2026-139. Des Saints Bénigne et Carus, ermites de l’Ordre de Saint Augustin.
21 juillet,
Fête de Saint Laurent de Brindes, docteur de l’Eglise (cf. > ici) ;
Chez les Ermites de Saint Augustin, mémoire des Saints Bénigne et Carus, confesseurs de notre Ordre ;
Mémoire de Sainte Praxède, vierge.
Carte permettant de situer les lieux de l’histoire des Saints Bénigne et Carus :
Le Mont Baldo, dominant le lac de Garde, la ville de Malcesine et celle de Vérone.
Sur le territoire de Malcesine, ville sise au bord du lac de Garde au pied du Mont Baldo, se trouve un ermitage où vécurent, au début du IXème siècle, deux saints : Saint Bénigne et Saint Carus (en italien : Benigno et Caro).
Originellement, les deux anachorètes vivaient dans une grotte creusée dans la roche, dans une position panoramique à quelque 830 mètres d’altitude. Ils vivaient des produits de leur petit jardin, de fruits et de baies sauvages, ainsi que de la traite de leurs quelques chèvres à partir du lait desquelles ils confectionnaient quelques fromages.
Selon la tradition locale, Bénigne était le plus ancien et Carus l’avait rejoint en qualité de disciple. La sœur de ce dernier, prénomée Oliveta, s’était elle aussi installée à proximité et leur rendait quelques services.
Comme tous les ermites sérieux, ils menaient une vie de prière contemplative et de pénitence, sur la base de la Règle de Saint Augustin.
Mais il arriva aussi – comme cela s’est vu si souvent dans l’histoire de l’Eglise – que l’ermitage attira des fidèles, de plus en plus nombreux, venant chercher des conseils spirituels et confier leurs intentions.
Le roi Pépin lui-même (il s’agit du deuxième fils de Saint Charlemagne et de Sainte Hildegarde de Vintzgau, dit Pépin d’Italie [777-810]) venait régulièrement consulter Bénigne.
L’ermitage du Mont Baldo, où vécurent les Saints Bénigne et Carus
(dans son état actuel).
Au lieu où vécurent il y a douze siècles les Saints Bénigne et Carus, existe aujourd’hui une petite église dédiée à Saint Zénon : Saint Zénon, né en Mauritanie aux alentours de l’an 300, fut le huitième évêque de Vérone (de 362 à sa mort qui survint le 12 avril 371).
Cette petite église a été rénovée à maintes reprises au cours des siècles. En 1969, un petit refuge lui a été accolé, car l’ascension du Mont Baldo et la visite de l’ermitage sont très prisées des randonneurs.
L’intérieur, assez rustique, de l’église, est un hâvre de recueillement et de silence. Le retable, assez complexe, de l’autel, présente les statues des Saints Bénigne et Carus entourant celle de Saint Zénon de Vérone.
Intérieur de la petite église Saint-Zénon du Mont Baldo (état actuel).
Le culte des Saints Bénigne et Carus est – on le voit – assez lié à celui de Saint Zénon de Vérone, bien que plus de quatre siècles séparent leur vie sur cette terre. Voici comment cela se fait.
Saint Zénon, nous l’avons dit, avait rendu son âme à Dieu le 12 avril 371. A l’époque où vivaient les Saints Bénigne et Carus, Vérone avait entrepris de construire une cathédrale plus grande et plus belle et d’y transférer le corps de Saint Zénon.
Cependant, lorsqu’on voulut retirer son corps du tombeau où il avait reposé jusqu’alors, il se montra si lourd qu’il fut impossible de le soulever, bien que les Véronais employassent pour cela les plus forts parmi les chevaliers, et même la traction de robustes chevaux.
L’évêque de Vérone, Saint Rathold (en italien Ratoldo, né vers 770, et mort vers 840), qui était également chapelain du roi Pépin et avait commandité la reconstruction de la cathédrale, ordonna alors à un prélat et à un diacre de se rendre auprès des deux ermites du Mont Baldo avec mission de les ramener à Vérone : il était certain que la pureté de leur foi et leur vertu seraient en mesure d’accomplir la translation que tout le clergé, le peuple et le roi lui-même attendaient.
Vérone, basilique Saint-Zénon (état actuel) :
elle a été plusieurs fois reconstruite ou restaurée depuis la translation de 807.
Parvenus à l’ermitage en fin de journée, les émissaires de Saint Rathold transmirent aux deux anachorètes les ordres de l’évêque et du roi : après un repas frugal et une courte nuit passée à l’ermitage, ils prirent donc la route au petit matin.
Le démon, qui voulait les empêcher d’aller à Vérone, prit la forme d’un merle qui, battant furieusement des ailes et poussant des cris effrayants, attaqua les pèlerins pour les empêcher d’avancer. Bénigne comprit que le diable possédait l’oiseau et, d’un simple signe de croix, il l’immobilisa dans l’air au-dessus du chemin, lui ordonnant d’y rester jusqu’à leur retour.
La suite de leur voyage se passa sans encombre, et ils arrivèrent au soir à Vérone.
Le lendemain, qui était le 21 mai 806 (ou 807), une impressionnante procession de clercs, de prélats, de notables, de chevaliers et de barons, ainsi que le roi Pépin, suivis par la foule en prière, conduisit les deux ermites jusqu’au tombeau dont on n’avait pu extraire le corps du saint.
Les deux moines s’agenouillèrent et se mirent en prière, puis, avec autant de facilité que s’il se fût agi d’un fétu de paille (une vieille chronique précise même que ce fut du bout de deux doigts seulement), ils soulevèrent le corps de Saint Zénon et le transportèrent dans le nouveau tombeau qui lui avait été préparé dans la crypte de la nouvelle basilique.
Fresque médiévale représentant les Saints Bénigne et Carus
accomplissant la translation de Saint Zénon.
Dès le lendemain, voulant échapper à l’enthousiasme de la foule, ils reprirent le chemin de leur ermitage, où ils « retrouvèrent leur humilité » comme l’écrit joliment le chroniqueur.
A l’endroit où le merle possédé était censé les attendre, ils le trouvèrent mort, mais toujours dans la position immobile, dans les airs, au-dessus du chemin, où ils l’avaient laissé. Ils pleurèrent le pauvre animal, victime du diable, et, ayant repris leur vie solitaire, ils jeûnèrent quarante jours.
Parmi les autres anecdotes qui sont restées célèbres à propos de ces deux saints anachorètes, mentionnons les calomnies que certains mauvais esprits firent circuler, en raison du fait que la sœur de Carus, Oliveta, comme nous l’avons vu ci-dessus, vivait proche d’eux et s’occupait de certaines tâches ancillaires pour leur laisser plus de temps pour la prière. Il n’en fallait pas tant pour que certains criassent au scandale et fissent des insinuations qui alertèrent l’évêque : un diacre vint donc les sommer de se rendre auprès de Sa Grandeur pour qu’ils répondissent à ses questions et se disculpassent.
Ne voulant pas se présenter les mains vides, ils semèrent des navets dans leur jardin avant d’aller se coucher, et, bien que ce ne fût pas la saison, au petit matin avant de se mettre en route ils récoltèrent deux navets de plus de trois livres chacun, qu’ils emportèrent. En chemin, ils furent surpris par une pluie battante si bien qu’ils arrivèrent au palais épiscopal trempés jusqu’aux os.
Malcesine : au pied du Mont Baldo, l’église Saint-Etienne domine le lac de Garde ;
c’est là que sont conservées depuis 1314 les reliques des Saints Bénigne et Carus.
Ayant obtenu la permission de se sécher avant de répondre aux accusations, ils suspendirent leurs vêtements, comme s’il se fût agi d’un fil d’étendage, sur un rayon de lumière qui filtrait par une fenêtre. Voyant cela, et entendant aussi de la bouche du diacre l’histoire des navets, l’évêque les innocenta aussitôt. Il les pria de retourner à leur ermitage, et, dorénavant, il se fit leur défenseur contre les calomniateurs.
Ils vécurent dès lors paisiblement dans leur thébaïde jusqu’à ce que le divin Sauveur vînt les chercher.
On ignore l’année de leur mort, mais la tradition assure qu’ils s’en allèrent tous les deux le même jour, un 26 juillet.
Dès qu’il apprit leur bienheureux trépas, l’évêque de Vérone proclama leur sainteté, et, en 1314, l’évêque Teobaldo Favri fit translater leurs précieux restes dans l’église Saint-Etienne de Malcesine, où ils sont toujours vénérés.
A Malcesine même, leur fête est célébrée le 26 juillet – leur dies natalis – parce qu’elle y prime sur la fête de Sainte Anne ; mais au martyrologe propre des Ermites de Saint Augustin, elle est mentionnée à ce jour, 21 juillet.
Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.
Eglise Saint-Etienne de Malcesine : fresque baroque de la voûte du sanctuaire,
représentant les Saints Bénigne et Carus.
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