2022-41. La source du pardon est ouverte à quiconque veut vivre.

Sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur
la nécessité de confesser nos péchés
pour obtenir le pardon de Dieu

Pompeo Batoni - le retour de l'enfant prodique

Pompeo Batoni (1708-1787) : le retour de l’enfant prodigue

§ 1. Pour accorder aux hommes son pardon, Dieu les invite à se convertir, mais ils ne l’écoutent pas.

Jamais le Dieu tout-puissant ne refusera Sa miséricorde aux hommes qui obéiront avec foi à Ses commandements, et toutes les fois que notre cœur sera prêt à reconnaître ses fautes, le Seigneur nous en accordera aussitôt le pardon. C’est son désir constant, pourvu que le pécheur ne se complaise pas dans le mal ; car voici ce qu’il dit par l’intermédiaire du Prophète : « Revenez à moi, et je reviendrai à vous » (Zach. 1, 3). Il envoie des hérauts, on les méprise ; Il appelle à Lui les pécheurs, et les pécheurs ne se convertissent pas. Viendra le jour du jugement, où ils demanderont et ne seront pas exaucés. Le Sauveur leur dit : « Revenez de vos voies criminelles » (Zach. 1, 4) ; ils répondent : Nous resterons dans le mauvais chemin. Ne sont-ce point d’impudents contempteurs du Très-Haut ? aussi une condamnation à mort les attend. Puisse chacun de nous dire à Dieu : « J’ai péché » (2 Rois, XII, 13), car aussitôt Il répondra : J’ai pardonné. Par l’effet ordinaire de Sa bonté, Dieu veut accorder aux pécheurs le pardon de leurs fautes, mais, par l’effet habituel de leur malice, les coupables sont tout prêts à refuser leur grâce.

§ 2. Exhortation à ne plus vivre de la vie d’un monde qui passe. 

La source du pardon est ouverte à quiconque veut vivre. Mes frères, vivons, et vivons bien ; car la vie présente passera avec le temps, mais la vie future ne finira jamais. Mais on vous voit aimer cette vie terrestre de manière à réaliser en vous ce que dit Salomon : « Je me suis créé des musiciens et des musiciennes, des échansons et des femmes chargées de me verser à boire » (Eccl. II, 8), et le reste « et je n’ai rien trouvé de mieux que de boire et de manger » (Eccl. VIII, 15). Tu choisis volontiers un pareil genre de vie ; pourquoi donc ne pas faire encore ce qu’il ajoute : « Je n’ai rien trouvé de mieux que de boire et de manger, et cela est vanité des vanités ?» (Eccl. I, 2). C’était justice, car il n’y a vraiment en cela que vanité. Vivre et bien faire, voilà ce qui s’appelle vivre ; mais vivre et mal agir, ce n’est pas réellement vivre. Vivons donc ce petit espace de temps, de manière à mériter de vivre beaucoup dans le séjour éternel qui nous attend. Ici-bas, en effet, ne sommes-nous pas comme en un lieu de passage ? Un jour viendra où nous devrons en sortir, et tu nourris des désirs pareils à ceux que tu nourrirais si tu ne savais pas d’où tu viens. Le monde est devenu la demeure de ton corps, et celui-ci le domicile de ton âme. Ton corps est comme un prolongement du monde, et ton âme lui est étrangère. Le séjour de ton corps est ici-bas ; celui de ton âme, c’est le ciel ; car « ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit » (Jean, III, 6). La chair est venue de la terre et y retournera ; l’esprit est venu du ciel, et quand se briseront les liens qui l’unissent au corps, il y rentrera. Mais quelle dure nécessité, sortir de ce monde ! Où iras-tu donc à ce moment-là ? tu sortiras du monde pour aller au ciel. On redoute de pénétrer dans la maison d’un grand personnage inconnu : par quel moyen gravir les degrés de l’échelle qui aboutit au ciel ? Malgré une conscience pure, on tremble en face d’un tribunal de la terre ; la voix et l’aspect d’un juge remplissent l’âme d’épouvante quelles seront donc les émotions des pécheurs, quand il leur faudra paraître devant Dieu, eux que la seule vue des Anges suffit à jeter dans le trouble ?

§ 3. Excellence de la pénitence et de la conversion démontrée par l’exemple de Jonas et des Ninivites.

Si je ne me trompe, mes frères, la comparaison que je viens d’employer ne manque pas de justesse ; mais si la crainte a glacé nos coeurs, que la prière s’échappe vite de nos lèvres ; que notre pénitence efface, en un clin d’œil, les fautes que notre ignorance a été si longtemps à commettre. Croyez-moi, mes frères, puisqu’en agissant ainsi vous ajoutez foi, non pas à mes propres paroles, mais au commandement du Seigneur, que vous venez d’entendre. La population de Ninive vivait, mais elle ne vivait pas bien ; c’est pourquoi le Seigneur dit au prophète Jonas : « Va dans la grande ville ; là, prêche avec force contre elle, parce que le bruit de sa malice est monté jusqu’à Moi » (Jonas, I, 2). Sa mission avait été d’être un humble prédicateur, et, de fait, il se montra un grand contempteur. On l’avait envoyé à Ninive, et ce fut à Tarse qu’il se rendit. Il méprisa Dieu et s’enfuit dans un vaisseau, comme si la puissance de Dieu ne s’étendait pas jusque sur mer ! Alors il se mit à dormir ; sa sécurité était telle que, durant son sommeil, il ronflait. Pendant ce temps-là, les nautoniers jetaient à l’eau tous les vases qui se trouvaient sur le navire, ils pleuraient, car ils se croyaient condamnés à périr misérablement. Lève-toi ! s’écrièrent-ils enfin ; il faut que nous sachions par le fait de qui nous vient notre malheur. Désigné publiquement par les sorts, il ne chercha point à nier sa faute ; au contraire, il se condamna lui-même. « Prenez-moi », dit-il, « jetez-moi dans la mer, et la tempête s’apaisera » (Jonas I, 12). Les matelots le précipitèrent du haut du vaisseau et, en-dessous des flots, se trouva une baleine qui l’engloutit. Au sein des abîmes son tombeau fut le ventre d’un poisson, et celui-ci le garda intact, dans ses entrailles, l’espace de trois jours. Jonas en sortit aussi sain qu’il y était entré ; alors il se montra docile et accomplit les ordres divins qu’il avait d’abord méprisés et éludés ; aussi le peuple et la ville tout entière firent-ils pénitence en versant des larmes, tandis que Jonas attendait au loin que Dieu fît périr Ninive ; mais le feu, envoyé pour la réduire en cendres, s’éteignit sous le torrent des larmes de ses habitants. Dieu leur pardonna donc leurs égarements, et, au même instant, le Prophète fut saisi de douleur. Seigneur, dit-il, je savais que vous êtes prompt à pardonner, voilà pourquoi je m’étais enfui à Tarse, au lieu d’exécuter Vos ordres. Un peu de fatigue avait rempli son âme de tristesse, et nul sentiment de joie ne s’empara de son coeur, lorsque, à l’égard de Ninive, l’indulgence succéda aux menaces de la justice divine. Il en sortit donc et s’endormit bientôt ; car il avait vu un grand concombre élever au-dessus de sa tête son épais feuillage, pour le défendre contre les ardeurs brûlantes du soleil : cet arbrisseau, sorti de terre par l’ordre du Seigneur, sécha bientôt après sous l’influence de la même volonté divine. Subitement élevé, il disparut tout aussi vite. Il n’y avait pas d’autre nécessité à ce qu’il sortît de terre que celle-ci : Dieu avait promis Son pardon aux pécheurs, afin de les exciter à se convertir.
— Mais, me diras-tu, qui est-ce qui t’autorise à parler ainsi ? — Lis le livre de Jonas, et tu verras que le Prophète pleure sur le sort du concombre ; puis, si tu pousses plus loin la lecture, le Seigneur t’apparaîtra, comme épargnant la ville. « Jonas », dit-il, « tu gémis sur le sort d’une plante qui est venue sans toi, qui s’est accrue en une nuit et qui a péri le lendemain ; et Moi, Je n’épargnerais pas la grande ville de Ninive, où il y a plus de cent vingt mille hommes ? » (Jonas IV, 10-11).

§ 4. Il nous faut pratiquer la pénitence pour être dignes de participer aux mérites de la mort que le Christ a soufferte pour nous.

Mes frères, un seul : « Pardonne ! », suffit à délivrer de la mort un grand nombre. Il y en a beaucoup (je dirais même qu’ils sont en énorme quantité) pour dire : « Mangeons et buvons » (Isaïe, XXII, 13), car c’est notre nature : une fois enfermés dans le tombeau, nous n’avons plus de vie, nous n’avons plus de châtiment à redouter. Non, sans doute, tu n’éprouveras pas de châtiment si tu te convertis et obtiens ton pardon. Avant la passion de ton Sauveur, ton premier père ne pleurait-il pas ? Ignores-tu donc que si Jésus-Christ n’était pas venu, Adam aurait pour toujours été enseveli dans l’enfer ? Jésus-Christ homme est venu pour ce motif : Il S’est anéanti à cause de toi, et afin de te trouver. D’abord, tu avais péché par ignorance, et Il t’a purifié par l’effusion de Son Sang ; mais si, après avoir été instruit, tu recommences à pécher, il est sûr que tu éprouveras toute la sévérité de Sa justice. Donc, en tout ceci, mes frères, obéissons à Ses commandements, et nous deviendrons participants de la récompense qu’Il nous a promise. Ainsi soit-il.

Le retour du fils prodigue - détail d'un vitrail de l'église Notre-Dame du Rosaire Saint-Ouen

Le retour du fils prodigue,
détail d’un vitrail de l’église Notre-Dame du Rosaire, de Saint-Ouen.

 

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi