2026-119. Sur la « méthode Habsbourg ».
Lettre mensuelle aux membres et amis de la
Confrérie Royale
- 25 juin 2026 -
Edouard de Habsbourg-Lorraine : « La méthode Habsbourg »
éditions Salvator, 2025, 235 pages (17,90 €).
Sur la « méthode Habsbourg » :
Les anciennes monarchies ont souvent admiré les qualités de la monarchie française, et, encore maintenant enexil, Monseigneur le Dic d’Anjour peut par sa tenue être facilement admiré par bien des chefs de maisons.
Il n’est toutefois pas inutile d’aller voir parfois chez nos voisins, qui ont aussi leurs vertus.
En 2023 est paru en anglais, puis a été traduit en français en 2025 (et on peut le supposer aussi en allemand) un livre de S.A.I.R. l’Archiduc Edouard d’Autriche : La méthode Habsbourg.
Ce Prince, né en 1967, père de six enfants, dont un garçon, de la ligne palatine de Hongrie, est presque de dernier des Habsbourg actuels (avant son fils et son frère puiné prêtre).
Ce n’est donc pas une quelconque ambition qui le fait écrire ce livre (p.52), mais bien l’ « amour de sa famille » (pp. 32 et 231) et l’amour du bien commun, deux vertus éminemment louables.
Le sous-tire est : « Sept principes pour traverser des temps troublé ». Le livre donne les principes généraux d’une bonne politique.
La dédicace : « Aux Habsbourg les plus importants de ma vie : ma femme et mes enfants, car que serions-nous sans la famille ? Au Bienheureux empereur Charles : qu’un grand nombre vienne à connaître cet humble géant de la foi » [mort le 1er avril 1922]. Famille et foi donnent déjà les bases de ces principes.
Sans vouloir écrire l’histoire de la famille de Habsbourg, puis, par mariage au XVIIIème siècle de Habsbourg-Lorraine, le prince s’appuie sur plusieurs exemples de celle-ci pour décrire les principes de ce qu’il pense être la méthode de sa famille, et qui sont pour l’essentiel des principes catholiques (comme il le dit page 32).
Sans vouloir « rétablir la monarchie », dit-il plusieurs fois, « quoiqu’il ne faille jamais dire jamais », ajoute-t-il chaque fois, il pense que ces principes seraient bien utiles aux Etats modernes ainsi qu’aux individus pouvant avoir une responsabilité.
Malgré la modestie de l’auteur sur lui et sur ses ancêtres, le Prince en sait beaucoup sur sa famille, et sait conter dans un style agréable et avec humour (sur la bataille de Morgaten, les vignes de Vienne, la mâchoire Habsbourg, la phrase de l’Empereur Charles VI mourant, la phrase de l’Empereur François-Joseph Ier sur les constitutions, les chocolats de l’Imératrice Zita de Bourbon-Parme, les mariages des Archiducs…).
Donc sept principes qui se sont retrouvés de façons variable sur la plupart des trônes et qui seraient bien utiles aux gouvernements contemporains (fait remarquer le Prince plusieurs fois, très lucide sur la vacuité morale de ces derniers).
On pourra donc y voir beaucoup de ressemblances avec les principes capétiens, en y changeant tels détails ou l’importance de tels points, selon les circonstances diverses où les deux dynasties ont vécu.
Le premier principe est le mariage (fondement de la société, disait Louis XIII) : « sans famille nombreuse, la société tend à s’effondrer dans l’isolement et l’égoïsme ». La famille est aide entre époux, exemple des parents, soutien mutuel de ses membres, enfants, dons de Dieu, sacrement béni par Dieu pour le bonheur de ses membres, avenir terrestre, et finalement « aller au paradis », comme le disait le Bienheureux Empereur Charles Ier lors de son mariage.
En politique le mariage est « moins brutal et souvent plus efficace que les combats ». L’Archiduc rappelle aussi que les mariages arrangés d’autrefois étaient plus heureux et plus solides que les mariages romantiques de beaucoup de jeunes gens actuels, en raison du partage qu’ils avaient ensemble de la foi, du caractère sacré du mariage, de l’importance de la féco,dité, des responsabilités sociales, et (p. 225) de la chasteté prénuptiale.
Si la maison d’Autriche a beaucoup profité du mariage pour acquérir des royaumes, la maison de France l’a beaucoup utilisé pour obtenir ou maintenir la paix dans le Royaume puis en Europe [et notamment ceux de François Ier avec Eléonore, de Charles IX avec Elisabeth, de Louis XIII avec Anne, de Louis XIV avec Marie-Thérèse, de Louis XVI avec Maie-Antoinette, toutes Archiduchesses d’Autriche ; l’on pourrait ajouter Henri V et Jean III qui ont épousé Marie-Thérèse et Béatrice Archiduchesses d’Autriche en pleine paix, et encore Alphonse II qui s’apprêtait à épouser l’Archiduchesse Constance, que des principes communs rapprochaient, comme elle le dit après la mort de son fiancé).
Le deuxième principe est la foi : « La foi catholique a toujours été forte dans notre famille » (comme chez les Rois très-Chrétiens).
L’auteur est gêné par l’actuel œcuménisme et l’actuelle séparation de l’Eglise et de l’Etat, qu’il n’ose pas refuser ouvertement ; mais dans la pratique il loue les actes catholiques de ses ancêtres et leurs actes de dévotion, et regrette la faiblesse religieuse de certains d’entre eux (mais « le Christ est venu sauver les pécheurs ») ; il magnifie le sacre impérial germanique ou royal hongrois, loue la défense de la foi catholique contre l’hérésie, et reprend la phrase de l’Empereur Charles-Quint qu’ « il est plus probable qu’un moine allemand se soit trompé que les maîtres de l’Eglise pendant plus de mille ans ».
« Si le but d’une vie chrétienne est vraiment d’aller au paradis, il est important que les dirigeants vivent leur foi de manière visible ».
A ce sujet on peut regretter l’erreur (pardonnable vue d’Autrivhe) qui croit que pour le Cardinal de Richelieu « tout devait être subordonné aux intérêts de l’Etat, y compris ceux de l’Eglise catholique » (p.85) : une telle affirmation est ne rien comprendre à la politique du Cardinal, qui défendait la Religion catholique en france, comme le reconnaissaient les évêques, et en Europe comme le reconnaissait Urbain VIII.
Le troisième principe est l’empire (principe différent du « pré carré » français), interprêté comme principe de subsidiarité, « selon lequel tout problème doit être traité par le niveau institutionnel compétent le plus bas », principe naturel évident que les Rois de France ont beaucoup utilisé, et que le Prince reproche à l’Union Européenne de ne pas appliquer.
L’Archiduc rappelle qu’ « en plus la subsidiarité est une politique pertinente et efficace sur le plan politique ».
Il rappelle que l’Empire austro-hongrois a « rassemblé sous le ciel d’un même empire, et dans la paix, des nations bien différentes » (p.14) : tout le contraire des nationalismes modernes depuis la Révolution.
Et il signale à juste titre qu’il n’y a pas de principe d’unité dans l’Union Européenne, tandis que l’ « Empereur, en sa personne, rappelait aux gens ce qui les unissait » (ce qui était aussi le cas du Roi de France).
Le quatrième principe est la justice (premier devoir aussi du Roi de France), et « servir » sans vouloir « disparaître dans une vie purement privée », et le faire « avec honnêteté », « car Dieu rendra le jugement final » (à la différence, note-t-il, des calculs en vue des élections).
L’Archiduc rappelle qu’en 1910 Théodore Roosevelt, ancien président des Etats-Unis, demanda à l’Empereur François-Joseph quelles étaient, au milieu des chambres et gouvernements élus, son activité. L’Empereur répondit avec clairvoyance : « Ma fonction consiste à protéger mes peuples de leurs politiciens ». Et l’Archiduc ajoute avec lucidité : « Qui protège aujourd’hui les électeurs de leurs politiciens ? »
Le cinquième principe est celui de Socrate : « Connais-toi toi-même » ; appliqué aux dynasties et aux pays, selon cette phrase de feu l’Empereur Othon : « Ceux qui ne savent pas d’où ils viennent ne savent pas où ils vont, parce qu’ils ne savent pas où ils sont » (c’est aussi valable pour les Français).
L’Archiduc rappelle l’importance de « la stabilité et des valeurs traditionnelles, telles que la famille et la foi », à la différence « des idées mondialistes » et « des modes éphémères ».
Le sixième principe est le courage au combat : être pacifique ne signifie pas refuser de combattre (de même que le Roi de France, qui, cultivant pacifiquement les lys de son jardin, savait défendre son Royaume).
En ce domaine l’Archiduc a quelques réticences au sujet de la politique internationale du Roi de France : c’est bien compréhensible pour un Archiduc et c’est dit sans polémique, nous ne lui en voudrons pas. Rappelons l’importance que dans les nouvelles circonstances Louis XV et Marie-Thérèse attachaient à l’union entre l’Autriche et la France.
Le septième principe est une bonne mort, inspirée de la crypte des Capucins (comme celle des Rois de France l’était de l’abbaye de Saint-Denys).
« Nous allons tous mourir », et c’est « l’un des moments les plus importants de la vie » auquel nous devons nous préparer « dès l’enfance ».
L’Archiduc rappelle l’existence de l’enfer et du purgatoire (qu’il s’étonne de ne plus voir rappeler par les prêtres lors des funérailles), le peu de probabilité d’une conversion sur son lit de mort, et la nécessité de prier pour les morts. Les anciens souverains « savaient que leur mort devait donner à leurs sujets un exemple public », « que le moment de la mort était leur dernière chance de se faire pardonner auprès de Dieu », et « que la prière (des survivants, notamment des monastères) pouvait les aider à paser du purgatoire au paradis ».
Mentionnons un éloge de la Reine de France Marie-Antoinette d’Autriche (p.201), que nous apprécierons.
Et rappelons l’une des dernières paroles du Bienheureux Empereur Charles Ier : « Je dois endurer toutes ces souffrances pour l’union de mon peuple ».
En conclusion : « la prochaine fois qu’un homme politique fera quelques chose de stupide, posez-vous la question suivante : Qu’aurait fait un Habsbourg à sa place ? » Et un Bourbon ?
En somme un livre agréable, instructif, de bon esprit, avec de beaux portraits d’Empereurs et d’Archiducs, et qui donne de son auteur une idée sympathique.
Nous lui présentons nos respectueux remerciements pour son livre.
Abbé Gabriel Equin +.
Même le prince-chat du Prieur de la Confrérie Royale a beaucoup aimé ce livre !
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Depuis 1736, les Lorrains pleurent avec leurs princes, leur indépendance et leur catholicité. Abandonnés pour une paix européenne qui n’a jamais tenu aucune de ses promesses. Il y a t’il dans cette méthode l’ éloge de l’ abandon ? Blague !
Quoiqu’il en soit je lirai avec plaisir ce livre.
Merci de nous l’ avoir signalé.
Intéressantissime ! A mettre dans beaucoups de mains.
Très intéressant, cet article méditant sur la « méthode Habsbourg »… qu’appliquaient nos Rois de France, et que nous aimerions voir appliquée en notre Pays dès maintenant en attendant l’avènement du bon Roi Louis XX.