2022-100. Les ennemis de Dieu sont ceux qui s’opposent à Son empire, non par leur nature mais par leurs vices ; et ce n’est point à Dieu qu’ils nuisent, mais à eux-mêmes.

28 septembre,
Fête de Saint Wenceslas, duc de Bohème et martyr ;
Anniversaire de la sainte mort du Père Ange de Joyeuse (cf. > ici) ;
Dernier jour de la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel (cf. > ici).

   En cette veille de la fête de Saint Michel archange, et pour en conclure la neuvaine préparatoire, nous vous invitons à lire et méditer sur ces trois petits chapitres de « La Cité de Dieu », l’œuvre majeure de notre Bienheureux Père Saint Augustin, dans lesquels le Docteur de la Grâce explique qu’il n’existe pas deux natures angéliques, l’une bonne et l’autre mauvaise, mais que, pour les anges comme pour les hommes, la malice est une conséquence de la volonté, la conséquence d’un choix, la conséquence du vice qui s’oppose au Bien souverain.

La chute des anges rebelles - Charles le Brun 1670

La chute des anges rebelles
(Charles Le Brun, vers 1670)

frise

La nature des anges, bons et mauvais, est une ;
aucune essence n’est contraire à Dieu par nature,
et les ennemis de Dieu ne le sont que par leur volonté propre :

Chapitre 1er :

   Avant de parler de la création de l’homme, avant de montrer les deux cités se formant parmi les êtres raisonnables et mortels, comme on les a vues, dans le livre précédent, se former parmi les anges, il me reste encore quelques mots à dire pour faire comprendre que la société des anges avec les hommes n’a rien d’impossible, de sorte qu’il n’y a pas quatre cités, quatre sociétés, deux pour les anges et autant pour les hommes, mais deux cités en tout, l’une pour les bons, l’autre pour les méchants, anges ou hommes, peu importe.

   Que les inclinations contraires des bons et des mauvais anges proviennent, non de la différence de leur nature et de leur principe, puisqu’ils sont les uns et les autres l’œuvre de Dieu, auteur et créateur excellent de toutes les substances, mais de la diversité de leurs désirs et de leur volonté, c’est ce qu’il n’est pas permis de révoquer en doute. Tandis que les uns, attachés au bien qui leur est commun à tous, lequel n’est autre que Dieu même, se maintiennent dans Sa vérité, dans Son éternité, dans Sa charité, les autres, trop charmés de leur propre puissance, comme s’ils étaient à eux-mêmes leur propre bien, de la hauteur du Bien suprême et universel, source unique de la béatitude, sont tombés dans leur bien particulier, et, remplaçant par une élévation fastueuse la gloire éminente de l’éternité, par une vanité pleine d’astuce la solide vérité, par l’esprit de faction qui divise, la charité qui unit, ils sont devenus superbes, fallacieux, rongés d’envie.
Quelle est donc la cause de la béatitude des premiers ? leur union avec Dieu ; et celle, au contraire, de la misère des autres ? leur séparation de Dieu.
Si donc il faut répondre à ceux qui demandent pourquoi les uns sont heureux : c’est qu’ils sont unis à Dieu, et à ceux qui veulent savoir pourquoi les autres sont malheureux : c’est qu’ils sont séparés de Dieu, il s’ensuit qu’il n’y a pour la créature raisonnable ou intelligente d’autre bien ni d’autre source de béatitude que Dieu seul. Ainsi donc, quoique toute créature ne puisse être heureuse (car une bête, une pierre, du bois et autres objets semblables sont incapables de félicité), celle qui le peut, ne le peut point par elle-même, étant créée de rien, mais par Celui qui l’a créée. Le même objet, dont la possession la rend heureuse, par son absence la fait misérable ; au lieu que l’être qui est heureux, non par un autre, mais par soi, ne peut être malheureux, parce qu’il ne peut être absent de soi.

   Nous disons donc qu’il n’y a de bien entièrement immuable que Dieu seul dans Son unité, Sa vérité et Sa béatitude, et quant à Ses créatures, qu’elles sont bonnes parce qu’elles viennent de Lui, mais muables, parce qu’elles ont été tirées, non de Sa substance, mais du néant.
Si donc aucune d’elles ne peut jamais être souverainement bonne, puisque Dieu est infiniment au-dessus, elles sont pourtant très-bonnes, quoique muables, ces créatures choisies qui peuvent trouver la béatitude dans leur union avec le Bien immuable, Lequel est si essentiellement leur bien, que sans Lui elles ne sauraient être que misérables.
Et il ne faut pas conclure de là que le reste des créatures répandues dans cet immense univers, ne pouvant pas être misérables, en soient meilleures pour cela ; car on ne dit pas que les autres membres de notre corps soient plus nobles que les yeux, sous prétexte qu’ils ne peuvent devenir aveugles ; mais tout comme la nature sensible est meilleure, lors même qu’elle souffre, que la pierre qui ne peut souffrir en aucune façon, ainsi la nature raisonnable l’emporte, quoique misérable, sur celle qui est privée de raison ou de sentiment et qui est à cause de cela incapable de misère. S’il en va de la sorte, puisque cette créature a un tel degré d’excellence que sa mutabilité ne l’empêche pas de trouver la béatitude dans son union avec le souverain Bien, et puisqu’elle ne peut ni combler son indigence qu’en étant souverainement heureuse, ni être heureuse que par Dieu, il faut conclure que, pour elle, ne pas s’unir à Dieu, c’est un vice. Or, tout vice nuit à la nature et par conséquent lui est contraire.
Dès lors la créature qui ne s’unit pas à Dieu diffère de celle qui s’unit à Lui non par nature, mais par vice. Et ce vice même marque la grandeur et la dignité de sa nature, le vice étant blâmable et odieux par cela même qu’il déshonore la nature.
Lorsqu’on dit que la cécité est le vice des yeux, on témoigne que la vue leur est naturelle, et lorsqu’on dit que la surdité est le vice des oreilles, on affirme que l’ouïe appartient à leur nature ; de même donc, lorsqu’on dit que le vice de la créature angélique est de ne pas être unie à Dieu, on déclare qu’il est de sa nature de lui être unie.
Quelle gloire plus haute que d’être uni à Dieu de telle sorte qu’on vive pour Lui, qu’on n’ait de sagesse et de joie que par Lui, et qu’on possède un si grand bien sans que la mort, l’erreur et la souffrance puissent nous Le ravir !
Comment élever sa pensée à ce comble de béatitude, et qui trouvera des paroles pour l’exprimer dignement ?
Ainsi, tout vice étant nuisible à la nature, le vice même des mauvais anges, qui les tient séparés de Dieu, fait éclater l’excellence de leur nature, à qui rien ne peut nuire que de ne pas s’attacher à Dieu.

Chapitre 2 :

   J’ai dit tout cela de peur qu’on ne se persuade, quand je parle des anges prévaricateurs, qu’ils ont pu avoir une autre nature que celle des bons anges, la tenant d’un autre principe et n’ayant point Dieu pour auteur. Or, il sera d’autant plus aisé de se défendre de cette erreur impie (note : c’est l’erreur des manichéens) que l’on comprendra mieux ce que Dieu dit par la bouche d’un ange, quand Il envoya Moïse vers les enfants d’Israël : « Je suis Celui qui suis » (Exod. III, 14). Dieu, en effet, étant l’essence souveraine, c’est-à-dire étant souverainement et par conséquent étant immuable, quand Il a créé les choses de rien, Il leur a donné l’être, à la vérité, mais non l’être suprême qui est le sien ; Il leur a donné l’être, dis-je, aux unes plus, aux autres moins, et c’est ainsi qu’Il a établi des degrés dans les natures des essences.
De même que du mot sapere s’est formé sapientia, ainsi du mot esse on a tiré essentia, mot nouveau en latin, dont les anciens auteurs ne se sont pas servis (note : Quintilien cite - Instit., lib. II, cap. 15, § 2, et lib. III, cap. 6, § 23 – le philosophe stoïcien Papinius Fabianus Plautus comme s’étant servi des mots ens et essentia), mais qui est entré dans l’usage pour que nous eussions un terme correspondant à l’ousia des Grecs. il suit de là qu’aucune nature n’est contraire à cette nature souveraine qui a fait être tout ce qui est, aucune, dis-je, excepté celle qui n’est pas. Car le non-être est le contraire de l’être. Et, par conséquent, il n’y a point d’essence qui soit contraire à Dieu, c’est-à-dire à l’essence suprême, principe de toutes les essences, quelles qu’elles soient.

Chapitre 3 :

   L’Ecriture appelle ennemis de Dieu ceux qui s’opposent à Son empire, non par leur nature, mais par leurs vices ; or, ce n’est point à Dieu qu’ils nuisent, mais à eux-mêmes. Car ils sont Ses ennemis par la volonté de Lui résister, non par le pouvoir d’y réussir. Dieu, en effet, est immuable et par conséquent inaccessible à toute dégradation.
Ainsi donc le vice qui fait qu’on résiste à Dieu est un mal, non pour Dieu, mais pour ceux qu’on appelle Ses ennemis. Et pourquoi cela, sinon parce que ce vice corrompt en eux un bien, savoir le bien de leur nature ?
Ce n’est donc pas la nature, mais le vice qui est contraire à Dieu. Ce qui est mal, en effet, est contraire au bien. Or, qui niera que Dieu ne soit le souverain bien ? Le vice est donc contraire à Dieu, comme le mal au bien. Cette nature, que le vice a corrompue, est aussi un bien sans doute, et, par conséquent, le vice est absolument contraire à ce bien ; mais voici la différence : s’il est contraire à Dieu, c’est seulement comme mal, tandis qu’il est contraire doublement à la nature corrompue, comme mal et comme chose nuisible. Le mal, en effet, ne peut nuire à Dieu ; il n’atteint que les natures muables et corruptibles, dont la bonté est encore attestée par leurs vices mêmes ; car si elles n’étaient pas bonnes, leurs vices ne pourraient leur être nuisibles. Comment leur nuisent-ils, en effet ? n’est-ce pas en leur ôtant leur intégrité, leur beauté, leur santé, leur vertu, en un mot tous ces biens de la nature que le vice a coutume de détruire ou de diminuer ? Supposez qu’elles ne renfermassent aucun bien, alors le vice, ne leur ôtant rien, ne leur nuirait pas, et partant, il ne serait plus un vice ; car il est de l’essence du vice d’être nuisible. D’où il suit que le vice, bien qu’il ne puisse nuire au bien immuable, ne peut nuire cependant qu’à ce qui renferme quelque bien, le vice ne pouvant être qu’où il nuit. Dans ce sens, on peut dire encore qu’il est également impossible au vice d’être dans le souverain bien et d’être ailleurs que dans un bien. Il n’y a donc que le bien qui puisse être seul quelque part ; le mal, en soi, n’existe pas. En effet, ces natures mêmes qui ont été corrompues par le vice d’une mauvaise volonté elles sont mauvaises, à la vérité, en tant que corrompues, mais, en tant que natures, elles sont bonnes. Et quand une de ces natures corrompues est punie, outre ce qu’elle renferme de bien, en tant que nature, il y a encore en elle cela de bien qu’elle n’est pas impunie (note : c’est la doctrine de Platon, particulièrement développée dans le Gorgias). La punition est juste, en effet, et tout ce qui est juste est un bien. Nul ne porte la peine des vices naturels, mais seulement des volontaires, car le vice même, qui par le progrès de l’habitude est devenu comme naturel, a son principe dans la volonté. Il est entendu que nous ne parlons en ce moment que des vices de cette créature raisonnable où brille la lumière intelligible qui fait discerner le juste et l’injuste.

Saint Augustin, in « la Cité de Dieu » Livre XII, chapitres 1, 2 & 3.

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