2026-102. « Ceux qui défendent ce que les catholiques ont toujours cru sont qualifiés de rigides. Ceux qui adaptent la foi à la culture moderne sont loués comme prophétiques. »

Jeudi dans l’octave de la Pentecôte, 28 mai 2026.

       Ce mercredi soir 27 mai 2026, sur le site d’actualités de la FSSPX (cf. > ici) nous avons été très heureux de trouver la traduction française d’une lettre publique que Son Excellence Monseigneur Joseph Strickland, évêque émérite de Tyler (dans l’Etat du Texas aux Etats-Unis), a publiée à l’occasion de la fête de la Pentecôte.
Ce que cet évêque courageux – injustement « démissionné » par force par le pape Bergoglio de sinistre mémoire – exprime dans ce texte, nous le pensons de façon nous aussi et n’aurions pas su l’écrire avec autant de justesse et autant de force. Voilà pourquoi il nous a semblé fondamental de le reproduire intégralement ci-dessous, invitant nos lecteurs, nos amis, à le lire avec la grande attention, et même à le relire plusieurs fois pour s’en bien pénétrer.

Mgr Joseph Strickland

Son Excellence Monseigneur Joseph Strickland,
évêque de Tyler (Texas), démissionné par force par feu le pape Bergoglio.

       Il y a une vieille chanson de Simon et Garfunkel intitulée The Sound of Silence. Beaucoup d’entre vous la connaissent. Une phrase dit : « Des gens qui parlent sans parler, des gens qui entendent sans écouter ». Ces paroles résonnent dans mon esprit à l’approche de la Pentecôte.

   Car nous vivons à une époque remplie de bruit. De paroles sans fin. De commentaires sans fin. De déclarations sans fin. De réunions sans fin. De documents sans fin. De discussions sans fin. Et pourtant, sous tout ce vacarme, un terrible silence grandit dans le monde, et même dans certaines parties de l’Église.

   Non pas le saint silence de la prière. Non pas le silence d’une âme agenouillée devant le Très Saint Sacrement. Non pas le silence des moines ou des religieux cloîtrés à l’écoute du murmure de Dieu. Mais le silence qui s’installe lorsque les hommes cessent d’écouter le Saint-Esprit.

   Ce dimanche, nous célébrons la Pentecôte, lorsque le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres sous forme de langues de feu. Les hommes effrayés, cachés derrière des portes verrouillées, devinrent alors des témoins intrépides de Jésus-Christ. Ils ne sortirent pas du Cénacle dans l’incertitude. Ils ne sortirent pas en parlant avec ambiguïté. Ils ne sortirent pas en cherchant à s’accommoder de l’esprit du siècle. Ils sortirent en proclamant la vérité avec audace, même si cela devait leur coûter la vie.

   Voilà ce qu’accomplit la Pentecôte.

   Le Saint-Esprit n’est pas l’esprit de confusion. Il est l’Esprit de Vérité.

   Notre-Seigneur dit dans l’Evangile selon saint Jean : « Mais quand sera venu l’Esprit de vérité, Il vous enseignera toute vérité… » (Jean 16, 13).

   Le Saint-Esprit ne contredit pas Jésus-Christ. Le Saint-Esprit ne renverse pas la Révélation divine. Le Saint-Esprit n’efface pas la Sainte Ecriture. Le Saint-Esprit ne bénit pas ce que Dieu a appelé péché. Le Saint-Esprit n’enseigne pas une chose pendant deux mille ans à travers l’Eglise pour ensuite inspirer soudainement le contraire à l’époque moderne.

   Et pourtant, nous traversons aujourd’hui dans l’Eglise un moment où la confusion se répand à partir même des lieux chargés de garder le dépôt de la foi.

   Nous voyons désormais apparaître au Vatican des discussions et des groupes d’étude qui parlent de l’homosexualité d’une manière provoquant une grave confusion parmi les fidèles. Mgr Athanasius Schneider a récemment qualifié certaines de ces propositions d’hérétiques. Ce mot devrait nous ébranler. L’hérésie n’est pas un simple désaccord. L’hérésie est la corruption de la vérité révélée.

   Et les fidèles sont en droit de demander : comment de telles choses peuvent-elles même être discutées au sein de l’Eglise fondée par Jésus-Christ ? Comment la confusion concernant le péché grave peut-elle devenir normale ? Comment l’ambiguïté peut-elle remplacer la clarté ? Comment des pasteurs peuvent-ils parler sans cesse d’inclusion tout en demeurant étrangement silencieux sur la repentance, la conversion, la sainteté, le jugement et le salut ?

   Frères et sœurs, ces choses ne pourraient pas arriver si les hommes écoutaient réellement le Saint-Esprit.

   La tragédie de notre époque n’est pas que le Saint-Esprit ait cessé de parler. La tragédie est que beaucoup ne veulent plus l’entendre.

   Saint Paul nous avertit clairement : « N’éteignez pas l’Esprit » (1 Thessaloniciens 5, 19).

   Mais depuis des décennies, nous éteignons l’Esprit d’innombrables manières. Nous éteignons l’Esprit lorsque la vérité est adoucie pour ne pas offenser le monde. Nous éteignons l’Esprit lorsque les pasteurs craignent davantage les gros titres que Dieu. Nous éteignons l’Esprit lorsque le péché est rebaptisé “accompagnement”. Nous éteignons l’Esprit lorsque l’identité catholique est sacrifiée à l’approbation du monde. Nous éteignons l’Esprit lorsque le silence tombe là où un avertissement devrait retentir.

   Et ce silence a des conséquences.

   Car lorsque les hommes résistent continuellement à la voix de Dieu, leur conscience s’engourdit. Les cœurs se durcissent. Les âmes deviennent sourdes. Le monde célèbre cette surdité sous les noms de tolérance ou de progrès, mais spirituellement, c’est une catastrophe.

   Le silence auquel nous faisons face aujourd’hui n’est pas un silence paisible. C’est le silence d’une conscience compromise. C’est le silence de pasteurs qui ont peur de parler clairement. C’est le silence qui tombe lorsque l’esprit du monde devient plus fort que l’Esprit de Dieu.

   Et nulle part ce conflit n’est plus visible que dans les attaques contre la Tradition catholique elle-même.

   Nous entendons désormais des menaces et des pressions croissantes visant la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ainsi que la Messe traditionnelle. Réfléchissez bien à ce que cela signifie. Des catholiques attachés à la liturgie ancienne, à la révérence, à la doctrine et à la continuité avec le passé sont traités comme dangereux ou offensants, tandis que des voix contestant ouvertement l’enseignement moral établi sont accueillies dans le dialogue et promues à des postes d’influence.

   Quelle inversion est-ce là ?

   Les fidèles regardent cela avec confusion et tristesse. Ceux qui sont attachés à la Tradition sont surveillés. Ceux qui créent la confusion doctrinale sont célébrés comme “pastoraux”. Ceux qui défendent ce que les catholiques ont toujours cru sont qualifiés de rigides. Ceux qui adaptent la foi à la culture moderne sont loués comme prophétiques.

   Cela ressemble-t-il à la Pentecôte ? Cela ressemble-t-il aux Apôtres remplis du feu du Saint-Esprit ? Ou bien à une Eglise qui a de plus en plus peur de proclamer les vérités difficiles ?

   A la première Pentecôte, Saint Pierre se leva devant la foule et appela les pécheurs à la repentance. Il ne s’excusa pas de la vérité. Il n’adoucit pas la Révélation divine. Il ne chercha pas à harmoniser le christianisme avec la culture païenne. Rempli du Saint-Esprit, il prêcha le Christ crucifié et ressuscité.

   Et quel fut le résultat ?

   Trois mille âmes se convertirent.

   Le monde moderne nous dit que la clarté éloigne les gens. La Pentecôte prouve le contraire. La vérité proclamée dans le Saint-Esprit transperce les cœurs.

   L’Eglise n’a pas besoin de moins de vérité aujourd’hui. Elle a besoin de davantage de saints prêts à la proclamer avec courage et charité.

   Il existe aujourd’hui une autre forme de silence qui grandit. C’est le silence des catholiques qui savent que quelque chose va terriblement mal, mais qui ont peur de le dire. Beaucoup de prêtres fidèles gardent le silence par peur des sanctions. Beaucoup d’évêques gardent le silence par peur de l’isolement. Beaucoup de laïcs gardent le silence par peur du ridicule. Des parents gardent le silence tandis que leurs enfants sont catéchisés par le monde. Des hommes de bien gardent le silence tandis que les loups rôdent librement parmi le troupeau.

   Mais le silence face à la confusion n’est pas la charité. Il existe des moments dans l’histoire où le silence devient une coopération. Et nous vivons un de ces moments.

   Sainte Catherine de Sienne ne demeura pas silencieuse lorsque la corruption se répandait dans l’Eglise. Saint Athanase ne demeura pas silencieux lorsqu’une grande partie de la hiérarchie embrassa l’erreur.

   Saint Pie X avertit contre le modernisme parce qu’il le reconnaissait comme un poison attaquant la foi de l’intérieur. Et nous vivons précisément à cette époque — une époque où la clarté est exigée des catholiques fidèles. Non pas la haine. Non pas l’amertume. Non pas le désespoir. Mais la clarté.

   Le Saint-Esprit n’est pas ambigu concernant la vérité. Le Saint-Esprit n’est pas moderniste. Le Saint-Esprit n’est pas confus au sujet du mariage, de la sexualité, du sacerdoce ou de l’unicité de Jésus-Christ.

   Le Saint-Esprit n’inspire pas une confusion interreligieuse qui traiterait toutes les religions comme également agréables à Dieu. Jésus-Christ n’est pas un chemin parmi d’autres. Il est le Fils éternel de Dieu, l’unique Sauveur du monde. L’Eglise a toujours enseigné cela clairement.

   Pourtant, nous entendons de plus en plus souvent dire que la certitude doctrinale elle-même serait dangereuse. On nous dit qu’insister sur la clarté serait source de division. On nous dit que préserver la Tradition serait de la rigidité. On nous dit que remettre en question la confusion serait de la désobéissance. Mais l’obéissance authentique ne peut jamais exiger le silence face à l’erreur.

   Les saints l’avaient compris.

   La véritable obéissance est l’obéissance à Jésus-Christ et à la foi pérenne transmise par les Apôtres. Et cette foi n’a pas été inventée hier par des comités, des synodes ou des groupes d’étude ; elle a été scellée par le sang des martyrs. Voilà pourquoi la Pentecôte est si importante aujourd’hui.

   Car la Pentecôte nous rappelle à quoi ressemble réellement l’Eglise lorsqu’elle écoute le Saint-Esprit.

   Elle est intrépide. Elle est claire. Elle est sainte. Elle proclame la vérité même lorsque le monde s’élève contre elle.

   Les Apôtres après la Pentecôte ne cherchaient pas l’acceptation de l’Empire romain. Ils cherchaient la fidélité à Jésus-Christ. Et à cause de cette fidélité, ils furent haïs du monde. Presque tous moururent martyrs.

   Aujourd’hui, beaucoup au sein de l’Eglise semblent désespérément vouloir éviter la haine du monde. Pourtant, Notre-Seigneur ne nous a jamais promis l’approbation du monde. Bien au contraire, Il nous a avertis : « Si le monde vous hait, sachez qu’il M’a haï avant vous » (Jean XV, 18).

   Peut-être qu’une partie du silence que nous entendons aujourd’hui vient de la peur. Peur d’être qualifié d’intolérant. Peur de perdre son statut. Peur des critiques. Peur des sanctions. Peur de l’isolement.

   Mais la Pentecôte fut précisément la mort de la peur !

   Le Saint-Esprit n’est pas descendu sur les Apôtres pour les rendre plus acceptables aux yeux du monde. Il est descendu pour faire d’eux des témoins. Et l’Eglise a désespérément besoin à nouveau de témoins. Non pas de célébrités. Non pas de gestionnaires. Non pas d’experts en relations publiques. Des témoins.

   Des prêtres prêts à prêcher les vérités difficiles. Des évêques prêts à défendre la foi quel qu’en soit le prix. Des parents prêts à protéger leurs enfants du poison spirituel. Des religieux prêts à vivre une sainteté visible. Des jeunes prêts à rejeter le vide de la culture moderne. Des catholiques fidèles prêts à demeurer avec le Christ, même lorsque cela devient coûteux.

   Le bruit du silence devient de plus en plus fort dans notre monde.

   Mais la Pentecôte est la réponse du Ciel à ce silence !

   La Pentecôte est le feu de la vérité divine qui pénètre les ténèbres. La Pentecôte est le Saint-Esprit réveillant les âmes endormies. La Pentecôte est le courage triomphant de la peur. La Pentecôte est la clarté triomphant de la confusion. La Pentecôte est la vérité triomphant du compromis.

Jean Restout (1692-1768) : la Pentecôte.

Jean II Restout (1692-1768) : la Pentecôte (1732)
[réalisé pour le réfectoire de l’abbaye de Saint-Denis, mais spoliée à la révolution,
l’œuvre se trouve aujourd’hui au Musée du Louvre].

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 29 mai 2026 à 7 h 01 min D-Nathanaël écrit:

    Texte magnifique de ce grand évêque injustement traité.
    Je souscris totalement au commentaire de SB.

  2. le 28 mai 2026 à 9 h 45 min SB écrit:

    Oui, Mgr Strickland a écrit là un document important qui met chacun d’entre nous, baptisé (laïc et consacré), devant la FORCE des paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » !
    J’avais déjà lu et j’avais été complètement émue par la puissance de son texte !
    Seigneur, ayez pitié de nous !

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