2022-46. L’un et l’unique.

Gustave Thibon est un auteur qui, ceux qui suivent ce blogue depuis longtemps le savent bien, a façonné mon intelligence, alimenté ma réflexion, nourri ma méditation, contribué à ma renaissance spirituelle et préparé ma conversion, depuis mes 14 ans. Ses écrits m’habitent de façon continue, et ont puissamment contribué à façonner mon être profond, ma pensée et ma prière elle-même.
Dans le contexte particulier de la crise de l’Eglise et de la société civile qui tendent l’une et l’autre à fabriquer des clones, tant chez ceux qui suivent passivement le mouvement sans se poser de questions que chez ceux qui veulent résister à l’entraînement du courant, en ces temps où les autorités politiques et ecclésiastiques de toutes tendances et sensibilités  s’accordent en définitive, sous le fallacieux prétexte d’une nécessaire unité (nationale, sanitaire, familiale, scolaire, ecclésiale, communautaire… etc.), à réduire en sujets interchangeables les personnalités les plus diverses, menacées d’être toutes « passées à la moulinette », relire ce paragraphe extrait de « Notre regard qui manque à la Lumière », m’a apporté une très grande force et une consolation incommensurable.
Je le propose à votre réflexion, espérant qu’il vous apportera autant de joie et de vigueur qu’à moi-même…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Jonquilles et Mont Mézenc

Jonquilles en fleur dans les prairies à l’entour du Mont Mézenc

   « L’un et l’unique. – L’unité n’est pas la confusion ; la rupture des limites n’entraîne pas l’abolition des différences. Tout sera distinct dans l’éternité, mais rien ne sera séparé. Je serai moi plus profondément qu’ici-bas, et tu seras toi ; chacun sera lui-même et tous ne seront qu’un. Car l’Un n’abolit pas l’unique : il en fixe à jamais les traits irréductibles et le retour à l’unité sera l’affirmation de la différence.
   Car la distinction et l’unité procèdent du même principe (l’Idée dans le langage de Platon ou la Forme dans celui d’Aristote) qui confère à chaque être sa différence spécifique et individuelle en même temps que sa capacité de communion. Ces deux attributs sont inséparables : plus la différence s’affirme, plus la capacité de communion s’élargit. Si nous suivons l’échelle qui va du minéral à l’homme, nous voyons les êtres devenir de plus en plus originaux et irremplaçables et, corrélativement, de plus en plus susceptibles d’échanges avec le reste du monde. Au plus bas degré, il n’y a ni différence ni échanges entre deux grains de sable. Au sommet, les êtres sont très différenciés, mais ouverts à tout ce qui les entoure par la connaissance et l’amour. Au sommet suprême, Dieu est à la fois le plus distinct et le moins séparé des êtres : il ne ressemble à rien (quis similis Deo ?) et il est partout.
La matière, au contraire, est le principe de la confusion et de la séparation. Son caractère amorphe et indéterminé fait qu’on peut la diviser à l’infini  et que toutes ses parties sont homogènes.
Veut-on des exemples ? Deux personnes qui s’aiment sont irréductibles l’une à l’autre et, en même temps, elles ne font qu’un dans leur amour, tandis que deux machines fabriquées en série sont parfaitement semblables et parfaitement séparées : leur différence est purement spatiale et numérique. Comparez deux amants unis et deux automobiles du même type : là, la communion dans la différence ; ici, la séparation dans l’identité. Rien de ce qui est complémentaire (c’est-à-dire fait pour l’unité) n’est interchangeable et tout ce qui est interchangeable est nécessairement séparé.
C’est malheureusement vers la seconde formule – celle de l’individu séparé et interchangeable – que semble s’orienter l’évolution des sociétés humaines. Le nivellement universel, en tuant les différences entre les hommes, tue aussi la vraie unité sociale, mais il crée du même coup, étant donné que la mort est infiniment plus docile et plus malléable que la vie, mille possibilités d’unité factice, rapide et transformable à loisir : celle qu’impose à des hommes vidés de leur âme et de leur liberté le joug de la force brutale ou l’influence à peine plus subtile de la propagande. »

Gustave Thibon,
in « Notre regard qui manque à la lumière » – 1955 pp. 67-68.

jonquille

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3 Commentaires Commenter.

  1. le 5 avril 2022 à 17 h 34 min dj34450 écrit:

    La fusion amoureuse dissipe les frontières entre deux êtres : « ne plus savoir, l’espace d’un instant, où je finis et où l’autre commence. »
    Cela me fait penser aux trois personnes de la Sainte Trinité, tellement unies dans l’Amour qu’elles ne forment qu’un seul Dieu.

    Dernière publication sur Vie intérieure : Priez et redressez-vous ! ...

  2. le 4 avril 2022 à 21 h 29 min Maître-Chat Lully écrit:

    Je ne sais pas s’il avait tout compris AVANT tout le monde… mais ce dont je suis certain c’est qu’il était véritablement enté sur les vérités éternelles et qu’il avait le don de les rendre accessibles. Cette dimension particulière est, à mon avis, ce qui fait qu’il n’est ni d’ « avant » ni d’ « après » : il est hors des modes et des flux temporels… ce qui nous donne à nous qui vivons, en un point donné du temps, des situations qu’il a décrites sub specie aeternitatis, l’impression qu’il les avait anticipées.

  3. le 4 avril 2022 à 20 h 56 min Arnaud S. écrit:

    Ces gens qui ont tout compris avant tout le monde me fascineront toujours.

    Merci, Frère.

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