2023-76. Misereor super turbam…
Sixième dimanche après la Pentecôte,
dimanche de la seconde multiplication des pains.
« En ce temps-là, comme une foule nombreuse se trouvait avec Jésus et qu’ils n’avaient rien à manger, ayant convoqué les disciples, Il leur dit : J’ai pitié de cette foule, parce que voilà trois jours déjà qu’ils ne Me quittent pas, et ils n’ont rien à manger. Si Je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en route : certains parmi eux en effet sont venus de loin… » (Marc VIII, 1-3).

« J’ai pitié de cette foule : Misereor super turbam ! »
Touchante compassion du divin Cœur de Jésus, qui ne veut pas que ceux qui L’ont accompagné afin d’entendre les paroles de vie qui sortent de Sa bouche tombent en défaillance. Emouvante sollicitude du Sauveur qui, après avoir nourri les âmes affamées, s’apprête aussi à nourrir les corps faméliques.
Le Verbe incarné, n’est justement pas un être… désincarné, auquel la préoccupation primordiale pour les nécessités spirituelles feraient oublier les vulgaires contingences matérielles liées à notre condition charnelle : même les plus avides des nourritures surnaturelles ne se peuvent passer de pitance terrestre, sous peine de défaillir en route et de ne pouvoir atteindre le but de leur chemin ici-bas.
Jésus s’émeut donc de pitié à la vue de notre faiblesse et de nos besoins les plus primaires.
« Misereor super turbam…»
Et le Cœur de Jésus ne peut qu’être peiné s’Il sent que ceux qu’Il a choisis et appelés pour être plus près de Lui, n’éprouvent pas cette même compassion.
Si c’est bien Lui, et Lui seul, qui réalise le miracle et multiplie les pains et les petits poissons, c’est à eux, les disciples, qu’il revient de les distribuer à la foule ; à eux qu’il revient d’être au contact direct de la foule affamée pour transmettre le don divin.
« Misereor super turbam…»
S’il est normal que le Cœur de Jésus soit infiniment plus sensible et compatissant que celui de tous les disciples réunis, il n’est toutefois pas normal que, à force de Le fréquenter, le cœur des disciples ne se laisse pas peu à peu imprégner par la compassion du Cœur de Jésus, et transformer par Sa délicate sollicitude pour les besoins des foules indigentes.
Et si Notre-Seigneur et Sauveur a eu pitié, parce que justement cette foule avait fait passer au second plan sa faim corporelle pour être rassasiée en son appétence spirituelle, c’est aussi le signe que Ses disciples, s’ils doivent avoir une authentique et sincère compassion pour les nécessiteux, doivent venir en aide à ceux-là sans avoir négligé de se soucier prioritairement de la disette spirituelle qui les afflige.
« Misereor super turbam…»
Aujourd’hui, à l’intérieur même de la Sainte Eglise catholique romaine, il est des âmes affamées de nourriture spirituelle consistante et authentique, au point qu’elles négligent bien des conforts matériels et beaucoup de facilités humaines, pour y avoir accès.
Elles ont faim de spiritualité solide, parfaitement accordée à la Révélation divine ; faim de la véritable doctrine catholique héritée, sans rupture ni discontinuité, de la Tradition des Apôtres, des Pères, des Docteurs et des saints ; faim d’une liturgie indubitablement catholique, en laquelle on ne trouve que le pur froment de la doctrine pérenne, et non une farine douteuse contaminée par des modes intellectuelles hasardeuses, par des conceptions hétérodoxes, par le modernisme biblique et théologique…
Elles ont faim de la Tradition la mieux établie qui les puisse nourrir sereinement et les solidement conforter dans leur foi, leur espérance et leur charité surnaturelles, et elles se trouvent suspectées, critiquées, rejetées, tenues pour rien, exclues, renvoyées à jeun…
Parce qu’elles ont faim de la véritable et divine substance, elles réclament le pain supersubstantiel (cf. Matth. VI, 11), et se le voient refuser par ceux qui ne leur devraient transmettre que ce qui vient purement et indubitablement de Jésus : ce sont les enfants qui demandent du pain et qui ne reçoivent à la place qu’un caillou stérile incapable de les nourrir (cf. Luc XI, 11).
« Misereor super turbam…»
Nous savons, ô Jésus, que si certains de ceux que Vous avez appelés à être Vos disciples, afin qu’ils transmettent à la foule avide de Vos paroles un pain généreux et roboratif, sont trop souvent lents à comprendre, et qu’ils font, trop souvent encore, preuve d’un cœur insensible, voire dur, ce ne peut en aucune manière être Votre cas : la péricope évangélique entendue ce dimanche nous en donne une preuve irréfragable.
Nous savons, ô Jésus, – nous le savons et nous en sommes absolument certains -, que Vous n’approuvez pas le refus qu’opposent certains à transmettre à nos âmes affamées le pain supersubsantiel de l’authentique et multiséculaire Tradition catholique, doctrinale et spirituelle.
Nous savons, ô Jésus, que Vous réprouverez, ainsi que le méritent des pères indignes, ceux qui donnent aujourd’hui d’indigestes cailloux à ceux de Vos enfants qui réclament le pain nourrissant de la liturgie traditionnelle.
Nous croyons que, contrairement à eux, Vous avez compassion de cette foule discrète et fidèle qui Vous est fermement attachée, et qui se cramponne, par amour pour Vous, et au mépris de ce que le monde pense d’elle, à la Sainte Messe traditionnelle, tout simplement parce qu’elle ne trouve pas de nourriture substantielle en ces ersatz de liturgie pollués par l’esprit du siècle et contaminés par l’hétérodoxie.
Rendez-moi justice, ô mon Dieu, et distinguez ma cause de celle d’une nation non sainte :
Délivrez-moi de l’homme inique et trompeur.
Parce que Vous êtes, ô Dieu, ma force : pourquoi me repousseriez-Vous ?
Et pourquoi marché-je, triste, tandis que mon ennemi me persécute ?
Envoyez Votre lumière et Votre vérité :
Elles m’ont conduit, et m’ont amené à Votre montagne sainte et dans Vos tabernacles.
Et je viendrai jusqu’à l’autel de Dieu : jusqu’au Dieu qui réjouit ma jeunesse.
Je Vous louerai sur la harpe, ô Dieu, mon Dieu !
Pourquoi es-tu triste, mon âme, et pourquoi me troubles-tu ?
Espère en Dieu, parce que je Le louerai encore :
Il est le salut de ma face, et mon Dieu !
(Ps. XLII « Judica me, Deus »)

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Que le Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous fasse miséricorde et comble les affamés qui Le cherchent.