2022-99. Simplicité et virilité : les grandes oubliées de notre époque ?

armoiries confrérie royale

Lettre mensuelle aux membres et amis de la Confrérie Royale

25 septembre 2022 – XVIe dimanche après la Pentecôte

Crucifixion - Van Dyck 1630 - Eglise St Michel Gand

Christ en Croix, Anthony van Dyck, 1630
[église Saint-Michel - Gand]

Simplicité et virilité : les grandes oubliées de notre époque ?

Chers amis,

   Quelle époque que la nôtre ! Nous sommes assaillis par des titres médiatiques tous plus horribles les uns que les autres : ici des meurtres, là une guerre, là bas des profanations d’églises ou des sacrilèges commis par des « catholiques » clercs ou laïcs, comment ne pas être tentés de laisser tomber. « Laisse tomber, cela ne sert à rien de te battre, » nous dit le Malin, « je suis partout et j’ai déjà gagné ! Laisse-toi porter un instant par les plaisirs qu’offre ce monde moderne ! ». Sans désirer peindre un lugubre tableau de notre société, il ne faut pas faire l’autruche en ignorant la réalité des choses : notre monde court à sa perte. « Si Mon peuple ne veut pas se soumettre, Je suis forcée de laisser aller le bras de Mon Fils. Il est si lourd et si pesant que Je ne puis le retenir. Depuis si longtemps que Je souffre pour vous autres ; si Je veux que Mon Fils ne vous abandonne pas, Je suis chargée de Le prier sans cesse et vous n’en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau faire, vous ne pourrez récompenser la peine que J’ai prise pour vous! J’ai donné six jours pour travailler, Je Me suis réservé le septième et on ne veut pas Me l’accorder ; c’est cela qui appesantit tant le bras de Mon Fils. Aussi ceux qui mènent les charrettes ne savent plus jurer sans y mettre le nom de Mon Fils : ce sont ces deux choses qui appesantissent tant Son bras (1) .» Ces paroles de la Vierge Marie à La Salette doivent nous faire réfléchir. Quels sont les problèmes profonds de notre époque postmoderne ? Comment y contribuons-nous ? Que faisons-nous pour prier et apaiser ce Fils dont le bras se fait si lourd ?

   Notre monde actuel se complaît dans les plaisirs. Plus précisément, nous et nos contemporains sommes esclaves de nos appétits sensibles. C’est-à-dire que nous suivons nos attraits pour telle chose ou telle autre qui nous procurera un plaisir : écouter une musique peu édifiante, regarder un film qui contient des blasphèmes, grignoter un morceau alors que nous savons que cela est mauvais pour notre santé… Dans notre vie quotidienne, les exemples surabondent. « Qu’à cela ne tienne, ce n’est pas grave ! Ce n’est pas peccamineux ! » Peut-être pas en effet. Pourtant, se livrer ainsi à nos appétits nous fait courir un grand danger : celui de la féminisation. Le Père Chad Ripperger (2) explique, dans une de ses nombreuses conférences, que, particulièrement de nos jours, nous devons tous, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, être virils. Qu’est ce que cela veut dire ? L’analyse de ce qu’est la virilité nous fournit la réponse. La virilité, qui est, normalement, le propre des hommes, permet à ces derniers d’être moins prompts à suivre les aléas des sentiments et des émotions. Elle donne également cette force qui est spécifique à l’homme. Lorsque nous imaginons un homme viril, nous imaginons plutôt un bûcheron canadien que sa pilosité faciale hirsute fait ressembler à un ours, plutôt qu’à un aristocrate anglais buvant du thé. L’homme viril est celui qui, conjointement avec une force physique certaine, dispose d’une certaine force d’esprit. Il fait ce qui est bien même si cela lui coûte. Toute femme dispose aussi de cette virilité intellectuelle, cette force mentale qui aide la volonté à faire ce qui est bon. Dans une conférence donnée à Lyon sur la virilité intellectuelle, le professeur Léon Ollé-Laprune (3) cite saint Thomas d’Aquin, le Docteur Commun, en ces termes : « la créature raisonnable a ce privilège d’avoir une sorte d’empire sur elle-même : elle est maîtresse d’elle-même. » Le professeur poursuit plus loin : « Voir clair, juger et conclure, ce sont, Messieurs, les qualités qui nous manquent le plus ; en d’autres termes, la virilité intellectuelle est d’autant plus souhaitable dans le temps présent que dans le temps présent elle manque davantage. Mais j’ajoute immédiatement que jamais elle ne fut plus nécessaire, et en voici la raison : Il y a des époques paisibles, tranquilles, qu’on pourrait dire assises : le dix-septième siècle, dans sa seconde moitié, pourrait, de loin du moins, en fournir un exemple. Alors, Messieurs, on peut se laisser vivre, alors on peut se dire que ceux qui ont l’autorité sont chargés de nous faire vivre, mais, dans le temps où nous sommes, il faut faire ses affaires soi-même. (4) » Cette conférence est toujours d’actualité. Tous, hommes, femmes, adolescents, nous devons acquérir cette virilité intellectuelle qui est une première étape nécessaire avant de pouvoir avancer dans la voie de la vertu.

   La vertu de virilité est primordiale, et, pour illustrer ses propos, le Père Ripperger prend en exemple la musique moderne. Certaines musiques élèvent l’âme ; le chant sacré par exemple. D’autres font ressortir nos instincts les plus basiques en faisant monter notre adrénaline. D’autres encore provoquent des émotions. Platon disait justement : « Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique ». La musique nous donnant un plaisir particulier lors de l’écoute, notre corps demandera toujours plus de musique. Nous connaissons tous (avons été ou sommes toujours), l’exemple de l’adolescent qui ne peut pas vivre sans ses écouteurs dans les oreilles. Lui supprimer sa musique est une violence telle qu’il se révolte. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est devenu dépendant du plaisir que lui procure sa musique. Il est « drogué » à la musique. La conséquence la plus grave en est une diminution de la volonté mais également de la virilité intellectuelle. Notre adolescent se féminise en fin de compte car il n’est plus capable de poser librement le choix du bon mais ne peut fonctionner que par son ressenti physique, ou plus exactement, psychique.

   Nous pouvons directement relier la perte de la virilité à un certain nombre de problèmes sociétaux. Si plus personne ne possède la virilité nécessaire pour tenir les lois morales, les interdits moraux sont levés de manière à pouvoir satisfaire les sens selon ses désirs. On commence par la « libération » sexuelle des années 70, pour en arriver aujourd’hui aux abominations de la théorie du genre et toutes ses conséquences chez les jeunes. La recherche du plaisir est telle que le moyen d’obtenir ce plaisir n’importe plus.  S’il faut tuer ou faire des actes contre nature, cela n’importe pas car la volonté et la virilité ne peuvent plus guider l’âme perdue vers le bien.

   La recherche du plaisir et la perte de la virilité entrainent un embourgeoisement matériel et spirituel ; la mortification prend la porte et le confort s’installe en maître partout et dans tous les aspects de nos vies. La simplicité n’a plus sa place, notamment à la table de notre maison. Elle est remplacée par une sorte de paresse qui nous entraîne à rechercher le luxe et l’inutile au lieu du nécessaire et du fonctionnel. Nous sommes déconnectés du réel et ne voyons plus les problèmes autour de nous. Nous finissons dans une sorte d’introspection perpétuelle par ne regarder que notre propre petite personne, que finalement, nous ne trouvons pas si médiocre que cela. Et la réforme de notre cœur devient de plus en plus compliquée car nous n’avons plus de volonté et sommes aveuglés par notre propre confort.

   Nous pouvons aisément constater qu’aujourd’hui l’esprit de mortification a disparu, tant au sein du clergé que chez les fidèles. Il est bien loin le temps du général de Sonis et des exercices de mortification corporelle. De nos jours même jeûner ou se priver ne serait-ce que de grignoter ou de boire trop d’alcool est vu comme un sacrifice trop important. Regardons dans nos maisons, nos chambres, analysons ce que nous avons en votre possession : combien de ces choses sont réellement utiles ? Nous avons tous besoin de retrouver cette virilité intellectuelle et nous avons tous besoin de sortir de nos vies confortables.

   La simplicité passe par le détachement matériel à la fois de manière intellectuelle mais également concrète. Un mobilier simple, une table simplement dressée, des repas simples (ce qui n’est pas synonyme de mauvais) sont des choses vers lesquelles nous devons tendre. Il nous faut sortir de notre confort.

   Virilité et simplicité : voici deux vertus qui, souvent oubliées, sont pourtant primordiales et doivent constituer un socle sur lequel nous bâtissons notre vie spirituelle. Dieu est simple, nous devons l’être aussi. Dieu est viril, Il ne change pas Ses humeurs. Nous devons également être virils pour, en fin de compte, devenir véritablement libres et détachés des choses d’ici bas et nous attacher aux choses d’en haut, tout en ayant les pieds fermement sur terre.

   Nous qui prions spécialement pour le relèvement de notre patrie, nous ne pouvons pas être médiocres : « Je connais tes œuvres : tu n’es ni froid ni chaud. Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud ! Aussi, parce que tu es tiède et que tu n’es ni froid ni chaud je vais te vomir de ma bouche (5) ». Nous ne pouvons être des catholiques tièdes in genere, mais encore plus, il nous faut être des catholiques brûlants ! Comment voulons nous que nos prières soient efficaces si nous ne faisons pas pénitence ? « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence !Je ne vous promets pas de vous rendre heureux en ce monde, mais en l’autre » disait la Sainte Vierge à Sainte Bernadette. Ces paroles sont encore plus d’actualité de nos jours. Nous devons faire pénitence pour nos propres péchés mais également pour aider notre Mère du Ciel à retenir le courroux de son Fils.

   Alors prenons des résolutions fermes, soyons des catholiques réellement virils et réellement simples, de la simplicité de Dieu. Nous serons alors libres de nous consacrer pleinement à faire rayonner Sa gloire dans le monde. Courage ! Soyez tous assurés de mes prières pour chacun d’entre vous,

In Corde Christi,

Abbé Pierre-Alexandre Pie

Apparition de La Salette, détail d'un vitrail de l'église de Massiac (diocèse de Saint-Flour)

Apparition de Notre Dame de la Salette
détail d’un vitrail de l’église de Massiac (diocèse de Saint-Flour)

Notes :
1 – Début du discours de Notre-Dame à La Salette, le 19 septembre 1846
2 – Fondateur de la Société de la Mère de Douleurs, exorciste et Docteur en Philosophie
3 – 25 juillet 1839 – 13 février 1898, philosophe catholique et professeur
4 – Léon Ollé-Laprune, De la virilité intellectuelle, 20 août 1896, Facultés catholiques de Lyon, Unions de la Paix sociale, à lire > ici
5 – Apocalypse de Saint Jean, 3, 15-16.

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