2026-131. Le 13 juillet, nous fêtons Saint Eugène de Carthage, évêque et martyr, qui fut exilé à Albi par les Vandales.
13 juillet,
Fête de Saint Eugène de Carthage, évêque et martyr, et de ses compagnons ;
Mémoire de Saint Anaclet, pape et martyr ;
Anniversaire de la mort du Connétable Bertrand du Guesclin (+ 13 juillet 1380) ;
Anniversaire du martyre du Chanoine Clément de la Bastide de la Molette (+ 13 juillet 1792 – cf. > ici).

En l’an 429, les Vandales, qui avaient envahi une partie de la péninsule ibérique depuis déjà une vingtaine d’années, franchirent le détroit de Gibraltar et commencèrent l’invasion de l’Afrique du nord, sous la conduite du célèbre Genséric (vers 389 – 477).
Ils atteignirent Hippone dont ils commencèrent le siège en mai ou juin 430. C’est dans ces circonstances que notre Bienheureux Père Saint Augustin fut rappelé à Dieu (+ 28 août 430). Toutefois, les Vandales – inexpérimentés dans la guerre de position et le siège d’une ville bien défendue – finirent par abandonner au bout de quatorze mois. Toutefois, après leur départ, beaucoup d’habitants s’enfuirent et la ville déclina. Les Vandales s’en empérèrent l’année suivante.
Carthage succomba à son tout en 439 et les Vandales y établirent leur capitale : le Royaume de Carthage durera presque un siècle. Siècle très dur pour les populations chrétiennes qui furent alors soumises à des vagues de sanglantes persécutions de masse, car les Vandales étaient ariens et leurs souverains se montrèrent impitoyables envers ceux qui demeuraient fidèles à la foi de Nicée.
Karl Brioullov (1799-1852) : Pillage de Rome par Genséric en 455 (1833-1836)
[Galerie Tretjakow, Moscou].
Le siège épiscopal de Carthage resta vacant pendant vingt-quatre ans.
En 481, Hunéric, fils et successeur de Genséric autorisa les catholiques, sous certaines conditions, à élire leur archevêque : c’est ainsi que fut désigné Eugène, citoyen de Carthage réputé pour son érudition, son zèle, sa piété, sa prudence, ainsi que pour ses abondantes charités envers les nécessiteux. Sa vertu, d’ailleurs, lui valait le respect et l’estime des Ariens eux-mêmes.
Sa position d’archevêque de Carthage faisait de lui le primat d’Afrique du Nord, avec donc une prépondérance indiscutable sur tous les autres évêques de cette partie de la Chrétienté.
Bientôt cependant, Hunéric, fut repris par le même zèle désordonné de l’hérésie, comme l’avait été son père : il essaya, en 484, de réunir une sorte de concile auquel étaient convoqués les évêques nicéens et les évêques ariens. Le but était de réduire les catholiques au silence et de proclamer que tous avaient professé d’une seule voix les doctrines de l’arianisme.
Eugène lui tint tête avec une ferme assurance, et le pseudo-concile tourna court.
Furieux, le roi Hunéric déclencha une impitoyable persécution : de nombreuses religieuses furent torturées avec une cruauté sans égale ; la quasi totalité des évêques d’Afrique du nord, une foule de prêtres, de diacres et de moines, ainsi qu’un grand nombre de fidèles laïcs choisis parmi les plus notables et les plus influents furent déportés : quelques uns en Corse, la plupart dans les déserts d’Afrique. Eugène fut emmené dans le désert de Tripolitaine sous la garde d’un certain Antonius, évêque arien particulièrement cruel.
Dans leur exil, tous ces héroïques confesseurs étaient soumis à des espèces de travaux forcés, avec des vexations et des mauvais traitements de toutes sortes qui s’ajoutaient aux rigueurs du climat.
La tradition parle de plus de cinq-cents compagnons, clercs et laïcs, qui subirent le martyre avec Eugène, qui, lui, toutefois, n’en mourut pas.
Vitrail de l’église de Saint-Pierre de Chanzeaux (diocèse d’Angers) :
Saint Eugène guérissant un aveugle.
Gontamond, cousin et successeur d’Hunéric (+ 23 décembre 484), désireux de paix, suspendit la persécutiona en 487 et permit le retour d’Eugène à Carthage, ainsi que celui de tous les prêtres exilés qui avaient survécus : les églises catholiques purent rouvrir.
Mais à la mort de Gontamond (+ 496), son frère Thrasimond monta sur le trône du Royaume de Carthage et relança la persécution.
Saint Eugène, condamné à mourir par le glaive, vit sa peine commuée en un nouveau et définitif bannissement : il fut alors envoyé en exil sur les terres d’Alaric II, roi des Wisigoths de Toulouse, eux aussi sectateurs de l’arianisme.
Assigné à résidence à Albi, il y joua peut-être le rôle d’évêque, avec l’appui des notables locaux hostiles à la domination wisigothique. Il mourut dans la ville ou dans son voisinage, le 13 juillet de l’an 505.
Saint Grégoire de Tours décrit le sanctuaire où il reposait aux côtés de Saint Amarand (un martyr local sur la tombe duquel il avait dédicacé un sanctuaire), à Vieux (aujourd’hui petite paroisse à environ huit lieues au nord-ouest d’Albi), et parle des miracles accomplis à son tombeau.
Plus tard, sans qu’on puisse dire de façon très tranchée s’il s’agit d’un développement infondé où s’il y a une part de réalité à la chose (car selon les exemples de Saint Augustin les évêques d’Afrique du Nord avaient souvent favorisé l’institution canoniale pour le clergé qui les entouraient), on écrivit de lui qu’il était, au moment de sa mort, à la tête d’une petite communauté monastique, à Vieux.
En 1494, Louis Ier d’Amboise, évêque d’Albi, fit la translation de ses reliques à la cathédrale.
Nota bene :
il ne faut évidemment pas confondre Saint Eugène de Carthage avec
Saint Eugène de Tolède, disciple de Saint Denis, et lui aussi martyr,
dont nous avons parlé > ici.
Vitrail de Saint Eugène de Carthage
dans l’église Saint-Laurent de Gougenheim (archidiocèse de Strasbourg).
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