2026-134. A qui appartiennent les insultes ?
Soir de la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, 16 juillet.
Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,
je ne vous apprendrai rien en vous disant que mon papa-moine aime beaucoup les contes, souvent porteurs de très grandes leçons de sagesse : au Mesnil-Marie, il y a une étagère de bibliothèque remplie de livres de contes : contes locaux, contes anciens, contes populaires, contes philosophiques… etc. C’est parmi ces derniers que j’ai trouvé un très beau conte japonais qui m’a beaucoup plu, beaucoup fait réfléchir, et que, de ce fait, je souhaite aussi porter à votre connaissance, et à votre réflexion…
Un vieux samouraï avait décidé de consacrer les dernières années de sa vie à enseigner son art à des jeunes gens qu’il avait triés sur le volet. Il était réputé pour sa grande sagesse, mais surtout on murmurait qu’il était invaincu et que, malgré son âge, il était toujours capable de battre n’importe quel adversaire.
Un jour, se présenta devant lui un jeune guerrier arrogant et ambitieux dont on disait qu’il n’y avait personne qui maniât comme lui les techniques de la provocation.
Ce jeune guerrier n’avait jamais perdu un combat ; et comme il connaissait la réputation du vieux samouraï, il était venu avec l’ambition de le vaincre afin d’accroître sa propre gloire.
Le vieux maître accepta le défi.
Au jour dit, ils furent nombreux à se rassembler sur la place du village, car d’une part tous les élèves vinrent encourager leur maître, et d’autre part l’annonce de ce duel singulier avait attiré nombre de curieux.
Le jeune guerrier commença à insulter le vieux samouraï, il débita de nombreuses calomnies pour ternir sa réputation, il se répandit en mensonges révoltants sur son compte pour qu’on le méprisât ou se moquât de lui ; puis il lui lança des pierres et il lui cracha même au visage. Pendant des heures, il fit tout ce que lui proposaient son imagination et son immense ambition afin de provoquer le vieux maître, qui resta impassible.
A la tombée de la nuit, épuisé, mais surtout humilié, le jeune guerrier prétentieux se retira.
Toutefois, tout-à-la-fois dépités et amers d’avoir vu leur maître accablé d’autant d’insultes et de provocations, ses élèves dans l’incompréhension l’interrogèrent :
– Comment avez-vous donc pu supporter une telle humiliation ? Pourquoi ne vous êtes-vous pas servi de votre épée pour vous défendre ?
– Si quelqu’un vous tend un cadeau et que vous ne l’acceptez pas, à qui appartient le cadeau ?, demanda le vieux samouraï.
– A celui qui voulait le donner ? suggéra l’un des disciples.
– C’est exact. Et cela vaut aussi pour la rage et les insultes, dit le maître. Lorsqu’elles ne sont pas acceptées, elles appartiennent toujours à celui qui les porte dans son cœur.

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