce que nous demandons par son intercession (…), et si telle est Votre volonté, daignez glorifier Votre serviteur par Jésus le Christ Notre-Seigneur,

Ainsi soit-il.

(prière éditée avec la permission de Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon)

Armoiries d'Urbain V

Les personnes qui reçoivent des grâces par l’intermédiaire du bienheureux Pape Urbain V, sont priées de les faire connaître à l’Association des Amis du Bienheureux Pape Urbain V, (www.pape-urbain-v.org) château de Grizac, 48220 Le Pont de Montvert. On lira également avec intérêt le travail effectué par Monsieur Antoine de Rosny, « Urbain V, un pape du Gévaudan », disponible à la Maison de la Lozère, 1 bis rue Hautefeuille, 75006 Paris, ou dans les librairies de la Lozère.

2010-53. De la conclusion de l’année jubilaire du 4ème centenaire de l’Ordre de la Visitation au jour anniversaire du bienheureux trépas de Sainte Jeanne de Chantal.

Le 13 décembre 1641, entre six et sept heures du soir, Sainte Jeanne-Françoise de Chantal rendit son âme à Dieu, après avoir prononcé par trois fois le saint Nom de Jésus. C’était au monastère de la Visitation de Moulins, en Bourbonnais.

Sainte Jeanne-Françoise de Chantal

Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal (par Philippe de Champaigne).

La Sainte Fondatrice était dans sa soixante-dixième année. Elle avait survécu 19 ans à Saint François de Sales et les monastères de l’Ordre qu’ils avaient fondés ensemble, de 13 qu’ils étaient à la mort de « Monsieur de Genève », étaient maintenant au nombre de 87 !

Ce 13 décembre 2010, « dies natalis » (*) de Sainte Jeanne de Chantal, a donc tout naturellement été désigné comme jour de clôture de l’année jubilaire du quatrième centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation qui a commencé le 24 janvier dernier (cf. les articles précédemment publiés à ce sujet ici > www, ici aussi > www, encore ici > www et ici > www).

Si l’année jubilaire s’achève, notre connaissance des enseignements de Saint François de Sales ainsi que de la spiritualité et des grandes figures de l’Ordre de la Visitation ne sauraient en rester là. A l’occasion des divers anniversaires ou des circonstances, nous espérons bien publier sur ce blogue des textes permettant de nouveaux approfondissements.

La seule année 2011 ne marquera pas seulement le trois-cent-soixante-dixième anniversaire de la mort de Sainte Jeanne de Chantal mais aussi, par exemple, a) le trois-cent-cinquantième anniversaire de la mort de Mère Anne-Marguerite Clément – fondatrice du monastère de la Visitation de Melun – qui fut une authentique mystique dont les visions du Coeur de Jésus préparèrent celles dont fut gratifiée Sainte Marguerite-Marie, b) ou bien encore le troisième centenaire de l’entrée au monastère de la Visitation de Marseille d’Anne-Madeleine Rémuzat, autre grande mystique qui joua un rôle très important pour la diffusion du culte du Sacré-Coeur, c) ou encore le cent-soixante-dixième anniversaire de la naissance de Soeur Marie-Marthe Chambon, de la Visitation de Chambéry, choisie par Notre-Seigneur pour faire connaître au monde la  puissance de la dévotion à ses Saintes Plaies… etc.

Mais pour l’heure, afin de marquer la conclusion de l’année jubilaire de la Visitation, je voudrais vous permettre de lire et de méditer la toute dernière lettre de Sainte Jeanne de Chantal, datée du 12 décembre 1641, veille de sa mort.

La sainte fondatrice sait qu’elle est arrivée au bout de ses jours terrestres et elle livre ici, en ces ultimes recommandations à ses filles spirituelles, une sorte de testament spirituel dans lequel passe toute son âme, parvenue à la perfection de l’esprit que Saint François de Sales avait voulu pour les religieuses de la Visitation. On admirera la sérénité qui imprègne cette âme en face de la mort, on remarquera son souci insistant de voir se conserver intactes dans tout l’Ordre l’humilité et la charité fraternelle qui en sont les caractéristiques, ainsi que la parfaite observance des Règles. On notera aussi combien la perspective de l’éternité toute proche ne fait pas perdre à la Mère de Chantal le sens des choses pratiques…

J’ai retranscrit cette dernière lettre de Sainte Jeanne de Chantal directement à partir d’une très ancienne édition (le cliché ci-dessous vous en donne un aperçu), mais pour des raisons évidentes de compréhension, j’ai pensé qu’il était préférable d’adopter l’orthographe et la ponctuation conformes à nos usages actuels.

(*) « dies natalis » : expression latine signifiant « jour de naissance » et employée dans la tradition catholique pour désigner le jour de la mort d’un saint personnage, puisque cette mort marque en réalité le jour de sa naissance dans la vie de gloire et de bonheur éternels au Ciel. 

 * * * * * * *

Dernière lettre de Ste Jeanne de Chantal

Mes très chères et bien aimées filles,

me trouvant sur le lit du trépas nonobstant, et avec un très grand désir de plus penser à chose quelconque, qu’à faire ce passage en la bonté et miséricorde de Dieu, je vous conjure, mes très chères filles, que pour les affaires de l’Institut, l’on ne s’y précipite point, et que personne ne prétende d’y présider ; mais de suivre en cette occasion comme en toutes autres les intentions de notre bienheureux Père, qui a voulu que le Monastère de Nessy (1) fut reconnût pour Mère et matrice de tout l’Institut ; et je vous prie, mes très chères Soeurs, de continuer en cette union, comme vous avez fait jusques ici ; et que ces premiers et principaux Monastères aient toujours soin des petits, et soient prêts autant qu’il leur sera possible de les secourir et assister charitablement… etc.

Je vous prie d’avoir soin de la paix de Dieu entre vous, et de l’union charitable entre les Monastères, bonheur qui vous obtiendra de très grandes grâces de Dieu.

Ayez une très grande fidélité à vos observances, mes chères Soeurs : vous vous êtes obligées par un voeu solennel à garder tout ce qui est de votre Institut, et les Supérieures de les faire garder. Prenez garde, mes très chères filles, de ne pas ajuster vos Règles à vos inclinations, mais de soumettre humblement et fidèlement ces mêmes inclinations à leur obéissance. Gardez la sincérité de coeur en son entier, la simplicité et la pauvreté de vie, et la charité à ne rien dire et faire à vos Soeurs, je dis universellement, que ce que vous voudriez qu’elles disent et fissent pour vous. Voilà tout ce que je vous puis dire, quasi dans l’extrémité de mon mal.

Mes chères filles, avant que finir, il faut que je vous supplie et conjure d’avoir un grand respect, une sainte révérence et une entière confiance pour Madame de Montmorency (2), qui est une âme sainte et que Dieu manie à son gré, et à qui tout l’Institut a des obligations infinies, pour les biens spirituels et temporels qu’elle y fait. Je vous estime heureuse de l’inspiration que Dieu lui a donné, c’est une grâce très grande pour tout l’Ordre, et pour cette Maison en particulier. Elle vit parmi nos Soeurs avec plus d’humilité, bassesse et simplicité, et innocence, qui si c’était une petite paysanne. Rien ne me touche à l’égal de la tendresse où elle est pour mon départ de cette vie. Elle croit que vous la blâmerez de ma mort. Mais, mes chères filles, vous savez que la divine Providence a ordonné de nos jours, et qu’ils n’en eussent pas été plus longs d’un quart d’heure. Ce voyage a été d’un grand bien pour les Maisons où nous avons passé et pour tout l’Institut.

Ne soyez point en peine des lettres que vous m’aurez écrit depuis mon départ de cette vie : elles seront toutes jetées au feu sans être vues (3).

Je me recommande de tout mon coeur à vos plus cordiales prières. J’espère en l’infinie Bonté qu’elle m’assistera en ce passage et qu’elle me donnera part en ses infinies miséricordes et mérites ; et si je ne suis point déçue en mes espérance, je prierai le Bienheureux (4) de vous obtenir l’esprit d’humilité et bassesse, qui seul vous fera conserver cet Institut : c’est tout le bonheur que je vous souhaite et non point de plus grande perfection.

Je demeure de tout mon coeur, en la vie et en la mort, mes très chères et bien-aimées Soeurs, votre très humble et très indigne Soeur et servante en Notre-Seigneur,

A Moulins, ce 12 décembre 1641.

Soeur Jeanne-Françoise Frémiot de la Visitation Sainte-Marie

Dieu soit béni!

Blason de l'ordre de la Visitation

Note 1 : « le Monastère de Nessy » = il s’agit bien sûr d’Annecy et du premier Monastère de l’Ordre.

Note 2 : Madame de Montmorency = Marie-Félice des Ursins (forme francisée de Orsini), était née le 11 novembre 1600 à Florence ; elle était la nièce et la filleule de la Reine Marie de Médicis. Elle épousa le duc Henri II de Montmorency, gouverneur du Languedoc. Elle était remarquable par sa sagesse et sa piété autant que par sa générosité dans les oeuvres de charité. Après l’exécution de son époux (30 octobre 1632), elle fut, par ordre de Richelieu, emprisonnée au château de Moulins pendant deux années. Elle s’installa ensuite au Monastère de la Visitation où elle finit par prendre le voile et où elle mourut en odeur de sainteté le 5 juin 1666. La venue de Sainte Jeanne de Chantal à Moulins était justement en rapport avec le dessein de la duchesse de Montmorency de devenir fille de la Visitation (de là les allusions de la Mère de Chantal qui ne veut pas qu’on impute à la duchesse la responsabilité de sa mort).

Note 3 : la Mère de Chantal veut rassurer ses filles au sujet des lettres confidentielles que celles-ci pourraient lui avoir écrites et qui arriveraient à Moulins après sa mort.

Note 4 : « le Bienheureux » = il s’agit bien évidemment de Saint François de Sales, auquel la Mère de Chantal donne ce titre, mais il ne sera béatifié qu’en 1661.

2010-48. Où Lully reparle de ses précédentes publications relatives à la franc-maçonnerie et aborde la question de son infiltration dans l’Eglise.

Vendredi 19 novembre 2010.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En complément aux textes que j’ai publiés ces derniers jours (c’est-à-dire la note du Cardinal Ratzinger consécutive à la parution du Code de Droit Canonique en 1983 > ici, et le texte que j’ai dû diviser en deux parties > ici & ici pour expliciter les raisons de l’impossible conciliation entre le catholicisme et la maçonnerie), mais aujourd’hui sur un mode un peu plus ironique, je voudrais vous montrer une petite bande dessinée sans prétention que Frère Maximilien-Marie avait réalisée il y a presque dix ans et que j’ai trouvée en fouillant dans ses affaires…

2010-48. Où Lully reparle de ses précédentes publications relatives à la franc-maçonnerie et aborde la question de son infiltration dans l'Eglise. dans Bandes dessinées cabochat.vignette

Avant cela, je dois néanmoins préciser que, au Mesnil-Marie, nous ne sommes pas dans l’excès de ceux qui voient des francs-maçons prêts à « bouffer du curé » à tous les coins de rue ou derrière chaque arbre, même si nous savons qu’ils sont très influents – jusqu’à constituer une sorte d’ « Etat dans l’Etat » – et que leurs effectifs ont considérablement augmenté pendant toute la seconde moitié du XXème siècle (on peut estimer qu’il y a environ 140 000 adhérents à la maçonnerie actuellement en France, toutes obédiences confondues).

Nous sommes seulement réalistes, sachant qu’ils s’efforcent de tenir des postes clefs ou d’avoir une influence prépondérante dans tous les domaines d’activité les plus importants : tous les partis politiques, les syndicats, la magistrature, l’armée, l’administration, le ministère de l’ « éducation nationale », les médias, les milieux financiers, les O.N.G. … etc.

Nous avons aussi conscience que tous les francs-maçons ne sont pas personnellement pénétrés d’intentions malveillantes contre l’Eglise et contre la Foi : il y a parmi eux des personnes qui sont sincèrement animées de sentiments philanthropiques et qui sont même dans une authentique quête spirituelle ; il y en a beaucoup (surtout dans les grades inférieurs) qui ne voient pas autre chose que la recherche d’un progrès de l’humanité et qui, très certainement, à la lecture du résumé systématique que j’ai publié, pourraient se montrer surpris ou choqués qu’on attribue de telles convictions de fond à la maçonnerie… Mais, redisons-le, sincérité n’est pas vérité!

Ce qui rend la question de la maçonnerie si complexe, c’est bien justement qu’il n’y a pas de profession de foi maçonnique universelle et clairement publiée : dans un cadre général qui demeure particulièrement opaque, malgré tout ce qu’on peut tenter pour le clarifier, il y a une multitude de « nuances » et d’ « options », d’attitudes et de déclarations, dans lesquelles, selon l’expression familière, « on trouve à boire et à manger »! Cependant, ce qui demeure fondamental dans la franc-maçonnerie, c’est son anti-dogmatisme absolu et sa croyance en une « vérité » fluctuante et évolutive qui est le fait du choix de l’homme et non la référence à un ordre révélé immuable. De là découlent tous les points d’opposition avec la Foi chrétienne et avec l’Eglise catholique que j’ai précédemment explicités.

Ce n’est pas pour rien que l’un des synonymes de franc-maçon est « libre-penseur ». Ce que la maçonnerie revendique, en définitive, c’est une absolue indépendance de l’homme, dont la réflexion et la pensée n’acceptent pas d’être soumises à un ordre extérieur à lui-même, fut-il révélé par Dieu.

Selon l’enseignement philosophique le plus rigoureux, dire : « Dieu existe », ce n’est pas faire un acte de foi, c’est seulement faire un acte naturel d’intelligence, car l’existence d’un Etre supérieur, spirituel, créateur du monde, est accessible au seul raisonnement dans une recherche intellectuelle strictement logique (c’est pour cela que l’athéisme, sur le simple plan naturel déjà, est une monstruosité). La Foi, est autre chose : la Foi, c’est l’adhésion à Dieu qui se révèle. La démarche spécifique de la Foi, c’est l’acceptation par l’homme d’une réalité qui est au-delà de ce que son intelligence naturelle peut lui faire connaître, et qui lui est communiquée par Dieu Lui-même.

L’Eglise donc a été voulue et instituée par Notre-Seigneur pour que, à la suite des Saints Apôtres, elle transmette cette Révélation définitive que Dieu a faite de Lui-même ; l’Eglise a été créée pour que – par l’évangélisation et les sacrements – elle amène les hommes à l’obéissance de la Foi (cf. Actes VI,7) et pour que, par la Foi, elle leur ouvre l’accès à la Vie éternelle. On peut donc dire que la démarche chrétienne est essentiellement une réponse d’acceptation de l’homme à l’initiative de Dieu : un Dieu qui est venu à sa rencontre en Se révélant Lui-même et qui a comblé, par cette Révélation, l’abîme sinon infranchissable que son  incapacité naturelle et son péché laissaient entre lui et Dieu.

Au contraire, l’attitude qui m’apparaît finalement fondamentale dans la maçonnerie, c’est un refus plus ou moins explicite de la révélation chrétienne, un refus plus ou moins explicite de cette obéissance de la Foi, au profit d’une attitude où c’est l’intelligence de l’homme en recherche qui a la seule initiative, qui exerce elle seule le contrôle.

9782706705175 évêques dans Chronique de Lully

Quant aux « infiltrations maçonniques dans l’Eglise », je ne veux ni les minimiser ni les majorer. Comme je le faisais remarquer dans la note conclusive de mon étude (cf. > ici), c’est une évidence qui n’a pas besoin d’être démontrée que beaucoup de catholiques – comme la plupart de nos contemporains – ont aujourd’hui admis les thèses relativistes, pour le dogme comme pour la morale, qui découlent des convictions maçonniques.  C’est justement l’une des grandes victoires de la franc-maçonnerie, à la suite d’un important travail de sape de l’influence catholique et par une mainmise de plus en plus forte sur tout ce qui peut influencer le jugement des hommes, d’avoir réussi que ses idées soient devenues quasi générales dans la société occidentale, sans que les citoyens « de base » en aient conscience.

L’Eglise n’a pas échappé à cette influence. La crise spirituelle, dogmatique et institutionnelle, qui affecte et fragilise l’Eglise catholique depuis plusieurs décennies a évidemment contribué à cette pénétration des idées maçonniques dans les consciences des fidèles. Que des prêtres, insuffisamment formés ou profondément déformés par les « recyclages » post-conciliaires, professent des idées relativistes ou modernistes très proches de celles de la maçonnerie, ce n’est pas à démontrer. Cela signifie-t-il nécessairement qu’ils sont membres de la maçonnerie? Non pas. Que de ces prêtres pervertis par les idées modernistes, certains soient devenus évêques, c’est certain. Cela signifie-t-il que tous ces évêques fréquentent les loges? Rien de moins certain.

Un jour, au terme de l’une de ses conférences, Frère Maximilien-Marie s’est fermement opposé à l’intervention d’une de ses auditrices qui affirmait avec véhémence : « Tous les évêques français sont francs-maçons! ». Qu’il y en ait quelques uns, on ne peut le nier : il y a bien eu un Judas dans le collège apostolique, il serait téméraire de prétendre qu’il n’a pas eu une sorte de « descendance spirituelle » aujourd’hui, comme il y en a eu à toutes les époques, hélas!… Mais, encore une fois, c’est une bien plus grande victoire de la maçonnerie d’avoir réussi à dominer toutes les sociétés contemporaines – et l’Eglise en est une – par une espèce d’imprégnation diffuse d’un grand nombre de ses idées, que si elle était arrivée à faire entrer consciemment tous nos contemporains dans ses loges.

C’est ce qu’a voulu exprimer notre Frère dans cette bande dessinée que je vous annonçais au début de cette chronique. Nombre de prêtres – des évêques même – ont été invités à participer à des « tenues blanches », voire à y donner des conférences : nous ne pourrions que nous en réjouir si ces évêques, avec le zèle et la force de conviction des Saints Apôtres, y étaient allés pour évangéliser en vérité et convertir ; malheureusement, dans la plupart des cas, les maçons n’ont entendu de leur bouche que des platitudes consensuelles et des thèses qui s’approchaient des leurs. Les évêques français actuellement en exercice qui ont publiquement et sans ambiguïté rappelé l’enseignement et la discipline de l’Eglise sur la franc-maçonnerie se comptent sur les doigts d’une seule main. Rien d’étonnant dès lors à ce qu’une telle confusion continue de régner dans l’Eglise et dans la société…

Lully.                     

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concurrence1 franc-maçon dans Commentaires d'actualité & humeurs

2010-47 b. Pourquoi catholicisme et maçonnerie sont incompatibles (2ème partie).

Dans notre approche essayant de clarifier l’antagonisme qui existe entre l’Eglise et la franc-maçonnerie nous avons pu, dans une première partie (cf. ici), présenter les origines de l’une et de l’autre, ce qui explique déjà un certain nombre de choses. Attachons-nous maintenant à relever les points essentiels qui font que l’Eglise catholique considère les principes de la maçonnerie incompatibles avec sa Foi.

* * *

III. Ce qui oppose irréductiblement l’Eglise et la maçonnerie :

III a – Opposition sur la conception du salut de l’homme :

1) Pour un chrétien, le Salut est une Personne : c’est Jésus, Fils de Dieu et Dieu Lui-même qui s’est incarné et qui s’est offert en sacrifice pour la Rédemption des hommes. 

En effet, depuis le péché originel, les hommes naissent privés de la grâce de Dieu et ne peuvent entrer dans son Ciel éternel. Le Christ Sauveur, par Sa mort, par Sa résurrection et  par Son ascension, rend aux hommes la possibilité de recevoir la grâce. La grâce est la communication de la Vie divine, elle est une communion surnaturelle et intime avec Dieu. La prière, qui est essentielle à une vie chrétienne authentique, n’est pas une introspection, un retour sur soi, mais elle est un des principaux moyens pour entrer et grandir dans la communion avec Dieu, parce qu’elle est une relation spirituelle avec Lui.

Le salut de l’homme s’accomplit par la poursuite de la sainteté, qui est l’imitation parfaite de Jésus-Christ. Pour cela, il faut vivre dans la Foi (la Foi est l’adhésion à Dieu qui se révèle) et dans la pratique des préceptes enseignés par Jésus, spécialement l’humilité et la charité.

2) Pour la franc-maçonnerie, le « salut » de l’homme est quelque chose de tout à fait différent : d’abord parce que la notion du péché n’existe pratiquement pas pour elle ;  la notion de la grâce – comprise comme une participation à la vie surnaturelle de Dieu Lui-même – n’a pas non plus de réalité pour un maçon, ce qui élimine tout à la fois la notion de rédemption, les sacrements et la prière. Si des maçons utilisent ces termes, ils prennent dans leurs bouches un tout autre sens que le sens précis que leur donne l’Eglise.

La « rédemption » maçonnique consiste essentiellement dans le passage de l’ignorance à l’ « illumination », à travers des initiations successives ; elle ne tend pas à établir l’homme dans une relation intime et amoureuse avec son Créateur et Sauveur, elle ne tend pas à la sainteté. Le « salut » maçonnique réside finalement dans une plus parfaite connaissance de soi et du monde afin de les mieux dominer (cette domination peut tantôt être entendu comme une forme de sagesse supérieure et de détachement, mais elle peut aussi être comprise comme une domination « politique », ce qui ouvre la voie à toutes ces « affaires » dans lesquelles nous savons que des maçons sont impliqués).

Le bien auquel tendent les maçons n’est jamais vraiment précisé, puisque – nous en reparlerons plus loin – la morale n’est jamais quelque chose de stable en référence à des valeurs éternelles ou à des préceptes divins.

Cérémonie d'initiation maçonnique

Rite d’initiation maçonnique : moment où le futur maçon découvre la lumière.

III b – Opposition sur la révélation et sa transmission :

1) Le christianisme est une religion révélée par Dieu lui-même : Dieu, pour amener l’humanité vers son salut, s’est révélé aux patriarches,  spécialement à Abraham, puis à Moïse. La révélation de l’Ancien Testament est une pédagogie qui prépare l’avènement de la plénitude de la révélation, qui est faite en et par Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Nous avons la connaissance du Christ et de son enseignement par les Saintes Ecritures, tout spécialement les Evangiles (qui ont été écrits sous l’inspiration et avec l’assistance du Saint-Esprit par des témoins privilégiés de la vie de Jésus), et par la Tradition vivante et authentique de l’Eglise, laquelle est consignée dans sa liturgie, dans les enseignements des Pères et Docteurs de l’Eglise, des Pontifes et des conciles, dans la vie de ses saints… etc.

Les dogmes du christianisme ne sont pas des inventions humaines, ils sont les vérités que Dieu a fait connaître sur Lui-même et sur son plan de salut. Ces dogmes sont résumés dans le Credo, et l’Eglise a la mission de les conserver purs de toute erreur pour les transmettre dans leur intégrité et leur intégralité.

L’Eglise n’est pas propriétaire des vérités révélées, elle n’en est que l’intendante : c’est pourquoi elle ne peut rien changer au dépôt de la Foi qui lui a été confié, elle ne peut que veiller fidèlement sur sa transmission. Toutefois, avec l’assistance du Saint-Esprit qui lui a été envoyé à la Pentecôte, elle jouit d’une véritable autorité, d’une autorité divine, pour préciser, lorsqu’il y a des doutes ou des contestations, où se trouve la Vérité.

A l’Eglise ont aussi été confiés les sacrements, qui ne sont pas non plus des inventions humaines mais qui ont été institués par Jésus-Christ, afin de communiquer, d’entretenir et de développer la grâce dans l’âme des fidèles. L’Eglise est Mère et Maîtresse – Mater et Magistra – parce qu’elle a été voulue par Dieu pour transmettre la vie surnaturelle et dispenser l’enseignement du Christ Sauveur.

N’en déplaise à Dan Brown, il n’y a pas d’enseignements secrets ni de rites ésotériques cachés dans l’Eglise : sa Foi, ses dogmes, ses sacrements sont clairement exposés et sont accessibles à tous ceux qui veulent connaître la Révélation de Dieu et de son salut en Jésus-Christ ; la Bible, le catéchisme, tous les textes des conciles, des théologiens, des docteurs de l’Eglise et des Pontifes, les encycliques et tous les documents des Papes peuvent très aisément être consultés (même les archives dites « secrètes » du Saint-Siège où chaque jour 40 à 50 chercheurs sont habilités à travailler!); sans parler des cérémonies du culte et des prédications qui sont finalement ouvertes à tous, puisque il n’est pas exigé pour assister à un office religieux ou à un sermon de présenter une carte de membre à l’entrée de l’église!

Sainte Bible

La Parole de Dieu salvatrice est pour tous, elle n’est pas réservée à des « initiés ».

2) La Franc-maçonnerie prône une philosophie humaniste consacrée à la « recherche de la vérité », mais cette vérité n’est jamais totalement accessible. On la recherche sans cesse, on la trouve jamais totalement.

Pour la maçonnerie, il y a une « tradition primordiale », antérieure à l’histoire, qui a été en grande partie déformée et tronquée par les diverses traditions religieuses et n’a été maintenue ou retrouvée que par quelques « initiés » ou « illuminés ».

La maçonnerie nie implicitement tout surnaturel : il n’y a pas d’intervention divine ni de révélation infaillible dans le cours de l’histoire humaine ; il n’y a pas d’histoire sainte, pas de théophanies, pas de miracles, pas d’apparitions, pas de vie de la grâce (au sens théologique que nous avons expliqué ci-dessus). S’il y a un « Grand Architecte de l’Univers » (un être supérieur et spirituel qui a ordonné le monde), il n’intervient toutefois pas dans ce monde, sinon par des « illuminations » accordées à quelques rares initiés.

La franc-maçonnerie exclue le fait que Dieu prenne l’initiative de se faire connaître dans des Livres Saints inspirés et sans erreurs (il n’y a que des récits mythiques exprimant de manière symbolique et non réelle une approche parmi d’autres de la vérité) puis en Jésus-Christ, qui ne peut être la plénitude personnelle d’une révélation définitive. Dans le meilleur des cas Jésus n’était qu’un homme parvenu à un degré élevé de sagesse par l’ « illumination », mais l’Eglise romaine a pour ainsi dire séquestré son véritable enseignement et empêche les hommes d’y avoir accès.

En conséquence de tout cela, la maçonnerie rejette tout dogme et soutient le relativisme : a) relativisme religieux qui met toutes les religions sur le même plan puisque aucune ne peut prétendre avoir été instituée par un Dieu qui lui aurait transmis toute Sa vérité (mais il faut noter que la maçonnerie s’érige au-dessus de toutes les religions); et b) relativisme moral : pour elle il n’y a aucune règle morale qui soit d’origine divine. La morale est quelque chose de fluctuant, au gré du consensus des sociétés, car la loi  morale n’est en définitive que l’expression d’une règle voulue à une époque donnée par une majorité et établie par la coutume humaine en fonction des temps et des lieux.

La franc-maçonnerie dispense ses enseignements à travers des mythes symboliques plus ou moins mis en valeur selon les obédiences et les « rites ». Citons par exemple le mythe d’Hiram (architecte du temple de Salomon qui aurait été assassiné par trois mauvais compagnons), le mythe d’Hermès et de la table d’émeraude, le mythe de rites initiatiques qui remonteraient à l’antiquité égyptienne, le mythe d’une « tradition johannique » (Saint Jean l’Evangéliste aurait été le dépositaire d’un enseignement secret de Jésus qui aurait été confié à des ordres initiatiques successifs en passant par les Templiers)… etc. Tous ces mythes n’ont aucun  fondement historique ; aucun scientifique sérieux ne peut apporter en leur faveur l’ombre d’un commencement de preuve, mais cela ne contribue pas peu à « exciter »  tous les nombreux amateurs d’ésotérisme et de « mystères ». Ces mythes sont également exploités par des romanciers puis par des scénaristes (citons par exemple Christian Jacq ou Dan Brown) pour diffuser une image attrayante de la maçonnerie et discréditer la Foi chrétienne et l’Eglise.

Hiram

Hiram

Ces mythes servent donc de supports pour dispenser une formation ésotérique, des enseignements secrets qui sont progressivement donnés aux initiés selon leur grade, afin de leur révéler les mystères de « La Connaissance » (cette connaissance que les horribles dignitaires du catholicisme leur tiendraient cachés!!!). Tous les rituels font en effet miroiter aux yeux des initiés la découverte de cette prétendue « tradition primordiale » et d’une « Lumière » mystérieuse qui, dans le meilleur des cas, est celle d’une meilleure connaissance psychologique de l’initié par lui-même, mais nullement la lumière de gloire de Jésus transfiguré sur le Mont Thabor ou ressuscité au matin de Pâques.

On le voit, la franc-maçonnerie, tout en se réclamant d’idéaux et de pratiques démocratiques, fonctionne en réalité selon un élitisme impitoyable : ses systèmes de cooptation, d’initiations et de grades, ainsi que la coexistence de plusieurs structures parallèles et opaques, établissent les hommes dans de véritables castes où le « salut » n’est pas accessible à tous ni de la même manière!

III c – Opposition sur la conception même de Dieu :

1) Pour le chrétien, Dieu est un être personnel, avec lequel il est possible d’entretenir une relation d’amour : c’est tout le mystère de la grâce (participation à la vie divine) dont nous avons déjà parlé. La Foi chrétienne, selon les paroles mêmes de Notre-Seigneur Jésus-Christ, croit en un Dieu qui est unique dans sa nature mais en même temps Trinité de Personnes. La vie chrétienne, par la prière et les sacrements, consiste à être « greffé » sur Jésus-Christ, deuxième Personne de la Sainte Trinité incarnée, pour être associé au mouvement même de la vie intime de Dieu : Par Lui, avec Lui et en Lui, rendre au Père tout honneur et toute gloire, dans l’unité du Saint-Esprit.

2) Pour un franc-maçon, Dieu est une entité totalement abstraite : il est le Créateur, certes, le « Grand Architecte de l’Univers » (GADLU), ou encore le « maître horloger » comme le nomme le pasteur Désaguliers et l’appellera aussi plus tard Voltaire : mais ce Dieu n’intervient pas dans les affaires des hommes et il n’est pas question d’avoir une relation intime avec Lui.

La « trinité » maçonnique, dont il est parfois question dans certains écrits, n’est qu’une méthode dialectique, inspirée par la philosophie d’Hegel, selon laquelle l’homme s’efforce de résoudre les contradictions et de ramener les choses à l’unité en faisant intervenir thèse, antithèse et synthèse.

Hiram

 

III d – Opposition sur les fins dernières de l’homme :

1) Pour le christianisme, l’homme est appelé à la vie éternelle, accordée par grâce. Cette vie éternelle sera une adoration et une louange sans fin, dans un face à face amoureux avec le Seigneur et dans une plénitude d’être parce que les corps eux-mêmes, ressuscités et devenus semblables au corps glorifié de Jésus-Christ, seront associés à cette béatitude. Mais pour ceux qui, par un choix libre et volontaire, auront refusé l’amour de Dieu, l’éternité se passera dans les tourments et la haine, en enfer.

L’Eglise ne cesse donc, puisque l’enjeu est éternel, d’avertir ses enfants pour les prémunir contre le péché qui peut les entraîner en enfer, et elle veut leur donner à tout moment – spécialement au moyen des sacrements – les forces spirituelles surnaturelles pour éviter le mal et pratiquer le bien. En outre, l’Eglise dans sa maternelle sollicitude accompagne ses enfants de prières particulièrement ferventes – des suffrages – dans leur dernier passage et dans les ultimes purifications des conséquences de leurs fautes, qui peuvent être encore nécessaires avant d’entrer dans la vision de Dieu.

2) Dans la franc-maçonnerie, ceux qui ne sont pas totalement matérialistes et qui croient à une forme de survie de l’esprit, considèrent parfois la mort comme le « passage à l’Orient éternel », mais ils ne donnent ni définition ni description de ce que peut-être leur au-delà.

Les francs-maçons manifestent certes une forme de respect pour leurs défunts, qui s’exprime en « hommages » et en « minutes de silence », mais pas en prières. Certains maçons s’engagent solennellement à refuser les sacrements de l’Eglise qui pourraient leur donner le pardon de leurs fautes et la paix de l’âme dans le moment de leur agonie, et  ils font parfois promettre à leurs amis de veiller à ce qu’au moment de leur mort aucun prêtre ne puisse s’approcher d’eux !

Tombe maçonnique

Monument funéraire maçonnique, sans crucifix bien sûr.

III e – Opposition en ce qui concerne la relation avec les autres religions :

1) Pour l’Eglise catholique, on doit le respect aux personnes qui appartiennent aux autres religions, on ne doit pas forcer les consciences qui n’ont pas encore été éclairées par l’Esprit Saint, mais on ne doit pas non plus trahir le commandement de Notre-Seigneur ordonnant à ses disciples de proclamer l’Evangile à toute la création, d’enseigner et de baptiser : Dieu en effet voudrait que tous les hommes parviennent à la connaissance de la pleine Vérité en Jésus-Christ et qu’ils obtiennent par Lui la vie éternelle. L’Eglise prie pour les infidèles et espère leur conversion.

Le respect de la conscience d’autrui se conjugue donc pour l’Eglise avec le devoir d’évangéliser qui lui a été donné par Jésus avant de monter au Ciel. La tolérance envers les convictions religieuses de ceux qui n’ont pas encore adhéré à la Foi, ne peut ni ne doit être comprise comme la reconnaissance que toutes les religions sont égales, sinon cela reviendrait à dire que l’incarnation, les enseignements, la mort rédemptrice, la résurrection et l’ascension de Notre-Seigneur, puis l’envoi de l’Esprit-saint et la fondation de l’Eglise ne sont que des « options », n’étaient pas absolument nécessaires !

Envoi en mission

« Allez donc enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur enseignant à pratiquer tout ce que Je vous ai commandé. » (Matth. 28, 19-20)

2) Pour la franc-maçonnerie, nous avons déjà eu l’occasion de le dire, toutes les croyances et philosophies sont des traditions humaines qui ont des aspects respectables mais aucune ne peut prétendre être une religion révélée ayant reçu la Vérité divine en dépôt. La maçonnerie considère qu’elle est une voie supérieure à toutes les religions  en raison de son caractère initiatique et de sa prétention à pouvoir conduire ses initiés à « La Connaissance ».

On trouve aussi dans la maçonnerie un goût prononcé pour le syncrétisme, c’est-à-dire la combinaison de différentes doctrines spirituelles et de diverses traditions religieuses dont, par la dialectique, on doit dépasser les contradictions et parvenir à les « relire » comme des mythes exprimant tous, selon des registres différents, une part de la « lumière » maçonnique. La maçonnerie encourage donc de diverses manières un faux oecuménisme, qui n’est que la subversion de la vraie Foi et l’affadissement du sel de la terre !  

III f – Opposition pour ce qui concerne les moeurs et la morale :

1) Pour l’Eglise catholique, bien évidemment, les moeurs et la morale doivent être l’application des commandements de Dieu et des préceptes évangéliques : l’Eglise n’est pas gênée par la sexualité, mais elle enseigne que le corps et les sens doivent rester soumis à la loi morale et être de bons serviteurs de l’esprit qui leur est supérieur. La sexualité est bonne, parce qu’elle voulue par Dieu, mais elle doit rester dans le cadre des préceptes divins qui ne font qu’exprimer et préciser ce qui est conforme à la nature humaine (6ème et 9ème préceptes du Décalogue).  Ainsi la morale sexuelle et conjugale de l’Eglise n’est pas « négative » mais elle est authentiquement « positive » puisqu’elle éduque au véritable amour, qui est essentiellement un don généreux de tout l’être, affranchi de l’esclavage d’une concupiscence égoïste.

2) Pour la franc-maçonnerie, redisons-le, c’est la sincérité (et non pas la vérité) qui est la norme de la conduite morale.  Elle en arrive ainsi à approuver toutes les moeurs, à partir du moment où ce sont des personnes libres et consentantes qui ont décidé de leurs comportements, et du moment qu’elles ne portent pas atteinte au consensus sociétal.

Dans le meilleur des cas, cela se concrétise par une forme d’épicurisme, sinon c’est la porte ouverte à l’hédonisme.

La franc-maçonnerie a élaboré, proposé et promu toutes les lois favorisant le divorce, la contraception, l’avortement, le PACS, les manipulations embryonnaires et, bientôt, la dépénalisation des drogues dites douces, ainsi que la légalisation de l’euthanasie. « C’est tout le concept de famille qui en train de basculer », selon ce qu’avait écrit en 1979 le Docteur Pierre Simon, qui fut grand maître de la Grande Loge de France (in « De la vie avant toute chose » éd. Mazarine).

* * * * *

Toutes obédiences confondues, en définitive, ce que la franc-maçonnerie professe c’est une absolue indépendance de l’homme vis-à-vis de Dieu et la négation d’un ordre surnaturel  qui dicterait la conduite de l’homme ici-bas.

En écrivant ceci, je ne peux m’empêcher de penser aussitôt à ce que notre glorieux Père Saint Augustin décrit de manière magistrale : « Deux amours ont bâti deux cités. L’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la Cité céleste. » La Franc-maçonnerie est-elle autre chose que cette entreprise d’édification de la cité terrestre dans l’indépendance totale – jusqu’à la négation – du Dieu qui s’est révélé, qui s’est incarné, qui s’est offert en sacrifice, qui est ressuscité et qui a ouvert pour ceux qui croient en Lui et vivent dans l’amoureuse soumission à sa Loi un Royaume éternel de charité ?

Enlèvement des Crucifix des écoles par la force armée

Note finale : Au terme de ce qui n’est qu’un résumé, une constatation s’impose : en lisant les thèses maçonniques, on se rend compte à quel point elles sont largement répandues dans la société occidentale contemporaine. Même les non maçons dans leur grande majorité admettent désormais l’une ou l’autre des idées de la maçonnerie au sujet de Dieu, de la révélation, de tel ou tel point de la foi chrétienne, de l’Eglise, des moeurs …etc. Beaucoup de ces conceptions maçonniques ont réussi à pénétrer dans l’Eglise, puisque de nombreux catholiques « modernes » se reconnaissent davantage en elles plutôt que dans la foi traditionnelle de l’Eglise.

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2010-47 a. Pourquoi catholicisme et maçonnerie sont incompatibles (1ère partie).

Ma précédente publication (cf. > ici) n’était que le bref rappel des condamnations romaines de la franc-maçonnerie. En complément, et pour montrer que ce jugement de l’Eglise est raisonnablement fondé, il m’apparaît important d’exposer maintenant les motifs pour lesquels  « le jugement négatif de l’Eglise sur la franc-maçonnerie demeure inchangé« .

Je vais donc m’attacher à résumer (car en vérité il me faudrait écrire des livres entiers si je voulais être rigoureusement précis) d’une manière aussi claire que possible les principaux points qui font qu’on ne peut être en même temps catholique et franc-maçon.

Il va de soi que je me place ici dans la logique de la Foi de l’Eglise, puisque il s’agit d’exposer les principes qui, à ses yeux, fondent une irréductible incompatibilité entre l’appartenance à l’Eglise et l’adhésion à la maçonnerie. Ceux qui ne partagent pas cette Foi catholique pourront donc ne pas comprendre et ne pas adhérer à cette argumentation, c’est évident.

* * *

I. La franc-maçonnerie, nébuleuse complexe de structures parallèles.

Mais tout d’abord, une première question s’impose : peut-on définir ce qu’est la franc-maçonnerie?

Officiellement, la franc-maçonnerie est une association philosophique et philanthropique qui, dans sa forme actuelle (qu’on appelle la « maçonnerie spéculative »), a été fondée à Londres au début du XVIII° siècle (officiellement, le 24 juin 1717).

Les groupes de base qui réunissent les francs-maçons sont appelés « loges » ou « ateliers ». Chaque loge porte un nom spécifique et se réunit dans un « temple maçonnique ». On donne le nom d’ « obédiences » à des fédérations de loges : ces fédérations sont établies selon des affinités, des proximités de sensibilités et d’esprit. Les obédiences sont nationales : elles sont constituées dans le cadre géographique d’un état. Je ne veux pas m’attarder ici sur ce que j’appelle le « folklore » maçonnique (costumes, symboles, décoration des temples, rites observés dans les réunions… etc) : tout ceci est finalement très accessoire et risquerait de cacher le fond du problème sous un fatras de détails qui n’apportent pas grand chose.

2010-47 a. Pourquoi catholicisme et maçonnerie sont incompatibles (1ère partie). dans Commentaires d'actualité & humeurs tabxixmaitrefs

Symboles maçonniques sur un tablier de « maître » du XIXème siècle.

Jusqu’ici tout peut sembler assez simple, mais en réalité tout devient beaucoup plus compliqué dès que l’on comprend qu’au sein d’une même obédience, voire d’une même loge, il existe plusieurs structures parallèles, parfois bien difficiles à distinguer.

En effet, à côté de structures rituelles et institutionnelles démocratiques qui permettent l’élection des responsables officiels et font l’objet de déclarations publiques (parce que les loges sont des associations déclarées selon la loi de 1901), il existe aussi  d’autres hiérarchies. On trouve ainsi des structures initiatiques avec des niveaux hermétiquement cloisonnés : le recrutement s’y fait par cooptation et la gestion en est absolument opaque aux profanes. Et il existe également des structures qui n’ont aucun statut officiel :  il y a en particulier les « fraternelles » qui regroupent des maçons d’obédiences différentes (lesquels peuvent en public se montrer ennemis voire s’invectiver de manière violente!), réunis par des affinités professionnelles, personnelles ou d’intérêt divers. C’est le terreau idéal du clientélisme, des compromissions et  des affaires de corruption. Ajoutons enfin qu’il existe des « clubs » ou des « cercles », des « O.N.G », des sociétés de bienfaisance ou des associations caritatives  qui, en dehors de l’organisation maçonnique à strictement parler, sont néanmoins aussi des lieux de regroupement d’intérêt ou d’exercice d’influence maçonnique.

* * *

II. Les origines de l’Eglise et celles de la franc-maçonnerie.

II a – Origine de l’Eglise.

« L’Eglise a son commencement et son achèvement dans le dessein éternel de Dieu. Elle a été préparée dans l’Ancienne Alliance par l’élection d’Israël, signe du rassemblement futur de toutes les nations. Fondée sur la parole et sur l’action de Jésus-Christ, elle s’est accomplie surtout par Sa mort rédemptrice et Sa résurrection. Elle s’est manifestée ensuite comme mystère de salut par l’effusion de l’Esprit Saint à la Pentecôte. Elle aura son achèvement à la fin des temps comme assemblée céleste de tous les rachetés » (abrégé du catéchisme de l’Eglise catholique, §149).

Le fidèle qui a véritablement foi aux paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, croit donc que l’Eglise a été fondée par Dieu Lui-même, puisque Jésus est la deuxième Personne de la Sainte Trinité qui s’est incarnée : il est impossible dans le cadre d’un court exposé de rapporter toutes les citations de l’Evangile attestant cette fondation de l’Eglise par le Christ.

Le pouvoir des clefs (Le Pérugin - chapelle Sixtine)

Chapelle Sixtine – Le Pérugin : Le Christ remettant les clefs à Saint Pierre.

L’Eglise est une hiérarchie ; elle a une structure monarchique ; elle est – selon la promesse de Notre-Seigneur – assistée par le Saint-Esprit, troisième Personne de la Sainte-Trinité. La raison d’être de l’Eglise, c’est de perpétuer la mission de salut et de sanctification de Notre-Seigneur Lui-même par la diffusion de l’Evangile et la mise en oeuvre des sacrements : « L’Eglise, c’est Jésus-Christ continué » (Bossuet).

Chacune des affirmations énoncée ci-dessus est théologiquement fondée et je vous renvoie tout simplement au catéchisme et aux traités de théologie si vous voulez les approfondir, car ce n’est pas le lieu ici.

II b – Origine de la franc-maçonnerie.

Les origines de la maçonnerie sont purement humaines : les historiens peuvent montrer qu’elle résulte de la transformation de la « maçonnerie opérative » (celle des bâtisseurs de cathédrales). Les structures des corporations de bâtisseurs demeurèrent : toutefois elles n’ont plus été le cadre de la transmission d’un savoir-faire technique, mais sont devenues celui de cercles de réflexion.

L’acte de naissance de la « maçonnerie spéculative » se place à Londres en 1717 : les pères en sont deux pasteurs, Anderson  (presbytérien) et Désaguliers (anglican), influencés par le physicien Isaac Newton, hérétique notoire, qui – du reste – pratiquait la magie et l’alchimie!

Les constitutions fondatrices, dites constitutions d’Anderson (1723), ne mentionnent Dieu qu’une seule fois, dans une tête de chapitre. Quel est ce « dieu »? On peut légitimement se poser la question puisque, dans ces textes fondateurs, il n’est jamais question de la Sainte Trinité, pas plus que du péché, du Salut, de la Rédemption et de la mission du Saint-Esprit…! On peut de toute évidence en conclure que le « dieu » des maçons n’est pas exactement Celui de la Révélation chrétienne. On relèvera par exemple ces citations « surprenantes » : a) celle d’un “grand commandeur” américain, Albert Pike, qui déclara en juillet 1889 : “Lucifer, le Dieu de la Lumière et le Dieu du Bien, lutte pour l’humanité contre Adonaï, le Dieu de l’obscurité et du mal” (*cf. note en bas de page); b) cette autre, d’Oswald Wirth, grand initié et initiateur, qui a écrit dans le “Livre du compagnon”: “…le Serpent, inspirateur de désobéissance, d’insubordination et de révolte,  fut maudit par les anciens théocrates, alors qu’il était en honneur parmi les initiés”

Scène d'initiation maçonnique au XVIIIème siècle

Gravure du XVIIIème siècle représentant une scène d’initiation maçonnique.

En France, la maçonnerie apparaît dès 1725 : l’un des premiers personnages célèbres à y adhérer est Montesquieu.

Le recrutement de la maçonnerie en France au XVIIIème siècle, se fait essentiellement dans une noblesse et dans une bourgeoisie qui se détachent des idéaux chrétiens traditionnels. Il s’effectue aussi dans certains milieux ecclésiastiques : il est d’ailleurs intéressant de noter que ces ecclésiastiques français qui adhèrent à la maçonnerie sont pour l’essentiel des gallicans, c’est-à-dire partisans de théories qui limitent considérablement l’autorité du Pape sur l’Eglise de France. Au XVIIIème siècle, les gallicans s’associèrent souvent aux jansénistes. Les jansénistes, s’ils sont bien issus de ce courant religieux fervent, professant des thèses théologiques condamnées au sujet de la grâce divine et du salut, sont surtout devenus au XVIIIème siècle une espèce de coterie politique contestataire.

Quoi qu’il en soit, la franc-maçonnerie apparaît comme une résurgence de la gnose. La gnose est une hérésie – ou plus exactement un ensemble de doctrines hérétiques – combattue dès le IIème siècle par Saint Irénée. Cette hérésie se retrouve sous diverses formes dans tous les ordres initiatiques. De manière très générale (parce que là encore cela demanderait de longs développements), on donne le nom de gnose à des théories  philosophico-religieuses plus ou moins complexes qui font consister le perfectionnement de l’homme dans des connaissances, transmises à une élite par des « illuminations » et des « initiations » graduelles.

Lire la suite de l’étude > ici.

* * *

(*) Note:

“Lucifer, le Dieu de la Lumière et le Dieu du Bien, lutte pour l’humanité contre Adonaï, le Dieu de l’obscurité et du mal”. Ce haut gradé maçonnique semble donc professer la croyance en deux divinités opposées : un dieu du bien et un dieu du mal (on retrouve donc ici une forme du manichéisme déjà présent dans certaines religions de l’antiquité et renouvelé par la suite dans le catharisme). Le nom qu’il donne à son « dieu du bien » est celui de Lucifer -  mot qui signifie « porte-lumière »-; dans la Révélation judéo-chrétienne Lucifer est le nom d’un ange (une créature donc et non pas un dieu) qui, par orgueil, se révolte contre les desseins miséricordieux du Seigneur, veut se faire l’égal du Créateur, et en se coupant de la grâce devient le chef des démons. En revanche le nom qu’il donne à son « dieu de l’obscurité et du mal »Adonaï – est le mot hébreu qui signifie « le Seigneur » et par lequel on désigne dans les Saintes Ecritures le Dieu unique, créateur et sauveur. Force est donc de constater que nous avons dans cette citation une espèce de « profession de foi » qui, par une singulière inversion des valeurs, est en opposition absolue avec la Foi de l’Eglise.

C’est ce qui explique qu’en 1996 par exemple, au moment de la visite apostolique du Pape Jean-Paul II à Reims, à l’occasion du 15ème centenaire du baptême de Clovis, nous avons vu des manifestations d’opposition à cette visite conduites par des francs-maçons portant des « bannières » où était figuré Satan terrassant Saint Michel.

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2010-46. Les principes de la franc-maçonnerie sont incompatibles avec la doctrine de l’Eglise : les catholiques qui font partie de la maçonnerie sont en état de péché grave et ne peuvent s’approcher de la Sainte Communion.

Porte de l'église d'Evron (Mayenne) fracturée en application des lois maçonniques en 1906

Porte de l’église d’Evron (Mayenne) fracturée en 1906 en application des lois maçonniques sur les inventaires.

L’incompatibilité entre la franc-maçonnerie et l’Eglise catholique est une évidence pour toute personne de bon sens.

Mais le bon sens n’est pas la chose au monde la mieux partagée… Il me paraît donc utile et même nécessaire de rappeler une déclaration du cardinal Ratzinger, publiée lorsqu’il était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Cette déclaration n’est pas un avis personnel, c’est un texte officiel dont la publication a été approuvée et ordonnée par le Souverain Pontife : il s’agit donc d’un acte normatif qui a valeur de loi et qui oblige tous les fidèles de l’Eglise catholique.

Cette publication de la fin novembre 1983 est intervenue comme une espèce de précision nécessaire à la suite de l’entrée en vigueur, au début de cette même année 1983, d’un nouveau Code de Droit Canonique (c’est-à-dire la loi propre de l’Eglise catholique), remplaçant le Code qui avait été promulgué en 1917.

En effet, le texte du Code de 1983 ne reprend pas le canon 2335 du Code de 1917 qui précisait que les catholiques affiliés à la Franc-Maçonnerie ou à d’autres associations du même genre intriguant contre l’Eglise ou les pouvoirs civils légitimes, encouraient ipso facto l’excommunication réservée au siège apostolique. Mais ce Code de 1983 stipule simplement dans le canon 1374 : « Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera puni d’une juste peine ; mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d’interdit ». Certains donc, en ne voyant plus la mention explicite de la maçonnerie dans le Code de 1983 avaient conclu que la condamnation était abrogée.

Avec l’autorité du Souverain Pontife et par son ordre, le cardinal Ratzinger dut donc rappeler que « le jugement négatif de l’Eglise sur la franc-maçonnerie demeure inchangé » : sans faire de rappel historique développé, cela signifie toutefois que toutes les condamnations de la franc-maçonnerie fulminées par les Papes depuis 1738 sont toujours en vigueur et qu’aucune des mises en garde contre la maçonnerie et interdictions de s’y affilier n’est abrogée (voir la note en bas de page).

Malgré cela, nous savons de manière certaine qu’aujourd’hui des catholiques – et même des ecclésiastiques – se croient autorisés à passer outre et sont membres de loges ou de « groupes de réflexion et d’études » liés à des loges : je ne peux ni ne veux pas tout détailler ici, mais j’ai des témoignages certains et directs de personnes exerçant des responsabilités dans l’Eglise qui ne m’ont pas fait secret de leur appartenance à la maçonnerie et, lorsque je leur ai dit que c’était en contradiction avec la discipline ecclésiastique, qui m’ont répondu qu’elles avaient fait connaître leur affiliation à leur évêque (dans un cas précis il s’agit même d’un cardinal archevêque!) qui n’y avait fait aucune objection. Ces « catholiques francs-maçons » (!!!) prétendent que toutes les obédiences maçonniques ne sont pas hostiles à l’Eglise et que donc les condamnations romaines ne valent pas pour elles. Sophisme! Avant même les agissements, ce sont les principes mêmes de la maçonnerie qui sont incompatibles avec le catholicisme.

L’Eglise interdit à ses fidèles l’appartenance à toutes et à chacune des obédiences de la maçonnerie parce qu’au-delà de toutes les différences de rite ou de filiation, au-delà des distinctions de spiritualité, de conception de l’ordre du monde ou de la société, il y a des principes généraux communs absolument inconciliables avec la doctrine catholique ; ce pourquoi l’excommunication frappe toujours les catholiques affiliés à la franc-maçonnerie : ils « sont en état de péché grave et ne peuvent s’approcher de la Sainte Communion ».

Malheureusement, il y a toujours – même parmi le clergé, même parmi les évêques – des naïfs (?), des « idiots utiles », des ignorants volontaires ou des orgueilleux qui – s’arrêtant aux aspects de la « recherche intellectuelle », de la « quête spirituelle symbolique » ou des beaux principes « humanistes et humanitaires » – ne voudront pas tenir compte des mises en garde du Magistère Romain et placeront leurs propres jugements au-dessus de celui du Vicaire de Jésus-Christ.

Lully.

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Déclaration du cardinal Ratzinger au sujet de la franc-maçonnerie publiée le 26 novembre 1983.

« Certains se sont demandés si la pensée de l’Eglise sur la franc-maçonnerie avait changée parce qu’il n’en est pas fait mention expresse dans le nouveau Code de Droit Canon comme c’était le cas dans l’ancien Code. 

La Sacrée Congrégation est en mesure de répondre que cet état de fait est dû à un critère utilisé pour la rédaction et qui a été observé également pour d’autres associations, passées de la même façon sous silence, dans la mesure où elles étaient comprises dans des catégories plus larges. 

Le jugement négatif de l’Eglise sur la franc-maçonnerie demeure donc inchangé parce que ses principes ont toujours été considérés comme incompatibles avec la doctrine de l’Eglise ; c’est pourquoi il reste interdit par l’Eglise de s’y inscrire. Les catholiques qui font partie de la franc-maçonnerie sont en état de péché grave et ne peuvent s’approcher de la Sainte Communion. 

Les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas la faculté d’émettre sur la nature des associations de la franc-maçonnerie un jugement qui entraînerait une dérogation à ce qui est mentionné ci-dessus, conformément à l’esprit de la Déclaration du 17 février 1981 de cette même Sacrée Congrégation. 

Le Souverain Pontife Jean-Paul II, au cours de l’audience accordée au sous-signé le Cardinal Préfet, a approuvé la présente déclaration adoptée au cours de la réunion ordinaire de cette Sacrée Congrégation et en a ordonné la publication.

Donné à Rome, au Siège de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 26 novembre 1983.« 

Joseph Cardinal Ratzinger, Préfet 
Fr. Jérôme Hamer, o.p., Archevêque titulaire de Lorium, Secrétaire.

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Note : La première condamnation solennelle de la franc-maçonnerie par un pape fut le fait de Clément XII par la constitution « In Eminenti » du 24 avril 1738. Elle fut réitérée par Benoît XIV le 18 mai 1751 dans la constitution « Providas » et régulièrement rappelée par les Pontifes tout au long des XVIIIème et XIXème siècles jusqu’à la publication du Code de Droit Canonique de 1917 qui a eut force de loi jusqu’en 1983. On trouvera les références détaillées et l’accès à tous ces textes depuis le XVIIIème siècle jusqu’à nos jours ici > www.

2010-33. Du troisième anniversaire du motu proprio « Summorum Pontificum cura » et de quelques questions qui lui sont relatives.

Mardi 24 août 2010, fête de l’apôtre Saint Barthélémy.

Le 14 septembre prochain sera le troisième anniversaire de l’entrée en vigueur du motu proprio « Summorum Pontificum cura« .

Vous le savez, par ce texte majeur (dont on trouvera ici la traduction française la plus correcte > www), notre Saint Père le Pape Benoît XVI, heureusement régnant, a été amené à préciser un certain nombre de points concernant la célébration de la Messe selon le rite romain, tout particulièrement – mais pas uniquement pour qui veut bien lire avec intelligence – en ce qui concerne la « forme extraordinaire » de ce rite romain, c’est à dire le rite romain antique (appelé de manière courante et abusivement simplificatrice « Messe de saint Pie V »).

Ce troisième anniversaire revêt une véritable importance parce que le Souverain Pontife écrivait aux évêques, dans la lettre qu’il leur adressait en même temps que le motu proprio : « Je vous invite en outre, chers Confrères, à bien vouloir écrire au Saint-Siège un compte-rendu de vos expériences, trois ans après l’entrée en vigueur de ce Motu Proprio ».

Nous ne pouvons que nous réjouir pour tous les fruits de grâce et de paix qui résultent de ce motu proprio partout où il est réellement appliqué.

Mais force est de constater qu’il n’est pas appliqué partout – loin s’en faut! – et que des évêques et des prêtres s’autorisent de refuser à des fidèles et à d’autres prêtres le droit que le Souverain Pontife leur a reconnu.

Je ne suis certes qu’un tout petit chat et je ne prétends pas tout savoir, néanmoins je connais de manière certaine des diocèses dont les évêques – à moins de mentir au Pape – n’auront aucun compte-rendu à lui écrire parce qu’ils n’ont rien fait de concret pour répondre aux demandes des fidèles qui souhaitaient et ne cessent pas de souhaiter l’application des dispositions prévues par « Summorum Pontificum cura« .

De félin à félin, j’ai bien envie d’écrire à mon confrère le très auguste chat du Pape pour l’informer de choses que certains prélats ne voudraient peut-être pas dire au Souverain Pontife ou qu’ils présenteraient de manière non conforme à la vérité…

Nos Seigneurs les Evêques de France et leurs collaborateurs – à quelques exceptions près – se sont souvent ingéniés à faire croire qu’ils ne savent pas lire ou qu’ils ne comprennent pas le sens, pourtant simple et clair, des mots employés par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI. Certains ont carrément enterré le document dans le silence ; d’autres l’ont interprété de la manière la plus restrictive qui soit et – dans leurs excès de libéralité!- ne veulent finalement appliquer que le motu proprio « Quatuor abhinc annos » du 3 octobre 1984. Ils montrent par là  (s’il est encore besoin de le faire) que le modernisme dont ils sont pénétrés a toujours au moins un quart de siècle de retard : alors qu’ils se prétendent « hommes de progrès tournés vers l’avenir », ils ne sont en réalité – je me plais à le redire avec insistance – que les intégristes des idéologies qui se sont introduites dans l’Eglise à la faveur du second concile du Vatican ; idéologies qu’ils ont voulu faire passer pour « l’esprit du concile » mais qui, comme toutes les idéologies, ne sont que des systèmes d’erreurs désertifiantes et mortifères.

Dans un grand nombre de paroisses, les curés se sont bien gardés d’informer les fidèles de l’existence et du contenu du motu proprio et, partant, de leur expliquer leurs droits. Les personnes de bonne volonté ont parfois dû déployer des trésors de patience et de persévérance pour avoir des réponses à leurs questions après les annonces des médias  (à commencer par le journal « la Croix ») qui, selon leur habitude, ont titré avec des slogans sans faire un vrai travail d’information.

Voilà pourquoi, avec la permission de mon papa, je vous reproduis ci-dessous la question que lui a posée, il y a quelques temps, une catholique « ordinaire » et la réponse que Frère Maximilien-Marie lui a faite. Je vous laisse donc à cette lecture…

Lully.

La Sainte Messe catholique dans sa liturgie classique

Question de Michèle:

« Cher Frère, je me pose cette question : Pourquoi le pape Benoit XVI veut-il remettre la messe en latin? Nous ne comprendrons plus rien même si ces messes sont très belles, et il y a le risque que beaucoup de fidèles déserteront les églises. J’ai l’impression que Benoît XVI est en train de démolir tout ce que le pape Jean-Paul II a construit. Qu’en pensez vous? »

Et voici la réponse de Frère Maximilien-Marie:

« Chère Michèle, votre question est tout à fait symptomatique d’une confusion qui a été semée dans les esprits des catholiques depuis près de 40 ans, confusion qui est entretenue aussi bien par les médias que par une grande partie du clergé en Occident…

1) Vous m’écrivez : « Pourquoi le pape Benoît XVI veut-il remettre la messe en latin?« 

Cette question contient déjà plusieurs erreurs…
D’abord parce qu’il faut être convaincu que notre Saint-Père le Pape n’agit pas selon des goûts ou des idées personnels, et que la question de la restauration de la liturgie latine n’est pas le « caprice » de quelqu’un qui aurait des idées rétrogrades…!!! Ensuite, il faut savoir que la langue latine n’a JAMAIS été abolie dans la liturgie de l’Eglise latine.
Le second concile du Vatican, dans sa « Constitution sur la divine liturgie » ( De sacra Liturgia N°36 § 1, N°54, N°101, N°114, N°116…) affirme de manière solennelle et sans ambiguïté que la langue latine est la langue officielle de la liturgie romaine, de même que le chant grégorien en est le chant propre.

Le second concile du Vatican a permis que certaines parties de la messe puissent être lues dans les langues vulgaires, pour faciliter la compréhension (c’est le cas pour les lectures par exemple) mais il demande expressément que les fidèles sachent prier et chanter ensemble en latin les parties de l’ordinaire (au minimum: le Gloria in excelsis Deo, le Credo, le Sanctus, l’Agnus Dei, le Pater, et les antiennes à la Sainte Vierge…).

En demandant que le latin soit remis à sa juste place dans la liturgie, le Souverain Pontife ne fait que rappeler ce que doit être la bonne application du second concile du Vatican. Il ne veut pas « remettre », il veut simplement faire appliquer la loi existante qui est largement  bafouée et trahie par les prêtres, les évêques et les équipes liturgiques, tout spécialement en France.

2) Vous écrivez ensuite : « Nous ne comprendrons plus rien même si ces messes sont très belles et il y a le risque que beaucoup de fidèles déserteront les églises.« 

Réponse:
Pendant des siècles, la liturgie a été célébrée en latin dans tout l’occident ; or d’une manière générale les gens avaient (nous dit-on) un moindre degré d’instruction qu’à notre époque, et pourtant cela ne les faisait pas « déserter les églises ». Elles étaient au contraire plus remplies qu’à l’heure actuelle!

Aujourd’hui, en France, la moyenne d’âge est plus basse dans les églises où la liturgie est célébrée de manière traditionnelle, en faisant une grande place au latin, que dans les paroisses ordinaires où tout est en langue vernaculaire. De la même manière, les congrégations religieuses et les séminaires qui ont le plus de recrutement sont ceux où il y a le plus de tradition latine…

Cet argument de la « non compréhension » est faux.  Premièrement parce qu’il existe des missels qui présentent le texte latin avec sa traduction française en regard : il n’est point besoin d’avoir un doctorat en théologie pour se débrouiller avec. Après une rapide formation et un peu de pratique un enfant même est capable de suivre la messe avec son missel. Deuxièmement, je sais par expérience que même les gens qui ont le moins de capacités intellectuelles sont capables d’apprendre des prières en latin, des chants en latin, en connaissant le sens de ce qu’ils chantent ou qu’ils récitent : ils n’en feront pas nécessairement une traduction mot à mot, mais ils ont la compréhension du sens général et de l’esprit de la prière. Troisièmement, je vous ferai aussi remarquer, dans un tout autre registre, que des tas de gens reprennent des chansons de variétés en langue anglaise, sans forcément avoir fait des études d’anglais – il leur suffit d’en connaître plus ou moins vaguement le sens – et ce n’est cependant pas un argument pour supprimer la diffusion des chansons en anglais sur les radios françaises!!!!!!!

En outre, ce n’est pas parce que un chant est en français qu’il est forcément compréhensible… même par ceux dont c’est la langue maternelle. La production liturgique en langue française a multiplié des chansonnettes stupides et vides de sens, voire porteuses d’erreurs spirituelles et doctrinales, et encore une fois mon expérience me montre que quantité de fidèles, dans les églises, chantent ces « trucs » dont ils ne comprennent pas les paroles françaises qu’on leur fait brailler!

J’ajouterai enfin quelque chose qui peut paraître dur, mais qui est cependant JUSTE : si les catholiques, et mêmes les prêtres et les évêques, ne veulent pas obéir aux textes du concile tels qu’ils sont et ne veulent pas obéir au Pape, eh bien qu’ils fichent le camp plutôt que d’entretenir la confusion et les erreurs dans les églises : au moins les choses seront claires! S’ils ont envie de fabriquer leurs « célébrations » selon des idées et des fantaisies personnelles, en ne tenant pas compte de la loi de l’Eglise et des textes officiels concernant la liturgie catholique, ils ne sont en fait plus catholiques dans leurs têtes et dans leurs coeurs et il vaut mieux qu’ils partent plutôt que de semer le désordre et d’entretenir la confusion…

3) Vous dites : « J’ai l’impression que Benoît XVI est en train de démolir tout ce que le pape Jean-Paul II a construit.« 

Réponse:
Sur le plan de la liturgie, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI ont tous les trois demandé  à plusieurs reprises que tous les fidèles sachent les prières principales en langue latine. Peu de temps après la fin du concile, en 1974, constatant avec effroi que le chant latin et grégorien avait pratiquement disparu des paroisses malgré les textes officiels, Paul VI a fait publier et a envoyé à tous les évêques du monde un petit recueil intitulé « Jubilate Deo » qui contenait les chants latins et grégoriens qui devaient être maintenus dans TOUTES les paroisses et communautés… Ce livret n’a pas été reçu dans les paroisses françaises…!!!

4) Vous semblez ne pas faire la distinction entre la Messe dite « de Saint Pie V », qui a été en fait la forme de la célébration depuis Saint Grégoire le Grand jusqu’en 1969 (et qui était donc la messe en vigueur au moment du second concile du Vatican), et la « messe en latin ». « Messe en latin » et « Messe de Saint Pie V » ne sont pas des synonymes.

La Messe latine antique, dite de Saint Pie V, est certes célébrée en latin (mais on peut y proclamer les lectures en langue vulgaire). La Messe réformée, dite de Paul VI, introduite en décembre 1969, est depuis lors (en principe) celle qui est célébrée dans les paroisses ordinaires. Mais le missel de Paul VI a été aussi promulgué en latin et – selon les principes rappelés par le second concile du Vatican – il devrait largement être utilisé en latin dans les paroisses. Les pèlerins qui se rendent à Lourdes peuvent y assister à la messe internationale qui est une célébration de la messe de Paul VI entièrement en latin : c’est la « messe en latin », mais ce n’est pas la messe dite « de Saint Pie V ».

Benoît XVI a clairement expliqué qu’il y a deux formes pour célébrer l’unique rite romain : l’une appelée « forme ordinaire » correspond au missel réformé publié par Paul VI en 1969 et complété par Jean-Paul II ; l’autre appelée « forme extraordinaire » (qui correspond à la Messe dite « de Saint Pie V » célébrée partout dans l’Eglise latine jusqu’en 1969). Pour l’une comme pour l’autre forme le latin reste la langue officielle et normale.

Les fidèles qui sont attachés à la forme antérieure du missel (celui qui a été en usage jusqu’en 1969), ont vu reconnaître la légitimité de leurs aspirations à cette manière de célébrer, par le motu proprio « Summorum Pontificum cura » du 7 juillet 2007.
Toutefois Benoît XVI n’a pas voulu imposer la Messe de Saint Pie V partout contrairement à ce que certains médias et prêtres ont stupidement répété : il a demandé qu’on respecte et qu’on fasse droit aux fidèles qui demandent cette forme de célébration qui, il l’a bien précisé, n’a JAMAIS été interdite (là encore contrairement à ce qui avait été dit et pratiqué depuis une quarantaine d’années)… Il a également demandé que les prêtres et les fidèles qui célèbrent selon la « forme ordinaire » le fassent avec un grand respect des règles liturgiques, et il montre lui-même l’exemple.

* * *

Ma réponse est longue, j’en ai conscience, mais j’espère qu’elle vous aura  donné satisfaction en vous permettant d’y voir plus clair.

Je ne vous cache pas que je suis surpris chaque fois qu’on me pose ce genre de question, parce qu’il me semble que tout est parfaitement limpide dans les textes officiels : mais on se demande si les journalistes et les prêtres eux-mêmes savent lire puisqu’ils racontent ensuite des tas de calembredaines et que c’est ainsi que la confusion est semée, entretenue et savamment orchestrée.

Armoiries de Benoît XVI

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