2025-93. Comme des brebis au milieu des loups, tirant exemple à la fois du serpent et de la colombe.

25 juin,
Fête de Saint Prosper d’Aquitaine, confesseur et docteur de l’Eglise (cf. ici) ;
Mémoire de Saint Guillaume de Monte-Vergine, abbé et confesseur ;
Mémoire du 2ème jour dans l’octave de Saint Jean-Baptiste ;
9ème jour du Jeûne des Apôtres (cf. ici) ;
Anniversaire de la mort de d’Artagnan (cf. > ici) ;
Anniversaire de l’exécution de Georges Cadoudal (cf. ici).

       Voici un court sermon de Saint Augustin (il porte le numéro LXIV dans l’édition des œuvres complètes, au recueil des « sermons détachés » commentant des passages de l’un ou l’autre testament), qui doit nous faire réfléchir et nous inspirer quant à la manière dont nous devons nous conduire ici-bas : ceci est valable au premier chef dans nos dispositions spirituelles, mais évidemment aussi dans l’ordre temporel puisque ce sont nos dispositions spirituelles qui doivent inspirer notre conduite dans les affaires séculières.

   Saint Augustin commente ici le verset 16 du chapitre X de l’Evangile selon Saint Matthieu : « Voici donc que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les colombes ».
Il y a une espèce de saisissant contraste entre les deux phrases de cet unique verset. Nous ne doutons pas que les lecteurs de cette page y puiseront d’utiles leçons à mettre en pratique…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Comme des brebis au milieu des loups - fr.Mx.M.

La colombe et le serpent

(Saint Augustin : sermon LXIV sur des passages détachés de l’Evangile selon Saint Matthieu)

       Vous avez entendu, mes frères, pendant la lecture du saint Evangile, comment Jésus-Christ Notre-Seigneur a su par Sa doctrine encourager Ses martyrs : « Voici que Je vous envoie, dit-Il, comme des brebis au milieu des loups » (Matth. X, 16).

   Considérez bien cette conduite, mes frères.
Si un loup se présente au milieu d’un grand troupeau de brebis, ces brebis fussent-elles au nombre de plusieurs milliers, seul il jettera l’effroi parmi elles ; et si toutes ne deviennent pas sa proie, toutes sont néanmoins glacées de terreur.
Pour quel motif donc, dans quel dessein et en vertu de quel pouvoir ose-t-on, non pas recevoir un loup au milieu des brebis, mais envoyer les brebis au milieu des loups ? « Je vous envoie, dit le Sauveur, comme des brebis au milieu des loups » ; non pas près des loups, mais « au milieu des loups » !
Ces loups étaient nombreux et les brebis en petit nombre ; mais après avoir égorgé ces brebis, les loups se sont changés et sont devenus brebis eux-mêmes.

le serpent et la colombe - intercalaire

   Ecoutons donc les avis que nous donne Celui qui en promettant des couronnes impose le combat, et qui en attendant l’issue de la lutte soutient les combattants.
Quelle espèce de combat ordonne-t-Il ? « Soyez, dit-Il, prudents comme des colombes » (Matth. X, 46).
Comprendre et pratiquer cette recommandation, c’est mourir en paix, car c’est ne pas mourir. Nul en effet ne doit mourir en paix que celui qui voit dans la mort la fin de la mort même et le couronnement de la vie.

le serpent et la colombe - intercalaire

   Aussi, mes très-chers, dois-je vous expliquer encore, après même l’avoir fait bien souvent, ce qu’on entend par être simples comme des colombes et prudents comme des serpents.
Si la simplicité de la colombe nous est recommandée, pourquoi y ajouter la finesse du serpent ?
Ce qui me plaît dans la colombe, c’est qu’elle n’a point de fiel ; ce que je redoute dans le serpent, c’est son venin.
Tout cependant n’est pas redoutable dans le serpent ; s’il y a sujet de le haïr, il y a aussi 
sujet de l’imiter. Une fois accablé de vieillesse, et abattu sous le poids des ans, il se tire à travers les fentes de sa caverne, laissant ainsi sa vieille peau, afin de s’élancer tout rajeuni.

   Imite-le, chrétien, toi qui entends le Christ S’écrier : « Entrez par la porte étroite » (Matth. VII, 13). L’apôtre Paul ne dit-il pas aussi : « Dépouillez vous du vieil homme avec ses actes, et revêtez l’homme nouveau » (Coloss. III, 9 et 10 & Ephes. IV, 22 et 24) ?
II y a donc à imiter dans le serpent. Ne mourons pas de vieillesse, mourons pour la vérité. C’est mourir de vieillesse que de mourir pour quelque avantage temporel ; et se dépouiller de toutes ces vieilleries, c’est imiter la prudence du serpent.

   Imite-le aussi en préservant ta tête.
Qu’est-ce à dire, en préservant ta tête ?
En conservant en toi le Christ.
Quelqu’un de vous n’a-t-il jamais remarqué en voulant tuer une couleuvre que pour préserver sa tête elle expose tout son corps aux coups de l’ennemi ? Ce qu’elle veut conserver principalement c’est la source de sa vie. Le Christ n’est-il pas notre vie ? N’a-t-il pas dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie » (Jean XIV, 6) ? L’Apôtre n’a-t-il pas dit aussi : « Le Christ est la tête de l’homme » (1 Cor. XI, 53) ?
Conserver en soi le Christ, c’est donc se conserver la tête.

le serpent et la colombe - intercalaire

   Qu’est-il besoin maintenant de parler Longuement de la simplicité des colombes ?
Il fallait se garder du venin des serpents, l’imitation présentait là des dangers, quelque chose était à craindre ; mais il n’y a aucun danger à imiter la colombe.
Vois comme les colombes aiment à vivre en société ; partout elles volent ensemble, ensemble elles mangent ; elles ne veulent pas rester seules, elles aiment la vie commune, et sont fidèles à l’amitié ; leurs murmures sont des gémissements d’amour et leurs petits, le fruit de tendres baisers. S’il leur arrive, comme nous l’avons souvent remarqué, des rixes à propos de leurs nids, ne sont-ce pas comme des disputes 
pacifiques ? Se séparent-elles à la suite de ces difficultés ? Elles continuent à voler et à manger ensemble, leurs débats sont vraiment pacifiques.

   Voici comment les imiter : « Si quelqu’un, dit l’Apôtre, ne se soumet pas à ce que nous ordonnons par cette lettre, notez-le et n’ayez point de commerce avec lui ». Voilà bien une dissension ; mais c’est une dissension de colombes et non de loups, car l’Apôtre ajoute aussitôt : « Ne le considérez pas comme un ennemi, mais reprenez-le comme un frère » (2 Thess. III, 14-15).

   La colombe est affectueuse, même en disputant et le loup haineux, même en flattant.

   Ornés ainsi de la simplicité des colombes et de la prudence des serpents, célébrez la fête des martyrs avec une sobriété toute spirituelle et non en vous plongeant dans l’ivresse. Chantez les louanges de Dieu, car nous avons pour Seigneur et pour Dieu le Dieu même des martyrs ; c’est Lui aussi qui nous couronne : si nous avons bien combattu, nous serons couronnés par les mêmes mains qui ont déposé la couronne sur le front des vainqueurs, que nous aspirons à imiter.

le loup l'agneau le serpent et la colombe - Fr.Mx.M.

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