2026-105. La charité réunit ce qu’avait séparé la discorde.

Samedi dans l’octave de la Pentecôte :
Samedi des Quatre-Temps d’été.

       Pour ce dernier jour de l’octave de la Pentecôte, lisons, relisons et méditons ce court sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin, qui porte le n° CCLXXI et fait partie de la série des sermons prononcés à l’occasion de la fête de la Pentecôte.
C’est un sermon qui développe l’opposition entre la tour de Babel et le mystère de la Pentecôte ; opposition souvent commentée par les Pères de l’Eglise ; opposition entre la confusion des langues et la division de l’humanité d’une part, et d’autre part le don des langues, accordé aux Apôtres par le Saint-Esprit, qui en quelque manière rétablit l’unité de l’humanité dans l’unique Eglise. 

Mattia Bortoloni construction de la tour de Babel

Mattia Bortoloni (1696-1750) : construction de la tour de Babel (1716-1717),
fresque de la Villa Cornaro à Piombino Dese (province de Padoue).

   Voici, mes frères, un beau jour ; c’est le jour où la lumière de la Sainte Eglise brille aux yeux des fidèles, où la charité embrase leurs murs ; c’est le jour solennel où après Sa Résurrection et après la gloire de Son Ascension, Jésus-Christ Notre-Seigneur a envoyé l’Esprit-Saint.
« Si quelqu’un a soif, disait-Il au rapport de l’Evangile, qu’il vienne à Moi et qu’il boive. Celui qui croit en Moi, des fleuves d’eau vive couleront dans son sein ». Or l’Evangéliste explique ainsi les paroles du Sauveur : « Il disait cela, observe-t-il, de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Lui ; car l’Esprit n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean VII, 37-39). Une fois donc que Jésus fut glorifié par Sa Résurrection d’entre les morts et Son Ascension aux cieux, Il devait donner le Saint-Esprit, l’envoyer après l’avoir promis.

   C’est ce qui eut lieu. Après avoir effectivement passé avec ses disciples les quarante jours qui suivirent Sa Résurrection, le Seigneur monta au ciel, et le cinquantième jour, le jour dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire, Il envoya l’Esprit-Saint, comme l’atteste l’Ecriture : « Soudain, dit-elle, il se fit un bruit du ciel, comme celui d’un vent impétueux qui s’élève ; et il leur apparut comme plusieurs langues de feu, et ce feu se reposa sur chacun d’eux, et ils se mirent à parler toutes les langues, comme l’Esprit-Saint leur donnait de parler » (Act. II, 1-4).

   Ce souffle emportait la paille sous laquelle étaient ensevelis leurs cœurs ; ce feu consumait en eux l’antique concupiscence, et ces langues que parlaient tous ceux que remplissait l’Esprit-Saint, annonçaient que l’Eglise se répandrait partout où les Gentils parlent leurs langues diverses.
De même donc qu’après le déluge l’impiété superbe voulut bâtir malgré le Seigneur une tour fort élevée et que le genre humain mérita alors que lui fût infligé le supplice de la division des langues, chaque nation parlant un idiome que ne comprenaient pas les autres nations (Gen. XI, 1-9) ; ainsi l’humble piété des fidèles assujettit cette diversité de langage à l’unité de l’Eglise, la charité réunissant ce qu’avait séparé la discorde, et le genre humain s’attachant au Christ, comme à la tête s’attachent les membres d’un même corps, pour être comme fondus dans cette unité sainte par le feu de la charité.

   A ce don de l’Esprit-Saint demeurent donc étrangers ceux qui ont en horreur la grâce de la paix, ceux qui ne restent pas en communion avec l’unité.
S’ils sont aujourd’hui solennellement rassemblés, s’ils entendent ces leçons sacrées où il est question de la promesse et de l’envoi du Saint-Esprit, ils les entendent pour leur condamnation et non pour leur sanctification.
Qu’importe de prêter l’oreille quand le cœur repousse, et de fêter le jour de Celui dont on rejette la lumière ?

   Pour vous, mes frères, pour vous, membres du Corps du Christ, enfants de l’unité et fils de la paix, célébrez ce jour avec joie, célébrez le sans inquiétude, car en vous s’accomplit ce que promettait l’Esprit-Saint quand il descendit alors.
De même en effet que chacun de ceux qui recevaient en ce moment le Saint-Esprit parlait toutes les langues : ainsi s’exprime aujourd’hui dans tous les idiomes l’unité de l’Eglise répandue parmi toutes les nations ; et c’est dans son sein que vous possédez le Saint-Esprit, vous, qui n’êtes séparés par aucun schisme de cette Eglise du Christ qui parle toutes les langues.

Louis Galloche - la Pentecôte  - musée des Beaux-Arts de Nantes - blogue

Louis Galloche (1670-1761) : la Pentecôte
[Musée des Beaux-Arts de Nantes].

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 30 mai 2026 à 7 h 47 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Les ténèbres et La Lumière… Les ténèbres sont multiples. Elles procèdent de Lucifer qui s’oppose stupidement au projet divin. La Lumière procède de l’Esprit-Saint venu éclairer nos ténèbres, envoyé par le Père et le Fils.
    Babel, c’est aujourd’hui aussi condamnable et plus encore. Mais l’image est la même.
    Saint Augustin exprime en ce sermon cette dualité dans la flamme brûlante de son cœur enflammé par l’Esprit-Saint.

    Venez, Esprit-Saint, enflammez les cœurs des hommes d’aujourd’hui. Illuminez le monde par votre effusion.

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