2022-15. Comment sait-on que l’on aime Dieu ?

Mardi 8 février 2022,
Fête de Saint Jean de Matha, prêtre et confesseur,
co-fondateur de l’Ordre de la Sainte Trinité pour le rachat des chrétiens tombés au mains des païens mahométans.

Louis de Boullogne le jeune - l'amour divin représenté par un ange portant un cœur enflammé

Louis II de Boullogne, dit le jeune (1654-1733) :
l’amour divin représenté par un ange portant un cœur enflammé.

Sacré-Coeur

Il n’est pas rare que je sois interrogé de cette manière : « Comment puis-je savoir que j’aime Dieu ? » ou bien : « Comment fait-on pour aimer Dieu ? » ou encore – en période de doute ou d’inquiétude spirituelle – : « Vraiment, je ne suis pas sûr que j’aime Dieu. Il me semble que je n’éprouve rien pour Lui… »

C’est alors qu’il convient de rappeler, et de rappeler avec insistance, que l’amour pour Dieu n’est pas une affaire de sentiment (et encore moins de ressenti ou de sensation).
Comme j’aime souvent à le dire : le « senti » ment !
Nous atteignons Dieu par la foi, et la foi n’est ni une question de sensations et de sentiments, mais elle est l’adhésion à Dieu qui Se révèle. Elle n’est nullement affaire sensible, elle ne réside pas dans les sens, tout comme elle n’est pas du tout du domaine de la science ou de la compréhension intellectuelle.
Vertu théologale, elle est donnée au saint baptême : l’âme qui est en état de grâce a la foi, quels que soient par ailleurs ses tentations et ses états d’âme, quels que soient ses sentiments ou le ressenti qu’elle en a.

Il en est de même pour la vertu de charité, vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu pour le motif qu’Il est le bien suprême et la bonté souveraine, et notre prochain pour l’amour de Lui.
C’est ce que nous récitons tous les jours le matin en nous réveillant après les actes de foi et d’espérance (ou du moins que nous devrions réciter : si nous ne le faisons pas déjà, hâtons-nous de prendre l’habitude de le faire !) : « Mon Dieu, je Vous aime de tout mon cœur, et par-dessus toutes choses, parce que Vous êtes infiniment bon, infiniment aimable, et j’aime mon prochain comme moi-même pour l’amour de Vous ».
Dans cette courte prière tout est parfaitement exprimé.
Notre Mère la Sainte Eglise ne nous fait pas réciter des formules telles que : « Mon Dieu, je Vous aime parce que je le sens », ou bien : « Mon Dieu, je Vous aime parce que lorsque je pense à Vous j’ai le cœur qui palpite », ni : « Mon Dieu, je Vous aime parce que mon âme fond comme de la guimauve devant le feu quand je me tiens en Votre présence », ni aucune autre formule de teneur sentimentale ou sensible.
D’ailleurs combien de fois, dans le Saint Evangile, Notre-Seigneur nous a-t-Il demandé ou commandé de sentir ou de ressentir ?
Zéro fois !
En revanche, que demande-t-Il à ceux qui L’approchent et requièrent de Lui quelque grâce ?
« Crois-tu ? » – « Veux-tu ? »

L’amour est essentiellement un acte de la volonté.
Tu veux aimer ? Tu aimes.
Mais lorsque nous disons « vouloir » nous ne parlons pas de velléité ou de vague désir, ni de rêve ni d’aspiration romantique sentimentale.
Nous parlons d’une résolution ferme, d’un acte intérieur fort qui meut l’être profond et s’exprime par des engagements énergiques qui nous font adhérer totalement et sans réserve à Dieu et à Sa sainte volonté.
Voilà pourquoi aimer est un combat.
Voilà pourquoi aimer est une victoire qui ne s’obtient que de haute lutte, parce que notre nature, blessée par le péché originel et par les conséquences de tous nos péchés personnels, tend continûment à rechercher ses propres intérêts terrestres et immédiats plutôt que les biens spirituels et invisibles. C’est ce qu’a magistralement résumé notre Bienheureux Père Saint Augustin en décrivant les deux cités antagonistes : 
« Deux amours ont bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la cité céleste. »
Voilà aussi pourquoi, de notre côté, la quête de l’amour de Dieu, la tension intérieure vers l’amour de Dieu, la volonté d’aimer Dieu s’accompagnent inévitablement d’efforts et de sacrifices qui peuvent sembler douloureux, puisqu’ils vont s’opposer – à l’intérieur de nous-mêmes – à toutes ces habitudes d’égoïsme et de recherche de soi qui nous portent au péché.
Dans le chapitre VII de l’épître aux Romains, aux versets 14 à 25, Saint Paul a exprimé avec une poignante intensité dramatique la souffrance qui accompagne cette recherche d’une parfaite adhésion à la volonté de Dieu en laquelle consiste Son amour.

Le Bienheureux – bientôt canonisé – Charles de Jésus, dans la dernière lettre qu’il a écrite, le jour même de son assassinat (1er décembre 1916) a écrit ses lignes sublimes qui sont tout-à-la-fois bouleversantes et encourageantes :
« (…) Notre anéantissement est le moyen le plus puissant que nous ayons de nous unir à Jésus et de faire du bien aux âmes ; c’est ce que Saint Jean de la croix répète presque à chaque ligne. Quand on peut souffrir et aimer, on peut beaucoup, on peut le plus qu’on puisse en ce monde : on sent qu’on souffre, on ne sent pas toujours qu’on aime et c’est une grande souffrance de plus ! Mais on sait qu’on voudrait aimer, et vouloir aimer c’est aimer. On trouve qu’on n’aime pas assez ; comme c’est vrai : on n’aimera jamais assez ! Mais le Bon Dieu qui sait de quelle boue Il nous a pétris et qui nous aime bien plus qu’une mère ne peut aimer son enfant, nous a dit, Lui qui ne ment pas, qu’Il ne repousserait pas celui qui vient à Lui… »
Par le mot « anéantissement » utilisé par le saint ermite du Hoggar, entendez en définitive non une destruction masochiste de notre personne mais une adhésion si parfaite à Dieu que Celui-ci va prendre toute la place en nous et n’y laisser plus subsister rien de peccamineux, rien de nos tendances égoïstes, rien d’imparfait. 

Saint Jean, « le disciple que Jésus aimait » qui reposa sur le Cœur de Notre-Seigneur lors de Ses ultimes épanchements et perçut la suavité ineffable de Ses battements (cf. > ici), dans sa première épître, a laissé à toute l’Eglise – à tous les fidèles de tous les temps jusqu’à la consommation des siècles – un critère infaillible pour nous permettre de savoir si nous aimons vraiment Dieu : « Haec est enim caritas Dei, ut mandata ejus custodiamus (…) : en ceci consiste en effet l’amour de Dieu, que nous gardions Ses commandements » (1ère épître de St Jean V, 3).
Ce n’est pas plus compliqué en définitive : tu veux savoir si tu aimes Dieu ? Tu veux savoir quel est ton degré d’amour de Dieu ? Eh bien regarde de quelle manière tu obéis à Ses commandements – à TOUS Ses commandements ! -, et avec quelles dispositions intérieures tu te plies à Ses préceptes…

« En ceci consiste l’amour de Dieu, que nous gardions Ses commandements ».
Aimer Dieu ne consiste pas à éprouver des sentiments et à avoir le cœur dégoulinant de douces sensations, mais à Lui obéir entièrement, sans retenue et sans marchandage comme le feraient des acheteurs de tapis dans un souk.
Lui obéir quoi qu’il nous en coûte et quelles que soient les conséquences humaines – mondaines ou de pénibilité personnelle – que nous en devions subir !

Ce n’est pas très « glamour », j’en conviens, mais c’est le seul critère certain et infaillible.
LE critère qui ne trompe pas et qu’il nous est facile de mettre en application pour nous livrer à une honnête vérification.

Certes, il ne faut pas raisonner de manière binaire : tout n’est pas toujours tout noir ou tout blanc.
Une faute de fragilité contre un commandement de Dieu n’est pas le signe que nous n’aimons absolument pas Dieu. Elle est le signe que notre amour est encore imparfait, et qu’il nous est nécessaire de travailler, de faire des efforts et de combattre pour que notre amour imparfait croisse et se purifie.
En revanche, la transgression pleinement libre, responsable et volontaire d’un précepte divin est le signe révélateur que nous n’avons pas un amour véritable de Dieu.

Car lorsqu’on prétend aimer Dieu, lorsqu’on tend à aimer Dieu, on n’opère pas de tri dans Ses commandements, on ne se compose pas un menu conforme à ses propres goûts comme dans un self-service en passant devant les diverses propositions du jour : « Ceci je vais le prendre, mais cela je vais le laisser… »
Les commandements de Dieu ne sont pas facultatifs, ils ne constituent pas des articles laissés à notre appréciation personnelle, à notre approbation ou à notre libre choix : ils s’imposent, et ils s’imposent à tous !
A tous les hommes !
Et je précise que les femmes sont des hommes comme les autres, et que les prêtres et religieux également sont des hommes comme les autres en face des commandements, et qu’ils ne jouissent pas de dérogation ou de dispense. Cela me semble aller sans dire, mais peut-être est-ce mieux en le disant…

Ainsi, pour mémoire, lorsqu’on veut aimer Dieu :
- L’adoration exclusive du seul vrai Dieu n’est pas facultative ;
- Le respect dû à Son saint nom n’est pas facultatif ;
- La sanctification du dimanche n’est pas facultative ;
- Le respect de ses parents et le juste amour de sa patrie ne sont pas facultatifs ;
- L’interdiction du mensonge, de la médisance et de la calomnie n’est pas facultative ;
- L’interdiction de la convoitise du bien d’autrui (et même par exemple, au sein du clergé, l’envie de telle cure ou de telle situation canonique accordées à autrui) et de la jalousie n’est pas facultative ;
- L’interdiction de la mise à mort d’autrui (hors le cas de légitime défense) n’est pas facultative [précisons que le 5ème commandement défend aussi de mettre autrui à mort dans sa réputation et dans son honneur, pas uniquement physiquement] ;
- L’interdiction de l’adultère n’est pas facultative ;
- L’interdiction de TOUS les actes sexuels en dehors du mariage et des finalités du mariage n’est pas facultative…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

« Haec est enim caritas Dei, ut mandata ejus custodiamus ! »

Sacré-Coeur

Vous pouvez laisser une réponse.

3 Commentaires Commenter.

  1. le 9 février 2022 à 7 h 04 min Nadia P. écrit:

    Bonjour cher Frère.
    Encore une fois, merci à St Augustin qui par votre plume m’édifie. Quel bon rappel !
    Vraiment, ça m’a bien aidé, Deo gratias;
    Merci cher frère pour la publication.

  2. le 8 février 2022 à 17 h 45 min Béatrice écrit:

    Merci frère !
    De nouveau NSJC n’envoie un signe à travers vous.
    En ce moment je suis remplie de doutes ; Pierre lui même n’a t’il pas douté ?
    Et à chaque fois Le Seigneur attrape ma main et me tire : cette fois-ci c’est vous qu’Il a choisi pour me relever.
    Parfois c’est une phrase que j’entends, une émission que je regarde ; là; c’est vous « la corde » qui me ramène vers Lui.
    Merci pour ces lignes : « nourriture spirituelle » !

  3. le 8 février 2022 à 13 h 44 min Véronique C. écrit:

    Merci pour cette belle instruction, cher Frère !
    Ça rejoint ce que dit le Chartreux, Dom Augustin Guillerand : la vie est affaire de foi et de volonté.
    Confiance sans bornes en Deus Caritas !
    UDP

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi