2022-85. De Sainte Lydie de Thyatire, première femme d’Europe à avoir accueilli les missionnaires de l’Evangile.

3 août,
Fête de l’Invention du corps de Saint Etienne ;
Fête de Sainte Lydie de Thyatire.

Philippes - icône de Sainte Lydie

Icône de Sainte Lydie, ou Lydia
à l’intérieur du Baptistère de Sainte Lydie, à Philippes (Grèce)

   Le martyrologe romain (celui publié selon les travaux du savant Baronius après le saint concile de Trente et non celui publié après le concile vaticandeux), pour cette date du 3 août, après l’Invention des corps de Saint Etienne et des Saints Gamaliel, Nicodème et Abibon, qui se trouve en première place, a cette mention : « A Philippes, en Macédoine, Sainte Lydie, marchande de pourpre. Comme nous l’apprend Saint Luc dans les Actes des Apôtres, elle fut la première dans cette ville, à croire à l’Evangile, quand l’apôtre Saint Paul y vint prêcher ».

   Sainte Lydie – ou Lydia – n’est pas une sainte très connue ni très vénérée en nos contrées occidentales, et c’est bien regrettable, puisque nous devrions en toute logique l’invoquer comme l’une des célestes protectrices de l’Europe chrétienne, et comme un modèle emblématique de l’indispensable ré-évangélisation de notre continent.
Sainte Lydie, en effet, d’après les indications données par la Sainte Ecriture elle-même, est la première femme d’Europe à avoir accueilli avec empressement et joie la parole des missionnaires de l’Evangile, à se faire baptiser et à entraîner toute sa maisonnée vers le saint baptême.
Aussitôt, sa maison devint la première église domestique de notre continent !

Deuxième voyage missionnaire de Saint Paul

   Je vous invite à ouvrir votre Nouveau Testament et à relire dans son intégralité le chapitre XVI des Actes des Apôtres, tout en regardant sur la carte ci-dessus les lieux mentionnés par Saint Luc.
Après le « concile de Jérusalem » (année 44 de notre ère), Saint Paul et Saint Barnabé sont mandatés par le Collège Apostolique aux fidèles d’Antioche de Syrie, pour leur faire part des décisions du concile. Après cela Paul et Barnabé se séparèrent.

Saint Paul, remontant vers le nord gagna l’Asie mineure et visita certaines des communautés chrétiennes qu’il avait fondées lors de son premier voyage apostolique. A Lystres, il s’adjoignit Timothée ; mais alors qu’il envisageait d’évangéliser encore en Phrygie, en Galatie et en Bithynie, le Saint-Esprit lui fit comprendre que ce n’était point là qu’il devait aller. C’est alors qu’une nuit, Paul vit en songe un Macédonien qui le suppliait : « Passe en Macédoine, et secours nous ! » (Act. XVI, 9). Ils prirent donc place sur un navire à Troas et, débarquant à Néapolis, ils posèrent le pied sur la terre d’Europe pour la première fois : « Et de là nous vînmes à Philippes, colonie qui est la cité principale de cette partie de la Macédoine. Or nous demeurâmes quelques jours à conférer dans cette ville. Le jour du sabbat, nous sortîmes hors de la porte près du fleuve, où il paraissait que se faisait la prière ; et, nous asseyant, nous parlâmes aux femmes qui s’étaient assemblées. Et une femme, nommée Lydie, marchande de pourpre de la ville de Thyatire, et servant Dieu, nous écouta ; et le Seigneur ouvrit son cœur pour prêter attention aux choses qui étaient dites par Paul. lorsqu’elle eût été baptisée, elle et sa maison, elle nous pria, disant : « Si vous m’avez jugée fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison et demeurez-y ». Et elle nous y força. » (Act. XVI 12-15).

Philippes - lieu où Saint Paul baptisa Lydie

Philippes, en Grèce : c’est en ce lieu que, selon la tradition de l’Eglise,
Saint Paul évangélisa les femmes qui étaient venues y prier hors de la ville le jour du sabbat?
et qu’il y conféra le baptême à Sainte Lydie.

   Le récit de Saint Luc appelle quelques précisions pour les lecteurs modernes qui ne sont pas familiers de l’Antiquité :

1) Lydie était originaire de Thyatire, en Mysie (on voit l’emplacement de cette ville, au-dessus de la figuration de la statue de la Diane d’Ephèse dans la carte qui se trouve ci-dessus). Certains historiens prétendent que Lydie n’était pas son prénom mais qu’elle est ainsi nommée dans les Actes des Apôtres parce qu’elle aurait été originaire de la province de Lydie : c’est une affirmation tout-à-fait gratuite et sans aucune preuve. Lydia pouvait très bien être un prénom féminin en même temps que le nom d’une province : n’avons-nous pas, chez nous, des dames dont le prénom est France ?

2) Thyatire avait été, aux dires de Strabon, le lieu d’implantation d’une colonie macédonienne assez importante. Il existait donc des liens historiques certains et solides entre cette cité mysienne et la Macédoine, et il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’une commerçante native de Thyatire, se fut installée à Philippes : c’est même d’une cohérence parfaite. En revanche rien ne nous permet de savoir si Lydie était une descendante de Macédoniens établis à Thyatire, donc de souche européenne, ou une asiate.

3) Lydie nous est présentée comme étant une « marchande de pourpre » : la pourpre, on le sait, est une substance colorante rouge vif d’un très grand prix, tirée d’un mollusque gastéropode marin, le murex ; on l’utilisait pour teindre des tissus destinés aux plus riches. Tyr, en Phénicie, était un centre important d’élevage de ces mollusques et de teinture réalisée à partir de la substance extraite d’eux. Mais Tyr est en bord de Méditerranée, tandis que Thyatire, près de la ville moderne d’Akhisar dans l’actuelle Turquie, se trouve à l’intérieur des terres et n’est donc pas en soi un lieu d’élevage de ces coquillages dont on extrait la pourpre. Nous sommes cependant certains que cette ville de Mysie a été depuis une haute antiquité un centre important de production de laine, de tissus et de pourpre : cette production de tissus de pourpre à Thyatire est confirmée par l’archéologie, en particulier par les inscriptions lapidaires retrouvées sur place. La production de ces étoffes pourpres à Thyatire se faisait à l’aide de broches de teinture, et elle a existé dans cette région jusqu’au XIXème siècle, période où ces procédés ont été remplacés par des colorants à l’aniline. Tous ces détails, encore une fois, montrent la parfaite cohérence du texte sacré avec les données historiques les plus solidement établies.

4) De toute évidence – et les quelques mots seuls que nous a transmis Saint Luc corroborent cette interprétation, Lydie est une femme d’affaires au tempérament énergique, facilement autoritaire : l’invitation qu’elle lance à Saint Paul et aux missionnaires qui l’accompagnent est certes pleine de déférence, d’humilité et de politesse, mais on ne peut s’y refuser. Saint Luc écrit : « Et coegit nos : et elle nous y força ». On ne pouvait pas s’opposer aux propositions de Madame Lydie, quelques délicates et aimables qu’elles fussent ! Il n’est d’ailleurs pas dit que c’est son mari qui dirige l’entreprise, mais bien elle. La tradition des Eglises grecques est cependant formelle : Lydie était mariée, mère de famille. Son époux se serait appelé Phyllus. Les Actes nous apprennent que toute sa maisonnée fut baptisée avec elle : il faut entendre par là non seulement sa famille au sens restreint d’aujourd’hui, mais aussi tout le personnel, serviteurs et domestiques, ainsi que les employés de l’entreprise commerciale. 

5) Le commerce des tissus de pourpre était lucratif : Lydie avait probablement une grande maison et n’était pas dans la gêne ; on comprend aisément donc qu’elle ait pu inviter Saint Paul et tous ses compagnons à demeurer chez elle.

6) Le récit de Saint Luc nous montre d’une part qu’il n’y avait pas de communauté juive à Philippes, puisqu’il ne s’y trouvait pas de synagogue, et d’autre part que les adorateurs du Dieu d’Israël, issus de la gentilité, qui se retrouvaient en plein air hors des murailles pour prier le jour du sabbat sont essentiellement des femmes. C’est assez extraordinaire pour qu’on le mette en évidence.

7) Enfin – en corolaire à cette dernière remarque -, notons que, alors que l’on fait à Saint Paul une réputation d’affreux misogyne compulsif, on voit bien ici qu’il n’en est absolument rien : il ne fuit pas devant ce groupe de pieuses femmes qui croient au Dieu unique et qui adhèrent à la Révélation de l’Ancien Testament, mais il se trouve tout-à-fait naturel et à l’aise au milieu d’elles pour leur annoncer l’accomplissement des promesses faites à Israël et le salut en Jésus-Christ.

Baptistère de Sainte Lydie à Philippes

Philippes, en Grèce : au lieu de la rencontre de Saint Paul avec Lydia et ses pieuses compagnes
a été construit une église nommée « Baptistère de Sainte Lydie ».

   Selon la tradition des Eglises de Grèce, Lydie a été la première diaconesse de Philippes (pour éviter toute confusion et anachronisme, au sujet des diaconesses dans l’Antiquité chrétienne on se reportera à l’article > ici).
En raison de leur foi, Lydia et son mari Phyllus ont été capturés, présentés au juge et torturés ; un ange leur est apparu dans leur cachot, les encourageant à endurer la souffrance et les fortifiant surnaturellement. Le couple a ensuite été plongé dans un chaudron plein d’huile et de soufre, dans lequel, avant de mourir, ils ont prié et loué Dieu.

Philippes - baptistère de Sainte Lydie intérieur

Philippes, en Grèce : intérieur du baptistère de Sainte Lydie.

   Voici donc ce que l’on peut aujourd’hui dire de Sainte Lydie, appelée aussi Sainte Lydia, Sainte Lydie de Thyatire, Sainte Lydie de Philippes, ou encore Sainte Lydie de la pourpre.
Pour nous, qu’elle soit surtout l’objet de notre dévotion pour avoir été la première habitante de l’Europe à avoir adhéré à la prédication de Saint Paul, et donc le modèle des Européens qui se convertissent au Christ et, comme nous le disions dès les premières lignes de cet article, une céleste protectrice – à l’intercession de laquelle nous devons recourir avec ferveur – pour tous ceux qui travaillent, par la prière et l’apostolat, à la conversion des Européens apostats…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

nika

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 4 août 2022 à 17 h 35 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    On passerait facilement à côté de récits évangéliques comme celui de la venue de Saint Paul en Macédoine, et sans s’arrêter sur des personnages qui sont importants dans le contexte : Sainte Lydie échappe effectivement à notre connaissance.
    Merci, cher frère, d’avoir si bien porté notre regard sur cette sainte trop ignorée.

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