2025-168. La nef de Sainte Ursule du trésor de la cathédrale de Reims.

21 octobre,
Fête de Sainte Ursule et de ses compagnes, vierges et martyres (cf. > ici, > ici et encore > ici) ;
Mémoire du 6ème jour dans l’octave de St Michel ;
Mémoire du Bienheureux Charles 1er de Habsbourg, empereur d’Autriche et roi apostolique de Hongrie (+ 1er avril 1922) ;
Mémoire de Saint Hilarion de Gaza, abbé et confesseur ;
Anniversaire de la naissance de Sa Majesté la Reine Marie-Marguerite (21 octobre 1983).

Jean Bourdichon  Anne de Bretagne avec ses saintes patronnes

Jean Bourdichon (1457-1521) :
portrait d’Anne, Duchesse de Bretagne et Reine de France,

en prière avec ses saintes patronnes
(de gauche à droite : Sainte Anne, Sainte Ursule et Sainte Hélène)
["Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne" 1503-1508, Paris Bibliothèque Nationale]

Blason d'Anne de Bretagne

Blason d’Anne de Bretagne (1476-1514)

       Les nefs – ou plus exactement nefs de table – sont des pièces d’orfèvrerie en forme de navires (d’où leur nom) appartenant à l’art de la table à la fin du Moyen-Age et au début de la Renaissance : disposées à côté d’une personnalité importante, elles pouvaient servir de coffret de rangement aux effets personnels de leur propriétaire (épices [tels que la canelle ou le safran], serviette [à l’époque elles mesurent environ 1 m²], couverts [couteau ou tranchoir : la fourchette n’a pas encore fait son apparition], voire « épreuves » [ainsi sont nommées les préparations qui servent à l’essai des mets pour y déceler le poison, lesquelles consistaient en « cornes de licorne », langues de serpent ou en pierres dures] et antidotes ; ou qui peuvent n’avoir qu’une fonction uniquement décorative.

   La Nef de Sainte Ursule, conservée et exposée aujourd’hui au Palais du Tau, à Reims, est originellement l’une de ces pièces décoratives à usage profane, qui fut offerte à Sa Majesté la Reine Anne de Bretagne le 26 novembre 1500 par la ville de Tours, lorsqu’elle y fit une entrée solennelle avec son époux le Roi Louis XII : les deux souverains revenaient d’un voyage en Bretagne et se rendaient au château de Blois, récemment restauré, pour y passer l’hiver.

   En 1505, la pieuse souveraine demanda à l’orfèvre blésois Henri Duzen de transformer cette nef de table en reliquaire : c’est alors que les statuettes des matelots et soldats qui se trouvaient sur le pont du navire furent (à l’exception d’un soldat et d’un matelot) remplacées par celles de Sainte Ursule et de quelques unes de ses compagnes, et qu’une dédicace fût gravée sur l’un des côtés de l’œuvre en lettres capitales :

« De Saincte Ursulle et des XI mil Vierges » (sic).

   En revanche, nous n’avons pas réussi à savoir si effectivement une relique avait été déposée à l’intérieur de cette nef, passée d’une destination profane à une destination sacrée, devenant réellement un reliquaire, ou si elle était seulement devenue un objet de dévotion comme le sont les statues et les tableaux.

   Sa Majesté la Reine Anne de Bretagne, ainsi qu’en témoigne les détails de son portrait que nous avons tenu à placer en tête de cet article, avait de fait une grande dévotion pour Sainte Ursule, qu’elle honorait comme l’une de ses célestes protectrices : la transformation de cette nef de table en objet cultuel en fait foi.   

Nef de Sainte Ursule du côté de l'inscription d'Anne de Bretagne

   Le précieux reliquaire demeura dans les collections royales jusqu’à ce que, à l’occasion de son Sacre, le 13 février 1575, Sa Majesté le Roi Henri III l’offrît au trésor de la cathédrale de Reims, après avoir fait graver une autre longue inscription sur le socle :

« Henricus III Galliarum Poloniarumque Rex hanc Deiparae Virgini naviculam ut res Gallica diutuernis jactata seditionum fluctibus ope divina tandem conterretur in tranquillum more majorum inauguratus posuit anno MCDLXXIIII« 

que l’on peut traduire de la sorte : 

« Henri III roi des Gaules et de Pologne, en l’année 1574, dédia ce petit navire à la Vierge Mère de Dieu à fin que l’Etat français longtemps balloté par les flots de la sédition puisse enfin, par le secours divin, être maintenu dans la tranquillité conformément aux traditions de ses ancêtres« .

Nef de Sainte Ursule du côté de l'inscription d'Henri III

  La nef fut à nouveau modifiée au XVIIe siècle : cinq statuettes avaient disparu au cours des troubles occasionnés par les sectateurs de Calvin (une description de 1623 en témoigne). En 1632, Sa Majesté le Roi Louis XIII demanda alors expressément au Chapitre cathédral qu’elles fussent remplacées.

   La grande révolution – Dieu merci ! – ne détruisit pas ce chef d’œuvre, se contentant de déposer au musée de Reims.
La nef ne fut restituée au trésor de la cathédrale qu’en 1846.
Classée Monument historique le 28 septembre 1896, elle appartient toujours au trésor de la cathédrale, en dépôt au Palais du Tau.
Malgré les restaurations et modifications subséquentes que nous venons de résumer, la nef de Sainte Ursule est le seul objet d’orfèvrerie spécifiquement exécuté pour Anne de Bretagne de son vivant qui subsiste de nos jours.

Nef de Sainte Ursule - Reims Palais du Tau

Description :

   La nef de Sainte Ursule est un objet de dimensions relativement importantes : d’une longueur de 28 cm, sa largeur est de 16,5 cm, et sa hauteur de 46 cm.
Elle est constituée d’une coque en cornaline – calcédoine de couleur rouge orangé, originaire du Brésil ou des Indes – ; le reste est en vermeil (argent recouvert d’une pellicule d’or).

   C’est un navire ponté avec son mât gréé, son château à trois tourelles de poupe, ses deux tourelles de proue – sans oublier une ancre en vermeil.
A l’avant se dresse une figure de dragon en argent blanc ; en son centre se trouve un mât sur lequel la voile est roulée, surmonté d’une hune et d’une bannière. Au sommet du mât un petit étendard remplace aujourd’hui une figure de la Victoire.
Elle repose sur un socle hexagonal en argent doré portant inscriptions et blasons ; sous la nef, sont figurés l’onde et le rocher en émail translucide sur argent.

   De l’équipage d’origine, ainsi,que nous l’avons dit plus haut, subsistent un matelot et un soldat en armure tous deux en argent doré ; les autres statuettes, en argent émaillé, figurent onze vierges aux cheveux longs et grands manteaux dans une attitude de prière, entourant une Sainte Ursule en or émaillé, couronnée et richement habillée d’une robe bleue à surcot, et d’un manteau rouge et or doublé d’hermine, ce qui n’est pas sans rappeler la vêture de la Sainte Hélène qui accompagne également Anne de Bretagne dans la miniature de Jean Bourdichon.

   La Sainte Ursule de la nef, à l’image de celle de l’enluminure, devait tenir en sa main droite l’étendard breton et la flèche de son martyre, éléments aujourd’hui disparus.

Nef de Sainte Ursule - détail Sainte Ursule

Nef de Sainte Ursule - détail

   Voici donc l’un des plus précieux chefs-d’œuvre ayant appartenu à la Couronne de France, aujourd’hui subsistant, qui témoigne magnifiquement de la dévotion de la Reine Anne de Bretagne pour l’héroïque vierge martyre, Sainte Ursule et pour les Onze milles vierges ses compagnes, dont nous ne cessons de déplorer que le culte, jadis si populaire au Royaume de France, soit tellement oublié et négligé en nos temps d’amnésie et d’impiété.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 22 octobre 2025 à 6 h 45 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Anne de Bretagne… en Cantal, et en toute contrée recevant cet indispensable Blogue!
    Je n’aurais jamais pu imaginer découvrir cette sainte merveille, la ‘Nef de Sainte Ursule’, n’ayant jamais été à Reims et au Palais du Tau, si notre cher érudit ne nous avait présenté, avec forces détails, « l’un des plus précieux chefs-d’œuvre ayant appartenu à la Couronne de France ».
    Merci pour cette exposition qui nous rend d’ailleurs toujours plus sympathique Anne de Bretagne par son immense piété.

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