2026-108. Méditation proposée pour la fête du Très-Saint-Sacrement.
Jeudi après le dimanche de la Sainte Trinité :
Fête du Très-Saint-Sacrement.

Présence de Dieu :
« O Pain Vivant, qui caches mon Trésor,
prosterné devant Toi, je T’adore ! »
(Saint Jean de la Croix – poésies).
Méditation :
1 – D’étape en étape, nous sommes montés, au cours de l’année liturgique, de la considération des mystères de la vie de Jésus, jusqu’à la contemplation de la Très Sainte Trinité, dont nous avons célébré la fête dimanche dernier. Jésus, notre Médiateur, notre vie, nous a pris par la main et nous a conduits vers la Trinité ; et, aujourd’hui, il semble que la Trinité Elle-même veuille nous ramener à Jésus, considéré dans Son Eucharistie.
« Nul ne vient au Père que par Moi » (Jean XIV, 6), a déclaré Jésus, et Il a ajouté : « Nul ne peut venir à Moi si Mon Père [...] ne l’attire » (Jean VI, 4).
Tel est l’itinéraire de l’âme chrétienne : de Jésus au Père, à la Trinité ; de la Trinité, du Père, à Jésus. Jésus nous porte au Père, le Père nous attire vers Jésus.
Le chrétien ne peut absolument se passer du Christ ; Il est, au sens le plus strict du mot, notre Pontife, Celui qui fait le pont entre Dieu et nous.
A la fin du cycle liturgique, dans lequel nous commémorons les mystères du Sauveur, l’Eglise, en bonne Mère, sachant que notre vie spirituelle ne peut subsister sans Jésus, nous conduit vers Celui qui vit véritablement dans le Très-Saint-Sacrement de l’autel. La solennité du « Corpus Domini » n’est pas le simple souvenir d’un fait historique qui se pasa il y a environ deux mille ans, au soir de la dernière Cène ; c’est la fête d’un fait actuel, d’une réalité toujours présente, toujours vivante au milieu de nous, grâce à laquelle nous pouvons dire que Jésus ne nous a pas « laissés orphelins », mais qu’Il a voulu S’établir auprès de nous, dans l’intégrité de Sa Personne, avec toute Son Humanité, toute Sa Divinité.
« Il n’est point – et il n’y eut jamais – d’autre nation si grande, chante avec enthousiasme l’Office du jour, qui ait des dieux proches d’elle, comme notre Dieu nous est présent » (Bréviaire).
Dans l’Eucharistie, Jésus est vraiment l’Emmanuel, le Dieu avec nous.
Philippe de Champaigne (1602-1674) : la Cène, dite « la petite Cène » (1652)
[Musée du Louvre, Paris].
2 – L’Eucharisite n’est pas seulement Jésus vivant véritablement parmi nous, mais Jésus en tant qu’Il S’est fait notre nourriture. Tel est l’aspect principal sous lequel la liturgie du jour nous présente ce mystère ; on peut dire qu’il n’est aucune partie de la Messe qui ne s’y rapporte directement ou, tout au moins n’y fasse allusion.
L’introït s’y réfère en mentionnant le froment et le miel dont Dieu nourrit jadis les Hébreux au désert, – aliments miraculeux, et cependant très pauvres images du « Pain vivant et vivifiant » (séquence) de l’Eucharistie.
L’épître en parle, en rappelant l’institution du Sacrement, lorsque Jésus « prit du pain et, rendant grâces à Dieu, le rompit et dit : ‘Prenez et mangez : ceci et Mon Corps’ » ; le graduel le chante : « Les yeux de tous les êtres attendent tournés vers Vous, Seigneur, et Vous leur donnez la nourriture en temps opportun ».
La très belle séquence du Lauda Sion le célèbre longuement, tandis que l’Evangile, faisant écho à l’Alléluia, cite le passage le plus significatif du discours dans lequel Jésus Lui-même annonça l’Eucharitie : « Ma Chair est vraiment une nourriture, et Mon Sang vraiment un breuvage ».
Reprenant une phrase de l’épître, la Communion nous rappelle ensuite le devoir de recevoir dignement le Corps du Seigneur.
La Postcommunion, enfin, nous dit que la communion eucharistique est le gage de l’éternelle communion du Ciel.
Mais pour mieux comprendre la valeur immense de l’Eucharistie, il faut se rapporter aux paroles mêmes de Jésus, rappelées très opportunément dans l’Evangile du jour : « Celui qui mange Ma Chair et boit Mon Sang, vit en Moi et Moi en lui ».
Jésus S’est fait notre nourriture pour nous assimiler à Lui, nous faire vivre de Sa vie, nous faire vivre en Lui, comme Lui-même vit en Son Père.
L’Eucharistie est vraiment le sacrement de l’union, en même temps que la preuve la plus claire et la plus covaincante que Dieu nous aime et nous appelle à l’union intime avec Lui.
Luca Giordano (1634-1705) : la communion des Apôtres (vers 1700)
[Musée d'art sacré de Bilbao].
Colloque :
« O Dieu, ô Créateur, ô Esprit de vie qui comblez Vos créatures de grâces, Vous accordez à Vos élus le don qui toujours se renouvelle : le Corps et le Sang de Jésus-Christ !
O Jésus, Vous avez institué ce Sacrement, non par crainte, ni dans le désir d’en retirer quelque avantage, mais uniquement sous la motion d’un amour qui n’a pas d’autre mesure que d’être sans mesure. Vous avez institué ce Sacrement, parce que Votre amour surpasse toute expression.
Brûlant d’amour pour nous, Vous avez voulu Vous donner à nous et avez pris place dans l’Hostie consacrée, tout entier et pour toujours, jusqu’à la consommation des siècles.
Vous l’avez fait, non seulement pour nous rappeler le souvenir de Votre mort qui est notre salut, mais encore pour demeurer avec nous tout entier et à jamais.
« O mon âme, si tu veux pénétrer dans la profondeur de ce mystère, il faut que l’amour éclaire ton regard pour que tu discernes et comprennes ! Considère la dernière Cène : vois Jésus-Christ, conscient d’avoir à Se séparer bientêt de Son Humanité, et voulant pourtant S’unir à nous à jamais ; contemple l’amour par lequel Il institua le Sacrement qui Lui permet de S’unir corporellement et pour toujours à l’humanité.
O amour inextinguible ! O amour du Christ, ô amour du genre humain ! Quel véritable foyer d’amour ! O Jésus, Vous aviez déjà sous les yeux la mort qui Vous attendait, les douleurs et les tourments atroces de la Passion Vous déchiraient le Cœur, et néanmoins Vous voulûtes Vous offrir à Vos bourreux et faireen sorte que, grâce à ce Sacrement, ils puissent Vous posséder toujours commedon d’éternité, ô Vous, dont les délices sont d’être avec les enfants des hommes !
« O mon âme, comment ne te plongerais-tu pas toujours davantage dans l’amour du Christ sur qui l’oubli n’eut prise ni dans la vie ni dans la mort, mais qui a voulu Se donner tout entier à nous et nous unir à jamais à Lui ? » (Sainte Angèle de Foligno).
Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd,
In « Intimité divine », tome II pp. 3-6.
Pietro Sindico (1818-1893) : Première communion de Saint Louis de Gonzague
de la main de Saint Charles Borromée (1839)
[Palazzo Sordello Mantoue].
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