2023-136. Méditation pour la fête de la Toussaint : « O bienheureuses âmes du ciel, venez au secours de notre misère… »
1er novembre,
Fête de tous les Saints.
Voûte en trompe l’œil de l’église Saint-Ignace à Rome (1685),
œuvre du Frère Andrea Pozzo s.j. (1642-1709)
Présence de Dieu :
Par l’intercession de Vos Saints, ô Seigneur, puissé-je suivre avec courage, moi aussi, la voie de la sainteté.
Méditation :
1 – La Sainte Eglise, toujours pleine de sollicitude et de crainte pour notre salut, exulte aujourd’hui d’une joie immense en contemplant la gloire de ses enfants qui, parvenus à la patrie céleste, sont en sécurité pour l’éternité, pour toujours à l’abri des embûches du malin et désormais au nombre des élus, devenus le peuple de Dieu.
Comme une mère fière du triomphe de ses enfants, elle les présente à toute la Chrétienté en invitant tous les fidèles à partager sa joie maternelle : « Réjouissons-nous tous dans le Seigneur en célébrant ce jour de fête en l’honneur de tous les Saints, de la solennité de laquelle les Anges se réjouissent et glorifient le Fils de Dieu » (introït).
L’épître nous met devant les yeux la vision apocalyptique de la gloire des Saints : « Voici qu’apparut à mes yeux une foule immense, impossible à dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue, devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main » (Apoc. VII, 9). Phalanges de martyrs, d’apôtres, de confesseurs, de vierges, troupes bienheureuses qui se délectent sans cesse dans la vison de Dieu, L’adorent continuellement et Le louent en disant : « Louange, gloire, sagesse, actions de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles ! Amen » (ibid. 12).
Qui sont ces Saints si glorieux ?
Des hommes qui ont vécu comme nous sur cette terre, ont connu nos misères, nos difficultés, nos luttes. Certains d’entre eux nous sont connus, l’Eglise les ayant élevés aux honneurs des autels, mais la grande majorité nous est entièrement inconnue. Humbles gens, qui ont vécu obscurément dans l’accomplissement de leur devoir, sans splendeur, sans renom, dont personne ici-bas ne se souvient, mais que le Père céleste a vus, connus dans le secret et introduits dans Sa gloire après avoir éprouvé leur fidélité.
Les postes d’honneur occupés par certains personnages d’entre cette foule immense, ou les grandes œuvres accomplies par d’autres, sont dépourvus de valeur : leur béatitude éternelle n’a aucun rapport avec la grandeur qu’ils eurent ici-bas. Une seule chose demeure pour les humbles et les grands, les pauvres et les puissants : le degré d’amour auquel ils sont arrivés, et auquel correspond le degré de gloire qui les rend éternellement heureux.

2 – Tandis que l’épître nous a fait entrevoir quelque chose de la vie des Saints dans la gloire du ciel, l’Evangile, citant un passage des béatitudes, nous dévoile quelle fut leur vie sur la terre : « Heureux les pauvres en esprit… heureux les doux… heureux les affligés… heureux les affamés et assoiffés de justice… heureux les miséricordieux… heureux les cœurs purs… heureux les artisans de paix… heureux les persécutés pour la justice… » (Matth. V, 3-10).
Pauvreté, humilité, détachement des biens terrestres ; douceur d’âme, résignation et patience dans le douleur, droiture, faim de la justice ; bonté et compréhension à l’égard du prochain ; pureté d’esprit et de cœur, esprit pacifique et artisan de paix, force et générosité qui, par amour pour Dieu, embrasse toute souffrance et souffre toute injustice, telles sont les caractéristiques de la vie menée par les Saints sur la terre, tel devra être le programme de notre vie, si nous voulons arriver comme eux à la sainteté.
Nous voudrions bien devenir saints, mais d’une manière facile, et sans nous faire violence, sans nous fatiguer ; nous voudrions exercer la vertu, mais seulement jusqu’à un certain point, seulement quand elle ne nous demande pas de sacrifices trop onéreux ou ne nous contrarie pas trop. Il arrive ainsi que, devant les actes de vertu qui exigent un plus grand renoncement à nous-mêmes, ou impliquent l’acceptation de choses difficiles et répugnantes comme étouffer, par exemple, les ressentiments de l’amour-propre, renoncer à faire valoir ses raisons personnelles, se soumettre à ceux qui nous sont opposés et s’effacer devant eux, très souvent – pour ne pas dire toujours – nous nous retirons, trouvant qu’il n’est pas nécessaire d’aller si loin.
Et cependant, notre progrès dans le chemin de la sainteté dépend justement de ces actes que nous refusons d’accomplir, sans lesquels notre vie demeurera toujours au même niveau médiocre, en admettant que nous ne reculions pas.
Supplions les Saints que nous honorons aujourd’hui, de nous aider à vaincre notre paresse, notre mollesse, notre lâcheté ; demandons à ceux qui nous ont précédés dans la voie de la sainteté, la force de les suivre. « Si ceux-ci et celles-ci [sont arrivés à la sainteté], pourquoi ne le pourrais-je ? » (Saint Augustin). La grâce que Dieu a donnée aux Saints, Il nous l’offre aussi ; malheureusement, ce qui manque, c’est notre adhésion à cette grâce.

Colloque :
« O âmes qui jouissez sans crainte de votre bonheur et qui vivez toujours plongées dans les louanges de mon Dieu, que votre sort est heureux ! Que vous avez raison de ne point discontinuer ces louanges ! Quelle envie vous porte mon âme ! Vous êtes désormais affranchies de la douleur que me causent dans ces temps malheureux les offenses si graves faites à mon Dieu, les ingratitudes si noires dont on paye Son amour, et cet aveuglement profond qui fait demeurer insensible devant la multitude d’âmes que Satan entraîne à sa suite !
O bienheureuses âmes du ciel, venez au secours de notre misère, intercédez pour nous auprès de la divine miséricorde, afin qu’elle nous donne quelque part à votre félicité et à la claire vision dont vous jouissez. Et Vous, mon Dieu, donnez-nous de comprendre quelle récompense Vous réservez à ceux qui combattent virilement durant le rêve de cette misérable vie. Obtenez-nous, ô âmes aimantes, de comprendre la félicité dont vous êtes inondées à la pensée que votre bonheur sera éternel, et la joie dont vous êtes enivrées par la certitude qu’un tel bonheur n’aura jamais de fin.
O âmes bienheureuses, qui avez su si bien profiter des dons de Dieu et vous en servir pour acheter les délices de cet héritage, dites-nous comment vous vous y êtes prises pour arriver à cette joie sans fin. Daignez nous aider ; puisque vous êtes si près de la source, puisez-y de l’eau pour nous qui mourons de soif ! » (Sainte Thérèse de Jésus, in « Exclamations » XIII).
« O Saints du ciel, je suis la plus petite des créatures, je connais ma misère, mais je sais aussi combien les cœurs nobles et généreux aiment à faire du bien ; je vous conjure donc, bienheureux habitants de la cité céleste, de m’adopter pour enfant : à vous seuls reviendra la gloire que vous me ferez acquérir ; daignez exaucer ma prière, obtenez-moi, je vous en supplie, votre (…) amour » (Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, in « Histoire d’une âme » XI).
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Relire cette méditation rappelle à la fois que nous n’avons pas atteint ce sommet de la sainteté, et qu’il faut pourtant réaliser cet idéal qu’il nous semble impossible d’atteindre. Sans la grâce de Dieu, comment y parvenir ? Mais c’est justement cette grâce que nous demandons… Pourquoi, mon Dieu, cette stagnation ? Au secours, tous les Saints que nous célébrons en ce jour de gloire!
Quelle belle méditation ! que de simples et bons conseils, clairs et limpides, pour avancer sur ce chemin de la sainteté que nous sommes ainsi appelés à parcourir, grâce aux mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour rejoindre dans la gloire l’amour du Père avec tous les saints.
Oui, bonne et joyeuse fête de Toussaint, en union avec nos frères du Purgatoires qui attendent ce merveilleux passage de plénitude.
Que l’Esprit-Saint nous éclaire et nous guide.