2025-197. Quatre-Temps d’hiver : le jeûne a toujours été l’aliment de la vertu.

Mercredi des Quatre-Temps d’hiver.

Bartolome Esteban Murillo - Annonciation

Bartolome Esteban Murillo (1617-1682) : Annonciation (vers 1660),
[Musee de l'Ermitage, Saint-Petersbourg].

       « Nous entrons dans un nouveau stade de la préparation de Noël. On nous a dit d’abord : « Le Roi vient », puis : « Jérusalem s’apprête », ensuite : « Il est au milieu de vous ». Aujourd’hui, l’Eglise nous montre le Fils de Dieu sous la forme humaine : le Roi revêt les haillons de l’humaine nature. Les messes des Quatre-Temps nous présentent les antécédents de la naissance et de l’avènement du Seigneur.

   Comme introduction à ces solennités d’une antiquité vénérable, donnons ici un sermon de Quatre-Temps du pape Saint Léon :

   « Mes très chers, notre souci pastoral nous porte à vous prêcher conformément au temps et à l’usage liturgique.
Nous célébrons le jeûne du dixième mois (décembre, comme son nom l’indique, était le dixième mois). Dans ce jeûne, nous offrons à Dieu, l’Auteur de tous biens, après avoir achevé la récolte de tous les fruits, un digne sacrifice de tempérance. Car quelle œuvre peut être plus efficace que le jeûne, par lequel nous nous rapprochons de Dieu, nous résistons au démon, nous triomphons des vices séducteurs ?
En effet, toujours le jeûne a été l’aliment de la vertu. La sobriété produit les pensées chastes, les résolutions raisonnables, les conseils salutaires.
Par la mortification volontaire on meurt aux convoitises de la chair. L’esprit est renouvelé pour la pratique de la vertu.
Mais comme nous ne pouvons pas faire notre salut par le jeûne seul, complétons-le par la miséricorde envers les pauvres. Donnons à la vertu ce que nous enlevons au plaisir. Que la privation de ceux qui jeûnent soit un soulagement pour les pauvres. Efforçons-nous de protéger les veuves, d’aider les orphelins, de réconcilier ceux qui sont en discorde, de recueillir les étrangers, de secourir les affligés, de vêtir ceux qui sont nus, de soigner les malades. Ainsi celui d’entre nous qui aura offert à Dieu, l’Auteur de tous biens, le sacrifice de ses œuvres de charité comme un bon travailleur, méritera de recevoir comme salaire le royaume céleste.
Ainsi donc, jeûnons mercredi, vendredi et samedi, veillons ensemble (célébrons l’office de nuit) auprès de l’Apôtre Saint Pierre, afin que, par son intercession, nous puissions obtenir ce que nous demandons par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il ».

   Les Quatre-Temps comptent parmi les usages les plus anciens de l’année liturgique et remontent aux tout premiers temps de l’Eglise romaine. Ils sont plus anciens que l’Avent, et le pape Saint Léon (vers 450) nous a laissé toute une série de beaux sermons de Quatre-Temps.

   C’était originairement une fête d’action de grâces pour les récoltes. Il n’y en avait que trois, après chacune des trois récoltes principales : le blé, le vin et l’huile — les plus importants symboles naturels de la liturgie. Les fidèles apportaient à l’Offrande la dîme de leurs récoltes, pour les besoins du Sacrifice, de l’Eglise et des pauvres — et ceci est un exemple pour nous.

   Néanmoins ces époques sont aussi des jours de renouvellement spirituel.
L’homme, au milieu de ses occupations matérielles, oublie trop facilement ses intérêts éternels ; c’est pourquoi il est bon qu’à chaque saison il se rappelle la pensée de Dieu et fasse réflexion sur l’état de son âme.
Si le carême est l’époque de la retraite spirituelle annuelle, les Quatre-Temps sont celle du renouvellement intérieur. Ce sont des semaines de sérieux, mais non de tristesse et de pénitence. Le jeûne est moins une manifestation de pénitence qu’une dîme joyeusement offerte à Dieu et qui doit nous inciter à l’aumône. Le sacrifice de la charité miséricordieuse doit être offert en même temps que celui du jeûne (Saint Léon).

   En devenant jours d’ordination (le samedi), les Quatre-Temps ont revêtu un caractère particulier.
Le samedi des Quatre-Temps de décembre était le principal jour d’ordination (en ce jour les fidèles doivent prier spécialement pour obtenir de Dieu de bons prêtres).

   Cependant, dans la suite des temps, les Quatre-Temps ont été insérés dans la trame de l’année liturgique et chacune de ces semaines a pris une nuance particulière. Les Quatre-Temps de décembre signifient une préparation plus intense à la fête de Noël.

   Les derniers grands préparatifs pour la venue du Christ se font pendant ces semaines, comme l’attente de Noël trouve sa plus haute expression dans les antiennes O » (cf. > ici).

Dom Pius Parsch *, in « Guide dans l’année liturgique ».

* : pour ce qui concerne cet auteur nous renvoyons à l’avertissement que nous avons déjà publié > ici.

Putti - blogue

Quelques rappels toujours utiles :

   Pour Saint Léon le Grand, il est certain que le jeûne des Quatre-Temps est d’institution apostolique. On ne peut que déplorer le fait que, même dans les milieux traditionnels, ces jours de jeûne soient mésestimés et que l’on s’en dispense facilement.

   Rappelons aussi avec une insistance – que certains ne manqueront sans doute pas de trouver lourde et dérangeante -, que le 24 décembre, Vigile de la Nativité, est aussi un jour de jeûne et d’abstinence : si le jeûne cesse avec les premières vêpres de Noël, l’abstinence, elle, reste de rigueur jusqu’au retour de la Messe de Minuit (laquelle – ainsi que son nom l’indique commence à minuit – et n’est donc pas une « messe anticipée du jour de Noël » ni une « messe vespérale de la Nativité », célébrée à 18, 19 ou 21 heures). Le repas du soir du 24 décembre pour plus de vingt siècles de générations de catholiques doit donc consister en un repas frugal (sans viande, où le poisson est autorisé, se aussi sans d’alcool).
Dans nos campagnes vivaroises, c’était souvent la morue (alors un poisson de pauvres) qui, après la soupe de légumes (sans lard), était servie avec des pommes de terre cuites à l’eau ou à la vapeur.
Il n’y avait évidemment pas de dessert, puisque celui-ci (ou ceux-ci : qu’on pense aux 13 desserts de Provence) étaient servis lors du réveillon, c’est-à-dire la deuxième veillée (d’où le préfixe « re »), avec des boissons chaudes, au retour de la Messe de minuit.
La première veillée, autour de l’âtre – dans lequel on avait allumé la « bûche de Noël » (grosse bûche d’arbre fruitier qui devait tenir jusqu’au retour de la Messe de minuit et qui est bénite selon un rituel familial particulier) -, se passait en chants et pieuses lectures dans l’attente de l’heure à laquelle on partirait pour l’église.
Aux âges de foi, le peuple chrétien ne se rendait d’ailleurs pas à l’église juste pour la Messe, mais, avant elle, pour le chant des matines suivies des laudes.

Tolbiac.

putti et chat devant une assiette vide

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi