Archive pour la catégorie 'Commentaires d’actualité & humeurs'

2024-100. Où Son Altesse Félinissime le Prince Tolbiac met à profit les inconvénients d’une journée de pluie pour se livrer à des confidences sur sa vie au Mesnil-Marie et termine par une anecdote familiale…

Mercredi 1er mai 2024,
Fête des Saints Apôtres Philippe et Jacques le Mineur.

Tolbiac le 1er mai 2024

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Aujourd’hui, Frère Maximilien-Marie chante : « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau… », et je comprends tout-à-fait que d’un point de vue spirituel ces paroles soient parfaitement justes, mais d’un point de vue météorologique ce n’est pas la même chose, puisqu’il pleut, il pleut, il pleut… et il pleut encore !

   Il en a été ainsi presque tous les jours depuis le début de la lunaison, et il y a fort à craindre qu’il en soit encore ainsi jusqu’à la nouvelle lune.
Sans doute est-ce bénéfique pour les nappes phréatiques et la végétation (parce que j’essaie de voir le côté positif des choses, ainsi que me le recommande mon papa-moine), mais je reste un chat, et point n’est besoin, je pense, de vous rappeler en quelle estime les chats tiennent la pluie !

   A la vérité, derrière la fenêtre, je suis à l’affût de la moindre accalmie, et m’empresse alors de demander à mon moine portier de m’ouvrir l’huis ou la croisée.
A ce propos, je dois bien reconnaître qu’il se montre assez obéissant à mes désirs princiers, et je suis plein de gratitude envers mon illustre prédécesseur, feu le Maître-Chat Lully, de l’avoir bien éduqué.
D’ailleurs, aujourd’hui, il a profité de la même accalmie que moi pour sortir lui-aussi, dûment chaussé de bottes, afin de faire quelques photographies, que je lui ai demandées pour les archives du Mesnil-Marie. Il ne faut pas négliger, en effet, de faire régulièrement des clichés qui permettent de garder en mémoire l’état des lieux à diverses étapes.

   De fait, cela me permet aussi de vous en faire profiter, car il faut bien dire que, même quand il y a de la pluie, notre thébaïde est un lieu où il fait bon demeurer et poursuivre sereinement sa vie monastico-féline.

Le Mesnil-Marie 1er mai 2024 1

   Ainsi que vous le constatez, certains arbres prennent leurs feuilles seulement ces jours-ci. Les lilas commencent juste leur floraison. Les jonquilles, chez nous, ont terminé la leur, mais sur les hauts plateaux proches, au-dessus de 1200 m d’altitude, les prairies sont encore resplendissantes de leur parure jaune d’or.
Rien que de très normal en tout cela : n’oubliez pas que notre Mesnil-Marie se trouve à 720 m d’altitude et que nous sommes entourés de sommets qui dépassent largement les 1000 m.
 

Le Mesnil-Marie 1er mai 2024 2

   Depuis hier, Frère Maximilien-Marie a décidé de cesser de garnir le poêle, néanmoins nous devons maintenir un chauffage électrique d’appoint dans la pièce principale, pour que l’humidité ne s’installe pas.

   Après avoir pris les photographies, mon moine de compagnie est rentré : il avait du bréviaire à dire.
Je suis resté dehors encore un petit moment, à inspecter minutieusement nos terres, espérant y débusquer quelque mulot bien dodu ou quelque autre proie qui eût pu réjouir mes papilles, mais – évidemment ! – une autre averse n’a pas tardé à mouiller mon pelage et je me suis précipité à la fenêtre du bureau pour me la faire ouvrir.

Tolbiac à la fenêtre 1er mai 2024

   Mon moine majordome ne m’a point fait attendre et, comme à l’accoutumée, il a déplié une grande serviette dans laquelle je me suis précipité. C’est mon rituel de séchage : une fois que je suis bien posé en sphynx au milieu de la serviette, mon papa-moine la replie de tous côtés autour de moi, n’en laissant émerger que mon museau, puis il me frictionne, avec un mélange parfaitement équilibré de force et de douceur qui me porte à ronronner très fort. Vraiment, je raffole de ce moment.

   Evidemment, j’ai ensuite grignoté quelques croquettes, puis je suis allé méditer dans mon « ermitage dans l’ermitage » au sommet du secrétaire…

Tolbiac dans son ermitage 1er mai 2024

   J’ai condescendu à une dernière prise de vue pour que vous vous rendiez compte par vous-mêmes que c’est un endroit tout-à-fait convenable pour ma double condition princière et monastique. Frère Maximilien-Marie voulait adjoindre un campanile au pignon de cette cabane toute douce qui m’a été offerte par des amis, mais je l’en ai dissuadé, parce que je n’ai nulle envie qu’on vienne me distraire de mes oraisons en tirant sur la corde d’une clochette : la plupart des humains ne savent pas se maîtriser lorsqu’ils voient la chaîne ou la corde d’une cloche.
J’ai justement à ce sujet une anecdote très authentique à vous rapporter…

   Frère Maximilien-Marie m’a en effet raconté que son propre papa, lorsqu’il avait une dizaine d’années (donc aux alentours de 1944), habitait dans une petite ville où des Sœurs de la Charité de Saint Vincent de Paul (vous savez, celles avec les grandes cornettes si populaires) avaient une petite communauté et tenaient un dispensaire de premiers secours. Il y avait une courette pavée devant chez elles, fermée sur la rue par un haut portail, et une cloche était accrochée sur l’un des piliers du portail, pour appeler les Sœurs en cas d’urgence.
Bien évidemment, les enfants espiègles – au nombre desquels se trouvait le papa de Frère Maximilien-Marie, prénommé Jean – étaient tentés de manière récurrente de tirer sur la chaîne de la cloche, chaque fois qu’ils passaient devant la maison des religieuses, et de s’enfuir en courant avant que les Sœurs n’arrivassent.
Mais le jeune Jean, avait fini par se faire prendre : son papa et même Monsieur le Curé, auquel il servait la messe matinale avant d’aller à l’école, l’avaient grondé à plusieurs reprises… parce qu’il avait recommencé.
L’attrait de la cloche interdite était cependant si fort… Comment répondre à la malicieuse invitation de sa chaîne sans plus risquer de se faire vertement tancer et corriger ?
Jean ne manquait pas d’ingéniosité : il avait demandé un os au boucher, l’avait attaché à l’une des extrémités d’une corde dont il avait solidement noué l’autre bout à la poignée de la cloche des Sœurs.
Je vous laisse imaginer le tintamarre qu’occasionna le passage d’un chien errant qui voulut emporter l’os, la colère (assez justifiée, il faut bien le reconnaître) des religieuses, l’amusement de Jean – caché à proximité -, et le châtiment qu’il reçut ensuite (parce que les soupçons se portèrent très rapidement sur lui) de la part de son père, qui ne tolérait pas que l’on manquât de respect aux religieuses ni que l’on récidivât quand on avait déjà été puni pour une semblable sottise !!!
J’avoue toutefois que cette histoire m’a beaucoup amusé.

le chien, l'os et la cloche

   Mais c’est l’heure du chapelet : je vous laisse…
Toutefois pas sans vous recommander, avec une vraie gravité, de ne pas vous comporter en ingénieux galopins sonneurs de cloches !!!

Tolbiac.

Chat gif en marche

2024-97. « N’attendons pas passivement une renaissance monarchique, grâce à un homme providentiel, qui nous serait accordée sans effort moral de notre part.»

30 avril,
fête de Sainte Hildegarde de Vintzgau, reine des Francs (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Eutrope, premier évêque de Saintes et martyr ;
Mémoire de la vigile des Saints Apôtres Philippe et Jacques.

       Nous publions ci-dessous un texte important du Révérend Père Jean-François Thomas sj. , texte qui a déjà été publié une première fois en février 2017, non pas dans ce blogue, mais comme lettre mensuelle à l’adresse des membres et amis de la Confrérie Royale. Il nous semble plus que judicieux de le faire remonter à la surface de la mémoire de ceux qui l’avaient lu alors, et encore plus que nécessaire de le porter à la connaissance de ceux qui ne le connaissaient pas jusqu’à ce jour-ci. Ici, en effet, sont énoncées les conditions morales indispensables pour une authentique et solide restauration monarchique.

couronne sur coussin et lys au naturel - blogue

Un sujet vertueux

       Lorsque la nostalgie est le seul mouvement qui guide l’esprit vers l’attachement à la monarchie, le regard est biaisé et la direction prise complètement erronée. Certains se mettront alors à rêver d’un roi pieux et vertueux pour résoudre les problèmes du temps, sans jamais se regarder eux-mêmes et se demander si œuvre de conversion n’est pas aussi nécessaire pour mériter un tel prince.
La monarchie est un système complexe de relations entre un chef sacré par Dieu et des sujets mettant tout en œuvre pour être conformes, eux aussi - chacun à son degré - à cette élection surnaturelle. Il est possible que Dieu nous ait retiré, si violemment, le roi si vertueux Louis XVI, parce que nous ne correspondions plus à notre vocation éminente de sujets vertueux.
Un pays n’a pas simplement besoin d’un souverain au-delà de tout reproche, il repose aussi sur des âmes qui doivent partager cette même et unique grâce. Ce n’est pas simplement la tête qui doit être fidèle aux promesses du baptême reçu par Clovis, mais tous les sujets de France et de Navarre.

   A partir du moment où les Français ont voulu s’émanciper de cet appel commun à la sainteté, ils ont abandonné leur statut de sujets vertueux pour devenir des citoyens soucieux de leur liberté, pourtant très surveillée. La quête de la liberté, mal comprise, a remplacé celle de la vertu. Or les grands siècles chrétiens de notre histoire sont une lutte constante et individuelle pour grandir dans l’exercice des vertus, surtout les XIIème-XIVème siècles et le XVIIème siècle. Etre vertueux ne signifie pas être immaculé et sans péché, mais être un pécheur domptant sans cesse ses faiblesses avec la grâce de Dieu et dévoilant ainsi sa force. Lorsque tout un peuple, et pas simplement le prince, s’applique à cet exercice, le résultat est celui de la grandeur, même si les hommes demeurent toujours imparfaits.

   René Schwob, dans Ni grec ni juif, écrit : « La faiblesse qui se croit forte est impotente et vaine. La faiblesse qui se sachant telle, consent à son effacement, s’exalte d’autant. Dieu n’y résiste pas. Il s’y engouffre. Il la déborde. Il l’inonde, jusque dans ses souffrances, des grâces de la lumière et de l’indubitable joie. Il faut donc, sinon prêcher la faiblesse, la confesser et la vivre. » Telle est la véritable vertu de force, celle qui renverse des montagnes avec humilité.

cathédrale de strasbourg les vertus terrassant les vices - blogue

Cathédrale de Strasbourg : les vertus terrassant les vices

   L’homme de 1789 a oublié cette vérité pour s’engouffrer dans l’orgueil bien vain d’une autonomie réclamée en tout domaine. L’homme du Moyen-Age et du Grand Siècle, beaucoup plus libre, ne l’était que par son obéissance au réel et son adhésion à son statut de sujet aimé de Dieu et protégé par le prince. L’important n’est pas de savoir si des chefs très chrétiens ont failli à leur mission, ce qui est inévitable humainement, mais de juger de la capacité d’un peuple à grandir dans la foi et la vertu car conscient de son élection particulière. Les scandales et les crimes politiques qui parsèment l’histoire de nos républiques successives montrent bien que sans le guide de la vertu évangélique, rien de bon ne peut être accompli. Les hommes d’aujourd’hui ne sont pas essentiellement plus pécheurs que leurs ancêtres, mais ils sont moins vertueux car naviguant à vue et sans boussole, ceci par refus conscient et volontaire.

   Certes, pour reprendre une expression de Claudel, « le combat spirituel est aussi   brutal que la bataille d’hommes », mais il fut un temps, celui du royaume terrestre de France, où les sujets étaient quotidiennement aidés dans cette lutte par la contemplation de ce à quoi ils étaient appelés. Ils savaient qu’ils pouvaient atteindre ce qui semblait être trop haut à première vue. Les habitants de Paris ou d’Amiens, passant chaque jour devant leur cathédrale, n’avaient pas à lever les yeux vers le ciel pour deviner les statues des vertus.

   Elles trônaient, comme des jeunes filles chastes et simples, à portée de main, et la poussière soulevée par l’activité incessante de la cité les enveloppait. Ces vertus sont en lutte avec les vices. Depuis Tertullien et son De Spectaculis, chaque baptisé connaissait la forme concrète de la lutte intérieure de l’homme dont parle sans cesse l’Evangile. Tertullien avait donné figure à ces vertus et à ces vices, et les artistes chrétiens mettront en images ce vers quoi un sujet fidèle devait tendre. Emile Mâle, dans L’Histoire de l’art religieux au XIIIème siècle, souligne très justement : « Le christianisme n’a point apporté la paix au monde, mais la guerre ; l’âme est devenue un champ de bataille. L’harmonie que les anciens sages, dans    leur ignorance de la vraie nature de l’homme, avaient voulu faire régner en eux, n’est pas de ce monde : tant que nous vivons, les deux hommes qui sont en nous combattent. »
L’homme de la révolution, déjà tout pétri des idées de Rousseau et persuadé que l’homme était naturellement bon, n’a plus besoin d’être un sujet vertueux constamment dans la mêlée de cette tension de sa conscience et de son âme. Il se déclare maître de lui-même et les pires catastrophes le guettent. Le poète antique Prudence, – au nom si providentiel -, avait pourtant, avant le christianisme, perçu et analysé ce combat dans sa Psychomachie qui inspirera aussi tant d’artistes, déjà dans les fresques des catacombes.
Ainsi, au portail de la cathédrale de Strasbourg, nous pouvons contempler les vertus virginales qui achèvent à coup de lance les vices tombés à terre. Tous les grands sanctuaires présentent peu à peu, sur le verre ou dans la pierre, la bataille acharnée entre les vertus et les vices, ceci toujours dans le même ordre et avec une liste identique : la Foi et l’Idolâtrie, l’Espérance et le Désespoir, la Charité et l’Avarice, la Chasteté et la Luxure, la Prudence et la Folie, l’Humilité et l’Orgueil, la Force et la Lâcheté, la Patience et la Colère, la Douceur et la Dureté, la Concorde et la Discorde, l’Obéissance et la Rébellion, la Persévérance et l’Inconstance. Sans toujours un rapport direct avec la description des vertus et des vices dans les grandes oeuvres théologiques de saint Augustin, d’Isidore de Séville, de saint Thomas d’Aquin ou de Guillaume d’Auvergne, ces représentations, en statues ou en bas-reliefs, ont façonné la conscience morale des sujets vertueux pendant des générations.

cathédrale de Strasbourg détail des vices terrassés par les vertus

Cathédrale de Strasbourg : détail des vices que terrassent les vertus

   Aujourd’hui, même les âmes les plus pieuses ne portent qu’un regard distrait sur les œuvres léguées par nos pères dans la foi ou bien n’éprouvent qu’un intérêt esthétique, somme toute très superficiel. Si nous voulons retrouver notre vocation de sujets vertueux, nous devons renouer aussi avec les méthodes éprouvées au cours des temps pour grandir dans la vertu et gagner de plus en plus de batailles. Nous sommes loin du christianisme mou trop couramment prêché depuis que les chaires ont été désertées. Le sujet vertueux sait que l’Esprit Saint est prêt à fondre sur lui comme une cataracte de feu à chaque instant, d’où son souci de demeurer dans la disposition la moins indigne possible pour L’accueillir.

   N’attendons pas passivement une renaissance monarchique, grâce à un homme providentiel, qui nous serait accordée sans effort moral de notre part. La restauration, qui sera une renaissance, doit jaillir d’abord dans chaque cœur soucieux du bien, du beau et du vrai. Sinon la monarchie ne serait qu’un décor de théâtre, comme elle l’est d’ailleurs encore en certains pays. Si nous voulons que le royaume de France ressuscite, il est nécessaire de devenir des sujets vertueux pour accueillir un prince qui sera fidèle aux mêmes commandements et exigences évangéliques. Tout le reste n’est que rêve politique inutile et condamné à l’échec. Ne nous lassons pas de contempler les vierges sages et les vierges folles aux portails des cathédrales et demandons-nous ce que nous mettons en œuvre pour aider les premières à vaincre les secondes.

Père Jean-François Thomas s.j.
(lettre mensuelle de la Confrérie Royale envoyée le 25 février 2017)

vertus et vices - Notre-Dame de Paris

Vertus et vices sculptés au portail occidental de Notre-Dame de Paris

2024-96. Des qualités que doit revêtir l’amour que nous portons à notre Roi légitime pour être véritable.

25 avril 2024,
Cinquantième anniversaire de la naissance de Sa Majesté (25 avril 1974).

Leurs Majestés - blogue

       A l’occasion de ce jour anniversaire de la naissance (25 avril 1974) de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, je vous propose de réfléchir sur l’amour que nous devons à notre Souverain légitime, en particulier en tant que membres de la Confrérie Royale.

1) L’amour que nous portons à Monseigneur le Prince Louis de Bourbon n’est évidemment pas un « amour intéressé » : 

   Nous ne sommes pas légitimistes, nous ne sommes pas membres d’une confrérie de prières pour le Roi et pour la France, afin d’en attendre des honneurs, des gratifications, et des récompenses (hormis les récompenses célestes que Dieu accorde à Ses bons et fidèles serviteurs).
Nous ne sommes pas des courtisans. Nous ne voulons pas appartenir à la race de ceux qui, lorsque le Prince paraît en quelque endroit, se précipitent juste pour se faire voir, pour se faire remarquer du Prince, pour se faire prendre en photo avec lui, à seule fin de se faire ensuite valoir aux yeux des autres.
L’engagement dans cette Confrérie doit être animé par l’esprit des humbles serviteurs tels qu’ils sont décrits dans le saint Evangile, animé par une volonté d’œuvrer spirituellement et en profondeur, dans l’ombre, sous le regard de Dieu, des anges et des saints, avec la discrétion du levain enfoui dans la pâte.

2) L’amour que nous portons à Monseigneur le duc d’Anjou n’est évidemment pas non plus un amour sensible :

   Lorsque je parle d’amour sensible, je parle d’un amour qui se fonderait sur les qualités extérieures et physiques que perçoivent les sens.
Que des adolescentes un peu évaporées puissent dire du Prince Louis avec toutes les simagrées d’usage : « Il est trop beauuuuuuuuuu ! On l’aimeeeeeeeee ! » cela pourrait être excusable ; mais que ce soit là un motif d’être « légitimiste » et d’aimer le Prince ne sied évidemment pas à des adultes raisonnables !
Certes, on peut dire que le Prince est bel homme, et qu’il sait se montrer charmant lors des manifestations au cours desquelles ses sujets peuvent le saluer, mais ce n’est en aucune manière la raison fondamentale pour laquelle nous l’aimons : s’il était laid et contrefait, ou bien s’il faisait montre de mauvais caractère, nous devrions néanmoins l’aimer indépendamment de cela, et nous devrions même l’aimer davantage !

3) L’amour que nous portons à Louis XX, notre Roi, n’est pas non plus un amour sentimental :

   L’amour sentimental se nourrit de romantisme ; l’amour sentimental est pétri d’illusions idéalistes. Mais l’amour que nous portons à l’héritier et successeur légitime des Rois de France n’est ni du romantisme, ni de l’idéalisme : de la même manière que la royauté traditionnelle française est réaliste, nous devons porter à notre Prince un amour réaliste.
Comme tout un chacun, Monseigneur le Prince Louis a des qualités et des défauts ; comme tout un chacun, Monseigneur le Prince Louis a des vertus et aussi des capacités à trahir la vertu ; comme tout un chacun, Monseigneur le Prince Louis a reçu des grâces et des dons particuliers de la Providence et porte en lui l’héritage du péché originel et les conséquences de ses propres manquements à la grâce.
Louis XX n’est pas le chevalier blanc des contes de fées, ni le super-héros aux super-pouvoirs infaillibles : c’est parce que nous avons conscience – une vraie conscience chrétienne – que le Prince doit lutter, comme tout un chacun, ici-bas contre les tentations de ce monde que nous devons l’aimer et que notre amour, conscient des dangers qui le guettent, doit être d’autant plus réaliste et fort.

Monogramme Prince Louis de Bourbon - Louis XX

   Ainsi, après avoir précisé ce que notre amour pour le Prince n’est pas, pouvons nous développer encore ce que doit être – ce qu’est déjà, mais ce que doit être toujours davantage et toujours mieux – l’amour que nous portons à notre Souverain légitime :

A - Avec toute notre intelligence et toute notre âme raisonnable, légitimistes, nous devons reconnaître et vénérer en Monseigneur le Prince Louis de Bourbon celui que désignent, selon les mystérieux desseins de la Providence et de la Sagesse divines, les Lois fondamentales du Royaume (cf. > ici) pour l’accomplissement de la volonté politique de Dieu sur la France.

B – Avec toute notre volonté, informée par les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité, et par les vertus cardinales de force, de tempérance, de justice et de prudence, nous devons aimer Monseigneur le Prince Louis essentiellement parce qu’en lui s’incarnent les Principes de la monarchie traditionnelle voulue par Dieu pour la France.

   C’est en cela que consiste l’amour véritable que nous devons au Prince, notre Souverain légitime.
Et cela est fort ; cela a de la consistance ; cela nous porte avec l’énergie de la grâce qui a fait irruption dans l’histoire de France lors du baptême-sacre de Clovis et qui traverse et traversera les siècles, de génération en génération, tant qu’il y aura une France, et tant qu’il sera permis d’espérer !

   C’est cet amour, réaliste et surnaturel à la fois, qui fait que nous ne sommes pas des « groupies », que nous n’entretenons pas un bêtifiant culte de la personnalité, et qui nous garantit contre toutes les déceptions liées aux fragilités humaines.
C’est ainsi que, contrairement aux « fans » des stars de la chanson ou du cinéma – qui se comportent de manière surexcitée, voire à demi-hystérique -, cet amour authentique du Prince nous fait ployer le genou et baiser sa main, parce qu’il nous place en présence d’un mystère et d’une grâce, trésor porté, ainsi que le dit Saint Paul, dans un vase d’argile mais trésor véritable cependant, et trésor qui peut seul relever et faire revivre la France cruellement blessée et gisant dans la boue.

« Domine, salvum fac Regem nostrum Ludovicum, et exaudi nos in die qua invocaverimus Te :
Seigneur, sauvez notre Roi Louis, et exaucez-nous au jour où nous Vous invoquerons ! »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

couronne avec lis au naturel - blogue

2024-90. Message de Sa Majesté à l’occasion du cinquième anniversaire de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

2019 – 15 avril – 2024

Message de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
duc d’Anjou,

de jure Sa Majesté le Roi Louis XX

cinq ans jour pour jour après l’incendie de
la Cathédrale Notre-Dame de Paris

frise fleurs de lys

Incendie de Notre-Dame de Paris 19 avril 2019

Ce lundi 15 avril, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX a publié sur les réseaux sociaux le message suivant :

     15 avril 2019-15 avril 2024 : 5e anniversaire de l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris.
L’objectif de la réouverture pour la fin de l’année semble désormais tenu.                       
Chantier de Notre-Dame de Paris - avril 2024
Devant l’ampleur du chantier comment ne pas s’extasier ?
Beau miracle permis par ceux totalement investis dans leur tâche, maîtrisant leur art et leurs pratiques.
Chantier de Notre-Dame de Paris - chevet
Puisse la France renaître elle aussi si vite alors qu’elle est si meurtrie de tant et tant de maux qui l’assaillent à l’intérieur comme à l’extérieur…
Ce chantier du siècle, montre une nouvelle fois que les Français savent quand il le faut, renouer avec le don d’eux-mêmes et le courage quand il s’agit de la France et de sa grandeur.

Louis, duc d’Anjou.

chantier de Notre-Dame de Paris - fin des charpentes du chevet

frise fleurs de lys

2024-88. Où, pour le deux-millième article de ce blogue, Son Altesse Félinissime le Prince Tolbiac livre aux amis du Mesnil-Marie une clef infaillible de réussite.

Samedi 13 avril 2024,
Fête de Sainte Ide de Lorraine, veuve (cf. > ici et > ici) ;
Mémoire de Saint Justin de Naplouse, martyr (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Herménégilde, martyr.

Tolbiac écrivant - blogue

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Frère Maximilien-Marie m’a dit ce matin : « Hier soir, a été publié sur le blogue le mil-neuf-cent-quatre-vingt dix-neuvième article ! Ne voudrais-tu pas prendre en charge la rédaction du deux-millième ? »
Je ne pouvais me soustraire à cette sollicitation. Je ne voulais toutefois pas vous rédiger quelque longue missive, amis lecteurs, mais plutôt vous adresser seulement quelques lignes fortes qui vous soient utiles chaque jour et jusqu’à la fin de vos jours… J’avais ma petite idée en tête, ayant moi-même été très marqué par une très belle citation que mon papa-moine a retranscrite dans ses carnets de notes personnelles (auxquels je suis le seul à avoir l’autorisation d’accéder) en juin 1991.

   Il s’agit de quelques phrases de feu le général Yves Béchu (1932-1990), nommé gouverneur militaire de Lyon en 1989 et emporté prématurément par une crise cardiaque dans les premiers jours de mai 1990. Je suis convaincu que vous  en apprécierez la teneur et qu’elle vous sera très profitable : goûtez ces mots comme on savoure un met de choix, mais surtout assimilez-en la riche substance pour la faire passer dans votre âme et en vivre profondément…

pattes de chat Tolbiac.

   « Rappelez vous que la foi n’est pas l’absence de doutes, mais la capacité de les surmonter quand ils vous assaillent.
Que le dynamisme n’est pas l’absence d’abattement, mais la faculté de mobiliser son énergie alors même qu’on se sent épuisé.
Que le courage n’est pas d’ignorer la peur, mais de vouloir la surmonter quand elle vous étreint.
Que le succès n’est pas l’absence d’échecs, mais de savoir les reconnaître pour pouvoir les surpasser. »

Chevalier s'élançant

2024-66. Faire ses Pâques.

Premier dimanche de la Passion.

Pierre Antoine Novelli - le sacrement de pénitence - blogue

Pierre Antoine Novelli (1729-1804) : le sacrement de pénitence

   Les troisième et quatrième commandements de l’Eglise (dans leur formulation traditionnelle – cf. > ici) stipulent :

3. Tous tes péchés confesseras,
à tout le moins une fois l’an.

4. Ton Créateur tu recevras,
au moins à Pâques humblement.

   Il n’est jamais inutile de rappeler que la Sainte Eglise notre Mère fait à tous ses fidèles l’obligation de communier au moins une fois dans l’année, à l’occasion de la fête de Pâques, et, en vue de cette communion pascale, de s’y bien préparer par une confession sérieuse, complète et détaillée.
Le manquement à ces préceptes constitue donc en soi un péché grave.
Ce qui est résumé dans les deux préceptes rimés cités ci-dessus se trouve rappelé, évidemment, dans le Code de Droit canonique et le catéchisme.

Vignette Agneau pascal - blogue

   L’Eglise a toujours accordé une très grande importance à la communion pascale, précédée d’un bonne confession, et, jusqu’à une date relativement récente, les fidèles devaient accomplir cette communion pascale dans leur paroisse (raison pour laquelle, par exemple, lorsque le Roi et sa famille résidaient à Versailles, ils se rendaient à la paroisse Notre-Dame, leur paroisse, pour faire leur communion pascale, même s’ils assistaient quotidiennement à la Sainte Messe à la chapelle royale ; sous la Restauration, la famille royale, qui résidait aux Tuileries, s’acquittait du devoir pascal dans l’église paroissiale, qui était Saint-Germain-l’Auxerrois).
Les curés avaient la charge de veiller à ce que tous leurs paroissiens s’acquittassent de leur devoir pascal ; ils tenaient souvent une sorte de « comptabilité » des fidèles qui s’y conformaient et de ceux qui « ne faisaient pas leurs Pâques » ; ils devaient en rendre compte à Monseigneur l’Evêque. Heureux et légitimement fier, le prêtre qui pouvait dire au Chef du diocèse : « Monseigneur, cette année, tous mes paroissiens ont fait leurs Pâques ! ».

   Le refus de se soumettre aux préceptes de la confession annuelle et de la communion pascale, constitue, dans les faits, une espèce d’apostasie pratique, puisque c’est un refus en acte de se conformer à ce que la Sainte Eglise nous demande au nom et par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, un refus pratique d’adhérer à la foi divinement révélée.

   Pour la communion pascale, l’Eglise demande aux fidèles de s’y conformer entre le premier dimanche de la Passion et le dimanche du Bon Pasteur (c’est à dire qu’elle donne un mois pour s’en acquitter : deux semaines avant et deux semaine après Pâques).
Les malades qui ne peuvent pas se rendre à la messe peuvent faire leur communion pascale (en faisant venir chez eux leur prêtre pour qu’il les confesse et communie) jusqu’à la fête de la Sainte Trinité.
S’il est, bien sûr, préférable que la communion pascale soit accomplie le Saint Jour de Pâques, il ressort néanmoins du temps accordé par l’Eglise pour s’en acquitter qu’il n’est pas rigoureusement prescrit que cette communion soit faite à la Messe pascale : on voit, par exemple, sous la Restauration, la famille royale aller « faire ses Pâques » à Saint-Germain l’Auxerrois le mardi ou le mercredi saints (ce qui ne les dispensait évidemment pas d’assister aux offices du Triduum Sacré et du Saint Jour de Pâques dans la chapelle des Tuileries).

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   Bien sûr, l’obligation de se confesser et de communier au moins à Pâques, peut paraître « étonnante » aux fidèles qui ne manquent pas la messe dominicale, qui se confessent et communient très régulièrement, avec une véritable ferveur ; toutefois, il faut se souvenir que ce n’est pas le cas (malheureusement !) d’une majorité de catholiques, et que, par ces commandements, dans sa miséricordieuse sollicitude pour les âmes, notre Mère la Sainte Eglise, offre aux moins fervents de ses enfants la possibilité de garder un lien sacramentel, un lien de grâce et de vie surnaturelle, avec notre divin Rédempteur.
Mais trop nombreux – hélas ! -, sont les baptisés qui négligent cette démarche. 

   Evidemment, ceux qui font leurs Pâques ne doivent pas se contenter de ce devoir minimum : c’est chaque dimanche, en effet, qu’un catholique véritable assiste à la Sainte Messe, et que, si possible, il y communie au Pain de Vie, nourriture indispensable de l’âme : « Si vous ne mangez pas Ma chair et ne buvez pas Mon sang, vous n’aurez pas la vie en vous » (Jean VI, 54).

   Mais, en France en particulier, 1) la raréfaction dramatique du clergé et 2) l’état de déshérence dans lequel se trouvent les paroisses rurales, 3) les conséquences d’un enseignement du catéchisme qui a été, depuis au moins cinq décennies, réduit à une espèce de vague morale très horizontale de type humanitariste, sans solide apprentissage des commandements et des préceptes, et enfin 4) la négligence de beaucoup de prêtres, dans leur prédication, à rappeler la doctrine avec ses conséquences pratiques, ont grandement contribué à la perte de conscience de l’importance de la communion pascale et de la confession qui la doit précéder.

Vignette Agneau pascal - blogue

   On constate aussi que les personnes qui négligent de confesser régulièrement leurs péchés à un prêtre sont nombreuses à l’heure actuelle ; c’est une attitude qui inquiète beaucoup les pasteurs authentiquement zélés et consciencieux, puisque par ailleurs beaucoup de ces personnes vont néanmoins communier sans, semble-t-il, se demander si elles en sont dignes.
Si déjà une communion reçue dans une âme en état de grâce, mais insuffisamment purifiée et fortifiée par les grâces propres au sacrement de pénitence, risque d’être bien peu enrichissante sur le plan spirituel, il importe d’autant plus d’insister sur le fait qu’une communion reçue dans une âme en état de péché mortel – c’est-à-dire en état de séparation avec Dieu -, est non seulement totalement infructueuse mais qu’elle constitue au premier chef un péché très grave, un sacrilège.
Alors, ainsi que nous en avertit Saint Paul : « quiconque mange et boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne discernant pas le Corps du Seigneur » (1 Cor. XI, 29).

   Dans la situation présente, il n’est donc pas inutile non plus de rappeler avec vigueur que celui qui a conscience d’avoir commis un péché mortel ne doit pas recevoir la sainte communion – même s’il éprouve une grande contrition – sans avoir au préalable reçu l’absolution sacramentelle, et, qu’en outre ce n’est pas parce qu’on n’a pas conscience d’avoir commis un ou des péchés mortels qu’on n’en a pas commis !

   Chacun a le grave devoir d’éclairer sa conscience en lisant le catéchisme, et en questionnant un prêtre sûr, sinon, on s’arrange une petite « religion-self-service », à sa convenance, qui n’a plus rien à voir avec la véritable Religion révélée par Notre-Seigneur Jésus-Christ !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur. 

Pierre Antoine Novelli - la sainte communion - blogue

Pierre Antoine Novelli (1729-1804) : la sainte communion

2024-62. Ne faites pas de votre relation avec Dieu une relation de trafic !

Quatrième semaine de Carême.

Hans Memling jeune homme en prière - 1475

Hans Memling (vers 1435-1494) : jeune homme en prière (vers 1475)
[National Gallery, Londres]

     Il y a – malheureusement ! – beaucoup de personnes qui, lorsqu’elles veulent « entrer en relation » avec Dieu, et il y a beaucoup – beaucoup trop – de fidèles qui, lorsqu’ils veulent entretenir, développer et intensifier leur relation avec Dieu, agissent exactement comme s’ils établissaient une relation commerciale avec Lui.
Est-ce en pleine conscience, ou  bien cela est-il inconscient ? Ce n’est pas à moi de le dire.
Cependant leur vie religieuse, consciemment ou inconsciemment, pourrait se résumer à ceci : « Voici ce que je suis prêt à faire… , voilà jusqu’où je suis prêt à aller… , et Vous, mon Dieu, que me donnerez-Vous en échange ? »

   Et il peut arriver que, à plus ou moins longue échéance,  cette « relation commerciale » prenne un goût amer : « Regardez donc tout ce que j’ai fait pour Vous ! Voyez toute la peine que j’ai prise pour Vous ! Considérez tout le temps que je Vous ai consacré… et Vous, Vous n’avez pas répondu à mes attentes… Je n’ai pas l’impression que Vous ayez vraiment fait quelque chose pour moi… »
C’est tout juste si on ne dit pas à Dieu : « Dites donc, depuis le temps que je vous verse des acomptes – quotidiennement, hebdomadairement, mensuellement… -, Vous ne pensez pas que maintenant il est grand temps que Vous pensiez à me faire livraison de ma commande ? »

Vignette - mains jointes - blogue

   Dans une relation de type commercial, chacun recherche son intérêt.
Le vendeur se dessaisit d’un objet ou d’une prestation, mais il ne le fait pas pour rien : il cherche à en retirer le profit maximal.
Et le client consent à payer, parfois même assez cher, mais à la condition d’obtenir ce qu’il convoite.

   Celui qui prie en pensant qu’il fait à Dieu une offre, en lui accordant du temps, en lui accordant un moment de sa vie ou même une part de lui-même, avec le même processus mental que l’on « offre » une somme d’argent, dans l’attente d’une contrepartie divine, ne fait rien d’autre que de se comporter en « honnête commerçant » ou en « honnête acheteur » : donnant, donnant… au juste prix !

   Il arrive aussi que l’on va demander quelque chose à Dieu, en se disant : « Houlala ! quel prix va-t-Il me faire payer ce bienfait, cette grâce, cette faveur que je lui demande ? ». Et l’on craint la « facture » qu’Il va nous demander de Lui régler !

Quentin Massysm - le prêteur et sa femme - 1514 - blogue

Quentin Metsys (1466-1530) : le prêteur et sa femme (1514)
[musée du Louvre, Paris]

   Mais Dieu, Lui, n’est pas un « bon commerçant ».
Il n’est même pas commerçant du tout !

   « Jésus trouva dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis, de colombes, ainsi que les changeurs assis sur leurs sièges. Se faisant un fouet avec des cordes, Il les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs, envoya promener la monnaie des changeurs et renversa leurs tables. Et aux marchands Il dit : « Enlevez cela d’ici ; ne faites pas de la demeure de Mon Père une maison de trafic ! » [Jean II 14-16 – Evangile du lundi de la quatrième semaine de Carême].

Jan Sanders van Hemessen -Le Christ chassant les vendeurs du temple - blogue

Jan Sanders van Hemessen (vers 1500 – vers 1566) :
le Christ chassant les vendeurs et les changeurs du Temple (1556)
[musée des beaux-arts de Nancy]

   Dieu, Lui, veut donner.
Comprenons-nous bien le sens du verbe donner ?

   Tout ce que Dieu fait, Il le fait par pure gratuité, et avec surabondance : l’existence qu’Il donne gratuitement, toutes les beautés et merveilles de Sa création qu’Il met à notre disposition gratuitement, et surtout, dans l’ordre surnaturel, la vie de la grâce qu’Il nous communique par le saint baptême puis par les sacrements…

   Ai-je une véritable et vive conscience de la générosité de Dieu ?
De quelle « monnaie » d’échange disposé-je pour « acheter » les dons de Dieu ?
Y aurait-il donc, dans les biens que je considère comme miens, et en moi-même aussi, quelque chose qui en réalité me soit propre, que je n’ai pas reçu de Lui, et dont je puisse me servir comme d’une « monnaie » d’échange dont je pourrai ensuite  faire une « somme » proportionnée à ce qu’Il m’a donné et qu’Il me donne ?
Inconsciemment pourtant, je ne cesse pas de vouloir « faire du commerce » avec Dieu. Pour chacun de Ses dons, je garde l’arrière-pensée de la « somme » que je dois Lui verser en échange…

Vignette - mains jointes - blogue

   Pour être dans une relation avec Dieu qui soit juste et véritable, vivante et personnelle, il me faut absolument cesser de vouloir Lui « acheter » des choses, de vouloir Lui « vendre » des choses, de vouloir L’ acheter, Lui et ses dons ! 

   La prière n’est pas une monnaie.
Même si nous passons beaucoup de temps en prière, Dieu ne nous doit rien et ne nous devra jamais rien !
Même si nous avons l’impression d’avoir fait « ce qu’il fallait » – au moment où il le fallait qui plus est -, d’avoir récité la « bonne formule », d’être allé en pèlerinage « au bon endroit », d’avoir accompli le « bon rite », Dieu ne nous doit rien et ne nous devra jamais rien !

   Rajoute autant de formules que tu veux à tes prières, récite une dizaine de chapelet en plus… etc. ; mais ne t’imagine surtout pas qu’avec cela tu pourras mettre la main sur Dieu, qu’avec cela tu pourras avoir un quelconque droit sur Lui et sur Ses dons, qu’avec cela tu pourras L’ « obliger » à faire quelque chose en ta faveur.

Vignette - mains jointes - blogue

   Alors, vas-tu laisser tomber parce que je te dis aujourd’hui qu’on ne peut pas acheter Dieu par des pratiques de piété, par la prière (personnelle ou liturgique) ?

   Considères-tu donc que Dieu est une sorte de distributeur automatique, ou un commerçant derrière le comptoir d’une boutique : la boutique église, un peu différente des autres en raison de son architecture et de son aménagement intérieur, mais fonctionnant néanmoins en tout comme toutes les autres boutiques ?

   Ne te méprends pas sur mes propos, je n’ai pas dit que les rites et la prière étaient inutiles ; je ne t’ai pas dit de cesser la pratique religieuse ni les exercices de piété. Je veux juste te faire comprendre que tout cela n’a pas de sens dans une démarche – plus ou moins consciente – de type commercial.
En revanche, cela prend tout son sens et toute sa valeur si tu penses que ce sont là des moyens d’union à Dieu. Une union dont la cause autant que la finalité est l’amour.

L’union à Dieu doit être une union d’amour, une relation amoureuse. Elle repose sur le don, sur la gratuité, et sur la pleine et entière liberté.
La relation marchande n’est fondée ni sur le don, ni sur la gratuité, ni sur la liberté.

   Dieu, en effet, te propose beaucoup plus et beaucoup mieux, infiniment plus et infiniment mieux, qu’une relation marchande !!!

Tolbiac.

Regard d'amour avec Jésus - blogue

2024-61. Le 12 mars, on fête également Saint Maximilien de Théveste, un martyr de 21 ans.

12 mars,
Fête de Saint Grégoire 1er le Grand, pape et docteur de l’Eglise (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Syméon le Nouveau Théologien (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Maximilien de Théveste, martyr ;
Mémoire de la férie de Carême ;
Anniversaire du couronnement du Vénérable Pie XII (cf. > ici).

   Note : Le Saint Maximilien qui figure au 12 mars dans le martyrologe n’est pas directement le saint patron de mon papa-moine, puisque le sien est Saint Maximilien-Marie Kolbe qu’on fête le 14 août (cf. > ici), toutefois nous ne manquons pas d’honorer avec une ferveur particulière ce jeune et intrépide martyr qui donne aux catholiques de ce temps un magnifique modèle de comportement en face des modernes dioclétiens qui affirment que la loi morale et la religion ne saurait primer sur la loi civile ni prévaloir sur les « valeurs » de la république.

Tolbiac.

Saint Maximilien de Théveste - blogue

Sancte Maximiliane, ora pro nobis !

palmes

       Le 12 mars 295, à Théveste, en Numidie [aujourd’hui Tébessa, en Algérie], sous le consulat de Tuscus et d’Anulin, fut amené à comparaître devant le proconsul d’Afrique Dion Cassius, le vétéran Fabius Victor avec son fils Maximilien (Maximilianus).
Le père était préposé à la levée des nouvelles recrues pour les armées impériales, et Maximilien, son fils, déclarait qu’en sa qualité de chrétien, il ne lui était pas permis de servir comme soldat.

   Vainement Dion Cassius insista, le jeune homme répondait, invariablement : « Je ne serai point soldat, je ne combattrai pas pour le siècle, je suis le soldat de mon Dieu ! » Et encore : « Je ne reçois point de marque du siècle ; si l’on m’impose le signe de l’empereur, je le briserai, car il est pour moi sans valeur. Je suis chrétien ; il ne m’est pas permis de porter au cou la bulle de plomb, moi qui porte déjà le signe sacré du Christ, Fils du Dieu vivant. C’est Lui que nous servons, nous tous chrétiens ; c’est Lui que nous suivons, car Il est le Prince de la vie, l’auteur du Salut ».

   Finalement, le proconsul fit effacer sur les tablettes le nom de Maximilien, et il ajouta : « Puisque, d’une âme insoumise, tu as refusé le service militaire, tu encourras la sentence de mort qui servira d’exemple aux autres ».
« Grâces en soient rendues à Dieu ! », répondit Maximilien.

   Pourquoi Maximilien refusait-il, au nom de sa foi, de porter l’uniforme militaire et le jugeait-il incompatible avec le service de Notre-Seigneur ?
C’est parce que dans le contexte précis de cette fin du troisième siècle, où régnait le terrible empereur Dioclétien, ce tyran avait décidé, pour consolider le civisme et renforcer la cohésion des troupes, de restaurer le vieux paganisme romain et de supprimer les religions « inassimilables », au premier rang desquels se trouvait le christianise contre lequel il prit des mesures particulièrement coercitives : destruction des églises, confiscation des livres saints, emprisonnement des évêques.. etc. La « grande persécution » fit des milliers et des milliers de martyrs.
Accepter de porter au cou la bulle de plomb marquée du signe de l’empereur, c’était nécessairement participer au culte de Rome et de l’empereur, consentir à l’adoration des faux dieux, participer aux sacrifices idolâtres. Voilà pourquoi Maximilien opposa si fermement la « marque du siècle », le « signe de l’empereur », la « bulle de plomb », au « Signe sacré du Christ », peut-être déjà la Croix, qu’il portait autour du cou .

   Ce jeune homme, né en 273,  était âgé de vingt et un ans, trois mois et dix-huit jours lorsqu’il consomma son martyre.
Comme on le conduisait au supplice, il dit aux chrétiens qui l’entouraient : « Frères bien-aimés, de toutes vos forces et de toute l’ardeur de vos désirs, hâtez-vous afin d’obtenir de voir Dieu et de mériter une semblable couronne ».
Ensuite, le visage tout rayonnant de joie, il ajouta en se tournant vers son père : « Donne au soldat qui va me frapper le vêtement neuf que tu m’avais préparé pour la milice. Que les fruits de cette bonne oeuvre se multiplient pour toi au centuple, et que je puisse bientôt te recevoir au ciel. Tous deux, nous nous glorifierons dans le Seigneur ».

   Il fut aussitôt décapité.
Une matrone, nommée Pompéiana, obtint du juge le corps du martyr. Elle le plaça sur une litière et le transporta à Carthage, où il fut enterré sous un monticule auprès du grand pontife martyr : Saint Cyprien.  

   Treize jours après, Pompéiana mourut à son tout et fut ensevelie dans le même lieu.
Quant à Victor, père de Maximilien, il rentra plein de joie dans sa maison, remerciant Dieu de lui avoir permis d’envoyer un tel présent au ciel. Il ne devait pas tarder à le suivre.

   Les Actes de la passion de Saint Maximilien de Théveste sont l’un des documents historiques les plus solides dont on dispose sur la grande persécution de la fin du IIIe siècle en Afrique du nord. 

palmes

2024-57. Où, à l’occasion du deuxième anniversaire de Son Altesse Félinissime le Prince Tolbiac, on rappelle comment le chevalier de Mérancourt fut sauvé par les chats de Son Eminence le Cardinal-ministre.

Dimanche de Laetare 10 mars 2024,
Deuxième anniversaire de la naissance de Son Altesse Félinissime le Prince Tolbiac
(on peut revoir la chronique de son premier anniversaire > ici).

vignette Tolbiac et souris - blogue

       Mon papa-moine, à l’occasion de mon deuxième anniversaire, a voulu me parler d’un très important personnage de l’histoire de notre France, pour lequel il a une immense admiration : Armand-Jean du Plessis, cardinal-duc de Richelieu, principal ministre de Sa Majesté le Roi Louis XIII, très grand serviteur de la Couronne, et – à ce titre sans doute – détesté de beaucoup et fort injustement calomnié.

   Son Eminence aimait les chats et fut sans nul doute un précurseur en « félinophilie ». Je n’en fais pas un secret : je tiens pour absolument certain qu’un homme qui aime les chats ne saurait être un mauvais homme. Or le grand cardinal-ministre eut jusqu’à quatorze chats !!!

   Le cardinal de Richelieu passe pour avoir été l’un des premiers à la Cour, sinon le premier, à nous avoir donné autant d’importance. Sans doute avait-il compris combien nous pouvons être, par notre seule présence et nos exemples, de précieux auxiliaires d’une saine politique et gestion de l’Etat.
Il y avait certes un côté pragmatique à la chose : nous autres, chats, si efficaces dans la lutte contre les petits rongeurs, sommes comme les anges gardiens d’une bibliothèque, d’une garde-robe, d’une sacristie, et, bien sûr, des celliers et de vos réserves de nourriture ; sans compter que le judicieux artisan de l’entrée de la France dans la période moderne avait bien compris que nous serions de précieux auxiliaires de la marine royale : sans chats à bord, un navire est en grand danger, parce que les rats, outre les dégâts qu’ils peuvent commettre dans une cambuse, sont également friands du suif avec lequel on graissait les cordages, et qu’ils peuvent ronger le bois dont les vaisseaux étaient faits…

    Bref ! Pour m’inspirer un aussi grand amour que le sien pour le cardinal de Richelieu, mon papa-moine m’a lu une belle histoire, celle de la grâce qui fut accordée au chevalier de Mérancourt, magnifiquement rapportée par un écrivain bien oublié aujourd’hui, Monsieur Sonolet. Pour le cas où vous ne la connaîtriez point déjà, je vous la recopie ci-dessous.

pattes de chat Tolbiac.

Richelieu et ses chats - blogue

 Charles Édouard Delort (1841-1895) : la distraction de Richelieu (avant 1865)
[Detroit Institute of Arts]

       « Mistigri, veux-tu laisser Raton tranquille ? Et toi, Cyrus, je vais t’aider à déranger mes papiers. »
Après avoir consacré plusieurs heures aux affaires de l’Etat, le cardinal de Richelieu se délasse un instant en regardant jouer ses chats favoris. Dans le cabinet de travail aux boiseries sévères, ils sont là, quatre effrontés, qui se poursuivent, se roulent, bondissent sur les meubles, grimpent, sans le moindre respect, sur la table de travail.
C’est tout juste si Blanchette, la mère, a plus de réserve et de dignité. Mais on croirait vraiment qu’il coule du vif-argent sous le pelage soyeux et doux de ses trois petits : Raton, Mistigri et Cyrus. Que de sauts, de cabrioles, de folles gambades ! Et le plus remuant, le plus turbulent, le plus hardi de la bande, c’est ce Mistigri dont les yeux semblent des émeraudes toujours en mouvement et qui vous a des moustaches hérissées et insolentes comme celles d’un jeune mousquetaire.
Le cardinal de Richelieu raffole des chats. Il goûte un véritable plaisir à suivre leurs mouvements gracieux, leurs gestes câlins. A le voir sourire avec bonhomie devant les jeux de Blanchette et de ses petits, on aurait peine à  reconnaître le ministre puissante et redouté dont les terribles édits font trembler la France.

   Ah ! il n’est pas tendre, le grand cardinal. En ce moment, ce sont les duellistes qu’il poursuit tout spécialement de ses rigueurs. Il a prescrit que quiconque croiserait le fer serait immédiatement puni de mort. Déjà, le comte de Montmorency-Bouteville et plusieurs autres seigneurs des premières familles du royaume ont payé de leur tête leur désobéissance.
Justement, un laquais vient d’introduire dans le cabinet de travail le grand juge chargé de poursuivre les coupables : l’impitoyable Laubardemont.
« Quoi de nouveau, monsieur le grand juge ? » demande Richelieu.
- Eminence, répond Laubardemont, un jeune téméraire se permet encore de nous braver. On vient d’arrêter le chevalier de Mérancourt au moment où il provoquait un autre gentilhomme et où il voulait le forcer à se battre en plein Paris.
Le cardinal détourne ses yeux des débats capricieux de ses quatre chats. Sa figure longue et pâle prend une expression de dure et froide résolution.
« Eh bien, fait-il d’une voix sourde, le chevalier de Mérancourt mourra comme les autres. »
Impassible, Laubardemont continue :
« Sa fiancée a supplié qu’on l’introduise auprès de Votre Emincence. Elle veut se jeter à vos pieds et vous demander la grâce du coupable. Suivant vos instructions, je lui ai fait répondre que vous ne pouviez la recevoir.
- Vous avez bien fait, monsieur le grand juge. Quel âge a le chevalier de Mérancourt ?
- Vingt ans.
- Vingt ans ! Et à la veille de se marier. Quelle folie a donc poussé ce malheureux ? N’importe, il faut que la loi s’accomplisse.
Laubardemont tend au ministre un rouleau de parchemin d’où pend un large cachet rouge :

« Eminence, voici la sentence. Il n’y manque que votre signature.
Le cardinal a pris la feuille. Il a trempé sa plume dans l’encrier, mais, au moment de signer, on dirait qu’il se consulte, qu’il hésite. C’est qu’il se sent quelque trouble à envoyer à l’échafaud un enfant de vingt ans. Pour la première fois, peut-être, un éclair de pitié a pénétré dans cette âme de bronze.
« Monsieur le grand juge, dit-il à Laubardemont surpris, voulez-vous me laisser cette sentence ? Avant de signer, je veux réfléchir un peu au cas de ce jeune fou. Revenez dans une demi-heure. Je serai au Conseil du Roi, mais vous trouverez votre parchemin sur cette table. S’il porte ma signature, le chevalier de Mérancourt devra être exécuté dès demain, au petit jour. Dans le cas contraire, vous attendrez mes ordres. »

   Laubardemont s’est retiré. L’inflexible ministre demeure seul, pensif, au fond de son grand fauteuil. Mistigri ronronne sur ses genoux, tout en mordillant de ses petites dents pointues les boutons de son camail rouge. Blanchette fait tranquillement sa toilette sur le tapis et, fatigués de leurs exercices, Raton et Cyrus se sont pelotonnés l’un contre l’autre pour dormir.
Une demi-heure s’écoule. Le cardinal tortille toujours sa plume entre ses doigts maigres. Va-t-il signer ? Va-t-il faire grâce ? A la fin, c’est la raison politique qui l’emporte. D’une main ferme, il appose son nom au bas de la sentence. Puis, après avoir mis 
doucement Mistigri sur le fauteuil, l’allure calme et paisible, il se rend au Conseil du Roi.
Pauvre petit chevalier de Mérancourt !

   Oh ! Mistigri ne reste pas longtemps sur le fauteuil. Il semble plus vif, plus espiègle, plus fou que jamais. Ses petits yeux d’émeraude brillent avec l’air de dire :
« Maintenant que nous sommes seuls, il s’agit de nous en donner. »
A toute vitesse, il court donner l’assaut à Raton et à Cyrus qu’il réveille en sursaut. Puis il s’en prend spécialement au pacifique Raton. Il le charge, le roule, le culbute, lui mordille les oreilles. Fort peu disposé à cette gymnastique, Raton cherche partout un refuge.
Il saute sur le fauteuil, puis sur la table qu’encombrent les papiers du cardinal. Mais, d’un bond, l’acharné Mistigri y rejoint le fuyard. Fatalité ! Dans cet élan impétueux, il renverse l’encrier du cardinal. Et voilà qu’un flot d’encre se répand, noircissant les papiers, mouillant les pattes blanches de Mistigri qui s’arrête tout surpris, mais point du tout affecté de la catastrophe.

   Le lendemain, en arrivant à son cabinet de travail, le cardinal de Richelieu était de fort mauvaise humeur.
Ce n’était pas à cause de l’accident causé par Mistigri, car les laquais l’avaient réparé tant bien que mal, et le sévère ministre ne s’aperçut de rien tout d’abord. Mais il regrettait amèrement sa décision de la veille. Il venait  d’apprendre que le chevalier de Mérancourt était un jeune homme plein de vaillance qui avait déjà fait ses preuves sur le champ de bataille. Et puis il était si jeune !
« Ah ! murmurait-il en caressant Mistigri qui faisait le gros dos sur le bras du fauteuil, je n’aurais pas dû la donner si vite cette signature. Hélas ! pourquoi est-il trop tard ! »
A ce moment même, on annonça M. de Laubardemont.
« Eh bien, monsieur le grand juge, demanda le cardinal avec un accès de tristesse dans la voix, le chevalier de Mérancourt à dû mourir en brave ? »
Une expression de profonde stupéfaction se peignit sur les traits de Laubardemont :
« Mourir ? Mais, Eminence, à l’heure qu’il est le chevalier de Mérancourt est aussi vivant que vous et moi.
- Vivant ! Dieu soit loué ! Mais comment se peut-il ?
- Je me suis conformé aux ordres de Votre Eminence. Voyez vous-même. Il n’y a pas trace de signature sur la sentence. »
Ce disant, le grand juge présenta au cardinal la feuille de parchemin de la veille. Mais ce fut en vain que celui-ci y chercha sa signature. Impossible de la trouver. Elle avait disparu dans une large tache d’encre que
 couvrait tout un coin de la feuille et qui était due à la turbulence maladroite de ce polisson de Mistigri.

   Richelieu resta un moment sans mot dire, intrigué, pris de soupçon.
« Cette tache, se demandait-il, qui l’a faite ? »
Tandis qu’il s’interrogeait de la sorte, il sentit un poids inaccoutumé au bout de son grand cordon du Saint-Esprit. C’était l’irrespectueux Mistigri qui s’y cramponnait de toute la force de ses griffes, en faisant résonner le plus bruyant des ronrons.
Tout de suite, son maître remarqua en lui quelque chose d’anormal :
« Ah ! çà, où as-tu mis tes pattes, Mistigri ? »
Puis, après avoir examiné de plus près les petites pattes tachées de noir :
« Mais c’est de l’encre, ma parole. Ah ! je comprends tout maintenant. »
Sa longue main blanche se plongea, caressante, dans la fourrure soyeuse du petit chat et, d’une voix émue, il murmura :
« Ah ! Mistigri, Mistigri, si tu savais la joie que tu me causes ! »
Se tournant alors vers Laubardemont :
« Monsieur le grand juge, nous nous contenterons d’envoyer quelque temps ce petit Mérancourt dans ses terres. Il pourra s’y marier tout à son aise et y méditer aussi sur les inconvénients qu’il y a à mettre flamberge au vent. »
Il chercha encore sous sa main le poil douillet et fin de Mistigri. Mais déjà celui-ci avait entamé une grande partie autour de la chambre avec Blanchette, Raton et Cyrus. Le cardinal les suivit un instant d’un regard affectueux, puis il conclut avec un bon sourire :
« Et voilà comment un tout petit chat peut sauver la vie d’un gentilhomme. Ah ! monsieur le grand juge, ceci nous prouve que la Providence se sert parfois des plus petits pour apprendre aux grands la clémence. »

Louis Sonolet (1872-1928)

Prédiction d'une grande carrière ecclésiastique

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