2026-83. Des Rogations.

Le mot latin « rogatio, -onis », formé sur le verbe « rogare » - qui signifie prier, supplier -, désigne donc, au sens premier, un rite de supplication ; en grec, cela se dit « litanéia », qui a donné notre mot français « litanies » : par une sorte de métonymie, voire même de synecdoque, les prières répétitives chantées pendant cette liturgie de supplication ont pris le nom qui désignait originellement l’ensemble de la cérémonie.
Les processions de supplication existaient bien avant le christianisme ; on peut dire qu’elles appartiennent à toutes les religions (cf. ce que nous avons publié au sujet des processions > ici).
Les anciens Romains païens faisaient chaque année des processions de « rogations » à dates fixes dans le but de solliciter des « dieux » d’heureuses récoltes, et, selon les nécessités, ils organisaient également d’autres cortèges de supplication afin d’éloigner les calamités. La plus connue de ces processions païennes de l’ancienne Rome était célébrée le 25 avril et portait le nom de Robigalia : elle se rendait au Pont Milvius, où étaient sacrifiées au « dieu » Robigus les entrailles d’un chien ou bien celles d’un mouton.

La liturgie catholique romaine traditionnelle a quatre processions de Rogations prévues au missel : une, le 25 avril, qui est d’origine romaine, et qui a supplanté la procession païenne de l’Antiquité ; et les trois autres, fixées aux trois jours qui précèdent l’Ascension, dont l’origine se trouve à Vienne, en Dauphiné, au Vème siècle, instituées par Saint Mamert (cf. > ici).
La procession du 25 avril a été adoptée plus tardivement dans les Eglises des Gaules, tandis que, inversement, les Rogations des trois jours précédant l’Ascension ont mis elles aussi du temps avant d’être adoptées à Rome.
Ces raisons historiques font que le missel romain antique qualifie la procession du 25 avril de « litanies majeures », et appelle « litanies mineures » les Rogations d’importation gallicane, alors qu’en France, au contraire, la procession du 25 avril est appelée « litanies mineures » et celles qui précèdent l’Ascension sont les « litanies majeures ».
Les processions des Rogations sont un rite de pénitence institué pour appeler les bénédictions divines sur les fruits de la terre, et pour détourner les châtiments que méritent nos fautes. Voilà pourquoi, traditionnellement, ces jours sont accompagnés par le jeûne et l’abstinence.
Jeûne et abstinence étaient prescrits par les anciens canons ecclésiastiques depuis l’Antiquité chrétienne jusqu’à l’entrée en vigueur du code de droit canonique de 1917. Ce dernier ne mentionnant plus leur obligation (alors qu’il n’abolit pas explicitement l’usage antique multiséculaire), la faiblesse humaine et les répugnances modernes aux pratiques de pénitence ont fait le reste : le jeûne et l’abstinence des Rogations ont fini par être totalement oubliés au cours du XXème siècle, voire à passer pour des originalités incongrues !!!
Je n’étonnerai personne, je crois, en ajoutant qu’au Mesnil-Marie, nous conservons l’usage antique du jeûne et de l’abstinence le 25 avril et aux trois jours avant l’Ascension, quel que soit le degré des fêtes occurrentes.

La fonction liturgique des Rogations se compose d’une procession, au chant des litanies des saints (dont les invocations sont doublées), de stations facultatives et de la célébration d’une Messe spéciale des Rogations (même si c’est un dimanche, mais pas toutefois si c’est un jour de fête double de première classe).
Les clercs qui sont empêchés d’assister aux processions des Rogations sont néanmoins tenus, ces jours-là, de réciter les litanies et leurs oraisons.
A la procession et à la Messe, la couleur est le violet (s’il y a des ministres, ils revêtent pour la procession et pour la Messe les chasubles pliées), et, lorsqu’il y a l’office choral, la procession se fait après l’office de none (conformément à la discipline des jours de pénitence).
Dans les diocèses de France, il est d’usage, à l’une des croix stationnales, d’interrompre le chant des litanies pour intercaler des prières spéciales de bénédiction des champs et des fruits de la terre, et de protection contre les fléaux qui pourrait les compromettre (nous avons publié la traduction des ces prières > ici).
La Messe des Rogations présente quelques particularités, voire ce que l’on pourrait appeler des « curiosités » : on n’y chante pas le « Gloria in excelsis Deo », mais il y a un « Alleluia » ; on n’y allume pas le cierge pascal, mais on utilise la préface de Pâques ; le « Benedicamus Domino » remplace l’ « Ite missa est » (et si, par exemple, le 25 avril arrivait pendant l’octave de Pâques, ce « Benedicamus Domino » ne serait pas suivi d’ « Alléluia »), mais le chœur ne s’agenouille pas pendant la Messe, alors qu’il doit s’agenouiller au début du chant des litanies, avant le départ en procession, ainsi qu’à la fin de la procession pour le Pater, le psaume alterné et les oraisons. Enfin le jeu de l’orgue est autorisé pendant la Messe.
On trouvera un mini « reportage » sur la procession des Rogations accomplie au Mesnil-Marie > ici
Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire