2021-54. Testament de Sa Majesté la Reine Marie-Thérèse de France.

19 octobre,
Fête de Saint Théofrède de Carméri, abbé et martyr (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Pierre d’Alcantara, confesseur ;
Mémoire de la Bienheureuse Agnès de Jésus (cf. > ici et > ici) ;
Anniversaire de la mort de S.M. la Reine Marie-Thérèse de France.

Marie-Thérèse-Charlotte de France - Antoine-Jean Gros 1816

Marie-Thérèse-Charlotte de France (1778-1851),
Fille de France,
- « Madame Royale » à sa naissance (19 décembre 1778) ;
- SAR Madame la duchesse d’Angoulême, à partir de son mariage (9 juin 1799) ;
- Madame la Dauphine de France, à la mort de SMTC le Roi Louis XVIII (16 septembre 1824) ;
- SM la Reine Marie-Thérèse, à la mort de SMTC le Roi Charles X (6 novembre 1836) ;
portant en exil le titre de comtesse de Marnes.

Sa Majesté la Reine Marie-Thérèse de France, née Marie-Thérèse-Charlotte de France, fille de leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine, est pieusement décédée en exil, en son château de Frohsdorf, proche de Vienne en Autriche, le dimanche 19 octobre 1851 à 11 h et quart du matin.
C’est, selon le diagnostic des médecins qui l’ont soignée dans sa dernière et courte maladie, une pleuro-pneumonie qui l’a emportée, à l’âge de 72 ans et 10 mois.

La nouvelle de sa mort arriva à Paris le mercredi 22 octobre et y suscita une grande émotion, et pas uniquement dans les milieux légitimistes, car, ainsi que l’écrit Hélène Becquet (note) : « Celle qui incarnait la royauté persécutée par les révolutions meurt sur sa terre d’exil et avec elle tout un pan de l’histoire de la royauté semble disparaître ».
Pendant des semaines, les cérémonies religieuses vont se succéder : des services funèbres seront célébrés dans plus d’une centaine de villes, et dans plus d’une vingtaine d’entre elles l’évêque lui-même pontifiera. Le Midi de la France se distinguera particulièrement par le nombre et la ferveur des hommages publics à sa pieuse mémoire.
Même le « prince-président », Louis-Napoléon Bonaparte (il est vrai aussi que, préparant son coup d’état, Louis-Napoléon se ménage l’appui des catholiques et de tout ce qu’il y a de « conservateur » en France), assiste à Saint-Cloud à une Messe de Requiem célébrée pour celle qui est tout à la fois fille, sœur, nièce, épouse et tante de Rois : leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII, Louis XVIII, Charles X, Louis XIX et Henri V.

château de Frohsdorf (près de Vienne)

Le château de Frosdorf, près de Vienne :
acheté en 1839 par le duc de Blacas pour le compte du « comte et de la comtesse de Marnes »
c’est-à-dire pour Leurs Majestés le Roi Louis XIX et la Reine Marie-Thérèse ;
à la mort de cette dernière le château devient la propriété de la « comtesse de Chambord »,
épouse de SM le Roi Henri V 
qui y décédera lui-même le 24 août 1883.

On trouvera ci-dessous le texte complet du testament de cette pieuse Reine dont le règne (6 novembre 1836 – 3 juin 1844) se passa tout entier en terre d’exil.
Malgré le caractère un peu fastidieux du détail des legs qu’elle veut voir accomplis après sa mort, nous avons tenu à publier l’intégralité de ce testament car au-delà des détails de cette liste, nous devrons admirer en ces dispositions la ferme volonté de cette édifiante Princesse de ne voir aucun de ses fidèles amis et serviteurs rester sans récompense ni témoignage de sa sincère reconnaissance.
On sera surtout profondément édifié des sentiments d’humilité, de soumission à Dieu, de pardon et de foi dont ces lignes témoignent.

Nous nous souviendrons surtout que la Dauphine puis Reine de France, sera la principale éducatrice de son neveu, Henri, duc de Bordeaux puis comte de Chambord, et que c’est principalement d’elle que notre grand et cher Henri V tient sa parfaite éducation politique, sans contamination avec les faux principes de la révolution et du libéralisme. En définitive, le « testament politique » de la Reine Marie-Thérèse se trouve tout entier dans la fermeté héroïque et dans la défense courageuse des principes traditionnels de la royauté, que maintiendra contre vents et marées le très avisé et très sage Henri V.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Crypte renfermant les tombes royales au couvent de la Castagnevizza

Le « Saint-Denis de l’exil » : crypte renfermant les tombes de leurs Majestés Charles X,
Louis XIX et Marie Thérèse de France, Henri V et Marie-Thérèse d’Autriche-Este,
et de la Princesse Louise d’Artois duchesse souveraine, puis régente, de Parme.
La tombe de la Reine Marie-Thérèse de France est la première à droite en entrant.

frise lys

 Testament de Sa Majesté la Reine Marie-Thérèse de France :
(l’original se trouve aux archives de Vienne – Autriche)

Au nom de la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit.

Je me soumets en tout aux volontés de la Providence, je ne crains pas la mort et malgré mon peu de mérites, je m’en rapporte entièrement à la miséricorde infinie de Dieu, lui demandant toutefois le temps et la grâce de recevoir les derniers sacrements de l’Eglise, avec la piété la plus fervente.
Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine dans laquelle j’ai vécu aussi fidèlement qu’il m’a été possible et à qui je dois toutes les consolations de ma vie.

A l’exemple de mes parents, je pardonne de tout mon cœur et sans exception à tous ceux qui ont pu me nuire et m’offenser, demandant sincèrement à Dieu d’étendre sur eux Sa miséricorde, aussi bien que sur moi-même, et le suppliant de m’accorder le pardon de mes fautes.
Je remercie tous les Français qui sont restés attachés à ma famille et à moi, des preuves de dévouement qu’ils nous ont données, des peines qu’ils ont subies à cause de nous.
Je prie Dieu de répandre Ses bénédictions sur la France que j’ai toujours aimée au milieu même de mes plus amères afflictions.

Je remercie l’empereur d’Autriche de l’asile qu’il a accordé à ma famille et à moi dans ses Etats. Je suis reconnaissante des preuves d’intérêt et d’amitié que j’ai reçues de la famille impériale, surtout dans des circonstances bien douloureuses, et des sentiments que m’ont manifestés plusieurs personnes dans ce pays, particulièrement les habitants de Gorice [sic].

Ayant toujours considéré mon neveu Henri et ma nièce Louise comme mes enfants, je leur donne ma bénédiction maternelle, ils ont eu le bonheur d’être élevés dans les principes de notre sainte religion, qu’ils soient toujours les dignes descendants de Saint Louis. Puisse mon neveu consacrer ses heureuses facultés à l’accomplissement des grands devoirs que sa position lui impose. Puisse-t-il ne s’écarter jamais des voies de la modération, de la Justice et de la Vérité.

J’institue mon neveu Henri, comte de Chambord, pour mon héritier universel.

Je nomme le duc de Blacas, le comte de Montbel, le comte de Bouillé et le baron Billot pour mes exécuteurs testamentaires.

Je donne et lègue à ma nièce Thérèse, archiduchesse d’Autriche, comtesse de Chambord, ma terre de Frohsdorf en Basse-Autriche.

Ma cassette contenant mes diamants, perles et bijoux et l’étui de ceux qu’elle renferme et ceux déposés au Trésor impérial à Vienne, ainsi que mes papiers d’affaire, sera remise à mes exécuteurs testamentaires après ma mort.
Mes diamants et perles seront partagés également par tiers entre mon neveu Henri, comte de Chambord, mes deux nièces Thérèse, comtesse de Chambord, et Louise, duchesse de Parme.

Je lègue à la comtesse Marie-Anne Ezterhazy, un rang de perles en souvenir de mon amitié pour sa mère et pour elle. Ces perles seront prélevées sur ma cassette par mes exécuteurs testamentaires avant le partage ci-dessus.

Je veux être enterrée à Gorice [sic] dans le caveau des Franciscains près de mon mari et de son père. Il ne sera pas célébré de service solennel, des messes seront dites pour le salut de mon âme.

Je défends qu’on procède à l’autopsie de mon corps.

Je lègue une somme de vingt-cinq mille francs à faire dire des messes de mort à mon intention. Je lègue aux pauvres une somme égale de vingt-trois mille francs. Mes exécuteurs testamentaires règleront l’emploi de ces deux sommes.

Je lègue le grand portrait de mon neveu peint à Rome à sa sœur et le grand portrait de celle-ci à sa mère qui le l’a donné.

Je laisse à Mme la duchesse de Blacas douairière mon petit crucifix en or qui est indulgencié.
Je laisse à Mme la duchesse d’Escars mon album peint par elle et les dames de la Maison de mon mari.
Je lègue au comte Charles O’Hegerty mon écuyer une somme de cinquante mille francs une fois payée.
Je lègue à la comtesse Caroline de Choiseul qui a été près de moi une somme annuelle de trois mille francs.
Je lègue au baron Théodore Charlet, qui m’a bien servie pendant de nombreuses années, une somme de cent mille francs, ma petite argenterie et la pendule qui est dans mon salon que je lui avais donnée.
Je lègue à Mlle Sophronie Bougon la continuation de trois mille francs de pension annuelle que je lui ai accordée à la mort de son père.
Je lègue à Marie et Henri de Sainte-Preuve, les deux enfants de Mme de Sainte-Preuve, ma première femme, la somme de cent mille francs à chacun dont leur mère aura la jouissance.
Je lègue à Mme de Sainte-Preuve toute ma garde-robe ainsi que les bijoux en or, en corail et pierre noire qui sont dans ma cassette.

Je veux que toutes les feuilles, papiers et livres écrits de ma main qui sont dans ma cassette ou dans mes tables soient brûlés par mes exécuteurs testamentaires.

Je lègue à Mme Narcisse Le Roux, ma seconde femme, une somme de vingt mille francs réversible à ses enfants.
Je lègue à Patinote et Louis Le Lièvre, mes deux valets de chambre, à chacun une somme de vingt mille francs.
Je donne à Tom Ford une somme de vingt mille francs y compris les douze mille francs dont je lui fais la rente depuis son mariage.
Je donne à mes deux cochers André et Joseph une année de gages.

Mes chevaux et mes voitures seront vendus et le produit de cette vente sera partagé entre Narcisse Le Roux et mes deux gens d’écurie.

Fait et entièrement écrit de ma main en mon château de Frohsdorf le 1er juillet 1851
Marie-Thérèse-Charlotte de France, comtesse de Marnes.

testament de SM la Reine Marie-Thérèse de France

Image diffusée après la mort de la Reine Marie-Thérèse
sur laquelle figurent les phrases les plus emblématiques de son testament

frise lys

Note :
Hélène Becquet « Marie-Thérèse de France – l’orpheline du Temple » – éd. Perrin 2012.

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