2021-47. « Un tel rapprochement n’est pas pour augmenter le prestige déjà médiocre de cette monarchie sans gloire, née dans le bourbier libéral de 1830 et prédestinée à s’éteindre sans honneur dans le cloaque économique de 1848.»

19 septembre,
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de La Salette.

Si Léon Bloy n’était pas un légitimiste – loin s’en faut !!! -, il n’était pas non plus – encore bien moins !!! – un orléaniste.
Dans son livre « Celle qui pleure », où il livre ses interprétations (parfois très hasardeuses) de l’apparition de Notre-Dame à La Salette, il s’est au passage livré, dans le chapitre IV, à un véritable pamphlet anti-louisphilippard qui ne manque ni d’esprit ni de saveur.
Aussi, malgré la gravité du sujet, nous semble-t-il assez plaisant de recopier ici l’intégralité de ce chapitre dont nombre de saillies constituent une présentation de la « monarchie de juillet » et de son roi-maçon d’une implacable lucidité. 

Louis-Philippe - photographie

Photographie de Louis-Philippe « roi des Français »

Louis-Philippe, le 19 septembre 1846.

« Il est environ deux heures et demie. Le Roi, la Reine, leurs Altesses Royales, Mme la Princesse Adélaïde, Mgr le Duc et Mme la Duchesse de Nemours, le Prince Philippe de Wurtemberg et le Comte d’Eu, accompagnés de M. le ministre de l’Instruction publique, de MM. les généraux de Chabannes, de Lagrange, de Ressigny, de M. le colonel Dumas et de plusieurs officiers d’ordonnance, sortent pour faire une promenade dans le parc. Après la promenade, Leurs Majestés et Leurs Altesses rentrent au château vers cinq heures pour dîner, en attendant les illuminations du soir.»
C’est ainsi qu’un correspondant plein de diligence, dans une dépêche datée de la Ferté-Vidame, annonce au Moniteur universel l’événement le plus considérable de la journée du 19 septembre 1846.

Je suis, par bonheur, en état de rappeler cet événement à l’univers qui paraît l’avoir oublié. À la distance de plus de soixante ans, il n’est pas sans intérêt de contempler, par l’imagination ou la mémoire, cette promenade du roi de Juillet accompagné de son engeance dans un honnête parc, en vue de prendre de l’appétit pour le dîner et de se préparer, par le naïf spectacle de la nature, aux magnificences municipales de l’illumination du soir.

Ce divertissement historique, mis en regard de l’autre Promenade Royale qui s’accomplissait au même instant sur la montagne de la Salette, est, je crois, de nature à saisir fortement la pensée. Le contraste vraiment biblique d’un tel rapprochement n’est pas pour augmenter le prestige déjà médiocre de cette monarchie sans gloire, née dans le bourbier libéral de 1830 et prédestinée à s’éteindre sans honneur dans le cloaque économique de 1848. Il serait curieux de savoir ce qui se passait dans l’âme du Roi Citoyen au moment même où la Souveraine des Cieux, tout en pleurs, se manifestait à deux enfants sur un point inconnu de cette belle France polluée et mourante sous l’abjecte domination de ce thaumaturge d’avilissement.

Il fallait sous les platanes ou les marronniers, rêvant ou parlant des grandes choses d’un règne de seize ans et des résultats magnifiques d’une administration exempte de ce fanatisme d’honneur qui paralysait autrefois l’essor généreux du libéralisme révolutionnaire. Tout venait à souhait, au dehors comme à l’intérieur. Par un amendement resté célèbre dans les fastes parlementaires, le comte de Morny prétendait que les grands Corps de l’État étaient satisfaits. Dieu et le Pape étaient convenablement outragés, l’infâme jésuitisme allait enfin rendre le dernier soupir et le pays légal n’avait pas d’autres vœux à former que de voir s’éterniser, dans une aussi bienfaisante dynastie, les félicités inespérées de cet adorable gouvernement. On allait enfin épouser l’Espagne, on allait devenir immense. À l’exemple de Charles-Quint et de Napoléon, le patriarche de l’Orléanisme pouvait aspirer à la domination universelle. La ventrée de la lice avait, d’ailleurs, suffisamment grandi et Leurs Altesses caracolaient assez noblement autour de Sa Majesté dans la brise automnale de cette sereine journée de septembre. Le roi des Français pouvait dire comme le prophète de la terre de Hus : « Je mourrai dans le lit que je me suis fait et je multiplierai mes jours comme le palmier ; je suis comme un arbre dont la racine s’étend le long des eaux et la rosée descendra sur mes branches. Ma gloire se renouvellera de jour en jour et mon arc se fortifiera dans ma main.»

À deux cents lieues, la Mère de Dieu pleure amèrement sur son peuple. Si Leurs Majestés et Leurs Altesses pouvaient, un instant, consentir à prendre l’attitude qui leur convient, c’est-à-dire à se vautrer sur le sol et qu’ils approchassent de la terre leurs oreilles jusqu’à ce jour inattentives, peut-être que cette créature humble et fidèle leur transmettrait quelque étrange bruit lointain de menaces et sanglots qui les ferait pâlir. Peut-être aussi que le dîner serait alors sans ivresse et l’illumination sans espérance…

Pendant que l’Orléanisme se congratule dans la vesprée, les deux pâtres choisis pour représenter toutes les majestés triomphantes ou déchues, vivantes ou défuntes, se sont approchés de leur Reine. C’est à ce moment que la Mère douloureuse élève la voix par-dessus le murmure indistinct de l’hymne des Glaives chanté autour d’Elle dans dix mille églises :

Si mon peuple ne veut pas se soumettre, Je suis forcée de laisser aller le Bras de mon Fils…

Léon Bloy, « Celle qui pleure » – chap. IV

Notre-Dame de la Salette - la conversation

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