2021-42. De l’esprit chevaleresque.

Mercredi 25 août 2021,
Fête de Saint Louis, roi de France (cf. > ici, > ici, et encore > ici) ;
6ème anniversaire de la fondation de la Confrérie Royale (cf. > ici).

chevalier

De l’esprit chevaleresque

Lettre mensuelle à l’adresse de la Confrérie Royale
- 25 août 2021 -

 Chers Amis et Sympathisants de la Confrérie royale,

Dans l’histoire, chaque époque de crise a engendré des héros. En termes spirituels : ce sont les épreuves qui façonnent les saints. Les indécis, eux, sont des anti-héros. J’assimile les mous aux tièdes que « Dieu vomit » (Apoc. III, 15). Il y a en effet concordance entre notre foi et notre action. À foi petite, petite action. « Nous périssons par la médiocrité », lançait le général de Lamoricière, commandant des zouaves pontificaux.

L’effort est l’une des grandes lois de la vie chrétienne ici-bas, il est la marche en avant de l’amour. Qu’on songe aux funestes atermoiements du velléitaire Charles VII, qu’essaiera de secouer la bouillonnante Jeanne d’Arc, à qui il tardait « comme à une femme enceinte d’enfanter »1. Voilà l’attitude des saints : agir quand il est temps. Il nous faut redécouvrir et cultiver le courage et la droiture, qualités d’âme qui faisaient l’honneur de nos ancêtres. La bonne volonté est contagieuse, et l’audace conquérante. C’est bien en ce sens que, selon les paroles-mêmes de Notre-Seigneur, « ce sont les violents qui s’emparent du Royaume des Cieux » (Mt XI, 12).

Les âmes généreuses ont le désir de faire quelque chose de grand dans l’ordre de la charité, de l’apostolat, de la sainteté pour, comme sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, « ne pas être une sainte à moitié ». Mais très vite ces grands désirs se trouvent confrontés à des obstacles de toutes sortes : difficultés extérieures, découragement, inconstance… Tout de suite apparaît la loi de la réussite : les meilleures résolutions ne peuvent aboutir sans effort, ce que vos prêtres vous assènent à chaque nouvelle entrée en Carême.

L’une des institutions qui ont fait la gloire du « Moyen Âge », avec l’Université et les corporations, c’est la chevalerie. La première concernait les intellectuels, la deuxième les travailleurs, la troisième allait impliquer l’élite militaire et politique de la société. Mais l’intrépidité et la bravoure ont besoin, pour devenir vertueuses, d’être orientées vers une cause juste avec des moyens proportionnés. Ce fut le génie de l’Église de permettre de canaliser l’énergie des hommes braves en la mettant au service de Dieu. L’institution, purement militaire, remontait historiquement aux anciennes coutumes des peuples germains venus envahir l’empire romain aux IVe et Ve siècles. L’Église va alors christianiser la chevalerie en enseignant au chevalier à tourner sa force au profit de la justice et de la protection des plus faibles.

Pas plus que le Christ n’est venu abolir la souffrance, l’Église n’a pas abrogé la guerre : c’est d’ailleurs impossible du fait de la loi du péché originel et de ses conséquences qui frappe toute l’humanité. Mais elle a réussi le défi d’humaniser la guerre, de la limiter (par la « Trêve de Dieu », notamment). Elle a su faire naître dans le cœur de ces hommes sauvages et brutaux qu’étaient les conquérants barbares, des sentiments et des vertus chrétiens : le sens de l’honneur et de la fidélité, la justice, l’horreur du mensonge, la compassion pour les faibles.

 heaume pour évêque

Reproduction de heaume médiéval pour évêque-soldat…
non homologué par la C.E.F. !

 Vivre de l’esprit chevaleresque

Aujourd’hui, je ne dis pas qu’il faut reprendre l’armure et monter à cheval, quoique saint Paul nous ait avertis de revêtir « toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté » en portant « la vérité pour ceinture, la cuirasse de la justice, pour chaussure le zèle que donne l’Évangile, le bouclier de la foi, le casque du salut et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu » (Éph. VI, 13-17). Il ne s’agit pas de nous affubler en Godefroy le Hardi, comte de Montmirail, ni en son « fidèle escuyer » Jacquouille la Fripouille, les « Visiteurs » tombés malgré eux au XXe siècle… mais de renouer avec la noble tradition chevaleresque française et son code d’honneur, immortalisés par nos chansons de geste où la vaillance le dispute à la courtoisie. Nous sommes les héritiers d’une civilisation fondée sur les valeurs de la prudhommie et de la bonhomie.

Et les combats ne manquent pas. Face aux attaques de tous côtés, il faut des guerriers avisés et bien préparés. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, nous sommes plongés dans l’arène, où il nous faut « tenir ferme contre les artifices du diable » (Éph. VI, 10). Que ce soit la crise sanitaire (lors de sa première allocution, M. Macron nous a avertis trois fois d’un air grave : « C’est la guerre ! ») ou plus récemment encore la guerre liturgique rallumée, nous devons lutter contre le mal sous toutes ses formes, qu’il prenne l’apparence d’un pangolin ou d’une « Eucharistie festive » dans la forme (très) ordinaire. L’Ennemi est polymorphe mais la tactique est toujours la même.

Sur le plan surnaturel, nous avons à mener le combat spirituel, comme sur le plan naturel nous avons à défendre notre pays de ses (et donc de nos) ennemis. Sans doute, depuis la période « Peace and love » qui a suivi les deux grandes guerres, l’on s’est focalisé, dans l’Église, sur l’ennemi intérieur – et ce désordre, cette résistance au bien, ce penchant au mal est bien réel dans notre âme – au détriment des ennemis extérieurs, qu’il serait trop long d’énumérer ici. Sachons déceler où se glisse le mal, dans la foi (l’erreur) comme dans les mœurs (le péché) ; la traque est de tous les instants car « votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer » (I Pet. V, 8).

Les grands modèles

La chevalerie nous a laissé de grands noms et de beaux exemples : Roland le Preux, Godefroy de Bouillon, le connétable du Guesclin (« le Dogue noir de Brocéliande »), Bayard, même Jeanne d’Arc, jusqu’au premier généralissime de l’armée catholique et royale : Cathelineau (« le Saint de l’Anjou »). Pétris des vertus évangéliques, ils eurent à cœur d’humaniser la guerre, lorsque celle-ci se révélait indispensable. Tous les dommages collatéraux : détruire, brûler, piller, molester les pauvres gens… constituent des crimes de reître dont un noble chevalier aurait honte de se souiller. De même le combat doit demeurer sur le champ de bataille, il faut épargner tout ce qui est en dehors : femmes, enfants et cités.

Les preux chevaliers nous donnèrent les Croisades dont nous n’avons pas à rougir car elles furent une guerre défensive pour protéger les chrétiens menacés ou violentés, et libérer les territoires envahis par les mahométans comme l’Espagne ou la Terre Sainte. Cette campagne armée n’a rien à voir avec la « Guerre sainte » des musulmans qui veulent conquérir de force le monde entier pour le soumettre à l’islam en établissant la charia. Plus proches de nous, les guerres de Vendée de 1793 constituent une héroïque page du livre de la chevalerie chrétienne.

Vitrail de Saint Louis avec la Sainte Couronne d'épines

Saint Louis

Aujourd’hui, nous célébrons le roi des chevaliers, celui qui a agi en toute circonstance, comme nous le dit le Bréviaire romain, cum prudentia et pietate. Selon saint Thomas d’Aquin, la vertu de prudence (au service de la justice) est la vertu propre du gouvernant 2. « Saint Louis, estime Fustel de Coulanges, a montré que l’on gouverne par les principes les plus simples, par le bon sens, par la droiture de l’esprit et par la droiture de cœur »3. En lui se réalise « l’apogée de l’équilibre entre le souci du monde visible et du monde invisible ; la plus parfaite synthèse de la sagesse politique et du sens de l’au-delà »4.

Tel Salomon qui ne demanda comme grâce que d’être empli de « sagesse et d’intelligence afin de juger le peuple sur lequel [Dieu l’a] fait régner » (II Chr. I, 11), Louis IX n’eut de hantise que d’agir toujours et partout en « prud’homme », selon ce qu’il confia à son ami Robert de Sorbon : « Maître Robert, je voudrais bien avoir le renom de prud’homme, mais que je le fusse. Quant à tout le reste, je vous l’abandonne »5. Comme l’a écrit Me Trémolet de Villers, « Les saints sont d’utilité publique. Il faut des hommes forts qui soient des doux, des hommes humbles qui soient fiers, des hommes intelligents qui aient du cœur, des hommes prudents : au sens plein du mot, S. Louis roi de France »6.

Bayard au combat

Bayard7

Les mères sont championnes pour inculquer l’esprit chrétien : qu’on songe à Blanche de Castille avec le futur Louis IX. Celle de Bayard lui donna ce triple précepte, qui constitue un véritable code de l’esprit chevaleresque :

« Autant qu’une mère puisse commander à son enfant, je vous commande trois choses. Si vous le faites, soyez assuré que vous vivrez triomphalement en ce monde : la première, c’est qu’avant tout, vous aimiez, craigniez et serviez Dieu. La seconde, c’est que vous soyez doux et courtois à tous les gentilshommes, humble et serviable à tous gens. Fuyez l’envie car c’est un vilain vice. Soyez loyal en faits et dits ; tenez votre parole. La troisième, c’est que des biens que Dieu vous donnera, vous soyez charitable aux pauvres nécessiteux, car donner pour l’amour de Lui n’appauvrit jamais personne. »8

Fort de cet enseignement, la « fleur de la chevalerie » put être glorifiée par Bayard, qui allie respect des lois de la guerre et défense du bon droit. Surnommé à juste titre « le loyal serviteur » et « le chevalier sans peur et sans reproche », il servit fidèlement trois rois successifs (Charles VIII, Louis XII et François Ier) avec la constante bravoure qui l’a rendu justement célèbre.

Sainte Jeanne d'Arc à Orléans (vitrail)

Jehanne la Pucelle

Pour plagier le Prologue de saint Jean (Jn I, 6), « Fuit puella missa a Deo cui nomen erat Johanna » : il y eut une jeune femme envoyée par Dieu, dont le nom était Jeanne. La mission éminemment politique de « la sainte du temporel » (Cal Daniélou), qui était de « rétablir la France et le sang royal »9, dérange au plus haut point parce que Jeanne n’est pas pacifiste mais remarquablement guerrière : « Nous n’aurons la paix qu’au bout de la lance », prévenait-elle.

Dotée d’une maison militaire digne d’un véritable chef de guerre (un intendant, deux pages, deux hérauts) et armée d’une bannière et d’un étendard peints de représentations religieuses, cette jeune fille de 17 ans, « le plus beau des chevaliers » selon Mgr Touchet, va mener de victoire en victoire l’armée fidèle à son roi. Agissant toujours hardiment, le mot d’ordre qu’elle donnait à Charles VII, elle le répète aujourd’hui encore à Louis XX : « Marchez résolument, ne doutez pas, soyez homme et vous reconquerrez votre royaume ! ». La Pucelle était convaincue qu’une fois le roi sacré, « la puissance des adversaires diminuerait toujours, et qu’ils ne pourraient finalement nuire ni à lui ni au royaume »10. C’est à notre tour notre conviction profonde, qui récitons trois fois par jour l’Angélus à cette pieuse intention.

Les encouragements de Jehanne sont véhéments, fusant comme le trait d’une flèche, tant au combat qu’au procès (lequel fut une vraie joute oratoire). « Je croyais aux paroles de la Pucelle, témoigne l’un de ses compagnons d’armes ; j’étais tout enflammé par ses paroles et par son amour de Dieu »11. Ses paroles chaudes, formulées à l’impératif marquant l’obligation de l’action avec les adverbes de l’entrain, constituent selon l’un de ses hagiographes « la Bible de France », qui considère encore que certes « ses Voix l’inspirent, mais que l’inspire aussi et que parle en elle l’âme de la France qui prend conscience, en elle, de son existence, de son originalité, de sa mission »12.

À ses yeux, pureté et victoire vont de pair : « C’est le péché qui fait perdre la guerre », assure-t-elle. Son intuition est confirmée par l’oraison super populum que nous lisons le vendredi après les Cendres : « Protégez, Seigneur, votre peuple, et dans votre clémence, purifiez-le de tout péché, car aucune adversité ne peut lui être nuisible si aucune iniquité ne domine sur lui »13.

Comme avec notre Libératrice, l’itinéraire que nous avons à mener sera à la fois militaire et spirituel, politique et religieux. Depuis le jour béni de sa Confirmation, le chrétien est fait soldat du Christ. Le Français, lui, doit encore se sentir chevalier de Son lieutenant ici-bas. « Le Français est le soldat de la cause de Dieu, laquelle suivant les temps prend divers visages et peut être défendue par la parole (on pense aux Dominicains 14) autant que par l’épée. La France ne grandit que si elle est fidèle à sa vocation et elle déchoit quand elle y manque » (Mgr Calvet 15).

*

Tous ces grands exemples nous rappellent que, s’il convient parfois de supporter avec patience les persécutions, bien des fois aussi les vertus de charité, de justice et de force – vertus chrétiennes par excellence – nous font un devoir de résister courageusement face à la violence des ennemis du Christ.

Et les chevalières, me demanderez-vous ? Mesdames, vous n’êtes aucunement exclues de ces recommandations, ces lignes vous concernent aussi. L’Ancien Testament regorge d’exploits de « femmes fortes » telles Esther, Judith et Yaël. La chevalerie est un esprit qui exalte la virilité de l’âme. Le latin, dans son génie concentrateur, réunit d’ailleurs ensemble dans une même étymologie « l’homme », « la force » et « la vertu » : vir/virtus. Cette qualité n’est pourtant pas réservée aux seuls hommes, et Jehanne ne doit pas rester une exception dans l’histoire de France. Pour les ragaillardir dans la voie du combat spirituel, la grande sainte Thérèse ne disait-elle pas à ses sœurs carmélites : « Mes filles, soyez des hommes ! » ?

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L’esprit chevaleresque

La mère de Bayard ne commandait pas la bravoure à son fils : ce fut faire injure à un preux ; elle commande la foi en Dieu, la loyauté, la courtoisie, la libéralité, la défense de la veuve et de l’orphelin… Toutes sont les qualités qui accompagnent la bravoure et lui donnent son prix en chrétienté.

Tout vrai chevalier est dans la réalisation de cet idéal. Dans sa courtoisie comme dans sa bravoure, le preux se distingue par son intrépidité au combat, son service fidèle et loyal, sa droiture d’esprit, sa noblesse de cœur. Une famille comtale de Toscane a pour devise cette admirable définition : « Seule la vertu est la vraie noblesse ». Mistral, le poète provençal, avait quant à lui adopté cette devise chevaleresque : « Plus fier que les fiers et plus humble que les humbles ».

L’historien Léon Gautier a reconstitué ainsi les 10 Commandements de la chevalerie en vigueur au sein de la Chrétienté 16 :

1) Tu croiras à tout ce qu’enseigne l’Église et observeras tous ses commandements ;

2) Tu protègeras l’Église ;

3) Tu auras le respect de toutes les faiblesses et t’en constitueras le défenseur ;

4) Tu aimeras le pays où tu es né ;

5) Tu ne reculeras jamais devant l’ennemi ;

6) Tu combattras les infidèles avec acharnement ;

7) Tu rempliras tes devoirs féodaux, à moins qu’ils ne soient contraires à la Loi divine ;

8) Tu ne mentiras pas et seras fidèle à la parole donnée ;

9) Tu seras libéral et généreux ;

10) Tu seras, partout et toujours, le champion du droit et du bien contre l’injustice et le mal.

*

Le Baptême de Clovis (Versailles - cathédrale St Louis)

L’engagement

Mais porter une chevalière à l’annulaire ne suffit pas pour vivre en véritable chevalier. Force est de constater parmi les jeunes d’aujourd’hui l’inconstance, la perte du sens de la parole et de l’engagement. La nouvelle forme de chevalerie que représente le scoutisme (et les louveteaux de petits pages) suffira-t-elle pour cultiver chez l’enfant une âme ardente et un cœur généreux ?

La vie est une aventure, et il faut de l’esprit chevaleresque pour s’y lancer. Il faut de l’esprit chevaleresque pour vouloir suivre le Christ aujourd’hui ; le jeune homme riche de l’Évangile n’en avait pas assez et « partit tout triste » malgré le regard d’amour qu’avait posé sur lui Jésus (cf. Mt XIX, 22). Beaucoup aujourd’hui préfèrent le suivre lui, ce jeune homme riche, repu d’opulence matérielle, plutôt que Notre-Seigneur, qui nous promet des richesses d’un autre ordre mais qui n’ont pas de prix, et ce dès ici-bas. Quand on n’a plus le sens de la parole donnée, comment croire en la Parole divine ?

Il faut de l’esprit chevaleresque pour entamer une formation professionnelle aujourd’hui. Les caisses d’intérim sont certainement plus commodes, qui offrent aux jeunes gens des « jobs » flexibles, comme les forfaits téléphoniques « sans engagement ». Il est loin le temps où le savoir artisanal ou judiciaire se transmettait de père en fils, générant de véritables dynasties d’une même profession familiale, faisant la force des corporations.

Il faut de l’esprit chevaleresque pour se lancer dans l’aventure du mariage aujourd’hui. « L’amour libre » permet d’éviter la trop moralisante fidélité, et puis cela permet d’accepter la vie de couple seulement pour les bons moments, en évacuant les pires. Or c’est par le désintéressement et par le renoncement volontaire que se prouve le véritable amour. L’engagement des époux devant Dieu ne consiste pas à Le prendre comme simple témoin de leur amour mutuel, mais comme acteur, par Sa grâce, de l’amour total et fidèle de l’un pour l’autre, à l’image de Jésus aimant l’Église jusqu’à donner Sa vie pour elle.

Il faut de l’esprit chevaleresque pour défendre l’identité chrétienne de la France aujourd’hui, pour combattre les institutions maçonniques en place et, comme sainte Jeanne d’Arc, établir le règne de Jésus-Christ en rétablissant le roi de France légitime.

Comme adultes chrétiens, il nous faut prendre nos engagements au sérieux et relever le défi. « La vie est un devoir : accomplis-le », insistait sainte Teresa de Calcutta. « Se trouver obligé » : voilà bien ce qui répugne aux nouvelles générations, lesquelles fuient tant la vie consacrée que le mariage. Or, la vie chrétienne est en elle-même une alliance sacrée puisqu’elle repose sur l’engagement aux promesses du saint baptême.

Ce que découvre la psychologie moderne, la religion nous l’a enseigné depuis les origines : est fiable et responsable une personne qui construit sa vie en fonction des choix qu’elle fait et des valeurs qu’elle adopte, et conduit sa vie en s’appuyant sur les principes qui la guident. Avec l’adoubement, lors duquel le chevalier prononce son triple serment envers Dieu, son roi et sa patrie, cérémonie précédée d’une veillée d’armes, un lien indissoluble se constitue qui va responsabiliser le promettant et sacraliser son engagement au service du roi 17.

 Envoi en mission

Envoi en mission

Laisserons-nous se déliter la France davantage en simples spectateurs ? Comme l’estimait un pape du Ve siècle : « C’est approuver l’erreur que de ne pas y résister ; c’est étouffer la vérité que de ne pas la défendre. Quiconque cesse de s’opposer à un forfait manifeste peut être regardé comme un complice secret » (Félix III). Alors ne soyons pas les complices de la destruction temporelle et spirituelle du Royaume des lys.

À la fin de chaque messe, le prêtre vous dit, à vous les laïcs : « Ite Missa est », que traduit trop mollement notre « Allez, la messe est dite ». Il faut plutôt y voir un véritable envoi en mission. Après la contemplation, l’action. Pour transposer la devise de l’Ordre dominicain : Contemplata aliis tradere (« transmettre aux autres le fruit de ce que l’on a contemplé »), j’oserais dire : Contemplata gerere (« mettre en action ce que l’on a contemplé »), en prenant gerere/gesta au sens de « hauts faits, exploits héroïques », qui donnera la fameuse expression « Gesta Dei per Francos ».

Ces paroles du pape saint Pie X, qu’il adressait aux Français juste après la funeste séparation de l’Église et de l’État qu’il condamne, résonnent encore à nos oreilles et dans nos cœurs : « C’est de toute votre âme, vous le sentez bien, qu’il vous faut défendre cette foi. Mais ne vous y méprenez pas : travail et efforts seraient inutiles si vous tentiez de repousser les assauts qu’on vous livrera sans être fortement unis. Abdiquez tous les germes de désunion, s’il en existait parmi vous. Et faites le nécessaire pour que, dans la pensée comme dans l’action, votre union soit aussi ferme qu’elle doit l’être parmi des hommes qui combattent pour la même cause, surtout quand cette cause est de celles au triomphe de laquelle chacun doit volontiers sacrifier quelque chose de ses propres opinions »18. La clef de la réussite dans un combat, c’est l’union, que l’on appelle au sens surnaturel : la charité, qui édifie et qui conquiert. Au contraire, « tout royaume divisé contre lui-même ne peut subsister » (Mc III, 24).

Qu’on se souvienne enfin de ces paroles prophétiques du Cardinal Pie : « Quand Jésus-Christ ne règne pas par les bienfaits attachés à sa présence, il règne par toutes les calamités inséparables de son absence »19. L’actualité brûlante ne cesse de nous décliner les cruels effets du rejet de Dieu de la société. Face à ce sinistre spectacle, ne pas réagir serait devenir complice d’un tel système pervers. Chers Amis, il est encore temps de renverser le cours de l’histoire (jamais de fatalité chez le chrétien !) : devenez les hérauts de la royauté du Christ en vous constituant chevaliers de « notre sire le roi » par votre consécration renouvelée de le servir et de prier à son intention. C’est la fidélité de notre engagement qui élèvera le monde et nos âmes.

R.P. Clément de Sainte-Thérèse

chevalier

Notes et références :

1 Déposition de Dame Catherine Le Royer au « Procès de réhabilitation » de Jeanne d’Arc.

2 Cf. S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIa-IIæ, q. 50, a. 1.

3 Numa-Denis Fustel de Coulanges, art. « S. Louis et le prestige de la royauté » in Leçons à l’Impératrice, Dominique Martin Morin, 1970, p. 39.

4 Marie-Madeleine Martin, revue Lecture & Tradition n° 22, mars 1970, p. 1.

5 Cité in Marcel de Corte, Traité sur la Prudence, Bouère, Dominique Martin Morin, 1974, à l’introduction.

6 Me Jacques Trémolet de Villers, Les Fleurs d’Ulysse, Dominique Martin Morin, 1996, p. 42.

7 La gravure de Bayard est extraite du site kontrekulture.com où elle est vendue.

8 D’après Guy Chastel, Bayard, Lanore, 1937, p. 22.

9 Témoignage de son ami d’enfance Jean Waterin au « Procès de réhabilitation ».

10 Déposition de Messire Jean de Dunois, le « Bâtard d’Orléans ».

11 Déposition de Messire Jean de Novelompont.

12 Mgr Jean Calvet, Témoins de la conscience française, Alsatia, 1943, p. 23.

13 « Tuére, Dómine, pópulum tuum et ab ómnibus peccátis cleménter emúnda : quia nulla ei nocébit advérsitas, si nulla ei dominétur iníquitas. »

14 En passant, signalons que nous fêtions le 6 août dernier le 8ème centenaire de la mort de S. Dominique.

15 Mgr Jean Calvet, Témoins de la conscience française, Alsatia, 1943, p. 20.

16 Cf. Léon Gautier, La chevalerie, Paris, V. Palmé, 1884.

17 Cf. Martin Aurell (coll.), Le sacré et la parole – Le serment au Moyen Âge, Garnier, coll. « Rencontres » n° 378, série « Civilisation médiévale » n° 34, 2018.

18 S. Pie X, encyclique Vehementer nos, 11 février 1906, dernier § : « Appel aux Catholiques de France ».

19 Cal Louis-Édouard Pie, discours à Chartres du 11 avril 1858, in Œuvres épiscopales, t. I, p. 84.

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 25 août 2021 à 9 h 11 min Goes écrit:

    Un bon document sur l’esprit chevaleresque, à lire et à relire tous les jours.

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