2026-37. L’anniversaire de ce jour où, ornées de la couronne du martyre, les saintes servantes de Dieu Perpétue et Félicité commencèrent à jouir de la félicité perpétuelle.

6 mars,
Fête de Sainte Colette de Corbie, vierge (cf. ici , > iciici) ;
Fête des Saintes Perpétue et Félicité, martyres ;
Mémoire de Saint Chrodegang de Metz, évêque et confesseur ;
Mémoire de la férie de Carême.

palmes et glaive des martyrs - vignette

       Les saintes martyres Perpétue et Félicité, célébrées au calendrier général traditionnel à la date du 6 mars, furent mises à mort dans l’amphithéâtre de Carthage le 7 mars de l’an 203, pendant la persécution de Septime Sévère.

   Le récit de leur martyre (qui porte le nom de Passion) est d’une grande valeur historique ; il a longtemps été attribué à Tertullien (vers 150 – vers 220), contemporain des faits.

   Sainte Perpétue n’était que catéchumène lorsqu’elle fut arrêtée : âgée de 22 ans, elle était mère d’un tout jeune enfant. Sainte Félicité, déjà baptisée, était enceinte et accoucha d’une fille dans sa prison. Rien dans le récit de leur martyre ne laisse supposer que Félicité eût été l’esclave de Perpétue, comme cela sera souvent répété par la suite.
Inébranlables en face des menaces et objurgations, elles s’avanceront main dans la main vers la vache furieuse qui les suppliciera, et depuis lors la vénération de la Sainte Eglise les associe : elles sont citées ensemble au Canon romain et dans les litanies des saints.

   Notre Bienheureux Père Saint Augustin, si lié à Carthage, prêchera à plusieurs reprises sur les Saintes Perpétue et Félicité. L’édition des œuvres complètes a publié trois sermons du Docteur de la grâce qui leur sont dédiés : ils portent les numéros 280, 281 et 282 dans les « sermons et panégyriques » du volume des « sermons détachés ».
Le premier est un véritable sermon (alors que les deux suivants ne sont que de brèves allocutions), et c’est celui que nous reproduisons ci-dessous.

Sainte Perpétue et Sainte Félicité entourant la Vierge - anonyme vers 1520 - musée national Varsovie

Les Saintes Félicité et Perpétue entourant une Vierge à l’Enfant
(anonyme, vers 1520)
[Musée national de Varsovie, Pologne]

palmes et glaive des martyrs - vignette

Sermon CCLXXX de notre Bienheureux Père Saint Augustin

pour la fête des

Saintes Perpétue et Félicité, martyres

1. Introduction de Saint Augustin : nous venons d’entendre le récit du martyre de ces deux saintes dont les deux noms associés expriment la récompense qui leur a été accordée, et je me dois, malgré cela, d’y ajouter une exhortation.

   Le retour anniversaire de ce jour nous rappelle à la mémoire et nous représente en quelque sorte le jour solennel où, ornées de la couronne du martyre, les saintes servantes de Dieu Perpétue et Félicité commencèrent à jouir de la félicité perpétuelle, et où, pour s’être montrées ensemble fidèles au Christ au milieu des combats, elles méritèrent que leurs noms fussent unis pour désigner leur récompense.
Le lecteur vient de nous redire les encouragements qui leur furent adressés dans leurs visions divines et les triomphes remportés par elles sur les souffrances. Tout cela, exprimé et éclairé par la lumière de la parole, a été écouté attentivement, regardé avec intérêt, religieusement honoré et loué par nous avec amour.
Cependant une solennité si pieuse réclame encore de nous le discours de chaque année.
Si ce discours, fait par moi, se trouve bien au-dessous des mérites de ces saintes martyres, il n’en sera pas moins un témoignage de l’ardeur de mon zèle à me mêler aux joies d’une fête si solennelle.

2. Malgré la faiblesse dont on qualifie habituellement leur genre, elles ont montré un courage dont bien des hommes se montrent incapables, parce qu’elles étaient unies au Christ.

   Se peut-il en effet rien de plus glorieux que ces femmes, qu’il est plus facile aux hommes d’admirer que d’imiter ?
Mais cette gloire appartient surtout à Celui à qui elles ont donné leur foi, au nom de qui elles ont combattu avec une émulation généreuse et fidèle, et près de qui il n’y a, pour l’homme intérieur, aucune distinction de sexe.
Aussi semble-t-il que dans ces saintes femmes le sexe disparaisse sans la vigueur de l’esprit, et on ne s’arrête point à considérer dans leur corps ce qu’on ne voit pas dans leurs actes.
C’est ainsi que sous leurs pieds chastes et victorieux a été foulé le dragon, au bas de l’échelle montrée à Perpétue pour la conduire à Dieu ; et la tête de cet antique serpent, qui fut comme un abîme où se jeta la première femme, leur servit d’échelon pour monter au ciel.

3. Saint Augustin dresse un tableau de contrastes entre l’attitude des païens jadis et celle des chrétiens aujourd’hui.

  Est-il rien de plus attachant que ce spectacle, de plus animé que ce combat, de plus honorable que cette victoire ?
Quand alors ces corps sacrés étaient exposés aux bêtes, les païens frémissaient dans tout l’amphithéâtre, ces populations entières méditaient de vains projets ; mais Celui qui habite au ciel Se riait d’eux, le Seigneur les jouait. Aujourd’hui les enfants de ces aveugles, dont les cris impies appelaient les tourments sur les corps des martyrs, exaltent par des chants pieux les mérites de ces héros de la foi. Quand il s’agissait de les mettre à mort, on ne courait pas avec autant d’empressement à ces spectacles de cruauté, qu’on court aujourd’hui dans l’église pour les honorer avec piété.

   La charité contemple avec religion, chaque année, l’acte commis en un seul jour par l’impiété et le sacrilège. Alors aussi il y avait des spectateurs ; mais que leurs dispositions étaient différentes des nôtres ! Ils achevaient par leurs cris ce qu’épargnaient les morsures des bêtes. Pour nous au contraire nous n’avons que de la pitié pour ce qu’ont fait ces impies, que du respect pour ce qu’ont souffert ces pieux martyrs. Les impies voyaient, des yeux du corps, de quoi nourrir la férocité de leurs cœurs ; nous voyons, nous, des yeux du cœur, ce qu’il ne leur a pas été donné de contempler. Eux applaudissaient la mort des martyrs ; et nous, nous pleurons la mort des âmes de ces païens. Privés des lumières de la foi, ils s’imaginaient que ces saints étaient anéantis ; éclairés par la vérité, nous voyons, nous, qu’ils sont couronnés. Leurs insultes mêmes sont devenues notre triomphe, avec cette différence que c’est un triomphe religieux et éternel, tandis que des insultes impies d’alors il n’est plus question aujourd’hui.

4. Naturellement, les hommes redoutent la mort et s’emploient, s’ils ne peuvent y échapper, à en retarder la venue. Mais les martyrs, eux, méprisaient cette vie terrestre et triomphaient de la crainte de la mort en raison de leur amour surnaturel pour Dieu.

   Nous croyons, mes frères, et nous croyons avec raison qu’immenses sont les récompenses des martyrs.
Si cependant nous considérons avec soin la nature de leurs combats, nous ne serons point étonnés que Dieu les rende si brillantes. En effet toute laborieuse et toute courte qu’elle soit, cette vie a pour nous tant de douceur, que dans l’impossibilité de ne jamais mourir, on fait de nombreux et de grands efforts pour mourir un peu plus tard. Pour échapper il a mort on ne peut rien ; mais pour l’ajourner on fait tout ce qu’on peut.
Le travail assurément pèse à l’âme ; pourtant ceux mêmes qui n’espèrent rien, qui n’espèrent ni bien ni mal au-delà de cette vie, n’épargnent aucuns travaux pour empêcher que la mort ne mette sitôt fin à leur travail.
Pour ceux à qui l’erreur fait soupçonner, pour après la mort, de fausses et charnelles jouissances, ou à qui la vraie foi lait espérer un repos d’ineffable tranquillité et parfaitement heureux, ne travaillent-ils pas aussi, ne s’appliquent-ils pas avec les plus grands soins, à retarder la mort ? Que prétendent-ils en effet lorsque, pour se procurer la nourriture de chaque jour, ils se livrent à tant de labeurs, s’assujettissent à tant de dépendance soit pour les remèdes, soit pour d’autres précautions qu’ils prennent étant malades ou qu’ils font prendre aux malades ? Leur but n’est-il pas d’éloigner tant soit peu l’arrivée de la mort ?
Combien donc ne faut-il pas acheter, pour la vie future, l’exemption absolue de cette mort dont le seul retard est estimé si cher dans cette vie ?
Nous avons, même pour cette existence calamiteuse, un tel et si inexplicable attrait ; nous avons, dans cette vie telle quelle, une horreur de la mort, si vive et si naturelle, que ceux-là mêmes voudraient ne pas mourir, pour qui la mort est un passage à cette vie où désormais ils seront inaccessibles à la mort.

   Eh bien ! la vertu qui distingue surtout les martyrs du Christ, c’est le mépris qu’ils professent, avec une charité sincère, une solide espérance et une foi non feinte, pour cet immense amour de la vie et pour cette crainte de la mort.
Quelles que soient sous ce rapport les promesses ou les menaces que leur adresse le monde, ils les dédaignent et s’élancent en avant. Quels que soient les sifflements que le serpent fasse entendre, ils lui foulent la tête aux pieds et s’élèvent sur elle.
On triomphe en effet de toutes les passions, quand on dompte, comme un tyran farouche, l’amour de cette vie, à qui toutes les passions servent de satellites. Quel lien en effet pourrait attacher encore à la vie, celui qui n’a plus en lui l’amour de la vie ?

   Jusqu’à un certain point on assimile ordinairement les douleurs corporelles à la crainte de la mort. C’est tantôt l’une et ce sont tantôt les autres qui l’emportent dans l’homme. Celui-ci ment au milieu des tortures pour échapper à la mort ; celui-là, sûr de mourir, ment encore pour s’épargner des supplices. On dit vrai aussi, quand on n’endure pas la question, plutôt que de s’y exposer en se défendant par le mensonge.
Mais quelle que soit, de ces deux craintes, celle qui l’emporte dans les autres hommes, les martyrs du Christ les ont domptées toutes les deux pour soutenir la gloire et la justice du Christ : ils n’ont redouté ni la mort ni la douleur.

   C’est qu’en eux triomphait Celui qui vivait en eux ; et pour avoir vécu, non pour eux mais pour Lui, ils ne sont pas morts en mourant.

5. L’exemple de Sainte Perpétue, qui était en extase pendant son supplice, nous fait comprendre un peu de ce qu’est le bonheur de l’union au Christ.

   Aussi leur faisait-Il éprouver des délices spirituelles qui leur ôtaient le sentiment des souffrances corporelles, autant qu’il leur était nécessaire pour mériter sans succomber.
Où était effectivement cette jeune femme, quand elle ne s’apercevait point qu’elle luttait contre une vache indomptée et quand elle demanda à quel moment aurait lieu cette lutte déjà accomplie ? Où était-elle ? Que voyait-elle quand elle ne remarquait pas ce combat ? De quoi jouissait-elle quand elle n’était pas sensible à ses blessures ? Quel amour l’emportait ? Quel spectacle la ravissait ? De quel breuvage était-elle enivrée ?
Et pourtant elle était prise encore dans les nœuds de la chair, elle portait encore des membres mourants, elle était toujours appesantie par un corps corruptible.

   Que goûtent donc les âmes des martyrs, une fois qu’échappées des liens du corps, après les fatigues et les dangers du combat, elles sont reçues en triomphe avec les anges et nourries comme eux ; une fois qu’on ne leur dit plus : Pratiquez ce que j’ai prescrit ; mais : Recevez ce que j’ai promis ?
Quelles délices spirituelles ne savourent-elles pas au banquet divin !
Avec quelle sécurité elles reposent en Dieu !
Quelle sublime gloire n’éclate pas en elles !
Rien sur la terre ne peut nous le faire comprendre.

   Ajoutez que, si incomparable qu’elle soit avec ce qu’il y a de plus heureux et de plus doux sur la terre, la vie dont jouissent actuellement les saints martyrs n’est qu’une faible partie de ce qui leur est promis ; ce n’est même qu’un allégement destiné à les consoler de n’en pas jouir encore.

6. Pour nous aussi viendra le temps de la récompense éternelle, où notre âme, à nouveau unie à son corps ressuscité, jouira de la félicité perpétuelle, si nous avons été fidèles.

   Viendra donc le jour de la récompense, où réuni à son corps chacun recevra tout ce qu’il mérite, où les membres de ce riche, ornés autrefois d’une pourpre éphémère, seront livrés en proie aux feux éternels, tandis que toute transformée la chair du pauvre couvert d’ulcères brillera d’un vif éclat au milieu des anges ; quoique dès aujourd’hui l’un demande avec ardeur que l’autre fasse tomber de son doigt une goutte d’eau sur sa langue embrasée, tandis que celui-ci repose délicieusement dans le sein du juste (Luc XVI, 19-24).

   Autant il y a de différence entre les joies ou les souffrances de ceux qui rêvent et de ceux qui veillent, autant il y en a entre les tourments ou les jouissances de ceux qui sont morts et de ceux qui sont ressuscités.
Ce n’est pas que l’esprit des morts soit assujetti à l’illusion comme les esprits qui rêvent ; c’est que le repos des âmes privées de leurs corps est bien différent de la félicité et de la gloire dont on jouit au milieu des anges lorsqu’on est réuni à un corps tout céleste ; car la multitude des fidèles ressuscités sera élevée au niveau des anges.

7. Importance de la célébration de la fête des martyrs pour les chrétiens encore en chemin ici-bas : efforçons-nous de les imiter, selon notre faible mesure, et soyons aidés par eux, avec lesquels nous sommes unis en Jésus-Christ Notre-Seigneur. 

   Or, dans cette multitude brilleront d’un éclat particulier les glorieux martyrs, et comme ils ont subi dans leurs corps d’indignes tourments, ces corps deviendront pour eux des ornements de gloire.
Par conséquent, continuons à célébrer leurs solennités, avec un grand zèle et avec une joie contenue, par des réunions chastes, des pensées de foi et des prédications pleines d’espérance. C’est déjà imiter sérieusement les saints que d’applaudir à leurs vertus. Eux sont grands, nous sommes petits ; mais le Seigneur a béni les petits avec les grands (Ps. CXIII, 13). Ils nous devancent, ils s’élèvent bien au-dessus de nous : si nous ne pouvons les suivre par nos actions, suivons-les en désir ; si nous n’approchons pas de leur gloire, partageons leur joie ; si nous n’avons pas leurs mérites, formons-en le vœu ; si nous ne souffrons pas ce qu’ils ont souffert, compatissons ; si nous ne nous élevons pas comme eux, tenons à eux.

   Croirions-nous que c’est peu pour nous d’être avec ces héros, auxquels nous ne pouvons nous comparer, les membres d’un même corps ? « Si un membre souffre, est-il écrit, tous les autres souffrent avec lui ; et quand un membre est dans la joie, avec lui y sont aussi tous les autres » (1 Cor. XII, 26). C’est la gloire du Chef divin qui veille également sur les mains et sur les pieds, sur les membres supérieurs et sur les membres inférieurs.
Seul Il a donné Sa vie pour tous ; à Son exemple, les martyrs ont donné la leur pour leurs frères ; ils ont, pour produire cette immense et fertile moisson des peuples chrétiens, arrosé la terre de leur sang. C’est ainsi que nous sommes aussi le fruit de leurs sueurs.

   Nous élevons vers eux notre admiration, ils ont pour nous de la pitié. Nous les applaudissons, ils prient pour nous. Sous les pieds de l’ânesse qui conduisait Jésus à Jérusalem, ils ont étendu leurs corps comme des vêtements ; pour nous, détachons au moins les rameau des arbres, et cherchant dans l’Ecriture des hymnes et des louanges, faisons-les retentir pour ajouter à la joie commune (Matt. XXI, 7-9).

   N’oublions pas toutefois que nous obéissons au même Seigneur, que nous suivons le même Maître, que nous escortons le même Prince, que nous sommes unis au même Chef, que nous marchons vers la même Jérusalem, que nous pratiquons la même charité et que nous gardons la même unité.

Saintes Perpétue et Félicité église Notre-Dame de Vierzon

Détail d’un vitrail (XIXème siècle) de l’église Notre-Dame de Vierzon.

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