2026-59. « Que nous produisions nous-mêmes cette odeur de piété, de charité, de patience, d’obéissance et d’espérance, que nous aspirons dans la mort de Jésus-Christ !»
Vendredi dans l’Octave de Pâques.

Le sixième sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin sur la fête de Pâques (qui porte le numéro XXVI dans le premier supplément des œuvres complètes [deuxième section : sur le propre du temps / temps pascal] ), étant composé de deux parties aux thématiques relativement distinctes, nous avons résolu de le publier en deux fois, afin de permettre à nos lecteurs de mieux savourer et assimiler les enseignements du Docteur de la grâce .
Voici donc ci-dessous le premier thème développé par le grand évêque dans ses approfondissements, toujours très fouillis et subtils : la foi, parfum divin odorant, répandu dans l’allégresse de la Résurrection du Christ Jésus.
« Votre nom, Seigneur, est un parfum répandu » ( Cant. I, 3 )
1. Introduction du propos : Saint Augustin invite ses auditeurs à une joie spirituelle renouvelée ; une joie spirituelle qui réside dans le Christ et dans le Règne de Dieu.
Le jour de la Résurrection du Seigneur, la joie des fidèles doit en quelque sorte ressusciter et se renouveler ; laissez donc notre esprit se pénétrer de l’allégresse de ce jour, afin que par une foi vive nous placions en nous le règne de Dieu auquel nous sommes appelés avec Jésus-Christ et par Jésus-Christ.
Ces joies chrétiennes ne sont pas de celles qui s’usent par la jouissance ; la jouissance, au contraire, nous enflamme pour la vertu.
Qu’on est heureux de se réjouir en Jésus-Christ !
2. La foi est comparable à un parfum de grand prix : les citations de la Sainte Ecriture dont le sens symbolique et mystique corroborent cette affirmation.
Je crois donc pouvoir comparer la foi aux parfums d’agréable odeur.
Tel est ce parfum dont se sentait pénétré le Prophète, quand il s’écriait : « Vous avez plongé ma tête dans l’huile » ( Ps. XXII, 5b ). Tel est le parfum dont il est dit aux pieux fidèles : « Oignez vos têtes » ( Matth. VII, 17 ). Tel est le parfum que les vierges sages portent avec elles pour entretenir le feu de leurs lampes. Tel est le parfum dont il est écrit : « Le parfum qui descend de la tête sur la barbe » ( Ps. CXXXII, 2 ), lequel est le signe de l’âge parfait de l’homme, comme le parfum semble indiquer que la foi est arrivée à la perfection de sa splendeur et de son épanouissement.
Comparons donc la foi au parfum d’agréable odeur.
Quiconque possède de ces parfums précieux les conserver avec une extrême sollicitude. Tant que ces parfums restent en repos, ils semblent annihilés et endormis. Mais s’ils doivent concourir à la joie d’une fête ou à l’embellissement d’un festin, ils recouvrent par une prudente agitation ce que le repos leur avait fait perdre, c’est-à-dire leur odeur et leur prix.
Ainsi en est-il, dans chaque fidèle, du parfum de la foi : il a besoin d’être librement reçu dans des cœurs généreux ; Cependant, il semble perdre de son prix tant qu’il n’est pas agité par la discussion.
3. Jésus-Christ est le véritable parfum reçu par l’Église.
C’est dans ce mais que nous vous adressons ce discours.
Vos esprits, comme autant de vases précieux, me paraissent avoir reçu ce parfum de la foi que Dieu n’accorde qu’à Ses courtisans.
Je m’accuserais d’une négligence coupable, si je n’agitais pas ce parfum jusqu’à ce que sa suave odeur se soit répandue dans tout le corps de l’Eglise et ait dissipé les miasmes fétides que respirent parfois encore ceux qui vivent au sein de la foi.
Quel est donc ce parfum ? « Jésus-Christ est mort et Il est ressuscité » (Rom. XIV, 9) ; tel est le prix et la rédemption du monde tout entier.
Goûtez maintenant, si vous le voulez, la suavité de ce parfum dont vous connaissez le prix et la dignité. C’est Dieu Lui-qui nous l’a même apporté du haut du ciel.
Et qui donc l’a reçu ? Voyons si ce n’est pas cette Eglise si bien figurée par cette femme qui versa sur la tête du Sauveur ce parfum qui, selon la parole de Jésus-Christ Lui-même, annonçait Sa sépulture.
L’Eglise, mes frères, l’Eglise a reçu le parfum de ce sacrement ; et tout ce qu’elle reçoit de Jésus-Christ retourne à Jésus-Christ.
Cependant ce parfum n’est point attribué à tous et ne leur est point attribué dans la même mesure. En effet, l’Apôtre a dit de la Croix même de Jésus-Christ : « Elle est pour les uns une odeur de vie pour la vie, et pour les autres une odeur de mort pour la mort » ( 2 Cor. II, 16 ) ; en d’autres termes, « elle est un scandale pour ceux qui périssent, tandis qu’elle est la vertu de Dieu pour ceux qui opèrent leur salut » ( cf. 1 Cor. I, 18 ).
4. Ce parfum n’a rien qui déplaise, car c’est le parfum de la piété.
Cependaut cette odeur déplaît à quelques-uns ; je voudrais qu’ils disent ce qui dans la mort de Jésus-Christ ne envoyé pas la vie ? ce qui ne respire pas la résurrection dont Jésus-Christ nous fournit le modèle ?
« Il est mort et Il est ressuscité » (cf. Rom. VIII, 34 ) : C’est donc là ce qui leur déplaît ?
Est-il un seul homme qui ne se sente très-avide de respirer ces suaves odeurs ? S’il en est un seul, je demanderai alors à ce sophiste du siècle, à cet habile appréciateur de semblables parfums, ce qui peut lui déplier dans la composition de ce parfum ; voyons quels éléments il est formé. Et enfin, quel est son prix ? Nous pouvons affirmer que tant vaut la piété, tant vaut ce parfum.
Nous demandons peut-être si la piété se trouve dans la mort de Jésus-Christ, et quelle est son importance ; l’Apôtre nous répond : « Manifestement c’est un grand sacrement de piété, Celui qui a été manifesté dans la chair » - il parle de la chair revêtue par le Verbe Eternel -, « qui a été justifié dans l’Esprit » – lorsque le péché de la chair est vaincu dans la chair -, et « qui est apparu aux anges » ( 1 Tim. III, 16) , soit lorsqu’une multitude d’esprits célestes fit entendre ce chant de joie : « Gloire à Dieu au plus haut des ciels et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » ( Luc, XII, 19 ) ; soit encore lorsque nous-mêmes, sondant les profondeurs de ce mystère et l’annonçant au monde, nous nous trouvons associés au ministère des anges.
« Il a été prêché aux Gentils » , afin que dans tout l’univers le nom chrétien devînt commun à toutes les nations : « Il a été cru dans le monde, Il est devenu un principe de gloire » ( 1 Tim. III, 16 ). Ce qui a été cru dans le monde, n’est-ce pas le mystère du Verbe divin revêtant un corps auquel Il a conféré plus tard les gloires de la résurrection ?
Connaissant donc ce prix infini de la piété, l’Apôtre en a fait l’objet spécial des instructions qu’il s’adresse à son disciple. Parlant à son cher fils Timothée, il lui dit : « Exercice-vous à la piété ; car la piété est utile à tout, puisqu’elle a la promesse de la vie présente et de la vie future » ( Ibid. IV, 7, 8 ).
Pouvait-on nous faire mieux sentir le prix de ce parfum de la piété, qui n’est autre pour nous que le mystère de l’Incarnation dont la valeur est infinie ?
5. C’est aussi le parfum de la charité.
Allons plus loin, car à la piété s’ajoute la charité.
Ou, la croix du Sauveur n’est-elle pas la preuve évidente de l’amour infini de Dieu pour les hommes ? « C’est ainsi que Dieu a aimé le monde jusqu’à lui envoyer Son Fils unique » ( Je an, III, 16 ) pour lui communiquer Sa vie.
Et pourquoi ce miracle de charité divine ? Afin de vous faire mieux sentir la grandeur de l’amour qu’Il nous témoignerait.
Mais, enfin, quel est le prix de la charité ? « La plénitude de la loi » , dit l’Apôtre, « c’est la charité » ( Rom. XIII, 10 ) ; et encore : « La fin du précepte, c’est la charité » ( 1 Tim. I, 5 ).
La charité est donc le bien par excellence, puisqu’elle résume en elle tous les préceptes.
Or, cette charité se trouve par excellence dans la mort et la Résurrection du Seigneur.
6. C’est le parfum de la vertu, de l’obéissance et de l’espérance.
C’est une longue tâche d’énumérer chacune des espèces de parfum qui nous occupent, et ce travail nous expose à de nombreuses répétitions. Contentons-nous donc de signaler les autres espèces, sans nous obliger à en faire ressortir toute l’importance.
Dans cette composition se trouve d’abord la vertu à laquelle se mêle la force de la patience.
Nous trouvons aussi l’obéissance , « car Jésus-Christ S’est fait obéissant à Son Père jusqu’à la mort et à la mort de la croix » ( Philipp. II, 8 ).
Une odeur suave est aussi produit par l’espérance qui étend son influence au-delà de la mort, et attend la résurrection, non-seulement de l’esprit, mais aussi du corps après la Résurrection de Jésus-Christ.
Tous ces parfums se confondent pour moi dans celui que j’ai signalé par ces paroles : « Jésus-Christ est mort et est ressuscité » ( cf. Rom. VIII, 34 ). Toutes ces espèces de parfum réunies forment une odeur de vie pour la vie ; quelle n’est pas la corruption de ceux pour qui tout cela ne produit qu’une odeur de mort pour la mort.
Pour nous, nous disons : « Votre nom, Seigneur, est un parfum répandu » ( Cant. I, 3 ) ; et encore : « Nous courrons sur Vos traces à l’odeur de Vos parfums » ( Ibid. ) ; notre seul désir est d’être pénétré de cette odeur que nous suivons, afin que nous produisions nous-mêmes cette odeur de piété, de charité, de patience, d’obéissance et d’espérance, que nous aspirons dans la mort de Jésus-Christ.
Suite du sermon > ici
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Seigneur Jésus, enivrez-nous de ce parfum céleste ! Que votre mort et votre Résurrection nous plongent dans ces odeurs en nous comblant de grâces, de vertus, de foi d’espérance et – par-dessus tout – de charité, par la puissance de votre Esprit afin que nous entrions, comme Vous, par Vous et avec Vous, dans la pleine volonté du Père qui n’est qu’Amour et Miséricorde.