2025-110. 27 juillet 1675 : la mort d’Henri de La Tour d’Auvergne-Bouillon, vicomte de Turenne.
27 juillet,
Anniversaire de la mort de Turenne (27 juillet 1675).
Maurice Leloir (1853-1940) : la mort de Turenne.
Henri de la Tour d’Auvergne-Bouillon, vicomte de Turenne, était né à Sedan le 11 septembre 1611. Deuxième fils du duc Henri de Bouillon, prince de Sedan, et d’Elisabeth de Nassau, elle-même fille de Guillaume le Taciturne, fondateur de la république des Provinces-Unies de Hollande, il avait fait ses premières armes au service des princes de Nassau.
En 1630, à la suite d’un traité conclu par sa mère avec Louis XIII, il passa au service du Roi de France d’abord comme colonel : c’est la guerre de Trente-Ans qui désole alors l’Europe.
Ses exploits et sa bravoure, autant que son art de stratège lui valurent alors d’être promu maréchal par Mazarin, en 1643, âgé de seulement trente-deux ans !
A la tête de l’armée d’Allemagne, il remporta ensuite une série de victoires qui aboutirent, en 1648, à la paix de Westphalie, qui mit un terme à la guerre de Trente-Ans.

Au cours de la Fronde, il s’engagea d’abord avec les ennemis de Mazarin, mais se rangea finalement résolument au service du Roi en 1651.
Avec les troupes royales, menant campagne contre Condé et les Espagnols, il permit au roi de reconquérir Paris et délivra Arras en 1654. En 1658, il prit Dunkerque et envahit la Flandre, ce qui eut pour conséquence la signature de la paix des Pyrénées en 1659.
Nommé gouverneur du Limousin, puis, en 1660, maréchal général des camps et armées du Roi, il fut alors chargé de réorganiser l’armée. Puis vint la Guerre de Dévolution (1661-1668) – au cours de laquelle il s’empara de Charleroi et de Tournai -, et enfin celle de Hollande (1672-1678) : il franchit le Rhin, occupa le Palatinat, tint l’Alsace avec des forces réduites, fut un temps obligé de se replier sur les Vosges quand les Impériaux, repassant le Rhin, s’installèrent à Strasbourg.
C’est au cours de ces opérations militaires qui – après la victoire de Turckheim – lui permirent de franchir à nouveau le Rhin, qu’il fut inopinément tué par un boulet à Sasbach (Principauté épiscopale de Strasbourg), le 27 juillet 1675.
Né dans une famille qui professait la religion prétendue réformée, Turenne embrassa la foi catholique (en grande partie grâce à Bossuet) en 1668. Dans sa lettre 437 du 28 août 1675, ayant appris les détails de la mort du héros au cours d’un dîner chez le cardinal de Bouillon (neveu de Turenne), Madame de Sévigné note : « Il vouloit se confesser le soir [note : du jour où il fut tué], et en se cachotant il avoit donné les ordres pour le soir, et devoit communier le lendemain, qui étoit le dimanche… ».
Marche du régiment de Turenne de Jean-Baptiste Lully
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Le funeste samedi 27 juillet 1675 :
Ce jour-là, ayant prévu de livrer bataille dans l’après-midi, Turenne, d’habitude calme et réservé mais qui augurait le succès parce qu’il avait réussi à amener les Impériaux sur le terrain qu’il avait choisi, laissa éclater sa joie : « Je les tiens, ils ne m’échapperont plus… ».
Il voulut une dernière fois parcourir le champ de bataille où il se promettait de remporter la victoire et monta à cheval à deux heures, se dirigeant vers les lignes ennemies.
Monsieur d’Hamilton, qui le rencontra près du lieu où il allait, lui dit : « Monsieur, venez par ici, on tirera du côté où vous allez. »
Turenne se rendit à cet avis : « Vous avez raison, je ne veux point du tout être tué aujourd’hui… »
Il se retirait, lorsque Monsieur de Saint Hilaire, qui commandait l’artillerie, arriva pour lui montrer une batterie placée d’après ses ordres sur une hauteur. Ce léger contretemps fut fatal au grand stratège, car au moment où Saint-Hilaire étendait le bras, en lui indiquant la direction de la batterie, un boulet tiré au hasard, emportant du même coup le bras de Saint-Hilaire, vint frapper dans la poitrine le Maréchal qui revenait sur ses pas ; son cheval ne fut même pas arrêté, et l’entraîna au galop tandis qu’il était tombé sur l’arçon de la selle.
Sur le moment, on ne s’aperçut pas de la perte immense que l’armée et la France tout entière venaient de faire : « (…) dans ce moment, le cheval s’arrête, il tomba entre les bras de ses gens ; il ouvrit deux fois de grands yeux et la bouche et puis demeura tranquille pour jamais : songez qu’il étoit mort et qu’il avoit une partie du cœur emportée. On crie, on pleure… » (Marquise de Sévigné, lettre du 28 août 1675).
On recouvre son corps d’un manteau, puis on le met à couvert sous une haie ; un carrosse arrive et on emmène les restes de Turenne.
A ce moment, le fils de Saint-Hilaire, voyant que son père a le bras arraché, se jette sur sa poitrine en fondant en larmes. Mais celui-ci : « Ce n’est pas moi qu’il faut pleurer, c’est ce grand homme. »
Dès que l’armée apprend la mort de son héros, stupeur, douleur, colère et désir de vengeance s’expriment sans retenue :
« On dit que les soldats faisoient des cris qui s’entendoient de deux lieues ; nulle considération ne les pouvoit retenir : ils crioient qu’on les menât au combat ; qu’ils vouloient venger la mort de leur père, de leur général, de leur protecteur, de leur défenseur ; qu’avec lui ils ne craignoient rien, mais qu’ils vengeroient bien sa mort ; qu’on les laissât faire, qu’ils étoient furieux, et qu’on les menât au combat… (Marquise de Sévigné, lettre du 2 août 1675).

Lorsque la nouvelle parvint à Versailles, le Grand Roi, sincèrement affligé, s’écria : « Hélas : nous perdons tout aujourd’hui ; Monsieur de Turenne est mort ! »
Le retour du corps de Turenne à Paris, fut une marche à la fois funèbre et triomphale, et les chroniqueurs comparent les hommages formulés sur le passage du convoi mortuaire à ceux adressés autrefois à Du Guesclin lorsque du château de Randon il fut conduit à Paris.
En chaque ville, les magistrats et les citoyens en habit de deuil se rendaient au devant du cortège qu’ils accompagnaient dans un solennel recueillement ; partout le clergé honorait de ses prières et de ses bénédictions le cercueil de l’illustre triomphateur.
A Paris, les obsèques furent célébrées avec une magnificence royale.
Comme cela s’était fait pour le Connétable de Charles V, de par la volonté de Louis XIV, le Maréchal de Turenne fut enseveli à Saint-Denis, où il demeura jusqu’aux mauvais jours de 1793.
Sa tombe fut alors brisée, et son corps, arraché à son glorieux repos, fut trouvé dans un remarquable état de conservation : il ne fut pas saccagé et jeté dans les fosses communes, mais un des gardiens se l’appropria… et vendit ses dents l’une après l’autre !
Pendant quelque trois ans, la dépouille du héros resta sans sépulture, puis, en 1796, elle fut déposée au « Musée des monuments français », où elle demeura quatre années, jusqu’à ce que, sur les ordres du premier consul Buonaparte, le 23 septembre 1800, elle fût transportée dans l’église des Invalides, où elle repose encore aujourd’hui.
Les habitants de la Souabe laissèrent longtemps sans la cultiver la place même où il était mort, et ils ne voulurent pas détruire l’arbre sous lequel il avait reposé quelques instants : touchant hommage qui montre que le grand Turenne avait laissé un impérissable souvenir, même dans la vénération de ceux qui n’étaient point Français.
En 1781, on éleva un monument au lieu où il avait été mortellement blessé : détruit ou endommagé à plusieurs reprises, il a toujours été relevé.
Aujourd’hui c’est un obélisque dont la stèle porte des inscriptions française : « Ici fut tué Turenne », allemande : « Hier ist Turennius vertrœtet worden », et latine : « Hic cecidit Turennius die 27 julii anni 1675″.

Obélisque érigé au lieu de la mort de Turenne.
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Le général ennemi ( Montecucoli je crois) apprenant la mort de Turenne tué par un petit boulet Impérial ( Autrichien) que l’on peut voir àux Invalides dit à ses officiers supérieurs : « Aujourd’hui est mort un homme qui honorait le fait d’être homme ». Après la disparution de Turenne, le Grand Roi créa plusieurs maréchaux ( Il en fallait plusieurs pour le remplacer). On les appela » la monnaie de Turenne ». J’ai servi dans son régiment : le 1er régiment de cuirassiers dont la filiation remonte au régiment de Turenne : le régiment Colonel général de la cavalerie ( 1er de l’arme), cornette ( étendard) entièrement blanc. Sa devise : Certum monstrat Iter ( Il montre le droit chemin).