2026-49. Du « saint homme de Tours », le Vénérable Léon Papin-Dupont.

18 mars,
Fête de Saint Cyrille de Jérusalem, évêque et confesseur, docteur de l’Eglise (cf. > ici) ;
Mémoire de la férie de Carême ;
Anniversaire de la sainte mort du « saint homme de Tours » (+ 18 mars 1876).

Image de dévotion Léon Papin-Dupont - blogue

       Né le 24 janvier 1797 au Lamentin (Martinique), de Jean Papin l’Epine du Pont (+ 1803) et de Philippine Gaigneron Jollimon de Marolles, Bretons installés aux Antilles pour des raisons liées au contexte politique (en France métropolitaine c’est la fin de la révolution et les étapes qui conduiront à l’établissement du premier en-pire), Léon – qui sera en définitive appelé d’un patronyme simplifié : Papin-Dupont – est encore davantage connu comme « le saint homme de Tours ».

A – Enfance et jeunesse :

   Léon suivit l’école primaire au Lamentin, mais, en raison des événements (les Anglais occupèrent la Martinique de 1809 à 1814), il ne put partir en France pour y continuer ses études : sa mère l’envoya donc aux Etats-Unis en 1809, puis, de là, en 1811, malgré la guerre, il put rejoindre la France et le collège de Pontlevoy, fréquenté par les fils des familles royalistes (son oncle maternel, le comte Gaigneron de Marolles habitait le proche château de Chissay).
En 1815, âgé de 18 ans, il retourna un peu en Martinique où sa mère, veuve en 1803, s’était remariée en 1809 avec Pierre-Grégoire d’Arnaud.
Pourvus d’une rente confortable, Léon et son frère puiné Théobald
 revinrent à Paris en 1818.
Dans le Paris de la Restauration, Léon, inscrit à la faculté de droit, tenait son rang et menait une vie relativement mondaine.

   Ayant besoin d’un jeune valet, il embaucha un petit ramoneur savoyard qui préparait sa communion avec un prêtre zélé dont Léon fit la connaissance et grâce auquel se produisit une sorte de « conversion », puisque Léon découvrit alors que la foi impliquait des exigences plus hautes que la seule pratique hebdomadaire, même régulière, des sacrements.
Il rejoignit la Congrégation (fondée en 1801 par l’ancien jésuite Jean-Baptiste Bourdier-Delpuits, chanoine de Paris, cette organisation de piété et de charité réunissait des personnalités laïques et religieuses qui voulaient défendre la religion : très active sous le Directoire et l’en-pire, elle fut dissoute une première fois en 1809 par décret impérial en raison de son opposition à la politique religieuse menée par l’Usurpateur ; elle se reconstitua en 1814 et fut active pendant toute la Restauration : de nombreux proches du Comte d’Artois [plus tard S.M. le Roi Charles X] en étaient membres. La Congrégation est souvent associée aux Ultras, et, de ce fait, est honnie des libéraux et révolutionnaires. Elle fut dissoute à nouveau après la révolution de 1830).

Léon Papin-Dupont

Léon Papin-Dupont (1797-1876)

B – Retour à la Martinique : mariage et veuvage.

   En 1821, licencié en droit, Léon regagna la Martinique : il fut d’abord nommé conseiller-auditeur à la Cour Royale de Saint-Pierre, puis, en avril 1830 sera conseiller au Conseil de Martinique.
Il était fidèle à l’évolution spirituelle qui l’avait marqué grâce à la Congrégation : il assistait à la Saint Messe tous les jours, avait de plus en plus le souci de son prochain – tant sur le plan spirituel que matériel -, et c’est dans ce but qu’il fut le parrain de nombreux enfants de familles en difficultés.

   En 1827, âgé de 30 ans, il épousa une de ses cousines, Caroline d’Audiffrédi (qui avait fait ses études chez les Ursulines de Tours), dont la santé était fragile.
Le 4 octobre 1832, Caroline mit au monde Marie-Caroline-Henriette ; mais le 1er août 1833, la jeune mère décéda – probablement de la tuberculose -, et Léon resta seul pour élever l’enfant, dont la santé à elle aussi suscita des inquiétudes : il fut alors conseillé au jeune veuf de rentrer en métropole où le climat lui serait plus favorable.

   En 1834, Léon quitta donc la Martinique, emmenant non seulement sa fille, mais aussi sa mère et trois serviteurs créoles.

C – Installation à Tours.

   Il choisit de s’installer à Tours pour deux principales raisons, toutes deux en rapport avec sa fillette : en cette ville exerçait un médecin réputé qui obtenait d’excellents résultats, et il souhaitait confier son éducation aux Ursulines, qui avaient auparavant si bien éduquée sa défunte épouse.

   Léon Papin-Dupont est très choqué par l’esprit libéral et irréligieux qui se répand dans la société, et par les attaques contre l’Eglise. Lui, au contraire édifie très rapidement la bonne société tourangelle par sa vie exemplaire de piété et de charité : toujours fidèle à la Sainte Messe quotidienne, il rejoint la Conférence de Saint Vincent de Paul, pour servir les pauvres ; il multiplie les pèlerinages, intensifie sa dévotion à la Passion.
Il se lamente aussi sur les ruines accumulées par la révolution en de nombreux sanctuaires anciens, voire leur disparition : c’est ainsi qu’il commence à nourrir le projet de retrouver le tombeau de Saint Martin, dont l’antique basilique a été entièrement détruite, et dont on a cherché à effacer tous les vestiges
Anticipons un peu pour signaler que, finalement, dans la nuit du 14 décembre 1860, grâce à la ténacité de Léon Papin-Dupont, on retrouvera enfin, dans une cave murée, le tombeau de Saint Martin, ce qui déterminera plus tard la reconstruction d’une basilique sur une partie de l’emplacement du grand sanctuaire  détruit.

   « Monsieur Dupont », comme on finira par l’appeler par simplification, va contribuer à l’installation des Petites Sœurs des Pauvres à Tours, instaurer des classes d’adultes pour remédier à l’analphabétisme des pauvres gens, favoriser l’apprentissage des adolescents, étendre son apostolat auprès des soldats, polémiquer avec des anticléricaux qui trouveront en lui un redoutable adversaire, s’employer à ramener à l’Eglise romaine des anglicans, développer l’adoration nocturne… et entrer en relation avec le monastère des Carmélites.

Sœur Marie de Saint-Pierre carmélite de Tours

Sœur Marie de Saint-Pierre, carmélite de Tours (1816-1848)

D – Le Carmel de Tours et Sœur Marie de Saint-Pierre.

   Le 22 juillet 1837 eut lieu ce qu’il considèrera comme sa seconde conversion. En cette fête de Sainte Marie-Magdeleine, il reçut une grâce intérieure d’exception dont il célèbrera depuis lors chaque année l’anniversaire avec émotion, sans toutefois donner de grandes précisions à son sujet.
Vingt-six ans plus tard, dans son testament, il écrira : 

    »Je termine aujourd’hui, 22 juillet 1863, fête de sainte Madeleine, vingt-sixième anniversaire du jour où je compris la nécessité de vivre dans la voie de la pénitence. C’était peu après la sainte communion au château de Chissay, où je me trouvais avec ma mère et ma fille en 1837, et à la vue d’une petite image de sainte Thérèse. » 

Il dit plus tard : 

    »Je déclare que je n’ai commencé à comprendre les choses du salut que le jour où je me déterminai à ne point avoir d’égards pour mon corps… J’avais quarante ans ; j’aurais pu mieux vivre ; et me voilà honteux de n’avoir à présenter au souverain Juge qu’une vie pauvre et tiède… »

   A compter de ce 22 juillet 1837, Léon Papin-Dupont décide de ne plus vivre que pour Dieu, et de ne plus se laisser guider que par l’amour.

   Dans une France où la déchristianisation s’accélère, où l’apostasie va de plus en plus s’officialiser, où la sanctification du dimanche est en régression, où le blasphème se généralise, de nombreuses âmes éprouvent un attrait de plus en plus fort et pressant à la réparation : l’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu en pleurs à La Salette (19 septembre 1846 – cf. > ici) va en quelque manière confirmer toutes ces intuitions.

   C’est aussi l’époque où une jeune artiste peintre, Théodelinde Dubouché (qui deviendra Mère Marie-Thérèse du Cœur de Jésus et fondera la congrégation des Sœurs de l’Adoration Réparatrice) reçoit en février 1847 la grâce d’une vision du Christ souffrant : elle va peindre ce visage de Notre-Seigneur dont la reproduction va être largement diffusée.

Le Christ souffrant peint par Théodelinde Dubouché

Le visage du Christ souffrant
peint par Théodelinde Dubouché.

   Léon Papin-Dupont a, en cette même année, l’immense douleur de voir mourir sa fille unique (14 décembre 1847) dans une épidémie de fièvre typhoïde.

   La Prieure du Carmel de Tours, avec lequel il a contact depuis quelques années, va lui remettre une des reproductions du tableau de Théodelinde Dubouché : c’est grâce à cette image que Léon va commencer à approfondir les mystères contenus dans la Sainte Face de Jésus.
La Mère Prieure va le mettre aussi dans la confidence des grâces mystiques dont est favorisée l’une de ses religieuses : Sœur Marie de Saint-Pierre (1816-1848) ; « Monsieur Dupont », va dorénavant devenir l’ardent propagandiste des appels de Notre-Seigneur à la réparation et de la dévotion réparatrice à la Sainte Face (cf. > ici).

 E – L’apôtre de la Sainte Face.

   Le mercredi saint 16 avril 1851, la Mère Prieure remet à Léon Papin-Dupont un fac-similé, qui a valeur de relique de troisième classe, de la « Véronique » de Saint-Pierre du Vatican telle qu’on l’a reproduite à la suite du miracle du 6 janvier 1849 (cf. > ici) : il l’installe dans son salon et va faire brûler jour et nuit devant elle une lampe à huile, semblable à la veilleuse que l’on place dans les églises auprès du tabernacle et des images saintes.
Trois jours plus tard, le Samedi Saint, un premier miracle de guérison se produit grâce à un peu d’huile prélevée dans cette veilleuse.

   Dès lors, les pèlerins vont affluer, on en verra bientôt des centaines chaque mois : ils viennent solliciter une guérison intérieure ou un mieux physique, se confier à la miséricorde de l’Homme des Douleurs en se recueillant devant l’image de la Sainte Face.

   L’huile est prélevée dans la veilleuse et envoyée à ceux qui sont loin et ne se peuvent déplacer… Et les grâces pleuvent !

La gravure de la Sainte Face diffusée après le miracle et vénérée par Monsieur Dupont

   Le salon devient sanctuaire.
L’Œuvre de la Sainte Face naît et se développe et Léon, surnommé « l’Apôtre de la Sainte Face », se retrouve, bien malgré lui, célèbre pour son rayonnement et pour les grâces qui se multiplient grâce à lui.
Il est en relation avec toutes les grandes âmes contemporaines éprises de réparation : citons par exemple le pianiste juif converti Hermann Cohen, fondateur de l’Adoration Nocturne à Paris, qui va entrer au Carmel en 1849 et devenir le Père Augustin-Marie du Saint-Sacrement, Saint Pierre-Julien Eymard, fondateur des congrégations des Prêtres du Saint-Sacrement et des Servantes du Saint-Sacrement, Dom Prosper Guéranger, Sainte Madeleine-Sophie Barat, ou Louis Veuillot… etc.

F – Les dernières années et la mort :

   Atteint de rhumatismes et affecté par des crises de goutte, Léon Papin-Dupont portera de plus en plus dans sa propre chair une forme d’union physique aux souffrances du divin Rédempteur.

   A partir de 1866 il va sentir de manière éprouvante le déclin de ses forces ; à compter de 1869, il est atteint d’une extinction de voix chronique ; 1872 va lui apporter une quasi impossibilité de sortir de chez lui : la paralysie va progressivement s’installer, sa vue s’altérer, sa mémoire faiblir. Après 1874, il ne quittera plus sa chambre.
C’est dans le contexte de ce déclin physique, qu’il vivra intérieurement comme une forme de participation aux affres de la Passion, les épreuves de la France en 1870 et 1871.

   Il acceptait tout sans jamais se plaindre. Pour lui, l’essentiel était de connaître et d’accomplir la sainte volonté de Dieu, et de L’aimer :

« Le principal et l’essentiel, c’est d’arriver à la connaissance amoureuse de Dieu. »

   Sa plus grande privation sera de ne plus pouvoir aller à la Messe et d’y communier chaque matin. Il ne fut bientôt que souffrance, ne pouvant plus recevoir personne, mais il priait de manière presque continue :

« Évidemment, je suis entré dans la voie des infirmités, vraie voie de pénitence, où, bon gré, mal gré, l’on fait la volonté de Dieu.  Demandez pour moi la grâce de recevoir cette pénitence amoureusement. »

Masque mortuaire de Léon Papin-Dupont

Masque mortuaire de Léon Papin-Dupont.

   L’une des dernières paroles qu’il put articuler fut pour demander la sainte communion, dont il était si souvent privé.
Son agonie dura huit jours ; il ne pouvait plus parler, et ne s’exprimait presque plus que par des gestes. Seule Adèle, la vieille servante créole qui était venue avec lui en 1834 et qui l’assistait fidèlement, pouvait comprendre les quelques mots qu’il tentait d’articuler. 

   Sa lucidité dura jusqu’à la fin. Jamais il ne s’est plaint pendant ces jours de douleur, mais aussi de mérites, de patience, de conformité à Jésus qu’il aimait tant…
Son cousin, Léon de Marolles, qui ne le quittait pas, reçut son dernier soupir le samedi 18 mars 1876, à quatre heures du matin.

   Dès que sa mort fut connue, des milliers de personnes affluèrent pour se receuillir une dernière fois auprès de lui, et vénérer sa dépouille mortelle. Celle-ci a été rapportée dans sa maison après que son salon – transformé en oratoire avec la Sainte Présence Eucharistique trois mois et demi après sa mort -, a été, en 1884, canoniquement érigé en siège de l’Archiconfrérie réparatrice de la Sainte Face.

   En 1891, le pape Léon XIII permit l’ouverture du procès en béatification, et, depuis, la promulgation d’un décret de reconnaissance de l’héroïcité de ses vertus, permet qu’il soit désormais invoqué comme « Vénérable ».

Oratoire de la Sainte Face à Tours dans son état originel

L’Oratoire de la Sainte Face,
aménagé dans le salon de Léon Papin-Dupont,
et tel qu’il se trouvait avant les modifications intervenues au milieu du XXème siècle.

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 18 mars 2026 à 12 h 54 min Nicolette écrit:

    Je suis toujours touchée quand on parle de ce qui s’est déroulé à Tours au 19e siècle.
    On a vraiment l’impression que Satan passe dans l’œuvre de l’Archiconfrérie de la Sainte Face, comme l’avait prédit le Seigneur à sœur Marie de Saint-Pierre.
    Peu de gens connaissent la dévotion, encore moins nos prêtres (ou très peu !) : Il faudrait en parler plus sur les « ondes » !
    Merci pour vos écrits si bien documentés en rapport !

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