2021-52. Le 13 octobre, nous fêtons le Bienheureux Pierre-Adrien Toulorge, chanoine régulier de Prémontré, victime de la Terreur, martyr de la Vérité.

13 octobre,
Fête du Bienheureux Pierre-Adrien Toulorge, prêtre martyr de la révolution ;
Mémoire des Saints Martial et Fauste, martyrs.

palmes

Muneville le Bingard - le village et l'église carte postale ancienne

Au centre du village de Muneville-le-Bingard, l’église Saint-Pierre,
où fut baptisé le Bienheureux Pierre-Adrien Toulorge le jour-même de sa naissance : 4 mai 1757

Pierre-Adrien Toulorge est né et a été baptisé le 4 mai 1757, dans une modeste famille chrétienne – laboureurs de père en fils – à Muneville-le-Bingard, paroisse sise à quelque deux lieues et demi au nord de Coutances.
Pierre-Adrien était le dernier d’une fratrie de trois : sa mère mourut quatre jours après sa naissance. Quatre ans et demi plus tard, son père se remaria avec une veuve exemplaire.
La paroisse de Muneville-le-Bingard, d’après les renseignements que l’on peut trouver dans les registres et témoignages de l’époque, était plutôt fervente et exemplaire, guidée par un curé et deux vicaires pieux et édifiants. En témoignent les onze vocations sacerdotales qui en sortirent pendant cette période.
Pierre-Adrien, qui avait des prédispositions pour les choses religieuses, fut initié à la langue latine par l’un des vicaires. Sa vocation s’éveillant et s’affermissant, il partit pour le collège de Coutances, dont le supérieur et les régents étaient des prêtres et qui avait excellente réputation.
Du collège, où il avait suivi le cours de philosophie, le jeune homme entra ensuite au grand séminaire qui était tenu par les Eudistes – qu’on appelait alors « prêtres de la mission » – pour faire sa théologie. Le supérieur du séminaire était le Révérend Père François Lefranc, qui sera du nombre des martyrs des Carmes, le 2 septembre 1792. Tonsuré et minoré le 12 juin 1778, il fut ordonné sous-diacre le 23 septembre 1780, puis diacre le 8 mai 1781. En revanche la date exacte de son ordination sacerdotale, probablement au printemps ou au début de l’été 1782, nous est inconnue.

Doville l'ancienne église

La vieille église de Doville (XIème siècle), isolée sur une colline :
elle vit les prémices du ministère du Bienheureux Pierre-Adrien Toulorge

Le jeune prêtre, âgé de 25 ans, fut nommé vicaire à Doville, une minuscule paroisse au nord de Neufmesnil : bourg se trouvant lui-même environ 5 lieues au nord de Muneville-le-Bingard.
La cure de Doville dépendait de l’abbaye de Blanchelande, toute proche.

L’abbaye Notre-Dame et Saint-Nicolas de Blanchelande avait été fondée au XIIème siècle. C’était une abbaye de Prémontrés.
Les Prémontrés sont des chanoines réguliers de Saint Augustin, fondés par Saint Norbert de Xanten en 1121. Ce sont donc des réguliers, mais ils assurent un ministère paroissial. A la veille de la révolution, il y avait en France une centaine d’abbayes de Prémontrés desservant près d’un millier de paroisses.

Abbaye de Blanchelande état actuel

Le pavillon abbatial de l’abbaye de Blanchelande, à Neufmesnil :
lorsque Pierre-Adrien Toulorge y entra, la communauté n’était pas très nombreuse.
Confisquée puis vendue comme bien national, une partie de ses bâtiments conventuels,
et surtout l’église abbatiale dans son intégralité, ont été malheureusement démolis.

Le curé de Doville était donc un chanoine régulier Prémontré, le Révérend Père François Le Canut, donc l’exemple devait être particulièrement édifiant puisque le cœur de son vicaire fut peu à peu gagné à l’idéal des fils de Saint Norbert, si bien que Pierre-Adrien demanda – et obtint – d’entrer à l’abbaye de Blanchelande en 1787. Désormais revêtu de l’habit blanc des chanoines de Prémontré, frère Pierre-Adrien fut d’abord envoyé faire son noviciat à l’abbaye de Beauport, avec d’autres jeunes confrères, puis revint dans son abbaye, où il prononce ses vœux (à cette époque les vœux temporaires n’existent pas) à l’été 1788.
Ni le nouveau chanoine – ni personne alors – ne peut penser que dans quelques mois seulement, le Royaume va basculer dans le cahot de la grande révolution…

ancien réfectoire de l'abbaye de Blanchelande, transformé en chapelle au XIXe siècle

L’ancien réfectoire des chanoines réguliers Prémontrés de Blanchelande
transformé en chapelle au XIXe siècle en conséquence de la démolition de l’église abbatiale à la révolution

Avant même de sonner le glas de la royauté, la révolution de 1789 s’attaque à l’Eglise catholique romaine : elle interdit la profession religieuse, s’empare des biens de l’Eglise (terres et bâtiments), disperse les communauté et entreprend de constituer une Eglise nationale dont elle veut aligner les principes sur ceux de la révolution. C’est la fameuse « constitution civile du clergé » qui prévoit, entre autres, que l’État assurera le traitement des évêques et des curés, qui devront être élus par les citoyens. Devenant des fonctionnaires, les ministres du culte sont contraints de prêter un serment de fidélité à la nation. Quant aux religieux, réputés inutiles et expulsés de leurs maisons, vendues comme bien national, ils reçoivent en échange une pension de l’État.

Le Révérend Père Pierre-Adrien, chassé de Blanchelande et désemparé, trouve d’abord refuge chez des amis à Neufmesnil.
Mais à l’été 1792, alors que le Pape Pie VI a condamné cette « Église constitutionnelle » organisée en dehors des principes de l’Eglise romaine, alors que, à la suite de la prise des Tuileries, le Roi et sa famille sont emprisonnés au Temple, alors que – en tous lieux – les serviteurs fidèles du Trône et de l’Autel sont jetés en prison, alors que, bientôt après, la Terreur est à l’ordre du jour et que les septembriseurs vont multiplier les massacres, alors que la république est proclamée, les prêtres reçoivent l’ordre de prêter le « serment constitutionnel ».
Dans un tel contexte, des milliers de prêtres français prennent le chemin de l’exil.
Pierre-Adrien s’embarque alors précipitamment pour Jersey, pour fuir ce régime impie. Mais presque aussitôt arrivé dans l’île – où plusieurs centaines de prêtres coutançais se sont réfugiés – il réalise son erreur : n’étant pas curé, il n’a à strictement parler pas d’obligation légale à prêter le serment, et donc – en principe du moins – aucune raison de s’exiler.
Soucieux du bien spirituel des fidèles laissés à l’abandon en Normandie, il décide de revenir discrètement en Cotentin.

Messe sous la terreur

Messe clandestine pendant la Terreur

Débarqué à Portbail vers le 20 octobre, le Père Pierre-Adrien apprend alors que la législation antireligieuse s’est encore durcie : tout émigré rentré en France est d’office condamné à mort s’il ne reprend pas le chemin de l’exil.
Il ne lui reste donc plus qu’à s’enfoncer dans le maquis.
Pendant les neuf mois qui suivent nous n’avons aucun renseignement certain sur les lieux de son ministère clandestin et de ses cachettes : sans doute passe-t-il de maison en maison, portant dans un petit sac sa soutane blanche, ses ornements liturgiques, une pierre d’autel, quelques livres et un calice d’étain avec sa patène en fer blanc, et reste probablement aux alentours des paroisses qu’il connaît, où il a de la famille et quelques amis fidèles…
La Convention, dont les ordres sont relayés par les clubs de patriotes, intensifie toujours davantage la traque des prêtres réfractaires.
Le 2 septembre 1793, véritablement épuisé par cette vie itinérante, le Père Pierre-Adrien est recueilli par une ancienne religieuse qui va s’employer à lui trouver un refuge. Las ! le lendemain, il est découvert, caché dans le grenier de la Dame Marotte Fosse qui est venue le chercher chez la religieuse et l’a emmenée, déguisé en femme, jusqu’au hameau de Neufmesnil où elle habite : mais des témoins, appâtés par la récompense promise et intrigués par l’allure étrange de la femme qui accompagne la Dame Fosse, sont allés les dénoncer.
Arrêtés, ils sont conduits à la prison de Carentan. Pierre-Adrien est terrorisé, si bien qu’au cours des interrogatoires il commence par nier avoir émigré à Jersey. Mais dans son cachot, bouleversé d’avoir menti pour sauver sa tête, il est saisi par la Grâce : il comprend que seule la Vérité le rendra libre. Alors il revient sur ses déclarations et avoue son émigration. Transféré à Coutances, il comparaît plusieurs fois devant la cour criminelle, qui siège à l’évêché. Les juges hésitent – parce qu’on n’a pas de preuves matérielles de l’émigration, hors les aveux du prêtre lui-même – mais le jugement tombe le 12 octobre, sévère, pour l’exemple : La peine de mort. La sentence sera exécutée dans les 24 heures.
Pierre-Adrien répond seulement : « Deo gratias ! » Quand il rentre à la prison, ses compagnons d’infortune croient, en voyant son visage illuminé, qu’il a été acquitté. Mais lui : « Bonne nouvelle, mes amis, mon procès a été jugé en ma faveur ». Pendant la nuit où il se prépare au martyre, il écrit à un ami : « Comment peut-il se faire, tout pécheur que je suis, que j’aie le bonheur d’être couronné du martyre ? Demain, tu auras un protecteur dans le Ciel ».

Coutances place de la Croûte

La place de la Croûte, à Coutances.
C’était une voie large et pentue sur laquelle se tenaient les foires aux bestiaux ;

c’est là que fut dressée la guillotine sous le couperet de laquelle le Père Pierre-Adrien Toulorge subit le martyre

Le 13 octobre 1793 était un dimanche, le vingt-et-unième après la Pentecôte.
Avec ses codétenus prêtres, le Père Pierre-Adrien récita le bréviaire, rempli d’une allégresse toute surnaturelle. Quand le bourreau vint le chercher, il les embrassa, les priant de ne point être tristes. Eux s’agenouillèrent pour lui demander sa bénédiction.
Sous bonne escorte (car on craignait un soulèvement), il fut conduit jusqu’à la place de la Croûte, où était dressée une guillotine. La foule était muette d’émotion. C’était la première fois depuis le début de la révolution qu’allait avoir lieu une exécution capitale.
Le jeune prêtre – il était âgé de 37 ans – était revêtu d’une espèce de longue redingote verte. On lui avait attaché les cheveux, relevés et non pas coupés.
Il monta à l’échafaud sans faiblir et sur la dernière marche, avant que les aides du bourreau ne s’emparassent de lui, il dit les mots du répons de l’office de complies : « In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum : entre vos mains, Seigneur, je remets mon esprit ». Puis il ajouta : « Je vous demande le rétablissement et la conservation de votre Sainte Eglise. Pardonnez, je vous prie, à mes ennemis. »

Il est quatre heures et demie, lorsque le bourreau montre la tête sanglante de Pierre-Adrien à la foule qui reste silencieuse. Plusieurs témoins ont affirmé que, par delà le supplice, son visage gardait une impression d’extraordinaire sérénité.
Une charrette emmena sa dépouille jusqu’au cimetière Saint-Pierre .
Un de ses biographes a écrit : « Pierre-Adrien, ce jeune chrétien qui a voulu suivre le Seigneur dans le sacerdoce, puis dans la consécration religieuse, n’avait pas choisi d’être un martyr. Il n’avait pas un tempérament héroïque, il a été affronté à des circonstances historiques trop violentes pour lui, il a fui, il s’est caché, il a menti et sa faiblesse a bien paru lors de son procès. Mais Dieu, qu’il cherchait bravement, de tout son cœur, l’a repris. Quittant toute peur, il a alors préféré Celui qui dit : « Je suis le chemin, la Vérité et la vie », et il a connu le prix fort de cette Vérité ! C’est précisément pour cette raison que la Congrégation pour les Causes des saints a retenu sa vie et sa mort courageuse pour la proposer à la vénération des fidèles et nous encourager tous à servir la Vérité, sans crainte et sans hypocrisie ».

Église Saint-Pierre de Muneville-le-Bingard -Vitrail représentant le Bienheureux Pierre-Adrien

Vitrail de l’église de Muneville-le-Bingard
réalisé à l’occasion du centenaire du martyre du Père Pierre-Adrien Toulorge
(il n’était pas encore béatifié)

Dès le lendemain de sa mort, le Révérend Père Pierre-Adrien fut considéré par de nombreuses personnes comme un saint et qualifié de « martyr de la vérité », expression née du peuple lui-même. Il s’agissait à la fois des personnes qui l’avaient connu, mais aussi, de celles qui avaient été impressionnées par ses dernières paroles et son exécution.
Le premier centenaire de sa mort fut célébré solennellement par Monseigneur Germain, évêque de Coutances et Avranches. En 1926, le pape Pie XII béatifia les martyrs de septembre 1792, parmi lesquels le Père François Lefranc, supérieur du séminaire de Coutances à l’époque où y étudia l’abbé Toulorge, si bien que dès cette époque des démarches furent entreprises pour que le Père Pierre-Adrien soit aussi élevé sur les autels. Ces démarchess furent longues, avec des moments de stagnation. Finalement, le Révérend Père Pierre-Adrien Toulorge a été 
béatifié le 29 avril 2012 dans la cathédrale de Coutances, siège épiscopal de son diocèse d’origine et ville de son martyre, sous la présidence du cardinal Angelo Amato, mandaté de Rome par Sa Sainteté le pape Benoît XVI.

palmes

Vous pouvez laisser une réponse.

2 Commentaires Commenter.

  1. le 13 octobre 2021 à 12 h 53 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Nous retrouvons aujourd’hui, dans une autre révolution – universelle cette fois-ci, mais qui se tient en partie à l’intérieur même de l’Eglise -, le choix qui sera offert à chaque chrétien d’accepter ou de refuser le « nouveau monde ».
    Les martyrs ne manqueront pas!
    Invoquons pour ces temps le Bx Pierre-Adrien et tous ces prêtres martyrs héroïques.

  2. le 13 octobre 2021 à 9 h 45 min Jean P. écrit:

    La prière pour la sauvegarde de l’Église trouve, de nos jours, sa pleine acuité. – Prions -

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi