2026-67. Le 15 avril, nous fêtons Saint César de Bus, ardent propagateur de la doctrine chrétienne.
15 avril,
Fête de Saint César de Bus, confesseur ;
Pieuse mémoire de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon ;
Anniversaire de la naissance de Mgr Gaston de Ségur (cf. > ici) ;
Anniversaire de la confirmation de Sa Majesté le Roi (15 avril 1990 – cf. > ici).
Cavaillon à la fin du Moyen-Age.
Saint César de Bus est né le 3 février 1544 à Cavaillon, dans le Comtat Venaissin (qui n’appartenait alors pas au Royaume de France, faut-il le rappeler ?) : il était le fils de Jean-Baptiste de Bus, consul de la ville, et d’Anne de la Marche, septième d’une fratrie de treize enfants.
Son prénom n’est pas une référence à l’antiquité païenne, mais lui a été donné au saint baptême afin de le placer sous la protection de Saint Césaire d’Arles (cf. > ici), grand défenseur de la foi.
Issue de la petite noblesse romaine, la famille de Bus comptait parmi ses ancêtres Sainte Françoise Romaine (1384-1440 – cf. > ici), née Francesca Bussa de Leonis, ou – en latin - de Buxis qui donnera de Bus en provençal.
La première éducation de César lui fut dispensée par un précepteur à domicile. Il poursuivit ensuite ses études en Avignon, dans un pensionnat, puis les acheva en revenant à Cavaillon. Il manifesta très tôt des signes de vocation sacerdotale : il était réputé pour sa piété, pour sa douceur et pour sa grande modestie. Malgré son jeune âge, il fut admis dans la confrérie des Pénitents Noirs, dont le but était d’imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ, spécialement dans les souffrances et les humiliations de Sa Passion, dans leus processions pénitentielles et par des exercices de mortification personnelle. César y voyait un moyen de se protéger des pièges du diable. Son zèle et sa ferveur lui valurent d’être élu recteur de la confrérie.
Procession de Pénitents noirs
En 1562, César, alors âgé de dix-huit ans, s’engagea militairement pour la défense de l’Eglise et de la foi.
C’est l’année où, en France, l’on fait commencer les « guerres de religion ». Même si le Comtat, n’est pas terre française, il n’est évidemment pas à l’abri des soubressauts du Royaume qui l’entoure, et les prétendus réformés ont déjà cherché et chercheront encore à semer trouble, division et hérésie dans cette partie des Etats de l’Eglise : l’engagement de César se comprend donc pleinement.
La préparation qu’il jugea la plus urgente pour ces combats fut une confession générale de ses péchés : il concevait son engagement comme une croisade. En cette période, il assistait quotidiennement à la Sainte Messe, priait avec ferveur matin et soir, et même temps qu’il se distingua au combat.
Son mercenariat s’acheva avec l’Edit de Pacification signé à Amboise le 19 mars 1563 et il reprit ses études littéraires et artistiques.
L’un de ses frères, Alexandre, jeune officier, avait gagné l’estime du Roi Charles IX qui le comblait de faveurs, et dont il devint chef de la garde. En 1565, il invita César, à le rejoindre, lui promettant de l’introduire à la Cour, de lui obtenir une position honorifique, des amis et une fortune. Flatté par de si belles promesses, César partit donc pour Paris.
Les pièges de l’esprit mondain l’entrainèrent bientôt et sa chute fut profonde…
Elle l’eût peut-être été davantage si Dieu, qui voulait le sauver, n’avait permis à l’amertume de tempérer les vanités et les sensualités de la Cour : en effet, on lui promettait des postes qu’on ne lui attribua jamais. Déçu dans ses ambitions et tourmenté par une conscience chargée de remords, en 1570, il repartit pour sa Provence et s’installa en Avignon où il continua de mener une vie mondaine.

En 1573, la mort de son père, puis celle de son frère Charles, chanoine de la collégiale de Salon-de-Provence, amenèrent César à la réflexion. Il retourna à Cavaillon. Là, deux personnes saintes et humbles l’aidèrent dans sa conversion.
Pour l’encourager à la méditation et à la prière, une veuve illettrée mais favorisée de lumières célestes, Antoinette Réveillade, demanda à César de lui lire les vies des saints. Il le faisait assez volontiers, mais il se rendait ensuite avec empressement dans les cercles mondains. Un soir, elle le réprimanda ainsi : « On ne se moque pas de Dieu. Il t’appelle et tu ne L’écoutes pas. Il ne cesse jamais de te chercher et tu ne cesses jamais de fuir ! » Et elle le supplia de se confier à Dieu en quittant la maison ; César acquiesça et partit. Mais après quelques pas, il s’exclama : « Malheureux que je suis ! Je me confie à Dieu dès l’instant où je m’apprête à l’offenser ! »
Il s’effondra alors, inconscient, comme terrassé par la grâce.
Reprenant ses esprits, il s’en fut retrouver Antoinette, qui lui conseilla de rencontrer Louis Guyot, tailleur et sacristain de la cathédrale, lui aussi favorisé de dons célestes, sous la conduite duquel il s’engagea alors vraiment sur un chemin de conversion et de pénitence.
Bien sûr, de nombreux combats intérieurs survinrent ; saisi de crainte à la perspective de suivre le chemin étroit du renoncement, il comprenait néanmoins que c’était la voie du salut, et, se souvenant que le joug du Seigneur est doux et Son fardeau léger (Matth. XI, 30) : « Belle pénitence », dit-il, « tu seras la planche de mon salut après le naufrage ! »
Andrea Previtali, dit le Cordeliaghi (1480-1528) :
Memento mori (début XVIe s.)
[Musée Poldi Pezzoli - Milan].
Confession générale, lutte plus énergique contre les tentations, méditations assidues, mortifications et austérités, pratique des œuvres de miséricorde (aumônes, visites aux affligés et aux malades), mise en ordre de ses affaires… En 1576, il suit, pendant trois semaines, les Exercices spirituels de Saint Ignace de Loyola sous la direction d’un jésuite d’Avignon, et après cette retraite d’élection commence des études en vue du sacerdoce.
Nommé chanoine de la cathédrale Saint-Véran de Cavaillon en 1578, il remplit avec zèle toutes les obligations de cette charge avant d’être ordonné prêtre en août 1582.
Sa prédication, simple, porte du fruit. « Nous l’admirions jadis dans cette ville », disent les habitants de Cavaillon, « au milieu des gens les plus agréables ; à présent, nous le voyons en chaire condamner les vanités qu’il avait tant aimées ».
Il est assidu au confessionnal, où de nombreuses âmes viennent recourir à ses conseils.
La lecture d’une biographie de Charles Borromée, le saint évêque de Milan qui venait de mourir (1584), le marque profondément, et sur les instances de son évêque, il va œuvrer à la réforme du clergé et des ordres religieux, ainsi qu’à la réfutation des erreurs protestantes. Mais Dieu l’attend encore ailleurs…
Intérieur de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Véran de Cavaillon (état actuel).
En 1587, son goût pour la contemplation et la solitude le conduit d’abord vers un ermitage sur les collines dominant Cavaillon, où il s’adonne à la prière et à la pénitence pendant près de trois années au terme desquelles, en 1590, douloureusement frappé par l’ignorance religieuse qui règne dans les campagnes et stimulé par la lecture du Catéchisme du Concile de Trente, Dieu lui inspire l’idée de fonder une société de prêtres catéchistes : avec la permission de son évêque, César entreprend de parcourir les villages et les campagnes pour catéchiser ceux qu’il appelle ses « petites brebis ». Son cousin, Jean-Baptiste Romillon, converti du calvinisme en 1579 et ordonné prêtre en 1588, l’accompagne dans ce voyage.
Bientôt, ce sont de véritables missions auxquels ils se consacrent, non seulement dans les environs mais jusqu’aux Cévennes.
De jeunes disciples se joignent à eux.
Le 29 septembre 1592, avec ses cinq premiers compagnons, César de Bus fonde officiellement la Congrégation des Prêtres de la Doctrine Chrétienne à L’Isle-sur-la-Sorgue, avec l’approbation de Monseigneur Bordini, évêque de Cavaillon ; approbation qui sera suivie de celle du pape Clément VIII, en 1598.
Dès 1593 il ouvre une seconde maison en Avignon, et en 1594 il fonde l’Institut des Filles de la Doctrine Chrétienne, destiné à la formation et à l’instruction des jeunes filles.
Le Père César de Bus établit un système progressif d’enseignement du catéchisme, consistant à présenter les éléments essentiels de la doctrine en trois cours successifs : 1) la « petite doctrine » s’adresse à ceux qui n’ont aucune connaissance préalable : ils y apprennent le signe de la croix, les principales prières, les commandements, les sacrements et les mystères de la foi ; 2) la « doctrine moyenne » propose une explication à travers des instructions familières, puis une présentation de la Sainte Ecriture et des Pères de l’Eglise ; 3) la « grande doctrine » enseignée en chaire les dimanches et les solennités.
Il n’hésite pas à recourir à un langage qui parle aux sens et à l’imagination ; il implique les familles dans le catéchisme ; il présente la doctrine en s’appuyant sur les préoccupations quotidiennes des fidèles, compose et chante des textes qui illustrent ses enseignements ; il peint lui-même ou fait peindre des tableaux à thèmes religieux, qu’il commente pendant plusieurs jours.
Il insiste également sur la nécessité d’unir l’enseignement, la prière et l’engagement dans la vie chrétienne.
Gravure réalisée en 1607, année de sa mort.
Viennent cependant des années marquées par des oppositions, par des désertions consécutives au découragement de certains de ses compagnons, en particulier lorsque, pour donner vraiment une structure de congrégation religieuse à sa fondation, il va imposer la profession des vœux (ce sera la cause d’une scission parmi ses disciples)
Lui-même va renoncer à son canonicat pour se consacrer pleinement à sa vocation : il est élu Supérieur général de la congrégation, mais une santé grandement affaiblie par de grandes souffrances physiques et morales, le contraint à démissionner.
Devenu aveugle, il continue de prêcher et d’entendre les confessions, répétant souvent : « Je n’ai rien vu ni lu de comparable à ce que Dieu m’a montré depuis que je suis devenu aveugle ».
Lorsqu’il parlait de Dieu et de Ses perfections, son visage s’embrasait : « Il me semble, disait-il, si je ne m’abuse, que je n’aime rien en ce monde, si ce n’est le Dieu de mon cœur ».
Cette autre citation illustre bien le zèle qui le dévore pour que la mission se développe et pour que la véritable doctrine soit enseignée aux âmes qui, sans cela, risquent de s’égarer : « Tout en nous doit catéchiser et notre conduite doit faire de nous un catéchisme vivant… Je voudrais que mon corps soit découpé en une infinité de petits morceaux si de chacun d’eux pouvait sortir un catéchiste ».
La maladie s’aggrave inexorablement et, au matin du dimanche 15 avril 1607 – dimanche de Pâques -, il s’éteint en Avignon, à l’âge de 63 ans. Il avait prédit : « Ce sera pour moi une double Pâque, c’est-à-dire le passage du Seigneur et le mien auprès de Lui ».
D’abord inhumée au couvent Saint-Jean-le-Vieux, en Avignon, sa dépouille fut translatée en 1836 dans l’église romaine de Santa-Maria-in-Monticelli, desservie par sa congrégation qui, en France, ne s’est pas relevée après la grande révolution, alors que, en 1789, la congrégation y comptait soixante-quatre maisons, collèges ou séminaires.
La branche italienne, elle, existe toujours et maintient des maisons au Brésil, en Espagne et en Suisse.
Le Père César de Bus accomplit des miracles de son vivant, mais plus encore après sa mort : sa cause fut introduite dès 1686 ; en 1821 il fut déclaré Vénérable, mais, malgré un miracle survenu en 1911 et reconnu comme authentique, il fallut attendre 1975 pour qu’il fût béatifié, puis, à la suite de la guérison soudaine et inexpliquée d’une hémoragie cérébrale dont l’issue semblait fatale, il a été canonisé le 15 mai 2022.
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